Kitabı oxu: «Essai sur la restauration des anciennes estampes et des livres rares»
Alfred Bonnardot
Essai sur la restauration des anciennes estampes et des livres rares

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066337872
Table des matières
CHAPITRE PREMIER. — DÉDOUBLAGE ET REDRESSAGE DES ESTAMPES.
CHAPITRE II. — BLANCHIMENT DES ESTAMPES.
CHAPITRE III. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’ENLÈVEMENT DES TACHES.
CHAPITRE IV. — DES TACHES DE TOUTE NATURE.
CHAPITRE V. — DÉCOLORIAGE DES ESTAMPES.
CHAPITRE VI. — RÉFLEXIONS GÉNÉRALES SUR LE DÉCOLORIAGE DES ESTAMPES.
CHAPITRE VII. — RESTAURATION, A L’ÉTAT HUMIDE, DES DÉCHIRURES, LACUNES, ETC.
CHAPITRE VIII. — DOUBLAGE DES ESTAMPES.
CHAPITRE IX. — RACCORD DU NOIR D’IMPRESSION.
CHAPITRE X. — RÉPARATIONS A SEC, A LA GOMME.
CHAPITRE XI. — DES ESTAMPES TIRÉES SUR UNE MATIÈRE AUTRE QUE LE PAPIER.
CHAPITRE XII. — RESTAURATION DES DESSINS DE TOUTE ESPÈCE.
CHAPITRE XIII. — ENCOLLAGE DU PAPIER.
CHAPITRE XIV. — DE LA CONSERVATION DES ESTAMPES.
CONCLUSION.
SUPPLÉMENT
CH. XV. — DE LA RESTAURATION ET DE LA RELIURE PROVISOIRE DES LIVRES RARES.

Je résolus en 1838 de réunir un grand nombre d’estampes relatives aux anciens monuments et aux événements historiques de la ville de Paris; or ces estampes, moins remarquables en général par l’art que sous le rapport de l’intérêt historique, se présentaient souvent à moi sous une apparence bien pitoyable, ce qui m’imposa la nécessité de m’exercer dans un art nouveau. Il me répugnait de confier une pièce rare aux mains peu artistiques de messieurs les encadreurs-vitriers, qui ont la prétention d’avoir réparé une estampe quand ils vous la rendent blanche comme neige avec le noir d’impression tourné au gris (). C’est un acte de vandalisme emprunté au goût froid et stupide de ces badigeonneurs modernes qui barbouillent de chaux ou de terre à poêle nos vénérables cathédrales. Il faut désenfumer, éclaircir au besoin les vieilles estampes, mais leur conserver, s’il est possible, cette légère teinte jaune qui fait ressortir la beauté de l’épreuve et la finesse du burin.
Donc, pour échapper aux vitriers, j’entrepris d’appliquer à la conservation des gravures les leçons de physique et de chimie puisées en 1829 aux cours de MM. Thénard et Gay-Lussac. Après avoir souvent, pendant six ans, renouvelé mes expériences, j’en rédigeai par écrit le résultat, afin d’en faire part à mes amis et collègues en collections. Puis l’idée me vint qu’il y aurait plus de générosité, plus d’amour pour l’art et les reliques historiques, à communiquer au public les procédés que m’avaient révélés mes recherches, mes souvenirs ou le hasard.
Cet opuscule semblera peut-être incomplet aux connaisseurs expérimentés: un habile chimiste pourra le refaire un jour avec un succès qui réduira mes efforts à une simple tentative; aussi je me borne à réclamer l’honneur du premier pas, et l’indulgence du lecteur en faveur d’une idée utile et désintéressée en ce sens qu’en dévoilant mes procédés à tous mes rivaux, je me prive de l’heureuse chance d’acheter à bas prix des pièces fort curieuses, mais si dégradées, mais en apparence si hideuses sous les taches, les rides et les lacérations, qui les défigurent, que nul n’aurait eu l’idée de me les disputer vivement.
