Kitabı oxu: «L'élite des contes du sieur d'Ouville»
Antoine d' Ouville
L'élite des contes du sieur d'Ouville

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066326043
Table des matières
INTRODUCTION
Des Naifvetez.
P. 66. — Naïfvetez etudiees.
P. 113. — Naïfvetez mixtes.
P. 132. — Des Simplicitez.
P. 220. — Equivoqves.
P. 330. — Gafconnades.
P. 405 . — Normands.
P. 445. — Des Brocards.
P. 486. — Des promptes Reparties.
Des nouuelles Mariées.
La Dispute des Mariez.
Des railleries en mourant.
P. 216. — Simplicité d’vn enfant efpaignol.
P. 476. — D’vn bouffon efpaignol qui se mocquoift du pont de Madrid.
P. 322. — De feu M. des Portes, abbé de Tiron.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIII
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
XXXIII
XXXIV
XXXV
XXXVI
XXXVII
XXXVIII
XXXIX
XL
XLI
XLII
XLIII
XLIV
XLV
XLVI
XLVII
XLVIII
XLIX
L
LI
LII
LIII
LIV
LV
LVI
LVII
LVIII
LIX
LX
LXI
LXII
LXIII
LXIV
LXV
LXVI
LXVII
LXVIII
LXIX
LXX
LXXI
LXXII
LXXIII
LXXIV
LXXV
LXXVI
LXXVII
LXXVII1
LXXIX
LXXX
LXXXI

INTRODUCTION
Table des matières
LA biographie de d’Ouville eft plus simple que l’histoire de ses contes. Pour pouvoir ajouter quelque chose aux faits connus, nous nous étions adresse au Nestor de l’érudition normande, à M. Julien Travers qui nous fit l’honneur de nous répondre: «Nos archives départementales, pas plus que nos archives municipales, ne contiennent rien sur d’Ouville. Il eft probable que la famille eft éteinte... Je regrette de n’avoir rien trouvé qui réponde à vos désirs, et je fuis très-sincère en vous exprimant ces regrets, car moi aussi j’ai frappé aux portes». Quoi qu’il en soit, Antoine Le Métel, sieur d’Ouville, frère de l’abbé de Boisrobert, naquit, ainsi que lui, à Caen, on ne fait en quelle année, et mourut vers 1657, car dans la Suite des Mémoires de Michel de Marolles (Paris, 1657, in-fol., p. 242), on l’appelle le feu sieur d’Ouville.
D’Ouville eft à considérer fous trois aspects, ceux de dramaturge, de conteur & de traducteur. Son premier ouvrage eft sa première pièce de théâtre: Les Trahisons d’Arbiran, tragi-comédie (Paris, Courbé 1638, in-4°): «Cette tragi-comédie, disent les frères Parfaict (Hift. du Théâtre-François, 1747, t. V. p. 353) eut assez de succès, si nous en croyons les éloges dont ses confrères (Rotrou, entre autres) ont orné l’impression de ce poème, l’épître dédicatoire de l’auteur a M. Bouthilier, surintendant des finances et ce qu’il a dit depuis dans sa comédie de l’Esprit folet.
Celle dont nous parlons présentement eft suivant l’usage ordinaire, en cinq actes et en vers, précédée d’un prologue en prose qui fut ajoute après les premières repréfentations de sa pièce. Ce prologue, a proprement parler, n’eft qu’une efpece de préface que l’auteur trouve ainsi le secret de faire réciter sur le théâtre pour prévenir les spectateurs... Cette pièce nous a paru assez faible et l’intrigue mal disposée. L’endroit le plus passable eft le discours de
de Cleonte, qui préfère la tranquillité du séjour de Salerne au tumulte qui règne à Naples. Sous le nom de cette dernière ville, l’auteur fait une peinture des désordres de Paris où chacun veut s’élever au-dessus de son etat... D’Ouville verfifioit encore plus mal que son frère l’abbe, mais il entendoit mieux la marche du théâtre & répandoit plus de comique dans son dialogue... Celle dont le fond eft le plus heureux et la conduite assez passable eft L’Esprit folet ou la Dame invisible.»
L’Esprit folet, comédie en cinq actes en vers, dédiée à Mad. de ***, Paris, Quinet, eft de 1642; le personnage appelé Florestan s’exprime ainsi dans la première scène:
Ouy Paris en effet eft l’abrégé du monde,
Dans l’enclos de ses murs toute merveille abonde,
Et je ne l’aurois pas sans doute recognu
Depuis dix ans entiers que ie n’y suis venu.
Cent palais d’un désert, une cité d’un isle,
Et deux de fes fauxbourgs enfermez dans la ville,
Ces fameux changements que maintenant j’y vois,
Marquent bien la grandeur du plus puissant des Rois.
L’Esprit folet, felon Beauchamps , aurait eu deux éditions; selon Beuchot, trois. Hauteroche y a pris le sujet d’une pièce dont la préface nous fournira des renfeignements intéressants:
«Quantité de personnes ont estimé cette comédie et quelques autres l’ont censurée. Les censeurs ont cru lui avoir donné de furieuses atteintes en disant que cette pièce avoit été faite il y a quarante-cinq ans par M. Douville fous le nom d’Esprit follet... Je puis dire sans trop de prévention que, lorsqu’on prendra la peine de lire l’Esprit follet et la Dame invisible, on verra que la dernière eft sans doute bien au-dessus de la première, et pour peu qu’on ait de pénétration, on y connaîtra une conduite plus judicieuse, des vers mieux tournés, des fentimens plus raifonnables, des incidents mieux préparés & enfin une délicatesse & un art de théâtre qui ne se trouve point dans l’autre...
Il eft bon qu’on sache que je n’aurois jamais fongé à refaire l’Esprit follet, si ce n’avoit été pour plaire à une grande princesse qui, un jour, en parlant en général des comédies, témoigna n’être pas satisfaite de M. Douville sur ce sujet; elle ajouta qu’elle auroit bien voulu voir en notre langue cette pièce mieux tournée. Cette illustre princesse me fit mettre entre les mains l’original espagnol & je crus que c’étoit m’ordonner tacitement d’y travailler. Le fameux Calderon en eft l’inventeur et j’ai fait mes efforts pour ne rien diminuer des grâces de son ouvrage. La Dama Duendé eft le titre de cette comédie que j’ai suivie autant qu’il m’a été possible. Je me fuis servi de quelques scènes d’une autre intitulée El Escondillo y la tapada, que j’ai trouvées fort propres à mon dessein. Adieu.»
La piece a de nouveau été refondue par Collé , qui dit dans son avertissement: «L’original de cette comédie eft espagnol. D. Pedro Calderon l’a composée fous le titre de La Cloison. Elle a passé, comme l’on fçait, aux Italiens fous celui d’Arlequin persécuté par la Dame invisible. Les auteurs françois ont donné toute la vraisemblance possible à la fable incroïable de l’auteur efpagnol... En conservant le plan d’Hauteroche, dont la combinaison m’a paru assez régulièrement faite, je la raproche autant qu’il eft possible de nos usages, de nos modes, de notre langage actuel, &c. Il feroit a désirer que dans cinquante ou soixante ans quelqu’écrivain dramatique s’amusât encore à retoucher mon ouvrage qui fera vieilli et qu’il le rajeunît mieux que je n’ai fait celui d’Hauteroche.
En rafraîchiffant d’âge en âge des comédies dont les plans ou les caractères font excellents, ce feroit un moïen sûr et infaillible (en supofant une meilleure plume que la mienne), de perpétuer la gloire du théâtre françois, qui eft le modèle de ceux de l’Europe entière. On ne laifferoit pas perdre des chefs-d’œuvre dramatiques que la vétufté de leur style, le changement des manieres, des événemens, des mœurs & mille autres vicissitudes feront peut-être oublier, malgré le mérite inestimable de leurs fonds...»
Collé émet là une théorie bien scabreuse & l’application qu’il en a faite, entre autres au Menteur de Corneille, ne lui a pas valu grande gloire.
La Dama Duende a été traduite par M. Damas-Hinard (Calderon, 1862, 3 vol. in-12), qui place à tort l’imitation de Hauteroche en 1685. Elle a dû aussi donner l’idée première de la pièce anglaise de laquelle Destouches a tiré le Tambour nocturne.
A l’année 1643 appartiennent les Fausses vérités, comédie en cinq actes, Paris, Quinet, in-4°. Cette pièce a été analysée par S. Marc Girardin (Cours de littérature dramatique, t. V.): «Les Fausses Vérités roulent sur une question de jalousie posée dès les premières scènes de la pièce: Oui, dit Léandre à Lidamant, en lui contant que sa maîtresse eft jalouse de lui et que cette jalousie fait son tourment:
Oui cette passion eft cent fois plus aisée
A souffrir quand on l’a que quand on l’a causée.
Il eft commode, quand on n’eft pas jaloux, de dire qu’il vaut mieux souffrir la jalousie que la causer; mais quand Léandre devient jaloux, alors il trouve que la jalousie eft une affreuse souffrance. Dans les Fauffes Vérités Léandre et Orafie sa maîtresse font tour à tour jaloux l’un de l’autre & il semble, en vérité, que la pièce de d’Ouville soit faite du commencement à la fin pour combattre la maxime de Léandre.
A ces perpétuelles alternatives de jalousie que ressentent & que causent les deux personnages principaux, l’auteur a ajouté un grand nombre d’incidens romanesques qui amusaient sans doute le public. Les héroïnes se fervent de fausses portes et même de fausses clefs pour entrer et pour sortir à volonté de leurs maisons; elles changent ensemble de logemens & de suivantes pour mieux déconcerter leurs prétendants. Je reconnais là les ressorts ordinaires de l’école romanesque qui régnait en souveraine dans la comédie comme dans la tragédie. Traduites ou imitées la plupart de l’italien & surtout de l’espagnol, les comédies de ce temps sont pleines d’aventures imprévues; l’intrigue y eft compliquée & singulière; elles s’adressent surtout à la curiosité du public & elles mettent leur mérite à étonner le fpectateur plutôt qu’à le faire rire ou à l’émouvoir. Nous devons donc estimer parmi les auteurs du temps ceux qui, à travers la multiplicité des incidens, savent représenter par quelques traits expressifs les effets d’un caractère ou d’une passion & qui, de cette manière, s’acheminent vers la comédie de Molière. Tel eft, dans les Fausses Vérités, le talent de d’Ouville.
Il ne faut point lui demander de peindre un caractère, Molière lui-même ne savait pas encore le faire dans ses premières comédies. Mais d’Ouville fait exprimer avec assez de grâce & de vérité les dépits amoureux & les souffrances de la jalousie.»
