Kitabı oxu: «Le Secret professionnel»

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Jean Cocteau

Le Secret professionnel


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066077679

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

Texte

PARIS
LIBRAIRIE STOCK
PLACE DU THÉÂTRE FRANÇAIS
1922


JEAN COCTEAU

Poète français, né à Maisons-Lafitte. Publie ses premiers vers à dix-sept et dix-huit ans. (Prince Frivole, Danse de Sophocle). Le Potomak, interrompu par la guerre, est amplifié pendant la guerre et ne paraît qu'en 1919. L'auteur l'annonce comme la préface de ses ouvrages à venir. En effet Le Potomak est un livre qui renferme tous les malaises d'une mue profonde. À partir de ce moment, Cocteau va se chercher sur des routes plus difficiles. Il se trouve en 1918 avec Le Cap de Bonne-Espérance. La mode était alors aux natures-mortes et aux nuances subtiles. Le Cap leur oppose une sorte de grosse fugue sans pédales. Ensuite il donne coup sur coup: Le Coq et l’Arlequin qui précisait, annonçait ou devinait les directives de la jeune musique et autour de quoi se réunirent les compositeurs du groupe des Six, Carte-Blanche, vingt articles publiés dans «Paris-Midi» en 1919, où l'auteur essaye une liaison entre le gros public et ce que Baudelaire appelle: «Les expressions les plus récentes de la beauté», Poésies (1920), où l'auteur, toujours soucieux de fuir le mot d'ordre des milieux de gauche littéraires, évite les ténèbres ou la fausse brutalité par un rajeunissement inattendu de la forme fixe et de la grâce. Ces nouvelles ressources de la forme fixe sont surtout mises en œuvre dans Vocabulaire (1922).

Au théâtre y Jean Cocteau débute avec Parade. Ses collaborateurs sont Erik Satie et Picasso. Il invente une chorégraphie qui, partant des gestes les plus familiers, les précise, les exagère, les mêle jusqu'à obtenir la danse. Parade, hué au Châtelet en 1915, fut acclamé au théâtre des Champs-Élysées en 1920.

Après Parade vint le Bœuf sur le Toit, musique de Darius Milhaud. Cette fois Cocteau supprime les visages, emploie des clowns, les cache sous des têtes de carton, concentre toute la force expressive sur les mains et le corps des interprètes. Le Bœuf sur le Toit est une farce mélancolique où le sujet n'a aucune importance. Seule compte la manière dont chaque rôle se développe et trouve sa place dans l'ensemble.

Après le Bœuf sur le Toit, Cocteau trouve l'occasion de mettre au point toutes ses tentatives dans Les Mariés de la Tour Eiffel, en collaboration avec Irène Lagut, Jean Hugo et les jeunes musiciens. Dans Les Mariés, au lieu de faire de la poésie au théâtre, il fait, pour la première fois, de la poésie de théâtre, c'est-à-dire que l'action est soumise aux mécanismes de l'image et que le texte qui l'accompagne est d'une concision élémentaire. «La poésie de théâtre, écrit-il, doit se voir de loin. Or la poésie au théâtre est une fine dentelle qu'on nous montre à distance. C'est une faute grave, toujours recommencée».

En somme, toute l'œuvre de Cocteau tend à un réalisme supérieur et à ce «plus vrai que le vrai» dont il parle souvent et qui est le propre de l'art.

Élie Gagnebin.

Le Secret professionnel

AUX ÉTUDIANTS DES BELLES-LETTRES DE GENÈVE ET DE LAUSANNE EN TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE

Il ne faut donc pas enfermer toutes sortes d'esprits dans les mêmes bornes, ni trouver incontinent mauvais ce qui n'est seulement qu'extraordinaire. Autrement, ce serait faire comme ce pauvre homme de Norvège la première fois qu'il vit des roses; car on dit qu'il n'osa pas s'en approcher, de peur de se brider les doigts, et qu'il s'étonna que les arbres portassent du feu.

Guez de Balzac.

Au jugement dernier

J'interroge:

—Et les catastrophes de chemin de fer, Seigneur? Comment m'expliquerez-vous les catastrophes de chemin de fer?

DIEU (gêné).—Ça ne s'explique pas. Ça se sent.

