Kitabı oxu: «Histoire d'un pion»

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Alphonse Karr

Histoire d'un pion

L'emploi du temps ; Deux dialogues sur le courage ; L'esprit des lois, ou Les voleurs volés


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066337025

Table des matières

L’EMPLOI DU TEMPS

DIALOGUES SUR LE COURAGE

L’ARAIGNÉE ET LE FANTOME

LE TONNERRE

L’ESPRIT DES LOIS OU LES VOLEURS VOLÉS NOUVELLE.


Pour ceux de nos jeunes lecteurs qui habitent loin de Paris et qui peuvent bien ne pas être au courant des malices et du langage de messieurs les écoliers de la capitale, il n’est pas inutile de donner la traduction du mot pion. C’est le nom irrévérencieux par lequel ils désignent entre eux les maîtres d’étude et les professeurs. Je ne pense pas qu’ils se soient jamais beaucoup inquiétés de l’étymologie de ce nom, qu’ils s’avisent parfois d’imposer à des hommes fort respectables par leur caractère et par leur science.

Pion se trouve dans quelques vieux livres français pour piéton. Dans les temps anciens, les chevaliers et les nobles ne combattaient qu’à cheval; l’infanterie, qui est devenue la principale force de nos armées, n’était alors composée que de ceux qui ne pouvaient avoir un cheval. Ce mot est resté au jeu d’échecs pour désigner les moindres pièces du jeu, les simples soldats. On a employé quelquefois le mot pion pour ivrogne, mais alors on le faisait dériver d’un mot grec qui signifie boire. Par allusion au jeu d’échecs, on appelle encore pion un homme sans importance, sans force, destiné à être pour les autres un jouet et une proie facile.

L’histoire que je veux vous raconter s’est passée sous mes yeux. J’étais alors enfant et un des plus jeunes écoliers de la pension; aussi n’y ai-je joué qu’un rôle accessoire, les plus grands, les grands, comme nous les appelions, s’étant naturellement partagé les rôles importants.

Tous les matins, vers six heures, nous passions une heure dans l’atelier de dessin; quelques-uns, qui avaient pour cet art des dispositions naturelles, y prenaient de l’intérêt et travaillaient sérieusement; les autres, condamnés à faire d’éternelles pages d’yeux, de bouches, de nez et d’oreilles, laissaient passer l’heure de la classe, et abusaient de la mie de pain qu’on leur donnait pour effacer les traits incertains de leur crayon inhabile, en se livrant, à distance, des combats peu sanglants, au moyen de petites boulettes qu’ils se lançaient avec une adresse qui eût fait honneur à des artilleurs au polygone de Vincennes.

Le professeur de dessin était un jeune peintre qui avait déjà du talent, mais point encore de réputation. Il aimait passionnément son art, et je pense que si cela nous ennuyait de faire des yeux et des nez, cela ne l’amusait pas beaucoup plus de nous les faire faire, et de les corriger. L’atelier, qui ne servait à rien hors des heures de la classe de dessin, lui était abandonné par le maître de la pension, et à part le temps que lui prenaient des leçons qu’il allait donner dans une autre pension du même quartier, il passait toutes les journées à travailler dans cet atelier. Malgré nos tentatives opiniâtres, nous n’avions jamais pu voir ce qu’il faisait, parce que son chevalet et les toiles sur lesquelles il travaillait étaient toujours rentrés dans une petite pièce, sorte de mansarde contiguë à l’atelier qui lui servait de domicile. Cette précaution, prise à la fois contre la poussière et contre notre curiosité, avait toujours triomphé de nos efforts persévérants.

Antoine***, le maître de dessin, avait une physionomie intelligente, expressive, mais parfois un peu singulière; ses vêtements propres, mais limés par le temps et par la brosse, n’étaient à la mode que lorsque la mode, après de nombreuses variations, recommençait son cercle et ramenait en triomphe ce qu’elle avait proscrit avec dédain.

«Multa renascentur quæ jam cecidere, cadentque Quæ nunc sunt in honore.»


«Beaucoup de choses renaîtront qui déjà ont été renversées, et nous verrons tomber à leur tour les choses qui aujourd’hui sont le plus en honneur.»