Après avoir fait des citations, S. Marc Girardin ajoute qu’un défaut qui nuit à la peinture du dépit amoureux de Léandre & d’Orafie, c’eft que les deux amans ont raison l’un contre l’autre & ont le droit de s’accuser réciproquement. Or c’eft le propre des querelles des amoureux de Molière qu’ils se disputent sans cause. Ils n’ont pas besoin pour se quereller de trouver une femme ou un homme dans la chambre l’un de l’autre. Avec la vivacité & la délicatesse de leurs fentimens d’amour, il leur suffit d’un mot qu’ils entendent mal, d’un regard qu’ils ne trouvent pas assez tendre & assez soumis pour se plaindre l’un de l’autre & pour se quereller. La futilité même du sujet de la brouille fait que l’amour seul y eft en jeu. Prenez, au contraire, pour sujet de la querelle, des faits graves & certains, la querelle devient un procès à examiner. Il faudrait dans l’éclaircissement des deux amans le sangfroid & l’attention d’un juge. D’Ouville a eu raison de ne pas donner a Léandre et à Orafie des qualités de ce genre, mais il a eu tort de donner pour cause à leur querelle autre chose que des délicatesses & des impatiences de tendresse.
La même année que parurent les Fausses Vérités, (1643), parut aussi la première édition des Contes, fous le titre fuivant, que nous avons copié sur l’exemplaire de la Bibliothèque nationale:
LES
CONTES
AUX
Hevres perdues
DV SIEVR D’OVVILLE
OV LE
Recueil de tous les bons Mots, Reparties, Équiuoques, Brocards, Simplicitez, Naifuetez Gasconnades, et autres Contes facecieux non encores imprimez
A PARIS
Chez Touffainct Quinet, au Palais, dans la petite Salle sous la montée de la Cour des Aydes.
M DC XXXXIII
Avec Priuilege
(543 p. in-16.)
Coté Y 83, non catalogué selon M. P. Billard. Manquent les pages 207-208. Cette édition n’eft pas mentionnée par Brunet que fuit trop fidèlement M. G. Mouravit dans les Supercheries littéraires et qu’il dépasse même quand il dit que l’édition de 1644 en 2 vol. eft originale & feule complète. Elle n’eft pas originale, nous venons dè le voir, puis elle eft complète en quatre vol., non en deux, quatre volumes excessivement rares, du reste, car l’exemplaire de la bibliothèque de l’Arsenal eft un exemplaire rapporté où la feconde partie porte la date de 1652.
Nous allons décrire cet exemplaire en détail. Il eft coté 14203. Du premier volume le titre eft raccommodé & porte la signature de Guyon de Sardière. J. B. Denis Guyon, chevalier seigneur de Sardière, ancien capitaine au régiment du roi & l’un des seigneurs du canal de Briare, poffedait une belle bibliothèque dont le catalogue parut chez Barrois en 1759. Il en avait acquis une partie à la vente de la bibliothèque d’Anet. Dianè de Poitiers forma dans le château d’Anet une bibliothèque précieuse. Cette terre ayant passe dans la maison de Vendôme, ces princes augmentèrent la collection. En 1718, après la mort de Marie-Anne de Bourbon, veuve du dernier duc de Vendôme, Anet entra dans la maison de Condé et Anne de Bavière, veuve de Henri Jules de Bourbon, prince de Condé, étant morte le 23 février 1723, la bibliothèque du château fut vendue à l’encan. La catégorie des conteurs devait être bien représentée dans une collection ayant appartenu aux Vendôme et le catalogue de Sardière permet des inductions à ce sujet; quant aux livres de ce bibliophile, ils furent achetés par le duc de la Vallière.
La seconde partie de l’exemplaire de la bibliothèque de l’Arsenal porte la date de 1652 & la table eft incomplète. Pour trouver la feconde partie dans l’édition de 1644, il nous a fallu nous rendre à une troisième bibliothèque, la Mazarine, qui la possède fous le n° 22219 avec la quatrième fous le n° 22220. La table eft complète & l’avis au lecteur mérite d’être reproduit:
«Ayant fait imprimer le premier volume de ces contes & ayant veu qu’ils se vendoient mieux que quelque chose de bon, parce que c’eft un entretien propre à beaucoup de fortes de gens à qui les choses sérieuses ne font pas de si bon gouft, mon libraire m’a importuné d’en faire vn fecond volume, ce que j’ay entrepris pour son seul intéreft, jaloux toutefois qu’il face plus son profit dans le débit de ces fotifes que dans d’autres œuvres qu’il a imprimées de moy, qui bien qu’elles ne soient gueres meilleures, n’ont pas laisse néanmoins de me coufter beaucoup plus à produire. Mais voyant qu’on vend bien plus de harangs que de folles & de turbots ie me refous à eftre marchand de petite marée, auec protestation pourtant que ie n’ay mis mon nom à la teste de ce liure que par l’importunité de mon imprimeur qui s’imagine peut eftre mal à propos que le nom de l’Autheur en rendra la vente meilleure. Ne t’imagines pas, amy lecteur, que i’employe beaucoup de temps & de peine à mettre ce livre au iour; fçache m’en gré si tu veux, ie ne m’y amuse que pour me reposer quand ie fuis las de travailler à des choses plus sérieuses; aussi leur donné-je en tefte le nom d’heures perdues, faisant de ce liure ce que les médecins font de leurs récipez & les apothicaires de leurs drogues, qui les vendent aux simples & aux ignorans & qui, cognoiffans leur peu de valeur, ne s’en fervent iamais pour eux-mefmes. Ayant la mémoire chargée de toutes ces fadaises que i’ay apprises en mes ieunes ans et qui en faifois, pour lors, eftat comme de quelque chose de bon, à présent que i’ai plus de cognoiffance que ie n’avois, ie les veux toutes chasser de moy & les donner à ceux qui en feront plus d’eftat que ie n’en fais; afin qu’ayant l’esprit defchargé de toutes ces matières ridicules, il foit plus libre pour agir à l’achèuement d’vn œuvre plus ferieux que i’ay commencé il y a désia quelque temps & que j’efpere mettre au iour, si Dieu me donne assez de vie pour en voir la fin comme ie le désire: si tu vois icy quelques contes qui ne te plaisent point, passe par dessus sans mot dire et n’en degoute point les autres qui peut eftre trouueront aussi mauuais ceux qui passeront auprès de toy pour bons. Il y a icy de la viande pour tous ceux qui ont bon appetit & pour les defgoutez mefme. Vn Asne preferera un chardon à un pain de sucre, & si vn marchand n’auoit que des perles et des diamans à debiter au menu peuple, il faudriot qu’il mourust de faim: beaucoup pour leur vfage préféreront vn fiflet de peu de valeur à vn joyau de grand prix, pour ne cognoiftre pas ce qu’il vaut. Les choses en ce monde ne font estimées que par le prix qu’on veut leur donner, & l’on voit tous les iours que les charlatans & ioueurs de marionnettes font plus suivis et applaudis que les philosophes; comme il y a bien plus d’ignorans que de sçauants, ie m’affeure que le nombre de ceux qui courront après ce liure fera bien plus grand que celuy de ceux dont il fera rebuté & ie feray moy-mefme le premier à en rire. Au reste, qui que tu fois qui tiens ce liure en main, car ie ne fcay pas à qui ie parle, si le discours sur lequel tu feras te defplait & t’importune, tu n’es pas obligé à te contraindre de l’entretenir par ciuilité, laisse-le là, tu le reprendras cuand il te plaira sans qu’il s’en offence ni sans qu’il rougisse des iniures que tu luy diras tout haut, non plus qu’il s’enorgueillira des louanges qu’il pourra receuoir de quelque ceruelle creuse qui, ayant le gouft dépraué, y pourra par hazard rencontrer quelque viande a son appétit; il vient pour feruir au public & tu fçais qu’il eft impossible de plaire à tous; si tu en fais peu d’eftat, fçache que j’en fais encor moins que toy & quelque autre lui pourra faire meilleur accueil, et comme tu te mocqueras peut-eftre de ceux qui le carrefferont, ils se pourront aussi mocquer de toy du mefpris que tu en feras. Si ce second uolume te plaift, ie feray encor vn effort sur ma mémoire pour t’en donner vn troifiefme, & puis ie te diray adieu sur de pareilles matières & me mettray a trauailler sur des choses de plus de poids et diray auec ce prince des Poètes latins:
Sicelides, Musæ, paulo majora canamus,
Non omnes arbusta juvant humilesque miricæ.»
Voilà un auteur qui fait assez bon marché de ses productions & se montre certainement d’humeur accommodante. Revenons à l’exemplaire de la bibliothèque de l’Arfenal. La troisième partie a le titre raccommodé et annonce contenir:
Plusieurs naïfuetez, simplicit(ez)
Reparties, brocards et Gascon(nades)
Oubliées au premier et deuxiè(me)
(volume)
En voici la préface: «ayant veu plusieurs personnes rechercher avec foin la feconde partie de mes Contes aux heures perdues & me trouuant en eftat d’en auoir encor quelques-vnes à perdre & importuné de mon imprimeur d’en donner vn troisième uolume, i’en ay emploie quelques-vnes le iour de celles que i’ay dérobées à des ouurages plus sérieux où ie trauaille, pour contenter le désir de ceux qu’ont l’humeur portée à l’entretien des choses risibles, ie commenceray ce volume par le tiltre que i’ay donné au premier affauoir par les Naïfuetez, desirant adioufter à celles que i’ay mises au iour, quelques-vnes qui ont esté oubliées en la première partie. le ne feray point ici de difference des trois fortes de Naïfuetez, puisque nous en auons suffisamment parlé au premier volume; ie diray feulement que ie réduiray icy ces trois chapitres en vn, quoy que premièrement ie parleray des Naïfuetez simples, puis des eftudiées & après des mixtes. Vous discernerez bien vous-mefme les vnes des autres, sans qu’il foit besoin de les diuifer par chapitres. Après ce volume icy ie commenceray le premier de mes Nouuelles, qui sera de toutes celles qui font risibles, avant que de venir aux sérieuses, où vous aurez sans doute sujet de vous diuertir par la lecture des plus beaux intrigues que uous ayez veus & qui auant ceci n’ont iamais esté imprimez.»
Nous arrivons à la
QUATRIESME ET DERNIERE PARTIE
où font contenus plusieurs contes facetieux, auec quelques nouvelles plaisantes & recreatives non encore veues.
Paris Quinet.
1644.
Voici l’avis
AU LECTEUR.
l’avois refolu de ne plus efcrire sur ces matieres ridicules, mais l’importunité de mon libraire m’a encor oblige à faire ce quatriefme volume, qui fera le dernier, tant pour te faire part de quelques contes que i’ay oubliez dans les trois precedens liures que pour te donner quelques agreables nouuelles ridicules & plaisantes, dont i’ay rempli vn chapitre presque tout entier, pour adioufter au nombre des fubtilitez que i’ay traitté dans la seconde et troifiefme partie, outre la derniere nouuelle que tu trouueras en ce volume sur la fin, qui pour eftre longue ne te doit pas defplaire. Si tu trouues en ce liure icy quelques contes plus longs que ceux que tu as veus dans les volumes precedens, tu ne les trouueras pas moins diuertiffans. Si la patience t’efchape en les lisant, paire par-deffus & ne t’amuse qu’a ceux dont la fin n’eft pas éloignée du commencement, tu y en trouueras de toutes façons. le n’ay point este d’aduis de distinguer autrement dans ce volume les contes par chapitres comme dans les precedents.
