Kitabı oxu: «Réponse à l'Examen critique des mémoires de Fléchier, par le comte de Résie»
Benoît Gonod
Réponse à l'Examen critique des mémoires de Fléchier, par le comte de Résie

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066318369
Table des matières
RÉPONSE A L’EXAMEN CRITIQUE DES MÉMOIRES DE FLÉCHIER.
APPENDICE.
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
RÉPONSE
A
L’EXAMEN CRITIQUE
DES
MÉMOIRES DE FLÉCHIER,
Par le Comte de RÉSIE, ancien Officier supérieur de Cavalerie légère.
Par B. GONOD, Bibliothécaire de la ville de Clermont-Ferrand,
Éditeur des Mémoires.

A PARIS,
CHEZ PORQUET, LIBRAIRE, QUAI VOLTAIRE, 1.
FÉVRIER1845.
RÉPONSE
A
L’EXAMEN CRITIQUE
DES
MÉMOIRES DE FLÉCHIER.
Table des matières
Mieux vaudrait un franc ennemi!
LES Mémoires de Fléchier ont été calomniés avant de paraître. Depuis qu’ils ont vu le jour, ils sont devenus l’objet d’accusations, sourdes d’abord, mais qui ont fini par oser se produire.
Un jeune abbé, que je ne confondrai point avec les autres critiques, a ouvert l’attaque dans l’Union Provinciale, no du21décembre1844. Il juge les Mémoires de Fléchier, sous le rapport littéraire, inférieurs aux autres productions de l’évêque de Nîmes; sous le rapport historique, parfaitement inutiles; sous le rapport moral, dangereux pour un grand nombre de lecteurs. Il n’examine pas la question d’authenticité.
Le môme journal, nos des4et8janvier1845, renferme deux feuilletons, signés P. de C.. Ici c’est un ex-officier qui prononce hardiment que l’ouvrage en question est immoral et impie, par conséquent apocryphe; l’altération du manuscrit est prouvée pour lui par l’histoire du curé de Saint-Babel, évidemment interpolée.
Enfin, les premiers jours de février ont vu paraître l’Examen critique, depuis plusieurs mois annoncé par M. de Résie, ancien officier supérieur de cavalerie légère. Dans cette brochure, reproduction des attaques et raisonnements du feuilleton, entremêlée seulement d’un peu plus de bile.
A entendre donc nos critiques, on a insulté à la mémoire de Fléchier en publiant sa relation des Grands-Jours, et en lui attribuant une production qu’ils déclarent indigne de lui.– Ils n’ont pas vu, les malhabiles, que ce sont eux qui insultent réellement à la mémoire de celui dont ils se portent les défenseurs, et qui, autant qu’il est en eux, la diffament en déclarant immoral et irréligieux un ouvrage qui, à chaque page, porte le cachet de son véritable et incontestable auteur, ouvrage qu’en saine critique il est impossible de lui ravir. Ainsi, l’ours de la fable
Cassait la tête à l’homme en écrasant la mouche.
Ce qui paraît surtout avoir excité le courroux de nos critiques, c’est la coïncidence de la publication des Mémoires de Fléchier, avec les publications anti-universitaires auxquelles on s’est imaginé que j’avais voulu l’opposer. Supposition toute gratuite, à laquelle je ne réponds que par un fait: La demande que j’ai adressée à l’administration pour être autorisé à publier le manuscrit de Fléchier est du18 avril1843, et le libelle signé Desgaret, ballon d’essai du parti qui attaque l’Université, et que l’Université n’attaque point, n’a été lancé qu’en novembre de la même année.
Je le déclare: dans les Mémoires de Fléchier, je n’ai vu, ainsi que le ministre qui en a encouragé la publication, ainsi que le public éclairé qui les a goûtés, qu’une œuvre littéraire, qu’une production remarquable du grand siècle, qu’une relique précieuse d’un de nos meilleurs écrivains.– D’un homme qu’on vénère on conserve religieusement jusqu’à un lambeau du vêtement qu’il porta, et l’on repousserait un monument de sa pensée!–Cette production de la plume de Fléchier avait un autre mérite à mes yeux, celui d’être à peu près le seul ouvrage qui fasse connaître les mœurs intimes de la province, cette partie si essentielle de l’histoire, à une époque où elles sont peu connues; surtout de faire connaître à l’Auvergne un des plus remarquables drames dont elle ait été le théâtre. Et pouvais-je compter pour rien le résultat nécessaire de cette lecture sur les bons esprits, celui de les attacher aux institutions qui nous régissent?
C’est le point de vue auquel se sont placés, pour juger ces Mémoires, plus de quinze journaux tant de la capitale que de la province, qui en ont rendu un compte favorable; c’est celui de toutes les personnes graves qui ont accueilli cette publication avec intérêt.
