Kitabı oxu: «Traité d'hygiène publique»

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Antoine Chapelle

Traité d'hygiène publique


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066325787

Table des matières

INTRODUCTION.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE DEUXIÈME.

CHAPITRE TROISIÈME.

CHAPITRE QUATRIÈME.

APPENDICE.


INTRODUCTION.

Table des matières

L’HARMONIE est la loi dominante de la nature. Depuis le caillou jusqu’au lichen, depuis celui-ci jusqu’au mimosa, depuis le polypier jusqu’à l’homme, il y a une succession non interrompue de perfectionnements et de complications. Cette chaîne lie entre eux les types distincts, conserve quelques-uns des attributs de la série qui finit et fait entrevoir ceux de la série qui commence. Le terme de cette grande échelle des êtres, c’est l’homme. Il participe des propriétés du règne animal, dont il est le type et le couronnement, et retient une étincelle de l’intelligence de l’Être supérieur et parfait qui gouverne les mondes. Aussi les phénomènes de la vie humaine tiennent-ils à deux forces différentes: l’une, aveugle, irréfléchie, se révèle par les faits d’accroissement, de nutrition, d’innervation, de mouvements instinctifs; l’autre, au contraire, active, intelligente, réfléchie, se produit sur le théâtre de notre conscience.

La première de ces forces destinée à animer la matière, à diriger la vie physique, à présider à toutes les fonctions organiques, porte le nom générique de principe vital. C’est de là qu’émanent les sensations, les instincts, les appétits, dont la satisfaction importe à la conservation de l’individu et à la perpétuation de l’espèce. Cette force règne sans partage dans l’animal.

La seconde, différente des opérations de l’organisme, a une fin distincte du corps, une destinée plus haute: c’est l’âme, c’est le moi, c’est le principe de la vie intellectuelle et morale qui constitue la personnalité humaine. C’est de cette source que naissent les volitions, les souvenirs, l’activité propre, l’amour du devoir, le sentiment du droit, l’aspiration incessante vers la découverte du vrai, vers la recherche de l’inconnu. C’est aussi à ce foyer purement spirituel que nous puisons et ces espérances infinies que rien ne saurait tarir en notre cœur, et cette croyance heureuse qui nous montre à travers le néant du tombeau l’éternité de la vie.

La distinction entre ces deux éléments, l’un animal, l’autre psychique, est certaine. C’est pour avoir méconnu cette différence, pour avoir proclamé la fausse identité de ces deux principes, que tant de philosophes et de physiologistes sont tombés dans les erreurs du matérialisme. Je n’ai point à m’occuper ici de la spiritualité de notre être. La philosophie proprement dite en fait la spécialité de ses investigations. Mon but est de tracer quelques règles pour la conservation et le développement de la partie physique de l’homme. Mais avant il importe d’appeler l’attention du lecteur sur le rôle et l’importance de l’organisme dans les phénomènes de la vie en général. C’est là l’objet principal de cette introduction.

Chez les animaux, les perceptions dépendent uniquement de l’action que les choses du dehors exercent sur les sens. Ainsi l’attachement manifesté par ces êtres résulte de l’association entre la satisfaction des appétits, des besoins, par conséquent l’impression de plaisirs, et l’image d’une personne, cause de ces sensations agréables. Tout en eux est instinct. L’instinct, a dit Cuvier, est comme une vision permanente chez les animaux. Ceux-ci semblent avoir dans leur sensorium des perceptions innées qui les déterminent à agir à l’instar des sensations ordinaires. Mais ce qui excite cette vision, ne peut être que le principe vital, organique, qui pousse l’animal à marcher dans une voie déterminée, immuable, à parcourir toujours le même cercle de travaux. C’est ce principe qui incite les deux sexes à s’accoupler, qui enseigne aux palmipèdes à nager sur l’eau sans éducation préalable, aux abeilles à fabriquer avec tant de régularité des cellules de cire d’après un type invariable, aux oiseaux à construire leur nid, à accomplir chaque année leurs migrations lointaines. Aucun animal n’a la faculté d’associer des idées, de réfléchir, car la bête ne peut rien inventer, rien perfectionner. Incapable de calcul, elle ne sait point se liguer et comploter contre l’homme ou les êtres qui la tyrannisent. Elle est complètement dépourvue du principe pensant, raisonnable.

Il en est de même de l’homme au début de son existence. Tout se passe en lui sans qu’il en ait connaissance. Il est alors purement animal. En effet, pendant tout le temps que l’être humain reste un appendice de la mère, les modifications dont il est le siège se produisent sans sa participation. Sculpteur incomparable, le principe organique façonne silencieusement et dans l’ombre les différentes parties nécessaires à l’existence et à l’harmonie de l’ensemble, distribue la vie aux divers instruments qu’il a créés, les place dans un ordre où tout se combine sans se confondre, où tout a ses fonctions spéciales et des rapports essentiels avec le reste. Aussi, lorsque le nouvel être commence son existence individuelle, est-il apte à résister aux agents extérieurs, à élaborer, à assimiler à sa propre substance les matières nutritives prises dans le monde qui l’entoure. Toutefois, au début de la vie extra-utérine, l’encéphale de l’enfant est mou, d’un blanc presque mat; la substance grise des circonvolutions cérébrales est encore confuse, indistincte, tandis que le système rachidien, dans toute son étendue, possède la même composition anatomique, présente à peu près la même consistance que chez l’adulte. Or, la physiologie a démontré que tous les mouvements qui dépendent de la moelle épinière sont involontaires. Voilà pourquoi les contractions qu’on observe chez les nouveau-nés sont seulement provoquées par des sensations apportées à la tige nerveuse spinale, et pourquoi elles sont instinctives, irréfléchies. Toute impression produite sur les nerfs sensitifs de la peau ou des muqueuses agit directement et immédiatement à travers la moelle et détermine des mouvements. Aussi voit-on le jeune enfant avaler sans distinction les liquides qu’on place dans sa bouche, exercer des efforts de succion sur le doigt qui touche à ses lèvres, comme sur le sein même qui l’allaite. Sa main cherche à saisir tout ce qui est en contact avec elle, quelle que soit la couleur et la dimension de l’objet. Sa tête, son tronc, ses membres sont continuellement agités; ses yeux roulent dans leur orbite sans se fixer. C’est que toute impression extérieure détermine en lui des mouvements. L’intelligence et la réflexion dorment encore, n’ont donné aucun signe d’existence. Mais à mesure que l’appareil cérébral se perfectionne, les sensations sont perçues avec plus de conscience; alors commence la transformation de la sensation et de l’instinct en raisonnement, en volonté. Déjà l’enfant est sur le seuil d’une vie nouvelle; encore quelques années de plus, et les aspirations de l’âme vont partager avec les appétits du corps les tendances de son être.

Ainsi, dans la première période de notre existence, la force organique agit en souveraine, gouverne sans contrôle. Plus tard même, lorsque la raison aura acquis tout son développement, non-seulement l’élément physique disputera encore à l’élément moral le domaine de la nature humaine, mais parfois aussi arrivera à ressaisir sa toute-puissance. Les faits suivants, colligés au hasard, en témoignent hautement.

Par l’intermédiaire du système nerveux, les organes de la vie plastique transmettent au cerveau, les impressions reçues. Lorsque ces organes sont lésés, souffrants, ils pervertissent l’activité sensorialle, amènent une perturbation dans les manifestations de l’intellect et du moral. Un simple panaris allume chez l’homme une fièvre ardente, l’agite, lui fait perdre souvent la conscience de lui-même. La spermatorrhée émousse rapidement l’énergie morale, engendre l’hypochondrie. Une diminution lente des globules du sang suffit pour modifier le caractère, pour changer les tendances de l’esprit. Quelques jours d’abstinence épuisent les forces, abattent le courage, amènent une aberration des facultés intellectuelles. Suivant la quantité de sang qui abonde au cerveau, l’âme en éprouve des modifications plus ou moins profondes. La dose de fluide sanguin qui y afflue est-elle légèrement augmentée? l’encéphale se trouve excité, stimulé : les idées deviennent plus vives, plus rapides, plus nettes. Si le liquide s’y porte en abondance, au lieu d’excitation, il y a prostration, paralysie: les idées se montrent confusément, sans liaison, sans ensemble. Elles cessent même complètement de se manifester si l’hémorrhagie encéphalique est considérable et occupe certaines parties déterminées du cerveau. Alors l’homme a perdu ses attributs supérieurs; il est réduit à l’état de bête. De même lorsque les fonctions du centre nerveux cérébral sont empêchées ou suspendues, comme dans la syncope, dans les circonstances d’ivresse alcoolique ou autre, la personnalité humaine disparaît. Toutes les causes qui tendent à troubler le système nerveux central contenu dans le crâne, conduisent à des modifications analogues dans les manifestations de la vie morale. L’inflammation des méninges et des couches cérébrales superficielles produit le délire, fait cesser l’exercice de la volonté, et la chronicité de la phlegmasie peut conduire à la folie. N’observe-t-on pas chaque jour que les tempéraments nerveux, sanguin, lymphatique, et toutes leurs nuances, influent sur le moral, modifient les dispositions intellectuelles? Qui ne sait que c’est à la période de l’existence où le corps est dans toute sa puissance que les facultés intellectuelles atteignent toute leur force. Mais qui ne sait aussi que l’affaiblissement de l’organisme, son épuisement sénil, entraîne plus ou moins à la longue la dégradation de l’intelligence.

Ainsi l’homme ne jouit de la plénitude de son libre arbitre que lorsque ses fonctions organiques et ses facultés se trouvent en parfaite harmonie. Entre la santé morale et la santé physique il existe donc une solidarité intime. Le bien de l’âme se lie avec le bien du corps; et il nous devient impossible d’aller à notre fin, d’entrer en participation avec l’élément supérieur de notre nature, lorsque l’organisme est malade, impuissant. Sans l’intégrité du cerveau, l’intelligence ne pourrait déployer son activité, et le principe spirituel, à son tour, ne saurait commander aux rouages de notre économie. Tout a été coordonné dans l’homme de manière que l’âme ait besoin de l’intervention de la force vitale pour parvenir à sa destinée; de même que la force vitale pour atteindre le but que lui assigne la nature, exige l’accomplissement de l’action du moi. Proscrire l’un de ces deux éléments de notre être, est donc contraire à l’essence des choses, aux préceptes d’une saine morale.

A part les idées de quelques philosophes, la civilisation ancienne porte l’empreinte d’un matérialisme profond. Son but est surtout le perfectionnement du corps, le triomphe de la force physique, l’amour de la belle nature. Dans les arts, le paganisme n’a cherché à faire revivre que la forme, les proportions de la créature, sans s’inquiéter de la pensée qui doit animer l’œuvre de la création. La beauté corporelle telle que l’entendaient les Grecs et les Romains est toute plastique, toute sensuelle, pleine de lascivité.

Le christianisme déclare au contraire la guerre au corps, offre en holocauste au principe moral la partie matérielle de l’homme. Aussi la vie du vrai chrétien est-elle une lutte incessante contre lui-même, une souffrance continuelle destinée à combattre par des pénitences, par des jeûnes, par des macérations, cette chair maudite, siège et principe du mal. Tous les peintres et les sculpteurs qui se sont pénétrés du dogme catholique, se sont efforcés de faire passer sur la toile et le marbre les douleurs du Crucifié. C’est qu’en effet, pendant plusieurs siècles, on a cru que le meilleur moyen de développer l’intelligence, d’accroître l’empire de l’âme, était de mortifier le corps. Aux époques de foi ardente, on a vu les grands hommes de la chrétienté-fuir l’aspect du monde pour aller disputer aux bêtes fauves leurs cavernes et enfouir la raison sous les langes d’une croyance mystique. Le but de leurs sombres pratiques était d’arracher l’esprit aux liens qui l’attachent au corps, d’affaiblir la partie périssable de nous-mêmes, pour fortifier d’autant cette âme immortelle purifiée par le sang d’un Dieu immolé pour elle.

Tandis que la force matérielle jouissait des honneurs de l’apothéose dans les jeux Olympiques, Isthmiques, Pythiens, la société catholique, vouée à une vie de privations, couvrait le sol de monastères, se livrait aux âpres voluptés de la mortification.

Ces deux tendances opposées de l’humanité sont également fausses; elles ne tendent à rien moins qu’à modifier l’œuvre du Créateur, à simplifier notre nature, mais en la mutilant. Si l’homme qui cherche uniquement à satisfaire ses besoins matériels, à entretenir son embonpoint, excite le mépris et la pitié du moraliste, le pénitent qui se réfugie dans la solitude pour éteindre les aspirations de sa nature physique, se dégrade aux yeux du physiologiste. Sous l’habit d’anachorète, il devient le promoteur du suicide. Aujourd’hui seulement, nous commençons à comprendre qu’il ne faut rien rompre dans l’harmonie de notre être, qu’il faut respecter le corps comme l’esprit, car l’un et l’autre sont l’ouvrage de Dieu.