Ie les mets quafi pefle-mefle, avec quelque ordre pourtant, que j’y obserue qui ne paroiftra point si fort qu’aux autres. En fuitte de ce Liure tu verras mon Periandre, dont i’ay des-ja deux volumes de prefts, estant bien aduancé dans le troifiefme. Sous ce nom de Periandre & autres qui font empruntez en cet ouurage, tu trouueras quantité d’histoires très diuertiffantes & veritables arriuees en plusieurs endroits de l’Europe, qui composent entre elles vne efpece de roman ferieux, veu qu’elles font tellement liées les vnes avec les autres qu’on ne les fçauroit tirer d’ensemble sans leur ofter toute leur grâce. C’eft où i’ay bien mis d’autre peine & employé d’autre trauail qu’à la compofition de ces contes ridicules, que ie n’ay mis au iour que pour le diuertiffement des melancoliques & dont ie n’efpere autre chose que la satisfaction que mon libraire y trouuera en le débitant. Il ne s’eft point plaint des premiers, ie ne fçay ce qu’il fera de cettuy-cy & du troifiefme, qui eft à ce que i’entends preft d’eftre mis en vente. Mais comme une feule forte de viande dégoufte toujours, ie crains bien que tu ne te rebutes de ce mets icy. C’eft pourquoy ie fay dorefnauant trefue d’efcrire sur pareilles matieres. le croy t’auoir assez préparé les oreilles pour vn ouurage plus sérieux que ie fuis tout preft, comme ie t’ay dit, de mettre au iour. Adieu.»
Cet avis au lecteur n’eft pas moins intéressant que les précédents. Après avoir pour la troifieme fois mis sa publication au compte de l’importunité du libraire, d’Ouville ajoute qu’il donne cette fois «des contes plus longs,» ces nouvelles dont il eft fait mention dans le tome III & dont il voulut faire paraître un recueil risible & un recueil sérieux. Nous apprenons de plus qu’il travaillait à un Periandre, un roman sur lequel il fait grand fond, au rebours de ses Contes qu’il traite de sottises. Periandre n’a point paru que nous sachions, mais les quatre volumes de contes présentent un ensemble sinon impofant, du moins digne d’attention, & pour lequel le mot d’ana employé par M. Charles Louandre nous semble insuffisant. Nous sommes d’ailleurs d’accord avec ce critique pour reconnaître à d’Ouville le mérite d’avoir inauguré en France un genre à peu près nouveau & employé des formes littéraires dont il a pris foin de nous donner l’esthétique dans de courtes préfaces. Ces préfaces nous allons les reproduire ici, puisque nous ne reproduifons pas complétement la première edition datée de 1643.
D’abord la table comprend:

Le privilége eft du 20 février 1642 & l’achevé d’imprimer du 26 mars 1643. Voici les préfaces:
Des Naifvetez.
Table des matières
Il y a de trois fortes de Naïfuetez, les unes font simples, quand Amplement on dit quelque chose de ridicule, sans auoir aucun deffein de faire rire celuy ou ceux à qui l’on parle & celle-cy procede d ignorance pure, dont toutefois les bien cenfez tirent de grands auantages de rifée contre l’intention de celuy qui les dit.
Il y en a d’autres qu’on nomme Naïfuetez étudiées, quoy qu’elles soient dites sur le champ, sans les auoir premeditées, comme lorsqu’on répond à quelque question par paroles, qui semblent naïfues, mais ou il y a pourtant de l’eftude, auec un sens qui semble se goffer de celuy qui l’en questionne, & celle-cy bien contraire a l’autre, procede de subtilité d’esprit. Or de celles-cy il y en a de deux fortes, les vnes qui butent feulement a s’exercer l’esprit par une refponfe aigüe, & les autres qui piquent celuy à qui l’on parle, & celles-cy tiennent plutôt du broquard ou de la repartie que de la Naïfueté.
La troifiefme forte de Naïfueté eft celle qui participe de la simple & de l’étudiée, & cette-cy par les ignorans peut eftre prise simplement & par les autres il y peut auoir vne pointe referuée & le plus fouuent contre l’intention mefme de celuy qui la dit & cette-cy peut eftre dite par les fçavants & par les doctes. La poincte consistant en l’explication qui le plus souvent eft remarquée par les auditeurs & ignorée par l’autheur, qui en ce cas ne mérite pas pour son regard d’eftre feparée des premieres, c’eft a dire des simples ou naïfues. De ces trois nous donnerons quelques exemples où la difference paroiftra assez visible.
P. 66. — Naïfvetez etudiees.
Table des matières
Ces Naïfuetez icy font differentes des precedentes, ie les nomme eftudiées, a cause qu’il y a en chacune quelque marque d’efprit & néantmoins semblent eftre dites naïfuement & sans y penser; de forte qu’elles tiennent quelque chose de la repartie encor qu’elles font dissemblables, en ce que les reparties font ainfy nommées parce qu’on repart à autruy & qu’il faut auparavant qu’un autre parle, & en celles-cy il n’eft point besoin qu’vn autre faire la planche. On remarquera aifement par la fuite de ce discours la difference qu’il y a entre les vnes & les autres.
P. 113. — Naïfvetez mixtes.
Table des matières
Il y a plusieurs personnes qui par ignorance ou par mocquerie, disent quelquefois des naïfuetez dans leurs discours, capables bien pluftoft de faire rire que d’édifier aucun des auditeurs, & tels genres de discours je les metz parmy les Naïfuetez mixtes, c’eft-à-dire qu’elles trouuent de la simplicité, pouuant eftre dites par pure naïfueté simple ou par une naïfueté affectée, en quoy il y auroit de la pointe d’efprit & partant pourroit entrer au rang des prémieres naïfuetez dont nous auons parlé cy-deffus. Comme un certain docteur qui difoit: «Meneurs, vous n’auez autre fefte en cette prochaine semaine qui vous empefche de faire voftre labeur terrien, si ce n’eft la feste de Monsieur Sainct-Aignan, qui guérit de la gale, vous l’aurez jeudy.» Sçauoir si ce deuoit eftre le jeudy qu’ils deuoient auoir la fefte du Sainct ou la gale, ou s’il le difoit innocemment ou par malice. Je vous le laisse à iuger.
P. 132. — Des Simplicitez.
Table des matières
Ceux-cy peuuent bonnement eftre miz au nombre des premiers contes que uous auez leus cy-deuant fous le titre de naïfuetez simples, aussi leur donnay-je le nom de fimplicitez, ie les distingue toutefois d’auec les autres, qui tiennent plus de la naïfueté que de la implicite: ceux-cy font dits par des idiots sans ceruelle, dans les discours desquels il n’y peut auoir aucune chose prise à contresens ou dont l’on puisse tirer autre mot pour rire que la feule beftialité de ceux qui les ont proférez, dont nous marquerons quelques exemples
P. 220. — Equivoqves.
Table des matières
Ce cinquiefme chapitre eft des Équiuoques, c’eft-à-dire des mots qui eftans pris a double sens, ont autre signification, quelquefois picquante, quelquefois visible; & les plus subtiles font celles qui semblent eftre interpretees contre l’intention de l’Autheur: car, quand la picque eft apparente sans autre sens & sans auoir vne porte de derriere pour se sauuer, cela fent plus son brocard picquant que son équiuoque. Nous en donnerons plusieurs exemples, entre lesquelles il y en aura de toutes les façons.
P. 330. — Gafconnades.
Table des matières
Chacun cognoift la nation gasconne, & principalement la noblesse pour très-généreufe & qui a bonne grâce à exagérer un trait de vaillance & quoy que le plus fouuent quelques-uns d’eux en die beaucoup plus d’eux-mefmes qu’il n’y en a, ce qui feroit extrêmement ridicule aux autres nations leur sied si bien que ie n’ay point fait de difficulté d’intituler ce chapitre du nom de Gasconnades. Auec protestation pourtant que ce n’eft en façon quelconque par mefpris de la nation que i’eftime & honore bien fort, estant amy intime de plusieurs particuliers, mais il y a de si bonnes choses a dire la-dessus, que ie m’affeure que ceux mefmes qui y ont intéreft y prendront du plaisir. Pour moy, i’aduoue que ie fuis Normand (dont plusieurs toutefois de ceux qui liront cecy douteront, voyant que ie le connue si franchement), & vous verrez en fuite de cettuy-cy un chapitre où ie ne flate nullement ceux de ma nation. Au contraire, on verra que ie fuis le premier à me mocquer des deffauts qu’on leur attribue, fçauoir si c’eft à vray ou a faux, ie m’en raporte à ce qui en eft. Que chacun donc life cecy comme vn discours fait par plaisir, pour le diuertiffement des mélancholiques; que s’il y a quelque conte qui ne plaise pas beaucoup à quelqu’un qui fera trop chatouilleux dans l’intéreft du pays, qu’il parte par dessus sans s’y arrefter, et qu’il se mocque, s’il veut, non de celuy qui innocemment a fait ce recueil, mais de ceux de qui il a appris ce qu’il contient, car ie ne demeure pas garand que tout ce qui eft icy contenu foit véritable. Il y a quelques contes en ce chapitre qui appartiennent bien pluftoft aux Efpaignols qu’aux Gascons; mais ç’a esté pour le grossir, car il euft esté trop court. Laissons ce discours, car ceux dont ie vous vay parler font plus amis des effets que des paroles.
P. 405. — Normands.
Table des matières
Pour montrer que ie ne pardonne non plus à ceux de ma nation qu’aux Gascons, ie mettray ce chapitre icy des Normands, c’eft une nation qui ne se trompe guère qu’a son profit & tiennent à auoir seuls le priuilege de se pouuoir defdire. C’eft la vérité qu’vn Normand depayfé eft assez difficile à attraper. Il n’y a personne qui plus franchement fasse un faux ferment qu’eux, & peu de Normands perdent leurs procez, quand ils font receus à faire preuue, car on ne manque point de tefmoins en ce pays-là, ou qu’on s’en rapporte à leur ferment, car en ce cas ils disent promptement à leur valet: «Bride, la befte eft à nous,» & quand mefme ils se confessent d’auoir rendu faux tefmoignage contre quelqu’vn: il se trouue des conteneurs en ce pays-la, principalement en la basse Normandie, qui leur disent: «Lais-fez ces bagatelles, venons aux gros,» comme si rendre un faux tefmoignage contre quelqu’un n’eftoit pas vn péché. Ce n’eft pas que i’en veuille faire une regle générale & qu’il n’y ait de très-honneftes gens, mais que voulez-vous? ils n’en ont pas le bruit, & ie vous iure que, me trouuant un iour en certain pays, comme on me demanda d’où i’eftois, & que ie respondis que i’eftois Normand, un honnefte homme qui eftoit la présent, me dit-qu’il n’en croyoit rien, à cause que ie l’aduouois trop franchement. le diray aussi à leur gloire qu’il ne se trouue point de prouince en France d’où il foit forty plus d’habiles gens, pourueu qu’ils ayent hanté le grand monde, & il n’y a rien de plus rude qu’vn Normand qui n’a iamais forti de son pays, & peut-on dire auec vérité que la Normandie eft une excellente pépinière de beaux esprits, mais il faut qu’elle foit transplantée ailleurs. Ce font les plus subtils pour plaider qui se puissent voir, & feront un procez sur la pointe d’une aiguille, tesmoin un procez entre deux Normands, qui dura vingt-quatre ans pour un nid de pie, qui eftoit sur la branche d’vn qui pendoit sur l’héritage de son voisin, chacun prétendant que le nid luy appartenoit, l’vn disant que l’arbre eftoit planté sur son fond, & l’autre que la branche où eftoit ledit nid, pendoit sur son héritage, & que l’ombre faisait tort a son herbe, & que par conséquent il deuoit auoir le profit. Vous en verrez par la fuite de ce discours d’assez memorables.