Mon but est donc de contribuer, et cela à mon propre désavantage, à retarder, a prévenir la ruine de ces petits monuments de l’histoire et de l’art, si généralement mal appréciés il y a dix ans, et devenus aujourd’hui rares et recherchés.
Je déclare, avant d’entrer en matière, que je n’ai pu tirer aucun parti de quelques notes incomplètes publiées à ce sujet au siècle dernier d’après des renseignements en général assez ineptes (la chimie n’existant pas encore) et disséminées au milieu d’une quantité de recettes de tout genre. Je signalerai, par exemple, le Dictionnaire économique de Noël Chomel, 1732, 2 vol. in-folio. Je citerai dans le cours de cet ouvrage deux ou trois notes tirées de ce dictionnaire, uniquement pour prouver le peu de ressources qu’il renferme, au moins pour la partie qui nous occupe.
J’ai puisé mes procédés chimiques dans les ouvrages les plus modernes, qui les indiquent rarement, mais mettent sur la voie pour les trouver. Quant à la partie que je nommerai manipulative, je la traite uniquement d’après mes propres essais, éclairés quelquefois des conseils de mes amis. Je pense que cet opuscule, tel qu’il est, pourra être jugé neuf et susceptible de quelque utilité.
CHAPITRE PREMIER. — DÉDOUBLAGE ET REDRESSAGE DES ESTAMPES.
Table des matières
Une estampe en parfait état sous tous les rapports n’a presque rien à exiger de moi dans cet opuscule. On n’a qu’à la conserver en cadre ou en portefeuille. (Voir le dernier chapitre.)
Je suppose, dans tout le cours de ce traité, une estampe qui a tous les défauts possibles, et je la fais passer successivement par une série de procédés capable de l’amener à figurer sans trop de désavantage à côté des estampes naturellement bien conservées. C’est donc pour prendre les choses dès l’origine que j’ai rédigé d’abord le présent chapitre.
Beaucoup d’estampes, celles surtout composées de plusieurs feuilles, telles que les vieux plans de villes, se rencontrent ordinairement doublées, c’est-à-dire renforcées d’une feuille de papier ou de toile; quelquefois même elles sont triplées. Quand ce renfort a été mal appliqué, et c’est un cas fort commun, il faut d’abord procéder au dedoublage, soit pour le supprimer, soit pour le rétablir plus habilement. On commence par plier mollement ou rouler l’estampe, et on la plonge dans un bain d’eau pure et froide; la chaleur, sauf quelques exceptions, ne contribuant en rien au succès. Ce bain, dont l’effet est très innocent, doit avoir une durée de 12 à 24 heures plus ou moins, suivant la ténacité ou l’épaisseur de la couche de colle qui a servi au doublage. Au bout de cet espace de temps, qui suffit parfaitement, si le dédoublage était difficile à pratiquer, la nature des papiers serait, comme je le démontrerai, l’unique cause de cette difficulté.
Bassines. — Les vases les plus commodes pour cette opération sont des bassines en forme de carré oblong avec des rebords hauts de quelques centimètres. On peut en avoir de toute grandeur; ce point est une affaire d’emplacement. La dimension moyenne et la plus usuelle comporte 72 centimètres de long sur 56 de large. Il est peu de feuilles d’ancien format qui dépassent celte dimension, ou bien elles se composent de plusieurs morceaux.
