Kitabı oxu: «La cour du Roi Soleil»

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André Parmentier

La cour du Roi Soleil

Avant le règne de Louis XIV, formation de la cour et son installation à Versailles, fêtes et divertissements, le cérémonial, la cour après Louis XIV


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066334390

Table des matières

Avant-Propos.

I

II

III

IV

V

VI

VII


A LA NIÈCE MARCELLE

L’ONCLE ANDRÉ.

Avant-Propos.

Table des matières

On a donné au XVIIe siècle le nom de «Siècle de Louis XIV» ; c’est qu’en effet, au moins pour ce qui concerne la dernière partie de ce siècle, la figure du «grand roi» domine toute l’histoire de ce temps. Nulle part peut-être la personne du prince ne s’affirme plus que dans la description de la cour; ce n’est assurément pas Louis XIV qui a établi les règles de l’étiquette en usage de son temps, il les reçut en grande partie de ses prédécesseurs; mais, par la stricte application qu’il en exigea de ceux qui vivaient auprès de lui, il a tellement marqué cette institution monarchique de son action personnelle, qu’en son temps la cour apparaît presque comme son œuvre. C’est au moins un des théâtres où les traits principaux de son caractère se laissent le mieux apercevoir, ainsi que l’influence qu’il a eue sur les gens et les mœurs de son temps. L’étude de la cour à l’époque de Louis XIV est donc un des meilleurs moyens de s’initier à la connaissance de cette période de notre histoire.

C’en est aussi un des plus aisés; l’histoire de la cour est facile à reconstituer, car les témoignages écrits et figurés sont nombreux et de bonne qualité ; la littérature et l’art se réunissent pour fournir à l’auteur et au lecteur mille moyens de pénétrer dans l’intimité de Louis XIV et de ses contemporains. A l’aide des anecdotes nombreuses que l’on peut recueillir dans les mémoires et dans les correspondances de ce temps, en joignant aux textes une riche illustration choisie exclusivement dans les estampes de l’époque, on a essayé de tracer ici un tableau rapide mais précis de la vie de cour au grand siècle. Ce tableau, pour être rapide, nous obligeait à des omissions systématiques, et, pour être précis, à des citations de faits déjà connus de beaucoup de lecteurs. Nous nous en consolons en pensant que, tel qu’il est, notre petit livre sera un guide pour ceux qui veulent évoquer les souvenirs de Versailles, et, pour les autres, un agréable memento.

Parmi les principaux documents consultés, je signalerai l’État de la France, les Mémoires de Saint-Simon, le Journal de Dangeau (édition abrégée par E. Pilastre), les Lettres de Mme de Sévigné, les Caractères de la Bruyère, les Œuvres de La Fontaine, le Siècle de Louis XIV, de Voltaire; puis, parmi les travaux de nos contemporains, j’indiquerai: le Dictionnaire des mœurs, institutions et coutumes de la France, de Chéruel, l’Histoire générale, de Lavisse et Rambaud, l’Histoire de France, d’E. Lavisse, l’Histoire de la civilisation française, de Rambaud, l’Histoire du château de Versailles, par Dussieux, le recueil du même auteur intitulé «Grands faits de l’Histoire de France», l’étude de M. A. Pératé sur la Ville et le château de Versailles, dans la collection des «Villes d’Art célèbres», et le Dictionnaire de l’ameublement et de la décoration, de M. Havard.

A. P.


EMBLÈME DE LOUIS XIV; FRAGMENT DU PLAFOND DE L’ANTICHAMBRE DE LA REINE AU CHÂTEAU DE VERSAILLES.


I

Table des matières

La cour avant le règne de Louis XIV. Formation de la cour.

C’était la mode au XVIIe siècle d’imaginer pour chaque personne de marque un emblème qui exprimait aux yeux de la foule la grandeur ou la dignité du personnage. «Un antiquaire, nommé Douvrier, raconte Voltaire dans son célèbre ouvrage intitulé le Siècle de Louis XIV, imagina pour ce prince l’emblème d’un soleil dardant ses rayons sur un globe avec ces mots: Nec pluribus impar, qu’on peut traduire ainsi: Il n’a pas d’égal. Cette devise, continue Voltaire, eut un succès prodigieux. Les armoiries du roi, les meubles de la couronne, les tapisseries, les sculptures, en furent ornés.»

Cet emblème avait charmé l’orgueil du jeune monarque; il en goûta si pleinement l’idée qu’il a pris soin dans ses Mémoires de le commenter lui-même et d’en expliquer minutieusement le sens.