Les enfants sont durs, mais par ignorance. Virgile l’a dit: C’est à l’école de la douleur qu’on apprend la pitié. L’habit bleu, blanchi sur les coutures, de notre professeur, son chapeau rougi et devenu à moitié chauve sous les attaques de la pluie et du soleil, étaient pour les écoliers un sujet incessant de moqueries et de sarcasmes. Grâce à la sollicitude de nos parents, nous n’avions jamais manqué de quelque chose, et nous pensions que l’homme mal mis était un homme avare et ridicule. Aussi notre pauvre Antoine était-il soumis de notre part à un examen scrupuleux; aucun détail de ses tristes ajustements ne nous échappait. Le premier qui découvrait une pièce à une de ses bottes, ou une éraillure à son éternel habit bleu, poussait son voisin du coude, et avec la rapidité du télégraphe électrique, qui n’était pas encore inventé, la chose était en un instant révélée et communiquée à toute la classe.

A la classe de dessin succédaient le déjeuner et une courte récréation. Il arriva un jour qu’au moment où la cloche sonna, Antoine, dont les distractions étaient pour ses méchants élèves un sujet de joie et de moqueries, sortit de l’atelier en y oubliant un vieux parapluie bleu dont l’apparition, quelques jours auparavant, avait été l’objet de notre spéciale attention et de nombreuses facéties sur sa forme surannée et sur la variété de nuances que la pluie et le temps avaient données à sa primitive couleur bleue.


A la vue du parapluie oublié, il vint à l’un de nous l’idée de le cacher sur une planche très-élevée, couverte de ces figures en plâtre appelées bosses, d’après lesquelles on dessine quand on est arrivé à une certaine force.

Le lendemain et les jours suivants, nous assistâmes aux recherches inutiles dont le parapluie fut l’objet. Quelques paroles échangées entre nous à voix basse pendant les classes, à voix haute pendant les récréations, paroles inintelligibles pour nos maîtres, mais très-claires pour nous, portaient notre gaieté à son comble.

Les bosses, derrière lesquelles le parapluie était enseveli dans la poussière, représentaient Socrate, Platon, Apollon, Laocoon, etc. On peut penser quels éclats de rire causaient des phrases comme celles-ci, que nous échangions sans scrupule devant la victime de notre méchanceté , qui n’y pouvait rien comprendre: «Platon sait bien des choses.» — «Il y a des gens très-inquiets que Socrate pourrait facilement tirer d’embarras.» — «L’oracle de Delphes, si l’on consultait Apollon, pourrait répondre à une question très-intéressante.» — «On dit rire comme un bossu, il y a aussi des bosses qui pourraient s’en donner la joie.» — «Quand Laocoon fut attaqué par les serpents, que ne les rossait-il à coups de parapluie! » — «C’est qu’alors il n’avait pas de parapluie. »

Nous vîmes un jour rentrer le maître de dessin par une pluie violente; loin d’en avoir pitié, ce fut pour nous le sujet d’une joie cruelle: son chapeau semblable à une gouttière, ses habits ruisselants, nous nous montrions tout, en souriant.


Un jour, un des plus grands d’entre nous, que ses parents avaient mené un dimanche au spectacle, nous fit de longs récits de ce qu’il avait vu. Notre jeune imagination fut séduite par une mystérieuse terreur; la tragédie qu’on nous racontait représentait une conspiration; les conjurés avaient un langage mystérieux et un signe de ralliement et de reconnaissance, etc. Ces idées nous roulèrent dans la tête pendant plusieurs jours, et nous finîmes par vouloir aussi conspirer. Nous ne savions pas bien contre quoi ni contre qui, mais c’était à nos yeux l’accessoire; le principal était le mystère, les mots de passe, les signes de ralliement. Nous reprîmes le parapluie du professeur de dessin derrière les bosses; nous en enlevâmes la soie, et nous replaçâmes le manche et les baleines derrière Socrate et Laocoon. — De la soie bleue on coupa de petits morceaux que les conjurés s’attachèrent en forme de décoration, mais au dedans de l’habit ou de la veste. C’était le signe de reconnaissance.

On n’admit d’abord que dix membres dans la société ; puis, après un sévère examen, on s’en adjoignit quelques autres. Puis, d’après la tragédie qui nous avait donné ces belles idées, on prit une grande feuille de papier et on écrivit dessus, de la plus belle écriture ronde qu’il fut possible, ces mots:

«LISTE DES CONJURÉS.»


