Kitabı oxu: «Petite légende dorée de la Haute-Bretagne»
Paul Sébillot
Petite légende dorée de la Haute-Bretagne

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066083694
Table des matières
PRÉFACE
SOURCES ET OUVRAGES CITÉS
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIII
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
XXXIII
XXXIV
XXXV
XXXVI
XXXVII
XXXVIII
XXXIX
XL
XLI
XLII
XLIII
XLIV
XLV
XLVI
XLVII
XLVIII
XLIX
L
LI
LII
LIII
LIV
LV
LVI
LVII
LVIII
LIX
LX
LXI
LXII
LXIII
LXIV
LXV
LXVI
LXVII
LXVIII
LXIX
LXX
LXXI
LXXII
LXXIII
LXXIV
LXXV
LXXVI
LXXVII
PERSONNAGES SACRÉS
PRINCIPAUX OUVRAGES
PRÉFACE
Table des matières
Les légendes qui figurent dans ce petit recueil ont un caractère très nettement déterminé: elles sont avant tout locales, ou tout au moins localisées par les conteurs, qui ne manquent pas d'indiquer les lieux où se sont passés les actes, dont le souvenir n'a souvent survécu qu'à l'état fragmentaire: la mer conserve la trace des saints qui l'ont parcourue, les rochers portent à jamais les empreintes qu'ils y ont laissées; des fontaines ont jailli sous leurs pas, et la piété populaire a jalonné leur passage en construisant des chapelles ou en érigeant des croix. Leurs sanctuaires sont le centre d'un culte qui est particulier à une région et auxquels ses fidèles, parfois assez rares, demeurent très attachés.
Parmi ces saints que l'on pourrait appeler nationaux en raison de leur naturalisation populaire, il en est que l'Église ne reconnaît pas, d'autres qui ne sont même pas mentionnés dans la Vie des saints de Bretagne, pourtant si profondément légendaire; parfois le clergé du diocèse où se trouve la petite chapelle placée sous leur vocable, la petite croix qui leur est dédiée, ou la fontaine qui porte leur nom, ne leur rend aucun culte et ignore même presque leur existence.
Le peuple, lui, les connaît, et jusqu'à ces derniers temps il a conservé dans sa mémoire leur petite légende dorée, souvent plus intéressante au point de vue des traditions que celle de beaucoup de bienheureux célèbres. Mais elle n'est guère racontée que dans le voisinage du petit monument qui porte le nom du saint obscur, mais pourtant aimé, que l'on regarde dans le pays comme une sorte de divinité locale. Toutefois si le culte persiste encore, la légende va s'effaçant un peu tous les jours, comme ces pierres tombales des églises, jadis sculptées en relief, dont le pied des passants a rongé peu à peu les ornements et les inscriptions. Celles qu'on peut encore retrouver aujourd'hui,—j'allais dire déchiffrer,—sont généralement courtes; au lieu d'une vie entière, il ne subsiste plus que des épisodes, ou une sorte d'abrégé d'une tradition, sans doute mieux sue jadis et plus développée.
J'ai fait de mon mieux pour sauver tout au moins les débris qui en subsistent encore. Les quelques récits qui ont paru en 1885 dans la Revue de l'histoire des religions m'ont attiré de précieuses communications; j'ai continué à enquêter autour de moi, et en réunissant aux récits ainsi recueillis ceux puisés par divers auteurs dans la tradition orale, je suis parvenu à réunir environ quatre-vingts légendes.
Comme beaucoup de ces saints sont souvent à peu près inconnus dès qu'on s'éloigne du lieu qui leur est consacré, leur légende n'est sue que de bien peu de gens, dont le nombre va en diminuant tous les jours; ce sont surtout les vieillards qui la connaissent: la jeune génération l'ignore ou la traite avec dédain. Il faut beaucoup de patience et un peu de bonheur pour arriver à rencontrer la personne, peut-être unique, qui la conserve encore avec quelque précision. Il m'a été relativement plus facile de recueillir en Haute-Bretagne près d'un millier de contes populaires que de trouver le demi-cent de courtes légendes de ce volume qui sont dues à mon enquête personnelle. Sans que j'aie fait porter spécialement sur elles l'effort de mon exploration, je puis dire sans exagérer que je m'en suis occupé pendant une vingtaine d'années. Mais les conteurs sont, en ce qui regarde ces légendes, assez défiants; ils ne les disent pas volontiers, craignant sans doute qu'on ne se moque des récits naïfs, transmis de génération en génération, qui racontent des épisodes de la vie des petits saints. Presque toujours ils s'expriment avec un certain respect, même quand ils rapportent des traits, assez rares d'ailleurs, qui n'ont pas toute la gravité qui convient à la légende dorée. Mais il n'est que juste de remarquer que tel passage, qui nous paraît vulgaire ou bizarre, semble tout naturel au conteur, qui n'y entend pas malice. Dans deux ou trois récits seulement intervient la note comique, et même un peu irrévérencieuse en apparence; mais il ne faudrait pas y voir une idée de moquerie ou de scepticisme à l'égard des bienheureux populaires. Presque toujours ceux qui leur ont manqué de respect sont, ainsi qu'on le verra dans toute une série de récits, trop punis, même pour des fautes assez vénielles, pour que les conteurs se permettent autre chose qu'une plaisanterie, qui ne leur semble pas déplacée.
