Kitabı oxu: «Examen critique des dictionnaires de la langue françoise»
Charles Nodier
Examen critique des dictionnaires de la langue françoise
Recherches grammaticales et littéraires sur l'orthographe, l'acception et l'étymologie des mots

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066315962
Table des matières
PRÉFACE.
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
Z
&
PRÉFACE.
Table des matières
I. Quoiqu’il soit très-pénible et très-ennuyeux de parler de soi, je ne puis expliquer sans cela l’origine de ce volume. Je prie donc le lecteur de me pardonner quelques détails insipides, qui jetteront toutefois un peu de jour sur la composition et l’objet de mon ouvrage.
II. Mes premières études ont été consacrées à l’investigation et à l’analyse philosophique des langues. J’avois rêvé de très-bonne heure des plans de perfectionnement dans la grammaire et d’unité dans le langage, dont je faisois dériver tout naturellement une grande amélioration dans la société, la paix perpétuelle de l’abbé de Saint-Pierre, et la confraternité universelle des peuples. Il ne falloit pour accomplir cette utopie d’enfant qu’un alphabet que j’avois fait, une grammaire que j’avois faite, et une langue que je faisois. J’avois jeté les idées fondamentales de ma méthode dans un livre imprimé que la commission d’Instruction publique venoit de revêtir d’un suffrage éclatant, et je poursuivois hardiment mon immense carrière, parce qu’il n’y a point d’obstacles aux entreprises d’un homme de dix-huit ans, et point de limite à ses facultés. Ce n’est guère qu’à trente ans qu’on sait que l’art est long, la vie courte, et l’apprentissage difficile.
Un mandat d’arrêt, qui a pesé sur moi pendant quatre ans, et qui de huit est le seul que j’aie trouvé moyen de ne pas laisser mettre à exécution, servit merveilleusement le système d’illusions que je m’étois fait. La misère est rêveuse et la solitude créatrice. J’étois loin des matériaux de mon grand travail; mais la pensée m’en pour-suivoit dans les bois, dans les ravins, dans les fondrières, et j’ai failli cent fois être saisi par un gendarme à l’instant où je clierchois à saisir une étymologie. Quand le sommeil invincible, surtout à cet âge, m’avoit surpris dans un sillon voilé d’épis, ou sous quelques broussailles touffues, il m’est arrivé cent fois de me réveiller, comme Archimède, sur la solution d’un problème lexicologique, en criant: Je l’ai trouvée! et de courir les pieds nus dans la campagne avec une folle joie; mais je n’avois pas laissé mes pantouffles au bain. Je n’en avois point.
Il est vrai de dire après cela que mon malheur, ou ce qu’on appelle ainsi dans l’opinion du vulgaire, car les années dont je parle sont au nombre des plus douces de ma vie, ne fut pas long-temps absolu. Une singulière facilité de caractère, un esprit de tolérance universelle, qui étoit l’effet de mon organisation ou le fruit de mon expérience, une bienveillance familière et amicale dont mes pauvres persécuteurs n’étoient pas exceptés, et qui les a quelquefois attendris sur les maux qu’ils m’avoient faits, la bizarrerie romanesque enfin de cette vie nomade et vagabonde que mon caractère connu ne rendoit inquiétante pour personne, tout cela me donnoit beaucoup de protecteurs, au moins parmi les bûcherons et les mendiants, mes compagnons ordinaires, car il n’étoit pas plus question de moi à la Commission de la liberté individuelle qu’à l’Institut. Mon sort intéressa les ecclésiastiques du pays, protecteurs nés de toutes les infortunes; etquand on appritque je savois un peu de latin, et que je citois aussi juste dans la Bible que les Concordances, ce fut à qui pourroit m’héberger au presbytère. Pourrois-je oublier jamais vos bontés, bons curés d’Arbois, de Grozon, de Saint-Cyr, d’Aumont, de Colonne, de Pupilien, de Toulouse, de Villers-les-Bois, de La Ferté?... J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soit, et vous m’avez donné à boire, selon les préceptes de votre divin Maître. Qu’il daigne vous rendre ce que vous avez fait pour moi, dans la dispensation de ses bienfaits éternels!
Mais vous aviez peu de livres, s’il m’en souvient. Quoique bon chrétien, et même facilement, dévot, quand mes chagrins ordinaires étoient aggravés par quelques chagrins de plus, je n’aimois bien positivement de la Théologie que les saintes Ecritures que je savois déjà par cœur, l’Imitation de Jésus-Christ que je portois toujours sur moi, et quelques ouvrages des saints Pères, trop chers ou trop rares pour se trouver dans la bibliothèque d’un curé de village. Quant à la Liturgie et au Droit Canon, je n’y entendois pas un mot, et j’aurois donné la Missa Latina de Flaccus Illyricus, qui ne fait pas maintenant un petit ornement dans ma bibliothèque, pour le moindre volume dépareillé de Rabelais.
Un hasard assez singulier faisoit que chacun de mes bons curés possédoit un Dictionnaire de notre langue, différent de celui que possédoit sou voisin; et cette circonstance nous frappoit surtout à la suite du sermon de la fête patronale, quand une expression malsonnante avoit eu le malheur de choquer le purisme délicat de certain de nos auditeurs du chef-lieu. Chacun s’en référoit alors à son Dictionnaire familier, qui à Restaut, qui à Wailly, qui à l’immense Trévoux, qui au vieux Furetière, les érudits à Nicod, les habiles à l’Académie; et le scandale devenoit. grand, au bout de six dîners donnés et reçus, quand la question débattue entre deux personnes étoit sortie irrésolue de l’épreuve de six solutions.
Trop jeune et trop peu instruit pour me mêler de ces débats, j’en tirois cependant tout le parti que je pouvois en tirer; je lisois attentivement ces Dictionnaires que je regardois alors comme les archives authentiques de la langue; je les comparois entre eux; je me rendois compte, la plume à la main, de leurs définitions étranges, de leurs étranges contradictions, de leurs omissions inexplicables, de leurs fausses et ridicules variantes d’orthographe, et je m’étonnois de plus en plus que les titres littéraires d’une nation qui n’ est pas médiocrement ambitieuse dans ses prétentions de toute espèce, eussent été plus négligés que ceux de l’argot. Quand mon mandat d’arrêt fut levé, mon volume étoit fait, et le voici avec très-peu de changements et d’additions.
III. Je n’avois toutefois pas écrit cet ouvrage pour le public, c’est-à-dire pour les oisifs qui lisent tout, même ce qui peut être utile. On se rappelle que j’avois de grandes vues, et à vingt ans un livre n’est qu’une étude; mais les années se sont écoulées après les années; la vie a couru, et il me reste à peine le temps de me servir de mes études pour faire un livre. Il est vrai de dire que j’ai eu quelque temps le droit d’espérer que ces études sérieuses du jeune âge ne seroient pas entièrement perdues pour le reste de ma vie. Tout proscrit que j’étois (qu’on me pardonne l’emphase de ce terme obligé, je l’ai entendu employer à moins), j’avois vu l’Université impériale me chercher deux fois dans l’exil pour un emploi de professeur, au moment où je sortois à peine du rang des écoliers; peu de temps après, le gouvernement de Carniole, placé alors sous l’autorité sage et paternelle de M. le comte Bertrand, m’appeloit de cinq cents lieues pour administrer une des meilleures bibliothèques de l’Europe; ma vie étoit devenue tout ce qu’elle pouvoit, devenir, celle du littérateur assidu qui n’a besoin que d’indépendance pour se livrer avec fruit au perfectionnement de ses connoissances acquises, et pour travailler à l’acquisition de connoissances nouvelles. Je parcourois librement de la pensée cette longue et facile carrière où des succès sans éclat mais non pas sans utilité devoient racheter tous les malheurs de ma jeunesse; j’en’ambitionnois plus d’autre avenir pour moi, quand les événements de1814rendirent la France au pouvoir légitime qu’elle avoit si amèrement et si justement regretté. Je n’apprendrois pas à ceux qui ont étudié notre histoire chez nous que le triomphe de la légitimité ne fut pas celui de toutes les légitimités. On oublia promptement dans le nombre la légitimité de quelques services obscurs, la légitimité de quelques talents plus obscurs encore, qui évitèrent d’afficher leurs titres dans le salon ou qui dédaignèrent de les inscrire sur la liste officieuse de l’antichambre. Au moment où sembloient éclore en ma faveur des ressources inépuisables, je m’aperçus qu’il ne me restoit plus que celle du travail, et qu’il me falloit, selon l’expression de mon poète favori,
Quitter le long espoir et les vastes pensées.