Toutefois, nos mœurs et nos usages, nés de ces époques de réprobation de la chair, ont fait négliger l’éducation physique, ont jeté sur l’étude de la santé une sorte de dédain qu’il importe de détruire dans l’intérêt même de l’intelligence. En me préoccupant du bien du corps, mon but n’est pas de chercher à faire prédominer le principe organique sur le principe spirituel. Je m’éleverai toujours contre ces apôtres de la matière qui mettent les appétits à la place des idées, et qui n’aperçoivent dans les questions sociales que le côté sensuel. Satisfaire ses besoins physiques, c’est en effet là toute la bête, mais ce n’est pas là tout l’homme. Notre destinée terrestre n’est pas de vivre seulement de pain matériel, mais aussi, et surtout, de cette vie intellectuelle, raisonnable, libre, responsable qui nous fait une place à part dans l’échelle des êtres. Quelque chose de subalterne s’attache et s’attachera toujours au bien-être social tant qu’il ne produira que des jouissances corporelles, tant qu’il ne contribuera pas à agrandir les facultés humaines. Mais si on. habitue l’homme à avoir plus de souci de lui-même, si on rehausse sa dignité physique, on arrivera ainsi à influer peu à peu sur ses sentiments, à faire pénétrer dans sa conscience le degré de son importance, à élever son esprit au niveau de la position que lui assigne la nature. Le corps n’est que la condition, mais la condition nécessaire de cette vie supérieure. Aussi, quiconque s’efforcera de réhabiliter la chair dans des limites justes et rationnelles, n’arrivera à rendre à cette partie de notre être que l’honneur qui lui est dû, comme à l’agent indispensable de nos destinées, comme à la représentation visible de la beauté suprême.

Le but de l’homme ici-bas est de rechercher la vérité, de pratiquer le bien, de mériter, par conséquent, de travailler. Or, le travail est-il en définitive autre chose qu’un effet, un produit, tandis que la cause de toute richesse, le capital le plus fécond, la première condition de tout labeur, résident dans cet exercice libre et complet des fonctions de l’économie qu’on appelle la santé. C’est en donnant à notre organisme une vigueur suflisante que nous arriverons à surmonter les fatigues auxquelles nous sommes condamnés sur cette terre. Il est donc du devoir de l’État, tuteur des intérêts de tous, de donner au corps, serviteur de l’âme, la culture qu’il mérite, de veiller aux besoins matériels comme aux besoins spirituels, car la maladie physique et la maladie morale s’engendrent réciproquement. L’esprit se corrompt, s’épuise dans une enveloppe souffrante et détériorée. C’est avec raison qu’Hallé a dit: «L’homme physique est inséparable de l’homme moral.»

Pour accomplir cette œuvre de réhabilitation, il ne s’agit pas de copier l’antiquité, mais de prendre le vrai là où il se trouve. Je suis loin de désirer qu’on revienne à la République de Sparte: elle était basée sur l’ilotisme et tolérait le vol; ni à la République Romaine, car elle s’appuyait sur la servitude, le patriciat et la clientelle. Enlevons la rouille laissée par les siècles passés, effaçons les formules incomplètes des générations emportées par la mort; soyons de notre temps. Les connaissances des modernes sont en tout supérieures à celles des anciens. C’est la conséquence de la perfectibilité humaine; c’est la loi du progrès, si admirablement définie depuis quelques années.

Toute l’antiquité croyait que l’humanité allait se dégradant avec les âges, que l’époque où vivaient les aïeux était supérieure à celle où les descendants avaient pris naissance, et que les pères laissaient des fils de plus en plus dépravés. Horace n’a fait que traduire l’opinion de son époque dans les vers suivants:

OEtas parentum, pejor avis, tulit

Nos nequiores, mox daturos

Progeniem vitiosiorem.

Aussi les hommes de la période antique plaçaient-ils la Perfection, le suprême Bonheur, l’Age d’or, l’Éden, à l’origine des sociétés, aux époques primitives du monde. On sait maintenant que la vérité est dans une croyance contraire. L’étude comparative des différentes périodes de l’histoire montre que les générations en se transmettant le fruit de leurs travaux, le tribut de leurs réflexions, créent des moyens de plus en plus perfectionnés pour améliorer leur nature. Et dans cette grande élaboration de l’esprit humain, la science médicale est venue grossir, par ses apports nombreux, le grand courant de la civilisation. A elle, est dévolue la haute mission de veiller sur le maintien de la santé et sur le développement des instruments de la vie. Rétablir dans ses voies normales l’organisme troublé, faire disparaître les causes extérieures des maladies par une distribution convenable de l’air, des eaux, de la chaleur, de l’habitation, du régime, modifier dans un sens favorable la constitution des individus, détruire dans la société les vices morbides qui tendent à l’affaiblir, à la détériorer: tel est en effet le but sublime de la médecine. Les recherches de la physique et de la chimie, en se reflétant sur l’hygiène, ont agrandi son domaine et augmenté la somme de ses connaissances positives. Et maintenant, notre science est en possession de lois précises qui devront servir plus tard à produire au sein des sociétés des réformes sérieuses et équitables. Elle ne borne pas son horizon, comme le pensent quelques esprits étroits, au traitement des maladies individuelles. Elle éclaire encore de ses lumières les problèmes les plus élevés de l’économie sociale. Il est temps que ces conquêtes de l’intelligence humaine pénètrent au sein des masses populaires et servent à leur amélioration physique et morale.

Rendons hommage à la vérité : depuis quelques années, la santé publique a marché dans une voie rapide de progrès. Il suffît, pour s’en convaincre, de consulter les tables de mortalité. Avant la révolution de 1789, en France, le nombre des décès pris en général était à peu près de 1 sur 30. Il est maintenant de 1 sur 40. La vie moyenne est, suivant l’illustre Laplace, la mesure la plus exacte du bien-être ou de l’état de misère des populations. Or, la moyenne de l’existence, dans notre pays, évaluée par Duvillard à 28 ans trois quarts, à l’époque de notre première Révolution, s’élève actuellement à 34 ans. Assurément, beaucoup de causes ont contribué à prolonger le cours de la vie. Mais ces causes ne tiennent-elles pas, en grande partie, à ce que la science, en étendant ses limites, a fait passer ses formules dans la pratique des choses. L’histoire de la médecine nous montre, en effet, un grand nombre de maladies, tant épidémiques que sporadiques, qui, fréquentes autrefois, disparaissent peu à peu au souffle de la civilisation. Tels sont le scorbut, le typhus, la lèpre, le mal des ardents, les fièvres paludéennes. A peine trouve-t-on aujourd’hui de temps en temps la trace de ces grands fléaux épidémiques: peste, variole, dyssenteries, etc., qui, au Moyen-Age, moissonnaient des populations entières. Thomas Short a calculé qu’en Angleterre, avant 1750, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où l’hygiène commença à faire des progrès véritables, les années épidémiques furent aux autres comme deux est à onze. Et à mesure qu’on se rapproche de notre époque, non-seulement on s’aperçoit que le nombre des épidémies diminue et que la mortalité des années épidémiques décroît, mais encore on voit des maladies disparaître des cadres nosologiques. Lorsque de nos jours ces affections meurtrières se présentent, elles ne frappent que les pays dont la salubrité et les institutions sanitaires sont aussi arriérées qu’elles l’étaient dans le nôtre, il y a quelques siècles. En parcourant cet ouvrage, il sera facile de voir qu’un grand nombre de maladies, et des plus graves, peuvent facilement être extirpées du sein des sociétés actuelles, par des mesures hygiéniques appropriées.

Sans doute, la médecine n’a pas la prétention d’accomplir le prodige de l’Hercule antique abattant toutes les têtes de l’Hydre. Non; elle n’arrivera jamais à enlever tout le mal-être qui existe dans le monde; car de même que la mer a ses tempêtes, la terre ses frimats, de même l’organisme est exposé, par la nature de son mécanisme, à des perturbations d’autant plus fréquentes que les parties qui le constituent sont plus délicates, plus multipliées. Mais l’homme découvre chaque jour des moyens de plus en plus efficaces pour vaincre les mille causes de douleur et de mort qui viennent l’assiéger. Il est nécessaire que la société en général profite de ces longues investigations de l’esprit. Souvenons-nous que la santé publique est une condition essentielle de la prospérité des États.

DES os, de dimension, de disposition diverses, formant la charpente solide de l’organisme; des ligaments, à fibres résistantes, flexibles, servant à lier entre elles les différentes pièces osseuses; des organes digestifs, où s’élaborent les matières destinées à entretenir et à développer la substance vivante; des vaisseaux, dénombré infini, de grandeur variable, pratiqués dans toutes les parties du corps, et destinés, d’un côté, à porter aux organes leur nourriture déjà préparée, de l’autre, à reprendre les matériaux usés dans le mouvement de la vie; un appareil pulmonaire, par où pénètrent dans l’organisme les gaz indispensables à notre existence, et par où s’échappent les substances volatiles impropres à l’entretien de la santé ; des viscères divers, dont l’intégrité des fonctions importe à l’équilibre de l’économie; un système nerveux, principe animateur, présidant à tous les actes de la sensibilité et de la locomotivité, indispensable à toute perception; des sens, sentinelles vigilantes créées par la nature pour que l’organisme individuel et le monde extérieur maintiennent leurs relations nécessaires, indispensables; telle est cette admirable composition qu’on appelle l’homme physique, ensemble riche de détails, majestueux d’unité et d’harmonie, où chaque fonction nous paraîtrait une merveille si nous n’étions les témoins habituels de ses actes, la scène accoutumée de ses jeux.

Considérée d’une manière plus intime, la vie consiste dans une rotation non interrompue de la matière, dans une mutation continuelle d’éléments qui vont du monde extérieur à l’organisme, deviennent sang, tissus, puis s’usent, se décomposent et rentrent dans le grand courant sanguin, d’où ils s’échappent au dehors. Pour subvenir aux pertes incessantes qui se produisent dans l’acte de la vie, l’homme puise dans le milieu qui l’entoure trois sortes de matières: les unes, organiques, de nature végétale et animale; les autres, minérales, formées d’eau et de sels; enfin de l’air, dont une partie pénétre dans l’économie et suit le torrent circulatoire.

Voilà par quels agents se conserve et se développe l’organisme humain avec ses trois sensations: faim, soif, besoin de respirer. Lorsque les matériaux absorbés sont insuffisants, le corps se flétrit, dépérit et penche vers la tombe. Au contraire, lorsque l’air qui arrive aux poumons est exempt de tout mélange insalubre, lorsque l’alimentation est suffisante, l’énergie vitale augmente. Toutefois, les fonctions digestives ne pourront s’exercer normalement, les organes prendre un accroissement convenable, si le corps reste dans l’inaction, si les divers appareils de l’économie ne sont pas stimulés par le mouvement.

Ainsi les conditions générales de la santé se réduisent à trois:

1° Respiration d’un air pur, soit dans l’intérieur des habitations, soit au dehors;

2° Usage d’une nourriture suffisante;

3° Exercice approprié aux forces du sujet.

Tel est aussi le cadre général de cet ouvrage.

CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

DE L’AIR ET DES HABITATIONS.

SOMMAIRE: Importance de l’air dans les phénomènes de la vie. Ses altérations. Maladies qu’il détermine. — Ignorance des architectes en matière d’hygiène. Données fournies par la physiologie médicale pour la construction des habitations en général. — Du chauffage et de la ventilation des appartements. — Dispositions à donner aux fenêtres. — Conditions que doivent remplir les latrines pour rester salubres. — Des émanations délétères venues de l’extérieur. Moyens de préserver les maisons de l’action nuisible des miasmes fébriferes. — Des hôpitaux et des prisons: modifications réclamées par la science à leur égard. — De la construction des villes. — De l’insalubrité des logements des ouvriers villageois et citadins. Règles sanitaires à suivre pour l’édification de ces demeures. — Nécessité de la part de la société de surveiller les établissements destinés à contenir un grand nombre de personnes.

LA pénétration de l’air dans les poumons et de là dans le sang, est une condition indispensable à la vie. Le premier souffle de l’homme en venant au monde, son premier cri se produit sous l’influence du fluide atmosphérique; et notre existence s’éteint lorsque l’action de ce gaz vient à cesser. Tandis que nous pouvons supporter l’abstinence d’aliments pendant plusieurs jours, il nous est impossible de résister à la privation d’air au-delà de quelques instants. Trois minutes de suspension complète de la respiration suffisent ordinairement pour déterminer la mort.

Ce fluide si essentiel à l’organisme, ce pabulum vitœ, la nature prévoyante l’a distribué avec profusion à ses créatures. Il forme autour de la terre une couche de seize lieues d’épaisseur. Doué d’une ténuité extrême, il pénètre par tous les orifices, par toutes les issues, arrive et séjourne dans nos demeures, se précipite partout où existe un vide communiquant avec l’atmosphère du dehors. Et cependant, au lieu de puiser largement dans cet immense réservoir gazeux qui s’offre toujours à nous, et que la respiration des deux règnes organisés maintient constamment dans les mêmes proportions, nous en usons, au contraire, d’habitude avec une dangereuse parcimonie. Notre incurie est si grande, que l’atmosphère qui arrive à nos poitrines est souvent viciée par des mélanges insalubres qui altèrent la santé, épuisent la constitution.

L’air pris en rase campagne contient pour cent parties, en volume, 79 d’azote et 21 d’oxygène, ou plus exactement, d’après MM. Boussingault et Dumas, 79,19 d’azote et 20,81 d’oxygène. Il faut ajouter à ces corps des quantités variables de vapeur d’eau, de l’acide carbonique, représentant en moyenne 4 dix-millièmes du poids de la masse atmosphérique, de l’hydrogène carboné dans un rapport à peu près égal, et accidentellement des traces d’hydrogène sulfuré, d’oxyde de carbone, quelques composés ammoniacaux. Enfin, il s’y rencontre des miasmes qui, à dose suffisante, parviennent à eux seuls à engendrer des maladies redoutables.

Malgré l’impuissance de l’analyse à dévoiler la composition et les propriétés chimiques des miasmes, leur existence n’en est pas moins certaine. Elle se révèle et par des caractères physiques et par des perturbations morbides dont notre organisme devient le théâtre.

