Kitabı oxu: «Hygiène de la voix et gymnastique des organes vocaux»
Auguste Debay
Hygiène de la voix et gymnastique des organes vocaux
Histoire de la musique depuis son origine jusqu'à nos jours

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066336530
Table des matières
CHAPITRE PREMIER.
ANATOMIE. — PHYSIOLOGIE.
TIMBRE DE LA VOIX.
CHAPITRE II.
QUALITÉS DE LA VOIX.
CACOMUTHIES.
CHAPITRE III.
ÉTENDUE DE LA VOIX.
THÉORIE DU SON EN GÉNÉRAL.
DES REGISTRES.
DU CHANT CHEZ LES ANIMAUX.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHANT PROPREMENT DIT.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CLASSIFICATION DES ALIMENTS.
CHAPITRE VIII.
SYMPATHSIE DES ORGANES VOCAUX AVEC CERTAINS AUTRES ORGANES DE L’ÉCONOMIE.
CHAPITRE IX.
DU MAL DE GORGE.
DU CORYZA.
DE LA BRONCHITE
DE LA LARYNGITE
DES AMYGDALITES
DE L’ENROUEMENT
DE LA SÉCHERESSE DE LA BOUCHE
APHONIE
DES GARGARISMES.
DES VENTOUSES.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
MÉLOPÉE. — MÉLODIE.
DE LA POÉSIE LYRIQUE.
DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE.
CHAPITRE XII.
DES GENRES.
DU RHYTHME.
DE LA NOTATION.
DES ACCORDS ET DE L’HARMONIE.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XVII.

CHAPITRE PREMIER.
Table des matières
De la voix en général.
La voix, ϕόνή des Grecs, vox des Latins, peut être définie: la vibration sonore que produit l’air expiré, en traversant le canal laryngo-buccal.
La voix se distingue en voix parlée et voix - chantée.
— La parole se compose de l’articulation des lettres et de la prononciation des mots d’une langue, par les mouvements combinés du larynx de la langue et des lèvres.
— Le chant, selon le physiologiste, est l’émission de sons variés et modulés, au moyen du jeu des différentes pièces de l’appareil vocal; selon le musicien, c’est la faculté de parcourir avec la voix, toutes les notes des diverses échelles musicales.
Pour bien se rendre compte du merveilleux instrument de la voix humaine, il est nécessaire d’en étudier l’anatomie et la physiologie, c’est-à-dire, la structure et le mécanisme fonctionnel des diverses pièces qui le composent; il est également indispensable à ceux qui désirent pratiquer cet instrument et en connaître les ressources, de s’instruire aux leçons de professeurs éclairés de gymnastique vocale, car eux seuls peuvent en aplanir les difficultés et en développer les richesses.
ANATOMIE. — PHYSIOLOGIE.
Table des matières
Énumération et description sommaire des organes de la voix.
L’appareil vocal ou phonateur se compose de quatre parties distinctes.:
1° Les poumons, faisant office de soufflet.
2° La trachée, remplissant le rôle de porte-vent.
3° Le Larynx, constituant la glotte où se produit la voix.
4° Le tuyau vocal, formé par le pharynx et la bouche d’où sort le son.
Le poumon est un organe double, essentiellement spongieux, qui remplit la cavité de la poitrine. Le poumon droit présente trois lobes; le gauche deux seulement. Le tissu pulmonaire se compose, en grande partie, d’une quantité considérable de ramifications bronchiques qui, arrivées à l’état de capillaires, se terminent par de petites vésicules aériennes. Un poumon débarrassé de son tissu nerveux et vasculaire, par la dissection, de manière que les ramifications bronchiques aient été seules conservées, ressemble beaucoup à une branche d’arbre, donnant naissance à une infinité de ramuscules.
La trachée est un tube, de 130 à 150 millimètres de longueur, composé de 18 à 20 petits cerceaux cartilagineux, tronqués postérieurement où ils sont complétés par une membrane fibreuse. La trachée monte verticalement, en avant de la colonne vertébrale, pour s’adapter au larynx; sa partie inférieure se bifurque en deux tubes qui entrent dans le poumon droit et gauche où ils se divisent en ramifications bronchiques innombrables. Ces ramifications entièrement cartilagineuses constituent le parenchyme des poumons.
Le larynx est une espèce de boîte cartilagineuse qui coiffe, pour ainsi dire, la trachée. Son ouverture supérieure ou pharyngienne s’ouvre dans la bouche; l’ouverture inférieure ou trachéale communique avec la trachée. L’ouverture supérieure du larynx, de forme triangulaire, a reçu le nom de glotte; elle est susceptible de s’élargir, de se rétrécir, et même de se fermer complètement; c’est dans la glotte que se passe le phénomène du son.
Composition du larynx. — Le larynx est composé de cartilages, muscles, cordes vocales, membranes, vaisseaux et nerfs.
Figure 1.
Larynx vu de profil, préparé pour donner au lecteur
une idée de la structure de cet organe.

1. Os hyoïde.
2-4. Petites cornes du même os.
3. Grandes cornes.
5. Ligament thyro-hyoïdien.
6. Cartilage thyroïde.
7. Cartilage cricoïde.
Les cartilages sont au nombre de cinq:
1° Le cricoïde, ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec un anneau.
2° et 3° Les aryténoïdes ayant la forme d’un entonnoir, et servant de point d’attache aux cordes vocales. Ces cartilages forment la pièce la plus essentielle de l’appareil phonateur.
4° Le thyroïde, ressemblant à un bouclier; c’est le plus considérable de tous; il forme chez l’homme ce qu’on appelle vulgairement la pomme d’Adam.
5° L’épiglotte, cartilage plus flexible que les autres s’abaissant sur la glotte, au moment du passage des aliments dans le pharynx, et se relevant ensuite par sa propre élasticité.
Les muscles du larynx se divisent en plusieurs groupes, auxquels on a donné les noms de muscles élévateurs, abaisseurs, constricteurs, tenseurs, détenseurs, dilatateurs. Ces noms déterminent leur propriété, c’est-à-dire leur mode d’action.
Figure 2.
Larynx préparé pour démontrer les cordes vocales dans leur état de tension.

A. Reste du cartilage aryténoïde.
B. Reste du cartilage thyroïde dont la plus grande partie a été enlevée.
C. Ligaments ou cordes vocales.
D. Membrane interne du larynx.
E. Cartilage cricoïde.
F. Premiers anneaux de la trachée artère.
Cordes vocales. — Ces cordes sont formées par de petits ligaments élastiques essentiellement sonores, qui s’attachent aux parois des cartilages aryténoïdes. Leur tissu diffère de tous les autres tissus, non seulement par la couleur et la composition chimique, mais encore par la disposition des fibres. — La longueur moyenne des cordes vocales, chez l’homme, est, pendant le repos, de 18 1/4 millimètres; chez la femme de 12 2/3. Ces cordes ou ligaments offrent au maximum de leur tension, chez l’homme: 23 1/6 millimètres; chez la femme 15 1/3.
Aux cordes vocales seules ne se borne pas le tissu élastique et sonore; les ligaments qui attachent les différentes pièces du larynx, ainsi que les fibres longitudinales de la menbrane qui revêt les bronches et la trachée, sont également formés d’un tissu élastique, de telle sorte que toutes les parties de la glotte sont susceptibles de vibrations et de résonnance.
Les expériences de quelques physiologistes tendraient à établir que les cordes supérieures n’ont point la même importance que les cordes inférieures, dans la production des sons de poitrine et de tête: la section de ces cordes n’entraîne pas la perte entière de la voix, tandis que la section des cordes inférieures amène toujours l’aphonie complète.
Membranes. — Outre la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur du larynx, il existe une autre membrane à tissu élastique, servant à revêtir les ventricules, et concourant à la formation des cordes vocales.
Le nerf laryngé joue un grand rôle dans la phonation; si l’on coupe, chez un chien, les filets de ce nerf qui vont animer les muscles tenseurs et constricteurs, aussitôt les cordes se relâchent, et la voix devient rauque; mais si l’on remplace l’action des muscles en rapprochant les cartilages, à l’aide d’une pince, la voix se fait entendre de nouveau dans sa pureté naturelle.
Les ventricules du larynx, aussi dénommés ventricules de Morgagni, semblent n’avoir d’autre usage que celui de donner de l’espace aux cordes vocales, et de leur permettre de vibrer en liberté.
L’appareil phonateur est diversement construit, chez les animaux; les mammifères les plus rapprochés de l’homme, les singes, par exemple, possèdent un larynx presque semblable au nôtre; la seule différence est dans-une ouverture qui existe entre les cartilages et va s’ouvrir dans un sac membraneux, appelé sac laryngé. D’autres quadrumanes sont munis d’une large caisse hyoïde, communiquant au larynx et imprimant à l’air expiré une vibration puissante; on les a nommés hurleurs. — Cette conformation est peut-être la cause qui prive les singes de la faculté de parler; car lorsqu’ils veulent crier, une grande partie de la colonne d’air expiré, s’engouffre dans le sac laryngé d’où il résulte un cri monotone, rauque et désagréable. Il serait très curieux d’expérimenter si, en pratiquant une opération propre à fermer l’ouverture qui existe entre les cartilages du larynx de ces animaux, on arriverait à leur faire articuler des mots?