Je ne conservai de l’édifice idéal sur lequel j’avois fondé ma gloire que des matériaux stériles et confus, membra disjecti poetœ. Maintenant toutefois qu’éclairé par l’âge et par l’expérience je juge mes entreprises avec plus de rectitude, je ne regrette que le temps qu’elles m’ont coûté. Le public et la postérité n’y perdront rien.
IV. Après cette ennuyeuse explication que je ne pouvois cependant refuser à mes amis (ils seront probablement mes seuls lecteurs; et pour qui écri t-on d’ailleurs?), je n’ai plus besoin de dire qu’il ne faut pas chercher de méthode dans un livre entrepris sans dessein et bâti au hasard de pièces sans harmonie, dont on ne peut tirer qu’une induction bien positive: c’est que tous nos dictionnaires sont fort mauvais, et que celui-ci ne fait pas exception à la règle. On me demandera selon toute apparence pourquoi j’imprime un ouvrage dont je porte un tel jugement, et je serai aussi naïf dans mon apologie que je l’ai été dans mon abnégation. Tout informe que soit ce volume, toutes disparates que soient les notules fugaces dont il est composé, je ne saurois pousser le dédain qu’il m’inspire et qu’il partage dans ma pensée avec mes autres écrits, au point de le regarder comme entièrement inutile. Comme je l’avois tout-à-fait oublié, j’ai appris quelque chose en le relisant, et j’ai la vanité de croire que je ne suis pas le seul homme qui ait quelque chose à apprendre en lexicologie, c’est-à-dire dans une science qui n’est pas finie, qui ne le sera jamais, et sur laquelle il y aura matière à discuter, tant qu’on fera des livres avec des paragraphes, des paragraphes avec des phrases, et des phrases avec des mots. Si la centième partie de mes recherches peut tourner à l’avantage de cette curieuse étude, et prêter une foible illustration à des travaux plus solides, les personnes qui me font l’honneur de me lire n’auront perdu leur temps qu’à un centième près. Elles ne s’en tirent pas toujours à si bon marché avec les ouvrages nouveaux.
V. Une objection de plus de valeur contre cette publication, c’est la forme à demi facétieuse, à demi hostile, de ces dissertations de quelques lignes, où je n’ai pas toujours eu le loisir d’être poli. Cette méthode d’analyse, ou goguenarde ou acerbe, me paroît fort contraire aux bienséances de la critique, et nul écrivain, dans toute sa carrière littéraire, ne s’est montré plus éloigné que moi de ce genre d’inconvenance qui répugne à mon caractère, et qui s’accommode très-mal d’ailleurs à l’allure sérieuse de mon esprit; mais j’ai déjà dit que ces notes n’avoient été d’abord écrites que pour mes propres études, et je n’ai pas voulu, en les mettant au jour, me faire fallacieusement meilleur que je suis. Je ne vois pas pourquoi je craindrois de dire hautement ce que j’ai pensé en particulier, si je l’ai pensé d’ailleurs sans pinventions et sans malveillance. Cur non palam si decenter? Je respecte tous les talents, toutes les bonnes études, toutes les entreprises utiles, et je place au premier rang des plus honorables ouvriers de la littérature les grammairiens, les lexicographes, les dictionnaristes. Si leurs dictionnaires sont mauvais, ce n’est presque jamais leur faute. C’est d’abord celle de la langue, qui n’est pas bien faite; celle de l’alphabet, qui est détestable; celle de l’orthographe, qui est une des plus mauvaises et des plus arbitraires de l’Europe. C’est ensuite celle de la routine, qui est une loi en France. C’est peut-être enfin celle des institutions littéraires préposées à la conservation de la langue, et qui ont fait de cette routine un fatal monopole.
VI. Si quelqu’un s’obstinoit cependant à chercher ici des acceptions de personnes, je lui répondrois par un fait singulier. Depuis le jour où j’écrivois ce qui précède et tout ce qui suivra, j’ai donné quelques soins et mon nom à un Dictionnaire de la langue française, exécuté, comme tous nos Dictionnaires, sous l’influence d’un système établi, et par conséquent dans un esprit diamétralement opposé à mes théories. Ainsi on y trouvera le Dictionnaire des nomenclatures, que je regarde comme un ouvrage à part du Dictionnaire de la langue, et que je n’y aurois pas admis, si j’en avois été le maître, quoiqu’il soit pour cette fois la meilleure partie du livre. Ainsi on y trouvera vraisemblablement nombre de définitions que je critique, exprimées dans cette prétendue orthographe de Voltaire que tous les grammairiens repoussent; et cela ne pouvoit pas être autrement, ce Dictionnaire devant être l’expression choisie, mais fidèle des Dictionnaires antérieurs, mise à l’usage de l’époque. Il y aura donc lieu à renvoyer nombre de mes traits contre mon bouclier, et je les recevrai sans rancune. Je demande la même courtoisie aux tenants que le sort des armes m’a donnés dans cette joute innocente. Il s’agit aujourd’hui entre les peuples de tout autre intérêt que de la modeste gloriole de quelques doctes et patients enrégistreurs de mots, condamnés à se copier à tour de rôle depuis le commencement d’une langue jusqu’à sa fin; et la polémique des Dictionnaires ne fera plus le même bruit qu’au temps de Ménage et de Furetière. C’est le cas de dire plus que jamais, et dans une acception plus littérale: Sunt verba et voces, prœtereaque nihil.
EXAMEN CRITIQUE
DES
DICTIONNAIRES
DE LA LANGUE FRANÇOISE.
Table des matières
A
Table des matières
A. Substantif.
1o En terme d’antiquités, lettre de suffrage on d’absolution.
2o Affirmation en logique.
3o Expression abrégée du mot alto en musique.
4o Expression abrégée du mot accepté, dans l’usage du commerce.
5o Expression abrégée du mot altesse.
Acceptions omises.
Figures familières: ne pas faire une panse d’a ne savoir ni a ni b.
ABANDONNEMENT. Très-beau et très-utile dans un sens où le mot abandon, presque entièrement passé au sens moral, ne suffit plus.
ABAQUE. Outre les acceptions recueillies par M. Boiste, ce mot prend encore les acceptions suivantes:
1o Une planche dont les anciens se servoient pour compter;
2o Une table de jeu antique;
3o Un lutrin.
ABBÉ. De cette racine abba ou appa qui signifie père; il en est de même de pape, de papa, etc. On dit le saint Père; on appelle mon père un ecclésiastique, un moine. Le premier gouvernement a été l’image de la famille, et le premier gouvernement, ce fut la théocratie.
L’analogie s’est perdue dans les choses: elle reste dans les mots.
ABDALAS. 5. m, pl. ACADÉMIE.–Ou singulier, suivant le nombre.
Nom générique. GATTEL.–Nom vague.
Moine persan, BOISTE.–Les religieux du Levant se qualifient abd’allah ou serviteurs de Dieu; mais on ne dit pas un abd allah comme on dit un capucin.