P. 445. — Des Brocards.
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le fais vne différence de brocard à repartie; la repartie eft quand quelqu’vn nous taxe de tafcher d’excuser par quelque fubtilité celuy ou celle dont on veut mefdire, en forte qu’il paroisse quelque gentillesse d’efprit, qui fasse prendre en autre sens ce que dit celuy qui veut se gausser. Mais le brocard a cela de particulier qu’en taxant aucun, on rejette subtilement la pelote à son compagnon, & faut que ce foit par vn mot si picquant qu’on offence encor plus celuy qui veut tafcher d’offencer celuy qui repart, & par son propre discours luy prouuer vn défaut visible, & par ainsi on void qu’un brocard eft plus qu’une repartie & que tout brocard, que l’Efpaignol nomme apodo, peut bien eftre repartie, mais toute repartie ne peut pas eftre brocard. Il y a aussi des brocards qui font bien sans repartie, comme quand on veut reprocher vn deffaut à quelqu’un sans que celuy à qui l’on le reproche donne sujet de se picquer, & en cela, c’est un brocard simple, qui ne vient en rien de la repartie. Nous les confondrons pourtant en ce discours, & vous en verrez les exemples des ans & des autres...
P. 486. — Des promptes Reparties.
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Ce chapitre icy approche du précédent; il y a seulement cette différence que le brocard eft vne raillerie d’vn homme qui le fait sans autre dessein que de se mocquer de quelque deffaut en celuy qui parle sans qu’il y foit obligé que par un certain caprice, & pour exercer la pointe de son esprit, à quoy il n’eft obligé que par pure galanterie. Mais la repartie eft toute autre & encherit sur le brocard, car si un homme a l’esprit si présent, que se fentant brocardé ou bien ou mal à propos, il rejette la pelotte la teste de son compagnon & l’emporte par dessus luy, c’eft vne repartie qui terrasse vn brocard, & c’eft le vray sens que doit auoir la prompte repartie, car elle ne veut point eftre tirée aux cheueux, il faut qu’elle naisse promptement & à propos de celuy qui nous raille ou qui nous taxe. Mais le brocard a quelque chose de moins; il n’eft point obligé à parler que quand il luy plaist & ne remue point la raquette que quand il voit qu’il a beau. Mais la repartie en quelque temps que ce foit nous oblige à parler foit bien ou mal, & celuy qui se taift quand il eft obligé de parler, paroift stupide. Celuy qui parle & qui ne dit pas ce qu’il doit dire paroift ce qu’il eft, c’eft-à-dire impertinent & éceruelé ; celuy qui promptement repart en rejettant la raillerie qu’on veut faire de luy sur son compagnon eft adroit & subtil; & ce font de ceux-cy que nous demandons dans ce présent chapitre dont vous en allez uoir des exemples qui ne vous defplairont pas, si vous n’estes de de très-mauuais gouft.»
Nous avons dit que d’Ouville était à considérer comme dramaturge, conteur & traducteur; ces préfaces montrent qu’il avait l’étoffe d’un critique, & les traités de littérature devraient lui vouer un souvenir reconnaissant.
La IIe partie (1644) contient des rubriques, des titres. comme dit d’Ouville, différents de ceux du premier volume, & ces titres font suivis de notices, parmi lesquelles nous en choisirons trois:
Des nouuelles Mariées.
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l’intitule ce chapitre des nouvelles Mariées, sur lesquelles il y a toufiours quelque bon conte à faire, que l’on ne peut si bien deguifer qu’il n’y ait quelque chose vn peu libre. Mais puisque ce n’eft qu’en légitime mariage, pourquoy ne pourra-t-on pas dire librement ce qui eft permis de faire à tout le monde? Ne vous en scandalisez pas, vous autres dames mariées, puisque vous auez passé par là, et vous autres filles, puisque vous y passerez quelque iour; et ie gageray que ce fera toufiours le plus tard que vous ne le souhaitez, & m’assure qu’en lisant ce chapitre, vous rierez de la naïfveté de ces ieunes sucrées que vous y verrez, qui eft un figne qu’il ne vous prendra pas enuie de les imiter, principalement celle que ie mets en teste de ce chapitre. Pour le moins, s’il y en a quelques-unes de vous autres qui, auant que d’eftre mariées, aye fait ce qu’elle a fait, elle ne fera pas si libre de le dire & surtout a celuy qui y a le principal intéreft. Mais il n’en eft pas auiourd’huy de si sottes; aussi, celles que ie defcris eftoient au vieux temps que l’on se mouchoit à la manche & que les hommes de vingt-cinq ans auoient peur du fouet, le monde eft à présent un peu plus rafiné qu’il n’eftoit.
La Dispute des Mariez.
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Après auoir parlé de la naïfueté des nouuelles mariées, i’intitule ce chapitre la dispute des mariez, dans lequel ie traitte de toutes les disputes, noises, riottes et contentions qui peuvent arriuer entre les personnes mariées; i’entends parler de ceux qui ne font pas de condition requise, qui ont eux & leurs femmes tousiours maille à partir ensemble, reffemblans aux cardes des drapiers qui se defchirent tout le long du iour l’vn l’autre & de nuit font toufiours d’accord. le n’entends pas dans ce chapitre parler des tours de souplesse dont usent tous les iours les femmes pour mettre des cornes à leurs maris, cela mérite bien vn chapitre à part, tant le nombre en eft grand. Aussi le mets-je en fuitte de cettui-cy, fous le tiltre de fubtilitéz. S’il y a des mauuais mefnages dans les mariages, quelquefois les hommes en font cause, d’autrefois auffi les femmes, & le plus fouuent tous les deux ensemble. Quand l’intéreft ioint pour toute la vie des personnes si différentes d’humeur, qu’elles deuroient pour iamais eftre séparées, car si cela n’eftoit point, ie ne ferois pas en peine de faire ce chapitre, il faut neceffairement que la mes-intelligence foit grande entre eux. Quoy qu’il en foit, il eft constant que l’homme qui eft ou qui doit eftre le maiftre, fait la femme bonne ou mauuaife par ses deportemens enuers elle, car il y a autant de danger de les gourmander trop comme de leur tout souffrir. Suffit ce que i’en dy en général, donnez-vous la patience de lire ce discours, & vous verrez quels font les vns & les autres en particulier.
Des railleries en mourant.
Table des matières
Il y a des personnes qui vont à la mort comme les autres vont au bal; mais les causes en plusieurs font bien différentes les unes des autres, quelques-vns se monftrent hardis en mourant par pure stupidité, les autres par une généreuse vertu & quelques-vns par nécessité. Ceux que la stupidité porte à mefprifer la vie, font pires que les beftes qui en estiment la conferuation; ils fuyent bien la mort, mais ils ne la craignent pas, & en cela ie les tiens plus heureuses que les hommes. Quand le soleil s’éloigne de nous, les ombres font plus grandes que les corps; de mefme, bien fouuent la crainte de la mort eft bien pire que la mort mefme. Cette crainte se fert de l’aduenir où nous ne voyons goutte, & la mort n’eft mauuafie que parce que nous l’estimons telle. Combien en voyons-nous tous les iours qui, de la feule crainte de deuenir miférables, le font deuenus tout à fait & ont tourné leurs vaines peurs en miferes certaines; il y en a quantité qui meurent de la peur feule qu’ils ont de mourir, & la crainte ne fert qu’a nous faire trouuer ce que nous fuyons...»
Nous arrivons maintenant à des éditions qui portent un autre titre. Il eft arrivé a d’Ouville ce qui se voit fou-vent: un ouvrage réussit, le libraire alléché demande a l’auteur une fuite, l’auteur s’empresse d’accéder à ce désir, l’ouvrage devient long, fatigant, alors un nouvel auteur ou éditeur fait un choix dans ce fatras & ramene l’ouvrage a des proportions plus restreintes: de la l’Élite des contes du sieur d’Ouville. La première édition intitulée ainsi, parut en 1669, comme il report de l’exemplaire de la bibliothèque de l’Arsenal, dont voici la description:
N° 14,339
L’ÉLITE DES CONTES DU SIEUR D’OUVILLE
PREMIERE PARTIE.
Augmenté en cette édition.
A ROUEN
Chez Louis Cabut sur le Quay à l’Etoile brillante 1680
470 p. in-12 sans la Table.
Infine: a Rouen, de l’imprimerie de Louis Cabut, derrière le Palais au Vase d’Or, 1680.
2e VOLUME.
L’ÉLITE DES CONTES DU SIEUR D’OUVILLE
SECONDE PARTIE.
A PARIS
Chez N. Pepingue, rue de la Huchette, au bout de la petite ruelle des trois chandeliers, devant la rue Zacharie. Et en sa boutique au premier pilier de la grande salle du Palais, vis-à-vis les consultations, au Soleil d’or.
1669.
454 p. in-12, table préliminaire de 10 pages.
La Bibliothèque nationale possède l’édition de 1680, après laquelle viennent celles de Rouen 1699, de La Haye 1703, 2 vol. in-12 et d’Amsterdam, 1732, 2 vol. in-12. Elle possède encore le volume suivant: l’Élite des contes du sieur d’Ouville divisée en deux parties, IIe partie, in-12, frontispice représentant des seigneurs buvant. Lyon, de l’imprimerie de Michel Talebard, impr. ordinaire du Roy. s. d., côté Y2 642.
L’édition se rencontre complète dans le catalogue n° 5 de Liepmanffohn, Berlin 1875. Le nom de d’Ouville se lit encore sur les titres des deux recueils suivants: Nouveaux contes en vers et en prose, tirés de Boccace, de d’Ou-ville, etc. Paris, Loyson, 1678, in-12. Nouveaux contes à rire, de Boccace, de d’Ouville & autres personnes enjouées, Paris, Loyson, 1692, in-12.
C’eft un honneur pour d’Ouville d’être associé à Boccace, & cette association eft encore une preuve de son succès. Nous avons gardé à notre édition le titre d’Élite, non que nous reproduisions complètement un des ouvrages intitulés ainsi, mais parce que nous aussi nous avons fait un choix, consistant surtout dans les contes qui pouvaient donner lieu à des rapprochemens & fournir matière aux études de littérature comparée, que nous avons déjà pratiquées dans nos éditions de Pogge et d’Arlotto.
