Kitabı oxu: «Le Livre des Esprits»

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LE LIVRE DES ESPRITS

CONTENANT

LES PRINCIPES DE LA DOCTRINE SPIRITE

SUR L’IMMORTALITE DE L’AME, LA NATURE DES ESPRITS ET LEURS RAPPORTS

AVEC LES HOMMES; LES LOIS MORALES, LA VIE PRESENTE, LA VIE

FUTURE ET L’AVENIR DE L’HUMANITE

Selon l’enseignement donné par les Esprits supérieurs

à l’aide de divers médiums

RECUEILLIS ET MIS EN ORDRE

PAR ALLAN KARDEC

_______

EDITION ELECTRONIQUE AVEC INDEX DYNAMIQUE

CONFORME A LA SECONDE EDITION ORIGINALE DE 1860.

EAN 4064066374020

e-book: e-artnow, 2021

Table des Matières

INTRODUCTION A L'ETUDE DE LA DOCTRINE SPIRITE

PROLEGOMENES

LIVRE PREMIER - LES CAUSES PREMIERES CHAPITRE I - DIEU

Dieu et l'infini.

Preuves de l'existence de Dieu.

Attributs de la Divinité.

Panthéisme.

CHAPITRE II - ELEMENTS GENERAUX DE L'UNIVERS

Connaissance du principe des choses.

Esprit et matière.

Propriétés de la matière.

Espace universel.

CHAPITRE III - CREATION

Formation des mondes.

Formation des êtres vivants.

Peuplement de la terre. Adam.

Diversité des races humaines.

Pluralité des Mondes.

Considérations et concordances bibliques touchant la création.

CHAPITRE IV - PRINCIPE VITAL

Etres organiques et inorganiques.

La vie et la mort.

Intelligence et instinct.

LIVRE DEUXIEME - MONDE SPIRITE OU DES ESPRITS CHAPITRE I - DES ESPRITS

Origine et nature des Esprits.

Monde normal primitif.

Forme et ubiquité des Esprits.

Périsprit.

Différents ordres d'Esprits.

Echelle spirite.

TROISIEME ORDRE. - ESPRITS IMPARFAITS.

SECOND ORDRE. - BONS ESPRITS.

PREMIER ORDRE. - PURS ESPRITS.

Progression des Esprits.

Anges et démons.

CHAPITRE II - INCARNATION DES ESPRITS

But de l'incarnation.

De l'âme.

Matérialisme.

CHAPITRE III - RETOUR DE LA VIE CORPORELLE A LA VIE SPIRITUELLE

L'âme après la mort.

Séparation de l'âme et du corps.

Trouble spirite.

CHAPITRE IV - PLURALITE DES EXISTENCES

De la réincarnation.

Justice de la réincarnation.

Incarnation dans les différents mondes.

Transmigration progressive.

Sort des enfants après la mort.

Sexes chez les Esprits.

Parenté, filiation.

Similitudes physiques et morales.

Idées innées.

CHAPITRE V - CONSIDERATIONS SUR LA PLURALITE DES EXISTENCES

CHAPITRE VI - VIE SPIRITE

Esprits errants.

Mondes transitoires.

Perceptions, sensations et souffrances des Esprits.

Essai théorique sur la sensation chez les Esprits.

Choix des épreuves.

Relations d'outre-tombe.

Rapports sympathiques et antipathiques des Esprits. Moitiés éternelles.

Souvenir de l'existence corporelle.

Commémoration des morts. Funérailles.

CHAPITRE VII - RETOUR A LA VIE CORPORELLE

Préludes du retour.

Union de l'âme et du corps.

Facultés morales et intellectuelles.

Influence de l'organisme.

Idiotisme, folie.

De l'enfance.

Sympathies et antipathies terrestres.

Oubli du passé.

CHAPITRE VIII - EMANCIPATION DE L'AME

Le sommeil et les rêves.

Visites spirites entre personnes vivantes.

Transmission occulte de la pensée.

Léthargie, catalepsie, morts apparentes.

Somnambulisme.

Extase.

Seconde vue.