La plupart des bassines sont en zinc ou en cuivre étamé. Mais ces métaux sont très facilement attaqués par les acides et autres agents chimiques qu’il est souvent nécessaire d’employer. Le fer-blanc dépose sur le papier des taches de rouille qui exigent pour disparaître une opération de plus. Le plomb offre également des inconvénients; le platine, qui serait parfait, est d’un prix très élevé. Je conseillerais donc une bassine de verre, d’argile ou de porcelaine non vernie; mais on n’en trouve pas de toutes faites dans le commerce. Ces matières résistent à tout, hors à l’acide hydrofluorique, qui ne s’emploie jamais. Le prix de la porcelaine, dans les dimensions ci-dessus, ne dépasserait pas, je crois, 50 fr. Un simple siphon de verre assez court et qu’on remplirait dans le liquide même de la bassine, en l’y posant à plat, suffirait pour la vider. Ce tube de verre, en forme de fer à cheval à branches inégales, une fois amorcé, ou rempli de liquide, on bouche avec un doigt chacune des extrémités; on plonge la branche la plus courte dans le liquide, et on maintient en dehors du vase la plus longue; dès qu’on ôte le doigt, la bassine se vide dans un récipient placé au dessous.
On pourrait aussi se procurer quatre supports de bois reliés entre eux par des traverses; on y placerait d’aplomb la bassine quand il y aurait nécessité, comme il arrive souvent, de tenir chaud le liquide qu’elle contient. En ce cas on établirait sous le fond de la bassine un réchaud plat contenant des charbons allumés. On pourrait avec deux piles de briques superposées obtenir une disposition analogue.
Bien des vases, au reste, peuvent recevoir les estampes de petite dimension. J’ai souvent fait usage de plats oblongs ou de cylindres de verre ouverts par un bout, de forme allongée et maintenus sur un pied; j’ai aussi employé, pour les grandes pièces, ces grands pots de terre hauts et cylindriques qui servent a mettre une ou deux voies d’eau. Dans ces sortes de vases on roule l’estampe avant de l’y plonger, ce qui n’a aucun inconvénient: l’estampe se déroule d’elle-même, et l’eau tarde peu à s’infiltrer à travers les intervalles des circonvolutions. Mais on conçoit que, dans le cas où le liquide tiendrait en dissolution quelques substances chimiques assez chères, cette forme de vase entraînerait à un excès de dépense. Une bassine où la gravure est posée à plat exige bien moins de liquide, puisqu’on peut à volonté en diminuer ou en hausser le niveau.
Quand on a laissé tremper pendant 24 heures une estampe doublée, on remarque que l’eau a pris une couleur jaune assez foncée quelquefois pour ressembler à une dissolution de réglisse noire C’est la teinte enfumée du papier qui s’est déposée en grande partie. Il faut alors retirer la gravure avec beaucoup de soin, crainte de déchirures; si le papier est solide, on la retire, soit à plat, soit roulée, sans la moindre difficulté ; on la dépose et on l’étend sur une table, après l’avoir égouttée.
La table ou planche qui reçoit l’estampe à plat doit être bien nette et bien unie. J’étends l’estampe en certains cas sur un marbre de commode, sur une glace polie, ou sur une toile cirée; le côté gravé ou le recto () doit toucher la table, de sorte qu’on a sous les yeux le papier qui double le verso. Voici le motif de ce procédé : en règle générale, quand on dédouble un papier, même à sec, c’est toujours celui de dessus qui est le plus susceptible de se lacérer; celui de dessous, quand il est bien maintenu pendant le dédoublage, risque à peine quelques écorchures. Quand les papiers juxtaposés sont tous deux assez forts et formés d’une pâte bien encollée (absorbant difficilement une goutte d’eau), l’opération marche très bien; il suffit de soulever par un coin le papier supérieur: la colle détrempée reste déposée, à partage à peu près égal, sur les deux surfaces qui adhéraient. Il faut néanmoins agir toujours lentement: car, si la gravure était trouée ou lacérée en certains endroits, un dédoublage trop prompt élargirait les trous ou prolongerait les déchirures.
Si la feuille qui double une estampe tirée sur papier encollé était au contraire formée d’une pâte absorbante, elle ne céderait pas toujours d’une seule pièce; il faudrait, l’estampe étant bien maintenue, l’enlever par copeaux, ou même le réduire en une sorte de bouillie pour obtenir le dédoublage ().