Dans les légendes que j'ai recueillies moi-même comme dans celles que j'ai empruntées à divers auteurs, il en est qui forment des récits à peu près complets, le plus souvent assez courts, où l'on rencontre des épisodes poétiques ou gracieux dans leur naïveté, qui ne dépareraient pas une Vie des Saints de Bretagne; d'autres ne présentent plus guère que des fragments assez frustes: en historien fidèle, je les ai rapportés sans essayer de les restaurer. Ce sont en quelque sorte des pièces d'un musée hagiographique de la Haute-Bretagne: à côté de statuettes entières ou à peu près, il en est d'autres qui ont gravement souffert des outrages du temps, et dont il ne reste guère que des tronçons.
Si mutilées qu'elles soient, quelques-unes de ces légendes ont conservé des détails qui méritent d'être notés. Plusieurs se retrouvent dans ce fonds de merveilleux antérieur au christianisme, qui a fini par se mêler au merveilleux chrétien. Parfois le saint paraît avoir emprunté des épisodes entiers de sa vie à d'anciennes et obscures divinités locales, de même qu'aux yeux du peuple, il a gardé les vertus de protection, de bonheur ou de guérison, que les petits dieux inconnus auxquels il a succédé passaient pour posséder il y a deux mille ans.
Dans mes notes j'ai relevé, aussi exactement que je l'ai pu, les particularités physiques qui se trouvent dans le voisinage des lieux où l'on rend à ces saints locaux un culte, soit public, soit clandestin; là où il existe on constate presque toujours la présence d'une fontaine, parfois elle est dans le sanctuaire lui-même; peut-être quelques-unes cachent-elles encore dans leur couche séculaire de vase, des témoignages des offrandes variées qui leur ont été faites aux différents âges.
J'aurais voulu pouvoir donner, à côté des récits, des représentations iconographiques; je n'ai guère pu en trouver plus d'une douzaine. Cela tient sans doute à ce que les petits saints sont surtout honorés dans de modestes chapelles, et que ceux qui les ont bâties étaient plus riches de piété que d'écus. Peut-être aussi n'a-t-on pas recherché avec assez de soin les statuettes, les vieux tableaux ou les vitraux qui ont eu pour but d'honorer ces humbles bienheureux. C'est un peu dans l'espoir de provoquer des recherches que j'ai accompagné les récits de quelques images; en cherchant bien il est probable qu'on en rencontrera plusieurs qui ont jusqu'ici échappé aux investigations de l'auteur ou des écrivains dont il a consulté les livres.
La Petite Légende dorée, telle que je la présente aujourd'hui, est loin de contenir tout ce que le peuple raconte dans cet ordre d'idées.
Les lecteurs que ces récits intéresseront, s'ils ont la patience de rechercher autour d'eux, en trouveront sans doute bien d'autres, peut-être même de très jolis. Je m'estimerais très heureux si ce petit volume devenait le point de départ d'un supplément d'enquête sur les saints, pour ainsi dire nationaux, de la Haute-Bretagne.
Partie supérieure d'une croix du XVIe siècle, partie française du Morbihan, d'après Rosenzweig.
SOURCES ET OUVRAGES CITÉS
Table des matières
Albert le Grand. La vie des saints de Bretagne, édition Kerdanet, 1837, in-4.
Amézeuil (Ce d'). Légendes bretonnes. Dentu, 1863, in-18.
Annuaire de Bretagne, par René Kerviler et Paul Sébillot. Rennes, Plihon et Hervé, 1897, in-8.
(Pour les fêtes des saints et leurs patronages).