MM. Thénard et Dupuytren ont fait voir qu’en agitant de l’eau distillée dans un amphithéâtre de dissection, ce liquide s’imprégnait de particules animales, car il répandait au bout de peu temps des exhalaisons putrides. D’un autre côté, Mascati a montré qu’en suspendant des globes de verre remplis de glace, soit sur les rizières de la Toscane, soit dans des salles d’hôpital, l’eau, après être passée à l’état de fusion, entrait promptement en putréfaction. M. Rigaud a constaté l’exactitude de ces expériences et a démontré, en outre, que ce liquide pris à l’intérieur exerce sur les animaux une action délétère. Dès 1829, M. Boussingault remarqua que l’air recueilli près d’une mare où rouissait du chanvre, noircissait l’acide sulfurique concentré au bout de quelques heures, tandis que, à une distance de quelques hectomètres, cet acide conservait sa coloration. Le même savant a observé des résultats semblables dans diverses contrées de l’Amérique où régnaient des fièvres intenses. Ces émanations insalubres manifestent souvent leur présence par l’odeur qu’elles dégagent. Ainsi, les matières volatiles qui sortaient des cheminées d’appel de l’ancienne Chambre des Députés. répandaient, comme l’a constaté M. Péclet, une odeur infecte. Qui n’a éprouvé le matin, avant le renouvellement de l’air des appartements, une impression olfactive désagréable en pénétrant, soit dans une salle d’hôpital remplie de malades, soit dans une chambre à coucher qui a servi à abriter quelques personnes pendant la nuit?

Mais ces divers miasmes sont loin d’exercer sur l’économie une action égale, identique. Ceux qui s’exhalent directement de notre corps ont des propriétés différentes de celles que possèdent les effluves créés par les substances organiques, végétales surtout, en fermentation dans les eaux croupissantes. Les premiers déterminent le développement d’affections typhiques; les seconds donnent naissance à des pyrexies intermittentes, rémittentes ou continues, d’une tout autre nature. L’opinion de Parent-Duchâtelet sur l’innocuité des émanations produites par les matières qui se putréfient, ne saurait trouver aujourd’hui de partisans sérieux. Les raisons alléguées par cet auteur ont été complètement réfutées par les observateurs de l’époque actuelle.

Parmi les éléments définis de l’air, l’acide carbonique est celui dont la proportion va le plus en augmentant par suite du séjour de l’homme dans une atmosphère limitée. C’est à ce gaz et aux particules organiques qui naissent de l’exercice des organes, qu’il faut rapporter surtout l’insalubrité des lieux où des individus sont restés long-temps en permanence.

Le corps de l’homme est une sorte de calorifère vivant où, à chaque instant, brûle une quantité notable de charbon, versé ensuite au dehors sous la forme d’acide carbonique. Comme chacun de nous introduit dans ses poumons environ un tiers de litre d’air par inspiration, et que, dans l’état de santé et de repos, nous faisons 16 inspirations par minute, il en résulte que dans les circonstances ordinaires de la vie, il passe par heure dans la poitrine 320 litres d’air. Dautre part, l’expérience apprend que l’air expiré des poumons contient en moyenne 4 pour cent d’acide carbonique. D’après cela, il est facile de calculer la quantité de ce gaz rejeté par la respiration dans un temps déterminé ; l’expression numérique suivante:


représente cette valeur en une heure. Ainsi l’acide carbonique rendu en un jour s’élève à 307 litres 20 centilitres.

Ces nombres nous montrent combien une atmosphère confinée où l’homme séjourne s’imprègne fortement et avec rapidité de ce composé délétère.

A la dose de quatre pour cent, l’acide carbonique paraît exercer sur les organes des propriétés nuisibles, puisque nous éprouvons le besoin de l’expulser au dehors. Dans un air qui en contient six pour cent, une bougie allumée y brûle incomplètement: au bout de peu de temps sa flamme devient pâle, vacillante, et finit par s’éteindre. Néanmoins, notre vie se maintient dans un semblable mélange. Mais, à la longue, la respiration s’embarrasse; on éprouve un malaise général, de la pesanteur de tête. Des recherches expérimentales ont montré qu’un chien de taille ordinaire meurt au bout de quelques minutes dans une enceinte où l’air renferme trente pour cent de ce gaz.

Toutefois, l’insalubrité des pièces habitées est due bien plus encore à la transpiration pulmonaire et cutanée qu’à l’acide carbonique exhalé de la poitrine. On sait que les matières volatiles qui se dégagent de la surface des muqueuses et de la peau se trouvent mêlées de vapeur d’eau et de particules animales en suspension. Ces matières organiques, source de l’odeur désagréable répandue dans les appartements où l’homme reste quelque temps, sont l’agent le plus actif de cette insalubrité. En effet, dans plusieurs cas où l’on a fait l’analyse de l’air des pièces renfermant un grand nombre de personnes dont la respiration commençait à devenir pénible, on n’a pas trouvé des quantités d’acide carbonique suffisantes pour expliquer cette gêne. Ainsi, dans une expérience dirigée par M. Leblanc, rue Neuve-Coquenard, cet observateur a trouvé que dans une salle d’école primaire bien fermée, sans ventilation, et où séjournaient depuis cinq heures cent quatre-vingts enfants, l’air contenait 87 dix-millièmes d’acide carbonique, c’est-à-dire moins de 1 pour cent; et cependant «l’atmosphère, dit-il, était lourde, l’inspecteur se plaignait de la chaleur et attendait avec impatience le moment d’ouvrir les fenêtres.» La température intérieure était étrangère à ce malaise; car elle ne s’élevait qu’à + 18°.

Lorsqu’on pense à l’importance du rôle de l’air dans l’hématose et à l’influence du sang sur tout l’organisme, on comprend facilement combien l’altération du gaz atmosphérique doit jeter de perturbations dans l’énergie vitale. Une fois privé d’une partie de son oxygène, que remplace l’acide carbonique, de l’oxyde de carbone provenant d’un foyer où la combustion est incomplète; une fois chargé de particules animales volatiles dues aux sécrétions diverses de l’organisme et à l’exhalaison des surfaces cutanée et pulmonaire, ce mélange impur se comporte comme un agent toxique spécial. Suivant la nature et le degré d’insalubrité auquel l’atmosphère qu’on respire se trouve parvenue, des maladies diverses et d’une gravité variable naissent directement de cette source. Si la variation est très-marquée, la mort par asphyxie arrive promptement. Si, au contraire, la proportion des substances délétères est peu notable, mais leur présence continue, peu à peu surviennent l’anémie, la chlorose, un dépérissement graduel de toute l’économie. Le développement des affections scrofuleuses est favorisé par cette même influence. Le méphitisme dépend-il surtout de matières organiques produites dans le mouvement de la vie? c’est alors la fièvre typhoïde, le typhus qui éclatent.

La fièvre typhoïde apparaît, en effet, soit chez les individus isolés, mais respirant un air mal renouvelé, soit chez les personnes réunies en masse plus ou moins considérable et vivant dans une atmosphère viciée, comme parmi les ouvriers logeant la nuit dans des chambrées mal ventilées, d’une capacité insuffisante; les militaires couchés dans des casernes trop étroites; les élèves des lycées, des pensions, agglomérés en trop grand nombre dans un espace restreint. Toute cause d’affaiblissement de l’organisme: nourriture insuffisante, fatigue ou exercices incomplets, etc., prédispose l’économie à recevoir plus sûrement l’influence des exhalaisons miasmatiques qui se développent dans ces différents milieux.

Lorsque les circonstances d’insalubrité augmentent encore, l’affection typhique revêt des caractères plus graves, éclate sous la forme de typhus, franchit les limites de son berceau et étend au loin ses ravages. On voit la maladie naître et se développer dans les hôpitaux, les prisons, les bagnes, les lazarets, les vaisseaux, les villes assiégées lorsque les soldats restent long-temps confinés dans des casemates, en un mot, dans les lieux d’une capacité trop faible pour le nombre des hommes qui s’y trouvent accumulés. Elle frappe de préférence les personnes débilitées par des maladies antérieures, des privations, des excès, des affections morales. On a donné au typhus le nom de fièvre d’hôpital, à cause de sa fréquence dans les salles encombrées de malades; il a été appelé fièvre des prisons, parce qu’il se montre d’ordinaire dans les cachots, les salles où sont entassés les détenus. L’agglommération des soldats dans des enceintes trop étroites pour la multitude qu’elles recèlent, a valu à la maladie la qualification de fièvre des camps. Dans tous ces cas, la cause morbide est la même: la viciation de l’air par suite de la présence prolongée de l’homme dans un espace limité.

En songeant au triste état où se trouvaient les habitations dans les siècles précédents, à l’absence de toute mesure hygiénique, on peut affirmer que les affections typhiques étaient fréquentes et intenses dans ces époques reculées. Mais le cadre alors très-borné de la nosologie, le peu de précision des descriptions pathologiques, nous ont privé de leur relation exacte. On confondait sous le nom générique de peste toute épidémie de gravité même médiocre. C’est ainsi que dans son histoire des maladies épidémiques, Ozanam compte plus de deux cents affections dites pestilentielles, qu’il considère comme étant des typhus véritables.

Quelques exemples bien authentiques de ce fléau vont nous expliquer son mode réel de génération.

En 1577, le libraire Jankins, accusé pour injures adressées au roi, fut traduit avec ses complices devant les assises d’Oxford. Pendant tout le temps que dura ce procès célèbre, l’affluence fut immense. Les assistants se trouvaient entassés dans une enceinte étendue mais mal aérée, mal ventilée. Aussi, à la suite de ces assises devenues fameuses, le typhus apparut, frappa surtout les personnes assidues aux débats et en fit mourir près de trois cents. Plus tard, en 1750, une épidémie semblable et presque aussi meurtrière se développa à celles d’Old-Bailey. Les mêmes circonstances amenèrent les mêmes phénomènes pathologiques.

Si, à l’encombrement, viennent s’ajouter d’autres causes d’insalubrité, telles que l’accumulation d’immondices, la présence d’un grand nombre de blessés, d’amputés, dont les vastes plaies en suppuration répandent une odeur forte et fétide, la maladie devient encore plus certaine dans son explosion, plus redoutable dans ses symptômes. Ainsi dans la désastreuse retraite de Moscou, les débris de notre armée épuisée s’étant concentrés dans Wilna, les hôpitaux se remplirent aussitôt de malheureux couverts de blessures; les cadavres amoncelés le long des murailles se trouvaient au milieu des déjections alvines. De ces tristes asiles, qu’on ne contemplait qu’avec angoisse, se dégageaient les exhalaisons les plus méphitiques. Le typhus rencontrant là son propre aliment, y fit bientôt explosion. Sur 30,000 hommes retenus prisonniers, 25,000 succombèrent. De ces centres d’infection, le fléau s’étendit sur le reste de la ville, et fit périr plus de 6,000 habitants. A Dantzick, Torgaw, Mayence, la maladie prit naissance au sein des mêmes désordres et y exerça des ravages presque aussi considérables.

Depuis trente-cinq ans, la paix et les progrès de la civilisation ont produit de notables améliorations, ont fait cesser ces grandes agglomérations d’hommes si nuisibles à la santé. Dès-lors le typhus a fait des apparitions plus rares. En même temps la gravité de ses attaques a diminué. Mais toutes les fois que ses causes viennent à se reproduire, il se montre de nouveau. Ainsi, en 1829, il se déclara dans le port de Toulon, à la suite de l’entassementde six cents forçats sur un bagne flottant. Lorsqu’il sévit à Reims, en 1839 et 1840, il éclata d’abord dans la prison où l’on avait réuni un trop grand nombre de détenus. M. Landouzy, qui a publié la relation de cette épidémie de typhus, rapporte que la prison de cette ville, construite pour quatre-vingts personnes, en contenait depuis plusieurs mois cent quatre-vingts à cent quatre- vingt-dix lors des premières manifestations de la maladie. Il y a quelques mois seulement, on a vu naître les mêmes accidents morbides à l’hôpital de Novarre (Piémont). L’encombrement des salles où se trouvaient réunies les malheureuses victimes de la désastreuse bataille livrée au mois de mars dernier en avait été la cause génératrice.

Partout il est facile d’éteindre ces foyers d’infection miasmatique d’où sortent les affections typhiques. Il suffit pour cela de désemplir les pièces encombrées, de faire parvenir aux poumons un air plus pur, plus salubre. Ainsi en 1805, le typhus s’étant montré dans un dépôt de mendicité placé à Vilvorde, on fit promptement cesser la maladie par l’emploi de moyens convenables de désinfection, de propreté , de ventilation. Dupuytren rapporte qu’en 1814 et 1815, lors de l’invasion de Paris par les armées ennemies, les blessés confiés à ses soins arrivaient à une guérison prompte et facile, tant qu’ils se trouvaient suffisamment espacés, tant que leur chiffre ne s’élevait pas au-delà de deux cents dans une même salle. Mais passé ce nombre, le typhus s’y déclarait. Son invasion coïncidait d’ordinaire avec celle de la pourriture d’hôpital, dont le développement paraît dépendre de circonstances analogues.