La Perse est un pays et non pas une religion.
Que diroit-on d’un dictionnaire de l’Académie d’Ispahan où les mots serviteur de Dieu seroient expliqués par ceux-ci: moine françois? Mais quand l’Académie d’Ispahan fera un dictionnaire, elle aura le bon esprit de n’y pas parler de nos moines.
ABOYER. Béer à: voilà pourquoi on dit d’un chien qu’il aboie ou qu’il bée à la lune; d’un sot, qu’il baille, baye ou bée aux corneilles: béer est le mot propre, mais bayer s’y est substitué. Bailler, hiare, est un autre verbe. On a écrit: abayer, écouter bouche béante.
ABRACADABRA. Mot de magie, ACADÉMIE. –Y a-t-il donc des mots de magie?
Mot auquel on attribue la vertu de guérir la fièvre en le portant écrit autour du cou. WAILLY. –Si la postérité conclut de là qu’il y avoit quelqu’un en France, à la fin du XVIIIe siècle, qui attribuât une pareille propriété à un amulette, c’est qu’elle sera trompée par un solécisme.
Il falloit dire: mot auquel on a attribué la vertu de guérir les maladies, ses lettres étant disposées suivant un certain ordre:

ou plutôt, il n’en falloit rien dire, car ce mot n’est, pas François.
ABRAXAS s. m. Mot magique et mystérieux. WAILLY.–Ce n’est point un substantif masculin; c’est un nom propre. Ce n’étoit point un mot magique; il n’agissoit ou ne passoit pour agir magiquement qu’à la manière du Jehovah des Hébreux. C’est le nom d’une divinité qui présidoit aux trois cent soixante-cinq jours de l’année et qui avoit une vertu pour chacun. On ne sait ce qu’elle faisoit le bissexte.
ABRÉVIATIONS. Il est essentiel d’indiquer les lettres abréviatives aux étrangers, dans un Dictionnaire bien fait, puisque notre langue en admet un nombre considérable. J’ai essayé d’en déterminer certaines aux lettres typiques de chaque division; mais j’ai dû en omettre bien davantage. Il faudroit remarquer avant tout que les prénoms sont susceptibles d’être ainsi désignés par leur initiale, ce qui est d’ailleurs commun à toutes les langues; mais ce qui doit tous les jours devenir plus rare, la multiplicité de ces initiales équivoques engendrant une confusion inexplicable et dangereuse. Le renouvellement de la société telle qu’elle est, ou même celui du Calendrier canonique y pourvoira nécessairement tôt ou tard.
ABRUTISSEUR. Se dit des Turcs, BOISTE.– Il falloit dire: On ne l’a dit qu’une fois, et on l’a dit des Turcs; mais, s’il peut se dire, on le dira de tout ce qui abrutit, et il deviendra adjectif. On peut parier contre: c’est un néologisme barbare.
ABSINTHE, s. f. Genre imposé par analogie aux mots de la langue qui ont la même désinence. Etymologiquement il seroit masculin, comme en latin.
Malherbe a dit:
Tout le fiel et tout l’absinthe...
et l’Académie, qui ne connoît, pas ce genre du mot absinthe, ne lui connoît pas non plus cette acception.
ACADÉMIE. Court de Gébelin le fait dériver de l’oriental Cadm ou Qadm dont on a fait Cadmus et qui signifie l’orient. C’est une très-plaisante idée.
Mais pourquoi une société de gens de lettres françois, qui ne s’occupent pas du grec, a-t-elle tiré son nom des jardins d’Académus? autant vaudroit l’avoir emprunté de l’oriental Cadm ou Qadm.
ACCESSIT. T. de collège, emprunté du latin: récompense donnée à un écolier qui a le plus approché du prix. GATTEL.–M. Gattel a oublié l’accessit d’Académie qui ne se donne pas toujours à des écoliers.
ACCORTEMENT. Adverbe excellent qui siéroit encore à merveille dans le genre simple et naïf, s’il reste un genre simple et naïf à notre ambitieuse littérature.
Ma bouche accortement saura s’en acquitter.
CORNEILLE.
ACCORTISË. Mot charmant renouvelé par Voltaire. Il n’est point remplacé par courtoisie qui indique une disposition générale du caractère, tandis qu’ accortise a rapport à une circonstance déterminée.
ACCOUTUMANCE. La Harpe dit très-bien: Cours de littérature, t. XII, p.162. L’oreille étant de tous les sens le plus docile à /’accoutumance, et le plus rebelle à la nouveauté. Dans cette acception, ce mot n’a point de synonime satisfaisant.
ACEPHALE. Les Dictionnaires ont oublié une acception de ce mot tout grec. On appelle acéphale un vers qui commence par une brève.
ACERBE. Les vieux glossaires définissent très-bien le sens primitif par cette phrase excellente: Qualité d’un fruit cru, qui n’a pas mûri.
Les derniers, en rendent l’idée par ces mots: Un milieu entre l’aigre, l’acide et l’amer. Il est difficile de comprendre ce que c’est qu’un milieu entre trois choses dont l’une n’a aucun rapport avec les deux autres.
ACOUSTIQUE. Tout le monde sait que ce mot vient du grec
, écouter; mais d’où vient écouter, si ce n’est aussi d’
? Le patois acouter est donc beaucoup plus conforme à l’étymologie que le vocable françois. Il y a dans notre langue mille exemples de semblables bizarreries. C’est le peuple qui, sans s’en douter, parle la langue savante, parce que, plus fidèle aux traditions, il ne reçoit que fort tard les modifications du langage.
ACROUPTONS. Sur la croupe, BOISTE.–Il faudroit écrire à croupetons, avec la particule préposée, si ce mot pouvoit être françois. Il est, patois, et quiconque l’écrira, l’écrira comme bon lui semble.
ACYROLOGIE. Manière de parler impropre: sperare pour timere dolorem dans Virgile. J’espère que vous vous portez bien, pour, je pense ou il paroît, etc. Omis.
ADAGE. Proverbe, maxime, style plaisant. WAILLY.–Pas toujours.
ADAM. Josephe dit qu’il signifie rouge, et il en conclut que la terre dont Adam fut tiré étoit rouge. Cela n’est pas encore bien clair; mais Adam est un des premiers vocables de l’enfance, et convenoit fort bien au nom de l’homme que ce mot a désigné jusqu’ici dans cinq ou six langues du Levant.
ADJECTIF. C’est une chose extraordinaire en grammaire et en logique qu’un adjectif devienne l’attribut, d’un autre, comme le Perfide généreux d’Héraclius.
Il faut nécessairement alors que l’esprit fasse un substantif d’un de ces deux attributs; et, si le choix n’en est pas déterminé par une circonstance très-sensible, il résulte de leur assemblage un vague qui nuit à l’effet.
On ne peut décider jusqu’à quel point la poésie pourroit parvenir à faire une beauté de cette hardiesse; mais, dans Héraclius, elle ne me présente qu’un défaut.
ADORER, ad os.–C’est le premier signe d’adoration; on a ensuite mis la main sur le cœur, et puis on s’est prosterné; puis on s’est couché sur la terre. L’adoration a d’abord été restreinte à Dieu, aux êtres surnaturels, aux abstractions; voilà un mot fort éloigné de son étymologie. Ce que les hommes ont le plus raffiné c’est, l’abaissement.
ADRAGANTE. adj. f. ADRAGANT. s. m. Barbarismes. Il faut dire tragacanthe.
AEROPHOBE. Qui craint l’eau, BOISTE.– Voilà une singulière définition. Tous les poissons sont nécessairement aérophobes, mais on sait s’ils craignent l’eau.
AFFRE. Mot d’ un usage énergique, regretté par Voltaire, et dont est fait l’adjectif affreux. On ne sait à quel propos M. Boiste le donne pour persécution; avec, ou d’après le critique de l’Academie.