Résumé théorique du somnambulisme, de l'extase et de la seconde vue.

CHAPITRE IX - INTERVENTION DES ESPRITS DANS LE MONDE CORPOREL

Pénétration de notre pensée par les Esprits.

Influence occulte des Esprits sur nos pensées et sur nos actions.

Possédés.

Convulsionnaires.

Affection des Esprits pour certaines personnes.

Anges gardiens ; Esprits protecteurs, familiers ou sympathiques.

Pressentiments.

Influence des Esprits sur les événements de la vie.

Action des Esprits sur les phénomènes de la nature.

Les Esprits pendant les combats.

Des pactes.

Pouvoir occulte. Talismans. Sorciers.

Bénédiction et malédiction.

CHAPITRE X - OCCUPATIONS ET MISSIONS DES ESPRITS

CHAPITRE XI - LES TROIS REGNES

Les minéraux et les plantes.

Les animaux et l'homme.

Métempsycose.

LIVRE TROISIEME - LOIS MORALES CHAPITRE I - LOI DIVINE OU NATURELLE

Caractères de la loi naturelle.

Connaissance de la loi naturelle.

Le bien et le mal.

Division de la loi naturelle.

CHAPITRE II - I. - LOI D'ADORATION

But de l'adoration.

Adoration extérieure.

Vie contemplative.

De la prière.

Polythéisme.

Sacrifices.

CHAPITRE III - II. - LOI DU TRAVAIL

Nécessité du travail.

Limite du travail. Repos.

CHAPITRE IV - III. - LOI DE REPRODUCTION

Population du globe.

Succession et perfectionnement des races.

Obstacles à la reproduction.

Mariage et célibat.

Polygamie.

CHAPITRE V - IV. - LOI DE CONSERVATION

Instinct de conservation.

Moyens de conservation.

Jouissance des biens terrestres.

Nécessaire et superflu.

Privations volontaires. Mortifications.

CHAPITRE VI - V. - LOI DE DESTRUCTION

Destruction nécessaire et destruction abusive.

Fléaux destructeurs.

Guerres.

Meurtre.

Cruauté.

Duel.

Peine de mort.

CHAPITRE VII - VI. - LOI DE SOCIETE

Nécessité de la vie sociale.

Vie d'isolement. Voeu de silence.

Liens de famille.

CHAPITRE VIII - VII. - LOI DU PROGRES

Etat de nature.

Marche du progrès.

Peuples dégénérés.

Civilisation.

Progrès de la législation humaine.

Influence du spiritisme sur le progrès.

CHAPITRE IX - VIII. - LOI D'EGALITE

Egalité naturelle.

Inégalité des aptitudes.

Inégalités sociales.

Inégalité des richesses.

Epreuves de la richesse et de la misère.

Egalité des droits de l'homme et de la femme.

Egalité devant la tombe.

CHAPITRE X - IX. - LOI DE LIBERTE

Liberté naturelle.

Esclavage.

Liberté de penser.

Liberté de conscience.

Libre arbitre.

Fatalité.

Connaissance de l'avenir.

Résumé théorique du mobile des actions de l'homme.

CHAPITRE XI - X. - LOI DE JUSTICE, D'AMOUR ET DE CHARITE

Justice et droits naturels.

Droit de propriété. Vol.

Charité et amour du prochain.

Amour maternel et filial.

CHAPITRE XII - PERFECTION MORALE

Les vertus et les vices.

Des passions.

De l'égoïsme.

Caractères de l'homme de bien.

Connaissance de soi-même.

LIVRE QUATRIEME - ESPERANCES ET CONSOLATIONS CHAPITRE I - PEINES ET JOUISSANCES TERRESTRES

Bonheur et malheur relatifs.

Perte des personnes aimées.

Déceptions. Ingratitude. Affections brisées.

Unions antipathiques.

Appréhension de la mort.

Dégoût de la vie. Suicide.

CHAPITRE II - PEINES ET JOUISSANCES FUTURES

Néant. Vie future.

Intuition des peines et jouissances futures.

Intervention de Dieu dans les peines et récompenses.