Pour cette opération comme pour beaucoup d’autres je ne connais qu’un bon outil, le seul, pour ainsi dire, indispensable à l’amateur: c’est une de ces lames flexibles, amincies et arrondies à l’extrémité, à l’usage des peintres pour ramasser leurs couleurs sur la palette. Quand on s’est habitué à la manier, on s’en sert pour décoller, couper le papier, relever les bavures, abattre les plis, etc.
Quand le papier qui doublait l’estampe sur toute la surface est enlevé, on entraîne au moyen de la lame la majeure partie de la colle qui est adhérente au verso, et, si l’estampe se compose de plusieurs feuilles, on les isole en glissant avec précaution l’extrémité de la lame entre les deux parties qui se touchent; mais ces deux opérations seraient inutiles si on voulait doubler de nouveau l’estampe et la conserver d’un seul morceau. J’exposerai maintenant un cas très laborieux et heureusement fort rare de dédoublage. La raison de la difficulté peut tenir quelquefois à la composition même de la colle employée, par exemple quand elle contient de l’alun; mais le plus souvent elle provient de la nature du papier. Supposons une gravure tirée sur un papier mince et non encollé ; admettons que précédemment elle a été lavée au moyen d’un liquide dangereux par un réparateur ignorant; enfin qu’elle a été contrecollée sur un papier qui réunit les mêmes désavantages, de sorte que la colle aura pénétré assez profondément dans l’épaisseur des deux surfaces superposées; ajoutons, si l’on veut, des trous, des lacérations, des plis très compliqués en tous sens: voilà la circonstance la plus critique ou se puisse trouver une estampe au sortir de la bassine. Si l’on avait plongé dans l’eau, sans précautions préalables, un pareil assemblage, on courrait grand risque de ne plus étaler sur la table qu’une masse informe, tournant en bouillie à chaque mouvement de la main, et presque aussi difficile à manier que les anciens papiri d’Herculanum, ces rouleaux de mince écorce réduits en un paquet de cendre. J’ai deux ou trois fois été aux prises avec un pareil embarras; le vif désir de conserver l’estampe m’a seul inspiré le moyen de triompher. Ce n’est qu’après l’avoir laissé sécher à moitié et a force de patience et d’adresse que j’ai pu réussir miraculeusement à la sauver; mais, au lieu de détailler les moyens de sortir d’un si mauvais pas, j’indiquerai plutôt celui de le prévenir.
Premier procédé. — Au lieu de mouiller l’estampe, on l’étendra à sec sur un marbre, bien à plat, autant que les plis le permettront; puis sur la feuille doublante collée au verso on passera doucement une éponge fine légèrement humectée, de manière que le papier contrecollé seul absorbe l’eau; au bout de deux minutes on l’enlèvera par parcelles, en raclant, au moyen de la lame, avec beaucoup de précaution, de peur d’écorcher le fond de l’estampe; a l’approche d’une lacération ou d’un trou, on redoublera de soins. C’est ce moyen qu’on emploie en général pour dédoubler ou décartonner les dessins à la gouache ou au pastel; qui ne peuvent être humectés sans danger. Mais ce procédé est long quand la surface est large; j’en vais indiquer un plus expéditif.
Second procédé. — Il consiste a tremper l’estampe pendant douze ou vingt-quatre heures avec les précautions suivantes: soit qu’on la mette à plat dans une bassine ou qu’on la plonge roulée dans un vase cylindrique, on applique le recto avant le mouillage sur une forte toile ou sur un papier fort et bien encollé ; cette feuille ou cette toile auxiliaire doit outrepasser les bords de l’estampe; c’est cette partie excédante qui servira à retirer le tout de l’eau sans avaries. Ce papier de soutien auquel la gravure adhère au sortir du bain joue ici le rôle de la baudruche dans le déroulement d’un papyrus tel qu’il est pratiqué à Naples. On l’étale à plat sur la table, et, après en avoir accéléré la dessiccation en essuyant avec une serviette, on détache avec légèreté au moyen de la lame le papier qui double, le seul qu’on ait sous les yeux.