Bézier (P.). Inventaire des mégalithes de l'Ille-et-Vilaine. Rennes, H. Caillière, 1883, in-8.
—Supplément à l'inventaire des mégalithes de l'Ille-et-Vilaine. Rennes, H. Caillière, 1884, in-8.
A. de la Borderie. Saint-Lunaire, son histoire, ses monuments. Rennes, Plihon, 1881, in-8.
—Histoire de Bretagne, t. I. Rennes, Plihon, 1896, in-4.
Cayot-Delandre. Le Morbihan. Vannes, Cauderan, 1847, in-8.
Cerny (Elvire de). Saint-Suliac et ses traditions. Dinan, Huart, 1861, in-18.
(Ducrest de Villeneuve). Le château et la commune. Rennes, 1842, in-18.
Dulaurens de la Barre. Nouveaux fantômes bretons. Paris, Dillet, 1881, in-18.
Ernoul de la Chenelière. Inventaire des monuments mégalithiques des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, 1881, in-8.
Estourbeillon (Comte Régis de l'). Légendes du pays d'Avessac, 1882, in-18.
----Saint Benoît de Macerac et ses légendes, 1883, in-8.
----Itinéraire des moines de Landévennec. Saint-Brieuc, 1889, in-8.
Fouquet (Docteur). Légendes du Morbihan. Vannes, Cauderan, 1857, in-12.
(Goudé: Le chanoine). Histoires et légendes du pays de Châteaubriant. Châteaubriant, 1879, in-8.
Guillotin de Corson. Récits historiques, traditions et légendes de la Haute-Bretagne. Rennes, Gaillet, 1870, in-12.
----Statistique des cantons de Bains, Redon, etc. (Mém. de la Soc. arch. d'Ille-et-Vilaine, 1878).
Habasque. Notions historiques sur le littoral des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, Guyon, 1832-1836, 3 in-8.
Herpin (Eugène). La Côte d'Emeraude. Rennes, II. Caillière, 1894, in-8.
Jollivet (B.). Les Côtes-du-Nord, Histoire et Géographie. Guingamp, B. Jollivet, 1854 et suiv., in-8.
Joüon des Longrais. Jacques Doremet, suivi de la Cane de Montfort. Rennes, Plihon, 1894, in-18.
Kerbeuzec (Henri de). La légende de saint Rou. Rennes, Simon, 1894, in-18.
Le Claire (abbé). L'ancienne paroisse de Carentoir. Vannes, Lafolye, 1895, in-8.
Ogée. Dictionnaire de Bretagne, éd. Marteville. Rennes, 1843-1853, 2 in-8.
Oheix (Robert). Bretagne et Bretons. Saint-Brieuc, 1886, in-18.
Orain (A.). Curiosités, Croyances, etc. de l'Ille-et-Vilaine, Rennes, p. in-12.
Pitre de l'Isle du Dreneuc. Dictionnaire archéologique de la Loire-Inférieure. (Saint-Nazaire), Nantes, 1884, in-8.
Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou (passim).
Revue des Traditions populaires (passim).
Sébillot (Paul). Contes populaires de la Haute-Bretagne, 1re série. Paris, Charpentier, 1880, in-18.
—Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. Paris, Maisonneuve, 1882, 2 in-12 elzévir.
—Petites légendes chrétiennes de la Haute-Bretagne. Paris, Leroux, 1885, in-8. (Extr. de la Revue de l'histoire des Religions).
Légendes I, II, V, IX, X, XI, XXII, XXIV-XXIX.
—Légendes, croyances et superstitions de la Mer. Paris, Charpentier, 1886-1887, 2 in-18.
—Coutumes populaires de la Haute-Bretagne. Paris, Maisonneuve, 1880, in-12 elzévir.
Semaine religieuse du diocèse de Rennes.
Société d'émulation des Côtes-du-Nord.
Société polymathique du Morbihan.
I
Table des matières
Sainte Blanche et les Anglais
Il était une fois un petit garçon dont la mère mourut; son père, qui était capitaine de navire, resta avec lui et cessa de naviguer pour l'élever de son mieux. Mais quand ses économies eurent été mangées, il recommença à naviguer, après avoir mis son fils au collège. Celui-ci, qui apprenait tout ce qu'il voulait, entra à l'école navale, en sortit officier, et, en se battant contre les Anglais, il devint capitaine de vaisseau.