Nature des peines et jouissances futures.

Peines temporelles.

Expiation et repentir.

Durée des peines futures.

Résurrection de la chair.

Paradis, enfer et purgatoire.

CONCLUSION

NOTES

INTRODUCTION
A L’ETUDE
DE LA DOCTRINE SPIRITE

________

I

Pour les choses nouvelles il faut des mots nouveaux, ainsi le veut la clarté du langage, pour éviter la confusion inséparable du sens multiple des mêmes termes. Les mots spirituel, spiritualiste, spiritualisme ont une acception bien définie ; leur en donner une nouvelle pour les appliquer à la doctrine des Esprits serait multiplier les causes déjà si nombreuses d’amphibologie. En effet, le spiritualisme est l’opposé du matérialisme ; quiconque croit avoir en soi autre chose que la matière est spiritualiste ; mais il ne s’ensuit pas qu’il croie à l’existence des Esprits ou à leurs communications avec le monde visible. Au lieu des mots spirituel, spiritualisme, nous employons pour désigner cette dernière croyance ceux de spirite et de spiritisme, dont la forme rappelle l’origine et le sens radical, et qui par cela même ont l’avantage d’être parfaitement intelligibles, réservant au mot spiritualisme son acception propre. Nous dirons donc que la doctrine spirite ou le spiritisme a pour principes les relations du monde matériel avec les Esprits ou êtres du monde invisible. Les adeptes du spiritisme seront les spirites ou, si l’on veut, les spiritistes.

Comme spécialité, le Livre des Esprits contient la doctrine spirite ; comme généralité, il se rattache à la doctrine spiritualiste dont il présente l’une des phases. Telle est la raison pour laquelle il porte en tête de son titre les mots : Philosophie spiritualiste.

II

Il est un autre mot sur lequel il importe également de s’entendre, parce que c’est une des clefs de voûte de toute doctrine morale, et qu’il est le sujet de nombreuses controverses, faute d’une acception bien déterminée, c’est le mot âme. La divergence d’opinions sur la nature de l’âme vient de l’application particulière que chacun fait de ce mot. Une langue parfaite, où chaque idée aurait sa représentation par un terme propre, éviterait bien des discussions ; avec un mot pour chaque chose, tout le monde s’entendrait.

Selon les uns, l’âme est le principe de la vie matérielle organique ; elle n’a point d’existence propre et cesse avec la vie : c’est le matérialisme pur. Dans ce sens, et par comparaison, ils disent d’un instrument fêlé qui ne rend plus de son : qu’il n’a pas d’âme. D’après cette opinion, l’âme serait un effet et non une cause.

D’autres pensent que l’âme est le principe de l’intelligence, agent universel dont chaque être absorbe une portion. Selon eux, il n’y aurait pour tout l’univers qu’une seule âme qui distribue des étincelles entre les divers êtres intelligents pendant leur vie ; après la mort, chaque étincelle retourne à la source commune où elle se confond dans le tout, comme les ruisseaux et les fleuves retournent à la mer d’où ils sont sortis. Cette opinion diffère de la précédente en ce que, dans cette hypothèse, il y a en nous plus que la matière et qu’il reste quelque chose après la mort ; mais c’est à peu près comme s’il ne restait rien, puisque, n’ayant plus d’individualité, nous n’aurions plus conscience de nous-même. Dans cette opinion, l’âme universelle serait Dieu et chaque être une portion de la Divinité, c’est une variété du panthéisme.

Selon d’autres enfin, l’âme est un être moral, distinct, indépendant de la matière et qui conserve son individualité après la mort. Cette acception est, sans contredit, la plus générale, parce que, sous un nom ou sous un autre, l’idée de cet être qui survit au corps se trouve à l’état de croyance instinctive et indépendante de tout enseignement, chez tous les peuples, quel que soit le degré de leur civilisation. Cette doctrine, selon laquelle l’âme est la cause et non l’effet, est celle des spiritualistes.