AGA. interj. de surprise, BOISTE.–D’indication. C’est l’impératif antique du vieux verbe agarder ou regarder; et un caractère de l’impératif est, comme on sait, de perdre la terminaison de l’infinitif.
AGATE. Du grec
, tiré lui-même
, un arbre ou une fleur épineuse, parce que la plupart des agates paroissent contenir des plantes de cette espèce.
Le savant Périon fait venir de ce mot le nom de l’églantier, qu’on prononçoit de son temps aglantier ou agantier. Cette particularité orthographique équivaut à une démonstration.
Il n’est personne qui n’aperçoive dans le même mot l’étymologie du nom de l’acacia.
AGE. 5. m.–Féminin dans ce passage de Malherbe:
Que d’hommes fortunes en leur âge première
Trompés de l’inconstance à nos ans coutumière....
AGRICULTEUR, s. m. Néologique et barbare culteur n’étant pasfrançois; dites agricole.
BOISTE.
–Agricole n’est jamais qu’adjectif. La raison de M. Boiste pour rejeter ce mot est très-mauvaise. C’est que le composant culteur n’est pas françois. Dans législateur, lateur n’est pas françois, et législateur est bon. Et puis cole n’est pas plus françois que culteur.
AGUET. N’a d’usage qu’au pluriel, ACADÉMIE. –Il est employé au singulier d’une manière très-heureuse, ce me semble, dans le vers suivant:
Quand l’aguet d’un pirate arrêta leur voyage.
MALHERBE.
AHALER, ADHALER. Deux néologismes assez utiles, dont le premier paroît d’une composition plus pittoresque et plus heureuse.
AH AN. Suer d’ahan, phrase de définition, Dict. de l’Académie; inusitée suivant son critique. Elle est dans Costar.
AHURI. Interdit, stupéfait, maladroit; ce que j’apprends à toute la France qui n’a jamais vu ce mot que dans les dictionnaires, et qui ne l’y a pas plus remarqué, que cinquante autres barbarismes; c’est du patois de Paris ou de sa banlieue.
AI. prononcé É.A quoi conduisent de prétendues améliorations d’orthographe dans une langue qui n’est pas renouvelée simultanément? à tout confondre.
J’ai écrit ailleurs: Le mot j’aimerois, orthographié selon la ridicule méthode de Voltaire nous a fait perdre une valeur de prosodie et une nuance de prononciation.
Dans ce vers de Corneille:
Le prince pour essay de générosité.
Scudéry reprenoit la rime léonine d’essay et de générosité.
L’Académie déclara qu’il n’y avait pas même de consonnance, et l’Académie eut raison. Il n’y avoit cependant de différence, entre ces deux opinions, que de la prononciation de Scudéry à celle de Chapelain.
AIGAIL. On dit en poésie l’aigail des prés, des fleurs. Il est peu usité, GATTEL.–Si peu usité qu’on ne l’avoit jamais vu que dans Jacques du Fouilloux, avant de le voir là.
L’orthographe égail est très-mauvaise, parce qu’elle ne rappelle aucunement l’étymologie, qui est le patois aigue, fait du latin aqua.
AIL. Le pluriel étoit autrefois aulx.
M. Boiste donne aux, et M. Gattel aus; dans l’usage le plus commun c’est ails; et dans le bon usage ce n’est rien de tout cela. On dit généralement de l’ail; et ce mot ne se pluralise jamais.
AIMABLEMENT. Ce charmant adverbe a de belles autorités: saint François de Sales, Bourdaloue, madame de Sévigné; il en a de plus fortes encore, l’utilité, l’analogie, l’harmonie: il faut espérer que tout cela le recommandera un jour à l’Académie.
AIMANT. adj. C’est un vieux mot renouvelé et qui a bien son mérite. Il a l’autorité de Mascaron et de madame de Genlis, ce qui me le fait croire très-propre à l’ascétisme et à l’amour. Comme ce sont deux passions qui ne s’épuiseront pas de long-temps dans le formulaire des prédicateurs et dans le cœur des dames, on peut croire qu’il vivra,
AIMOSCOPIE. Inspection du sang. BOISTE. – Comme l’orthographe étymologique d’après les Grecs est très-irrégulière, j’admettrois celle-ci, à condition que l’on écriroit aimoptysie aimorragie, aimorrhoïdes. Je dirai cent fois qu’il n’y a point d’orthographe passable sans harmonie; mais c’est une chose extraordinaire que le nombre de mots tirés du grec qui ont été introduits dans notre langue par des gens qui ne savoient pas le grec.
ALCHIMIE. Remarquez que ce mot est le même que chimie, avec l’article al des Arabes, qui n’y paroît qu’une redondance inutile. On a cependant conservé l’un et l’autre pour deux acceptions très-différentes, car l’un représente une science et l’autre une folie, mais qui ont été presque identiques a une époque ou les folies de l’homme se meloient dans toutes ses sciences.
ALCORAN. Dans tous les mots qui viennent de l’arabe, cette syllabe al est un article mal à propos incorporé au substantif, et qui fait sur l’article françois une superfétation ridicule et vicieuse, céla est généralement connu: mais faut-il imiter certains parleurs délicats qui affectent de supprimer maintenant cette syllabe oiseuse; et doit-on réléguer l’ancien nom de l’alcoran au nombre des mots passés de mode? oui, si l’on étend ce principe aux mots alembic, algèbre, almanach, et à leurs co-dérivés, autrement ce sera là une réforme inutile comme toutes les réformes partielles.
ALDIN, e. Lettre italique, TRÉVOUX.–On appelle aldines les lettres italiques, parce qu’elles furent introduites par les savants Aldes, imprimeurs de Rome et de Venise.
Aldines se dit aussi adjectivement de leurs précieuses éditions dont M. Renouard a donné une curieuse histoire.
ALFANGE.
De nos honteux soldats les alfanges errantes
A genoux ont jeté leurs armes impuissantes.
VOLTAIRE. Orphelin de la Chine.
Il est, à remarquer que Voltaire, qui a souvent essayé de créer des mots, y a rarement réussi. La langue étoit faite; celui-ci ressembloit trop par le son et par le sens à phalanges, qui est très-bien, et qui étoit déjà consacré dans les classiques. Voltaire fut plus heureux pour hordes, qu’il hasarda dans le même ouvrage, et qu’on a depuis employé jusqu’à l’abus; mais ce dernier mot n’avoit pas d’analogue exact, et les mœurs mêmes des Tartares nous avoient été si peu connues jusqu’alors, qu’il devenoit une nécessité de la langue. Dans les vers cités, qui ne sont d’ailleurs pas bons, les comédiens de province lisent et prononcent phalanges, sllfanges n’est pour eux qu’une faute d’impression. C’est bien pis: c’est une faute de prétention.
ALGAZELLE. Gazelle d’Arabie, WAILLY, BOISTE.–Et nom d’Arabie. C’est gazelle avec l’article.
ALLÉ, ÉTÉ. Dans quel cas ces deux mots peuvent-ils s’employer indifféremment?
Je suis allé à Paris en telle année, j’ai été à Paris en telle année, sont de très-bonnes locutions, parce que lorsqu’on est allé à Paris, on y a été, pour peu qu’on y restât.
Mais est-il permis de dire indifféremment avec M. Girard: Je suis allé le voir, ou j’ai été le voir? Que dis-je? faut-il s’emporter comme lui contre les gens qui n’adoptent pas cette dernière locution? Cette question ne peut se résoudre que par une courte analyse.
Le verbe être détermine un état; c’est même là sa fonction spéciale dans le langage. Il ne peut donc pas être suivi d’un infinitif qui en détermine un autre. Pour vous assurer de sa propriété, ramenez la phrase à l’infinitif être: cette règle est infaillible.