Les oiseaux, possèdent deux larynx, l’un supérieur, l’autre inférieur et trois glottes successives. Ce mécanisme offre quelque analogie avec celui de la flûte, d’où résulte cette faculté, particulière à quelques oiseaux chanteurs de moduler des sons que l’homme n’imite que très imparfaitement. — Les oiseaux, à long col ont une trachée formée de plusieurs anneaux entiers; une membrane fortement tendue sur le premier anneau constitue ce que les zoologistes nomment le tambour. Leur larynx, entièrement osseux, ne leur permet qu’un seul cri d’une raucité et d’une monotomie fort désagréable: le paon, l’oie, le canard, le vautour, etc.
Aucun des animaux vivants n’offre des cordes vocales semblables à celle de l’homme. Chez les uns elles sont plus grêles, plus courtes et moins marquées; chez les autres elles sont plus épaisses, plus rapprochées et presque confondues. Les êtres moins avancés dans la série animale en offrent à peine les rudiments. Les reptiles, dont les cordes vocales sont membraneuses, ne peuvent effectuer qu’un sifflement. Chez les êtres privés de l’organe pulmonaire, l’appareil vocal n’existe point; un orgue sans soufflet serait complètement muet. Les poissons, hormis quelques-uns, et les nombreuses familles d’insectes étant dépourvus de poumons, ne font entendre qu’un bruit produit par une membrane appelée vibrateur; la cigale, le grillon, etc. sont dans ce cas.
Partie du larynx où se produit la voix. Les observations recueillies sur l’homme vivant et les expériences faites sur des larynx d’hommes et d’animaux morts, démontrent positivement que le phénomène du son se passe dans la glotte même, ni au-dessus, ni au-dessous. Lorsqu’on fait une ouverture à la trachée d’un animal vivant, la voix cesse aussitôt et revient dès qu’on bouche cette ouverture. Si l’on pratique une ouverture au-dessus du larynx, le son a lieu comme avant; mais au lieu de sortir par la bouche, il sort en grande partie par l’ouverture.
Comment se produit le son. — Nous traiterons cette question, dans tous ses détails, au chap. 3; ici nous nous bornerons à dire que le poumon sert de soufflet, la trachée de porte-vent et les cordes vocales représentent des anches membraneuses. Ces cordes, tendues par de petits muscles, sont mises en vibration par le courant d’air sorti du poumon, et ces vibrations varient du grave à l’aigu, selon que la glotte se dilate ou se resserre, que les cordes se tendent ou se relâchent.
TIMBRE DE LA VOIX.
Table des matières
On entend par ce mot le caractère propre, la nature essentielle du son vocal. Chaque individu a son timbre de voix. Cependant l’homme peut, jusqu’à un certain point, imiter le timbre de ses semblables; c’est ce qui arrive lorsqu’un individu veut en singer un autre.
D’après les physiologistes les plus experts, le timbre de la voix dépend de certaines conditions générales de l’organisme, et de l’action spéciale de toutes les pièces de l’appareil vocal; c’est-à-dire de la forme et de la composition des voies aériennes, ainsi que des membranes et de leur résonnance; de la capacité de la glotte, du degré de longueur et de largeur du larynx, des sinus frontaux et maxillaires, des cavités nasales et du mode spécial de cohérence des cordes vocales; enfin, c’est de l’action isolée ou combinée du larynx, du pharynx, du tuyau buccal, du voile du palais et des fosses nasales, pendant l’émission du son, que résultent les variétés de timbre dans l’espèce humaine.
Le timbre de la voix, dans l’échelle zoologique, sert à distinguer le sexe et les espèces. Le timbre de l’homme diffère de celui de la femme. Le chien, le cheval, le taureau, etc., ont un timbre qui leur est propre; il suffit d’entendre le cri des divers animaux pour deviner le genre auquel ils appartiennent.
Il existe des rapports intimes entre l’appareil vocal et les organes génitaux: le timbre est grêle, aigre, perçant depuis l’enfance jusqu’à la puberté, à cause du peu de longueur des cordes vocales, de l’étroitesse de la glotte et du développement incomplet des cavités nasales.
La puberté augmente en tous sens le diamètre de ces parties alors la voix devient rauque, enrouée; c’est l’époque de la mue pendant laquelle on doit défendre l’exercice du chant qui pourrait provoquer d’assez graves accidents. Après la puberté, l’influence génitale existe toujours; l’abus des plaisirs amoureux altère le timbre et peut entraîner la perte de la voix: c’est ce que nous aurons occasion de démontrer physiologiquement au chapitre de cet ouvrage traitant de l’hygiène générale.
Dans plusieurs contrées l’homme n’a pas craint de porter un fer criminel sur de jeunes sujets, afin de prévenir chez eux la puberté. La castration, à cet âge, arrête le développement du larynx et la voix conserve toujours les sons grèles et flûtés de l’adolescence. Pendant longtemps l’usage exista en Italie de mutiler un certain nombre d’enfants mâles; on a porté ce nombre à quatre mille! ce qui nous paraît exagéré. Les femmes ne pouvant faire partie des chanteurs employés dans les églises, le but de ces mutilations était de leur fournir des voix de soprano. Les théâtres aussi et même les seigneurs avaient leurs castrats; ce ne fut qu’au 18e siècle que le pape Clément XIV abolit cet usage immoral et barbare.
Après la puberté et à mesure qu’on s’avance dans l’âge viril, le timbre se développe, devient mâle et sonore. Chez le vieillard le timbre perd sa pureté, la voix se couvre,la parole sort lente, cassée, chevrotante, à cause de l’altération que subissent les deux systèmes génital et vocal.
Le timbre de la femme est clair, velouté, suave; celui de l’homme est moins doux, mais plus plein, plus retentissant; le premier a quel que chose de tendre, de voluptueux; le second, plus énergique, semble fait pour le commandement.
Les tempéraments établissent aussi des différences dans le timbre de la voix: en général, l’homme sanguin, à large poitrine, possède une voix mâle et forte; celle du bilieux est passionnée, stridente, métallique; le lymphatique la traîne mollement, quelquefois avec une nonchalance qui a ses charmes; chez le mélancolique on trouve des modulations plaintives, une accentuation douce et langoureuse; dans le timbre de l’atrabilaire, il y a quelque chose de sombre et de sépulcral.
Comme il existe assez généralement une relation intime entre le timbre et les langues parlées, on a dit que l’Arabe et l’Allemand se reconnaissaient à leur timbre guttural; — le Français, à son timbre clair; — l’Italien et l’Espagnol, à leur timbre sombre. La raison de ces faits serait que les langues Arabe et Allemande abondent en articulations gutturales; les langues Italienne et Espagnole fourmillent de mots qui ne peuvent bien se prononcer qu’avec la voix sombrée; la langue française renferme une grande quantité de mots où se trouvent les articulations i et u, qui exigent le timbre clair. La diphthongue ou, si fréquente dans les langues Italienne et Espagnole, nécessite le développement complet du tuyau vocal. D’après Kœmpelen, si la longueur du canal oral est de 1 dans la prononciation de la voyelle i, elle monte à 5 pour l’articulation de la diphthongue ou.
L’éducation que l’homme reçoit et ses différentes évolutions dans l’ordre social, impriment aussi leur cachet sur son timbre vocal. — Les artisans, paysans, marins etc., habitués à parler fortement et brusquement, ont le timbre sec, dur, et bruyant, tandis que celui du citadin oisif est doux, peu élevé ; il annonce quelque chose de prétentieux, de maniéré et parfois de ridicule. On a avancé que l’être difficile et brutal avait un timbre dur, aigre ou glapissant, tandis qu’il était harmonieux, tendre et flatteur chez l’individu d’un caractère opposé. Quelques observateurs ont même prétendu que les personnes affligées d’une voix et d’un timbre faux avaient rarement le jugement juste?
Force de la voix. — La dimension et l’élasticité des cordes vocales, un ample développement de la glotte du conduit oral et des cavités de retentissement, la résonnance des membranes qui les tapissent, une large poitrine, des poumons vigoureux dans leurs mouvements d’inspiration et d’expiration, sont les conditions d’une voix forte; car ainsi que nous l’avons dit, les poumons sont au larynx ce qu’un soufflet est au tuyau d’orgue. Au contraire, l’étroitesse de la poitrine, les engorgements, les tubercules du poumon et toutes les affections chroniques de cet organe, rendent la voix faible. En général, tous les agents qui peuvent altérer les muqueuses bronchiques et laryngo-buccales, portent une fâcheuse atteinte à la force et à la sonorité de la voix. Le silence absolu trop longtemps prolongé, débilite les organes respiratoires et exerce par conséquent une influeuce très sensible sur le timbre et les qualités de la voix.
CHAPITRE II.
Table des matières
De la parole ou voix parlée.