«On choisit pour corps le soleil, écrit-il, qui, par sa qualité d’unique, par l’éclat qui l’environne, par la lumière qu’il communique aux autres astres qui lui composent comme une espèce de cour, par le partage égal et juste qu’il fait de cette même lumière à tous les divers climats du monde, par le bien qu’il fait en tous lieux, produisant sans cesse de tous côtés la vie, la joie et l’action, par son mouvement sans relâche où il paraît néanmoins toujours tranquille, par cette course constante et invariable dont il ne s’écarte et ne se détourne jamais, est assurément la plus vive et la plus belle image d’un grand monarque. Ceux qui me voyaient gouverner avec assez de tranquillité et sans être embarrassé de rien, dans le nombre de soins que la royauté exige, me persuadèrent d’ajouter le globe de la terre et pour âme nec pluribus impar; par où ils entendaient, ce qui flattait agréablement l’ambition d’un jeune roi, que, suffisant seul à tant de choses, je suffirais sans doute à gouverner d’autres empires, comme le soleil à éclairer d’autres mondes, s’ils étaient également exposés à ses regards.»

Ainsi, de l’aveu même de Louis XIV, il faut voir en lui une sorte de soleil, et la cour est le monde où l’astre fait particulièrement briller ses rayons. Il n’en avait pas toujours été ainsi et ce n’est qu’avec le règne de Louis XIV que la cour de France atteignit l’incomparable éclat qui faisait l’admiration des contemporains du prince, étrangers autant que Français; le spectacle qu’elle présente dans les chefs-d’œuvre de l’art et dans les récits des auteurs du temps éblouit encore nos yeux.

Les premiers Capétiens n’auraient pas été moins étonnés que nous devant le faste de leur lointain successeur; ils vivaient simplement, à la mode des seigneurs de leur temps, n’exigeant d’eux que de médiocres marques de respect, et n’ayant guère d’autres distractions que la guerre, la chasse ou les cérémonies de la vie féodale, telles que l’introduction dans la chevalerie des enfants royaux ou l’hommage des grands vassaux. La cour de saint Louis est déjà moins simple; les historiens nous ont conservé le récit de la fête somptueuse où le roi et ses frères reçurent la chevalerie; cependant le cérémonial n’était pas encore compliqué dans une cour où, pour causer familièrement avec ses amis, le roi faisait étendre un tapis sur les marches du perron de la Sainte-Chapelle, ou bien encore s’asseyait au pied d’un arbre au bois de Vincennes afin d’y rendre la justice.

Les Valois se montrèrent plus amis du faste; les fêtes devinrent nombreuses et coûtèrent fort cher à la cour de Philippe de Valois ou à celle de Jean le Bon. Tournois, bals, mascarades, longs festins, occupaient les loisirs d’une noblesse avide de plaisirs qui déjà se pressait autour des rois; le luxe des vêtements incessamment renouvelés, chargés d’or et de pierreries, était la dépense où se laissaient entraîner le plus volontiers les riches nobles de cette époque. Même le sage roi Charles V, pourtant si bon ménager de l’argent de ses sujets, donna parfois de splendides fêtes, comme celle par laquelle il reçut son oncle l’empereur d’Allemagne, Charles IV. Un élément original de ces fêtes, c’était l’exécution, au milieu des interminables repas où l’on se plaisait alors, de pantomimes moitié militaires, moitié religieuses, qu’on appelait justement entremets. C’est ainsi qu’à l’un des festins offerts par le roi à son hôte, on vit représenter la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon et Pierre l’Ermite.

Mais les désastres de la seconde partie de la guerre de Cent Ans arrêtèrent le développement régulier de la cour de France; Charles VII n’eut guère les moyens de donner des fêtes, et Louis XI n’en eut point le souci, bien qu’au début de son règne il eût fait une belle entrée dans sa ville de Paris. C’est auprès des ducs de Bourgogne qu’il faut se transporter pour retrouver une cour régulièrement organisée; déjà, ces princes ont imaginé tout ce qui constitue cette institution monarchique; ils ont un entourage nombreux de serviteurs; le langage qu’on doit tenir aux souverains, les attitudes que l’on doit avoir devant eux, tout cela est minutieusement déterminé ; il y a un cérémonial arrêté pour la réception des ambassadeurs, pour les mariages, pour les deuils; les fêtes sont nombreuses, et chacun en connaît l’éclat; enfin, un écrivain de ce temps, Olivier de la Marche, prend le soin de recueillir et de rédiger tous les usages suivis auprès de ses maîtres. Par un détour curieux, une grande partie des coutumes bourguignonnes allait se transporter par suite du mariage du petit-fils de Charles le Téméraire, Philippe le Beau, avec Jeanne la Folle, héritière de Ferdinand et d’Isabelle, à la naissante cour d’Espagne, pour en revenir un siècle après à la cour de France avec l’infante espagnole, Anne d’Autriche, femme de Louis XIII.

