Kitabı oxu: «Dictionnaire du sport français, courses, chevaux»
Baron d' Étreillis
Dictionnaire du sport français, courses, chevaux

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325732
Table des matières
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
L
M
N
O
P
Q
R
RÈGLEMENT DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT.
S
T
V
W
Y
Z

A
Table des matières
ABBEVILLE. L’hippodrome d’Abbeville est en quelque sorte le complément de celui d’Amiens; la date fut primitivement fixée entre le 13 et le 15 août. Mais comme les courses d’Abbeville ne sont pas en elles-mêmes assez importantes pour déterminer un grand nombre de chevaux à se déplacer, plusieurs réunions importantes ayant lieu à la même époque, le comité d’Abbeville a très-judicieusement fixé la réunion au surlendemain de celle d’Amiens. De cette façon les chevaux ayant couru dans cette dernière localité, peuvent, sans avoir à supporter les frais d’un nouveau déplacement, se rendre à Abbeville avant de retourner à Chantilly.
ABORDER s’emploie pour exprimer la manière dont un cheval arrive sur un obstacle avant de le franchir. On dit: il aborde franchement, ou avec hésitation, suivant qu’il se présente avec l’intention de sauter ou de refuser.
ACCEPTATION exprime l’ensemble des chevaux ayant accepté les poids dans un handicap, par opposition à ceux qui ont payé forfait, et annulent leur engagement en payant la somme déterminée au programme comme montant du forfait.
ACCEPTER se dit d’un cheval qui après la publication des poids d’un handicap, accepte le poids qui lui a été fixé par le handicapeur.
ACCOUPLEMENT. Ce mot exprime, en langage usuel, le rapprochement du mâle et de la femelle, dans l’acte de la génération. Il comporte ici une signification plus étendue. Accoupler, relativement aux chevaux, en terme d’élevage, implique l’idée d’un choix judicieux des deux individus, qui, suivant différentes théories, souvent contradictoires, doivent se compléter, les qualités de l’un contrebalançant les défauts de l’autre. On dit un bon ou un mauvais accouplement, suivant le résultat bien ou mal réussi. L’expérience est, au reste, le meilleur guide en semblable matière, les raisonnements les plus logiques se trouvant fréquemment démentis par la pratique.
ACCUSER. Le mot accuser s’emploie pour exprimer l’action d’un cheval qui en sautant, marque un temps d’arrêt plus ou moins fort en prenant son saut et passe au-dessus de l’obstacle sautant un peu trop haut. On dit en ce cas, il accuse trop le saut, ou ne l’accuse pas assez dans le cas contraire.
ACTION. On peut définir la signification du mot action par forme extérieure de l’allure, c’est-à-dire l’ensemble de l’aspect que prend le cheval en mouvement, différent nécessairement de celui qu’il présente au repos. Chaque animal a donc presque une action qui lui est propre, bien qu’elles puissent rentrer toutes dans une définition spéciale. Elles se divisent généralement en action élevée ou basse. Dans le premier cas, on dit que le cheval marche haut, dans le second qu’il rase. L’action est bonne ou mauvaise, suivant le service que l’on attend; le bien ou le mal sont ici relatifs. Le même mouvement est bon ou mauvais, suivant l’occasion. Ainsi la meilleure action d’un cheval de harnais réside dans ce qu’on est convenu d’appeler steppe, c’est-à-dire un trot élevé et cadencé, qui donne à l’animal une extrême élégance très-recherchée pour les attelages de luxe.
Cette manière de marcher serait mauvaise pour un trotteur, parce qu’elle est d’ordinaire exclusive de la vitesse.