La parole est la voix articulée au moyen des lèvres, de la langue et du voile palatin. La parole n’a lieu qu’à partir de l’arrière-bouche; le voile du palais forme la limite des deux phénomènes de la phonation: la voix chantée et la voix parlée.
Les éléments de toute langue sont composés de deux ordres de signes, les voyelles et les consonnes qui, diversement combinées entre elles, produisent toutes les modifications phoniques du langage.
Notre langue possède cinq voyelles radicales: a-é-i-o-u. Les cinq analogues â-ê-î-ô-û qui s’y rattachent peuvent être comparées aux demi-tons de la gamme, et les cinq voix nasales an-en-in-on-un ne sont que le résultat de la combinaison.
La voyelle est un son de la voix qui, se formant dans la glotte, traverse la bouche, et sort par l’ouverture des lèvres. La différence de son entre les cinq voyelles, est causée par la dilatation ou le resserrement de la glotte, et par le passage plus ou moins large que la langue et les lèvres accordent au son. — Les consonnes n’ont de sons que ceux qu’elles empruntent aux voyelles; leur articulation isolée ne fait entendre qu’un sifflement, un souffle, un bruit sourd. — Les voyelles sont formées par de simples modifications laryngo-buccales, tandis que les consonnes ont besoin du concours de la langue, des dents et des lèvres.
Les consonnes de notre alphabet sont au nombre de vingt-une: b-c-ch-d-f-g-h-j-k-l-LL (mouillées) m-n-p-q-r-s-t-v-x-z.
Relativement à la variété des articulations, l’alphabet de chaque langue est plus ou moins riche; l’alphabet grec est plus riche que le nôtre, puisqu’il possède les lettres ϕ-θ-χ, articulations douces et agréables dont nous sommes privés. Il serait à désirer qu’on révisât notre alphabet, afin d’en supprimer deux lettres inutiles C et Q. Le c pouvant être remplacé par k lorsqu’il est dur, par s lorsqu’il est cédillé ; le a pouvant toujours être remplacé par le k: Le θ et le x entreraient dans notre alphabet en remplacement de ces deux lettres supprimées.
Plusieurs classifications ont été établies pour les consonnes; les unes dérivent du bruit que produit l’articulation des consonnes; les autres tirent leur nom des organes vocaux qui concourent à leur formation. On les a donc distinguées en:
1° Labiales. — B-P-M — parceque l’émission de ces lettres est exclusivement produite par les lèvres. — B et P ont été nommées explosives, parcequ’elles exigent une poussée d’air et la séparation instantanée des lèvres. M a aussi été classée dans les nasales.
2° Dento-linguales. — D-T — formées par l’application de la langue sur les dents incisives supérieures, et son retrait instantané.
3° Dento-labiales. — F — V — formées par la poussée d’air, les dents incisives supérieures étant appuyées sur la lèvre inférieure.
4° Palato-lingunies. — L-N-R — formées par la langue et le palais. — N a aussi été classée parmi les nasales, et R a reçu la dénomination de vibrante, parceque son émission s’accompagne d’une vibration marquée de la langue.
5° Gutturales. — C-K-Q — provenant de la poussée d’air brusque à l’isthme du gosier, la base de la langue étant relevée.
6° Liquides. — ll mouillées comme quille, bille.
7° Sifflantes. — Ç-S — produisant un sifflement.
8° Gutturale-sifflante. — X.
9° Soufflante. — G-J-CH.
Une classification exacte ne saurait être établie, que par le physiologiste qui a étudié le mécanisme des diverses pièces concourant à l’émission de la parole. Jusqu’ici les classifications grammaticales sont défectueuses, parce qu’elles ont été établies par des grammairiens parfaitement étrangers au mécanisme de l’appareil phonateur.
Le lecteur pourra se rendre compte, d’une manière très imparfaite sans doute, du mécanisme de l’émission, en faisant la gymnastique de chaque lettre de l’alphabet, et en observant attentivement le jeu et les situations des diverses pièces de l’appareil vocal. Ainsi a se prononce la bouche entièrement ouverte et la langue abaissée. — a est un son guttural. — é donne un son palato-lingual, c’est-à-dire qu’il est nécessaire, pour le former, que la base de la langue s’élève, tandis que sa pointe s’appuie contre les incisives de la mâchoire inférieure. — Le son du b et du p se produit avec les lèvres; — celui du d et du t avec la langue qui, appliquée contre les incisives de la mâchoire supérieure, se retire tout-à-coup, etc. etc. Chaque lettre, chaque articulation a son mécanisme différent.
Les langues où les voyelles abondent, sont les plus sonores, les plus euphoniques; celles au contraire qui sont embarrassées de consonnes, offrent de la dureté, de la dysphonie. Ces différences entre les langues ont donné lieu a ces axiomes: — La langue GRECQUE, harmonieuse et poétique par excellence, est la langue des poètes et des dieux. — La langue ITALIENNE, riche en voyelles, est celle de la musique. — L’ESPAGNOLE, pompeuse et sonore dans ses finales, grave, majestueuse dans son débit, est la langue des orateurs; — L’ANGLAISE, qui produit de nombreux sifflements, est la langue des oiseaux; — L’ALLEMANDE, péniblement surchargée de consonnes, est la langue des chevaux et des ours; — La FRANÇAISE, intermédiaire à ces extrêmes, pourrait être nommée la langue des savants; car, en France, où les sciences et les arts ont fait de si grands progrès, où de hautes intelligences ont arrêté la composition de tous les genres d’idées, la langue est désormais précise et fixée.
Plusieurs érudits ont fait de longues et d’inutiles recherches pour découvrir quelle fut la langue originelle, la langue mère, celle que parla la premier homme. Les uns ont avancé que ce fut l’idiôme phrygien; les autres se sont prononcés pour le chaldéen, mais sans aucune donnée certaine. Ce problème de l’histoire philologique, caché sous un voile épais, reste encore à résoudre.
Quel que fût l’idiôme primitif, il dut être aussi simple, aussi borné que les hommes qui le parlèrent. Si nous remontons à l’époque des premières sociétés, nous découvrons que les besoins de l’homme sont peu nombreux, et par conséquent les idées peu composées; les premiers mots qu’ils articulèrent furent probablement une espèce d’harmonie imitative que leur fournissaient les êtres et les choses qui développaient en eux des idées; ils désignèrent peut-être le chien, le cheval, le bœuf, etc., par des noms qui imitaient leur cri; le tonnerre par un grondement; le vent par un sifflement, etc. Le savant Court de Gébelin a dit avec raison: Nous sommes partis d’un seul principe, l’imitation. L’homme a eu un modèle pour parler, la nature. L’imitation dut être la base de toute langue, et ce langage d’imitation, enseigné par la nature, est intelligible à tout le monde.
L’amour cette grande passion que la nature alluma dans le cœur de tous les êtres, afin de perpétuer leur race, l’amour dut aussi puissamment contribuer à l’invention du langage. Ce furent d’abord des gestes, des cris, des sons diversement modulés, ensuite des articulations monosyllabiques, et puis des mots, rudiments de phrases, pour se communiquer les sensations éprouvées. Ne remarquons-nous pas tous les jours, autour de nous, les animaux, muets jusqu’à l’époque de l’accouplement, sortir tout-à-coup de leur silence et faire retentir les airs de leurs bruyants éclats de voix? les oiseaux surtout trouvent des chants variés, des gazouillements délicieux, mais qui n’ont de durée que celle de la saison des amours.
Si l’on admet que le progrès, dans l’ordre intellectuel, est une loi de l’humanité, on peu aussi admettre que les hommes ne sont point sortis tout-à-coup de la terre, comme Minerv tout armée du front de Jupiter, c’est-à-dire aussi intelligents qu’ils le devinrent dans la suite des temps. A l’époque géologique où la première famille humaine parut sur le globe il ne devait point exister de langue parlée. C e nouveaux habitants, exclusivement guidés par des instincts de conservation et de reproduction, durent vivre longtemps dans un état sauvage. Voyez l’Histoire des métamorphoses humaines . Peut-être leur premier langage se réduisait-il à des cris comme le langage des animaux; ces cris devenant insuffisants pour exprimer des besoins, s’accroissant chaque jour, ils se servirent le la langue et des lèvres pour modifier des sons, jusque là gutturaux, et l’onomatopée leur fournit les premiers mots. Chaque individu, selon son intelligence et sa facilité d’imitation, inventa des sons, des mots dont l’harmonie se rapprochait plus ou moins des êtres, des objets qu’ils indiquaient. Ces sons, ces mots acceptés et reproduits par les membres d’une ou de plusieurs familles, s’augmentèrent d’autres sons, d’autres mots.
Le noyau du langage primitif alla toujours se grossissant, en raison de l’accroissement des familles et des besoins nouveaux; enfin, un homme plus intelligent parut un homme, qui, joignant au génie d’invention et de composition les règles naturelles de l’harmonie, réunit les mots déjà formés, en composa d’autres et forma un langue. Cette langue originelle marche, se modifie, suit l’homme pas à pas, progresse avec lui, en forme d’autres qui conservent plus ou moins de ressemblance avec elle; plus tard elle se délaie et disparaît au milieu des nombreux idiomes dont elle est la souche. Les langues naissent donc avec les sociétés, se développent, se perfectionnent ou se dégradent avec elles.