Le Secret professionnel

Ce serait beaucoup se méprendre que de trouver de l'orgueil dans le ton des jugements que porte l'auteur sur des œuvres considérées par tout le monde comme des chefs-d'œuvre et sur lui-même. Mais, cependant, pour que l'auteur plaide sa cause avant qu'on l'accuse, il faut bien qu'une apparence lui donne certaines craintes. En effet, il arrive qu'à se placer haut pour mieux juger l'ensemble, on paraisse simplement vouloir prendre une place en vue.

D'autre part, des réflexions de solitaire affectent toujours une tournure aristocratique, bien agaçante pour les autres. Rien ne dérange plus que l'aristocratie, quelle qu'elle soit. Un livre comme la Princesse de Clèves, dans l'ordre social, est un chef-d'œuvre du genre. Ce conte de fées, divin, humain, inhumain, jette une terrible vulgarité sur les romans qui dépeignent ce que Tolstoy nomme: les hautes sphères. À côté du livre de Mme de La Fayette, le monde des meilleurs romans devient du demi-monde.

De même, dans l'ordre intellectuel: Ecce Homo de Nietzsche donne l'air bête à tout livre dont on l'approche.

Cependant, pour qui sait lire, les naïvetés qu'il renferme sont la preuve d'une aristocratie de solitude. Rien de plus naïf que les princes. Tout les étonne.

Nietzsche écrit dans Ecce Homo: «La France qui possède des psychologues comme Mme Gyp, Guy de Maupassant, Jules Lemaître».

Jules Lemaître était très bon pour moi. Un jour que je lui citais la phrase et que je m'étonnais de cette nomenclature hétéroclite: «Mais, mon enfant, me dit-il, Nietzsche parle de ce qu'on trouve à la gare de Sils-Maria». Ce joli mot éclaire les dangers de la solitude.

Je ne me compare à aucun des princes de la terre et je ne cite ces grands noms qu'à titre d'exemple. Mais la solitude est la solitude. Or, les notes qui vont suivre furent écrites dans la solitude; elles y gagnent et elles y perdent. Elles y gagnent en franchise. Elles y perdent en ce que le contact des capitales nous donne la prudence et la politesse, sans quoi l'autorité joue un rôle de paysan du Danube.

De plus, j'ai coutume de disperser les moutons sitôt que leur troupeau se reforme. J'aurai ainsi, peu à peu, un public très mince et très sûr. J'ai donc l'habitude d'être seul, ou presque. Cet agréable état de solitude littéraire s'ajoute à la solitude de villégiature à laquelle je faisais allusion.

Vivre seul, surtout au bord de la mer, c'est rendre à l'esprit quelque chose de primitif, d'enfantin.

Je connais un petit garçon qui demandait leur âge aux vieilles dames. C'était tantôt soixante-dix v ans, tantôt quatre-vingts. Alors, disait-il, avec un œil de glace, vous n'avez plus longtemps à vivre.

Une pareille grossièreté, qui passe par-dessus tous les fragiles édifices de la civilisation, n'étonne pas un solitaire. C'est avec la même candeur qu'il pense: «Mon œuvre vivra longtemps».

* * *

Les classiques et les romantiques. Racine contre Shakespeare. Voilà une guerre toute simple. Les Grecs et les Troyens face à face. Le progrès nous vaut des guerres plus confuses. Piquons donc comme un plongeur, n'importe où, dans le désordre. Sans le moindre fil d'Ariane, mais avec quelques contrepoisons.

* * *

Le style ne saurait être un point de départ. Il résulte. Qu'est-ce que le style? Pour bien des gens, une façon compliquée de dire des choses très simples. D'après nous: une façon très simple de dire des choses compliquées. Un Stendhal, un Balzac même (celui du Père Goriot, de la Cousine Bette) essayent avant tout de faire mouche. Ils y arrivent neuf fois sur dix, n'importe comment. C'est ce n'importe comment, vite à eux, qu'ils adoptent selon les résultats obtenus, cette manière d'épauler, de viser, de tirer vite et juste, que je nomme le style[1].