Relativement au cheval de course, le mot action prend une signification plus positive. Elle est jugée bonne, quand elle fait espérer que l’animal possédera la vitesse, le fonds et toutes les qualités indispensables pour la carrière à laquelle il est destiné. La forme même de l’action est impossible à préciser. Elle varie suivant la construction et le caractère de l’animal. En principe on peut cependant établir une distinction principale: action légère et action lourde. On appelle action légère celle d’un cheval qui galope la tête haute et bien placée, l’encolure légèrement rouée, lançant ses jambes en avant en pliant le genou, de façon à ce que ses pieds touchent le sol et rebondissent immédiatement comme sur un tremplin. Action lourde, au contraire, est celle d’un cheval qui galope la tête basse, rejetant sa masse sur l’encolure, le rein et l’arrière-main élevés, relativement à l’avant-main; ses pieds arrivent lourdement sur le terrain et semblent y reposer un instant avant d’entamer une seconde foulée. L’aspect de l’action des chevaux de course varie à l’infini, mais cependant généralement les animaux de même famille ont une manière de galoper à peu près semblable. La forme extérieure de l’action d’un cheval de course est une indication, mais ne peut jamais être prise comme un pronostic certain de sa qualité. Des chevaux galopant d’une manière toute différente peuvent avoir le même mérite. Leur supériorité ou leur infériorité tiennent à un ensemble dont l’action n’est qu’une partie. Ainsi Monarque galopait, comme on peut s’en rendre compte dans le portrait qu’en a fait M. Delamarre, placé presque comme un cheval de selle ordinaire, lançant ses jambes de devant à la manière d’un cheval arabe. Il était séduisant à voir passer et presque tous ses enfants ont hérité de sa magnifique action. Vermout s’étendait, semblant se coucher sur le terrain. Ses quatre jambes s’ouvraient et se fermaient alternativement, à la manière d’un compas dont le dos de l’animal représenterait la charnière. On pourrait multiplier ces exemples, mais ils suffisent pour faire comprendre l’importance que l’on doit attacher à l’action d’un cheval de course; Monarque et Vermout galopant dans un style tout à fait différent étaient cependant l’un et l’autre des chevaux de premier ordre.
L’action d’un cheval de course n’est donc jamais, à proprement parler, absolument bonne ou mauvaise, puisque avec l’action la plus séduisante du monde il peut ne rien valoir et réciproquement, qu’une action défectueuse à l’œil ne l’empêche parfois pas d’être excellent. Nous parlons nécessairement ici de l’action prise isolément. L’ensemble et l’aspect de l’animal constituent une indication beaucoup plus positive, mais parfois également trompeuse.
ADMINISTRATION. Le mot Administration relativement au Sport, s’applique uniquement à l’Administration des Haras. Elle existe depuis le règne de Louis XIV, avec divers changements ou interruptions subordonnés aux événements généraux.
Elle fut fondée par Colbert pour remédier à l’insuffisance de la production française, qui se faisait déjà sentir à cette époque à la suite de longues guerres et du goût de plus en plus dominant pour les chevaux étrangers. Ces derniers prenaient en effet sur le marché une prépondérance telle, que cet état de choses inspirait de sérieuses inquiétudes pour les intérêts de l’agriculture et du commerce national.
L’Administration des Haras fut fondée en vertu du principe sur lequel son organisation repose encore aujourd’hui. La forme impérative seule est changée, en raison de la marche générale des événements qui ne permettent plus de l’admettre.
Colbert, ou pour nous servir d’un mot plus générique, l’État, posant en principe que les éleveurs ne peuvent se procurer eux-mêmes les reproducteurs mâles dont ils ont besoin, ou ne sont pas capables de se rendre compte et d’apprécier ceux qu’il faut employer, intervient autoritairement dans la production chevaline pour la diriger dans le sens qu’il pense le meilleur.
C’est en un mot le système protectioniste, c’est-à-dire l’intervention dans une industrie particulière, de l’action de l’État avec toute l’autorité que comporte la forme du gouvernement, sous laquelle elle s’exerce.
Cette protection despotique avait peu de limites sous Colbert. L’État fournissait autant que possible les étalons, accordait à certains particuliers le droit exclusif d’en posséder. Défense absolue était faite aux éleveurs d’en employer d’autres sous peine d’amende ou de confiscation. C’était, comme on voit, un système très-simple et pouvant se résumer en quatre mots: monopole, prérogative, despotisme et oppression.
Colbert ne pouvait au reste réclamer l’invention de cette doctrine, il avait eu dans cette voie un prédécesseur, dont il s’était inspiré probablement, mais avec des manières moins expéditives, il faut en convenir.