En 1656, d’Ouville donna les Nouvelles amoureuses et tragiques, traduites de l’espagnol de D. Maria de Zayas; mais déjà son Théâtre et ses Contes avaient révélé sa familiarité avec la langue et la littérature espagnoles. Les trois pièces qu’il fit paraître en 1646, font toutes imitées de l’espagnol: les Morts vivants des Muertos vivos, de Lope de Véga; Aimer sans savoir qui, de Amor fin faber aquien, du même, et Jodelet astrologue de l’Aftrologo fingido de Calderon. Les Morts vivants le trouvent à la Bibliothèque nationale. Réserve Y 5546, Recueil de comédies, t. IX; les deux autres ne se trouvent ni à la Nationale ni à la Mazarine. Et ici, nous devons nous élever contre Puibufque (Histoire comparée des littératures espagnole & française), quand il subordonne l’apparition des pièces fufmentionnées de d’Ouville, à la venue en France de la troupe espagnole de Sebaftien Prado, 1659: «Boisrobert, dit ce critique, d’Ouville, Th. Corneille, Montfleury fils & Quinault, font les auteurs qui ont le mieux profité de cette heureuse occurrence que Scarron n’avait pas attendue.» D’Ouville non plus n’avait pas attendu cette occurrence, les dates respectives suffisent a le prouver, & le second des contes que nous allons citer, contient l’aveu que l’auteur resta sept ans à la cour de Madrid; nous donnons le premier, parce qu’il avoue une origine espagnole:
P. 216. — Simplicité d’vn enfant efpaignol.
Table des matières
Chafcvn fçait qu’en Efpaigne le plus grand affront qu’on puisse faire à vn homme, c’eft de le taxer d’eftre suis. Quoy que ce conte icy foit inféré dans le Bufcon efpaignol de l’ouurage de Francisco de Quevedo, ceux qui n’entendent point l’efpaignol feront bien aises de voir icy en françois vne simplicité si naifue. Vn caualier Efpaignol, nommé Ponce de Aguirre, se promenant par la rue, fut rencontré par quelques enfants, vn desquels poussé par les autres pour luy faire defpit, l’appella tout haut Ponce-Pilate. Ce caualier se trouua extrefmement scandalisé, non feulement qu’on lui donnaft le nom d’vn suis, mais de celuy qui auoit condamné Noftre Seigneur, dont il se sentit tellement picqué qu’il courut après cet enfant l’épée à la main pour le tuer, qui s’enfuit entre les bras de son Maistre d’efcolle qui, le voyant en cet eftat, demande à ce caualier qui l’obligeoit à ce faire; il luy en dit le sujet: son maiftre le prie de ne pas prendre garde à cet enfant, qui ne fçauoit ce qu’il difoit, & l’affeure qu’il le chaftieroit en forte qu’il s’en fouuiendroit. Sur cefte affeurance, le caualier s’en va; auffitoft qu’il fut party, il le fait defpouiller tout nud & luy donne le fouet jusqu’au fang, & à chafque coup de fouet qu’il lui donnaift, luy difoit: «Direz-vous plus Ponce-Pilate? » Le pauure enfant respondoit en pleurant que non & demandoit pardon. Le lendemain, le maiftre faisant dire le feruice à cet efcolier, comme ce vint dire à la croyance, au lieu de dire: «... souffrit fous Ponce Pilate,» se fouuenant comme il auoit été fouetté pour ce mot-là, dit: «A souffert fous Ponce de Aguirre.» Voyez s’il ne l’offençoit pas dauantage.
P. 476. — D’vn bouffon efpaignol qui se mocquoift du pont de Madrid.
Table des matières
Ne vous eftonnez point si vous voyez en ce présent volume plusieurs contes des Efpaignols. L’autheur qui a fait ce recueil, y ayant demeuré sept ans dans la cour, & la langue efpaignole luy estant fort familière, n’a pas voulu oublier ceux qu’il a remarquez dans le pays, & quoy qu’ils ayent beaucoup plus de grâce en leur langue, il n’a pas laissé de les mettre en françois pour obliger ceux qui n’entendent pas la langue castillane & ceux aussi qui l’entendent. Il eft vray que les vns y peuuent prendre plus de diuertiffement que les autres, i’entends ceux qui ont cognoiffance de la langue, puisque l’autheur les met en l’vne & en l’autre, afin que la subtilité de l’esprit particulier en chaque nation puisse eftre entendue de ceux qui la fçauent, cecy ne foit pas dit feulement pour cette prefente rencontre, mais pour toutes les précédentes & pour celles qui fuiuront où il eft plus de besoin de faire cette différence qu’en celle-cy, qui a quasi aussi bonne grace en une langue eftrangère qu’en la sienne propre. Il faut remarquer feulement que la ville de Madrid, qui eft quasi fcituée au cœur de toutes les Efpaignes & où eft la cour du Roy, n’a pas seulement de riuière nauigable, mais vn méchant petit ruisseau qui n’eft pas la moitié si considérable en esté que la riuière des Gobelins de Paris. Elle se defcharge dans la riuière de Hénarès, & celle de Hénarès dans le Charame, & le Charame dans le Tage, à cette belle maison royalle d’Aranjuets, lequel Tage se defcharge dans la mer à Cafcais, sept lieues par delà Lisbonne en Portugal. Cecy, quoy que hors de noftre projet, foit dit pour les curieux. Ce petit ruisseau de Mançanarès, qui passe à Madrid, eft si sec en esté qu’il faut longtemps fouiller fous le fable pour trouuer l’eau, & néantmoins en hyuer eft extrefmement grand à cause des neiges fondues qui le grossissent, qui viennent des montagnes de Guadarrame, qui séparent la vieille Castille d’auec la nouuelle, au pied desquelles eft ce superbe monaftere de Sainct-Laurens de l’Escurial, dont il eft fait tant de mention. Ouurage commencé & acheué par Philippe II, roy des Efpaignes, ce qui eft cause qu’on luy a fait vn pont fort beau & fort magnifique, fous lequel le plus beau & le plus large fleuue de France pourrait passer, ce que considérant, un iour d’esté, un bouffon du roy d’Efpaigne, il luy dit en passant ce pont: «Senor, vueftra Mayeftad hade vender la puente, ò̀ comprar aqua!» qui veut dire: «Sire, il faut que Voftre Maiefté vende le pont ou qu’elle achète de l’eau.» Si i’ay esté si long à defduire ce discours pour un si petit fuiet, i’ay voulu imiter la cause qui estant si peu de chose a vn si grand pont. Ce qui a donné fuiet à vn des meilleurs esprits d’Efpaigne de dire que la riuiere de Mançanarès, qui passe à Madrid, ressemble aux faux amis qui n’ont que le lustre & la splendeur, comme les faux efcus, ce les perdent à l’efpreuue & au besoin. C’eft-à-dire que cette riuiere ou ruisseau a beaucoup d’eau en hyuer, quand tout en regorge d’ailleurs & qu’on n’en a aucun besoin, & qu’elle manque en esté où l’on en a affaire; mais il luy donne une plaisante excuse, disant qu’il eft courtisan, c’eft-a-dire qu’il passe au pied de la cour du roy, & que cela estant il ne doit point eftre blafmé s’il manque quand on a affaire de luy, comme la plufpart des courtisans font.»
D’Ouville n’a pas imité uniquement Quevedo, mais nous laissons à de plus compétents, M. de Puymaigre ou M. Morel-Fatio, le foin de découvrir des sources cachées; nous constatons feulement que d’Ouville a vécu sept ans à la cour d’Espagne, sans pouvoir dire à quel titre. Les renfeignemens que Boisrobert nous fournit sur son frère se réduifent à deux passages de ses Épîtres, 1654, 2 vol. in-8° ; il dit de lui, épître cinquième du troisième livre:
Le pauvre Douville eft mon frère...
Il porte le titre d’Hydrographe,
D’Ingénieur, de Géographe,
Mais avec ces trois qualités,
Il eft gueux de tous les côtés.
Bref il n’a plus d’autre ressource
Que celle qu’il trouve en ma bourse.
Il avait dit ailleurs, en parlant du même frère:
Melchifedech étoit un heureux homme
Et son bonheur eft l’objet de mes vœux,
Car il n’avoit ni frères ni neveux.
D’Ouville traduisit encore de l’espagnol de Caftillo Sovorzano la Fouine de Séville, ou l’Hameçon des bourses; cette traduction ne fut publiée qu’en 1661, Paris, Courbé, in-8°. On la réimprima fous le titre d’Histoire & Aventures de Dona Rufine, fameuse courtisane de Séville, enrichie de figures. Amsterdam, 1723, 1733, 2 v. in-12; Paris, 1724, 1731, et La Haye (Paris) 1734 L’avis au lecteur confirme le jugement que nous avons exprimé sur les connaissances de d’Ouville:
«Voicy l’Efcolle des ruses & des fubtilitez dont l’esprit d’vne femme coquette & fripponne peut eftre capable. D. Alonso de Caftillo Souorçano, célebre Autheur efpaignol, a composé cet agréable ouurage en sa Langue, & il a este traduit en françois par feu Monsieur d’Ouville, qui certainement eftoit l’homme de toute la France qui parloit le mieux efpaignol & qui cognoiffoit le plus parfaitement toutes les grâces de cette Langue. Mais comme il n’efcrivoit peut-eftre pas assez purement en la noftre, un des plus délicats esprits du fiecle, qui a trouué après sa mort cette traduction parmy ses papiers, en a corrigé le ftile, & n’en voulant pas priuer le public, il a tafché de luy rendre toutes les graces qu’il auroit pu dérober à son Autheur. Il luy donne pour titre: la Fouyne de Seuille, ou l’Hameçon des bourses, parce que, comme cet animal a vne inclination à dérober, il a voulu, fous le nom supposé de Rufine, faire icy le portrait & eftaler tous les artifices & toutes les fubtilitez d’vne iolie femme de cette fameuse ville, qui se trouua assez adroitte pour voler les voleurs même les plus subtils, qui fit autant de duppes qu’elle fit d’Amants, & qui visa toûjours plus aux bourses qu’aux cœurs de ceux qui furent assez malheureux pour la trouuer belle. Si ie découure la feconde partie de ce diuertiffant ouurage, ie te promets, Lecteur, de te la donner si i’apprens que celle-cy ne t’ait pas esté defagréable.»
Cette feconde partie n’a point paru; d’autre part, nous ignorons quel eft le «délicat esprit» qui a publié d’Ou-ville en le corrigeant.
Il y a dans la Bibliothèque des Romans, décembre 1782, une analyse de la Fouine qui commence d’une manière piquante: «La fouine eft un animal joli, souple, léger, rufé & fripon, qui craint, se cache & se glisse partout, qui s’apprivoise & ne s’attache jamais, dont la physionomie eft tout à fait aimable, fine & qui ne fait que mordre, sucer & faire du dégât. On voit que ce petit caractère pourrait bien convenir à certaines femmes, & c’eft ce qui a déterminé l’auteur de cet ouvrage à donner le nom de fouine à son héroïne févillane. Son ouvrage n’eft ni commencé ni fini: il servait de fuite à d’autres romans du même genre satyrique & populaire, & il attendait lui-même une fuite. Il fut autrefois estimé en Espagne; il n’a jamais pu l’être en France, apparemment parce qu’on s’y soucie moins d’être éclairé sur les artifices des jolies filles, ou parce qu’accoutumés à ne rire que des choses ferieufes, nous entendons moins la plaisanterie sur les objets qui fervent au plaisir.
«L’art que profefoit Rufine eft aujourd’hui très-détaillé, perfectionné, encouragé, répandu & honoré chez toutes les nations. Il eft presque vrai que nous l’avons rangé dans la classe des arts neceffaires. C’eft dommage qu’il faille descendre dans la boue du vice pour traiter de cet art charmant...»