Que si malgré les avantages qui m’ont frappé, cette publication avait dû, dans ma pensée, nuire à la réputation, à la gloire de Fléchier, surtout porter atteinte aux mœurs ou à la religion, je le déclare hautement: jamais je n’aurais songé à la faire, et si elle avait produit cet effet, je ne me le pardonnerais jamais.
Quelques personnes, il est vrai, dont j’honore le caractère et les vertus, par des considérations dont je ne me fais pas le juge, l’ont vue, m’a-t-on dit, avec peine; c’est pour moi un sujet de douleur.
Elle a aussi offusqué quelques esprits timides, qui ne sont jamais sortis du présent, et ignorent le passé, pour lesquels aussi ce livre n’était pas fait; j’en suis encore très-fâché.
Mais que ces gens dont la charité chrétienne se traduit en suppositions peu charitables, en accusations calomnieuses, que des trafiquants de religion s’indignent à froid et jettent les hauts cris; je m’y attendais, je ne m’en émeus point; leurs injures sont à mes pieds; leurs clameurs ne m’ôteront point la conscience d’avoir apporté à l’histoire un élément de plus pour juger les hommes et les institutions.
Si je prends la plume, ce n’est point pour ramener à mon opinion mes contradicteurs; ce n’est pas non plus pour éclairer ceux qui ont lu ces Mémoires, et qui savent à quoi s’en tenir sur l’immoralité et l’impiété qu’y ont a perçues nos très-pieux et très-moraux argus. Mais puis-je laisser subsister les soupçons qui ont pu s’élever dans l’esprit des personnes qui, accoutumées à vénérer la mémoire de Fléchier, n’ont pas lu son ouvrage, mais ayant lu l’Examen critique, et frappées de la faiblesse des armes avec lesquelles on attaque l’authenticité du livre, pourraient se faire illusion sur les reproches d’immoralité et d’impiété articulés avec une outrecuidance, un sentiment d’infaillibilité personnelle, qui n’eut jamais son égal?
Je croyais avoir suffisamment démontré dans l’Introductionaux Mémoires, p. ix, l’authenticité du manuscrit que je publiais. Toutefois, je ne l’ai fait que d’une manière sommaire, persuadé que la lecture de l’ouvrage rendait des détails à cet égard superflus. Mais j’avais compté sans ces critiques qui, ignorant Fléchier aussi bien que l’époque où il a vécu, veulent juger une production du XVIIe siècle avec leurs idées du XIXe, et s’imaginent que Fléchier a toujours eu au moins soixante ans, et a toujours été le digne et vénérable évêque de Nîmes.
Mais dix-sept ans avant d’être évêque, Fléchier en avait trente-deux; il était, on peut le dire sans flétrir sa gloire, l’un des familiers les plus aimables et les plus recherchés de l’hôtel de Rambouillet. C’est pour les lire dans cette société de l’élite des beaux esprits du temps, où il se faisait gloire d’avoir ses entrées, que le jeune abbé composa ces espèces de discours ou déclamations, parmi lesquelles on remarque la9e sur ce sujet: La beauté et la bonté sont également l’objet de l’amour, et la10e où il montre que les passions des femmes sont plus violentes que celles des hommes. Sans doute, il a traité ces sujets avec toute la délicatesse et la convenance possibles.–Mais quel est le jeune abbé de nos jours qui exercerait son esprit sur de pareils sujets? Je ne fais cette observation que pour constater déjà par là une différence dans les mœurs des deux époques.
Mais voici qui surprendra peut-être encore plus nos critiques; c’est un simple fragment de son portrait, écrit par lui-même. Il l’adresse à Mlle Deshoulières:
«Vous voulez donc, Mademoiselle, que je vous trace le portrait d’un de vos amis et des miens, et que je vous fasse une copie d’un original que vous connoissez aussi bien que moi...
» Pour son cœur, où je crois que vous vous intéressez davantage, il n’est pas aisé de le connoître: il se modère, quand il veut; il est secret et circonspect; il se cache souvent sous les voiles d’une tranquillité et d’une indifférence apparentes... Il est juste que vous sachiez comment est fait, et comment se gouverne un cœur que je suis persuadé que vous possédez...