Le roi Henri VIII, voulant régénérer la race chevaline d’Angleterre, ne trouva pas de meilleur moyen que de donner l’ordre de faire tuer par des agents préposés à cet effet, toutes les juments dont la taille n’atteignait pas un niveau déterminé et de faire castrer tous les chevaux ne se trouvant pas dans les conditions nécessaires pour la reproduction. Ce n’est pas que l’expédient ne soit en lui-même radicalement pratique, mais outre qu’il se trouve quelque peu attentatoire à la liberté individuelle, ses effets restent encore subordonnés à la manière dont il est exécuté, c’est-à-dire au plus ou moins de capacité des agents chargés de le mettre en pratique.
Nous doutons néanmoins beaucoup que la perfection des races anglaises ait un semblable système pour point de départ. Le roi Henri VIII, s’il faut en croire l’histoire, avait un goût assez prononcé pour ces procédés sommaires, puisqu’il les appliqua également à ses nombreuses femmes; mais au moins dans cette hypothèse, il était certain du succès, il les supprimait, on ne peut le contester. Il a été moins heureux dans l’application de cette doctrine à l’espèce chevaline, car il existe aujourd’hui en Angleterre des chevaux de toutes les tailles, il y en a d’aussi petits que dans n’importe quel autre pays. Le roi Henri VIII n’a donc pu, malgré toutes ces exécutions, faire disparaître dans la production du pays des inégalités inhérentes à la nature même et que subissent tous les êtres vivants.
Le principe de l’Administration des Haras est donc, comme on le voit, très-discutable et a été de fait fort discuté. Cette polémique a peu de raison d’être ici, notre cadre ne nous permet guère d’y entrer. Nous nous bornerons à relater les phases diverses de l’Administration, en donnant un très-court aperçu de leurs résultats.
La forme autocratique dont nous venons de parler, celle adoptée par Colbert, non pas celle du roi Henri VIII, paraît s’être continuée jusqu’à la Révolution. Nous sommes forcés de dire la première, celle de 1789; on pourrait confondre. La première République simplifia beaucoup la situation: on supprima tout, même, paraît-il, par mesure économique, la nourriture des chevaux, sans s’occuper autrement de ce qu’ils deviendraient. Les révolutionnaires ont des manières à eux, d’une simplicité tout à fait primordiale.
Pendant toute la durée du premier Empire on s’occupa peu de ces questions; on prenait à l’étranger les chevaux dont on avait besoin, il devenait donc inutile d’en créer. L’Administration fut cependant reconstituée, mais les documents manquent pour se rendre compte de son action sur l’ensemble de la production française.
Après la chute de l’Empire et à l’avénement de la Restauration, son existence continua, mais ne se révéla pas par des actes très-saisissables. C’est à cette époque que remonte le premier signe de l’intervention de l’État dans les courses comme moyeu d’amélioration. C’était un nouvel horizon, dont la découverte est en partie due à M. le duc de Guiche.
A partir de la révolution de 1830 seulement le rôle, l’importance et l’influence de l’Administration des Haras deviennent appréciables pour les hommes de notre génération. Jusque-là l’Administration s’était bornée à acheter à l’étranger des étalons, plus ou moins bien choisis, et à les répartir pendant la saison de la monte dans diverses stations, c’est-à-dire les localités où ils avaient le plus de chance de trouver le nombre réglementaire de juments. L’action administrative s’exerçait donc dans toute son omnipotence, puisque personne ne pouvait lui faire concurrence. Il n’était en effet possible à aucun éleveur de donner au public un étalon à un prix de saillie aussi réduit que l’Administration qui, ayant son budget, n’avait à s’occuper ni de l’achat, ni de l’entretien de ses chevaux. C’était donc toujours un monopole, sinon imposé autoritairement, résultant au moins de la force même des choses. Dans la pratique cela revient absolument au même.
Cette possession tranquille d’un privilége incontesté ne tarda pas à être quelque peu troublée.
Il se fonda à cette époque, à Paris, une société, qui vint émettre un principe nouveau, destiné à faire son chemin dans le monde hippique. Elle prit le nom de Société d’encouragement ou Jockey-Club (Voy. ce mot). Elle se composait d’hommes jeunes, intelligents, appartenant à un monde où le cheval et les connaissances qui s’y rattachent étaient en quelque sorte un apanage inné.
