Kitabı oxu: «Les aventures de M. Colin-Tampon»
Jules Girardin
Les aventures de M. Colin-Tampon

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066075705
Table des matières
1896
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
FIN
1896
Table des matières
I
Table des matières
M. Colin-Tampon avait cinquante ans; il était propriétaire d'une jolie villa sur le territoire de Courbevoie, et, par-dessus le marché, conseiller municipal.
Il va sans dire que M. Colin-Tampon avait été jeune dans son temps. Si nous le prenons à l'âge de seize ans, nous remarquons qu'il s'appelait alors Colin tout court, qu'il étudiait pendant le jour les mystères de la mercerie, rue Saint-Denis, à l'enseigne du Bouton-d'Or, sous les auspices de M. Tampon, patron peu endurant; la nuit, il dormait à poings fermés dans une soupente située au sixième étage de la maison même où habitait son patron. Comme il n'était point ambitieux, ses rêves, quand par hasard il rêvait, ne lui montraient point la jolie villa de Courbevoie ni les honneurs municipaux; oh, mon Dieu, non! Il rêvait qu'il y avait deux dimanches par semaine au lieu d'un, ou bien que la morue n'apparaissait qu'une fois par semaine, au lieu de cinq, sur la table du patron.
N'allez pas conclure de là que le jeune Ernest Colin fut un paresseux ou un gourmand. Son patron le faisait travailler avec une sévérité si implacable, que le soir «les jambes lui rentraient dans le corps». Il était donc bien excusable de soupirer après le jour du repos. Quant à la morue, mon intention n'est point d'en dire du mal. C'est un mets exquis pour ceux qui l'aiment, et encore à condition qu'ils n'en abusent pas. Ernest en abusait, et il en abusait bien malgré lui, car il avait une horreur instinctive pour ce mets, cher à M. Tampon.
Arrivé à l'âge de vingt-cinq ans, Ernest descendit de la soupente pour épouser la fille de son patron, lequel s'en alla planter ses choux à Charenton, tout en conservant un intérêt dans les affaires du Bouton-d'Or.
Un peintre en bâtiments dressa son échelle le long de la devanture et, devant le mot Tampon, peignit le mot Colin, ce qui fit Colin-Tampon. Mais comme l'image du Bouton-d'Or, qui planait au-dessus du mot Tampon, ne se trouvait plus au milieu de l'inscription, le peintre, pour rétablir la symétrie, ajouta, à droite de Tampon, et Cie, ce qui fit Colin-Tampon et Cie. Comme cette addition ne pouvait faire de tort à personne, personne ne réclama.
Vers la quarantaine, M. Colin-Tampon eut un violent accès de goutte. Dans ses méditations solitaires, qui toujours roulaient sur la mercerie, il lui vint une inspiration de génie, et il inventa le bouton inamovible qui fit sa fortune.

Devenu riche, il se retira à Courbevoie et fut bientôt élu conseiller municipal. Cependant la goutte le tracassait et l'embonpoint commençait à l'envahir.
Il consulta ses amis, qui lui enseignèrent des remèdes de bonnes femmes, et ne s'en trouva pas soulagé. Sur le conseil de son médecin, il prit un port d'armes, acheta un harnachement de chasseur et un chien. Puis, un jour, il apparut en grand équipage aux yeux éblouis de sa femme et de sa servante, fier comme Artaban et beau comme Apollon Pythien.
II
Table des matières
D'un pas martial, il descendit les marches du perron en faisant sonner les clous de ses souliers. Déjà, à grandes enjambées, il se dirigeait vers la grille du jardin, lorsque Mme Colin-Tampon éprouva le besoin d'ajouter quelques conseils aux nombreuses recommandations qu'elle lui avait déjà prodiguées.
«Ernest!» s'écria-t-elle.
Ernest fit volte-face, et, voyant que sa femme accourait vers lui, il voulut galamment lui épargner les deux tiers du chemin. Il ne courait pas il volait, et les trois petites plumes qui ornaient son chapeau étaient rejetées en arrière par la rapidité de sa course.
En le voyant si jeune et si leste, Mme Colin-Tampon sourit. Ernest arriva comme elle descendait la dernière marche du perron; son mouvement fut si vif, que le tendre baiser destiné à la joue de Mme Colin-Tampon retentit sur le bout de son nez.
«Ernest, dit-elle, tu seras prudent.
—Je te l'ai promis.
—Un malheur est sitôt arrivé.
—Je ne suis plus un enfant.
—Non; mais tu es si jeune et si pétulant pour un homme de ton âge!»
Ce fut au tour de M. Colin-Tampon de sourire; i1 cambra les reins, tendit les jarrets et se disposait à partir lorsque Mme Colin-Tampon lui dit:
«Je ne te souhaite pas bonne chance, parce que l'on dit que cela porte malheur; mais je suis bien sûre que tu ne reviendras pas le carnier vide.
—On ne peut pas savoir, répondit le chasseur avec une feinte modestie.
—Je suis si sûre de la justesse de ton coup d'oeil, que Jeannette n'achètera pas de rôti pour le dîner; je compte sur toi. Vous entendez, Jeannette?
—Oui, madame, j'entends,» répondit Jeannette avec un sérieux parfait. Son maître était si beau dans son costume de chasse qu'il ne pouvait manquer de faire de nombreuses victimes.
Azor, en son âme de chien, se disait: «A qui en ont-ils? Est-ce que nous ne partirons pas aujourd'hui?»

Un tout petit oiseau, perché sur une branche à quelques pas de là, chantait à plein gosier; si près de Paris, les petits oiseaux eux-mêmes deviennent sceptiques et moqueurs comme des gamins de Paris. Celui-là savait que l'habit ne fait pas le chasseur, et l'apparence martiale de M. Colin-Tampon l'égayait au lieu de lui inspirer de l'effroi. Si M. Colin-Tampon eût été plus au courant des usages, des moeurs et des superstitions de l'antiquité, il aurait tiré un fâcheux présage du chant moqueur de ce petit oiseau.
Mais M. Colin-Tampon n'était point au courant des usages, des moeurs et des superstitions de l'antiquité. Il y avait à cela d'excellentes raisons M. Colin-Tampon n'avait point fait d'études classiques. Le peu qu'il savait, il l'avait appris dans le Moniteur de la Mercerie, qui se soucie, comme d'une guigne, de l'antiquité et de ses superstitions.