Au XVIe siècle, la cour de France redevint brillante; le pays est pacifié, les nobles sont rentrés dans l’obéissance, les rois sont riches. François Ier mène avec lui de château en château un nombreux cortège de seigneurs et de dames; la chasse, les bals, les tournois, déjà même de timides représentations théâtrales, des concerts, des fêtes sur l’eau, sont les distractions favorites des rois et des gens de cour, qui recherchent en outre la société des artistes et des écrivains. Les rois ne se préoccupent pas d’abord de se distinguer de leur entourage en exigeant de leurs serviteurs des marques constantes de déférence; mais, à partir du règne de Henri II, un cérémonial qui règle la vie de la cour commence à s’établir, et ainsi s’introduit dans la vie de nos rois cet ensemble de règles dans l’attitude ou le langage qu’il convient d’avoir devant le maître, qu’on appelle l’étiquette.

A LA COUR DE FRANCE AU XIVe SIÈCLE.

D’après une miniature du manuscrit français n° 2813 (Bibliothèque Nationale) représentant l’entremets du festin offert par Charles V à son oncle l’empereur d’Allemagne Charles IV. Debout à la table on voit l’empereur d’Allemagne, le roi de France, le fils de l’empereur d’Allemagne et quelques évêques. En avant de la table est un écuyer tranchant, puis, sur un navire, Pierre l’Ermite, et à droite les chevaliers faisant le siège de Jérusalem.


Nouvelle éclipse dans l’histoire de la cour de France avec la seconde moitié du XVIe siècle. Au temps de la Ligue, le roi est bafoué. Henri IV a vécu la plus grande partie de sa jeunesse au milieu des camps; une fois sur le trône, tout en sachant se faire respecter, il conserva les manières grossières auxquelles une trop longue fréquentation des gens de guerre l’avait habitué ; son bon sens et le souci de ses finances encore précaires lui interdirent de gaspiller l’argent du royaume en de somptueuses fêtes; son principal divertissement fut la chasse. Son fils, le mélancolique Louis XIII, fut constamment malade; il n’avait pas grand goût aux fêtes et n’aurait guère eu la force d’en supporter les fatigues; des bals, la représentation de quelques ballets, des concerts, l’accomplissement d’un petit nombre de cérémonies, telles que la création des chevaliers dans l’ordre du Saint-Esprit, la chasse, voilà à quoi se réduisit sous ce monarque une cour où d’ailleurs dames et seigneurs étaient encore peu nombreux. La médiocrité de cette vie ne réjouissait guère l’épouse du roi, Anne d’Autriche, qui, de l’Espagne sa patrie, avait conservé le souvenir de la cour rigoureusement ordonnée où elle avait vécu dans sa jeunesse; elle trouva dans son fils, à défaut du père, l’homme qui réalisa son désir. Louis XIV allait donner à la cour de France une régularité comparable à celle de la cour d’Espagne, et les fêtes où il se plaisait devaient, du vivant même de la reine-mère, surpasser en beauté celles de toutes les autres cours européennes. Dans les raisons qui ont déterminé Louis XIV à s’entourer d’une cour nombreuse, les historiens en démêlent quelques-unes qui tiennent à son caractère et d’autres qui proviennent de sa politique.

UN BAL A LA COUR DE FRANCE A LA FIN DU XVIe SIÈCLE.

D’après une peinture du temps (Musée du Louvre).


Louis XIV aimait passionnément son métier de roi.