Il est rare, en agissant sur une grande surface, qu’on n’écorche pas un peu çà et la la superficie du verso de l’estampe, ce qui forme des éclaircis quelquefois si minces, que l’encre d’impression semble n’avoir plus de papier pour appui. Ces éclaircis formeraient au recto des points disparates et désagréables dans le cas où l’estampe ne serait pas de nouveau doublée. On verra plus tard les procédés à suivre pour renforcer les éclaircis.
Quand après un long et pénible travail le papier de l’estampe est réduit à la simplicité, on enlève de la superficie du verso le gros de la colle au moyen de la lame; opération qu’il faut renouveler une ou deux fois, car, une couche de colle détachée, une autre semble sortir des pores du papier. Pour enlever le tout complétement, le plus simple moyen serait de retremper (avec lé papier de soutien) dans l’eau bouillante, qui entraînerait toute la partie visqueuse de la colle, nommée gluten.
On conçoit que, si on a le dessein de doubler l’estampe, il est inutile d’ôter toute la colle, puisqu’il faudra en ajouter une nouvelle couche; on se bornerait à racler les parties saillantes que pourrait former l’ancienne.
Si l’on veut conserver l’estampe à l’état simple, on la retourné, et on en applique le Verso sur un marbre poli, et non sur une planche, dans la crainte qu’il ne reste une partie de colle, qui, lorsqu’elle serait sèche, adhérerait au bois. On écrase les plis avec le doigt ou le plat de la lame, puis on remanie à plusieurs reprises le papier, l’étirant comme font les tapissiers pour tendre un tapis; on remouille au besoin à l’éponge humide. Enfin, s’il n’y a ni écorchures, ni trous, ni éclaircis, on met en presse comme je vais l’indiquer.
Redressage, ou mise en presse. — L’estampe étant toujours à l’état de moiteur, on en applique le verso sur une table de bois (dans la supposition que toute la colle ait été enlevée), puis on applique sur le recto, qu’on a sous les yeux, 20 ou 25 feuilles de papier dit buvard ou de tout autre très absorbant, assez fort et d’assez grande dimension pour déborder celle de l’estampe. Par dessus on pose à plat soit un carton épais et bien sec, soit une tablette de bois bien unie qu’on surcharge de 5 poids, un au milieu et un à chaque coin. Ces poids doivent peser de 2 à 3 kilos chaque; on peut les remplacer par des cubes de marbre, par des flacons de verre contenant du plomb de chasse, etc. J’ai redressé plus de quatre cents estampes de cette manière. Pour accélérer le séchage et selon l’épaisseur de l’estampe, je renouvelais quelquefois le papier buvard au bout de quelques heures.
Repassage. — On redresse aussi par un autre procédé ; mais applicable surtout aux pièces de petite dimension, pourvu que l’épaisseur du papier soit bien homogène et qu’elles ne conservent au verso aucune trace de colle. Dans ces conditions, on peut repasser au fer chaud. Il faut, pour éviter un degré de chaleur qui roussirait l’estampe, essayer le fer sur un papier sec et bien l’essuyer. On ne l’applique qu’au verso; et cette simple opération suffit pour enlever les rides. Si les plis Sont très prononcés et rebelles, on les mouille légèrement avant d’y appuyer le fer. Si l’on juge à propos de repasser au recto, il est important d’interposer entre le fer et l’estampe un papier joseph, sinon la gravure contracterait une sorte de poli assez disgracieux.
Quand ces deux systèmes de redressage ne suffisent pas, on a recours à un troisième plus parfait, mais aussi moins expéditif; je l’indiquerai plus tard. (Voyez chap. 9, Doublage.)
