Kitabı oxu: «Croquis d'Extrême-Orient, 1898»

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Claude Farrère

Croquis d'Extrême-Orient, 1898


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066078027

Table des matières

AVERTISSEMENT

I CROQUIS D'EXTRÊME-ORIENT

CROQUIS D'EXTRÊME-ORIENT

1 SINGAPORE

2 DE SAÏGON A HANOÏ

3 HONG-KONG

4 KOUANG-CHO-VAN

II TABLEAUX DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE

III APRES FASHODA UN PEU DE VÉRITÉ

AVERTISSEMENT

Table des matières

L'année 1898 ne fut pas pour nous de celles dont on garde un bon souvenir. L'affaire Dreyfus avait divisé la France. L'armée en restait douloureuse, et notre prestige au dehors amoindri. Nos rivaux profitaient de ce désarroi. L'Angleterre et l'Allemagne se disputaient les dépouilles de notre influence ruinée. Un gouvernement faible et têtu ne résistait pas. L'histoire universelle se déroulait sans nous. On attaquait brutalement l'Espagne. On rêvait de conquérir la Chine. On nous infligeait l'affront de Fashoda. Dans nos colonies, nous perdions peu à peu tous nos droits. Où nous arrêterions-nous? Le XIXe siècle, ouvert par notre gloire, semblait prêt à se fermer sur notre agonie.

A l'intérieur, la lutte des partis aveuglait les meilleurs citoyens. Il fallait s'éloigner pour prendre conscience du péril qui nous menaçait. De l'étranger, un Français mesurait mieux les erreurs de la France. Nos marins surtout en souffrirent cruellement. A chaque endroit du monde où le service les portait, ils ne se sentaient plus les soldats d'un pays respecté. Le désir de se dévouer davantage, et sans espoir peut-être, s'exaltait en eux. La génération se préparait qui, vingt ans plus tard, courrait au sacrifice. Même en 1921, la France ne sait pas assez ce qu'elle doit à ses marins.

Or, aux premiers jours de 1898, un jeune officier de marine se trouvait en Extrême-Orient. Depuis quelques mois, supportant mal de ne pas dire haut ce qu'il jugeait nécessaire de dire, il écrivait, pour un journal de Lyon, le Salut Public, des articles d'une ardeur et d'une intelligence qu'on apprécia. Dès le 29 septembre 1897 il avait dénoncé les intentions coupables des Etats-Unis d'Amérique contre l'Espagne. Puis, navré de l'ignorance dangereuse où l'on était chez nous des choses de la mer, il avait parlé aux lecteurs du Salut Public, comme on ne le faisait pas à ceux des journaux parisiens, de Guillaume II et la Marine allemande, de la Marine telle qu'elle est, des Paquebots français et étrangers. Puis, il était parti pour l'Extrême-Orient. Là, il découvrit tout de suite les tristes résultats de notre politique, et il fut assez clairvoyant pour prédire que la vieille Europe aurait sous peu à compter avec les peuples jaunes. Pendant toute l'année 1898, il nous envoya d'Asie des chroniques d'une étonnante et courageuse lucidité sur les principales questions dont le patriotisme français pouvait s'émouvoir.

S'il composait cependant des contes, ou s'il travaillait à quelque roman, il n'en publiait rien. Il était jeune. Il attendait. Quand il se décida, il rendit célèbre le nom de Claude Farrère. En 1898, il signait: Pierre Toulven. Il avait à peine vingt-et-un ans.

C'est un choix de ses articles du Salut Public que nous avons la bonne fortune d'offrir à ses amis. Ils y retrouveront, déjà toutes vives, les qualités de franchise et d'allant qui leur plaisent en Claude Farrère, et ils s'assureront au surplus qu'il est bien vrai que les poètes ont le don de prophétie, car rien de ce qu'écrivait Pierre Toulven en 1898, sur des sujets délicats, n'a été démenti par le temps et ne saurait être renié par Claude Farrère.

L'Éditeur.

I
CROQUIS
D'EXTRÊME-ORIENT

Table des matières

CROQUIS D'EXTRÊME-ORIENT[1]

Table des matières

(Singapore, 22 janvier 1898).