La Bibliothèque ajoute qu’on a traduit la Fouine deux ou trois fois fous différens titres, mais ne donne pas les noms des traducteurs.
Mentionnons encore que d’Artigny (Nouv. Mém., VI, 192) dit avoir vu de d’Ouville la Vengeance d’Aminte affrontée, qui eft probablement une édition séparée d’une des nouvelles de Maria de Zayas, & ne quittons pas les Contes aux heures perdues sans leur emprunter sur Desportes une anecdote que nous ne trouvons pas dans la Notice de M. Michiels sur ce poète:
P. 322. — De feu M. des Portes, abbé de Tiron.
Table des matières
Chacun fçait que feu M. des Portes, abbé de Tiron, esftoit vn des habiles hommes de son temps, comme l’on voit assez par ses œuures; on fçait aussi comme il a traduit en vers françois beaucoup des œuures de l’Arioste. Comme l’on l’attendoit en vne certaine compagnie, où d’ordinaire s’affembloient les plus habiles hommes de France pour discourir des sciences où esftoit ce grand prodige de son siècle, M. du Perron, deuant qu’il fût cardinal, il vint fort tard, & comme on l’accufoit de paresse, il s’excusa disant: «Messieurs, ie vous prie de m’excuser si ie vous ay tant fait attendre; j’eftois empefché sur un passage d’Aristote qui m’a tenu plus longtems que ie ne croyois. M. du Perron, se tournant vers celuy qui esftoit le plus proche de luy, luy dit bas, mais non pas tant que l’autre ne l’ouïft: «Il se trompe, il prend Arioste pour Aristote,» voulant dire qu’il feuilletoit bien plus l’vn que l’autre, qui a este cause que ces deux prélats, tant qu’ils ont vefcu, ont eu picque l’vn contre l’autre.
Nous ne croyons pas neceffaire de revenir au théâtre de d’Ouville, dont la dernière pièce: les Soupçons sur les Apparences, eft de 1651. Constatons feulement que la première: les Trahirons d’Arbiran, eft précédée de quatre hommages: un madrigal de Colletet, une épigramme de Chappoton, une de Maleval & un quatrain de Rotrou. Il y avait, à cette époque bienheureuse, échange de politesses rimées, & dès 1633, nous voyons d’Ouville adresser un compliment de ce genre à Corneille, à propos de sa comédie de la Veuve; il s’agit d’un sixain:
Cette belle Clarice à qui l’on porte envie
Peut-elle être ta Veuve et que tu fois en vie?
Quel accident étrange à ton bonheur eft oint?
Si jamais un auteur a vécu par son livre,
En dépit de l’envie elle te fera vivre,
Elle fera ta Veuve & tu ne mourras point.
D’Ouville était un des rimeurs «dont le patronage parut alors à Corneille utile & honorable ,» bien qu’il n’eût pas encore abordé le théâtre lui-même. Un témoignage plus indirect ne lui eft pas moins avantageux. L’auteur anonyme de la Pompe funèbre de Scarron, une de ces pièces comme on en faisait alors à la mort de chaque écrivain marquant, met les statues de Régnier, d’Ouville & Maynard dans le temple où s’accomplissent les funérailles de l’auteur du Typhon. Mourant, celui-ci a choisi pour fucceffeur Bois-Robert; mort, son cercueil eft escorté par Audin, Bardou, Monbrun, Du Bofc, &c.
Il nous semble que de ces traits réunis se dégage une figure assez lumineuse devant laquelle les critiques ont passé d’un air trop dédaigneux.
Il ne faut pas que la notoriété de Boisrobert fasse tort au mérite de d’Ouville. Boisrobert, le jovial abbé, le Galiani du XVIIe siècle, ne faisait peut-être quelquefois que débiter les contes recueillis par son frère. L’un & l’autre font, du reste, agréablement mis en scène par M. Em. Colombey: «L’abbé eft suivi de son frère, le conteur d’Ouville, d’Éléonor d’Etampes, de Valençay, de Colletet, de Desmarets, de Corneille & de Rotrou... Boisrobert présente d’Ouville à Richelieu. «Daignez accueillir, dit-il, un Gaulois «de la Gaule de Béroalde de Verville. — Hum! répond «le cardinal, toisant du regard le nouveau venu, il «eft de votre famille, l’abbé... Fait-il des vers, au moins? «— Par la blonde Phœbé ! il monte Pégase à poils & sans «bride. — Oh! oh! & voudrait-il me donner un petit «échantillon de son savoir-faire?» Boisrobert glisse rapidement ces mots dans l’oreille de d’Ouville: «Sers-lui «ton fameux vers des Fausses Vérités.» En bon déclamateur, son frère tousse deux fois, comme pour accorder son instrument. Puis il entre soudain dans la peau d’une suivante futée & dit d’une voix câline:
L’amour pour être instruit ne va pas à l’école.
«— Assez, jeune homme! s’écrie Richelieu dans le raviffement.
«L’échantillon me suffit. Nous songerons à vous
«pourvoir de quelque bon bénéfice...» Ce bénéfice n’arriva pas, & d’Ouville mourut «gueux de tous les côtés», lot ordinaire des gens de lettres. Aujourd’hui, ses Contes, même incomplets, se vendent 150 francs, & un fils de l’Alface essaie de faire revivre le Normand oublié.


L’ÉLITE DES CONTES DU SIEUR D’OUVILLE.
I
Table des matières
Naïveté d’une femme à son mari, la première nuit de ses nôces.
UNE jeune fille ayant été un an entier fiancée avec un jeune homme de fort bonne volonté, il la sollicita plusieurs fois durant cette année de vouloir contenter ses désirs & de mettre fin à leur mariage, dont quelques choses retardoient l’accomplissement en ce qui eft des cérémonies de l’Église; mais cette jeune fille sourde à toutes ses prières ne lui voulut rien accorder, quoiqu’elle en fût tous les jours très-importunée, dont le jeune homme se réjouiffoit en lui-même, croyant que ce refus procédoit d’une grande retenue & honnêteté qu’il eftimoit être tel. Enfin l’heureux jour de leur mariage arrive; après que le jour se fût paffé en bals & festins, il fut question d’aller coucher la mariée, son homme ne tarda guères. Comme il fut dans le lit avec elle, il lui dit: Eh bien, ma mie, c’eft à ce coup que je vous tiens & que vous ne fçauriez plus me refuser ce dont il y a si longtemps que je vous importune, maintenant que je fuis en plein pouvoir & qu’il n’y a plus de moyen de s’en dédire: je vous veux franchement avoüer que vous avez très-bien fait de ne m’avoir rien voulu accorder auparavant notre mariage & que je ne le faifois que pour vous éprouver; car si vous eussiez été assez facile pour condescendre à ma volonté, je vous proteste que je ne vous aurois jamais épousée. A quoi la jeune fille sans considérer ce qu’elle difoit, repart tout à l’heure: Vrayement, je n’avois garde d’être si sotte, j’y avois déjà été attrapée deux ou trois fois. Je vous laisse à penser si le jeune homme demeura satisfait de cette naïveté ; mais il le fut encore moins quand il ouït une risée de jeunes hommes qui s’étoient exprès cachez auprès de son lit, comme on a coutume de faire en pareilles occasions, qui en allèrent faire le conte partout, dont le pauvre homme pensa mourir de honte & fut longtemps qu’il n’ofoit sortir du logis; mais à la fin on s’accoutume à tout.
II
Table des matières
Naïveté d’un Lacquais nouvellement arrivé à Paris.
P. 12.
Un gentilhomme Normand, ayant amené à Paris un lacquais de son pays, qui n’en étoit jamais sorti, fut ravi d’aller en lieu où il pouvoit voir le Roi, dont il avoit tant ouï parler; il s’échût que comme ils entroient dans Paris, le Roi revenoit monté à cheval de Saint-Germain; comme on lui eut montré, il se prit à rire disant: Quoi! c’eft là le Roi? je penfois bien qu’il fût autrement fait; & l’interrogeant comment il s’imaginoit qu’il fût fait, il dit qu’il croyoit qu’il fût tout d’or & qu’il penfoit qu’il eût la main bien plus grande, parce, dit-il, qu’on saisit dernièrement notre vache en la main du roi & je vois qu’elle n’y fçauroit pouvoir. Passant par dessus le Pont-Neuf avec son Maître, le lacquais vid le cheval de bronze & s’écriant, dit à son Maître: Monsieur, voilà ce foudart, il me regarde; je pense qu’il me connoît bien. Trois ou quatre jours après y repassant & le voyant, dit à son Maître: Monsieur, voilà encore ce foudart à la même place où il étoit dernièrement .
III
Table des matières
D’un gentilhomme & d’une villageoise.
P. 81.
Une jeune villageoise couroit après son ânesse qui alloit au lieu où elle avoit un petit poulain. Il passa par là un gentilhomme qui la voyant assez jolie, lui dit: D’où êtes-vous, ma mie? De Ville-Juif, monsieur, répondit-elle. De Ville-Juif, dit le gentilhomme, ne connoiffez-vous point la fille de Loüis Guillot? Oui monsieur, répondit la fille, je la connois fort bien. Je vous prie, lui dit-il, faites-moi la faveur de lui porter ce baiser de ma part, & se mit en posture de la vouloir baiser. Cette jeune fille répond: Monsieur, si vous avez hâte, donnez-le à mon ânesse, elle y fera plutôt que moi, & le disant, s’échappa de son galand, qui demeura avec sa courte honte.
IV
Table des matières
D’une carpe efchappée.
P. 92.
Cardin Lorin étoit un apoticaire de Rouen, un des plus facécieux hommes de son tems; étant allé en un jour maigre sur le pont de Robec acheter une carpe pour le diner de lui & de sa famille, passant par dessus le pont, cette carpe qui étoit toute vie, voyant l’eau, efchappe de ses mains & se lance dedans; le pauvre homme tout étonné, s’en va à la maison où il trouva sa femme & ses enfants à qui il dit: Venez & suivez-moi; il les mena tous sur le pont de Robec où la carpe lui étoit efchappée & les ayant tous fait mettre à genoux, leur fit dire grâces.
V
Table des matières
Naïveté d’un plaideur.
P. 105.
Un villageois de Normandie avoit baillé à un sien voisin une terrinée de lait à garder; quand il lui redemanda son lait, ce voisin, foit qu’il l’eût mangé ou répandu, lui dit que les mouches l’avoient mangé. Sur quoi ce villageois le fait assigner. Etant devant le Juge & ayant fait plaider sa cause, le Juge le condamne à payer la terrinée de lait; le voisin s’en veut excuser, disant que les mouches l’avoient mangé ; à quoi le Juge répondit qu’il les devoit avoir tuées. Quoi! répond le païfan, eft-il donc permis de tuer les mouches? Le Juge lui dit qu’oui. En quelque lieu que je les trouve, monsieur? répond le païfan. Oui, dit le Juge, en quelque lieu que ce foit, je te le permets; lors le païfan voyant une mouche sur la jouë du Juge, s’approche de lui & lui baille un beau soufflet, disant: la voilà la galante de mouche, je gage que c’eft une de celles qui ont mangé mon lait. Le Juge quoiqu’il se sentît frappé, n’osa faire aucune instance, vû la permission qu’il lui en avoit donnée.