Etre à Paris est du très-bon francois; être le voir est barbare: On dit Je suis allé le voir, j’ai été chez lui.
La nuance de ces expressions, dans le cas même où elles peuvent être indifféremment employées sans faute grammaticale, est cependant très-importante à saisir, car c’est elle qui détermine la physionomie de l’idée. Quelqu’un qui diroit: J’ai été à Paris en poste, ne diroit pas ce qu’il veut dire, s’il vouloit faire entendre qu’il a pris la poste pour y aller. La logique et la langue exigent je suis allé. Il en seroit de même, dans certains cas, pour cette dernière locution.
Les beaux parleurs et les écrivains maniérés enchérissent ridiculement sur cette petite difficulté, en substituant l’aoriste au prétérit. C’est très-mal s’exprimer que de dire: Nous y fûmes, pour nous y allâmes, et il n’y a rien de plus commun. Quant à cet aoriste même dans le sens de nous y avons été, il peut être fort bon en son lieu: le style a tant de secrets!
ALLUMETTE. Petit brin de bois souffré par les deux bouts, GATTEL.–Il y a des allumettes faites de carton, de brins de chanvre, de chaume de graminées; il y en a qui ne sont souffrées que par un bout; il y en a même qui ne sont pas souffrées, et qui sont beaucoup moins commodes. Il ne faut pas d’ailleurs disputer pour si peu de chose.
ALPES. Montagnes d’Italie fort renommées. GATTEL.–On ne voit pas comment une montagne peut être plus ou moins renommée. Les Alpes sont d’ailleurs des montagnes qui n’appartiennent pas plus à l’Italie qu’à la France ou à la Suisse. On appelle de ce nom de grandes montagnes primitives qui coupent les continents: les Alpes helvétiques, les Alpes suédoises, etc., et dont le nom vient probablement de la racine alb, parce que leur sommet est couvert de neige; enfin il ne falloit pas négliger l’adjectif alpin, qui est très-usité par les voyageurs et par les naturalistes.
ALPHABET. Cette dénomination même est impropre dans notre langue, quoiqu’elle désigne bien les deux premiers éléments de la collection de nos lettres, mais parce qu’elle le fait par de fausses appellations; elle convenoit aux Grecs qui nommoient alpha la première des voyelles, et beta la première des consonnes. Pourquoi ne pas s’en tenir chez nous aux mots abécédaire et abécé, qui ont au moins une construction naturelle et intelligible à tout le monde?
AMALGAMATION, AMALGAME. s. f. Terme de chimie; union d’un métal ou d’un demi-métal avec le mercure, GATTEL.–
1o Amalgamation est un barbarisme.
2o Amalgame est un substantif masculin et non un substantif féminin.
3o Amalgame n’est pas exclusivement un terme de chimie.
4o Tous les mélanges d’éléments étrangers, et non pas seulement celui d’un métal et du mercure, peuvent se qualifier d’amalgame.
5o Amalgame est utile et commun dans une foule d’emplois figurés.
AMBUBAGE. S. m. BOISTE.–Écrivez ambubaies, et ajoutez pluriel.
Flûte des Syriens, BOISTE.–Joueurs de flûte qui venoient de Syrie.
Ambubaïarum collegia, pharmacopolœ.
De l’oriental avuv ou abub, une flûte, nasalé ambub. Ce mot n’est d’ailleurs nullement françois.
AME. Je ne sais quel étymologiste a avancé l’idée, plus ingénieuse que solide, qu’il y avoit ici autre chose qu’une contraction De l’anima des Latins, savoir une vive mimologie de l’expiration. Dans la formation de ce mot, les lèvres, à peine entr’ouvertes pour laisser échapper un souffle, retombent closes et sans force l’une contre l’autre. Dans le mot vie, au contraire, elles se séparent doucement et semblent aspirer l’air: c’est le mimologisme de la respiration. En anglois, le mot be, qui est de même nature et de même touche, signifie être; et ce qu’il y a de singulier c’est que, dans le même verbe, am signifie je suis. Bit, en esclavon, est le même que be ou bi en anglois.
AMI. Claverct, avec qui il était ami, avait été celui qui avait fait courir cette pièce, VOLTAIRE.–
Comme ce nom est une grande autorité, à fort juste titre, et que peu de personnes ont écrit plus purement que l’auteur de cette phrase, il n’est pas inutile de dire aux jeunes gens et aux étrangers qu’elle est extrêmement mauvaise, et qu’on n’est pas ami avec quelqu’un.
AMIANTE. s. m. Matière minérale dont on fait de la toile incombustible. GATTEL.–Il ne faut pas que nos neveux se persuadent, d’après cela, qu’il y avoit en France l’an de grace1800 une manufacture de toile d’amiante, dont on faisoit des linges qui résistoient à l’incendie. M. Gattel vouloit dire: dont on prétend qu’il a été fait de la toile incombustible.
Il n’est pas certain que l’amiante soit absolument inaltérable au feu; et il est moins certain encore que ce soit un substantif masculin, car il est toujours féminin dans l’usage.
AMPHISBÈNE. Il ne faut plus définir ce mot, serpenta deux têtes, comme le font les Dictionnaires. Il n’y a point de serpents à deux têtes. Les amphisbènes tirent ce nom de ce que leur queue et leur tête se confondent par la dimension, et de ce qu’on leur a attribué la propriété fort douteuse de se diriger dans tous les sens.
AMPHITRYON. M. Boiste écrit, mal Amphitrion. Le mot de Sosie:
Le véritable Amphitryon
Est l’Amphitryon où l’on dîne,
a consacré ce mot dans le sens proverbial d’homme qui donne à manger. Il est devenu un substantif de la langue, comme Harpagon, comme Tartufe.
ANACHRONISME. Faute qui consiste.... à placer un fait dans un siècle où il n’étoit pas encore arrivé, GATTEL.–Et si c’étoit dans un siècle postérieur à celui où il est arrivé, comment nommeroit-on cette faute?
ANAGRAMME. Petite production ou l’on trouve dans le nom de quelqu’un en retournant les lettres de ce nom, un sens bon ou mauvais. GATTEL.–Et si c’étoit. dans un mot qui ne fût pas le nom de quelqu’un, comment appelleroit-on cette petite production?
Quant au sens bon ou mauvais, il paroît effectivement indispensable qu’il soit l’un des deux.
ANAGNOSTE. Esclave qui lisoit pendant les repas, BOISTE.–Le mot tout grec dont il est ici question ne signifie que lecteur.
Rabelais se félicite d’avoir été lu devant Francois Ier par un excellent anagnoste.
ANECDOTE. Grande déviation de sens. Anecdote vient du grec
, non publié, et on entend par anecdotes les nouvelles les plus répandues. Il a bien fallu faire inédit pour l’ancienne acception, et surtout il faut bien recommander ce mot aux lexicographes qui le dédaignent.
ANERIE. Ce livre est plein d’dneries. ACADÉMIE, GATTEL.–On a déjà dit que cette phrase étoit singulière dans un Dictionnaire.
Quelle ânerie dans ce médecin dans cet avocat! GATTEL.–Tontes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
ANGULAIRE. Qui a un ou plusieurs angles. GATTEL.–On ne connoît point de figure au monde qui n’ait qu’un angle.
ANGUSTIE. Il ne se dit que d’un chemin. GATTEL.–Il ne se dit pas.
ANIER.
Un dnier son sceptre à la main, etc.
L’Académie avoit oublié ce mot; il est utile, et La Fontaine l’emploie assez bien.
ANIMAL. Peut-on dire animal de somme au lieu de bête de somme, comme l’a fait La Fontaine? Je ne le crois pas. Voilà une de ces délicatesses de synonymie qui constituent l’esprit d’une langue; et comment les reconnoître dans une langue morte, puisqu’elles échappent quelquefois aux contemporains eux-mêmes?