Mais à combien d’influences la voix et le langage ne furent-ils pas soumis: la situation topographique, la nature du sol, les climats, le mélange des races, les tempéraments, les idiosyncrasies, la vigueur ou la faiblesse de la constitution physique des hommes, leur état de civilisation ou de barbarie etc., etc. etc., dûrent nécessairement influer sur le langage et le timbre vocal. Ainsi, l’on observe constamment que la langue est plus sonore chez les peuples méridionaux que chez ceux du nord; la voix est douce, le langage agréable dans les contrées fertiles ou règne l’abondance et le bien-être; au contraire dans les lieux où la stérilité du terrain isole les hommes, la voix est âpre, criarde; la langue peu riche et monotone; car la misère est un obstacle au développement des facultés intellectuelles. La voix est plus rude dans les pays montagneux que dans les vallées; plus forte dans les campagnes que dans les villes, etc., etc.
Physiognomonie. — La parole et le timbre vocal considérés comme peignant les idées, les facultés et l’état moral de l’individu, sont une des meilleures indications physiognomoniques.
— L’homme emporté a la voix brusque, saccadée; l’homme doux est doué d’une voix analogue à son caractère. — L’homme sérieux, réfléchi parle peu et posément; le son de sa voix est mesuré sur le sens des mots; l’être léger, inconstant, évaporé babille sans cesse en changeant incessamment de ton et de conversation. — La parole est brève et rapide chez l’homme bilieux; chez le nerveux elle est quelquefois d’une promptitude exagérée; le sujet phlegmatique s’exprime au contraire lentement, et sa voix est parfois traînante. La voix du tempérament sanguin est pleine, sonore, pétulante et légère. Doués d’une riche organisation physique, les sujets appartenant à ce tempérament possèdent un beau développement des organes vocaux. La voix du mélancolique est sèche, caverneuse mais profondément expressive. — L’homme naturellement bon, lephilantrope possède un langage doux, prévenant, analogue aux qualités de son cœur. — Le méchant se reconnaît à sa parole sèche, dure et désagréable. — Le présomptueux parle avec jactance et vanité ; il est tranchant, décisif, cherche à vous éblouir par un débit résonnant et pompeux; il vise toujours à l’effet. — L’homme modeste, simple et mesuré dans son langage, expose ses idées avec la tranquille douceur qui le caractérise. — L’homme ironique a la parole pénétrante, acérée; il pique au vif, mord et déchire. — L’hypocrite se cache sous des phrases ambiguës; toujours faux sous les couleurs de la sincérité, il cherche à vous entortiller dans ses dangereux ambages. — Le courtisan se reconnaît à ses discours flexibles et mielleux, à l’élastique souplesse de sa narration qui se prête à toutes les formes, réfléchit toutes les nuances. — L’idiot. fait entendre une voix lourde, traînante, sans inflexions harmoniques. — L’homme de génie se révèle par une accentuation vive et puissante; l’enthousiasme, qui bouillonne dans son cœur arrive brûlant sur ses lèvres et passe dans son langage; énergique et brillante, son éloquence vous émeut, vous saisit et ses convictions vous entraînent.
On a vu que le timbre de la voix dépend de la structure laryngo-buccale; l’accentuation au contraire est le résultat de l’exercice des organes vocaux, de l’éducation et du milieu social dans lequel on vit. L’articulation incomplète mal formée, précipitée ou traînante, la prononciation sautillante ou avec intonations diverses, sont très désagréables surtout dans la bouche des femmes. Le langage de certaines villes du midi de la France offre ces défauts qu’il serait si facile de corriger; un peu d’attention et quelques exercices journaliers suffisent dans la jeunesse, pour les faire disparaître. Les parents devraient fixer leur attention sur ce point; il est plus important qu’on ne pense; car cette imperfection de la prononciation est un immense obstacle aux effets oratoires; quelquefois aussi, il a refroidi l’amour et arrêté des mariages.
QUALITÉS DE LA VOIX.
Table des matières
La sonorité, la force de la voix, la netteté de l’articulation sont de puissants auxiliaires dans l’art de persuader et d’enlever son auditoire. Cicéron et Quintilien regardaient ces deux qualités comme indispensables à un orateur.
La douceur de la voix, la pureté de l’accentuation jouent aussi un grand rôle dans l’art de plaire et d’obtenir ce qu’on désire; les voix de femmes surtout produisent, dans ces circonstances, de surprenants effets. Leur organe vocal est un instrument dont elles se plaisent à tirer des sons mélodieux; leur timbre est flatteur, leur parole facile, sans besoin de maître d’élocution; c’est le désir de plaire et d’être aimées qui leur donne des leçons de bien dire. Sûres d’être écoutées, elles parlent avec une aimable fécondité, une coquetterie séduisante. Pour enchaîner l’attention, souvent elles commencent leur narration par un doux regard et la terminent par un charmant sourire. Oh! que d’émotions délicieuses fait naître une voix de femme qui parle d’amour, une voix entrecoupée de soupirs, qui accorde ou qui implore... Quel homme assez froid pourrait lui résister!.. Oui, tout cède à cette voix, même les êtres les plus indifférents, les plus glacés; et l’on a eu raison de dire que l’amour entre par les oreilles pour arriver au cœur.
L’articulation pure des syllabes et diphthongues qui rend bien la prosodie des mots, c’est-à-dire qui fait convenablement sentir l’accentuation et la quantité de certaines voyelles, est la plus agréable, la plus émouvante. Lorsque la douceur de la voix et la pureté de la prononciation s’unissent à un timbre sonore, il en résulte une parole harmonieuse dont la puissance est irrésistible. Tel est le langage des femmes parisiennes, qui produit un effet magnétique sur les sens et l’âme. L’effet est inverse chez une jolie femme affligée d’une voix désagréable ou d’une prononciation vicieuse; muette, elle plaît; ouvre-t-elle la bouche, la désillusion s’opère et l’on dit avec tristesse: c’est dommage qu’une aussi jolie personne ait un accent si détestable.
CACOMUTHIES.
Table des matières
Vice ou imperfection de la parole.
Les imperfections de la parole peuvent dépendre ou d’une lésion organique, ou d’une affection des nerfs qui président aux fonctions vocales, ou encore d’un défaut d’harmonie entre les actes de combinaison et d’expression, ou enfin d’une habitude développée par l’imitation. Les vices de la parole peuvent se réduire à dix.
1° Nasonnement. — Articulation désagréable généralement occasionnée par un obstacle à l’écoulement du son dans le canal nasal. Selon la nature et le volume de l’obstacle ce vice offre différents degrés, depuis la voix légèrement nasillarde jusqu’au nasonnement complet.
Le nasonnement qui dépend d’un vice de conformation ou d’un obstacle développé dans les cavités nasales, exige la main d’un homme de l’art. Lorsqu’il est le résultat d’une irritation chronique,d’un épaississement de la muqueuse qui tapisse les parois des cavités nasales, la médecine ordonne des reniflements répétés d’une eau émolliente d’abord et puis détersive, astringente, ou encore des fumigations de même nature; quelquefois de petites saignées locales au moyen de sangsues; les gargarismes souvent répétés sont d’un excellent effet, quand l’irritation se borne à l’orifice postérieur des fosses nasales.
Dans les cas, fort nombreux, où le nasonnement dépend d’une mauvaise habitude contractée, soit par imitation, soit à la suite d’un rhume de cerveau chronique, qui n’a laissé aucune trace, il faut tout simplement habituer le sujet à lancer sa parole, de manière à ce que le son sorte, en grande partie, par la bouche, et que l’autre partie trouve un libre écoulement par le canal nasal; car, c’est le tourbillonnement du son derrière le voile du palais et son engouffrement, sans issue, dans les cornets nasaux, qui produit et perpétue le nasonnement.
2° Grasseyement. — Cette articulation défectueuse à laquelle on trouve quelque charme, lorsqu’elle est très légère, dépend soit d’un défaut de longueur de la langue, soit de son peu d’agilité, soit enfin de la position vicieuse de cet organe, pendant la formation de la vibrante r. En effet, chez les personnes qui grasseyent, la langue se trouve retirée en bas et sa face supérieure est convexe au lieu d’être concave, ce qui la force de vibrer par sa base, tandis qu’elle devrait vibrer par sa pointe. Or, c’est par un mécanisme de vibration tout opposé qu’on parvient à extirper ce vice de la parole; ce mécanisme, le voici: — On s’exercera fréquemment à prononcer, avec la pointe de la langue les lettres, T, D, — B, D et P, D; d’abord lentement, puis avec rapidité et tout à coup, de manière qu’il y ait explosion et vibration instantanée. En prenant pour exemple, les mots travail, preuve, brave, on devra articuler Tda-vail, Pdeu-ve, Bda-ve.