Un Flaubert ne pense qu'à épauler. Peu importe la cible. Il soigne son arme. La dame du tir qui tourne le dos aux cartons, le contemple. Quel bel homme! quel chasseur! quel style! Peu lui importe que le tireur fasse mouche, pourvu qu'il épaule longuement, gracieusement, et, surtout, qu'il n'aille pas vite en besogne.

Le carton? Le carton est à dix mètres: l'infini pour les myopes et les personnes qui ne veulent pas voir plus loin que le bout de leur nez. Donc, l'élite[2].

Combien les prétendus tableaux réalistes de Flaubert sont loin de la réalité. Madame Bovary, par exemple, où le souci d'épauler s'étale à chaque page, fourmille d'irréalisme. Une suite de «tableaux pour le salon». Le peintre dit à ses confrères en clignant de l'œil: «Vous verrez, je vous réserve une surprise». La toile à sujet représente une noce à la campagne, une promenade à cheval, une opération de pied-bot au village, le fiacre des adultères, le mendiant aveugle, prêtre et libre-penseur trinquant au chevet d'une morte en robe de mariage.

On se fatiguerait à citer toutes les balles perdues par souci d'une position élégante de l'arme. Le type en serait la scène creuse chez les Bovary pendant les cris d'Hippolyte, ayant servi de prétexte à un atroce tableau de genre, ou Bovary rencontrant juste sa femme rue Renelle des Maroquiniers.

Une seule fois dans le livre, nous croyons presque voir le carton de nos romanciers favoris. C'est lorsque Léon se laisse entraîner par Homais. Il y a là un moment de veulerie, un Yes d'Homais prodigieux.

Que de griefs il y avait à faire pour condamner ce livre! Ernest Pinard eut bien étonné en plaidant contre le passage du pied-bot entre autres. Passage bien plus immoral que le reste, comme, à la foire, le musée Dupuytren nous choque davantage que les dames nues peintes sur les montagnes russes.

Il est difficile de s'entendre sur le sens de la réalité. Presque toujours ceux qui ne le possèdent pas attaquent en son nom ceux qui le possèdent.

La photographie est irréelle, change les valeurs et les perspectives. Son œil de vache enregistre stupidement ce que notre œil corrige et distribue ensuite selon les besoins de la cause. Parmi nos peintres, Degas est une victime de la photographie comme les futuristes ont été victimes du cinématographe. Je connais de Degas des photographies qu'il agrandissait lui-même et sur quoi il travaillait directement au pastel, émerveillé par la mise en page, le raccourci, la déformation des premiers plans.

De même, étant donné le soin minutieux de Flaubert, s'il fouille un motif, nous sommes étonnés de voir la nonchalance avec laquelle il déroule son histoire, saute les époques, et voltige, pour ainsi dire, lourdement, de détail en détail.

Les tireurs à but n'encourent pas le même reproche. Ne fignolant jamais, ils peuvent voltiger. Tout à coup, ils s'abattent sur les fleurs, et ils en sortent le miel d'un seul coup de trompe[3].

Le style point de départ est une grande faiblesse[4].

Cette faiblesse caractérise les époques où il est inutile de se jeter à l'eau avec l'instinct de conservation comme maître nageur.

Après la tempête, après une nécessité de retour au calme, à la tenue, il arrive ce phénomène que l'art fourmille d'épauleurs excentriques. Ils offrent aux yeux la pire apparence du désordre. Il leur arrive de tirer juste, mais avant tout, ils épaulent. C'est alors, puisque nous visitons un labyrinthe, une sorte de romantisme classique. Fausse concision, fausse vitesse, fausse hâte d'atteindre le but. Ainsi, pour épuiser notre métaphore, ressemblent-ils à ces tireurs qui visent dans une glace, ou entre les jambes, la tête en bas. Ainsi faisait Robert, acrobate de la carabine, jusqu'au jour où un général spirituel imagina de le conseiller comme partenaire à notre pauvre ami Garros. L'idée l'amusa; on fit des essais. Robert manquait tout. Il prétendit que de n'avoir pas sa barbe postiche le gênait. On lui permit la barbe. Il manquait toujours. En fin de compte, il avoue employer un compère, tirer fort mal, et n'avoir pas osé le dire parce que ses papiers n'étaient pas en règle.