ANNONCER. Les curés annoncent les fêtes, les comédiens leurs pièces, les ministres protestants, etc. GATTEL.–M. Gattel ne faisoit pas des épigrammes en définition comme Furetière et Richelet. Cette phrase d’exemple est un exemple d’inconvenance.
ANTENNES, s. f. pl. Cornes (BOISTE) que quelques insectes portent sur la tête, GATTEL.–
1o Quand on dit qu’un insecte a perdu une antenne, ce mot est singulier.
2o Des antennes ne sont pas des cornes.
3o Ce ne sont pas quelques insectes, mais tous les insectes qui portent des antennes.
4o Les insectes ne portent pas les antennes sur la tête, mais à la tête. On ne porte sur la tête que des corps étrangers.
Une antenne est un filet creux, mobile, articulé, qui accompagne la tête des insectes, et qui a été considéré par les uns comme l’organe de l’ouïe, par les autres comme un supplément du tact.
ANTHERA. Terme de pharmacie. Le jaune qui est au milieu de la rose, GATTEL, WAILLY, BOISTE.–
1o Anthera est un mot latin.
2o Anthère, qui est le véritable mot, n’est point un terme de pharmacie.
3o Les anthères sont jaunes dans la rose; mais dans beaucoup de plantes elles sont d’une autre couleur, et il ne falloit pas donner lieu de croire que la rose seule avoit des anthères.
ANTOLOGIE. RESTAUT, GATTEL, BOISTE.– On écrit anthologie par respect pour l’Académie, et surtout pour l’orthographe.
ANTHROPOPHAGE. Il ne faut qu’une simple éducation primaire pour parler correctement une langue de première origine. Pour parler correctementune langue composée, ou de seconde création, il faut une sorte d’érudition qui ne se rencontre pas même chez toutes les personnes qui font profession d’écrire. Il résulte alors souvent du faux emploi d’un mot usuel, mais dont l’acception originelle se refuse à l’analyse, quand elle n’est pas dévoilée par la connoissance d’une langue antérieure, les désordres les plus bizarres, et les équivoques les plus ridicules d’applications. Un auteur écrivoit dernièrement que les lapins étoient anthropophages, parce qu’il entendoil par anthropophages les animaux qui se mangent entre eux. Un historien, aujourd’hui assez célèbre, mais dont l’esprit de parti n’a pas négligé le succès, parle à plusieurs reprises, et avec une merveilleuse confiance, des deux monarques de Sparte. Il n’est question dans les journaux que de combats polémiques. Les artificiers de nos fêtes composent des feux hydrauliques, et trouvent des imprimeurs qui les affichent. Enfin on vient d’inventer une manière de lithographier sur carton, et on feroit un volume d’exemples du même genre. Dans un siècle où l’on n’est pas économe de mesures répressives, n’auroit-on pas pu charger une censure spéciale de prévenir ce scandale littéraire, si honteux pour un âge de lumière et de perfectionnement? Les livres et les belles-lettres réclament leur Caritidès comme les enseignes.
AORISTE. Il n’est personne qui ne connoisse cette délicatesse de notre langue, de le substituer au simple passé, quand il s’agit d’un temps concret, d’une époque dont il ne reste rien. Je m’y arrête seulement pour remarquer que Voltaire a mal à propos critiqué ces deux vers de la scène III du quatrième acte du Cid:
Nous partîmes cinq cents; mais, par un prompt renfort,
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.
L’aoriste y est fort bien, car il s’agit de la veille. Au reste, il est bon de remarquer que cette utile nuance étoit à peine déterminée du temps de Corneille, et que nous l’avons long-temps négligée, comme les Latins.
Or nous dites, huy matin quand il deut monter à cheval, fustes vous à son disner? FROISSART, vol. IV, chap. XLIII.
Certes, damoiselle, tant vous puis-je dire que hu y matin entrasmes nous premiers ez foretz. PERCEFOREST, Vol. I, chap. XLI.
Je laissay huy matin en ce temple deux glaives. Ibid., vol. II, penult. chap.
Pleust à Dieu que présentement je J’eusse dedans la orque des bons et beats pères Concilipetes lesquels ce matin nous rencontrasmes! PANTAGR., liv. IV, chap. xix.
Ce matin peut toutefois se considérer comme un temps achevé.
AOUST. Et de là, oût, mot commun dans La Fontaine, qui désigne l’époque où l’on récolte les grains.
Voltaire vouloit qu’on dît Auguste, et Auguste vaudroit mieux, surtout si Juillet se disoit Jules. Ce qui vaudroit mieux encore ce seroit de réformer, si on le pouvoit, les noms barbares et inconvenants de ce ridicule calendrier; mais ce qui vaut le mieux dans la théorie n’est pas toujours exécutable dans la pratique.
Il faut donc nous résigner à compter pour les septième, huitième, neuvième et dixième, les neuvième, dixième, onzième, et douzième mois de l’année; à célébrer la circoncision de Jésus-Christ le premier du mois de Janus, et la fête de son auguste mère le vingt-cinq du mois de Mars. Quant au jour de la Passion, il est consacré à Vénus.
Dans la société, il n’y a que le temps qui soit créateur: les hommes n’improvisent pas une idée; ils n’improviseroient pas une lettre. Auguste ne put parvenir à donner le droit de cité à un mot; et un de nos rois de la première race ne réussit pas mieux à faire accueillir quelques nouveaux caractères d’écriture à des barbares fort indifférents sur l’alphabet qu’ils déchiffroient à peine.
APEPSIE. s. m. GATTEL.–Substantif féminin.
Maladie qui consiste à ne point digérer, GATTEL. –Le défaut de cette phrase consiste à n’être pas françoise.
APHTE. Tout mal qui naît dans la bouche. GATTEL.–Demandez à un dentiste!
API. Autrefois apic. C’est le nom d’une pomme dont on ignore l’étymologie. Ne seroit-ce pas
, sans amertume? c’est la plus douce des pommes.
M. Gattel ne s’occupe pas de cela. Il définit l’api une sorte de pomme fort connue; cela est vrai.
APOCOPE. Dans son excellent Dictionnaire latin-francois (puissions-nous avoir un Dictionnaire François de ce mérite!), M. Noël définit l’apocope une figure qui consiste à retrancher quelque chose de la fin des mots. Et, quand c’est du commencement, comme dans Clodovicus, dont nous avons fait Ludovicus; dans gibbosus, dont nous avons fait bossu; dans fibula (fiboula), dont nous avons fait boucle; dans glis, gliris, dont nous avons fait loir, comment appelle-t-on cette figure, si ce n’est apocope? Il est vrai de dire que ces derniers exemples sont rares; et, que s’il y a une bizarrerie étrange à remarquer dans les caprices des langues, c’est la formation d’un mot duquel disparoissent les lettres caractéristiques de l’étymologie; mais il faut s’attendre à tout dans l’étude de la parole humaine: il n’y a pas une page de nos glossaires qui ne porte quelque trace de l’anathême de Babel.
APPAT. D’ad et pastu, comme amorce d’ad et morsus. C’est une extension spirituelle que celle de ces mots à l’expression des piéges des passions, et même des séductions les plus innocentes de la beauté. Amorce est vieilli en ce sens: Appas est resté, mais seulement au pluriel, ce que les Dictionnaires oublient, car ils en font un substantif particulier, et n’indiquent pas qu’il n’a point de singulier et ne peut pas en avoir. Ce qu’il y a de plus remarquable dans l’orthographe de ce pluriel c’est la suppression très-ancienne du t étymologique. Corneille, qui étoit excellent grammairien, et supérieur en ce point comme en tout point à tous les écrivains de son temps, a dit dans l’Illusion comique:
J’en ignorois l’éclat, l’utilité, l’appas,
Et la blâmois ainsi ne la connoissant pas.