Les émanations du corps humain ne sont pas les seules qui déterminent l’altération de l’air confiné. Les lumières artificielles, les cheminées mal établies contribuent également à vicier l’air des appartements. On sait par des expériences directes qu’un kilogramme de charbon en brûlant transforme en acide carbonique tout l’oxygène contenu dans 9 mètres cubes d’air. D’autre part, l’air devient impropre à la respiration quand il ne renferme plus que sept pour cent d’oxygène; d’où il résulte qu’un kilogramme de charbon, en passant tout entier à l’état d’acide carbonique, rend irrespirable l’atmosphère d’un appartement bien clos de 27 mètres cubes de capacité. D’un autre côté, la combustion du charbon ou du bois donne toujours lieu à la formation d’une quantité plus ou moins notable d’oxyde de carbone, dont l’action délétère est des plus prononcées. Aussi dans un air où il entre un deux-centièmes de ce gaz, un oiseau de grandeur médiocre y périt au bout de deux minutes. M. Félix Leblanc a vu mourir, frappé d’asphyxie, un chien de haute taille qu’on avait placé dans une enceinte où le gaz atmosphérique contenait 0,54 d’acide carbonique et seulement 0,005 d’oxyde de carbone.

Les matières qui servent à l’éclairage domestique créent aussi en brûlant d’énormes quantités de substances volatiles nuisibles à la santé. D’après les calculs de M. Dumas, un bec de gaz d’éclairage obtenu par la distillation de la houille, dépensant 158 litres de gaz par heure, donne naissance, par sa combustion pendant une heure, à 128 litres un tiers d’acide carbonique. Un bec de gaz retiré de la distillation des huiles, consommant 38 litres de gaz par heure, produit 42 litres et demi d’acide carbonique. Outre l’acide carbonique, l’oxyde de carbone, l’hydrogène carboné dégagés par la flamme des chandelles ou des lampes à huile, il se forme en même temps des particules odorantes douées également de propriétés insalubres.

Un arrangement vicieux dans les appareils de chauffage suffit à lui seul à rendre irrespirable l’air des appartements. Outre la fumée qui détermine de la toux, des bronchites, des maux de gorge, des ophthalmies, les gaz résultant de la combustion peuvent encore devenir la source d’accidents des plus graves.

Que les matières à brûler soient du charbon, du bois, de la tourbe, de la houille, la combustion dépend toujours de la combinaison de l’oxygène de l’air avec ces matières. De là, la production des substances gazeuses: acide carbonique, oxyde de carbone, hydrogène, hydrogène carboné vapeurs d’eau qui, dans les circonstances ordinaires, se dégagent au dehors par les tuyaux des poêles et des cheminées. Si la combustion était complète, absolue, il ne se formerait que des vapeurs aqueuses et de l’acide carbonique. Mais les choses se passent autrement dans nos foyers, parce que les matériaux de chauffage sont mal préparés, mal distribués; que l’air qui leur arrive se trouve en quantité insuffisante et contient trop peu d’oxygène. Or, plus les matières brûlent mal, plus le développement de l’oxyde de carbone devient considérable. Voilà pourquoi ce composé abonde dans les produits gazeux que les cheminées rejettent au dehors; et on l’y rencontre en proportion d’autant plus grande que le tirage est plus lent, plus imparfait, que l’air affluant est moins pur. Les expériences précédemment citées nous montrent tout le danger attaché à la respiration d’un mélange où sa présence se fait sentir. C’est à lui, en effet, qu’on doit rapporter la plupart des accidents que déterminent les vapeurs de charbon et de bois. Aussi doit-on bannir l’usage des foyers isolés qui versent dans les appartements les gaz nés de l’ignition, comme cela existait chez les anciens, et comme on l’observe encore de nos jours dans certains ateliers et dans quelques localités du continent européen.

Des états morbides redoutables, la mort même, peuvent dépendre d’une combustion qui s’opère dans des milieux dont la disposition est condamnée par la science. Qu’on suppose un appartement exigu, hermétiquement fermé et muni d’une cheminée étroite et en activité, l’air de l’enceinte sera rapidement épuisé par les matériaux carbonés que le feu consume. Cet air ne pouvant être remplacé par celui du dehors, le foyer perd de son ardeur, la flamme diminue d’éclat, prend l’aspect bleuâtre. Peu à peu un vide se forme dans l’enceinte; et il arrive un moment où les gaz brûlés, au lieu de s’élever dans la cheminée, refluent dans l’appartement et peuvent alors amener la mort par asphyxie.

Cet accident survient encore quelquefois dans une habitation mal close, communiquant avec l’extérieur, si l’appareil où la combustion a lieu se présente dans des conditions vicieuses. Ainsi, le docteur Marye rapporte qu’au mois de janvier 1835, un marchand de nouveautés de Paris fut rencontré étendu mort dans une chambre placée à l’entresol, séparée de son magasin situé au rez-de-chaussée, par un escalier ouvert, et présentant un des carreaux de sa fenêtre brisé. Voici quelle fut la cause du décès: Le soir, avant de se coucher, il avait imprudemment fermé la clef du poêle placé à quelques mètres de son lit. Cette fermeture ayant ralenti la combustion des fragments de coke et de charbon contenus dans le foyer, détermina le reflux des gaz délétères dans l’appartement. Delà l’asphyxie. Un examen attentif du cadavre montra, en effet, que les vapeurs du combustible avaient seules occasioné la mort.

J’ai été témoin en 1847 d’une asphyxie commençante produite par le mauvais entretien d’un appareil de chauffage: un poêle dont les cylindres du tuyau étaient engorgés de suie et laissaient apercevoir des vides nombreux à leurs points de jonction, se trouvait placé au centre d’un appartement de capacité médiocre. Un des habitants du logis, après avoir rempli entièrement le foyer de coke et de bois et enflammé ce mélange, ferma le plus complètement possible la porte et la fenêtre de l’appartement, et sortit ensuite de la maison. Trois quarts d’heure après, cette même personne rentra chez elle, croyant y trouver un feu ardent. Mais à peine a-t-elle séjourné quelques minutes dans ce milieu délétère, qu’elle se trouve prise de dyspnée, de vertiges. Bientôt elle tombe à la renverse. Suivie heureusement à peu de distance d’un ami qui appela au secours, elle ne fut exposée qu’aux premières atteintes de l’asphyxie. La respiration d’une atmosphère plus pure suffit pour la ramener promptement à son état normal. Évidemment ici le trouble des phénomènes vitaux était dû à ce que l’air afférant se trouvant en quantité insuffisante pour opérer une combustion complète, l’oxyde de carbone se formait en abondance. D’autre part, les gaz sortis du foyer en activité, au lieu d’être transportés au dehors en totalité, refluaient en grande partie dans l’appartement par les nombreuses ouvertures placées le long du tuyau de poêle.

Dans certains cas, les gaz produits par l’ignition exercent leur action délétère loin du foyer d’où ils émanent.

Lorsque le tuyau d’une cheminée communique avec celui d’une cheminée adjacente, les matières volatiles qui se dégagent de l’une peuvent pénétrer dans l’appartement correspondant à l’autre et y déterminer des accidents mortels. Rappelons-nous que l’air se refroidit à mesure qu’il monte dans un conduit vertical chauffé seulement dans la partie inférieure. Si, dans son ascension, ce gaz rencontre une issue donnant accès à une atmosphère plus raréfiée, il s’y précipite, pénètre dans l’enceinte voisine et y exerce sa funeste influence. C’est ainsi que Vauquelin, Darcet ont observé des cas d’asphyxie déterminés par la communication de deux tuyaux de cheminée l’un avec l’autre.

D’autres fois, il arrive que les gaz délétères produits par une combustion sourde cheminent dans des conduite étroits, cachés, et vont répandre au loin leur action méphitique. Hencke, M. Alph. Devergie ont rapporté des exemples de mort causée par la carbonisation de poutres ou de solives placées sous des foyers fortement chauffés. Tel est le cas arrivé à Belleville en 1845, chez les époux Drioton, qu’on trouva asphyxiés dans leur lit. Des recherches minutieuses et prolongées parvinrent à faire découvrir la source de l’accident: dans une chambre située au même étage et distante de huit mètres de celle où la mort était venue frapper, on rencontra sous la plaque en fonte qui formait l’âtre de la cheminée des lambourdes attaquées par le feu; ignition qu’avait déterminée le contact médiat du foyer exposé à une haute température. Les gaz carbonés ne trouvant pas d’issue dans cette même pièce, s’étaient glissés le long des lambourdes du parquet, puis, avaient pénétré à travers une large fissure dans la chambre où reposaient les deux victimes.

J’ai montré précédemment combien le gaz de l’éclairage contribuait par sa combustion à vicier l’air des appartements. Et cependant, ce n’est pas le seul effet de ses propriétés délétères. Non-seulement, ce gaz peut altérer l’air en brûlant, mais encore par lui-même, par son simple mélange avec le fluide atmosphérique. Si le tube où il circule est mal fermé, s’il existe quelque crevasse dans la longueur du tuyau de conduite, il peut déterminer rapidement la mort, pourvu que sa proportion se trouve suffisamment considérable. On rencontre dans les annales de la science des exemples nombreux de ce genre de décès. C’est ainsi qu’à Strasbourg, en 1841, cinq personnes de la même famille succombèrent de la sorte, ainsi que M. Tourdes nous l’apprend. M. Alph. Devergie a recueilli l’observation d’un accident de même nature arrivé au mois d’avril 1830, dans une maison de commerce de Paris. Un commis périt asphyxié et quatre autres furent en danger de mort.

Quelle doit être la proportion du mélange nécessaire pour rendre irrespirable l’air d’une pièce habitée? L’expérience directe apprend que lorsque le gaz de l’éclairage forme la onzième partie d’une atmosphère, il détonne à l’approche d’un corps en ignition. Dans l’observation de M. Devergie, une lampe allumée portée dans le magasin où l’accident avait eu lieu, ne produisit aucune explosion. La proportion de un onzième est donc plus que suffisante pour déterminer l’asphyxie.

L’air des appartements chargé de vapeurs aqueuses est également nuisible à la santé de l’homme. On sait, en effet, que plus l’atmosphère se trouve saturée d’humidité, plus l’évaporation se ralentit, et plus par conséquent la transpiration pulmonaire et cutanée diminue d’activité. Lorsque le fluide sudoral trouve un obstacle à sa volatilisation, il se condense, se réunit en gouttelettes sur toute la surface du corps. Dès-lors les canaux sudorifères s’engorgent de liquide, les glandes de l’appareil diapnogène sécrétent en moins grande abondance; et, comme le pouvoir absorbant des poumons est très-considérable, ces organes reprennent le fluide qui, dans l’état normal, est exhalé au dehors. D’où résulte une augmentation du poids du corps, comme l’a montré Fontana.

Cette altération de la fonction sudorale, unie à la résorption du liquide aqueux, exerce sur l’économie une action déprimante; l’hématose devient de moins en moins complète, l’activité nutritive s’affaiblit, l’appétit se ralentit progressivement, les tissus et les glandes se gonflent de fluides blancs, l’atonie générale se prononce de plus en plus. Alors éclatent, pour peu que les sujets y soient prédisposés, la cachexie scrofuleuse, tuberculeuse, etc.

D’un autre côté, l’eau qui recouvre la peau, contribue au refroidissement du corps. Or, le froid humide est la source principale des rhumatismes, lesquels engendrent, comme l’a montré M. Bouillaud, la plus grande partie des affections organiques du cœur. A leur tour, ces affections cardiaques produisent l’hydropisie, la dyspnée, qui paralysent les forces, rendent le travail impossible.

Voilà à quelles conséquences morbides conduit l’humidité permanente des appartements. Qu’on ajoute à cela la rare et courte apparition des rayons solaires interceptés par de hautes murailles, par des constructions vicieusement établies, une atmosphère stagnante, ou bien des courants d’air froid circulant à travers les larges interstices des portes et des fenêtres, et l’on a des habitations d’une insalubrité complète. Et cependant, c’est dans un milieu semblable que vit la grande majorité de nos populations laborieuses dont la santé est toute la richesse!

Jusqu’ici le public, les architectes, étrangers aux premières notions de l’hygiène, n’ont été guidés dans leurs constructions par aucune règle sanitaire. On n’a cherché ni à proportionner les dimensions des appartements au nombre d’individus qui doivent y séjourner, ni à établir dans l’intérieur des pièces un renouvellement d’air suffisant, ni à donner aux habitations une orientation convenable, ni à élever des appareils de chauffage salubres et économiques. Il suffit de visiter les demeures privées, même les plus élégantes, les lycées, les hôpitaux, les prisons, etc., pour être frappé de l’ignorance des constructeurs en matière d’hygiène. Quant au chauffage, il faut bien savoir qu’avec des appareils mieux construits, avec l’usage de calorifères bien ordonnés, on arriverait, avec la même quantité de combustible qui se consomme de nos jours dans une seule de nos cheminées, à porter à une température plus élevée et plus constante plusieurs appartements, et même plusieurs étages.

On se figure généralement que lorsqu’un architecte a levé le plan d’un édifice, indiqué la hauteur et l’épaisseur des murailles, présidé au percement de quelques fenêtres plus ou moins symétriques, couronné l’habitation d’une toiture, veillé au cloisonnement intérieur du local, il a satisfait à toutes les obligations d’une bonne construction. Non; il n’a encore rempli que la plus faible partie de sa tâche; car la demeure où l’homme est appelé à vivre, doit être établie bien moins pour flatter le regard que pour conserver sa propre santé. Au reste, les prescriptions de l’hygiène sont toujours en parfaite harmonie avec les exigences de l’architecture. La science et l’art ont la même origine et se prêtent toujours un mutuel appui.