Les procédés indiqués dans ce chapitre sont infaillibles quand on les exécute bien. Je recommande aux amateurs de ne point se dépiter dans le cas où, encore peu exercés, il n’auraient pu obtenir du premier coup des résultats satisfaisants. En attendant une veine de patience, je dirai plus, un moment d’inspiration, ils devront resserrer l’estampe telle quelle, sans négliger surtout de bien s’assurer de la présence de tous les morceaux qui la composent L’eau de lavage pouvant quelquefois détacher et entraîner des fragments d’un grand intérêt, on la passera, avant de la jeter, à travers un tamis de crin ou de toile métallique.
CHAPITRE II. — BLANCHIMENT DES ESTAMPES.
Table des matières
Un simple bain à l’eau froide suffit souvent au bout de 24 heures pour désenfumer et éclaircir une vieille estampe; mais lorsque après 2 ou 3 jours de mouillage elle parait encore d’une teinte trop foncée et nuisible aux effets du burin, on peut, pour la blanchir, ou mieux pour l’éclaircir suffisamment, avoir recours à deux substances chimiques qui ont la propriété de désenfumer en peu de temps les estampes les plus foncées (), pourvu que cette teinte soit occasionnée, comme il arrive ordinairement, par l’action de l’hydrogène sulfuré qui se rencontre dans l’air. Ces liquides sont: 1° le deutoxyde d’hydrogène, ou eau oxygénée; 2° le gaz chlore dissout dans l’eau, ou les composés de chlore et d’oxydes alcalins. Je pourrais ajouter l’action du soleil sur le papier mouillé, procédé mis en usage pour le blanchiment des toiles, et qui certainement réussirait également sur le papier; mais il est fort lent. J’en reparlerai dans une autre occasion. (Voyez chap. IV, Taches d’huile.)
Deutoxyde d’hydrogène. — C’est un liquide dont la préparation est très compliquée et la conservation difficile. M. Thénard, qui l’a découvert, en parle très longuement dans le second volume de son Cours de chimie. On ne le trouve jamais tout préparé chez les plus fameux fabricants de produits chimiques, tels que Quesneville et Rousseau, de sorte que le prix pour une petite quantité reviendrait fort cher. J’en aurais cependant fait l’essai, si je n’avais été convaincu, après la lecture du travail fondé sur les expériences du célèbre chimiste, que ce liquide peut être remplacé par des substances bien moins coûteuses, surtout plus faciles à conserver. Je signalerai certains cas où son usage pourrait être tenté, s’il s’agissait d’estampes de grand prix.
Gaz chlore dissout dans l’eau. — Les propriétés du chlore en dissolution sont aujourd’hui très connues. On verra à l’article décoloriage de quelle manière il agit sur les couleurs végétales et autres. Je connais un célèbre collecteur d’estampes qui depuis trente ans, m’a-t-il dit, se sert de chlore assez concentré () pour blanchir. — Or ses estampes, d’une parfaite conservation y semblent donner à son système une grande autorité ; le fait est que le chlore blanchit au degré qu’on veut les estampes, sans altérer le moins du monde l’encre d’impression, même à l’état de concentration, même au bout de vingt-quatre heures. Je n’oserais néanmoins en conseiller l’usage, surtout à l’état gazeux, qu’avec beaucoup de réserve, car on lit à ce sujet dans le Cours de chimie du professeur Dumas (tom. IV, p. 44), a propos de la fabrication du papier: «Les chiffons fins doivent être blanchis au chlorure de chaux liquide, et non au chlore gazeux: ils sont bien moins altérés et donnent un papier plus nerveux et moins cassant. Il faut laver les papiers avec attention, car le chlore qu’ils retiennent se convertit bientôt en acide chlorhydrique, qui détruit peu à peu la fibre du papier.»