Après quelque temps de ce premier exercice, on passera à des mots plus compliqués, c’est-à-dire contenant deux r séparés, comme transparent, prêtresse qui devront s’articuler Tdans-pa-tdant, Pde-tdesse. Dans les mots qui se terminent par un r,comme amour, plaisir, bonheur, on substituera la lettre d à l’r et l’on prononcera amoud, plaisid, bonheud, mais il faut alors qu’en articulant le d, la pointe de la langue recourbée attaque la voûte du palais et se retire instantanément.
De semblables exercices sur une foule de mots, souvent répétés et longtemps continués, habitueront la langue à vibrer par sa pointe et effaceront pour toujours le défaut du grasseyement.
3° Sifflement. — Bruit exagéré pendant l’articulation des sifflantes, ordinairement occasionné par la disposition vicieuse ou la perte des dents incisives. L’habitude de modérer la poussée d’air pendant l’articulation des sifflantes, peut modifier ce défaut; mais l’art du dentiste est seul apte à l’effacer complètement.
4° Kliatement. — Perversion des articulations cl et ch dépendant de la rigidité et de la position vicieuses de la langue; ainsi, au lieu de prononcer chou — chat — cieux, on prononce kliou — kliat — klieux. Dans le mot kliatement que j’ai hasardé pour désigner cette imperfection le K doit se prononcer comme le χ grec manquant à notre langue.
Pour détruire ce vice, il s’agit tout simplement de mettre obstacle à la fuite d’air qui a lieu entre les parois de la bouche et l’un des côtés de la langue près de la base. On y parvient en recourbant la pointe de cet organe contre les incisives inférieures et, sa base étant abaissée, on opère la poussée d’air en ligne droite, de manière qu’il ne s’en perde point sur les côtés.
5° Jotacisme. — Difficulté d’articuler les gutturales, le plus ordinairement consécutives aux perforations et aux lésions du voile du palais. Ce vice, lorsqu’il n’est que le résultat de l’habitude, disparaît devant une gymnastique soutenue sur les articulations K, Q et C rude; s’il dépend d’une altération ou lésion du voile palatin ou de l’arrière bouche, le traitement est du ressort de l’art chirurgical.
6° Mogistalisme. — Gêne dans l’articulation des explosives causée par une lèvre inférieure trop courte ou un bec de lièvre. Dans le premier cas des tractions répétées sur la lèvre inférieure et une gymnastique journalière sur les lettres explosives, sont bien souvent couronnées de succès. Dans le cas de bec de lièvre il n’y a qu’une opération chirurgicale qui puisse amener la guérison.
7° Lallation. — Substitution de la lettre L à la lettre R: ainsi, lêvelie pour rêverie, ma-lie pour marie. Ce vice est plus ou moins saillant; quelquefois il est imperceptible. Une langue trop courte en serait la cause. Les moyens de combattre ce défaut sont les mêmes que ceux contre le grasseyement.
8° Blésité, ou Zézaiement. — Ze pour je. Ce vice peut dépendre du trop grand volume de la langue, mais le plus souvent il est le résultat d’une mauvaise habitude; on le rencontre à l’état endémique dans certaines provinces de la France.
Les personnes affectées de ce défaut devront gymnastiquer sur l’articulation ch, en chassant avec force l’air du poumon; château, chameau, cheval, étant pris pour exemple, on prononcera che — ateau, che — ameau, che — val, en appuyant fortement sur la première syllabe.
9° Bredouillement. — Ce vice, assez commun aux tempéraments nerveux, pétulants, irascibles se traduit par un embarras de la langue, des articulations précipitées, confuses, inachevées. Les bredouilleurs sont, en général, d’une grande vivacité ; leurs idées se succèdent avec une telle rapidité qu’ils n’ont pas le temps d’achever les mots pour les rendre. Le bredouillement a donc pour principale cause l’impatience et la précipitation avec lesquelles on veut rendre ses idées. Ce défaut s’effacera peu-à-peu si l’on prend la ferme détermination de parler lentement et d’appuyer sur chaque syllabe des mots, afin de n’en omettre aucune. Le bredouilleur devra s’exercer aux lectures très lentes, à haute voix, à la déclamation bien accentuée de morceaux d’éloquence; le récitatif musical sera aussi un excellent moyen de combattre ces défauts et de lui rendre la parole facile.
10° BÉGAIEMENT ou Psélisme. — Cette grave imperfection se manifeste par la suspension plus ou moins prolongée des articulations au commencement ou au milieu des mots, surtout lorsqu’il s’agit d’attaquer certaines syllabes dont la prononciation exige quelques efforts de l’appareil vocal. Les causes du bégaiement sont multiples; tantôt c’est la longueur exagérée du frein de la langue ou son adhérence aux parois de la bouche; tantôt c’est la rétraction des muscles glossaux; d’autrefois c’est une affection spasmodique de la glotte qui met obstacle au courant d’air laryngien, et l’empêche d’arriver au moment où l’articulation doit avoir lieu; enfin, le bégaiement peut encore dépendre de certaines dispositions morales et au défaut d’équilibre dans les intellectualisations.
Les bègues, de même que les bredouilleurs, pensent trop vite; ils sont en général, vifs, spirituels, mais aussi très timides, et cette timidité naît de la crainte d’être raillés. Les enfants et les vieillards ne bégaient point, parce qu’à ces âges l’activité musculaire est moindre. On distingue deux sortes de bégaiement, l’un dit guttural, parce qu’il dépend du gosier; l’autre nommé labial, parce que la difficulté réside en grande partie dans les lèvres.
Traitement. — Divers procédés opératoires ont été proposés contre le bégaiement par cause physique; malheureusement, le succès n’a pas été aussi complet qu’on se l’était promis. Dans les cas où le bégaiement a sa source dans une névrose, une affection spasmodique des organes vocaux, ou dans certaines dispositions de l’organe intellectuel, on a recours à une gymnastique variée des lèvres, de la langue et de la poussée d’air, afin de faciliter l’association des mouvements d’expiration et d’articulation. La gymnastique de la langue consiste à la faire mouvoir de bas en haut, et d’arrière en avant; de la recourber, et de porter sa pointe vers le voile du palais. Le bègue doit pratiquer cette gymnastique à tous les instants du jour, c’est-à-dire toutes les fois qu’il y pensera. Il s’exercera à articuler lentement deux, trois et quatre syllabes de suite; puis, il en ajoutera plusieurs autres, jusqu’à ce qu’il arrive à débiter couramment une courte phrase. Si, pendant cet exercice, le bégaiement survenait sur certaines syllabes, le bègue devrait aussitôt répéter en déclamant ou en chantant sa phrase; car on a observé que, pendant la déclamation et le chant, le bégaiement ne ne manifestait point. La déclamation de poésies à rhythmes variés, surtout avec mouvements des bras, est un moyen que le Dr Serres, d’Alais emploie avec beaucoup de succès. Le récitatif musical et le chant opèrent aussi de nombreuses guérisons. Le Dr Colombat joint à ces moyens l’action d’un petit instrument nommé refoule-langue, qui, se fixant aux dents incisives, force la langue à se porter vers l’arrière-bouche. ltard avait déjà conseillé de mettre une entrave mécanique à la langue, et de faire travailler cet organe en gênant ses mouvements. Ceci rappelle l’exemple de Démosthène, qui, après s’être longtemps exercé à l’art de la parole avec des cailloux dans la bouche, de bègue qu’il était, devint le plus brillant orateur de la Grèce.
La méthode du Dr Colombat, pour extirper le bégaiement, ainsi que celle des Drs Serres d’Alais et Delau, comptent de nombreux succès: les autres méthodes préconisées sont la copie de celles-ci, hormis quelques modifications. Les exercices curatifs, indiqués par les orthophonistes les plus distingués comme les plus compétents, se résument ainsi:
1° Exercices sur les voyelles et leurs combinaisons;
2° Exercices sur les explosives labiales et linguales: Ba, Be, Bé, Pa, Po, Ta, To, Da, Du, etc.;
3° Exercices sur les gutturales; Ka, Ké, Ko, Cha, Che, Ga, Go, Gui, Gu, etc.;
4° Exercices sur les palatales: Ja, Je, Sa, Se, Za, Zi, Zo, etc.;
5° Exercices sur les nasales: Nan, Nin, Non, Nun, etc.;
6° Exercices sur la vibrante R: Ra, Re, Rin, Ron, Run, etc.
Ces divers exercices, variés selon les besoins, répétés et continués pendant un temps plus ou moins long, parviennent toujours, lorsqu’ils sont exécutés avec volonté ferme et constance, à modifier considérablement le psélisme, sinon à l’extirper complètement.
Plusieurs savants médecins se sont spécialement occupés du mécanisme de la phonation et des moyens propres à combattre les défauts de la voix: MM. Itard, Magendie, Voisin, Malbouche, Arnold, Hervez de Chégoin Serres d’Alais, Jourdan, Colombat, Bénati, etc.; c’est à leurs ouvrages, et surtout à leur pratique éclairée, que les personnes affectées de vices de la parole, doivent avoir recours pour obtenir leur guérison.
Nous ne saurions trop engager les personnes affligées de bégaiement, et les parents d’enfants bègues, à consulter sans retard les hommes spéciaux qui s’occupent de l’art orthophonique, car eux seuls peuvent leur enseigner à triompher de cette grave imperfection de la parole.