L’équerre et le compas, si utiles à l’art du constructeur, sont insuffisants pour résoudre tout le problème des habitations. Ce n’est point avec leur secours qu’on arrivera à déterminer la dose d’air pur nécessaire aux poitrines, à apprécier si telle exposition convient à une maison, à un édifice public, à une rue, si l’atmosphère est plus salubre sur un point que sur un autre, si telle industrie réclame pour la santé des dispositions particulières dans la construction. Les connaissances médicales seules peuvent conduire à la solution de ces questions.

Recherchons donc les données que fournit notre science pour l’édification de nos demeures.

Et d’abord, quelles conditions doit réunir l’air des appartements habités pour rester salubre?

On sait que l’homme fait passer par heure dans ses poumons 320 litres d’air. En supposant une personne placée pendant neuf heures dans une chambre hermétiquement close, sans aucune ventilation, il lui faudrait donc un appartement représentant une capacité de 2 m. c. 880, et dans les 24 heures, 7m. c. 680, pour que le même air ne passât qu’une seule fois dans les poumons, pour que l’atmosphère respirée puisse toujours rester salubre. Mais le mélange des gaz étant une de leurs propriétés les plus essentielles, ces conditions deviennent impossibles à réaliser. L’air qui a servi à la respiration se répand dans la pièce et communique ses propriétés nuisibles à la masse gazeuse qu’elle contient.

Pour que l’atmosphère des appartements habités conserve sa salubrité, il est donc nécessaire qu’elle soit incessamment renouvelée si l’espace est étroit, ou qu’elle trouve à se répandre dans une masse considérable d’air pur, de telle sorte que sa dissémination extrême lui fasse perdre ses propriétés nuisibles.

Comment apprécier la quantité d’air qu’exige un homme adulte confiné dans sa demeure, pour que sa respiration reste normale et que sa santé se soutienne?

L’insalubrité des appartements n’est pas due seulement, comme je l’ai montré plus haut, à l’acide carbonique exhalé des poumons, mais encore, et surtout, aux matières animales qui se dégagent avec les fluides aqueux des surfaces cutanée et pulmonaire. Par conséquent, il est plus exact de prendre, pour la dose d’air à fournir par heure à chaque individu, le volume d’air nécessaire à la dissolution des produits de la transpiration. Or, les expériences de M. Seguin et celles, plus récentes de M. Dumas, ont fait voir que la quantité de vapeur qui se forme en une heure s’élève en moyenne à 38 grammes. Le poids de la vapeur qui sature 1 mètre cube d’air à + 15° est de 13,028. En supposant l’air à moitié saturé, circonstance ordinaire de l’atmosphère, on a 13,028

38: 2 , ou 38.2: 13,028 = 5 m. c. 84.

Ainsi, le volume d’air à fournir par individu et par heure s’élève à peu près à 6 mètres cubes à la température de + 15°. L’exactitude de ce nombre a été vérifiée par plusieurs expériences. A une semblable dose, l’air de l’enceinte ne prend aucune odeur, la respiration reste libre et facile, et la quantité d’acide carbonique de la salle ne dépasse pas 2 millièmes.

En appliquant ces données à la détermination de la capacité que doit avoir un appartement habité pour que l’air reste pur, on voit que cette dimension est subordonnée au degré de renouvellement du gaz qu’il contient, à la durée moyenne du séjour de l’homme dans cette enceinte.

Pour une pièce bien close, dépourvue de moyens de ventilation, le nombre des individus et le temps qu’ils ont à y séjourner doivent être tels que, par heure, chaque personne trouve un cube d’air de 6 mètres. Supposons un dortoir où l’atmosphère ne peut être renouvelée. S’il est destiné à contenir 40 personnes, et qu’elles y restent pendant 8 heures, sa dimension devra être de 6 m.c. X 8 h. X 40. hab., c’est-à-dire 1,920 mètres cubes, ou 48 mètres cubes par personne pour la nuit. Passé ce temps, la ventilation deviendrait nécessaire. Dans les circonstances ordinaires, ce cubage de 48 mètres par individu ne semble pas indispensable, à cause des fissures des portes et des fenêtres et. de la présence des cheminées. Toutefois, l’expérience a montré que le renouvellement de l’air qui peut s’effectuer à travers ces ouvertures plus ou moins étroites, est généralement peu considérable, et que la capacité des appartements demande à être mesurée comme s’ils ne recevaient qu’une très-faible quantité d’air extérieur. Or, il existe un grand nombre de salles d’étude, de dortoirs, de geôles où la ration d’air par individu et par heure s’élève à peine à un ou deux mètres cubes!

Le séjour des enfants dans les dortoirs est en moyenne de huit heures par nuit. Conséquemment, là où il n’y a pas de ventilation, ce qui est le cas à peu près universel, il devrait y avoir un lit pour une capacité de 48 mètres cubes. En admettant que la salle ait une élévation de 3 mètres, chaque lit devrait occuper sur le plancher une surface de 16 mètres carrés. Qu’on visite les divers établissements d’instruction publique, et l’on verra que sur cette étendue on trouve ordinairement quatre ou cinq lits.

Que dirai-je de l’habitation des ouvriers? Si la plupart d’entre eux ne sont pas asphyxiés dans leur demeure, ils le doivent à leur large cheminée où circulent des. courants d’air qui les glacent en hiver, à leur porte mal jointe, à leur croisée mal fermée.

Le degré d’élévation des appartements importe-t-il à leur salubrité ?

La chaleur qui se développe dans l’économie humaine est très-considérable. En prenant pour unité de chaleur du carbone et de l’hydrogène les chiffres qui résultent des expériences précises de MM. Favre et Silbermann, on trouve, en nombres ronds, qu’un homme adulte soumis à la ration d’entretien, produit dans les 24 heures 2,500 colories, ou une quantité de chaleur suffisante pour porter à 100°, 25 kilogrammes d’eau à 0°. Cette chaleur sert à maintenir la température du corps à son équilibre normal, à déterminer la volatilisation des gaz que la respiration fait naître, à former la vapeur exhalée par la transpiration pulmonaire et cutanée. Mais, plus les gaz s’échauffent, plus ils diminuent de densité, et plus ils ont de tendance à s’élever à la partie supérieure du milieu où ils se trouvent. Aussi, à mesure que se dégagent de la poitrine les fluides nés du mouvement respiratoire, ils gagnent la voûte de l’enceinte où l’homme séjourne. Et tandis que l’atmosphère qui s’étend à ses pieds reste pure, celle qui avoisine sa tête devient de plus en plus viciée par sa respiration. En supposant une personne debout dans une chambre étroite et dont le niveau supérieur dépasse à peine sa hauteur, au bout de quelques heures, elle arrivera à n’inspirer que l’air qui a déjà passé par ses poumons. D’où, la nécessité de donner aux appartements ordinaires une élévation d’au moins 2 mètres 50 centimètres. Cette hauteur devra augmenter avec le nombre des hommes destinés à y habiter. Ainsi l’hygiène exige qu’elle soit portée à 4 ou 5 mètres pour les casernes, les grands dortoirs, les salles d’hôpital, les ateliers destinés à contenir un nombre considérable d’ouvriers.

Toutes les fois que les circonstances s’opposeront à la construction d’établisssments publics ou d’habitations privées pouvant offrir la capacité indiquée précédemment, il deviendra indispensable de recourir à des appareils de ventilation pour combattre l’exiguité des pièces, pour conserver à l’air que l’homme respire ses propriétés salubres.

Le chauffage des appartements mérite de fixer l’attention de l’hygiéniste. Suivant l’arrangement du foyer et du tuyau d’écoulement des gaz brûlés, suivant la nature et la disposition du combustible placé au foyer, la santé de l’homme se conservera intacte ou en éprouvera des ébranlements funestes.

Tout appareil où s’opère la combustion, doit satisfaire à la double condition d’échauffer d’une manière uniforme l’intérieur des pièces habitées et de renouveler l’air qu’elles contiennent. Les cheminées découvertes, construites suivant les données de la science, remplissent en partie ce but. Voici quel est leur mode d’action:

La chaleur développée au foyer élève la température de l’air ambiant. Cet accroissement de calorique diminue la densité et accroît la force élastique de la colonne gazeuse qui s’élève alors dans le tuyau de conduite, en vertu de sa légèreté spécifique et de l’excès de pression qu’elle détermine sur les couches d’air supérieur. Par suite de la tendance des fluides à prendre l’équilibre, l’atmosphère extérieure pénètre dans l’appartement à travers les orifices en communication avec l’air du dehors, et remplace la colonne de gaz brûlés que la cheminée en activité rejette incessamment.

Mais pour que ce système de chauffage remplisse le double but d’économie et de salubrité auquel on doit toujours tendre, il est nécessaire qu’il satisfasse à certaines conditions qui manquent à presque tous les appareils actuellement établis.

Lorsqu’on visite les habitations publiques et privées, on remarque généralement des vices graves dans la construction des cheminées. Ainsi elles déterminent une ventilation incomplète, produisent d’ordinaire une température insuffisante et mal distribuée, occasionent une dépense inutile, exagérée de combustibles, permettent le reflux de la fumée dans l’intérieur des appartements.

Recherchons quels sont les moyens de faire disparaître ces inconvénients.

L’expérience apprend que les mouvements des gaz et des liquides sont sensiblement soumis aux mêmes lois. Lorsqu’un de ces fluides circule dans un canal, ses molécules en frottant sur les parois de ce conduit, éprouvent une résistance qu’on reconnaît être en raison inverse de la section du tuyau. De là, la nécessité de donner aux canaux où se meuvent les gaz, aux cheminées, une surface peu étendue. La forme circulaire est celle qui convient le mieux; car le cercle est la figure qui, pour une capacité donnée, présente le moins de contour, par conséquent détermine le moins de frottement, engendre le moins de force rétardatrice pour l’ascension des gaz. Après le cercle vient la section polygonale à un très-grand nombre de côtés.

Tandis que la forme aplatie et une grande section du tuyau de conduite diminuent la vitesse d’écoulement des gaz brûlés, favorisent la production des doubles courants, amènent le refoulement de la fumée dans la pièce où s’effectue le chauffage, un tuyau circulaire et étroit produit des effets opposés. La veine d’air, en remplissant la capacité du canal, jouira d’une température plus élevée, parce que le gaz non brûlé se trouvera en moins forte proportion, présentera une ascension plus rapide et donnera moins de prise au vent.

Ainsi, par suite de la forme et de la section des tuyaux de conduite, on arrive à communiquer à l’air qui a servi à la combustion une vitesse d’écoulement plus grande et, par suite, à préserver l’intérieur des pièces d’une disposition favorable à l’accès de la fumée. L’expérience montre que pour les cheminées ordinaires une ouverture circulaire de 0 m 25 de diamètre est la plus convenable, est celle qui réalise le maximum d’effet utile. On atteint sensiblement le même résultat efficace en rétrécissant sur un ou plusieurs points le conduit d’écoulement des gaz brûlés; car l’étranglement d’un canal active constamment le mouvement des fluides qui y circulent. Quelle que soit la modification apportée, l’orifice supérieur de la cheminée doit toujours avoir un faible diamètre, afin de donner le moins de prise possible à l’action perturbatrice de la pluie, des vents, du soleil. Le contact de l’eau abaisse, en effet, la température de la fumée, diminue sa vitesse d’ascension. D’un autre côté, les courants d’air extérieur opposent au mouvement des gaz brûlés leur force impulsive souvent contraire. Quant au soleil, ses rayons en frappant la partie supérieure du tuyau de cheminée l’échauffent, déterminent des courants d’air chaud ascendants, et par suite des courants froids à marche descendante.

Une grande hauteur des cheminées est nécessaire à la salubrité des appartements. D’une part, l’étendue de la colonne d’air chaud augmente sa force de pression et par conséquent sa vitesse d’écoulement; de l’autre, l’élévation du tuyau conducteur de la fumée sert à neutraliser l’action des vents.

Les courants atmosphériques peuvent se présenter dans trois directions opposées et exercer des influences différentes. S’ils ont une direction verticale de haut en bas, et si leur vitesse est égale ou supérieure à celle de l’air brûlé, la fumée refluera nécessairement dans l’appartement. Si, au contraire, leur course est verticale, mais de bas en haut, la vitesse d’écoulement de l’air chaud se trouvera accélérée. S’ils soufflent horizontalement, ils sont sans effet nuisible. Mais presque jamais ils ne sont directement ni verticaux ni horizontaux; le plus ordinairement ils arrivent obliquement. Dans tous les cas, on combattra leur influence en élevant les cheminées qui, alors posséderont un plus fort tirage, domineront la direction des vents, ou seront frappées par eux dans un sens plus horizontal. On diminuera encore les chances de fumée produite par l’action de la pluie et dès courants atmosphériques en armant d’un chapeau en tôle la partie supérieure du tuyau d’écoulement des gaz.

Les accidents graves résultant de la communication des cheminées entre elles imposent aux constructeurs l’obligation de munir chaque foyer d’un tuyau conducteur distinct, isolé. L’appel de l’air dans la cheminée a lieu, en effet, par tous les embranchements existants, qu’ils fournissent ou non de l’air chaud. Cette circonstance favorise le refoulement de la fumée dans les pièces privées de feu et peut y déterminer, comme je l’ai montré précédemment, des phénomènes graves d’asphyxie.

La disposition du foyer et le choix du combustible influent également sur la salubrité et l’économie du chauffage.

Généralement le foyer des cheminées est trop enfoncé et présente une étendue trop considérable. Lorsque l’ouverture des foyers a des dimensions exagérées, une trop forte proportion de l’air afférent échappe à la combustion, abaisse la température de la fumée, diminue par conséquent la vitesse du courant ascensionnel. L’aspiration devenant insuffisante pour l’évacuation des gaz brûlés, ceux-ci refluent dans l’appartement, sous l’influence des moindres circonstances retardatrices.