Il faut user avec la même circonspection de la dissolution concentrée de chlore. Quand on l’emploie mêlé à dix à douze fois son volume d’eau, il ne peut y avoir aucun danger, surtout si on retrempe ensuite l’estampe pendant douze heures dans l’eau pure. Le chlore à froid, avec ces proportions d’eau, décompose assez rapidement la teinte foncée des estampes, pourvu que cette teinte n’ait pas pour origine un corps huileux ou certaines couleurs minérales. La préparation, chez soi, du chlore liquide, est très facile, mais fort désagréable, a cause de son odeur très pénétrante, qui altère les papiers de tenture et dépolit plusieurs métaux. Le mieux est de se le procurer tout fait, à raison de 50 cent. environ le litre, chez les marchands de produits chimiques cités ci-dessus. On doit le conserver dans un flacon à bouchon de verre fermant hermétiquement, et coller sur le flacon une feuille d’étain, car le chlore liquide se décompose rapidement par la lumière, même très faible.
Quand on verse le chlore dans la bassine, il faut opérer près d’une cheminée allumée ou en plein air. On peut couvrir la bassine d’une toile cirée pour retarder l’évaporation du gaz, ou mieux encore, imiter l’opération usitée pour le blanchiment des toiles; jeter dans la bassine quelques morceaux de craie (carbonate de chaux), qui neutralise la vapeur du chlore sans diminuer en rien sa puissance; ou enfin, ce qui revient à peu près au même, on emploiera le liquide suivant.
Chlorure de chaux. — Les Anglais blanchissent depuis long-temps leurs toiles au chlorure de chaux liquide. On blanchit chez nous, par le même procédé, des papiers dont on n’a pas toujours lieu de se féliciter, sans doute parce qu’il y a abus. Le chlorure de chaux s’achète en poudre fine et séche, ou sous forme d’une masse blanchâtre et pâteuse (à cause de l’humidité qu’elle attire); du reste il coûte bon marché : pour 50 cent. on a de quoi éclaircir bien des gravures. On met 50 grammes de cette pâte dans un grand flacon qu’on remplit d’eau; on agite fortement, et quand le liquide est éclairci et l’excédant de la matière déposé au fond du vase, on le verse dans la bassine, à demi remplie d’eau, ayant soin de s’arrêter quand la dissolution commence à se troubler. On délaie le résidu dans une nouvelle quantité d’eau qu’on réserve pour une autre occasion. On recommencera ce délayage jusqu’à ce que le chlorure ait perdu toute sa force. Les premières eaux chargées de chlorure sont naturellement les plus concentrées; aussi les faut-il mêler à douze ou quinze fois leur volume d’eau pure dans la bassine. Il vaut mieux risquer d’être obligé d’en ajouter que d’en mettre un excès.
L’eau tenant en dissolution cette quantité de chlorure n’altère nullement, même après un long séjour, le noir d’impression; mais, selon l’opinion d’un habile préparateur de chimie, plus concentrée, elle rendrait au bout de quelques mois le papier cassant. Il faut surveiller l’opération et retirer l’estampe dès qu’on la trouve suffisamment éclaircie. On se méfiera donc du chlorure, ainsi que du chlore, comme d’un ennemi perfide, et on l’emploiera à l’état le plus faible possible, mais assez fort pour obtenir l’effet désiré. Cependant il est des cas que je citerai à l’article décoloriage, où il faut le faire agir à l’état assez concentré ; mais en même temps j’indiquerai les moyens de prévenir probablement ses ravages ultérieurs, en cas que le fait soit positif. On doit absolument, si l’on ne préfère essayer l’eau oxygénée, recourir au chlorure de chaux pour les estampes enfumées au point d’être presque indéchiffrables. Mais, je le répète, on se contentera de les éclaircir, et non de les rendre blanches comme neige, et de les mettre en presse, après leur avoir fait perdre dans un bain légèrement acidulé l’odeur de chlore qu’elles pourraient retenir. J’aurai à peu près les mêmes remarques à faire sur le liquide suivant, presque toujours employé par les vitriers et par la majeure partie des amateurs.