Et ailleurs:
Je veux bien m’exposer au plus cruel trépas,
Si ces rares présents n’ont un mortel appas.
Mais ce n’est pas seulement suivant moi une liberté pardonnable, comme l’appelle le spirituel annotateur, M. François de Neufchâteau; c’est la liberté d’un temps où ces délicatesses de la langue n’étoient pas observées, où ces conditions n’étoient pas établies. On ne diroit pas aujourd’hui un appas, ni dans l’acception propre, ni dans l’acception figurée.
APOSTROPHE, s. f. Apostropha, œ, se trouve dans Asconius Pedianus; apostrophe, es, dans Quintilien. L’un et l’autre sont féminins, et ce genre est très-étymologique en françois. Chapelle, qui écrit très-purement, a dit toutefois dans son joli Voyage: «l’apostrophe est un peu violent, ou l’imprécation un peu forte;» il a d’autant plus de tort qu’il écrivoit ce passage en prose; mais les classiques ont beau jeu pour prendre leur revanche avec le Dictionnaire.
APPROCHANT. Il est approchant de huit heures, GATTEL.–Je ne sais pas quelle heure il est; mais approchant de est un solécisme.
APPOINTÉ-CONTRAIRE. Terme de droit que La Fontaine a transporté assez heureusement dans le style de la fable. Cette expression n’a rien de distingué, mais elle n’est pas essentiellement condamnable, et l’abbé Desfontaines, qui a blâmé un fabuliste de son temps pour l’avoir employée, devoit se rappeler peut-être que celui-ci n’en avoit point fait usage sans l’autorité de son modèle.
APPRENDRE. Verbe à sens réciproques. Il signifie enseigner ou être enseigné. Remarquons cependant qu’il n’a jamais la première de ces acceptions sans gouverner un datif: je lui ai appris, ou j’ai appris à lui. Dans le cas contraire, il reste passif.
A bien examiner cette phrase de d’Ablancourt: Il apprit des singes à danser, il est clair que les singes sont à l’ablatif, et que le maître à danser est un singe. C’est le contraire de ce que d’Ablancourt veut dire.
APPROXIMATION. Terme de mathématiques; opération par laquelle on approche de plus en plus de la valeur d’une quantité sans la trouver exactement, GATTEL.–
1o Approximation n’est pas exclusivement un terme de mathématiques.
2o L’approximation n’est pas une opération, c’est un résultat.
3o L’approximation n’est pas un résultat qui approche de plus en plus, mais le plus possible; car, s’il approchoit de plus en plus, il n’y auroit pas de raison pour qu’on ne trouvât à la fin la quantité exacte. Il faudroit seulement que l’opération durât le temps nécessaire.
APRÈS A FAIRE, etc. Cette locution est défendue par quelques écrivains très-estimés. Vaugelas la regardoit comme un barbarisme, et je ne vois pas qu’elle soit consacrée par l’usage d’un classique.
ARAIGNE. La Fontaine a employé ce mot dans deux de ses fables, sans le faire passer dans l’usage. On ne l’a revu dès-lors que dans les poésies de Bonneville.
On donne beaucoup d’étymologies différentes au mot araignée. Il me semble qu’il ne faut pas chercher la véritable hors du grec, dont la fable d’Arachné est tirée. Or, ce mot vient évidemment d’
, l’action de nuire, et de
, je file, qui est aussi entré en construction dans Athénée, un des noms grecs de Minerve.
On dit par ellipse, ôter les araignées d’un plancher, pour en ôter les toiles d’araignée, GATTEL. –Je ne sais si c’est par ellipse que les chambrières disent cela; mais on fait très-bien d’ôter les araignées elles-mêmes quand on peut.
ARANÉIDES. Famille d’aptères, BOISTE.– Les araignées étoient une famille d’aptères. Les aranéides sont une nouvelle classe du genre animal, bien déterminée par M. Duméril, et parfaitement établie par M. Walckenaer.
ARGOT.
, otiosé. L’argot est la langue de ces fainéants de profession que l’oisiveté conduit au crime.
Jargon est le même terme à peine modifié. Baragouin est fait de
et d’
.
On a dit autrefois narquin, un mendiant; narquois, le langage des narquins. La lettre n se rattache souvent aux voyelles initiales; et cette synthèse arrive surtout par son échange contre l’article apostrophé avec lequel elle se confond aisément: l’argot, nargot et narquois. Les mendiants, les manœuvres, les filles publiques, les filous, les conspirateurs, et les sociétés secrètes, ont des langues particulières qui sont autant d’argots différents. Les comédiens en ont un qui gagne jusqu’à un certain point la bonne compagnie quand les actrices sont jolies. Je ne parle pas des alchimistes, des cabalistes, des mesméristes, et même de certains sophistes, dont l’argot passe de mode.
La langue des sciences est devenue une espèce d’argot moitié grec, moitié latin, qui a un très-grand avantage, celui d’être, par ses étymologies, presque inaccessible à la foule; mais il faut prendre garde de l’introduire dans la littérature pure et simple sous peine de n’être plus entendu en France que des gens qui savent autre chose que le françois.
Au reste, il n’y a rien de plus douteux que ces étymologies si faciles à soutenir. Argot vient peut-être, comme alfana vient d’equus, d’une origine bien plus éloignée, de zingano ou zingaro, bohémien. C’est le langage qu’ils ont eux-mêmes appelé le zergo, contraction de zingaro qui est tout-à-fait dans le goût de l’argot. De zergo nous aurions fait gergon, comme dans le livre de Pêchon de Ruby: La Vie généreuse des mattois, gueux; bohémiens etcagoux, contenant leur façon de vivre, subtilités et gergon, etc. Paris, 1622, in-8o. De là jargon, argot, et le reste. Le Libro Zergo a été imprimé à Venise, en1565, petit in-8o, et quelques autres fois, ce qui n’empêche pas qu’il soit fort rare.
ARTISAN.
L’artisan exprima si bien
Le caractère de l’idole, etc.
On diroit aujourd’hui artiste, dans cet exemple, malgré l’autorité de La Fontaine et de Boileau, et ce nom même se gagne quelquefois à meilleur marché.
ASPIC, plante. De spica nous avons fait aspic ou espic, qui est devenu épi. Par extension, nous avons donné ce nom à une plante aromatique dont les fleurs sont disposées en épi, et son nom primitif ne s’est pas modifié avec l’autre. Voilà donc deux mots parfaitement identiques, qui ne sont plus homonymes, et dont il est même assez difficile de trouver l’origine commune.
ASSASSIN. Poét.fig. Yeux assassins, WAILLY . –Cette expression est très-figurée, mais elle n’est poétique que dans le langage de Mascarille.
ASSONAH. Livre qui contient les traditions de la religion musulmane, WAÏLLY.–C’est un livre de lois et non pas un livre de traditions. Renvoyé d’ailleurs à la Bibliothèque orientale: la bibliographie du Levant n’a rien à démêler avec notre langue.
ASSOTER. On dit plus souvent assotir. WAILLY.–Les gens qui parlent bien ne disent ni l’un ni l’autre.
ASSURER. Dans le sens de donner de la sécurité, on ne dit plus que rassurer. L’ancienne expression paroissoit très-logiquement faite.
Un oracle m’assure; un songe me travaille.
CORNEILLE.
Il est probable qu’on a voulu éviter la confusion de sens dans l’emploi de ce mot trop riche en acceptions.
ASTUCE. L’étymologie de ce mot n’est pas inutile a l’histoire morale des langues. Il vient d’aoru, ville, et s’est pris d’abord pour le langage poli de leurs habitants. Voilà une expression originairement synonyme d’ urbanité et de politesse, qui ne signifient souvent pas autre chose.