Cependant les Anglais débarquèrent en France; partout où ils passaient, ils dévastaient tout, brûlaient les églises et les châteaux, éventraient les couettes pour mettre les plumes au vent, et quand ils ne pouvaient plus boire, ils défonçaient les tonneaux pour s'amuser à voir le cidre courir dans les ruisseaux.
Il y avait dans ce temps-là, au village de l'Isle en Saint-Cast, une jeune fille, nommée Blanche, qui était un modèle de sainteté. Plusieurs fois ce pays avait été envahi par les Anglais, qui prenaient aux pauvres pêcheurs leurs bateaux et leurs filets. Un jour qu'ils étaient débarqués à l'Isle, ils surprirent Blanche qui disait ses prières du soir dans une vieille chapelle. Ses voisins eurent beaucoup de chagrin de la voir ainsi emmenée, car elle était aimée de tout le monde; mais elle leur dit de ne pas pleurer, parce que dans huit jours elle serait de retour à Saint-Cast.
Blanche fut conduite à bord d'un des vaisseaux, et l'escadre anglaise mit à la voile; quand elle fut arrivée dans le port de Londres, tous les Bretons qui avaient été enlevés furent désignés pour être guillotinés. L'exécution devait avoir lieu devant le Palais du roi, et on embarqua les condamnés dans des chaloupes pour les y conduire. Blanche, qui était avec les autres, s'écria tout d'un coup, en sautant à la mer:
—Je ne suis plus en votre pouvoir, Dieu m'appelle, et je retourne en Bretagne.
Un des Anglais essaya de la retenir, et il lui coupa même deux doigts de la main gauche; mais Blanche se dégagea, et elle se mit à marcher sur l'eau, où sa trace reste marquée par un ruban de mer plus blanc que l'eau voisine. Quelques heures après elle était de retour dans son pays.
Le chemin de sainte Blanche, dessin de Paul Chardin
Les habitants furent bien étonnés de la voir revenir sur l'eau, et tous les journaux du temps (sic) racontèrent comment Blanche s'était sauvée des mains des Anglais. Le capitaine de vaisseau, qui était aussi du pays, vint pour la voir, et s'apercevant que c'était une sainte, il lui demanda comment faire pour battre les Anglais; car il devait prochainement prendre le commandement d'une expédition contre eux: Blanche lui donna des conseils, et lui assura que dans quinze jours il reviendrait vainqueur.
Le capitaine suivit les avis de la jeune fille, et quand, après avoir battu les Anglais, il revint pour la remercier, il tomba amoureux d'elle, et Blanche consentit à l'épouser. Elle suivait son mari partout, même à la guerre. Un jour leur navire fut entouré d'ennemis; le capitaine fut tué à son poste, et le découragement se mit parmi l'équipage. Mais Blanche sauta à la mer, et, marchant sur les eaux, elle se dirigea vers les Anglais. Ceux-ci eurent tant de peur qu'ils s'enfuirent. Alors Blanche revint à bord, et ramena le vaisseau en France.
Elle pleura beaucoup son mari, et avec les sept enfants qu'elle avait eus de son mariage, elle se retira dans son village, où elle continua la vie d'une sainte. Quand elle mourut, on l'enterra dans la chapelle où elle avait coutume de prier, et depuis les gens du pays l'invoquent sous le nom de sainte Blanche.
Ses enfants furent tous les sept des évêques et des saints, et s'ils ne sont pas morts ils vivent encore.
(Conté en 1884, par François Marquer, de Saint-Cast).
Dans cette légende, où l'on trouve un singulier mélange d'anachronismes et d'emprunts à l'histoire populaire des guerres avec les Anglais, sainte Blanche est un personnage en chair et en os, une sorte de Jeanne d'Arc maritime: dans le récit suivant, ce n'est plus une sainte, c'est la statue elle-même, qui est funeste aux Anglais et opère des miracles.
II
Table des matières
La statue de sainte Blanche
Au temps jadis, lorsque les Anglais enlevaient les pêcheurs avec leurs bateaux, et qu'ils volaient les saints dans les églises, la statue de sainte Blanche, qui se trouvait à sa chapelle de l'Isle en Saint-Cast, fut mise sur un de leurs navires pour être transportée en Angleterre.
Pendant la traversée, les Anglais lui firent mille affronts, et même ils lui coupèrent deux doigts, au moment où le navire entrait dans le port de Londres. Mais la statue sauta par dessus le bord, et elle se mit à marcher sur l'eau comme une personne vivante. À cette vue, les Anglais furent saisis d'épouvante, et ils firent feu sur elle; mais au même instant le tonnerre tomba sur le vaisseau, qui fut mis en pièces, et les hommes qui le montaient furent brûlés ou noyés. C'est alors que les Anglais crurent que sainte Blanche était vraiment puissante, et qu'il ne faisait pas bon se moquer d'elle.