Puis seize noms étaient écrits au-dessous, par ordre alphabétique.

Pendant quelques jours on s’amusa beaucoup de cette invention; en effet, on s’abordait en se disant à voix basse le mot d’ordre, qui était:

«VENGEANCE ET PARAPLUIE.»

On déboutonnait sa veste, et on se faisait voir le morceau de soie bleue; mais la reconnaissance faite, les conjurés, après toutes ces précautions, n’avaient absolument rien à se dire qui les justifiât. On songea à donner un but à la conspiration.


— Vengeance! contre qui des écoliers avaient-ils une vengeance à exercer? naturellement contre ceux qui leur donneraient des pensums ou les mettraient en retenue, seuls malheurs que la sollicitude de leurs parents et de leurs maîtres laissassent approcher d’eux. On décida promptement que la conspiration serait permanente contre les maîtres; et, malheureusement pour Antoine, le souvenir de son parapluie, et le ridicule que des enfants qui ne savaient rien attachaient à la pauvreté de ses habits, le désignèrent spécialement à la vindicte des conjurés. On lui volait ses crayons, on mettait à la place de son siège habituel une chaise dont un des pieds était rompu, etc. On faisait, dans la saison, voler des hannetons dans l’atelier de dessin; on lui lançait, quand il tournait le dos, quelques-unes des boulettes de mie de pain qui jusque-là n’avaient osé attaquer que des condisciples. Il faut dire que l’extrême douceur du maître de dessin et ses distractions encourageaient singulièrement l’audace des conspirateurs.



Je ne sais quel démon inspira un jour, à l’un de nous, une idée qui fut accueillie avec enthousiasme.

Nous n’osions plus admettre de nouveaux membres dans la société, pour deux raisons: si tout le monde en avait fait partie, il n’y aurait plus eu de mystère, et nous aurions craint les indiscrétions.

Donc, nous n’avions plus de réceptions, d’épreuves, etc. Nous pensâmes que le maître de dessin donnait également des leçons dans une autre pension, et que c’était dans cette pension que nous devions chercher de nouveaux affiliés. La pension dans laquelle nous étions, comme presque toutes les pensions du quartier, conduisait deux fois par jour au collége Bourbon ceux qui suivaient les cours de ce collége; ces diverses pensions se rencontraient dans la cour, à l’entrée et à la sortie, et aussi dans les classes du collége. Il nous était donc facile de communiquer avec les élèves de la pension en question. A cet effet, nous rédigeâmes une adresse ainsi conçue, que l’un de nous se chargea de donner à un des grands de cette pension.

«CONSPIRATION CONTRE LA TYRANNIE DES PIONS.

«ORDRE DU PARAPLUIE PANACHÉ.

«Cher collègue,

«Ce n’est que par l’association que nous pouvons lutter contre nos tyrans. A cet effet, nous avons fondé, dans notre pension, une conspiration permanente. Les conjurés soussignés vous ont jugé dignes d’être des nôtres; c’es pourquoi il serait bon que vous pussiez vous entendre avec un de nous, qui vous expliquerait les mots de ralliement, les signes de reconnaissance, l’origine et le but de l’association. Un de nos tyrans fait peser également sur vous son sceptre de fer; c’est assez désigner le pion de dessin Antoine; c’est ce qui nous a fait penser à votre pension. Il faudrait que lundi prochain vous filassiez et vous vous trouvassiez, pendant la classe du matin, aux Tuileries, sur la terrasse où est le Laocoon. Un de nous s’y trouvera, vous le reconnaîtrez à ces marques: il vous abordera en vous faisant voir un ruban de soie d’un bleu passé, c’est l’insigne de «l’Ordre du parapluie panaché »; et vous, pour qu’il puisse vous reconnaître, selon nos us et rites, vous lui répondrez par notre mot de ralliement, que nous avons assez de confiance en vous pour vous confier, ne vous laissant pas ignorer qu’en cas de trahison notre haine serait terrible et inexorable, ce qu’à Dieu ne plaise! Ce mot est: «Vengeance et parapluie.» Ensuite, si, comme nous en sommes d’avance convaincus, vous répondez convenablement à ses questions, il vous décorera immédiatement du ruban de l’ordre du Parapluie panaché, et il vous initiera à nos mystères; vous aurez ensuite à nous proposer l’admission de neuf de vos camarades, que vous en jugerez dignes sous le rapport du courage et de la discrétion.»