Cette nouvelle Société s’appuyait sur une doctrine assez logique. Les Anglais n’étaient arrivés à obtenir la grande supériorité qu’ils possèdent dans la création des races de chevaux de toute espèces qu’après avoir éprouvé leurs reproducteurs par la plus sûre de toutes les sélections: la course, ayant ainsi créé, et confirmé une race de reproducteurs mâles et femelles dite pur-sang. S’appuyant sur un précédent aussi péremptoire, la Société proclamait que des moyens analogues pouvaient seuls amener en France un résultat identique; elle prit le nom de Société d’encouragement pour l’amélioration des races chevalines en France, organisa des courses, donna des prix sur ses fonds particuliers. Comme la Société agissait dans un but et une pensée entière ment désintéressés, qu’elle était patronnée par M. le duc d’Orléans, héritier présomptif du trône, que le prince avait fondé lui-même une écurie de course, et portait un intérêt sérieux à cette innovation, il n’était pas facile de lui susciter des obstacles.
Aussi la cloche d’alarme sonna-t-elle bien fort au sein de l’Administration. Cette sécurité, cette prépondérance, dont on jouissait depuis tant d’années avec une si parfaite quiétude, tout cela était attaqué par un envahisseur, jeune, actif, intelligent, hardi novateur, qui venait saper le principe administratif dans l’essence même de sa raison d’être et de son existence.
On ne pouvait attaquer de front le nouveau principe, il avait pour lui l’expérience de plus d’un siècle, l’attrait du spectacle, le séduisant de la nouveauté, et par-dessus tout, la puissance de la vérité qui s’impose envers et contre tous. Il était impossible d’empêcher le flot de monter; on résolut de se faire porter par lui, et de composer en apparence, en attendant une occasion favorable et des temps meilleurs.
L’Administration feignit d’adopter la nouvelle doctrine, fonda à son tour des courses avec des conditions particulières, mais surtout différentes de celles de la Société. Les réunions du Jockey-Club avaient lieu, au printemps, celles de l’Administration à l’automne, un règlement différent les régissait tour à tour. L’esprit de celui de l’Administration était surtout empreint du désir d’établir que la Société se laissait emporter par une sorte d’anglomanie, compromettante pour les intérêts de l’élevage.
Autour de ces deux principes opposés vinrent se grouper des intérêts également contraires, l’Administration réunit en faisceau autour d’elle les principaux éleveurs de demi-sang normands, intéressés directement à la conservation de l’ancien état de choses. On combattait pro aris et focis, on établit les circonscriptions de l’Ouest et du Midi, afin de préserver du fléau de la contagion des contrées où l’influence administrative régnait sans partage. On fit jouer tous les ressorts pour exercer une prépondérance qui allait s’affaiblissant chaque jour.
Cet état de paix armée se prolongea pendant plusieurs années, mais la position se tendait chaque jour davantage. Les courses prenaient une extension croissante, de nouvelles écuries se fondaient, les ressources de la Société s’accroissaient chaque année; comme elle s’était interdit de faire un bénéfice de quelque nature qu’il fût, cette prospérité se traduisait par la fondation de prix nouveaux ou l’augmentation de ceux déjà existants. L’Administration eût certes succombé, si elle n’eût trouvé un défenseur aussi habile et aussi énergique que M. Gayot.
Les choses en étaient à ce point, quand éclatèrent les événements de 1848. Il y a cela de remarquable, que les phases importantes de l’existence de l’Administration des Haras se comptent par les révolutions. Rien ne fut modifié pendant quelque temps, mais à la suite d’incidents, sur lesquels il est superflu de nous étendre ici, M. Gayot fut renversé. Après lui, l’Administration dont il était l’incarnation, subsistait encore, mais pieds et poings liés, et complétement à la merci de la Société. Jamais elle ne courut un aussi grand danger, et ne fut plus près de sa perte. Son existence fut discutée dans le sein d’une commission nommée à cet effet: on voulut bien la laisser vivre à la majorité d’une voix. Elle dut son salut en cette suprême occasion à M. le général Fleury, alors colonel des Guides, qui rêvait de se mettre à sa tête, d’en faire le moule de ses idées personnelles, et le piédestal de sa réputation. Il voulait attacher son nom à une révolution dans l’élevage français, amélioration, il faut lui rendre cette justice, qu’il désirait mais ne comprenait peut-être pas sous son véritable jour.