«Le métier de roi, disait-il, est grand, noble, délicieux.» Or, ce métier comportait une partie de représentation, qui ne pouvait être réalisée qu’au milieu du nombreux entourage qui constitue, la cour. Nulle part ne pouvaient mieux apparaître cette politesse savamment mesurée, cette courtoisie, cette égalité d’humeur, cette maîtrise de soi, cette dignité constante, cette majesté affable, cet ensemble de qualités qui faisaient du roi un modèle de savoir-vivre, admiré sur ce point de tous ses contemporains, français ou étrangers. Il était orgueilleux; la distance qu’une étiquette minutieuse mettait entre le souverain et ceux qui l’approchaient, fût-ce les membres les plus intimes de sa famille, marquait nettement aux yeux de tous la supériorité du prince. Il aimait par-dessus tout l’ordre et la ponctualité ; or, chacun de ses actes déterminait les différents mouvements de la cour; il savait qu’elle était, grâce à lui, comme une horloge, dont il constituait l’indispensable ressort. Il était follement épris de gloire; l’adulation dans laquelle s’abîmèrent bientôt les plus grands personnages du royaume chatouillait doucement sa passion. Il avait le goût du faste et de la magnificence; il put, à Versailles, repaître ses yeux de la richesse des appartements et s’éblouir de l’éclat des fêtes, où, dans sa jeunesse surtout, il engloutit une bonne part des revenus de son royaume.

Des raisons politiques achevèrent de déterminer Louis XIV à s’entourer d’une cour. La principale fut la ferme résolution de contraindre les nobles à l’obéissance; il avait connu dans sa jeunesse, à l’époque de la Fronde, l’indiscipline et l’ambition démesurée de quelques-uns d’entre eux, d’un Condé par exemple; il voulut que désormais, du plus petit gentillâtre de France jusqu’aux plus rapprochés du trône, l’obéissance fût entière. Il réalisa son désir en obligeant les chefs de la noblesse à vivre auprès de lui; il les habitua peu à peu à considérer, dit-il dans ses Mémoires, «sa bonne grâce comme la seule source de tous les biens; on ne doit s’élever qu’à mesure qu’on s’approche de sa personne ou de son estime, tout le reste est stérile». «Ce fut, écrit Saint-Simon, un démérite aux uns, et à tout ce qu’il y avait de distingué, de ne pas faire de la cour son séjour ordinaire, aux autres d’y venir rarement, et une disgrâce sûre pour qui n’y venait jamais ou comme jamais.» Quand il s’agissait de quelque chose pour eux: «Je ne le connais point», répondait-il fièrement. Sur ceux qui se présentaient rarement: «C’est un homme que je ne vois jamais». Et ces arrêts-là étaient irrévocables. Le même auteur estime que ce fut aussi de dessein délibéré qu’il lança les gens de cour dans les dépenses les plus grandes en vêtements, en équipages, en bâtiments, enjeu. «Le fond était qu’il tendait et qu’il parvint par là à épuiser tout le monde en mettant le luxe en honneur, et qu’il réduisit ainsi peu à peu tout le monde à dépendre entièrement de ses bienfaits pour subsister.» Enfin, il n’y a pas à douter que la magnificence des fêtes données à la cour de France avait pour but d’établir aux yeux de tous les autres princes de l’Europe la richesse et la puissance du roi; aux jours mêmes les plus sombres du règne, le roi recourut parfois à cet expédient pour donner le change à ses ennemis et dissimuler sous l’éclat apparent de la cour la misère où le royaume était tombé.

LOUIS XIII PRÉSIDANT LE REPAS DES CHEVALIERS DU SAINT-ESPRIT.

D’après une gravure en taille-douce d’Abraham Bosse (1605?-1678).


Qu’on n’aille pas croire d’ailleurs que le sentiment public fût hostile à ces manifestations coûteuses de la grandeur royale. Les hommes du XVIIe siècle aimaient à la fois leur pays et leur roi, et ne distinguaient pas l’un de l’autre. On verra plus loin les plus grands écrivains du temps approuver l’amour du roi pour les constructions; et, en ce qui concerne l’éclat de la cour, Bossuet exprimait l’opinion générale quand, dans l’oraison funèbre de la reine Marie-Thérèse, il prononçait les paroles suivantes: «Les rois non plus que le Soleil n’ont pas reçu en vain l’éclat qui les environne: il est nécessaire au genre humain; et ils doivent, pour le repos autant que pour la décoration de l’univers, soutenir une majesté qui n’est qu’un rayon de celle de Dieu».

Ainsi le caractère et la politique du roi s’unirent pour le déterminer à créer et à maintenir pendant tout son règne cette institution, la cour, dont on a essayé de tracer ici un «léger crayon», comme on disait au temps où vécut le Roi Soleil.



II

Table des matières

Composition et organisation de la cour.