De la voix parlée chez les animaux. — Dans la série animale, quelques oiseaux seulement ont le privilége d’articuler des mots, et même des phrases entières. Sont dans ce cas les perroquets, les pies, geais, corneilles, sansonnets, etc.; les autres animaux ne peuvent que pousser le cri propre à leur espèce. Les exemples qu’on cite de chiens, d’ânes, de chevaux, de crocodiles, de serpents qui ont appris à parler, ou qui ont parlé tout-à-coup sans enseignement préalable, doivent être rejetés dans le domaine des fables. Cependant, des hommes dont l’autorité est d’un grand poids, Leibnitz, Bradley, Kircher, Fritsch et autres, font mention de chiens qui articulaient certains mots de plusieurs langues. Devant l’aveu de ces savants, il n’est permis que de douter. Quant aux oiseaux que nous entendons tous les jours répéter, jusqu’à fatiguer nos oreilles, les mots qu’on leur a appris, leur articulation et leur débit dépendent exclusivement de la personne qui les a élevés, et surtout de ses constantes répétitions; car, sans cette persévérance de la part du maître, l’écolier ne tarderait pas à oublier sa leçon.
On rapporte qu’à l’époque des sanglantes rivalités de César et de Pompée, les courtisans qui en prévoyaient l’issue favorable à l’avantage du premier, apprirent à des corneilles à saluer César. Un cordonnier, dans l’espoir d’une récompense, voulut, à l’instar des courtisans, enseigner à son corbeau la formule salve, César Imperator. Salut à César Empereur. Bien souvent impatienté de l’indocilité de son écolier, l’artisan s’écriait en le corrigeant: perd - di tempus et opéram. J’ai perdu mon temps et ma peine.
César fut vainqueur: à son entrée dans Rome, les corbeaux, presque aussi nombreux que les courtisans, se mirent à voltiger autour de lui, débitant le salut qu’on leur avait appris. Le corbeau du cordonnier vint un des derniers crier aux oreilles du vainqueur: Salut à César Empereur. Mais fatigué de ces salutations intéressées, l’Empereur ordonna qu’on écartât ces oiseaux importuns. On exécutait ses ordres lorsque le corbeau du cordonnier s’écria d’une voix piteuse: j’ai perdu mon temps et ma peine; César se prit à sourire de l’a propos et ordonna que l’artisan fût récompensé de sa peine.
Kircher cite le fait suivant non moins curieux:
Un vieil écclésiastique récitait chaque soir, avant de se coucher, les litanies des saints; à la fin de chaque verset on entendait une voix grêle et flûtée répondre: ora pro nobis. Le prêtre était âgé et personne ne pouvait entrer à cette heure dans son appartement. Kircher intrigué résolut de connaître le jeune sacristain qui articulait si mélodieusement le répons, et, poussant la curiosité jusqu’à l’indiscrétion, il se cacha, un soir, dans la chambre du vieux curé. L’heure de la prière étant sonnée, celui-ci s’agenouilla sur son prie-Dieu et entama les litanies. Aussitôt la voix enfantine répondit ora pro nobis. Kircher tournait les yeux autour de lui et cherchait de tous côtés sans apercevoir personne. Enfin, après bien des recherches, quel fut son étonnement de découvrir, au lieu du jeune sacristain, une calendre (espèce d’alouette) perchée sur le bâton de sa cage, répondant sans retard et d’une manière irréprochable l’ora pro nobis.
En parcourant, de la base au sommet, l’échelle zoologique, on rencontre une foule d’êtres privés de poumons et qui n’ont pour témoigner leur existence, pour se reconnaître, s’attirer, qu’un bruit d’ailes ou de membranes. Les êtres doués des organes vocaux n’ont en général, à l’exception de l’homme, qu’un cri propre à leur espèce dont ils ne s’écartent jamais, et que leurs petits répètent invariablement par instinct d’imitation.
A en juger parle nombre incalculable d’êtres qui peuplent la terre, ces cris sont infiniment variés: on a cherché, autant que possible, à consacrer un mot propre au cri de chaque espèce. Ainsi l’on est convenu de dire: le bourdonnement des insectes, — la strideur des cigales, des grillons, — le coassement des grenouilles, — le sifflement des serpents, — le croassement des corbeaux, — la clangueur de l’aigle et des vautours, etc. La pie babille, — l’orfraie gémit, — l’hirondelle gazouille, — le loriot fredonne, — la poule glousse, etc. Pour les quadrupèdes, on dit: le hennissement du cheval, — le braiment de l’âne, — le beuglement du taureau, — le vagissement des veaux, — le grognement du porc. etc. Enfin, les brebis et les chèvres bêlent, — les Aïs sanglotent, — les loups hurlent, — les tigres et les panthères glapissent, — le lion rugit, etc. etc., l’homme seul, l’homme est doué de la faculté de parler et d’imiter plus ou moins naturellement le cri de tous les animaux. Cette faculté d’imitation est due à la conformation de ses organes vocaux et cérébraux beaucoup plus parfaits que ceux de toutes les espèces vivantes, sans exception.
CHAPITRE III.
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VOIX CHANTÉE
ou chaut.
Le chant peut être défini: la faculté de parcourir avec la voix les diverses notes de l’échelle musicale; ou encore: l’émission de sons successifs, modulés et rhythmés, au moyen des différentes pièces qui composent l’appareil vocal.
Le chant s’exécute par la tension et le relâchement des cordes vocales, par la dilatation et le resserrement de la glotte, à travers laquelle passe l’air chassé par le poumon.
La vocalisation ne se borne pas, ainsi qu’on l’avait cru, à l’action purement laryngienne; Benati a démontré pratiquement que le pharynx exerçait aussi son action sur elle.
Mécanisme des différentes pièces de l’appareil vocal dans la production du son.
Le mécanisme des mouvements phonateurs est assez compliqué ; il réside dans l’impulsion donnée à l’air par le poumon, dans la vibration des cordes vocales et dans l’action de quatre ordres de muscles qui impriment au larynx et à la glotte divers mouvements.
Ces mouvements sont au nombre de quatre.
1° Élévation du larynx par les muscles élévateurs.
2° Abaissement du larynx par les muscles abaisseurs.
3° Rétrécissement de la glotte par les muscles constricteurs.
4° Élargissement de la glotte par les muscles tenseurs.
La tension des cordes vocales coïncide toujours avec l’élévation du larynx et le rétrécissement de la glotte.
Le relâchement des cordes vocales coïncide toujours avec l’abaissement du larynx et l’élargissement de la glotte.
Quand l’air est chassé du poumon avec force, le larynx étant relevé et la glotte resserrée, les vibrations des cordes vocales se multiplient et le son s’élève; de telle sorte que plus le larynx est relevé, la glotte resserrée et l’air chassé avec force, plus les vibrations augmentent en nombre, se rapprochent, et plus le son devient aigu.
Quand l’air sort du poumon avec moins de force, le larynx étant abaissé, et la glotte plus ou moins ouverte, les vibrations des cordes vocales deviennent plus rares, et par conséquent le son plus: grave.
Lorsque le larynx est tout-à-fait abaissé, la glotte entièrement ouverte et les cordes vocales complètement détendues, si l’air est chassé violemment du poumon, la production du son n’a point lieu, l’on n’entend qu’un bruit de souffle, un soupir.
D’où il faut conclure, avec le savant physiologiste Müller, qu’à un haut degré de tension des cordes vocales, le son est aigu et perçant, si l’on souffle fortement; il est aigu, mais doux, si l’on souffle modérément.
A un moyen degré de tension des cordes vocales, le son est plein et sonore, si l’on souffle fortement; il est également plein, mais plus faible, si l’on souffle avec moins de force.
A un très faible degré de tension des cordes vocales le son est toujours grave.
Du reste, le phénomène de la vibration des cordes vocales est tout-à-fait identique à celui de la vibration des cordes d’un instrument; l’expérimentation en est facile.
A quel instrument comparer la voix humaine? — Depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, les physiologistes de tous les pays ont discuté sur le mécanisme de la voix, et ont cherché à établir des comparaisons plus ou moins heureuses avec des instruments de musique. L’instrument vocal a été successivement comparé au flageolet, à la flûte, aux instruments à cordes, à l’orgue, au basson, hautbois, appeau des oiseleurs, cor, trombone, etc. Aujourd’hui, on en est revenu à la théorie des cordes vocales, que le physiologiste Müller a rétablie après de nombreuses expériences.
ÉTENDUE DE LA VOIX.
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La voix humaine possède, en général, deux octaves; il est un petit nombre de chanteurs qui parcourent deux octaves et demi; on ne rencontre que très rarement des voix qui jouissent du privilège de parcourir trois octaves.
Les voix ont été classées en basse-taille, ténor ou voix de poitrine, et dessus ou voix de tête.
La basse-aille, ainsi que son nom l’indique, est la voix la plus grave, celle qui descend le plus bas. Pour exécuter ces dernières notes graves, le larynx est entièrement descendu, la glotte est arrivée à sa plus grande dilatation, et les cordes vocales se trouvent dans l’état de relâchement.