Au début de la nouvelle organisation, l’Administration abonda dans le sens de la Société d’encouragement, tenta même parfois de la dépasser. Ayant reconnu l’inutilité de cette ambition, il fallut trouver autre chose et les hostilités recommencèrent. L’Administration chercha d’abord un contrepoids à l’influence croissante de la Société, en lui suscitant une rivale dans la création de la Société des Steeple-chases. La tentative réussit en partie relativement aux Steeple-chases eux-mêmes, mais échoua quant à l’esprit même qui l’avait inspirée. Un nouvel essai fut fait, en créant la Société pour l’amélioration du cheval de demi-sang par la course, puis vint le concours hippique au palais de l’Industrie. Toutes ces tentatives ne furent pas sans résultats, et laissèrent des traces plus ou moins profondes derrière elles, mais ne purent parvenir à arrêter l’essor de la Société qui était arrivée à un tel développement, grâce à ses ressources croissantes, et à l’immense extension prise par les course, qu’elle dominait en réalité la situation.
L’antagonisme se trouva de nouveau posé aussi nettement que possible. Fidèle à son principe, dont elle ne s’était jamais écartée, la Société était devenue la personnification du développement de la race de pur-sang, et de son emploi comme régénérateur exclusif dans toute espèce de croisement, sauf celui du gros trait. L’Administration s’était faite l’expression de la doctrine contraire, et tout en ne rejetant pas absolument l’action du cheval de pur-sang dans la production, elle lui assignait cependant une limite assez bornée, en achetait un très-petit nombre à des prix modérés, se fondant sur ce que l’élevage de pur-sang était arrivé à un état de prospérité suffisant, pour qu’on pût l’abandonnera sa propre impulsion, c’est-à-dire à l’industrie privée. Mais, en revanche, la plus grande partie du budget de l’Administration était consacrée à des encouragements donnés à l’élevage de demi-sang, sous diverses formes. Enfin, les deux ennemis étaient en présence, comme au début de la guerre; mais, cette fois, le pur-sang ayant une organisation complète, une prépondérance acquise, était devenu une puissance, de défendeur il s’était fait appelant.
Nous ne devons pas entrer plus avant dans les détails de cette guerre intestine; on doit cependant constater qu’après quarante ans de luttes, d’efforts et de sacrifices, la Société d’encouragement a rempli, et au delà, les promesses de son programme. Elle a créé une race de pur-sang assez nombreuse pour répondre à tous les besoins de la reproduction, le niveau de la qualité de la race de pur-sang s’est progressivement élevé de telle facon, que nos chevaux sont aujourd’hui considérés comme les égaux des chevaux anglais. Le Derby et les Oaks, les deux plus grandes courses d’Angleterre, ont été gagnés par des chevaux français, Gladiateur et Fille-de-l’Air. Le séjour qu’ont fait nos écuries en Angleterre, pendant la dernière guerre, a confirmé cette parfaite égalité pour l’ensemble de la production, et ce qui pouvait être considéré comme deux exceptions est devenu une règle fixe et générale.
Quant à l’Administration, on cherche en vain les résultats des errements qu’elle a suivis depuis 1830. L’élevage de demi-sang. qu’elle n’a cessé de patronner, est resté stationnaire, et se trouve absolument au même point, qu’au moment où il est devenu l’objet d’une si vive et si constante sollicitude.
AFFIDAVIT. Étalon alezan des haras impériaux depuis 1866, né en France en 1861 chez M. le baron de Bray, par Javelot et Dalhia, issue de Caravan ou Nuncio. Il a appartenu, pendant sa carrière d’entraînement, à M. H. Lunel et a gagné en 1864 le prix de Viroflay; le prix de la Ville à Bourges; le prix de la Société d’encouragement à Bruxelles; le Derby continental à Gand; en 1865, le prix de la Société et le prix principal à Nantes; en 1866, le grand prix de la ville de Brest, et enfin la Coupe de Deauville et un objet d’art.
Après avoir débuté sans succès dans le prix de Lutèce à la réunion du printemps 1864, Affidavit, monté par M. le capitaine Hunt, gagna très-facilement, quelques jours après, le prix de Viroflay, battant Vaucresson et un champ assez nombreux, dans lequel figurait Gabrielle d’Estrées.