Eau de Javelle. — Nommée chimiquement chlorure de potasse (), on l’achète à très bon marché chez les marchands de couleurs. La potasse ou la soude qu’elle contient comme élément, outre le chlore, doit avoir une certaine action sur le noir d’impression; c’est ce qui a lieu, en effet, même dans l’eau de Javelle délayée de six à huit fois son volume d’eau. J’ai plusieurs fois répété une expérience assez intéressante sur les trois liquides chloreux destinés au blanchiment. J’ai plongé dans chacun d’eux à l’état concentré, pendant douze heures, des fragments de gravures anciennes ou modernes, sur bois, sur pierre ou sur cuivre; à l’eau-forte ou au burin. Voici le résultat: dans le chlore et le chlorure de chaux, nulle altération du noir; papier très blanc, mais peut-être portant en lui un germe de destruction. L’effet de l’eau de Javelle était plus déplorable. Les fragments de vieilles estampes sur bois ou sur cuivre, au burin ou à l’eau-forte, étaient très altérés. Le noir était devenu grisâtre, terne, sans cohérence; entraîné par le liquide, il déteignait en partie sous l’éponge. J’ai vu un jour un feuillet de livre (impression de 1561) réduit à une trace à peine visible; une belle épreuve d’un Isr. Silvestre a subi le même sort. On voit qu’il faut se servir de ce liquide avec discrétion, et en surveiller de près les effets présents, sans parler des effets désastreux qui peuvent dans l’avenir s’exercer sur la pâte même du papier. Quant aux fragments de lithographie et d’imprimerie moderne, ils sont sortis de l’eau de Javelle avec le noir aussi brillant qu’avant l’immersion. Ce résultat fait l’éloge de l’encre de nos graveurs et de nos imprimeurs (); les fabricants de papiers seuls me semblent avoir fait des progrès désespérants.
La teinte grisâtre que l’eau de Javelle communique au noir d’impression se ravive peut-être un peu () dans de l’eau légèrement imprégnée d’acide hydrochlorique; le noir que le chlorure de chaux a terni y recouvre à l’instant même son éclat primitif.
Il faut se garder d’employer (à l’état concentré surtout) le chlorure de chaux ou l’eau de Javelle autrement qu’à froid; sinon l’on risque de communiquer à l’estampe un germe de destruction plus ou moins prochaine.
Si, malgré l’immersion dans un de ces trois liquides, il restait encore sur l’estampe des taches jaunâtres, elles sont d’une autre nature que la teinte générale. (Voyez l’article Taches. )
Blanchiment partiel. — Souvent une estampe n’exige qu’un blanchiment partiel. Dans celles composées de deux morceaux, c’est quelquefois le milieu qui a jauni, peut-être parce qu’on les avait réunis avec de la colle de graine de lin, usitée au 17e siècle; le plus souvent c’est un des coins, un côté ou une partie pliée, qui, dépassant un livre ou un carton, a reçu l’impression de l’air. Pour éviter un lavage complet de toute la surface, on peut avoir recours à divers procédés que j’indiquerai ci-après (chapitre 3 ).
Après un blanchiment général ou partiel, il faut, je le répète, retremper l’estampe dans de l’eau acidulée, afin de prévenir ou au moins d’atténuer l’effet des substances employées. On raccordera, dans les cas de blanchiment partiel, les endroits éclaircis, avec la teinte jaune générale. On se sert, pour atteindre ce but, de réglisse noire en dissolution plus ou moins concentrée, mêlée en certains cas d’un peu d’encre commune. On raccorde au pinceau ou avec un linge trempé dans la dissolution ou autrement, en ayant soin de ne pas dépasser la limite de la partie à raccorder. On pourrait peut-être rétablir la teinte en exposant l’estampe à la vapeur (formée d’une manière factice) de l’hydrogène sulfuré ; mais ce gaz est si dangereux, que je n’oserais en conseiller l’emploi.
Pulsuz fraqment bitdi.