Le ténor ou voix de poitrine tient le milieu entre la basse-taille et le dessus.
Le dessus, voix de tête ou fausset, est la voix la plus haute, la plus aiguë. Lorsqu’on exécute ses dernières notes ascendantes, le larynx est tout à fait remonté, la glotte se trouve dans un état complet de resserrement et les cordes sont arrivées à leur tension extrême. A ces trois genres de voix, il faut encore ajouter le baryton qui se trouve entre la basse-taille et le ténor.
Pour les voix de femmes, les genres ont reçu des noms différents; ainsi l’on nomme:
Contre-alto la voix la plus basse,
Soprano la voix moyenne;
Soprano sfogato la voix la plus haute.
Le mezzo-soprano correspondant à la voix de baryton se classe naturellement entre le contre-alto et le soprano.
Les voix d’homme et de femme commencent et s’arrêtent à des notes différentes de l’échelle musicale; le tableau suivant peut en donner une idée.
ECHELLE COMPARATIVE
DE L’ETENDUE DES DIVERSES VOIX HUMAINES.

Les voix d’homme et de femme diffèrent entre elles, non-seulement par la gravité et l’élévation, d’où les voix mâles et féminines, mais encore par le timbre. Ainsi, on reconnaît deux timbres pour les voix d’hommes, la basse et le ténor; deux pour les voix de femmes, l’alto et le soprano. Ces différences dépendent évidemment de la forme et des dimensions du larynx et de la glotte, ainsi que des cavités de résonnance du canal nasobuccal.
De curieuses observations ont été faites sur la conformation et la position de la langue de plusieurs chanteurs et cantatrices à voix différentes: Chez les soprani parfaits, la base de la langue se porte en haut et présente une surface presque arrondie par suite de l’abaissement de ses bords.
Mlles Sontag et Alboni, ces types de voix très étendues et de facilité modulatrice peuvent être offertes comme exemples.
Chez les chanteurs à registre unique et doués d’une voix très sonore, le volume de la langue est beaucoup plus considérable que chez les autres. La Catalani et Santini offraient une dimension considérable de langue. Ce dernier pouvait, lorsque le génio-glosse était parvenu à son maximum d’extension, se toucher le bas du menton avec la pointe de la langue.
La voix blanche ou claire existe dans l’émisssion naturelle du son, c’est-à-dire dans l’émission selon le mécanisme que nous avons décrit; cette voix est la plus générale, la plus brillante, celle qui se produit naturellement et sans fatigue.
La voix sombrée ou voilée est une voix forcée qui exige un grand déploiement d’action musculaire; car, pendant le chant sombré, le larynx doit rester immobile à la partie inférieure du cou, tandis que des forces contraires tendent sans cesse à le faire remonter, pendant l’émission des notes aiguës. De plus, la disposition donnée au tuyau vocal, voile, étouffe le son et demande une poussée d’air des plus énergiques pour arriver à un beau résultat. Voici, d’après MM. Diday et Pétrequin, le mécanisme de la voix sombrée.
Le larynx ne change pas de position, quelle que soit la note que le chanteur veuille donner le cartilage thyroïde reste immobile dans une situation moyenne, entre l’élévation et l’abaissement extrêmes. Au lieu de renverser la tête en arrière pour allonger le cou, le chanteur conserve l’attitude ordinaire, mais il resserre fortement la glotte, et chasse l’air vigoureusement, ce qui donne à la voix une intensité remarquable et un timbre particulier. Il se fait dans les muscles du larynx une violente contraction pour opérer la tension des cordes vocales; les bords de la glotte sont tendus et son ouverture est beaucoup plus rétrécie que dans la voix blanche. Le timbre sombré disparaît cependant à la limite formée par la note, dont l’émission en voix blanche exige du larynx la même hauteur que pour la voix sombrée.
Nous ajouterons que la base de la langue, le voile du palais et surtout le pharynx concourent ensemble à la formation de cette voix qui naît, pour ainsi dire. à l’ouverture gutturale. On pourrait comparer la voix blanche au son du hautbois, et la voix sombrée au son du cor, instrument dans lequel l’air doit être chassé avec une plus grande force.
La voix sombrée, dont le célèbre chanteur Dupré s’est servi avec autant d’habileté que de bonheur, imprime au chant plus d’énergie, mais lui enlève de sa facilité, de sa grâce. Le passage d’un registre à l’autre est moins sensible, le son est plus intense, mais moins clair. Le sombrer fatigue bien vite le chanteur, dessèche les muqueuses laryngo-pharyngiennes et finit par user les cordes vocales. Aussi, cette manière de chanter ne devrait jamais être employée que sobrement et dans certaines circonstances; il serait sage de revenir à la voix naturelle pour reposer les organes vocaux des fatigues que lui a causées ce chant forcé.
THÉORIE DU SON EN GÉNÉRAL.
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Le son est produit par la vibration d’un corps, dans un milieu propre à le propager. comme l’air. On distingue dans le son la hauteur ou élévation, l’intensité et le timbre.
La hauteur et la gravité du son résultent du nombre de vibrations. Plus un corps vibre rapidement, plus le son est aigu; moins il fournit de vibrations, plus le son est grave. La physique enseigne les moyens de compter le nombre des vibrations correspondant à chaque son.
L’intensité du son dépend de l’étendue et du volume du corps vibrant. Si le même son est donné par un tambour et une grosse caisse, le son émanant de la grosse-caisse sera plus intense que celui du tambour.
Le timbre dépend de la nature du corps vibrant. Ainsi, la note sol étant donnée par une flûte et un cor, le timbre des deux sons sera différent.
Une corde tendue peut vibrer dans toute son étendue, mais elle peut aussi se partager en parties aliquotes qui vibrent séparément. L’expérience suivante, très facile à pratiquer sur la corde d’une guitare ou d’un violon, est concluante à cet égard.
Tendez et fixez une corde sur une table, de manière à former un sonomètre; divisez cette corde en parties égales, comme dans la figure suivante, en ayant soin de marquer au crayon les points de division.

Placez un chevalet sous le point C de la corde A B; pliez en deux de petits morceaux de papier bleu que vous mettrez à cheval sur les points de la corde marqués d’un petit A; puis, entre chaque point, enfourchez sur les A intermédiaires plus grands, d’autres petits morceaux de papier blanc de même forme que les bleus. Cela fait, promenez un archet sur la portion de la corde A B située derrière le chevalet. Aussitôt les morceaux de papier blanc tomberont, tandis que les bleus resteront en place. La raison de ce phénomène est celle-ci: une corde ainsi tendue est composées de nœuds et de ventres; les nœuds représentés par les points de division, n’étant point susceptibles de vibration, restent immobiles, pendant que les ventres, représentés par les intervalles, vibrent d’un nœud à l’autre, et leurs vibrations sont assez fortes pour faire tomber les papiers blancs.
Le phénomène des nœuds et ventres, c’est-à-dire du partage de la corde en parties vibrantes et parties immobiles, explique cet autre phénomène que voici:
Lorsqu’on frappe la corde d’un piano, elle rend un son fondamental que l’on croit d’abord exempt de tout alliage, mais une oreille exercée saisit bientôt d’autres sons qui ont des rapports numériques simples, tels que la tierce, la quinte, la double octave. Ces nouveaux sons naissent des ventres de la corde, qui vibrent isolément tout en partageant la vibration générale qui produit le son fondamental. Cette expérience donne des résultats beaucoup plus sensibles, lorsqu’on la fait avec un monocorde, instrument au moyen duquel on évite la résonnance des cordes voisines.
THÉORIE DES SONS DE POITRINE ET DE TÊTE.
Les ligaments et les membranes de la glotte sont susceptibles de vibrations dans toute leur étendue, mais les vibrations sont plus manifestes dans les ligaments ou cordes vocales, à cause de leur tissu essentiellement élastique. (Voyez la figure représentant le larynx.)
Les sons graves se produisent par le relâchement des cordes, l’abaissement du larynx et le souffle modéré.
Si le relâchement est moindre et le souffle un peu plus fort, on obtient des sons plus élevés.
Les sons de la voix pleine (voix de poitrine) exigent une tension moyenne des cordes vocales, la situation naturelle du larynx, l’élargissement moyen de la glotte et le souffle d’une intensité en rapport avec le degré de vigueur qu’on veut donner au chant; car la force du son dépend de la force du souffle. — Pendant l’émission de la voix de poitrine, les vibrations se manifestent dans toute la largeur des cordes et sont accompagnées de la résonnance des membranes de la glotte.
Les sons de la voix aiguë (voix de tête) ont lieu lorsque le larynx est tout-à-fait remonté, la glotte rétrécie et lorsque les cordes, arrivées à leur haut degré de tension, sont mises en vibration par un souffle modéré. Plus on chante haut, plus les piliers du voile du palais se rapprochent et plus la luette se raccourcit. — Dans les sons de la voix de tête, le bord de la corde seul entre en vibration, tandis que dans les sons de poitrine la corde vibre dans son entier. La raison physique de ce phénomène est celle-ci: — Les vibrations d’un corps résonnant peuvent avoir lieu dans toute son étendue, mais ce corps peut aussi se diviser en parties aliquotes qui vibrent selon des directions opposées, pendant que les intersections ou nœuds restent en repos.