Sans discuter le mérite de ces opinions, et en ne considérant que le côté linguistique de la chose, nous dirons que ces trois applications du mot âme constituent trois idées distinctes qui demanderaient chacune un terme différent. Ce mot a donc une triple acception, et chacun a raison à son point de vue, dans la définition qu’il en donne ; le tort est à la langue de n’avoir qu’un mot pour trois idées. Pour éviter toute équivoque, il faudrait restreindre l’acception du mot âme à l’une de ces trois idées ; le choix est indifférent, le tout est de s’entendre, c’est une affaire de convention. Nous croyons plus logique de le prendre dans son acception la plus vulgaire ; c’est pourquoi nous appelons AME l’être immatériel et individuel qui réside en nous et qui survit au corps. Cet être n’existerait-il pas, et ne serait-il qu’un produit de l’imagination, qu’il faudrait encore un terme pour le désigner.

A défaut d’un mot spécial pour chacun des deux autres points nous appelons :

Principe vital le principe de la vie matérielle et organique, quelle qu’en soit la source, et qui est commun à tous les êtres vivants, depuis les plantes jusqu’à l’homme. La vie pouvant exister abstraction faite de la faculté de penser, le principe vital est une chose distincte et indépendante. Le mot vitalité ne rendrait pas la même idée. Pour les uns, le principe vital est une propriété de la matière, un effet qui se produit lorsque la matière se trouve dans certaines circonstances données ; selon d’autres, et c’est l’idée la plus commune, il réside dans un fluide spécial, universellement répandu et dont chaque être absorbe et s’assimile une partie pendant la vie, comme nous voyons les corps inertes absorber la lumière ; ce serait alors le fluide vital, qui, selon certaines opinions, ne serait autre que le fluide électrique animalisé, désigné aussi sous les noms de fluide magnétique, fluide nerveux, etc..

Quoi qu’il en soit, il est un fait que l’on ne saurait contester, car c’est un résultat d’observation, c’est que les êtres organiques ont en eux une force intime qui produit le phénomène de la vie, tant que cette force existe ; que la vie matérielle est commune à tous les êtres organiques, et qu’elle est indépendante de l’intelligence et de la pensée ; que l’intelligence et la pensée sont les facultés propres à certaines espèces organiques ; enfin que, parmi les espèces organiques douées de l’intelligence et de la pensée, il en est une douée d’un sens moral spécial qui lui donne une incontestable supériorité sur les autres, c’est l’espèce humaine.

On conçoit qu’avec une acception multiple, l’âme n’exclut ni le matérialisme, ni le panthéisme. Le spiritualiste lui-même peut très bien entendre l’âme selon l’une ou l’autre des deux premières définitions, sans préjudice de l’être immatériel distinct auquel il donnera alors un nom quelconque. Ainsi ce mot n’est point le représentant d’une opinion : c’est un protée que chacun accommode à sa guise ; de là, la source de tant d’interminables disputes.

On éviterait également la confusion, tout en se servant du mot âme dans les trois cas, en y ajoutant un qualificatif qui spécifierait le point de vue sous lequel on l’envisage, ou l’application qu’on en fait. Ce serait alors un mot générique, représentant à la fois le principe de la vie matérielle, de l’intelligence et du sens moral, et que l’on distinguerait par un attribut, comme les gaz, par exemple, que l’on distingue en ajoutant les mots hydrogène, oxygène ou azote. On pourrait donc dire, et ce serait peut-être le mieux, l’âme vitale pour le principe de la vie matérielle, l’âme intellectuelle pour le principe de l’intelligence et l’âme spirite pour le principe de notre individualité après la mort. Comme on le voit, tout cela est une question de mots, mais une question très importante pour s’entendre. D’après cela l’âme vitale serait commune à tous les êtres organiques : plantes, animaux et hommes ; l’âme intellectuelle serait le propre des animaux et des hommes, et l’âme spirite appartiendrait à l’homme seul.

Nous avons cru devoir insister d’autant plus sur ces explications que la doctrine spirite repose naturellement sur l’existence en nous d’un être indépendant de la matière et survivant au corps. Le mot âme devant se produire fréquemment dans le cours de cet ouvrage, il importait d’être fixé sur le sens que nous y attachons afin d’éviter toute méprise.