Comme la seule chaleur utilisée dans les foyers ordinaires est celle qui provient du rayonnement, il importe que les parois soient construites avec des matières ayant un grand pouvoir réflecteur, qu’elles soient constituées par des murs latéraux à surface polie, afin de rendre plus complète la réflexion de la chaleur.

Dans tous les foyers, il est nécessaire de placer au-dessus du cendrier une grille en fer destinée à supporter le combustible. Le but de cet appareil est d’utiliser le plus possible le gaz comburant, de forcer l’air à traverser la totalité des matières à brûler. Par là, l’ignition deviendra plus vive, la fumée sera moins à craindre; car le tirage des cheminées dépend en grande partie de l’activité du foyer.

Si la grille ou le foyer présentent une trop grande surface, le passage de l’air se fera plus lentement, la combustion sera moins active, le feu moins ardent. Une grande quantité d’air traversera alors inutilement le foyer, en sortira non altéré ou ayant éprouvé une altération incomplète. Au lieu d’acide carbonique, il ne se formera à peu près que de l’oxyde de carbone. Si on diminue l’étendue de la grille, l’air qui passera à travers le combustible sera animé d’une plus grande vitesse et y arrivera en plus forte proportion. La combustion se trouvant plus vive et plus complète, moins d’oxyde de carbone prendra naissance; de là plus d’économie et de salubrité. Toutefois, il est une limite qu’il importe de ne pas dépasser, parce qu’alors les inconvénients seraient les mêmes que ceux qu’entraîne une trop grande grille: l’air affluant se trouverait en quantité insuffisante pour brûler convenablement le combustible nécessaire au chauffage de la pièce. Au reste, l’expérience a appris que les foyers les plus avantageux étaient ceux d’où l’air s’échappait à moitié brûlé, c’est-à-dire renfermant 10 pour cent d’oxygène. Et, d’après les recherches de Darcet, il faut que la surface de la grille soit trois fois plus grande que la section de la cheminée.

L’épaisseur du combustible doit toujours être proportionnée à l’étendue de la grille, à la capacité de la cheminée. On conçoit, en effet, qu’une accumulation trop considérable de combustible dans le foyer, en rétrécissant l’orifice d’entrée du tuyau de cheminée, diminue la section générale du passage de l’air, et par suite nuit à la combustion, favorise la production de l’oxyde de carbone. Il importe d’éviter par tous les moyens possibles la formation de ce gaz: il est l’agent d’une insalubrité extrême, l’occasion d’une grande déperdition de calorique. 1 kilogramme de carbone en se transformant en acide carbonique produit 7,170 unités de chaleur, c’est-à-dire une quantité de calorique suffisante pour élever de 1° 7,170 kilogrammes d’eau. La même dose de carbone en se convertissant en oxyde de carbone ne développe que 1,386 unités de chaleur. II est donc nécessaire de communiquer au foyer une grande activité, afin de rendre la combustion aussi complète que possible. Des registres destinés à régler le tirage devraient être placés dans ce but à chaque cheminée.

Quant au combustible qu’on dépose dans les foyers découverts, on devra toujours choisir de préférence celui qui a un pouvoir émissif ou rayonnant très-marqué. L’expérience apprend que les matières qui brûlent sans flamme possèdent ce pouvoir à un degré bien plus marqué que celles qui brûlent avec flamme. Aussi les houilles et le coke sont-ils préférables aux autres combustibles.

Lorsqu’on fait usage de bois, il importe qu’il soit bien desséché ; parce que l’humidité est une cause de ralentissement de la combustion et de perte considérable de calorique. Si l’on représente par 1 la chaleur spécifique de l’air, celle de l’eau sera représentée par 4. Par conséquent, plus la vapeur développée est notable, plus la quantité de calorique perdu va en augmentant.

Les cheminées, telles qu’elles sont construites ordinairement, laissent dégager en pure perte une énorme proportion de la chaleur produite. L’air brûlé qui se répand dans l’atmosphère possède une température élevée, comme le montre le thermomètre placé au sein de ce gaz. Les poêles ont sur les foyers découverts le grand avantage d’utiliser une très-grande partie de la chaleur développée par la combustion. Mais ils ont l’inconvénient de déterminer une ventilation insuffisante, d’occasioner de la céphalalgie, de communiquer à l’air, s’ils sont en métal, une odeur forte, désagréable. De plus, ils privent de la vue du feu, qui est une jouissance réelle, une sorte de nécessité de notre nature. Aussi ne doivent-ils être placés que dans les appartements où l’homme ne fait qu’un séjour court, momentané, comme les salles à manger.

Le renouvellement de l’air des appartements où l’homme est obligé d’habiter est une condition indispensable au maintien de la santé. J’ai fait voir plus haut les accidents attachés à la respiration de cette atmosphère viciée. Mais, pour que la ventilation soit suffisante, il faut qu’il pénètre constamment dans la pièce un volume d’air égal à celui. qui s’échappe par la cheminée, que les orifices d’entrée et de sortie des gaz offrent la même capacité. Or, dans les appartements ordinaires, l’air extérieur qui y arrive est uniquement fourni par les fissures des portes et des fenêtres. Ce mode d’appel entraîne la formation de courants d’air froid et la pénétration de la fumée dans l’enceinte habitée, si ces ouvertures ont une surface insuffisante. Quelquefois, au lieu de fissures, on a recours aux ventouses qui, bien établies, seraient plus convenables, plus avantageuses. Mais généralement elles présentent des dispositions vicieuses. Leur section est d’ordinaire trop petite; leur ouverture placée près du foyer, y déverse l’air froid du dehors. De cette disposition résulte un défaut de renouvellement de l’atmosphère de la pièce, car le gaz affluant se trouve porté directement au foyer; d’autre part, les courants d’air froid arrivant sur les pieds des personnes placées près de la cheminée, y déterminent des impressions fâcheuses. Pour que leur rôle devienne réellement utile, efficace, il faut qu’elles possèdent des dimensions suffisantes et qu’elles soient placées de manière à établir une ventilation complète des appartements. Le renouvellement de l’air à l’aide de vasistas, d’ouvertures placées à la partie supérieure des croisées, est un procédé également avantageux et trop peu répandu.

Mais le système le plus salubre et en même temps le plus économique pour opérer la ventilation des pièces consiste à chauffer le gaz respirable avant son introduction dans les appartements. De la sorte, on évite les courants d’air froid, on chasse l’humidité des enceintes habitées. Il suffit pour cela d’établir une cheminée à tuyau double. et concentrique; de faire que chacun des deux tuyaux reste. sans communication l’un avec l’autre; de les séparer par un intervalle où circulerait en s’échauffant l’air venu du dehors. Un canal de conduite pratiqué dans l’épaisseur de. la muraille, mis en relation par une de ses extrémités avec l’air extérieur, servirait à déverser dans l’intervalle laissé, entre les deux tuyaux le gaz atmosphérique pur de toute combustion. A mesure que cet air se mettrait en contact avec les parois du premier tuyau où circule la fumée, il augmenterait de température, prendrait une ascension rapide, et irait déboucher dans l’appartement, à la hauteur du plafond, à l’aide d’une ventouse de section convenable.

Un poêle, dont le tuyau serait garni d’une doublé enveloppe, satisferait aux mêmes conditions, remplirait le même but.

Toutefois, s’il s’agit d’élever la température des pièces où un grand nombre de personnes doivent séjourner, il importe de recourir à d’autres calorifères, où l’air arrive dans l’enceinte habitée chauffé soit par là fumée, soit par l’eau chaude, soit par la vapeur. Dans ces cas, le foyer doit être placé hors de l’appartement destiné à contenir la foule. Les orifices d’accès qui servent à la pénétration de l’air chaud dans l’enceinte peuvent varier quant à leur hauteur au-dessus du niveau du plancher; mais ils doivent toujours se trouver opposés aux orifices de sortie de ce même air et présenter une section égale. Quels que soient les points où l’air chaud pénètre dans l’enceinte, comme sa température est supérieure à celle de l’atmosphère de la pièce habitée, le courant gagne directement la voûte de l’appartement en s’étendant par couches horizontales; puis, à mesure qu’il se refroidit, il prend la même marche descendante régulière et disparaît au dehors par aspiration. Voilà comment s’établit la ventilation des appartements chauffés par des calorifères.

On sait combien la chaleur spécifique de l’eau est considérable. Une faible quantité de ce liquide porté à une haute température peut suffire à échauffer un très-grand volume d’air. Ainsi, 1 kilogramme d’eau à 100°, en se refroidissant jusqu’à 20°, laisse dégager 80 unités de chaleur, lesquelles sont capables d’élever de + 10° 24,61 mètres cubes d’air. Aussi les calorifères à eau chaude se refroidissent-ils avec une grande lenteur. Ils peuvent aussi maintenir le jour et la nuit une température convenable dans les lieux chauffés par ce liquide, quoique le foyer ne soit alimenté que le jour. De plus, si les appartements où l’on doit porter la chaleur sont nombreux, étendus, éloignés les uns des autres, il est nécessaire de recourir à des corps qui, sous le même volume, renferment beaucoup de calorique. Aussi, dans ce cas, la vapeur et l’eau chaude sont-ils les seuls agents qui doivent être employés.

Un calorifère à eau chaude se compose: 1° d’une ou plusieurs chaudières à eau chaude; 2° d’un ou plusieurs tubes d’ascension d’un grand diamètre aboutissant directement au sommet de l’édifice; 3° d’un vase d’expansion correspondant qui termine la colonne d’ascension; 4° de tubes de distribution à trajet horizontal partant du vase d’expansion; 5° de tubes verticaux unis aux précédents et communiquant entre eux avec des réservoirs d’eau chaude, en nombre ordinairement égal aux étages à chauffer; 6° d’appareils de chauffage consistant en poêles ou serpentins environnés d’un manchon, où l’air circule et prend de la chaleur; 7° de tubes de retour d’eau disposés comme ceux de distribution. Réunis en un seul, ces derniers tubes vont communiquer avec la partie inférieure de la chaudière fortement chauffée. De tous les calorifères à eau chaude, le système de M. Léon Duvoir est un des plus perfectionnés. Appliqué au palais du Luxembourg, du quai d’Orsay, de l’église de la Madeleine, à Paris, etc., ce mode de chauffage a produit les résultats les plus satisfaisants.

. Les calorifères à air chaud conviennent, au contraire, toutes les fois qu’on a à distribuer la chaleur dans des pièces peu nombreuses, peu éloignées les unes des autres, ou dans celles qui, quoique très-étendues, ne sont destinées qu’à un séjour momentané de l’homme. A cause de sa simplicité et de son bas prix, ce genre de calorifères est devenu plus général que le précédent, et mérite d’être plus largement répandu encore. Voici un système qui, par la facilité de la construction, me paraît digne d’une application étendue.

Soit, par exemple, une chapelle à chauffer et à ventiler. En dehors de la nef, on établirait une cheminée à double tuyau. Dans l’intervalle des deux conduits concentriques circulerait l’air pur destiné à élever la température de l’atmosphère de la pièce. Une fois porté à une chaleur suffisante, ce gaz irait se rendre dans une chambre à air, d’où il affluerait dans l’intérieur de l’édifice au moyen de deux ou plusieurs bouches situées à quelques mètres au-dessus du plancher de l’enceinte. Des trous de même capacité que les orifices d’accès de l’air chaud devraient se trouver au niveau du sol et aboutir, à l’aide de tuyaux appropriés, à la grille de la cheminée de chauffage. De la sorte, cette cheminée remplirait le double office d’appareil d’échauffement et d’aspiration du gaz atmosphérique.

Pour les amphithéâtres où un grand nombre de personnes sont appelées à séjourner quelques heures, l’air chaud doit pénétrer dans l’enceinte au moyen d’orifices [nombreux placés aux gradins mêmes, et s’échapper au dehors par un ou plusieurs trous pratiqués à la voûte de la pièce. Dans tous les théâtres, il devrait exister une disposition analogue. L’air extérieur une fois échauffé arriverait au parterre et aux premières loges; puis, après avoir: servi à la respiration des assistants, il s’échapperait de la salle à travers l’ouverture qui surmonte le lustre.

Dans les maisons d’éducation il existe peu d’appartements convenablement chauffés et ventilés. Là où l’établissement a une grande étendue et peut suffire à des dépenses élevées, il importe de recourir à un appareil unique de chauffage. Il est incontestable, en effet, qu’un calorifère à eau chaude destiné à échauffer et à ventiler toutes les pièces: dortoirs, salles d’étude, classes, salles de récréation, réfectoire, serait préférable à cette multitude de poêles, de construction vicieuse, qui dépensent beaucoup sans produire des résultats en rapport avec les frais de premier établissement et d’entretien. Si les ressources de la maison ne permettent pas la construction de ces calorifères, il faudrait recourir aux poêles à double enveloppe dont j’ai parlé. Et pour maintenir une ventilation convenable, on établirait à l’opposite de la bouche à air chaud, des ventouses ou une cheminée, servant à évacuer au dehors les gaz qui ont traversé la salle.