La fin de ce pauvre xixe siècle, tant vanté et tant décrié tout à la fois, est marquée par un phénomène géographique à peine sensible encore, et déjà redoutable pour les races occidentales. C'est l'entrée dans le monde civilisé des peuples jaunes. Les hommes d'Europe, Saxons, Latins, Allemands et Slaves, après avoir conquis et peuplé l'Amérique, conquis et colonisé l'Afrique et l'Océanie, conquis et colonisé les deux tiers de l'Asie, se heurtent à une masse compacte de cinq cents millions d'hommes étrangers, différents, hostiles et parfaitement propres au genre de guerre qui devient chaque jour davantage l'unique guerre moderne: la lutte économique pour le pain et par la famine. Et ces hommes, Mandchoux, Nippons, Tartares, Coréens, Chinois, sortent en ce moment de leur immobilité quarante fois séculaire et commencent la bataille.

C'est le moment pour le négociant et l'industriel,—les soldats de la guerre nouvelle,—d'aller étudier en hâte les positions de l'ennemi, ses ressources et ses intentions.

C'est le moment pour l'artiste et le curieux d'aller voir ces pays d'Extrême-Orient, jadis fabuleux, pleins d'étrangeté et de bizarrerie; d'aller les voir avant que la transformation en train de s'accomplir n'ait achevé d'en faire des usines modernes, perfectionnées et puissantes.

[1] Le Salut Public, 2 mars 1898.

1
SINGAPORE

Table des matières

Quand vous irez en Extrême-Orient, trois ou quatre jours après avoir doublé Ceylan, vous verrez la mer se resserrer entre des côtes abruptes et boisées; vous entrerez dans une sorte de corridor colossal au bout duquel votre route sera barrée par un archipel pressé, laissant entre ses îlots un passage étroit qui est la porte unique de l'Extrême-Orient. Cela, c'est le canal de Singapore. Singapore est le vrai seuil des contrées jaunes.

Figurez-vous une espèce de rivière assez, large, sinueuse, bordée de rives merveilleusement vertes, encombrées d'îlots et de rochers. Sur la berge, des quais grossièrement bâtis en bois, mais interminables; amarrés aux appontements, une flotte de vapeurs de toutes nations; sur les quais, des montagnes de charbon, des docks, des dépôts, des amas de marchandises; plus loin, des prés verts et une route anglaise, large comme une avenue et propre comme une allée. C'est le port de Singapore. La ville est tout au bout, à plus de deux milles des premiers navires.

Débarquons. Si c'est le jour, l'activité fébrile du port fait une profonde impression. Et même de nuit, neuf fois sur dix, se trouvera pas loin quelque paquebot pressé, chargeant son charbon à la lueur des torches et des fagots résineux qui brûlent sur le quai; et ce n'est pas un spectacle d'Europe que ces files d'hommes bruns, écrasés sous des fardeaux énormes, prenant d'assaut le vapeur en poussant des hurlements perçants et redescendant sur le quai à la course pour remonter aussitôt avec de nouvelles charges.

C'est au-delà du canal, côté Orient, qu'est la ville, au bord de la rade même. Singapore, moitié Chine et moitié Inde, est une des physionomies de cités les plus étranges du monde. Bâtie du premier pavé à la dernière brique par les Anglais, elle abonde en rues droites et larges, sans montrer la prédilection exagérée des Américains pour l'angle droit. Beaucoup de squares, force places immenses, abondantes d'arbres et de pelouses. Voilà le plan.

Là-dessus, dix ou quinze mille maisons à un étage, avec galerie en retrait, toit surplombant, échoppe profonde et sombre; le tout peint en bleu, un bleu criard, dur, violent, qui tire les yeux. Sur la rivière étroite, qui serpente dans la ville, les ponts d'acier, bien jetés, larges et commodes, mais gardant je ne sais quoi d'oriental dans le croisement pourtant logique et simple de leurs poutres métalliques. Sous les ponts, des sampans, ces bateaux-maisons de la Chine, où des familles vivent toute leur existence, pêle-mêle dans une vermine puante;—des sampans, tant de sampans que c'est tout juste si l'on aperçoit l'eau entre les coques noires et grouillantes. Dans ces rues, une foule bariolée de cent mille individus dont je vous défie de deviner la race et même le sexe, à première vue. C'est le plus incohérent amalgame de toutes les peuplades de l'Inde, de la Chine et de l'Indo-Chine. Il y a des Indiens encore assez purs, barbus, drapés dans leurs étoffes flottantes, avec leur haute stature et leur fier visage intelligent et noble;—des Indiens du Sud, mâtinés de Cinghalais et de Malais, minces, souples, imberbes; hommes et femmes se confondent; c'est la même sveltesse de formes, la même grâce élégante;—des Siamois, des Cambodgiens, des Annamites, petits, intelligents, avec on ne sait quoi de cruel dans leur visage clair;—des Chinois enfin, de toutes classes et de tous rangs, depuis le coolie misérable et craintif, flottant dans son pantalon large et rapiécé, depuis le petit boutiquier, propre et soigneux, chaussé de souliers de feutre, jusqu'au banquier millionnaire qui éclabousse l'Européen du fond de sa victoria à grande livrée. Ceux-là sont tous les mêmes, à tous les degrés de l'échelle: habiles et rapaces à en remontrer à nos juifs d'Europe, impassibles et calmes plus que des mahométans.