La cour comprenait d’abord le roi, sa famille et les princes du sang; c’étaient, à l’époque qui nous occupe, la reine-mère Anne d’Autriche qui mourut en 1666, la femme du roi Marie-Thérèse qui mourut en 1683, puis son frère auquel ou donnait le nom de Monsieur, sa femme qu’on appelait Madame, le fils du roi que l’on nommait. Monseigneur, sa femme que l’on désignait sous le titre de Madame la Dauphine, leurs enfants qui portaient les titres de ducs (duc de Bourgogne, duc d’Anjou, duc de Berry); venaient ensuite les neveux du roi et leurs enfants qui constituaient les princes du sang royal; il y avait, après ceux-ci, les simples princes du sang: c’étaient les membres de la famille royale autres que les fils, frères et neveux du roi. Les plus éminents parmi ceux-ci étaient les Bourbon-Condé, parmi lesquels il faut distinguer le grand Condé, qu’on appelait Monsieur le Prince, et son fils qu’on nommait Monsieur le Duc. Louis XIV avait en outre assimilé à son fils légitime ses enfants naturels: on les désignait du nom de princes légitimés.

Tous ces personnages avaient autour d’eux un grand nombre de serviteurs, pris parmi les nobles; ces «officiers», comme on disait alors, terme par lesquel on entendait une fonction civile, pas du tout une fonction militaire, constituaient les maisons du roi, de la reine, des enfants de France, etc. La plus importante était naturellement la maison du roi; si extraordinaire que puisse paraître le chiffre qui suit, elle ne comprenait pas moins de plusieurs milliers de personnes, environ 5 000. La maison du roi aurait suffi, à elle seule, à peupler plus d’une petite ville du royaume.

Examinons rapidement les services qu’elle comportait .

La maison du Roi se partageait en maison civile et maison militaire; la première comprenait les fonctionnaires d’ordre civil, la seconde tous les officiers, au sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot, et tous les soldats préposés à la garde et à la défense du Roi.

Dans le siècle de rigoureuse piété où vivait Louis XIV, il fallait d’abord songer «au soin de l’âme» : il y avait donc un service composé d’ecclésiastiques pour la célébration du service divin. A la tête de ce service était le grand-aumônier de France; il avait sous ses ordres les aumôniers; à tour de rôle, ils devaient se trouver au lever et au coucher du roi et à tous les offices auxquels il assistait. «Ils présentaient l’eau bénite au roi, et, pendant le service divin, tenaient ses gants et son chapeau; aux repas du roi, ils bénissaient les viandes et disaient les grâces.» Une seconde division de ce service comprenait des ecclésiastiques de moindre qualité, des chapelains qui célébraient toutes les messes basses dites devant le roi, dans la chapelle ou dans l’oratoire particulier de Sa Majesté. Enfin la troisième subdivision de ce service comprenait la chapelle, musique composée de plus de cent cinquante exécutants, placée sous l’au torité du grand aumônier, d’un maître de chapelle et de plusieurs sous-maîtres.

PORTRAIT DE LOUIS XIV.

Bas-relief en marbre par Puget (Musée de Marseille).


Après l’âme, le corps; tout ce qui concernait l’alimentation relevait du service de la bouche du roi. Dans ce service, naturellement très compliqué, il faut distinguer le gobelet à qui incombait l’approvisionnement de la table du roi en matière de boisson, et la cuisine-bouche qui préparait exclusivement les mets destinés au souverain; puis venaient des services pour toute la cour et dont les noms par eux-mêmes sont assez clairs, tels que la paneterie, l’échansonnerie-commun, la cuisine-commun et la fruiterie. Dans ce dernier service, il y avait un aide spécialement chargé de présenter les palmes au roi, le jour des Rameaux. Enfin leur dernière division, la fourrière, comportait des serviteurs chargés de l’entretien de tous les ustensiles de ménage relatifs aux cuisines. La bouche du roi ne comprenait pas moins de cinq cents officiers placés sous les ordres d’un haut fonctionnaire, le grand-maître.

Tout ce qui concernait le mobilier et le vêtement du roi était l’affaire du service de la chambre du roi. A sa tête était le grand-chambellan. Il avait sous ses ordres les quatre premiers gentilshommes de la chambre, une des dignités les plus recherchées de la cour, car elle fournissait de fréquentes occasions d’être en rapport avec le roi. A ce service se rattachait toute la légion des valets de chambre, des porte-manteaux, des barbiers, parmi lesquels se plaçait le chirurgien opérateur pour les dents, des tapissiers, des horlogers, des frotteurs, des porteurs de meubles. Puis voici des fonctionnaires inattendus, les valets et gardes chargés de veiller à la santé des lévriers, levrettes, petits chiens et oiseaux de la chambre du roi. S’agit-il des vêtements du roi, nous rencontrons alors le grand-maître de la garde-robe, les deux maîtres de la garde-robe, les quatre premiers valets de la garde-robe, le valet de garde-robe ordinaire, les seize autres valets de la garde-robe, et j’en passe. Tous ces gens-là n’avaient que l’entretien des vêtements du roi. Mais voici maintenant ceux qui les confectionnent; arrivez à votre place, en ce défilé, tailleurs de sa Majesté, cordonniers, chaussetiers, brodeuses, pelletiers, orfèvres, joailliers, lavandières, etc., etc.