» On diroit d’abord que votre ami n’est pas capable de tendresse; mais quand on fait tant que de le toucher, il n’y a guère d’homme plus sensible. Il ne prend pas de ces feux subits, qui s’éteignent presque aussitôt qu’ils sont allumés. Il va pied à pied, et laisse mûrir l’amitié. Il ne s’engage pas sans savoir bien à qui il s’engage; son cœur lui est trop cher pour le donner au hasard. Pour aimer, il ne se fie pas à son inclination, il consulte son jugement... La beauté peut le surprendre, mais elle ne l’attache pas... Quand il s’est donné, c’est pour toujours et sans réserve; aussi il veut qu’on se donne de même, et croit qu’un cœur qui se partage ne vaut pas le sien tout entier: il est capable de jalousie, et quoi qu’il en arrive, il veut être distingué et préféré... Son amitié languit, si l’on ne la nourrit de quelques douceurs, et il n’aime rien tant que de sentir qu’il aime, et de connoître qu’il est aimé, et voudroit toujours être là où est son inclination»
Voilà ce que n’a pas craint de publier l’abbé Ducreux, tout en avouant qu’il avait substitué quelques termes à ceux de l’original: «Non qu’ils eussent rien de messéant, dit-il, mais nous avons pensé que cette attention était due aux personnes d’une imagination qui se blesse aisément, et qui découvre sous les expressions les plus innocentes des sens détournés et peu modestes dont ne se doutoient pas ceux qui les ont employées. Sans doute, ajoute Ducreux, cette condescendance eût été inutile, peut-être même déplacée dans l’heureuse époque où Fléchier a vécu; mais cette époque, trop digne de nos regrets, est déjà loin de nous...»
Les reproches que nos critiques font aux Mémoires sur les Grands-Jours, prouvent que, depuis l’abbé Ducreux, l’opinion publique est encore devenue plus difficile.
Fléchier aimait aussi la poésie; et quoiqu’il n’y ait pas excellé, on conserve dans ses œuvres des pièces que nos critiques connaissent moins que les Mémoires récemment publiés.
Avez-vous lu, Messieurs, la pièce de vers qu’il composa à l’occasion du deuxième mariage de M. Caumartin, en 1664? et le dialogue entre l’Amour et Vénus? Celle-ci console son fils qui désespère de pouvoir enflammer Alcandre, en lui disant:
Relève ton espoir, et choisis seulement
Une parfaite amante à ce parfait amant.
...............................................
Une jeune merveille aussi chaste que belle,
Peut ranger sous ses lois le cœur le plus rebelle,
Et par ses traits vainqueurs et ses charmes puissants
Captiver la raison aussi bien que les sens....
.................................................
Va, mon fils, va gagner cette beauté charmante,
Et pour faire un amant, songe à faire une amante,
Et, réduisant Alcandre et Doris sous nos lois,
Allume adroitement deux flammes à la fois.
Ce langage est fort décent, j’en conviens; mais MM. P. de C. et de Résie pardonneraient-ils aujourd’hui à un jeune abbé qui occuperait ainsi ses loisirs?
Au XVIIe siècle, sous le cardinal de Richelieu, qui, selon l’expression de Fléchier, «faisait ses délices de la poésie et adoucissait, au son d’une lyre délicate, les saillies de son vaste génie,» le talent pour la poésie recommandait un jeune auteur.
Godeau, jeune, également familier de l’hôtel de Rambouillet, faisait des vers galants; on sait qu’il traduisit le cantique Benedicite, et que Richelieu lui donna l’évêché de Grasse (1636). Dès ce moment le galant abbé, le nain de Julie, comme on l’appelait, changea de vie et devint un des plus vertueux, un des plus vénérables prélats de son temps.
–Je ne veux pas citer d’autres exemples.
Voudrais-je donc, par ces comparaisons, faire croire que la jeunesse de Fléchier a été orageuse? Loin de moi cette pensée. Avec l’abbé du Jarry, je crois que ses mœurs furent toujours sages et réglées, et qu’il n’a pas eu besoin de cette indulgence qui fait grâce aux passions en faveur de l’âge où elles triomphent. Seulement il s’agit ici, non des mœurs de Fléchier, mais des libertés de sa plume qu’expliquent et qu’excusent et le siècle et le cercle dans lequel il vécut.
Mais voici un autre ordre de libertés. Qu’un écrivain, abbé ou non, parlant d’un pape, osât dire aujourd’hui: «Piqué contre la France et ses alliés, abusant du pouvoir que Dieu lui avoit donné, et faisant servir la religion à ses passions particulières, il se porta jusqu’à cette extrémité de vouloir excommunier les rois et les dépouiller de leurs royaumes;» je crois que M. de Résie aurait bien de la peine à ne pas l’accuser d’irréligion et d’impiété. Il ne sait pas que c’est Fléchier, et Fléchier évêque, qui a parlé ainsi du pape Jules II. Nous verrons peut-être plus loin d’autres crimes de sa plume, qui n’était pas ultramontaine.
Ces préliminaires m’ont paru utiles pour commencer à montrer, non pas à M. de Résie (je n’ai pas cette prétention), mais au lecteur impartial, que Fléchier a bien pu écrire les Mémoires sur les Grands-Jours, tels que je les ai publiés. Je vais montrer maintenant qu’ils ont été publiés tels qu’ils sont sortis de sa plume.
Pulsuz fraqment bitdi.