Le souffle étant le même, un simple rétrécissement de la glotte élève le son, de même qu’un simple élargissement l’abaisse.
Les sons graves peuvent encore se produire, le larynx étant abaissé et les cordes tendues; les sons aigus peuvent aussi s’obtenir, le larynx étant abaissé et les cordes détendues, mais alors c’est la manière de souiller qui est l’agent producteur: dans ces deux cas le son reste couvert.
Les dernières notes de la voix de tête sont dues à la contraction extrême de la partie supérieure de l’instrument vocal. Le larynx reste fixé à son point le plus élevé en même temps que le pharynx se resserre; le voile du palais est fortement tendu et ses piliers sont rapprochés, de manière à bouclier complètement l’orifice des fosses nasales postérieures; la luette se raccourcit, la base de la langue est relevée et la glotte presque fermée; l’air, comprimé dans le larynx et ne pouvant sortir qu’en filet, va se briser sur les cordes vocales, montées à leur plus haut point de tension, et le son se produit plus ou moins aigu, selon le nombre de vibrations que fournissent les cordes.
Il existe encore une modification de la forme de l’instrument vocal, pendant l’exercice du chant, qu’il ne faut pas omettre. Dans la voix de tête, le tuyau affecte une direction verticale et n’a que la bouche pour orifice, les fosses nasales sont bouchées par le voile du palais. Dans la voix de poitrine, le tuyau recourbé possède deux orifices, les fosses nasales postérieures et la bouche. De ces deux états de l’instrument, il résulte que les ténors et les soprani prononcent moins distinctement les syllabes nasales que les basses et les barytons. — Chez les soprani l’air ne sort par les fosses nasales que pour quelques notes du médium; c’est ce qui fait que les soprani, dont la voix de poitrine est nasonnée, font entendre des sons flûtés dans la voix de tète. — Chez les bassss tailles, l’air sortant toujours en grande partie par le nez, la syllabe nasale est nettement rendue,
Telle est, en résumé, la théorie des sons de tête et de poitrine, qu’on trouvera parfaitement détaillée dans l’excellent Traité de physiologie de Müller.
DES REGISTRES.
Table des matières
On adonné le nom de registre à l’étendue de sons que peut parcourir la voix de poitrine sans anticiper sur les sons de la voix de tête, et vice versa. — Le nombre de notes que renferme un registre n’est nullement déterminé et varie selon les individus.
Les registres dérivent principalement de la longueur et du raccourcissement des cordes, ainsi que de la dilatation et du rétrécissement de la glotte.
Les sons du registre de poitrine sont produits, comme nous l’avons dit plus haut, par un souffle vigoureux sur les cordes tendues qui vibrent entièrement.
Les sons du registre de fausset proviennent d’un souffle faible sur les cordes vocales très tendues qui ne vibrent que par leurs bords.
Le passage d’un registre à l’autre est toujours sensible pour une oreille délicate, et, malgré l’habileté du chanteur à le déguiser, on en saisit la différence.
Il existe quelques exceptions, mais fort rares, de chanteurs qui n’ont point de fausset et qui peuvent arriver en s’élevant, jusqu’aux notes les plus aiguës, sans que leur voix change de caractère. Elleviou, Nourrit et Rubini sont les trois seuls chanteurs qu’on ait cités comme possédant ce privilège.
La gymnastique vocale, concernant le passage d’un registre à l’autre, existe dans les exercices propres à émettre des sons aigus, lorsque les cordes sont moyennement tendues; on y arrive en donnant au souffle une poussée plus forte et en comprimant les parties inférieures d e la glotte.
La pureté et la sonorité du son vocal exigent la réunion de qualités nombreuses: d’abord un poumon bien développé, sain, inspirant et expirant l’air avec facilité ; les bronches, le larynx, la glotte, l’arrière-bouche, les fosses nasales exemptes de tout obstacle qui puisse nuire au passage de l’air; la muqueuse qui tapisse le tuyau vocal, nette et lisse dans toute son étendue; l’équilibre dans la tension et le relâchement des cordes vocales; la régularité d’action des muscles inspirateurs et expirateurs; enfin- le complet développement de la portion cérébrale qui préside aux émissions bien senties de l’onde sonore.
La Justesse de la voix est intimement liée à la justesse de l’oreille et à l’intelligence musicale; ce qui fait qu’une personne douée d’une voix sonore et pure, mais d’une oreille fausse, chante toujours faux. La fausseté de l’ouïe peut dépendre d’une lésion du nerf auditif qui transmet imparfaitement au cerveau la sensation des sons, ou d’une lésion de la substance cérébrale dans laquelle s’effectue cette sensation. Ainsi on rencontre quelques sujets qui, après avoir possédé uue voix très-juste, la perdent. à la suite. d’une inflammation de l’oreille interne; parmi eux il en est quelques uns qui recouvrent cette justesse au bout d’un temps plus ou moins long quand la maladie ne laisse plus aucune trace. On voit des personnes qui ont les organes de la voix et de l’ouïe parfaitement bien conformés et intacts, et qui néanmoins ne peuvent chanter juste; alors c’est l’aptitude musicale qui leur fait défaut. Enfin, il existe des individus qui, comprenant très bien la justesse et l’harmonie des sons, ne sont point maîtres de la justesse de leur voix: c’est qu’alors l’organe vocal se refuse à suivre la direction que cherche à lui donner l’oreille. Cette circonstance dépend ordinairement d’un gonflement ou d’un ulcère de la muqueuse du larynx,
A un point de vue général, chanter c’est vivre, c’est aimer, car tout ce qui existe sur la terre a une voix pour exprimer son plaisir ou sa douleur, et surtout pour manifester cette grande passion qui perpétue les êtres: l’AMOUR! Aussi il existe un rapport intime entre les organes de la voix et les organes de la génération; leur développement est simultané et leur révolution commune. Plus étendue, plus douce que toutes les voix connues, plus harmonieuse que la harpe et la lyre, plus tendre que la flûte, plus suave que le violon, la voix de femme surpasse celle de tous les instruments qui ne semblent faits que pour l’accompagner; aussi, de tous les instruments la voix humaine est celui qui fait le plus facilement mouvoir les puissances de l’âme, qui exalte la sensibilité, allume les passions et porte l’amour jusqu’au délire. Chanter avec expression dénote une certaine délicatesse d’organes et de sentiment, ce qui a fait dire que l’union du chant et de la sensibilité était tellement étroite qu’il n’exista jamais une bonne chanteuse sans âme Le système pulmonaire de la chanteuse est d’une richesse remarquable; les mouvements de la respiration sont larges et soutenus; l’oxygénation du sang se fait avec une activité, une énergie telles, que la chanteuse, pendant l’exercice de son art, se pénètre de feu, de vie et d’amour. «Les chanteurs, a dit le divin Homère, doivent être honorés et respectés de tous les hommes qui vivent sur la terre. La muse qui enseigne l’harmonie, chérit la race des musiciens.» La voix est la fleur de la beauté, disait l’austère Zénon, et Socrate répétait que le chant était le feu de l’âme.
Si les anciens ont fait l’apologie des chanteurs, les modernes ne sont pas restés en arrière, et je doute que les chanteuses fussent plus aimées, plus fêtées dans Rome ancienne qu’à Paris!
On a dit que l’étude de la danse rendait impossible l’étude du chant, et que l’un de ces arts excluait l’autre. Cela est strictement vrai pour les sujets qu’on exerce dès l’âge tendre, à la gymnastique du ballet. Mais il est une gymnastique moins violente et moins continue, une gymnastique de poses, de mouvements et de pas harmonieux, à laquelle tout acteur indistinctement devrait se livrer. Cette gymnastique ne nuirait en rien à la voix et serait d’un grand secours au chanteur; car, soit dit en passant, la plupart des artistes qui brillent sur nos théâtres ou dans nos salons, par la flexibilité de leur gosier, sont loin de briller par une musique agréable; beaucoup sont affligés de gestes aigus, de mouvements saccadés, de poses anguleuses, etc.; ce qui est loin d’augmenter leur mérite. Or, une chanteuse qui posséderait assez de danse pour l’adapter à son rôle, serait une heureuse innovation. Une foule d’auteurs s’empresseraient de composer tout exprès pour elle, des pièces où se trouveraient délicieusement intercalés quelques pas gracieux, quelques poses ravissantes. Oh! sans doute, cette chanteuse-là obtiendrait un immense succès. Non-seulement elle provoquerait des bravis, des salves, des tonnerres d’applaudissements, des pluies de couronnes; mais, pour peu qu’elle fût jolie, le public, dans son délirant enthousiasme, la porterait en triomphe, la déifierait!
Qui de vous la première, ô charmantes artistes, tentera l’innovation? Osez, un autel vous attend!
Pulsuz fraqment bitdi.