Presque partout, les dortoirs présentent une trop faible élévation, possèdent une capacité trop petite pour le nombre des personnes appelées à y séjourner. Mais quelles que soient leurs dimensions, on peut toujours assurer leur salubrité au moyen d’une ventilation appropriée. De toutes les dispositions, la plus convenable à cet égard «consisterait, dit M. Péclet, à placer dans l’axe de la pièce un certain nombre de poêles à eau chaude, chauffés par circulation et par un même foyer situé en dehors; chacun d’eux serait placé sur l’orifice d’un canal communiquant avec l’extérieur, et garni d’une enveloppe formant autour de lui un espace annulaire dans lequel l’air s’éleverait en s’échauffant; quelques petites cheminées en bois, appliquées contre les murs et s’ouvrant à une petite distance du sol, feraient écouler l’air comprimé par le mouvement de l’air chaud. Pour la ventilation d’été , on fermerait les orifices inférieurs des cheminées, et on ouvrirait d’autres orifices percés sur leurs faces latérales à 1 m 50 de hauteur. » Le procédé suivant me paraîtrait encore plus simple, plus économique, et non moins efficace: Au lieu de recourir à cette série de petites cheminées dont parle M. Péclet, il serait préférable d’établir un tuyau d’une section proportionnée à l’étendue de la salle, partant de la voûte de l’enceinte et allant déboucher au dehors. Une lampe allumée placée à l’orifice inférieur du conduit, servirait en même temps à l’éclairage et à l’écoulement de l’air de la pièce habitée.

S’il est utile d’établir un bon système de chauffage et de ventilation dans les appartements qui doivent abriter des personnes bien portantes, à plus forte raison est-il nécessaire de veiller à la salubrité des asiles où vivent des malades. Il me paraît incontestable que si la guérison est si lente et la mortalité si considérable dans nos hôpitaux, on doit l’attribuer à l’impureté de l’air qu’on y respire. C’est ainsi que presque partout le seul moyen employé pour le renouvellement de l’atmosphère des salles consiste à ouvrir les fenêtres de temps en temps, à mettre en communication, à de courts intervalles, l’air extérieur avec l’air du dedans que la respiration des malades, les émanations produites par les crachats, les déjections contenues dans des vases appropriés, la suppuration des plaies, vicient à chaque instant. On sait que, dans l’état de santé, près de 150 mètres cubes d’air sont nécessaires dans les 24 heures à un individu pour que le gaz atmosphérique qui arrive à ses poumons reste salubre. Cette dose doit être proportionnellement plus considérable encore pour les asiles hospitaliers, les produits malsains s’y trouvant en plus grande abondance. Comme le séjour des malades dans les hôpitaux est permanent, le chauffage et la ventilation doivent y être non plus intermittents, mais continus, durer la nuit et le jour. Aussi les appareils à eau chaude sont-ils, dans cette circonstance, préférables à tous les autres. L’air pur et chaud arriverait alors dans l’enceinte à travers une série d’orifices pratiqués dans différents points du plancher; et l’air vicié qui a traversé la salle s’échapperait au dehors, aspiré par une cheminée d’appel.

Quel que soit l’arrangement que présentent les pièces, on doit toujours assurer la ventilation d’été, comme celle d’hiver. Dans quelques édifices, comme les théâtres, la chaleur développée par les lumières suffit à elle seule pour produire un renouvellement suffisant de l’air de l’enceinte. Là, à mesure que le gaz atmosphérique s’échauffe et se vicie, il disparaît au dehors par l’orifice placé au-dessus du lustre. Tel est le mode de ventilation de ces pièces. Mais dans tous les cas où cette disposition n’existe pas, il est toujours facile d’établir dans toutes les saisons un tirage convenable, soit au moyen d’un ventilateur, soit, et mieux encore, au moyen d’une cheminée d’appel.

Des trous çà et là distribués communiquant de l’intérieur à l’extérieur de l’enceinte et servant à l’introduction de l’air pur du dehors; des orifices d’aspiration pratiqués soit à travers les murailles, soit à travers la voûte ou le plancher des appartements, allant se réunir à un tuyau unique, mis lui-même en relation avec une cheminée d’appel; voilà quel est le mode de ventilation le plus généralement employé. La cheminée disposée pour l’écoulement de l’air vicié doit être alimentée par un foyer à combustion lente du coke, ou par une lampe allumée dans le tuyau lui-même, si l’aspiration doit être peu marquée; ou bien si le renouvellement de l’atmosphère des appartements exige, par sa rapide altération, plus d’activité dans le tirage, il importerait alors de recourir à une masse plus considérable de combustibles.

Il est toujours facile, comme je l’ai montré déjà, de doser la quantité d’air qui doit être introduite dans une pièce habitée. Il faut tenir compte et du nombre des personnes qui y séjournent, et des lumières qui y brûlent, et des émanations accidentelles ou permanentes qui peuvent s’y trouver, et de la quantité de combustible en ignition, si l’appartement est pourvu d’une cheminée.

Au moyen de l’anémomètre de M. Combes, on peut toujours arriver à connaître la vitesse de tirage d’une cheminée et mesurer par conséquent la quantité d’air qui doit affluer dans les appartements habités par l’homme.

En se basant sur la composition chimique des différents combustibles employés dans l’industrie, il serait toujours facile de calculer le volume d’air nécessaire à leur combustion si ces matières étaient pures, dépourvues de tout corps étranger. Ainsi, d’après M. Péclet, la quantité d’air que réclame la combustion de 1 kilogramme de charbon de bois, est de 8 m. c. 20; pour la houille, de 9m. c. 05; et pour le coke, 7 m. c. 05. Toutefois, comme le volume d’air qui traverse un foyer bien établi doit être à peu près double de celui qu’exige le combustible pour être complètement brûlé, il en résulte qu’il faudrait doubler les chiffres théoriques précédents pour avoir la dose d’air que réclame la combustion de chaque kilogramme de matières carbonées déposées au foyer.

La chaleur perdue au contact des vitres et des murailles des appartements est assez considérable pour que, dans les circonstances ordinaires, on doive en tenir compte. Si l’appartement est destiné à contenir un petit nombre de personnes, il est utile que l’air chaud versé par les calorifères possède une température supérieure à celle que l’on doit maintenir dans l’enceinte. Mais dans les pièces qui contiennent un grand nombre d’individus, comme les théâtres, les amphithéâtres, les salons encombrés de monde, il n’est plus nécessaire de veiller à cette compensation de calorique, parce que la chaleur développée par les assistants équilibre ordinairement celle qui est enlevée par les vitres et les murailles.

La température des appartements habités doit être maintenue, pendant la saison froide, à + 15° centigrades environ. Portée à un degré plus faible, elle serait insuffisante. D’un autre côté, une chaleur trop considérable deviendrait nuisible, à cause de la débilité qu’elle détermine et de l’impression morbide qu’occasione sur l’économie une transition brusque de température.

Les animaux par leur respiration, les parties vertes des végétaux plongés dans l’obscurité, les graines en travail de germination, exhalent une quantité notable d’acide carbonique. De là, la nécessité d’éloigner ces diverses sources insalubres de la demeure de l’homme pendant sa séquestration nocturne et diurne, ou d’établir une ventilation en rapport avec le degré d’impureté qu’elles déterminent.

La distribution des fenêtres des appartements mérite de fixer aussi l’attention de l’hygiéniste. On sait que les gaz sont essentiellement élastiques et compressibles. Cette propriété, loin de favoriser le renouvellement de l’air des pièces, y porte au contraire obstacle. Ainsi, lorsque l’atmosphère extérieure arrive dans une enceinte par une seule issue, le courant qui se produit refoule et comprime l’air intérieur dans les angles rentrants de l’habitation et dans les parties distantes de la fenêtre, sans en déterminer l’expulsion. M. Caffe compare ce gaz comprimé à des couches de coton cardé dont les plus inférieures, aplaties par les couches superposées, diminuent de volume en augmentant d’élasticité. Une fois débarrassées de. cet excès de pression, elles regagnent l’espace qu’elles occupaient primitivement, mais sans changer pour cela de place. L’air extérieur n’a fait que glisser sur elles. Aussi les lits placés aux coins des salles d’hôpital sont-ils moins salubres, la mortalité y est-elle plus grande, surtout aux époques épidémiques, que dans ceux qui occupent le milieu de l’enceinte librement et facilement balayée par les courants partis des fenêtres pratiquées à l’opposite les unes des autres. Autant que possible, il faut donc multiplier les ouvertures destinées à la circulation de l’air et les placer aux faces opposées des appartements. L’hygiène en fait une loi aux constructeurs. C’est aussi par suite de la tendance incessante de l’air atmosphérique à se confiner dans les enfoncements, d’où il devient difficile de l’expulser, que les rues tortueuses, irrégulières, sont toujours moins salubres que les rues dont la rectitude et l’alignement permettent la libre circulation de l’air sur tous les points.

Il est une autre partie des habitations également digne de la sollicitude de la science: c’est le lieu de dépôt des matières alvines. On sait que le mouvement de la vie entraîne constamment la formation de substances excrémentitielles dont l’accumulation nuit à la santé. Aussi importe-t-il de tenir ces déjections éloignées le plus possible de la demeure de l’homme, ou de les placer dans un endroit où leur méphitisme puisse disparaître. Dans les villes, c’est au sein des maisons mêmes que sont déposées ces matières dont la fétidité suffit à elle seule à engendrer des états morbides. Trop souvent, en effet, les latrines des habitations tant publiques que privées deviennent malsaines et par la malpropreté qu’elles présentent et par les courants d’air qui, en traversant leur surface intérieure, répandent au loin une odeur repoussante. Mais généralement leur insalubrité tient à un vice de construction. Ainsi, presque partout les cabinets d’aisance communiquent avec la fosse par un tuyau peu étendu; et la capacité de la fosse elle-même étant ordinairement très-grande favorise la circulation des doubles courants d’air, que des variations de température tant soit peu brusques développent rapidement. Les exhalaisons fétides déterminées par ces courants gênent la respiration et étendent au loin leur funeste influence.

Comment faire disparaître ces graves inconvénients? Comment assurer la salubrité des latrines? D’une part, il faut que les sièges soient hermétiquement fermés, afin d’empêcher le reflux des gaz dans l’appartement. Une cuvette à l’anglaise bien construite remplira ce but. D’autre part, il importe de faire communiquer, par l’intermédiaire d’un tuyau d’évent, l’intérieur de la fosse avec une cheminée d’appel dont l’office sera d’expulser au dehors les effluves putrides nés de la fosse elle-même. Et pour se préserver de ces émanations délétères, il est nécessaire que ce tuyau d’évent, distinct du tuyau de chute ou de descente, parte du sommet de la voûte pour s’étendre de là au-dessus des toits de l’habitation. De la sorte, ces miasmes versés dans une région élevée de l’atmosphère iront se perdre au loin sans pénétrer dans l’intérieur des appartements. On peut encore, comme cela se pratique avec avantage dans quelques établissements, faire communiquer le tuyau d’évent avec la cheminée la plus voisine.

La disposition actuelle des tuyaux de descente est pour les latrines une des causes les plus puissantes d’insalubrité. Dans la plupart des constructions, ces conduits s’arrêtent à la voûte de la fosse sans dépasser son niveau, et mettent ainsi en communication permanente la totalité de l’atmosphère méphitique avec l’intérieur de l’habitation. Si, au contraire, comme l’a proposé récemment M. le docteur Sucquet, on prolonge ces tuyaux jusqu’aux deux tiers supérieurs de la hauteur de la fosse en les évasant progressivement, il en résultera que la surface de dégagement des gaz délétères diminuera d’étendue, et qu’au moment où les matières fécales auront, par leur accumulation, atteint ou dépassé le niveau de cette ouverture, les émanations fétides de la fosse cesseront alors de pénétrer dans le conduit de descente et n’exerceront plus au dehors leur action nuisible. Il ne pourra se dégager que les substances nées de la surface des excréments accumulés dans le tuyau de chute. Voilà par quels moyens on arrivera à diminuer considérablement et souvent à tarir cette source d’insalubrité des pièces destinées au séjour de l’homme.

Telles sont les causes générales qui altèrent l’air intérieur des maisons.

Mais là ne se bornent pas les sources de viciation du fluide qu’on respire dans les habitations. L’atmosphère des appartements peut encore être viciée par les émanations délétères venues du dehors.

Les eaux stagnantes imprégnées de matières organiques donnent naissance à des effluves que les courants atmosphériques transportent au loin dans des directions diverses. L’air chargé de miasmes limniques étant plus lourd que celui où ce mélange n’existe pas, les parties basses des terres se trouvent plus exposées aux attaques des fièvres paludéennes que les lieux élevés. La science a cherché à préciser la limite de hauteur où ces effluves cessaient de se montrer ou du moins d’exercer leurs ravages; et l’on a vu que la zône salubre se trouvait d’ordinaire à 100 ou 120 mètres au-dessus du niveau de la source délétère. Toutefois, cette ligne de démarcation peut s’abaisser ou s’élever suivant l’intensité et la direction des vents, l’état hygrométrique de la masse gazeuse, la puissance du foyer paludéen, les abris interposés entre l’habitation et les courants aériens servant de véhicule aux miasmes. Mais, dans tous les cas, là où règnent les endémies palustres, l’air est d’autant plus pur qu’on gagne les régions supérieures de l’atmosphère. Aussi, lorsqu’il existe des marais près du lieu où l’homme est appelé à fixer sa demeure, doit-on placer l’habitation sur les hauteurs, la construire à plusieurs étages, l’orienter de manière à éviter les vents qui ont balayé les surfaces marécageuses, ne pratiquer ni portes ni fenêtres de ce côté, ne pas édifier de maison aux gorges des montagnes, dans les bas-fonds des vallées où s’engouffrent les miasmes morbifiques. S’il existe des accidents de terrain assez considérables, les habitants devront en profiter pour asseoir leur demeure derrière des collines, des montagnes, qui la protégeront contre les émanations insalubres créées par les eaux stagnantes.