A Singapore, nous trouvons déjà la plupart des éléments de population que nous rencontrerons au cours de notre voyage, mais mêlés inextricablement avec un élément indien qui imprime à l'ensemble un caractère de bariolage étrange.

Sur toute cette foule flotte une odeur indicible, mélange âcre de poivre, d'encens et de fauves échauffés, avec on ne sait quoi de fécal et d'étouffant. C'est l'odeur jaune, l'émanation nauséabonde de toute la race orientale, que nous retrouvons sur toute la côte chinoise, de Chemulpo et de Port-Arthur à Hong-Haï et jusqu'à Singapore.

Tel est à peu près l'aspect des quartiers indigènes de la porte de l'Extrême-Orient. Cela, c'est en quelque sorte le revêtement original et artistique de la maison de commerce anglaise. Car Singapore n'est pas autre chose qu'un comptoir colossal doublé d'une banque florissante. Les Anglais ont respecté volontiers le caractère exotique de la ville et lui ont laissé son cachet oriental intact. Mais ils n'en ont pas moins édifié à côté de la cité chinoise leur ville à eux, avec leurs larges maisons aérées, leurs magasins, leurs entrepôts,—et leur port.

Ce port-là vaut la peine d'être possédé. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'un navire allant en Extrême-Orient, qu'il vienne d'Europe, d'Afrique ou de l'Inde, ne peut se dispenser de passer par Singapore. Les Anglais en ont profité pour créer à Singapore d'immenses approvisionnements de houille. Aussitôt, Singapore est devenu grand port de transit et d'escale.

Cette prospérité a couru pourtant un danger terrible; c'est une petite histoire peu connue en France, probablement parce que nous y avons été les premiers intéressés. Au nord de Singapore, la presqu'île de Malacca se resserre en un isthme facile à percer, l'isthme de Kra. Un canal ouvert là abrégeait le chemin de l'Extrême-Orient de deux jours, et remplaçait Singapore par Saïgon. Des Français ont voulu réaliser ce rêve-là. C'était une fortune inespérée pour notre Cochinchine, et la ruine de Singapore, par dessus le marché; double avantage pour nous.

Mais le cabinet de Saint-James a su obtenir d'un ministère français sainement dédaigneux des affaires coloniales l'abandon de l'isthme; et maintenant, je vous garantis que l'isthme ne sera pas percé.

Et Singapore s'accroît toujours, devient d'année en année plus populeux et plus florissant.

Ce n'est pas seulement une ville de transit, une escale, un dépôt de charbon. C'est le grand marché de l'Indo-Chine, du Sumatra et de la Sonde; c'est le port d'exportation du Siam et de la Birmanie. Si étrange que cela paraisse, tout le commerce siamois, qui devrait se concentrer à Saïgon, plus proche et plus accessible, préfère aller à Singapore, parce que le courant s'en va par là, tandis que nous ne faisons rien pour attirer à nous cette source de richesses. C'en est arrivé à ce point fabuleux que, sur le commerce total de l'Indo-Chine, qui dépasse 2 milliards, les Straits-Settlements, c'est-à-dire Singapore, font plus d'un milliard;—un pays sans industrie, sans agriculture, presque sans territoire;—alors que des contrées peuplées, vastes, productrices, mais françaises! l'Annam, le Tonkin, le Laos, le Cambodge, n'atteignent pas 700 millions!

Les Anglais ont le droit d'être fiers de leur œuvre.

Et pourtant, aujourd'hui, ils sont inquiets et ils ont raison de l'être.

Il y a, en effet, un principe colonial qu'on ne sait pas en France et qui est pourtant capital. C'est que celui qui retire tout le profit d'une colonie, ce n'est pas le propriétaire, c'est le négociant; ce n'est pas l'administrateur, le fonctionnaire, c'est celui qui détient les banques, qui accapare les marchés, qui organise les lignes de paquebots, qui importe son industrie à lui et emporte les produits et l'or de la colonie. Pendant très longtemps les Anglais ont été à la fois propriétaires et négociants; ils risquent fort aujourd'hui de perdre le rôle le plus fructueux.

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16 yanvar 2025
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50 səh. 1 illustrasiya
ISBN:
4064066078027
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Bookwire
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