A ce service se rattachait celui du cabinet du roi où figuraient les huissiers, les secrétaires et les courriers du cabinet, l’imprimeur particulier pour les affaires et les dépêches du cabinet du roi. «Il y avait, en outre, le cabinet des livres dont la direction était confiée à un intendant et garde des bibliothèques et cabinets de Sa Majesté. Un relieur, un garde des plans, cartes et dessins, des lecteurs et interprètes, un antiquaire, étaient attachés au cabinet des livres du roi.» A côté de ces officiers, qui tous étaient des savants, on peut ranger les soixante Médecins, chirurgiens et apothicaires qui relevaient aussi de ce service.

HUISSIER DE LA CHAMBRE DU ROI (1722).

Gravure en taille-douce de Desplaces (1682-1739), d’après un dessin de d’Ulin.


Enfin, si l’on ajoute les fonctionnaires du Garde-meuble, on atteint pour les officiers de ce service le chiffre d’environ sept cents personnes.

Il faut loger le roi et tout ce personnel; il existe donc un service spécial des bâtiments du roi, à la tête duquel était le directeur et ordonnateur général des bâtiments et jardins du roi, académies, arts et manufactures royales. Il avait sous ses ordres tout un peuple d’architectes, sculpteurs, d’intendants, de contrôleurs, d’inspecteurs, et parfois des subordonnés inattendus pour nous, tels que l’intendant des devises et inscriptions. «Chaque maison royale avait d’ailleurs des officiers de bâtiments. On en comptait plus de cent pour le château de Versailles. »

Voici venir maintenant l’important service des écuries de Sa Majesté. M. le Grand, c’est de ce nom qu’on appelait le grand-écuyer premier officier des écuries du roi, dirigeait toute cette partie de la maison du roi; c’était un très grand personnage; «il ordonnait toute la livrée du roi et personne ne pouvait la porter sans sa permission». Il avait sous ses ordres le premier écuyer de la grande écurie. Ici encore, on rencontre des fonctionnaires qu’on ne s’attend qu’à demi à voir relever de ce service: ainsi, les douze hérauts d’armes, les deux poursuivants d’armes, les trois porte-épées, deux porte-manteaux, douze grands hautbois, huit joueurs de fifres et tambourins, cinq trompettes marines, l’instrument, dont, comme on sait, M. Jourdain appréciait tout particulièrement l’éclatante sonorité.

Pour les déplacements du souverain, il y avait tout un service: c’était celui des maréchaux de logis du roi; dans les voyages du prince, ils étaient chargés d’indiquer les logements que devaient occuper les courtisans et les troupes. Quand la cour était sédentaire, le grand-maréchal des logis qui présidait à ce service recevait les ordres du prince pour les logements de sa maison et de toute la cour et les faisait exécuter par les Maréchaux des logis et les fourriers qui servaient par quartiers. Un des fonctionnaires les plus importants de ce service était le capitaine des guides: «il se tenait à l’une des portières du carrosse du roi Marchant en campagne pour répondre aux questions du roi». Tout ce qui concernait les postes dépendait aussi de ce service.

Je n’ai rien dit encore de la Vénerie, qui, si l’on songe à la passion que les rois de France ont toujours eue pour la chasse, ne pouvait manquer d’être un service considérable à la cour. A la tête de cette branche de la maison du roi était le grand-veneur de France, avec sous ses ordres tout un corps d’officiers chargé de la conservation des bêtes fauves; puis, par contre, venaient tous ceux qui étaient chargés d’aider le roi à les détruire. Il y avait un équipage particulier pour le chevreuil, un autre pour le sanglier, un pour le daim, une meute de chiens de chasse pour le lièvre, les lévriers de campagne, etc. La fauconnerie et la louveterie formaient des services spéciaux.

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16 yanvar 2025
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141 səh. 69 illustrasiyalar
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4064066334390
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