VI
Table des matières
Simplicité d’un Normand.
P. 180.
En l’an 1640, quand le Roi envoya des troupes en la ville de Roüen, pour tenir les habitants en leur devoir & les châtier de quelques rébellions qu’ils avoient commises l’année précédente, les soldats turent dispersez chez les habitans de la ville & deux entr’autres chez un bourgeois appelé Maître Henry, qui avoit un perroquet qui parloit fort bien: Ces soldats étonnez d’oüir ce perroquet qui parloit si bien, difoient: Si ce perroquet étoit à Paris, il se vendroit cent écus; le Maître qui peut-être n’avoit jamais vu cent francs ensemble, eut l’oreille éveillée & se résolut que fi-tôt que les soldats feroient partis & qu’il pourroit amasser quelque argent, de porter son perroquet à Paris, par le moyen duquel il efpéroit faire fortune. Quelque temps après que la ville fut délivrée de cette garnison, il ne manque point de se mettre en chemin avec son perroquet, & se va établir à la vallée de Misère, où il aprend que l’on vendoit de tels oiseaux, mais le perroquet étant désorienté, au diable le mot qu’il dit dans tout le voyage ni à Paris, ce qui défefpéroit le pauvre Maître Henry, car son argent se mangeoit, dont il n’avoit pas grande provision, car quand il partit il s’imaginoit, vû ce qu’il avoit oüi dire, que fi-tôt qu’il feroit arrivé à Paris, qu’il ne falloit que tendre la main pour recevoir son argent; mais il se trouva bien loin de son compte, car il ne fçut jamais dire un seul mot & le défaut d’argent le contraignit de s’en retourner avec son perroquet. Comme il fut à deux lieuës de Roüen, il rencontra un homme de sa connoiffance sur le chemin qui lui dit: Vous venez donc de Paris, Maître Henry. Cheftmon, répondit l’autre en son patois, j’y étois allé pour vendre ce méchant oiseau là, mais il n’a voulu dire mot. Ils se quittent & lui poursuit son voyage; comme il defcendoit la montagne de Sainte-Catherine, ce perroquet commença à respirer l’air du pays & voir les clochers de la ville, son babil lui revint & ruminant les discours qu’il avoit oüi dire à l’ami de son Maître, va dire: Vous venez donc de Paris, maître Henry? Cheftmon, bon bougre, répondit Maître Henry, si tu en eusses dit autant, j’eusse eu de l’argent de ta chienne de peau.
VII
Table des matières
D’un rôtisseur.
P. 254
En une petite ville de Normandie il y avoit un Juge, estimé le plus grand voleur du païs. Comme il faifoit un jour un festin, il fut chez un certain rôtisseur de la ville demander s’il y avoit moyen de trouver des canards de rivière pour le jour de son festin. Ce rôtisseur qui étoit extrêmement matois, lui dit que ce n’étoit pas la faifon & qu’on n’en voyoit point encore. Quoi! lui dit ce Juge, j’en vis dernièrement plus de deux douzaines ensemble qui voloient. Je pense bien, monsieur, tous ceux qui volent ne font pas pris. Je vous laisse à penser si monsieur le Juge n’avoit pas son fait, & s’il n’étoit pas bien stupide, s’il ne s’apercevoit pas qu’on parloit à lui.
VIII
Table des matières
De deux Gascons.
P. 350.
Deux Gascons fortoient un jour de Bordeaux, en résolution de voir le pays ensemble & de faire fortune, tâchant de filouter le monde. Ils arrivèrent à Paris, où en exerçant leur métier, ils furent attrapez dans le palais & un d’eux saisi d’une bourse fraîchement coupée: on leur met à tous deux la main sur le collet & parce qu’ils avoient bien la mine d’en avoir fait d’autres, on les dépoüilla pour voir s’ils n’étoient point officiers de Sa Majesté, c’eft à dire marquez à la marque Royale, mais on n’en trouva qu’un d’eux qui l’avoit sur l’épaule, qui fut condamné à être pendu en grève & l’autre fouetté au pied de la potence. L’arrêt ayant été exécuté, celui qui avoit évité la mort fut mis en liberté & quelque temps après il s’en retourna en son pays où il fut visité de tous ses parens & de ceux de sa connoiffance, auxquels il racontoit des merveilles de son voyage. Comme chacun s’enqu’êtoit ce qu’étoit devenu son compagnon: il a fait une belle fortune, difoit-il & a bien fait trouver le proverbe véritable qui dit que nul n’eft Prophète en son pays. Comment, lui demanda-t-on, quelle fortune a-t-il faite? Il s’eft marié, dit-il, fort richement en pays étranger. Et comme on lui demandoit à qui: il a été pourvu, dit-il, en haut lieu & j’ai bien dansé à ses nôces. Etoit-ce pas bien déguiser l’affaire?
IX
Table des matières
D’un Gascon qui n’avoit point de froid en hyver.
P. 390 & 492.
Un certain Gascon durant les plus grandes froidures de l’hyver, se promenoit sur le Pont-Neuf avec un petit pourpoint de toile blanche découpé sur la chemise, un bas de toile, un petit manteau de camelot, avec son épée au côté, comme s’il eût été au mois d’Août. Le Roy passe par là en caroffe, qui se cachoit le nez dans son manteau de panne à cause de la grande froidure qu’il faifoit & levant les yeux, il vid ce Gascon en cet équipage, ce qui l’étonna extrêmement; il le fait appeller & lui demande s’il n’avoit point de froid; il répondit que non. Comment peux-tu faire mon ami, de n’avoir point froid, vêtu comme tu es? lui dit le Roy, & moi je ne puis durer quoique je fois fort bien vêtu. Sire, répondit-il, si Votre Majesté faifoit comme moi, elle n’auroit jamais de froid. Comment? lui demanda le Roy. Si vous portiez, Sire, répondit-il, tous vos habits sur vous comme je porte les miens, assurez-vous que vous n’auriez jamais de froid. Le Roy trouva sa raison si bonne qu’il lui fit donner de quoi avoir un habit tout complet.
X
Table des matières
D’un autre avec un trésorier de l’Épargne.
P. 391.
Un Gascon ayant obtenu un brevet du Roi de cinq cens écus pour une pension qu’il avoit de Sa Majefté, ce brevet s’adreffoit au trésorier de l’épargne. Ce Gascon le fut chercher où l’on lui avoit dit qu’il se tenoit; étant près de son logis, il s’informoit à chacun où étoit le logis de ce trésorier de l’épargne: l’ayant apris, le premier qu’il rencontra fut lui-même à qui il demanda: Votre maître eft-il au logis? Il répondit que c’étoit lui-même. C’eft donc vous, dit-il, qui estes le trésorier: Oüi, répondit-il: Sabous lire, lui demanda le Gascon. A quoi ayant répondu qu’oüi. Boyez un peu, dit-il, ce que le roi bous mande. Il lui présente son brevet, à quoi M. le trésorier répondit: Hé bien, monsieur, ce font cinq cens écus qu’il faut que je vous baille. Quand les aurons-nous, mon mignon? Monsieur, répondit-il, nous allons nous mettre à table; vous aurez, s’il vous plaît, patience que nous ayons dîné. Combien durera ce dîner, demanda-t-il? Il durera bien, répondit-il, une heure & demie du moins, car il y a aujourd’hui bonne compagnie céans & nous y serons plus qu’à l’accoutumée. Cap de bious, dit le Gascon, si cela eft j’en fuis; lacquais, s’écria-t-il, va dire au logis qu’on ne m’attende point à dîner. Diou me damne, dit-il, monsieur, je ne fais point de cérémonie; ce que voyant M. le trésorier, il fut contraint de l’emmener dîner. Étant entré dans la salle, il se met à laver ses mains, se fied à la table le premier, disant: Sans cérémonie, messieurs; & se met à mâcher des deux côtés comme un cheval, comme celui qui de long-temps ne s’étoit trouvé en pareil festin. Quand on eût achevé de dîner, il s’adressa à M. le trésorier, lui disant: Et bien, mon mignon, aurons-nous de l’argent? à quoi il répondit: oüi da, monsieur, & appelant un de ses Commis, il lui commanda de lui délivrer cette somme & lui dit à l’oreille, qu’il lui retînt vingt écus pour son écot: Le Commis fait son devoir & lui compte son argent à vingt écus près. Cettui-ci dit qu’il n’avoit point son compte, il lui fit recompter quatre & cinq fois, à la fin le Commis lui dit, il y a vingt écus moins, monsieur, que je rabats pour votre écot: Comment? morbleu, dit-il, pour mon écot, que veut dire cela? Monsieur, dit le Commis, ces messieurs de là dedans payent chacun autant. Au diable, dit-il, je nourrirois deux mois toute ma famille pour cela, mais quoiqu’il fît du bruit, il fallut qu’il passât par là & fut véritablement payé de son effronterie & traité comme il méritoit.
XI
Table des matières
Autre rodomontade d’un Gascon.
P. 402.
Un certain cavalier Gascon, ayant été pour se battre en duel contre un autre qui prétendoit d’être offensé de lui, ne manque point de le trouver à l’assignation, où il vid un cavalier qui se promenoit qu’il crut de loin être son homme; mais l’ayant aproché, il vid que c’étoit un autre: la crainte qu’il eut que son dessein ne fût troublé par sa présence, lui fit dire assez rudement à ce cavalier qu’il sortît de là ; l’autre n’étant point accoutumé à de telles embaffades, lui répartit de même façon, que de paroles en paroles s’étant picquéz, ils en vinrent aux mains; sur cefte entrefaite, celui qui l’avoit apelé arrive qui fort étonné de le trouver en telle posture, lui demanda pourquoi il lui manquoit de parole & attaquoit un autre avant que de l’avoir satisfait. Cap de bious, répondit le Gascon, il m’ennuyoit, je pelotois en attendant qu’on jouât cette partie. Le même ayant été un jour arrêté prisonnier, dit: Cap de bious, les courtisans ont bon temps à présent que le Lyon eft enchaîné, ils ne doivent plus rien craindre.
XII
Table des matières
D’un Gascon qui vouloit sortir du cabaret sans payer.