Venons maintenant à l’objet principal de cette instruction préliminaire.

III

La doctrine spirite, comme toute chose nouvelle, a ses adeptes et ses contradicteurs. Nous allons essayer de répondre à quelques-unes des objections de ces derniers, en examinant la valeur des motifs sur lesquels ils s’appuient sans avoir toutefois la prétention de convaincre tout le monde, car il est des gens qui croient que la lumière a été faite pour eux seuls. Nous nous adressons aux personnes de bonne foi, sans idées préconçues ou arrêtées quand même, mais sincèrement désireuses de s’instruire, et nous leur démontrerons que la plupart des objections que l’on oppose à la doctrine proviennent d’une observation incomplète des faits et d’un jugement porté avec trop de légèreté et de précipitation.

Rappelons d’abord en peu de mots la série progressive des phénomènes qui ont donné naissance à cette doctrine.

Le premier fait observé a été celui d’objets divers mis en mouvement ; on l’a désigné vulgairement sous le nom de tables tournantes ou danse des tables. Ce phénomène, qui paraît avoir été observé d’abord en Amérique, ou plutôt qui s’est renouvelé dans cette contrée, car l’histoire prouve qu’il remonte à la plus haute antiquité, s’est produit accompagné de circonstances étranges, telles que bruits insolites, coups frappés sans cause ostensible connue. De là, il s’est rapidement propagé en Europe et dans les autres parties du monde ; il a d’abord soulevé beaucoup d’incrédulité, mais la multiplicité des expériences n’a bientôt plus permis de douter de la réalité.

Si ce phénomène eût été borné au mouvement des objets matériels, il pourrait s’expliquer par une cause purement physique. Nous sommes loin de connaître tous les agents occultes de la nature, ni toutes les propriétés de ceux que nous connaissons ; l’électricité, d’ailleurs, multiplie chaque jour à l’infini les ressources qu’elle procure à l’homme, et semble devoir éclairer la science d’une lumière nouvelle. Il n’y avait donc rien d’impossible à ce que l’électricité, modifiée par certaines circonstances, ou tout autre agent inconnu, fût la cause de ce mouvement. La réunion de plusieurs personnes augmentant la puissance d’action semblait appuyer cette théorie, car on pouvait considérer cet ensemble comme une pile multiple dont la puissance est en raison du nombre des éléments.

Le mouvement circulaire n’avait rien d’extraordinaire : il est dans la nature ; tous les astres se meuvent circulairement ; nous pourrions donc avoir en petit un reflet du mouvement général de l’univers, ou, pour mieux dire, une cause jusqu’alors inconnue pouvait produire accidentellement pour les petits objets et dans des circonstances données un courant analogue à celui qui entraîne les mondes.

Mais le mouvement n’était pas toujours circulaire ; il était souvent saccadé, désordonné, l’objet violemment secoué, renversé, emporté dans une direction quelconque, et, contrairement à toutes les lois de la statique, soulevé de terre et maintenu dans l’espace. Rien encore dans ces faits qui ne puisse s’expliquer par la puissance d’un agent physique invisible. Ne voyons-nous pas l’électricité renverser les édifices, déraciner les arbres, lancer au loin les corps les plus lourds, les attirer ou les repousser ?

Les bruits insolites, les coups frappés, en supposant qu’ils ne fussent pas un des effets ordinaires de la dilatation du bois ou de toute autre cause accidentelle, pouvaient encore très bien être produits par l’accumulation du fluide occulte ; l’électricité ne produit-elle pas les bruits les plus violents ?