Il était difficile de deviner dans un gagnant d’une course de gentlemen-riders un des futurs favoris du prix du Jockey-Club. La confiance qu’inspirait Affidavit à son propriétaire était cependant loin d’être exagérée; à moins d’un dead-heat, il était difficile de la justifier davantage.
La gloire d’avoir rendu presque douteuse la victoire de Bois-Roussel fit considérer à ce moment Affidavit comme l’un des premiers chevaux de son année. Son double succès à Bruxelles, où il battit Soumise et Nepto, confirma cette opinion jusqu’au moment où il vint succomber devant Béatrix à Bourges. Affidavit est alezan avec une lice en tête, deux balzanes postérieures et une antérieure. Sa construction régulière et distinguée en fait un très-joli cheval. Son action, lorsqu’il étai bien, était remarquablement légère et élégante, d’une très-grande vitesse dans sa meilleure forme. Il fallait un adversaire tout à fait de premier ordre pour le battre sur une distance de 2000 à 2400 mètres. Son courage seul pouvait peut-être laisser à désirer; son père, du reste, quoique fils de Gladiator, n’était pas exempt de tout reproche à cet égard. En 1866, Affidavit gagna la Coupe de Deauville; cette dernière performance est, sinon la plus remarquable relativement aux concurrents qu’il y rencontra, au moins la plus brillante comme résultat.
Il a été depuis retiré d’entraînement, vendu à l’Administration des Haras et fait la monte en Normandie. Ses poulains ont une très-belle apparence et donnent quant à présent des espérances assez justifiées.
AFRICAIN (L’), EX-FALENDRE. Cheval entier, né en 1859, chez M. le marquis de Falendre, en Normandie, par Faugh-a-Ballagh et Gringalette. Appartenant à M. Vaillant, il gagna en 1865 le grand steeple-chase de Warwick et le Croydon-Cup. L’Africain fut amené poulain chez M. le baron Nivière, à la Morlaye, entraîné par Henry Jennings et monté par Charles Pratt pendant toute la première partie de sa carrière.
Dès le début de son dressage, Falendre fit preuve d’un caractère nerveux et difficultueux, surtout à l’écurie.
Il courut seulement à deux ans, arriva second dans le prix des Phocéens gagné à Marseille par Vertu-Facile, et troisième dans celui du Département.
A trois ans, Falendre parut douze fois sur l’hippodrome et démontra une qualité certaine, sans remporter cependant aucun succès marquant.
Devenu la propriété d’Henry Jennings, après la vente de l’écurie associée de MM. le comte de Lagrange et le baron Nivière, il courut également douze fois avec les couleurs de son nouveau propriétaire.
Lorsque Henry Jennings entra au service de M. le duc de Morny, il vendit Falendre et Donjon à M. Vaillant, sans conserver aucun intérêt sur les deux chevaux. Des doutes furent fréquemment exprimés à cet égard, mais on peut affirmer que Falendre, devenu l’Africain de par son nouveau maître, avait été vendu sans aucune restriction, et que H. Jennings est, à partir de ce moment, resté tout à fait étranger au cheval. En 1864 Falendre échangea son nom contre celui de l’Africain et débuta sous cette nouvelle dénomination dans les courses d’obstacles, où il ne tarda pas à démontrer une supériorité hors ligne.
Importé en Angleterre en 1865, son caractère violent fut cause, pendant son voyage de Derby à Liverpool, d’un accident qui l’empêcha de prendre part au grand national steeple-chase.
L’Africain n’a pas quitté l’Angleterre depuis cette époque où ses deux victoires de Warwick et Croydon lui ont fait donner le surnom du Gladiateur des steeple-chases.
Nous ferons, à propos de l’Africain, une remarque assez curieuse. Cosmopolite, Alcibiade, Falendre et Gentilhomme, tous quatre destinés aux steeple-chases, après avoir accompli pour carrière dans les courses régulières, proviennent de l’écurie de M. le baron Nivière et ont été sous la direction du même entraîneur.