Un tic ne saurait être style, même un tic noble. Soigner sa pensée, la manier, la mettre en relief, c'est soigner son style. Autrement envisagé, le style ne peut qu'obscurcir ou qu'alourdir.

Le vrai écrivain est celui qui écrit mince, musclé. Le reste est graisse ou maigreur. Il y a dans le tireur excentrique, toujours si à la mode, un terrible mélange de graisse et de maigreur.

* * *

Une naïveté de la jeunesse consiste à croire que certaines injustices ne peuvent plus se produire. Exemple: un Rimbaud, un Cézanne ne resteraient plus sans public, sans une milice internationale[5]. Oui certes, ceux-là ressuscitant, ou leurs conséquences. L'injustice sera réparée sur leurs fils et petits-fils. Mais le nouveau Rimbaud, le nouveau Cézanne, le contradicteur, trouvera même accueil, même solitude. Rien ne change. Il fera sourire et hausser les épaules au parti de l'audace, par son audace même, trop différente. Rappelez-vous ce «client sérieux» qui buvait d'abord la moitié du café, puis y versait du cognac, puis coupait le reste avec de l'eau, puis buvait de l'eau sucrée. Nous en sommes là des «Poètes maudits».

Les pompiers ne sont pas où on se l'imagine. Il ne faut pas les chercher sur d'autres planètes que la nôtre. Comment un Bonnat, un Saint-Saens, pleins de talent tous deux, pourraient-ils être pompiers? Les pompiers, les nôtres, doivent être Rimbaud, Mallarmé, Cézanne, et si vite, nous-mêmes.

On se demande souvent la raison pour laquelle Rimbaud quitta les lettres. Le doute est impossible. Seul, évité par la race de ceux-là même qui cherchent à réparer l'injustice et la recommencent envers d'autres, écœuré des cafés, trouvant que ce joli monde ne méritait pas son suicide et que le suicide était un peu ridicule, il choisit le seul dénouement possible.

Écrire, surtout des poèmes, égale transpirer. L'œuvre est une sueur. Il serait malsain de courir, de jouer, de se promener, d'être un athlète sans sueur. Seuls la promenade d'un homme et l'homme lui-même m'intéressent. C'est pourquoi peu d'œuvres de vivants me touchent. Dans l'œuvre d'un mort, dans le parfum de sa sueur, je cherche un témoignage d'activité. Le Louvre est une morgue; on y va reconnaître ses amis. Nous aimons à faire sentir notre sueur, à la vendre. La foule et le délicat n'aiment que se griser de sueur, s'intoxiquer de sueur. Du reste la promenade, le sport ne les intéressent pas.

Rimbaud, au Harrar, offre l'exemple d'un athlète de la poésie qui ne transpire pas. Mais il ne bouge plus. Si on bouge, une fois admis qu'on en accepte l'inconvénient, il faut suer le moins possible, et, pour ainsi dire, suer sec.

P.-S.—Ce que je nomme promenade, sport, n'est pas cette manière de vivre que Wilde appelait son chef-d'œuvre. C'est la vie de l'esprit dont je parle.

* * *

Mon ami Francis Picabia, l'esprit le plus souple que je connaisse, est un tireur qui trouve plus amusant de tirer sur la patronne du tir que de tirer sur l'œuf. Tire-t-il sur elle? Non. Il craint les gendarmes.

Je me sens pauvre lorsque nous discutons. Ni l'un ni l'autre, nous ne jouons pour la galerie. Nous aimons le jeu—mais pendant que je m'exténue à jouer dans certaines limites et selon les règles, le voilà qui saute, qui joue n'importe comment et n'importe où, qui consacre la triche alors que personne mieux que lui ne connaît les règles du jeu. J'en ai assez d'être battu. Je l'imite. Nous en arrivons à jouer dos à dos, chacun pour soi, dans une entente parfaite.

Ah! Narcisse! quel drôle de couple tu fais.

Les mots n'ont pas de sens. Soit. J'accepte. En ont-ils, lorsque vous m'expliquez longuement pourquoi j'ai tort de m'en servir? Acceptez le jeu, dominez-le, arrangez-le à votre guise, mais conservez une chance d'échange et de trouver un partenaire digne de vous.

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17 yanvar 2025
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4064066077679
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