P. 386.
Un Gascon allant par le païs, à pied cela s’entend, chargé d’argent comme un crapaud de plumes, arriva en une hôtellerie de village, assez affamé, comme celui qui n’avoit fait de long-temps un bon repas, voulant se rejoüir en ce lieu, & n’ayant pas un sol, dit en lui-même qu’autant vaut bien battu que mal battu & qu’il ne recevroit pas moins d’affront quand il faudroit payer, de devoir trente-cinq ou quarante fols que sept ou huit fols; se réfoud, puifqu’aux hôtelleries on ne demande de l’argent qu’à la fin de l’écot, de se faire bien traiter vû qu’il ne falloit pas moins de subtilité d’efchapper d’une petite dette que d’une grande. Il se fait donc servir selon son goût de tout ce qu’il eut envie. Comme ce vint l’heure de partir & qu’il falloit compter, c’étoit où tenoit l’encloüeure: il fait venir le maître & de discours en autre, car il étoit fort adroit, il lui fit plusieurs questions, lui demandant premièrement à qui ce village appartenoit; il lui dit le nom du seigneur; il voulut fçavoir après en quelle province étoit ce village, & l’ayant apris, il lui demanda de quel évêché & de quelle prévôté & de quel bailliage; on le satisfit à toutes ses demandes. Il s’enquit de plus si on obfervoit en ce pays le droit coûtumier ou le droit écrit. On lui répondit que le païs avoit ses coûtumes particulières avec lesquelles il se gouvernoit. Il demanda par la coûtume du païs ayant rémission du prince, ce qu’on donnoit à un homme qu’on avoit tué, pour satisfaire à partie civile. On lui répondit que selon la qualité des personnes qu’on s’y comportoit. Il demanda si un gentilhomme ayant tué un hôtelier, à quoi il pourroit être condamné : l’hôtelier répondit qu’il y avoit quelque distinction, que l’hôte pourroit être en tel état, laissant une femme & quantité d’enfants, qu’il feroit condamné à beaucoup plus qu’un qui ne feroit pas marié : Cettui-ci répondit, qu’il parloit d’un hôte qui n’étoit pas marié, car il fçavoit que le fien ne l’étoit pas; il répond que pour la mort il n’en fçavoit rien, mais qu’il avoit vû qu’on avoit condamné un homme qui avoit blessé un autre d’un coup d’épée, à dix écus d’amende & à payer le chirurgien: ce Gascon lui demanda ensuite combien on bailloit pour un soufflet? Oh! dit l’hôte, on en eft quitte pour un écu: Baillez m’en donc un, dit le Gascon, & me rendez mon reste, car je n’ai point d’autre argent à vous bailler. Comment, dit l’hôte, eft-ce en cette monnoye que vous me voulez payer? vous laisserez le manteau ou me baillerez d’autre argent, car je n’entens point raillerie là-dessus. Comment, dit le Gascon, ne me caufez pas, ou je vous ferois courir comme un lièvre. Moi, dit l’hôte, il n’eft pas en votre pouvoir de me faire sortir de ma place. Je gage l’écot, dit le Gascon, que je te ferai courir plus vite que tu ne voudras. Ils gagèrent, & là-dessus le Gascon gagne au pied, & l’hôte se met à courir après pour être payé. Ce que voyant le Gascon, dit à ce coup: Vois-tu bien que tu as perdu la gageure & que tu ne me fçaurois plus rien demander? Et ainsi s’en alla sans payer son écot.
XIII
Table des matières
D’un qui vendoit un cheval aveugle.
P. 415.
En la ville de Caën, un Normand vendoit un cheval aveugle, mais il n’y avoit que les clairvoyans qui s’en pussent apercevoir, tant il avoit la vûë belle & claire, & celui qui le marchandoit ne s’y connoiffoit point du tout; il dit au vendeur: Au moins c’eft à la charge que vous me le garantissez de tout vice generalement quelconque, car je ne m’y connois point; celui qui le vendoit & qui connoiffoit bien où le mal lui tenoit, lui dit: Monsieur, faites-le voir, je le garantis de tout vice; ils demeurent d’accord du prix, il le paye & amene son cheval; mais au bout d’un jour ou deux, il s’aperçût que son cheval étoit aveugle; il va trouver son marchand à qui il le veut rendre, maintenant qu’il lui avoit garanti de tout vice, & qu’étant aveugle, il lui devoit rendre son argent & amene avec lui les témoins qui étoient prefens quand il l’achetta; il dit qu’il s’en raportoit aux mêmes témoins & ne devoit rien en rendre, puifqu’il avoüoit qu’il le fît voir & qu’il le garantiffoit de tout vice, puifqu’il ne lui manquoit rien que la vûë. De façon qu’il s’efchappa par là & le pauvre homme fut contraint de se servir de son aveugle.
XIV
Table des matières
Brocard à une femme.
P. 483.
Une femme de celles qui passent leur tems aux dépens de leur honneur, defirant aller en mafquarade & se voulant déguiser en forte qu’elle ne fût connue de personne, comme elle se confeilloit avec celui qui la devoit mener, qui fçavoit bien ce qu’elle étoit, lui dit: Madame, déguisez-vous en femme de bien, je puisse mourir si personne ne vous pourra jamais connoître.
XV
Table des matières
D’un homme que sa femme n’avoit jamais pu contenter.
Un certain homme qui étoit d’une humeur si bizarre que sa femme, quoiqu’elle y mît tous ses efforts, n’avoit jamais pû le contenter en sa vie, car il trouvoit à redire à tout ce qu’elle faifoit, feulement à dessein de la contrarier en toute chose; si elle lui donnoit du noir il vouloit du blanc; si elle lui donnoit du dur, il vouloit du mol, & si elle lui donnoit du mol, il vouloit du dur, de forte qu’ils étoient tous les jours en grande querelle ensemble. Il arrive qu’un vendredi il vient l’après-dînée au logis, aporte un grand brochet pour le souper & ayant frapé à la porte, la servante lui vint ouvrir, à qui il donne son brochet sans entrer au logis, lui disant seulement: Qu’on m’accommode ce poisson pour mon souper, & s’en retourne auffi-tôt. La servante donne ce poisson à la maîtresse, lui disant ce que son maître lui avoit dit; elle lui demande à quelle fauce il avoit commandé qu’on lui accommodât, elle dit qu’il n’en avoit point parlé. Ah Dieu! ce dit-elle, nous voilà perduës; si nous attendons qu’il foit venu pour fçavoir de lui comme il veut qu’on l’accommode, il fera tout fondre céans de ne trouver pas son souper prêt. D’autre côté, si je le mets bouillir, il le voudra rôti, si je le mets rôtir, il le voudra à l’étuvée, si je lui baille a l’étuvée, il le voudra au court-bouillon; si je lui mets au court-bouillon, il le voudra en fricassée, de façon que je ne me fçaurois empêcher de le mettre en colere & d’être injuriée tout mon saoul & peut-être bien battuë. La servante la voyant en cette inquiétude, lui dit: Madame, vous voilà bien empêchée, le poisson eft grand, il y en a pour repaître demi douzaine comme lui, coupez-les en cinq ou six morceaux & les accommodez tous en differentes fauces & lui baillez de celle qu’il defirera; la maîtresse trouva cet expedient très-bon. Elles se mettent donc à cuisiner l’une & l’autre, & en mettent un morceau boüilli, un autre frit, un autre à l’étuvée, un autre rôti, un autre au court-bouillon & un autre fricassé, afin qu’il en trouvât de quelque façon qu’il en eût pû demander. Pendant qu’elles faifoient leur cuisine, un petit enfant qu’ils avoient, pleuroit sur la table où on l’avoit mis, mais n’ayant pas loisir de prendre garde à ce qu’il avoit, elles aimoient mieux l’entendre crier que le pere. Toutes leurs fauces étant donc faites, elles ôterent l’enfant pour couvrir la table, elles trouvèrent qu’il avoit fait caca sur le tapis, je parle par réverence; n’ayant pas le loisir de le nettoyer pour l’heure, elles ôtent le tapis en l’état qu’il étoit, & le mettent sur un coffre parce que l’heure du souper arrivoit & qu’elles craignoient d’être surprises par le maître à qui elles vouloient ôter tout sujet de crier; à peine le couvert fut-il mis que son mari arrive, qui en entrant demande: le souper eft-il prêt? Oüi, lui répond-elle, il eft tout prêt. Qu’a-t-on accommodé pour souper, dit-il assez rudement. On a accommodé, lui répond-elle, le poisson que tu as apporté. A quelle fauce l’a-t-on mis? dit-il. Je l’ai mis boüillir, dit-elle. Je ne le voulois pas boüilli, répondit-il en colere: Comment le voulois-tu donc? Frit, répond-il. Tiens, dit-elle en lui présentant le plat qui étoit frit, en voilà de frit. Lui qui ne cherchoit que les occasions de crier, lui dit en grondant: Je ne le voulois pas frit, moi. Comment donc le voulois-tu? dit-elle. Je le voulois à l’étuvée. Tiens, dit-elle, en voilà à l’étuvée & lui prefente le plat qu’elle y avoit mis. Mais lui, tout à l’heure répond: Je ne le voulois pas à l’étuvée, moi. Comment donc le voulois-tu? dit-elle. Je le voulois rôti, dit-il. Tiens, dit-elle, en voilà de rôti. Je ne le voulois pas rôti, moi, dit-il sur l’heure. Comment donc le voulois-tu? lui dit-elle. Je le voulois au court-bouillon, repart-il. Tiens, lui dit-elle sur l’heure, en voilà au court-bouillon, comme tu le demandes. Lui, voyant qu’on lui bailloit tout ce qu’il demandoit, se mit en telle colere de ce qu’il n’avoit pas juste sujet de crier qu’il en pensa défefperer, & jettant le plat au loin, dit: Je ne le voulois pas au court-bouillon, moi. Et que grand diable! veux-tu donc? dit-elle. Lui, ne fçachant que repartir, dit: Je veux de la merde! Elle, déployant le tapis où l’enfant avoit fait ses affaires, lui dit: Tiens, en voilà. De quoi son homme, tout en colere qu’il étoit, ne se put tenir de rire, & par ce moyen elle lui fit avoüer que cette feule fois elle l’avoit contenté, en lui ayant donné sur le champ tout ce qu’il avoit defiré.
XVI
Table des matières
D’un vieillard qui avoit épousé une jeune femme.
Un homme à l’âge de soixante ans avoit épousé une femme fort jolie de l’âge de dix-sept ou dix-huit ans; au bout de trois ans qu’ils furent mariés, ce bon homme tomba extrêmement malade & comme il vit qu’il n’y avoit plus en lui d’efperance de vie, il apelle sa femme à laquelle il dit: Ma mie, vous voyez l’état où je fuis & il n’y a pas d’aparence que je réchape de cette maladie en l’âge que j’ai; tout le regret que j’ai de mourir, n’eft que de vous quitter, vous ayant tendrement aimée. Je fçai qu’en l’âge où vous êtes, vous ne vous pouvez pas passer de vous remarier, aussi ne veux-je pas être si déraisonnable de vous prier du contraire. Mais si vous avez envie que je meure en repos, accordez-moi, je vous prie, une prière que je vous veux faire, & cela étant, je mourrai content. A quoi elle répondit qu’elle étoit prête de lui obeir en tout ce qu’il lui plairoit de lui commander. Je ne vous céle point, lui répondit le mari, que j’ai été jaloux d’un tel qu’il lui nomma, qui a accoûtumé d’entrer céans, & si je n’eusse eu peur de vous déplaire, je lui eusse défendu l’entrée de ma maison. Quand je ferai mort, remariez-vous à qui bon vous semblera, mais donnez-moi maintenant parole que vous n’épouserez point celui-là, car je n’apréhende autre chose en ce monde. A quoi la femme répartit tout à l’heure: Mon ami, reposez en assurance de ce côté-là, je vous prie, je fuis bien éloignée de ce que vous apréhendez; quand je voudrois je ne le pourrois pas, car je fuis déjà promise à un autre & le contrat en eft paffé. Avoit-elle pas raison d’y pourvoir de bonne heure, de peur d’y manquer?
Pulsuz fraqment bitdi.