Cette lettre fut remise, et la réponse ne se fit pas attendre. Le rendez-vous eut lieu, comme il avait été dit, devant le groupe de Laocoon, entre les deux écoliers qui avaient filé. Traduisons encore ce mot pour ceux de nos lecteurs qui ne sont pas Parisiens. Filer signifie faire l’école buissonnière, c’est-à-dire aller se promener clandestinement pendant la classe, au risque des punitions les plus sévères et des accidents les plus graves, dont les exemples ne sont que trop communs.



L’élève de l’autre pension fut initié, et une correspondance quotidienne s’établit entre les deux pensions, après que les neuf conjurés nouveaux eurent été admis et affiliés comme celui qui les avait présentés. Le malheureux Antoine, le seul qui fût à la fois dans les deux pensions, fut la victime principale de l’association. Dans les lettres qui s’échangeaient, au collége, entre les membres de la conspiration permanente du Parapluie panaché, on se communiquait les tours qu’on lui avait joués dans chaque pension, et des remarques cruelles sur le délabrement de ses vêtements, sur les détails desquels on appelait l’attention des conjurés. Cette émulation entre les écoliers des deux pensions fit imaginer, à l’encontre du maître de dessin, cent malices infernales. Ainsi, un jour, Antoine partit de chez nous avec un papillon de papier qu’on avait trouvé moyen d’accrocher au collet de son habit. Sans parler du succès qu’il eut tout le long du chemin, ce fut à son arrivée chez nos rivaux quelque chose d’inouï, ils se sentirent vaincus; en vain ils mirent sous les pas d’Antoine des pois fulminants, en vain on creva le fond de son chapeau, l’avantage nous resta. A quelque temps de là, l’un de nous encourut une punition sévère; elle n’avait pas été provoquée par Antoine, mais infligée directement par le maître de la pension. Le coupable avait été rencontré au bois de Boulogne pendant la classe de collège, et, informations prises, il avait été constaté qu’il n’avait pas mis les pieds au collége depuis trois jours.


La punition consistait en un énorme pensum, quinze cents vers d’Ovide à copier, plus, une journée de cachot.


Il est bon de faire ici une courte description du cachot. Le cachot avait été autrefois et primitivement destiné à serrer le bois et le charbon de la cuisine, qui n’était séparée de l’atelier de dessin que par un gros mur. Le cachot avait néanmoins son entrée particulière, le jour n’y pénétrait d’aucun côté. Le plus souvent cette punition n’était infligée que pour quelques heures, mais la faute avait été jugée assez grave pour nécessiter une expiation exceptionnelle et exemplaire. Le prisonnier, averti de sa condamnation, avait pris ses précautions à l’avance pour se défendre contre l’ennui. En effet, au moyen d’une vrille, depuis le matin jusqu’à dix heures, avec une persévérance qui aurait pour les écoliers d’excellents résultats si elle s’appliquait au bien, il avait réussi à pratiquer dans la muraille un petit trou qui lui permettait de voir dans la classe de dessin. Antoine y travaillait, et l’écolier, pour la première fois, aperçut ce qu’il faisait. X. était ému et peignait avec ardeur. Après quelques instants donnés à la curiosité, le prisonnier pensa qu’il fallait le déranger, et, en appliquant sa bouche sur le petit trou qu’il avait pratiqué dans la muraille, il se mit à imiter le cri de divers animaux: le miaulement du chat, les aboiements et les hurlements du chien,le chant du coq, les phrases qu’on apprend aux perroquets. C’était peine perdue; Antoine absorbé par son travail, ne s’en apercevait même pas... Mais il leva les yeux sur l’horloge et parut effrayé de l’heure. Quel malheur! dit-il; il sortit un moment de l’atelier pour aller dans sa chambre, il rentra ensuite dans l’atelier portant à la main son habit bleu; avec un pinceau, il étala un peu d’encre sur les coutures blanchies, puis il passa du fil dans une aiguille et essaya de recoudre de son mieux le fond de son chapeau. «Pauvre chapeau, dit-il à demi-voix, il a bien gagné sa retraite; voyons donc.»

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Litresdə buraxılış tarixi:
11 oktyabr 2024
Həcm:
93 səh. 56 illustrasiyalar
ISBN:
4064066337025
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
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