Cependant la statue continua sa route pour retourner à sa chapelle, et partout où ses pieds ont touché la mer, les traces sont restées sur l'eau, qui est plus claire que partout ailleurs; c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui le «Chemin de sainte Blanche».
Quand les habitants de Saint-Cast apprirent que leur sainte avait échappé aux Anglais, ils coururent à la chapelle, et furent bien heureux de la retrouver à la place même où elle était avant d'avoir été enlevée.
Mais les Anglais étaient furieux contre elle, parce qu'elle avait fait tomber le tonnerre sur leurs compagnons, et ils revinrent à Saint-Cast pour enlever de nouveau sainte Blanche et la brûler. Alors, la statue qui connaissait leurs projets, se cacha dans une cheminée, et ils ne purent la trouver. Quand les Anglais furent partis, elle sortit de sa cachette et alla se remettre à sa place; mais la fumée l'avait noircie, et les gens de l'Isle, qui croyaient que leur sainte revenait encore d'Angleterre disaient: «Ce n'est plus sainte Blanche, mais sainte Noire».
(Conté en 1883 par François Marquer).
D'après une autre version, dès que la sainte eut mis le pied en Angleterre, elle disparut si subitement qu'on ne sut ce qu'elle était devenue. Elle traversa pourtant la mer, et de Saint-Cast on la vit marcher sur l'eau. Quand elle aborda, elle n'avait point les pieds mouillés, et elle alla d'elle-même se replacer dans sa niche, qui était alors dans une vieille maison. Celle-ci s'écroula, mais la statue n'eut d'autre mal qu'une égratignure au doigt. Depuis le lieu de la côte anglaise d'où elle partit jusqu'à Saint-Cast, il y a sur la mer une trace blanche qu'on appelle le chemin de Sainte-Blanche.
La Vie des saints de Bretagne fait mention d'une sainte Blanche, épouse de saint Fracan, qui vivait à Ploufragan au Ve siècle, et qui est fêtée le 30 octobre; aucun des épisodes de notre légende n'y figure.
On raconte que jadis un habitant de Saint-Cast, étant tombé dangereusement malade, fit un vœu à sainte Blanche, et lui promit de faire repeindre sa statue que la fumée avait toute noircie. Dès qu'il fut guéri, il porta la statue chez un peintre auquel il raconta sa maladie et son vœu. Le peintre lui dit que ce n'était pas difficile, et il assura à son client que dans huit jours la statue serait aussi fraîche que lorsqu'elle était neuve. Le lendemain il se mit à l'ouvrage, et ayant voulu placer un peu de peinture rose sur les joues de la sainte, il lui fut impossible de la faire tenir; après avoir essayé à plusieurs reprises, il vit bien que la sainte voulait garder son nom et qu'elle ne voulait souffrir ni rose ni rouge sur sa figure.
La statuette de sainte Blanche est encore à l'Isle de Saint-Cast; elle se trouve dans une maison située auprès de l'endroit où était sa chapelle. Elle a soixante centimètres environ de hauteur, et elle tient à la main une petite baguette. On voit souvent à côté, de petits bonnets que les mères offrent pour que leurs enfants soient préservés des croûtes à la tête.
Sainte Blanche est invoquée à Saint-Cast pour la guérison du mal blanc, qui se nomme aussi le mal Sainte-Blanche; il consiste en une infinité de petits boutons qui couvrent entièrement le corps. On vient tremper les chemises des malades à une fontaine dite de sainte Blanche, au bas de la falaise. Une chapelle et une fontaine, qui sont dédiées à cette sainte, se trouvent près de l'abbaye en ruine de Lantenac, dans la forêt de Loudéac. Elle a tous les jours de nombreux visiteurs. On y vient de fort loin, tellement l'eau est réputée favorable à la guérison de cette maladie. Il faut boire un peu de cette eau et porter une chemise qui ait été trempée dans la fontaine, et toujours séchée à l'ombre: il ne faut pas oublier une prière et l'offrande à la bienheureuse. Il est recommandé aussi de ne pas négliger le culte de saint Froumi et de saint Pontin dont les images se trouvent aux côtés de sainte Blanche. (Revue des Traditions populaires, t. IV, p. 164).