Dans les lieux où règnent les fièvres paludéennes, la santé de l’homme lui commande de quitter les parties inférieures de son habitation pour occuper les étages supérieurs. C’est ainsi que dans certains quartiers de Rome, de Naples, bourgeois et gentilshommes, pour se préserver de la fièvre, abandonnent pendant l’été et l’automne leurs appartements les plus rapprochés du sol pour habiter les pièces placées près du faîte de leur demeure. A la Jamaïque, les maisons n’ont que deux étages. Sur trois cas de fièvre intermittente, deux frappent l’étage inférieur, et un l’étage supérieur.

C’est surtout dans les pays chauds que les plaines présentent une insalubrité extrême. Les côtes basses de Madagascar, les savanes de l’Amérique, les terrains de l’Algérie, de l’Italie, de l’Espagne où l’on rencontre des dépressions étendues, sont des plus nuisibles à la santé. Instruits par l’expérience, les Arabes ne bâtissent de villes, ne plantent leurs douars que sur les hauteurs ou derrière une arête de montagne qui les protège contre les sources d’infection palustre. Toutes les fois que l’administration française a négligé ces salutaires exemples, a créé des postes militaires, a fondé des villes sur le territoire conquis sans faire appel aux préceptes de l’hygiène, elle a condamné à une mort certaine une partie de la population, victime de l’inclémence du sol. Ainsi à Lalla-Maghrina, Bouffarick, Fondouck, etc., etc., les maladies paludéennes ont exercé bien plus de ravage que le fer de l’ennemi. M. le docteur Félix Jacquot rapporte qu’à la redoute de Lalla-Maghrina «dans l’automne de 1845, sur 523 militaires du 10e chasseurs d’Orléans, 15 soldats seulement et 3 officiers n’éprouvèrent aucune atteinte de la fièvre; du 23 septembre au premier janvier 1846, il y eut 113 morts par la fièvre ou ses suites. Un bataillon du 15e léger fut plus maltraité encore. Pendant l’automne de 1847, sur 75 zouaves 8 étaient valides et en état de faire leur service, et sur 110 hommes du 44e de ligne 3 seulement étaient bien portants. On a commis une grande faute en fondant Lalla-Maghrina dans cette plaine empoisonnée qui reçoit chaque année des hommes robustes et ne rend que des morts ou des mourants. Elle est à peu près adossée à une chaîne de montagnes qui lui enlève les bénéfices du vent du nord, mais qui repousse sur le poste et concentre dans la plaine les chaudes haleines du sud avec de nombreuses sources d’impaludation.»

Partout où le terrain se trouve dépourvu d’élévations pouvant abriter la demeure de l’homme contre les effluves apportés parles courants atmosphériques, il importera d’y élever des barrières artificielles, en créant des massifs d’arbres serrés et touffus, en faisant des plantations étendues qui arrêteront l’action délétère de ces miasmes. Lancisi attribuait en partie l’insalubrité de Rome à la coupe d’une forêt qui lui servait d’écran contre le vent venu des marais Pontins.

A côté de ce rôle utile et bienfaisant des forêts, il faut également savoir que ces amas de plantes peuvent devenir, dans certaines circonstances, pernicieux à la santé.

Les arbres réunis en masses profondes, considérables, abaissent la température du sol et de l’atmosphère ambiante, en interceptant la lumière solaire; en étendant par leur tronc, leurs rameaux, leurs feuilles, la surface de rayonnement et par conséquent de refroidissement de la terre; en augmentant, par la transpiration incessante des expansions foliacés, l’humidité ordinaire de l’air.

Pour pouvoir apprécier l’importance des émanations aqueuses produites par une forêt, il faut se rappeler que les expériences de Hales, reconnues exactes par les botanistes modernes, ont montré qu’un cep de vigne sans rameaux, d’environ 18 millimètres de diamètre, coupé en avril, absorbe une quantité d’eau telle que la sève sortie de ce tronc élève en quelques jours une colonne de mercure de plus de 90 centimètres. D’autre part, Senebier a fait voir que le rapport entre l’eau aspirée par les plantes et celle que les feuilles rejettent au dehors par évaporation est comme 3 est à 2. Aussi, voit-on des brouillards d’une immense étendue couronner constamment le faîte des grandes forêts équinoxiales qui, dans les pays arrosés par les fleuves Amazone et Orénoque, ont une superficie de 260,000 lieues marines carrées. La présence des massifs d’arbres augmente donc l’humidité de l’air et partant abaisse la température propre du sol. Voilà pourquoi la Germanie, les Gaules, autrefois couvertes de bois, jouissaient d’une température inférieure à celle que ces mêmes contrées possèdent maintenant.

On voit par là combien il serait funeste de peupler d’arbres des vallées déjà froides et humides, d’y construire des abris destinés au séjour de l’homme. Le tempérament lymphatique des habitants donnerait bientôt naissance, en s’exagérant, à des maladies réelles de même origine. Le goitre et le crétinisme sont deux états pathologiques distincts, mais qui relèvent du même ordre étiologique. La cause prochaine de ces deux affections est évidemment générale, mais leur nature nous est encore inconnue. Toutefois, l’observation apprend que les circonstances favorables au développement d’une constitution lymphatique et scrofuleuse influent puissamment sur la production de l’une et de l’autre de ces maladies. Aussi l’absence de courants d’air, de rayons solaires, une atmosphère humide concourent-elles à leur génération réelle. Le défrichement de la vallée d’Aoste en 1792 a opéré parmi les crétins, les scrofuleux, les goitreux de cette partie de la Sardaigne les résultats les plus heureux. Et c’est en soustrayant les très-jeunes crétins à l’influence débilitante de l’air épais et stagnant des vallées et des gorges des montagnes alpestres pour leur faire respirer une atmosphère sèche et renouvelée, en même temps qu’il les soumet à une éducation physique et intellectuelle particulière, que le savant et philanthrope Guggenbuhl est arrivé à obtenir sur ces êtres dégradés par la nature de si remarquables succès.

Ainsi, la présence des bois est tantôt salutaire à l’homme, constitue un abri efficace, un rempart suffisant contre des courants atmosphériques nuisibles à la santé. Tantôt, au contraire, les forêts sont des obstacles élevés contre des influences favorables à l’état hygiénique des populations. Pour résoudre le grand problème du reboisement, digne à tous égards de la sollicitude du pouvoir législatif, il ne suffit donc pas seulement de faire appel aux notions de sylviculture, aux lumières des ingénieurs, les données de la médecine sont également indispensables à l’accomplissement de cette œuvre véritablement nationale.

Parmi les membres de la société, le prisonnier et le malade, condamnés l’un et l’autre à une vie sédentaire, méritent de fixer d’une manière particulière l’attention de l’hygiéniste. Plus le corps reste dans l’immobilité, plus l’air qui doit servir à la respiration doit être salubre, afin que cet excitant de l’économie puisse remplacer, au moins en partie, l’affaiblissement déterminé par un défaut d’exercice; et que l’organisme, déjà ébranlé par la maladie, ne trouve pas dans l’atmosphère destinée à pénétrer dans la poitrine une cause nouvelle de détérioration.

Au Moyen-Age et jusqu’à l’époque de notre première révolution, les hôpitaux furent des asiles dirigés par une philanthropie vraiment barbare. Il suffit de lire le rapport de Bailly fait à l’Académie des Sciences sur l’Hôtel-Dieu de Paris, un des plus anciens hôpitaux de l’Europe, pour se faire une idée de l’état affreux où se trouvaient encore ces refuges de la souffrance à la fin du siècle dernier. Sur un même lit gisaient 4, 5 et même 6 malades. Les morts étaient mêlés aux vivants. A côté des hommes en délire, des aliénés, on rencontrait des malheureux auxquels on venait de faire endurer les plus cruelles opérations. Un seul et même grabat réunissait quatre ou un plus grand nombre de femmes enceintes et accouchées. Séparées par des passages étroits où la lumière pénétrait à peine, où l’air épais et humide croupissait faute de pouvoir se renouveler, les salles contenaient autant de lits que leur capacité pouvait le permettre. L’atmosphère intérieure était si infecte que les commissaires envoyés par l’Académie déclarèrent avoir vu des convalescents forcés de sortir les jambes nues, été comme hiver, pour aller respirer l’air extérieur sur le pont Saint-Charles. Qu’on juge par là de l’action meurtrière de ces tristes demeures!

Grâces aux progrès de la civilisation, au développement éclairé de la charité publique, ces retraites sont devenues peu à peu moins dangereuses, moins repoussantes. Les relevés statistiques nous montrent que la mortalité de l’Hôtel-Dieu de Paris a diminué de plus de moitié depuis quarante ans. Les importantes réformes sanitaires qui ont été introduites dans les grandes maisons hospitalières de la France et de l’étranger ne datent que d’un demi-siècle environ. C’est à d’Howard, surtout, que l’Angleterre est redevable de l’état prospère de ses hospices et hôpitaux. Animé du plus pur sentiment de philanthropie, cet homme généreux consacra sa fortune et sa vie au soulagement des maux de ses concitoyens.

Toutefois, les hôpitaux actuels sont encore loin d’être construits suivant les données exactes de la science. Voyons quelles sont les règles qui doivent présider à leur édification et à leur distribution intérieure.

Autant que possible, il faut les établir hors de l’enceinte des villes, loin des usines et des émanations insalubres, sur un lieu élevé où l’air et la lumière peuvent arriver librement, à l’abri de l’humidité et des courants d’air froid. Comme la viciation de l’atmosphère augmente avec le nombre des malades renfermés dans une même enceinte, chaque salle ne devra contenir qu’une quantité limitée de personnes qu’on proportionnera rigoureusement à sa capacité et à son degré de ventilation. Il importe que les salles soient multipliées, isolées les unes des autres, séparées entre elles par un corridor, par une galerie couverte qui, en même temps, servira aux convalescents de lieu de promenade dans les jours froids et pluvieux. D’après l’état des constructions ordinaires, deux rangées de lits seulement, distantes l’une de l’autre d’environ deux mètres, régneront dans la même pièce; et entre les lits de chaque rangée, il devra exister un intervalle d’à peu près un mètre. Il conviendra de donner aux fenêtres de grandes dimensions, de les placer à l’opposite les unes des autres, de les diviser dans le sens de leur hauteur en deux compartiments inégaux pouvant s’ouvrir isolément, afin de faciliter le renouvellement de l’atmosphère intérieure, tout en préservant les malades de l’impression funeste des courants d’air froid. Quant aux cours, il sera nécessaire qu’elles soient larges et à préau.

Ces dispositions sanitaires applicables à tous les hôpitaux sont surtout indispensables à ceux qui sont destinés à l’enfance, aux femmes en couches, aux blessés. Là, la respiration d’un air salubre, non-seulement importe au rétablissement de la santé, mais encore est nécessaire à la prophylaxie des maladies qu’engendre l’atmosphère malsaine des pièces habitées.

Chez l’enfant, les fonctions de la vie de nutrition possèdent une activité bien plus grande que chez l’adulte. La respiration est plus accélérée, les excrétions sont plus fréquentes à cette période de l’existence qu’à un âge plus avancé. Aussi l’air ambiant acquiert-il dans ces circonstances une altération rapide et profonde. D’autre part, les états morbides qui affectent le premier âge ont une disposition marquée à revêtir le caractère contagieux. Les angines couenneuses, les ophthalmies purulentes, les fièvres éruptives: rougeole, variole, scarlatine, sont des affections qui frappent principalement l’enfance et se transmettent d’un individu à un autre. Voilà pourquoi la mortalité est si considérable dans les salles où se trouvent réunis un grand nombre d’enfants malades. Trop souvent, en effet, on voit de jeunes sujets arriver à l’hôpital pour une indisposition légère, qui contractent le croup ou telle maladie contagieuse, cause réelle de leur mort, au moment où ils étaient prêts à en sortir guéris de leur affection première. Rien de plus fréquent que de rencontrer dans les immenses salles de l’hôpital des enfants malades de Paris de ces tristes exemples de complications morbides.

Chez les femmes en couches, la perte de sang qui suit la délivrance, et dont la durée est de douze à quinze heures; les lochies qui remplacent l’écoulements sanguin; l’excrétion superflue du lait; les linges presque toujours imprégnés de ces liquides putrescibles; telle est la série des causes favorables à la viciation de l’air confiné où vivent les nouvelles accouchées. L’épuisement qui accompagne toujours la parturition prédispose à l’absorption des miasmes nés de ces foyers insalubres. Or, plus l’encombrement sera grand, plus la maladie aura de tendance à se développer. Aussi la fièvre puerpérale, rare dans la pratique de ville, dans les campagnes, est-elle fréquente dans les hôpitaux d’accouchement où elle prend quelquefois les plus redoutables allures. Dans l’épidémie si grave dont l’hospice de la Maternité de Paris fut le théâtre en 1829, M. Paul Dubois, frappé des dangers de l’encombrement, fit établir en dehors du corps principal du bâtiment un local bien aéré où l’on transportait les nouvelles accouchées. Les plus heureux résultats vinrent couronner cette sage mesure. Tandis que la mort faisait de nombreuses victimes dans l’hospice même, sur 60 malades placées successivement dans cette annexe, 2 seulement succombèrent. En comparant le nombre des décès et des accouchements effectués à la Maternité, de 1830 à 1841, M. Lasserre est arrivé à cette conclusion: que la mortalité augmente avec le chiffre des accouchements; que les femmes en couches sont d’autant plus exposées à contracter des métro-péritonites que l’air qu’elles respirent est plus limité.

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