Jusque-là, comme on le voit, tout peut rentrer dans le domaine des faits purement physiques et physiologiques. Sans sortir de ce cercle d’idées, il y avait là la matière d’études sérieuses et dignes de fixer l’attention des savants. Pourquoi n’en a-t-il pas été ainsi ? Il est pénible de le dire, mais cela tient à des causes qui prouvent entre mille faits semblables la légèreté de l’esprit humain. D’abord la vulgarité de l’objet principal qui a servi de base aux premières expérimentations n’y est peut-être pas étrangère. Quelle influence un mot n’a-t-il pas souvent eue sur les choses les plus graves ! Sans considérer que le mouvement pouvait être imprimé à un objet quelconque, l’idée des tables a prévalu, sans doute parce que c’était l’objet le plus commode et qu’on s’assied plus naturellement autour d’une table qu’autour de tout autre meuble. Or, les hommes supérieurs sont quelquefois si puérils qu’il n’y aurait rien d’impossible à ce que certains esprits d’élite aient cru au-dessous d’eux de s’occuper de ce que l’on était convenu d’appeler la danse des tables. Il est même probable que, si le phénomène observé par Galvani l’eût été par des hommes vulgaires et fût resté caractérisé par un nom burlesque, il serait encore relégué à coté de la baguette divinatoire. Quel est, en effet, le savant qui n’aurait pas cru déroger en s’occupant de la danse des grenouilles ?

Quelques-uns cependant, assez modestes pour convenir que la nature pourrait bien n’avoir pas dit son dernier mot pour eux, ont voulu voir, pour l’acquit de leur conscience ; mais il est arrivé que le phénomène n’a pas toujours répondu à leur attente, et de ce qu’il ne s’était pas constamment produit à leur volonté, et selon leur mode d’expérimentation, ils ont conclu à la négative ; malgré leur arrêt, les tables, puisque tables il y a, continuent à tourner, et nous pouvons dire avec Galilée : et pourtant elles se meuvent ! Nous dirons plus : c’est que les faits se sont tellement multipliés qu’ils ont aujourd’hui droit de cité, et qu’il ne s’agit plus que d’en trouver une explication rationnelle. Peut-on induire quelque chose contre la réalité du phénomène de ce qu’il ne se produit pas d’une manière toujours identique selon la volonté et les exigences de l’observateur ? Est-ce que les phénomènes d’électricité et de chimie ne sont pas subordonnés à certaines conditions et doit-on les nier parce qu’ils ne se produisent pas en dehors de ces conditions ? Y a-t-il donc rien d’étonnant que le phénomène du mouvement des objets par le fluide humain ait aussi ses conditions d’être et cesse de se produire lorsque l’observateur, se plaçant à son propre point de vue, prétend le faire marcher au gré de son caprice, ou l’assujettir aux lois des phénomènes connus, sans considérer que pour des faits nouveaux, il peut et doit y avoir des lois nouvelles ? Or, pour connaître ces lois, il faut étudier les circonstances dans lesquelles les faits se produisent et cette étude ne peut être que le fruit d’une observation soutenue, attentive et souvent fort longue.

Mais, objectent certaines personnes, il y a souvent supercherie évidente. Nous leur demanderons d’abord si elles sont bien certaines qu’il y ait supercherie, et si elles n’ont pas pris pour telle des effets dont elles ne pouvaient se rendre compte, à peu près comme ce paysan qui prenait un savant professeur de physique faisant des expériences, pour un adroit escamoteur. En supposant même que cela ait pu avoir lieu quelquefois, serait-ce une raison pour nier le fait ? Faut-il nier la physique parce qu’il y a des prestidigitateurs qui se décorent du titre de physiciens ? Il faut d’ailleurs tenir compte du caractère des personnes et de l’intérêt qu’elles pourraient avoir à tromper. Ce serait donc une plaisanterie ? On peut bien s’amuser un instant mais une plaisanterie indéfiniment prolongée serait aussi fastidieuse pour le mystificateur que pour le mystifié. Il y aurait, au reste, dans une mystification qui se propage d’un bout du monde à l’autre, et parmi les personnes les plus graves, les plus honorables et les plus éclairées, quelque chose d’au moins aussi extraordinaire que le phénomène lui-même.