ÂGE. L’âge des chevaux de course, ou de pur-sang, ce qui revient au même, se compte toujours à la date du premier janvier de l’année de leur naissance. Les courses étant divisées en catégories, auxquelles prennent successivement part les produits de pur-sang, depuis l’âge de deux ans, il est devenu indispensable d’adopter à ce sujet une mesure générale. Elle n’est nécessairement pas absolument exacte, les poulains naissant d’ordinaire du mois de février à celui de mai inclusivement. La saison de monte des étalons commence au 1er février pour finir au 1er juin. Il peut donc se trouver qu’un cheval porté au programme d’une course comme ayant trois et quatre ans, n’ait effectivement pas cet âge, à deux ou trois mois près. Cette légère différence a cependant une certaine influence, un ou deux mois de plus suffisant parfois, chez un aussi jeune animal, pour modifier assez sensiblement sa croissance et son développement. Il en résulte pour les éleveurs un intérêt réel à faire naître leurs poulains le plus tôt possible. Aussi font-ils saillir leurs juments de manière à ce qu’elles mettent bas, autant que faire se peut, vers le mois de janvier, sans dépasser le terme fatal du 1er de ce mois. Dans ce cas, la carrière du poulain se trouverait perdue avant de commencer, car, s’il naissait le 31 décembre, il se trouverait avoir légalement un an le lendemain, c’est-à-dire le 1er janvier de l’année suivante. Le fait n’est pas sans précédents, et s’est présenté plusieurs fois déjà. Le poulain se trouve alors sans aucune valeur, du moins pour les courses, car il lui serait impossible de lutter contre des adversaires qui auraient, de fait, une année de plus que lui.
Cette règle peut paraître rigoureuse, mais elle est indispensable pour la régularité des engagements. On serait forcément jeté dans un dédale inextricable de fraudes et d’incertitudes. Lorsqu’une jument met bas très-près du er janvier, il faut donc attendre, pour la faire resaillir, qu’il se soit écoulé un temps suffisant pour être certain que son poulain de l’année suivante ne viendra pas trop tôt au monde. Ce délai ne peut être moindre d’un mois, il serait même prudent d’attendre un peu plus longtemps, la nature étant, à cet égard, sujette à des irrégularités qui ne permettent pas un calcul de justesse mathématique.
Le produit est poulain de lait, ou laiteron jusqu’à cinq ou six mois, époque ordinaire du sevrage. Il reste à la prairie en liberté jusqu’au mois d’octobre de l’année suivante, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de dix huit mois environ. Il entre alors en travail, et les entraîneurs lui donnent le nom de Yearling (ou poulain d’un an). L’année suivante, il prend part aux courses de deux ans, et suit le cours régulier de sa carrière. A cinq ans, il devient réellement cheval, c’est-à-dire qu’il se trouve avoir atteint son entier développement. Jusqu’à cet âge il se modifie, même extérieurement, parfois d’une manière assez sensible.
Les chevaux de pur-sang entrent de bonne heure en travail, puisqu’ils commencent à courir à deux ans; il s’ensuit souvent que les entraîneurs, parlant au figuré et comparativement, disent un vieux cheval en désignant de fait un poulain de quatre ans. C’est une expression impropre, dont les gens spéciaux peuvent seuls se rendre compte. L’animal qu’ils désignent ainsi est vieux relativement à ses frères de deux ans, mais réellement il est encore poulain. C’est à cinq ans seulement que le nom de cheval peut lui être appliqué, parce qu’à ce moment le travail de croissance et de formation est complétement terminé.
Cette règle n’est, au reste, pas absolue, et se trouve toujours subordonnée à l’élevage, l’hygiène et le régime qui ont été donnés au poulain depuis sa naissance et pendant son jeune âge. La nourriture et l’exercice hâtent et aident le travail de la nature. Ainsi, un poulain de pur-sang de trois ans, ayant mangé de l’avoine dès qu’il a pu la mâcher, ayant été mis en entraînement à dix-huit mois, se trouve, à trois ans, beaucoup plus avancé et apte à rendre d’utiles services, qu’un cheval de demi-sang de cinq ans, resté à l’herbage sans être ni nourri, ni exercé. A quatre ans il peut, par conséquent, se trouver tout à fait formé. Ce n’est donc pas sans une certaine logique que les entraîneurs lui appliquent le nom de cheval, mais vieux est une superfétation.