IV

Si les phénomènes qui nous occupent se fussent bornés au mouvement des objets, ils seraient restés comme nous l’avons dit dans le domaine des sciences physiques ; mais il n’en est point ainsi : il leur était donné de nous mettre sur la voie de faits d’un ordre étrange. On crut découvrir, nous ne savons par quelle initiative, que l’impulsion donnée aux objets n’était pas seulement le produit d’une force mécanique aveugle, mais qu’il y avait dans ce mouvement l’intervention d’une cause intelligente. Cette voie une fois ouverte, c’était un champ tout nouveau d’observations ; c’était le voile levé sur bien des mystères. Y a-t-il, en effet, une puissance intelligente ? Telle est la question. Si cette puissance existe, quelle est-elle, quelle est sa nature, son origine ? Est-elle au-dessus de l’humanité ? Telles sont les autres questions qui découlent de la première.

Les premières manifestations intelligentes eurent lieu au moyen de tables se levant et frappant, avec un pied, un nombre déterminé de coups et répondant ainsi par oui ou par non, suivant la convention, à une question posée. Jusque-là rien de convaincant assurément pour les sceptiques, car on pouvait croire à un effet du hasard. On obtint ensuite des réponses plus développées par les lettres de l’alphabet : l’objet mobile, frappant un nombre de coups correspondant au numéro d’ordre de chaque lettre, on arrivait ainsi à formuler des mots et des phrases répondant à des questions posées. La justesse des réponses, leur corrélation avec la question excitèrent l’étonnement. L’être mystérieux qui répondait ainsi, interrogé sur sa nature, déclara qu’il était Esprit ou génie, se donna un nom, et fournit divers renseignements sur son compte. Ceci est une circonstance très importante à noter. Personne n’a donc imaginé les Esprits comme un moyen d’expliquer le phénomène ; c’est le phénomène lui-même qui révèle le mot. On fait souvent, dans les sciences exactes, des hypothèses pour avoir une base de raisonnement, or, ce n’est point ici le cas.

Ce moyen de correspondance était long et incommode. L’Esprit, et ceci est encore une circonstance digne de remarque, en indiqua un autre. C’est l’un de ces êtres invisibles qui donna le conseil d’adapter un crayon à une corbeille ou à un autre objet. Cette corbeille, posée sur une feuille de papier, est mise en mouvement par la même puissance occulte qui fait mouvoir les tables ; mais, au lieu d’un simple mouvement régulier, le crayon trace de lui-même des caractères formant des mots, des phrases et des discours entiers de plusieurs pages, traitant les plus hautes questions de philosophie, de morale, de métaphysique, de psychologie, etc., et cela avec autant de rapidité que si l’on écrivait avec la main.

Ce conseil fut donné simultanément en Amérique, en France et dans diverses contrées. Voici les termes dans lesquels il fut donné à Paris, le 10 juin 1853, à l’un des plus fervents adeptes de la doctrine, qui déjà depuis plusieurs années, et dès 1849, s’occupait de l’évocation des Esprits : « Va prendre, dans la chambre à côté, la petite corbeille ; attaches-y un crayon ; place-le sur un papier ; mets les doigts sur le bord. » Puis, quelques instants après, la corbeille s’est mise en mouvement et le crayon a écrit très lisiblement cette phrase : « Ce que je vous dis là, je vous défends expressément de le dire à personne ; la première fois que j’écrirai, j’écrirai mieux. »

L’objet auquel on adapte le crayon n’étant qu’un instrument, sa nature et sa forme sont complètement indifférentes ; on a cherché la disposition la plus commode ; c’est ainsi que beaucoup de personnes font usage d’une petite planchette.

La corbeille, ou la planchette, ne peut être mise en mouvement que sous l’influence de certaines personnes douées à cet égard d’une puissance spéciale et que l’on désigne sous le nom de médiums, c’est-à-dire milieu, ou intermédiaires entre les Esprits et les hommes. Les conditions qui donnent cette puissance spéciale tiennent à des causes tout à la fois physiques et morales encore imparfaitement connues, car on trouve des médiums de tout âge, de tout sexe et dans tous les degrés de développement intellectuel. Cette faculté, du reste, se développe par l’exercice.

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Yaş həddi:
0+
Litresdə buraxılış tarixi:
27 fevral 2026
Həcm:
550 səh.
ISBN:
4064066374020
Naşir:
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