M. Noël s’est trompé peut-être en pensant qu’ astu, latin, signifioit Athènes par excellence. Il n’a jamais été employé qu’une fois à ma connoissance, et c’est dans l’Eunuque de Térence où celui-ci a pu affecter un grécisme.
Astu, adverbe, qui équivaut à notre adverbe astucieusement, si l’on veut permettre que notre adverbe astucieusement soit françois, confirme son étymologie.
Astuce signifie aussi mauvaise finesse, WAILLY. – Et qu’est-ce que finesse, M. le lexicographe?
Ruse, artifice. WAILLY.–On eu pourvoit conclure qu’il y a de bonnes finesses, et cela n’est pas délicat.
Le critique de l’Académie dit fort bien: Notre langue se distingue de toutes les autres par de nobles scrupules.
ATOURS. Du latin adornare, comme orner et sa famille. On a dit d’abord aourner, aorner, et tous les deux se trouvent dans Rabelais; il disoit qu’on se devoit porter vestir et aourner chacun selon sa condition; ailleurs, c’est, dit le moine, pour aorner mon langage. Il est probable qu’atourner s’est pris au même sens, car on en voit encore le participe dans La Fontaine:
Ce chien-ci donc étant de la sorte atournë, etc.
Quant au joli mot d’atours, les Dictionnaires ont peut-être tort de lui donner le nombre singulier que je n’ai jamais vu dans les auteurs.
Au reste il faut tirer du vers de La Fontaine la conséquence qu’ atourner ne signifie pas exclusivement parer une dame, qui est la définition reçue, puisque le fabuliste l’a fort bien dit d’un chien.
ATT A CHER. La différence des prononciations, en multipliant les mots, a servi à l’enrichissement de la langue, parcequ’elle a multiplié les acceptions. Attacher et attaquer ont été originairement la même chose.
ATTELABE. Coléoptere aquatique, à tête de sauterelle, corps d’araignée (LINNÉ). BOISTE. – Linné seroit fort étonné qu’on lui attribuât cette singulière définition; et, quant à cette description, je garantis qu’il n’y a pas de coléoptere au monde auquel elle puisse convenir.
Linné a donné le nom d’attelabus à des insectes auxquels Fabricius l’a conservé, et en outre à différentes espèces de clérus, de trichodes, de spondylis, d’upis.
Geoffroy l’a très-improprement appliqué aux lusters. Les nouveaux entomologistes françois l’ont unanimement maintenu pour la famille que Geoffroiavoit composée d’une partie des attelabus de Linné, sous le nom de hecmares.
AUBOURS. Arbre dont les feuilles sont employées contre l’asthme, WAILLY.–Cette définition n’est pas très-satisfaisante quand il s’agit de désigner une plante inconnue. Aubours est le nom patois du faux ébénier des Alpes, espèce de cytise dont on est libre d’employer les feuilles contre l’asthme, au hasard de n’en pas guérir.
AUCUNEMENT. Adverbe à sens extrêmes. Il signifie d’aucune maniéré, et il a signifié en quelque maniéré qui ne le vaut pas.
Il s’est conservé pour le même usage dans le style de la pratique; et c’est peut-être à cette faveur toujours funeste aux mots qui en sont honorés qu’il doit d’être exclus du beau langage.
AURE.
Aure, fais-les venir; je sais qu’ils t’obéissent.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il aime donc cette Aure et me quitte pour elle.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Les échos de ces lieux n’ont point d’autres emplois
Que celui d’enseigner le nom d’Aure à nos bois.
Dans tous les environs le nom d’Aure résonne.
Les vieux commentateurs de La Fontaine expliquent ce mot par vent frais d’été. C’est une expression utile et consacrée, mal à propos dédaignée par les Dictionnaires.
AURILLAS. s. m. Se dit des chevaux qui ont de grandes oreilles, WAILLY.–En Languedoc et en patois.
AUSSIERE. Grosse corde à trois tourons. WAILLY.–On ne voit pas ce que c’est qu’un touron. Or, si touron étoit, francois, il falloit le mettre à sa lettrine, et, s’il n’étoit pas francois, il ne falloit pas le mettre là.
AUTOMATISME. État des bêtes, WAILLY.– C’est, trancher une grande question, mais c’est la trancher bien légèrement, et plus légèrement peut-être qu’il n’est permis de le faire dans un Dictionnaire.
AUTOMNE. Maintenant masculin; ce qu’on a fait pour le conformer au genre des trois autres saisons. Les chimistes ont suivi cette méthode pour les noms des terres, des métaux, des demi-métaux. Cet esprit de régularité ne sauroit passer trop vite des sciences dans les langues; et aucune langue n’approchera de la perfection tant qu’il ne s’y sera pas étendu à toutes les applications dont il est susceptible.
AVACHIR, S’. Se dit des étoffes, du cuir. WAILLY. D’une branche qui penche, BOISTE. Des femmes qui deviennent trop grasses, BOISTE et WAILLY.–Cela n’est pas élégant en parlant des étoffes et du cuir; et, en parlant des dames, cela n’est pas galant.
AVANTAGEUX. On prend communément aujourd hui ce mot pour vain, confiant, présomptueux, et les Dictionnaires le consacrent en ce sens, où il n’est certainement pas françois. C’est une extension de province, qui a pu être accueillie par une gazette, mais qui ne mérite pas de l’être par une académie.
AVANT-COEUR. Maladie de cheval, WAILLT . –Il falloit dire du cheval ou des chevaux. Maladie de cheval est une expression figurée. Une forte maladie, une fièvre, un remède de cheval.
Ces délicatesses méritent d’autant plus d’égards dans nos Dictionnaires, que les étrangers ne sauroient les deviner.
AVANT-SCENE. Chez les anciens, la partie du théâtre sur laquelle les acteurs paroissoient. GATTEL.–Chez les anciens et chez les modernes, l’avant-scène est un espace au-devant de la scène, c’est-a-dire de l’espace où les acteurs paroissent.
Avant-scène a une autre acception oubliée. On entend par ce mot la partie de l’action qui a dû précéder celle qui fait le sujet d’un drame. L’exposition a pour objet le développement de l’avant-scène. La bataille de Pharsale est l’avant-scène de la Mort de Pompée.
AVEC. On a écrit avecque et même aveusque ce qui démontre bien l’étymologie ab usque cum.
Je ne remarque en passant cette ancienne et désagréable orthographe que pour rendre à Corneille cette justice, qu’il l’a réformée tant qu’il a pu dans ses tragédies, en les réimprimant; exemple utile dont il est fâcheux que Molière et La Fontaine n’aient, pas daigné profiter.
AVENTUREUX. Il vieillit . BOISTE.
–Il rajeunit.
Par quels faits d’armes valeureux
Plus que nul autre aventureux, etc.
MALHERBE.
Il en est de plusieurs mots comme de celui-ci. Chevreau blâmoit aussi valeureux dans le premier vers cité, comme une expression hors d’usage, et vaillance a été reproché, il y a cent vingt ans, comme je le remarque ailleurs, à l’auteur de l’épitaphe de Turenne.
AVENTURINE. Pierre précieuse, ACADÉMIE, BOISTE.–L’ aventurine n’est pas une pierre précieuse, c’est une composition fortuite, et de là vient son nom.
AVEUGLEMENT. Ce mot n’est plus synonyme de cécité. Cécité se prend au propre, et aveuglement au figuré.
AVOIR.
Ayez-la; c’est d’abord ce que vous lui devez,
Et vous l’estimerez après si vous pouvez.
C’est la chaste muse de Gresset qui a consacré cette infame acception; et où? dans une comédie représentée; et quand? au milieu de ce siècle timide où la grossièreté de George Dandin et de Sganarelle révolte les oreilles de l’auditeur le plus aguerri! Il est remarquable que la licence des anciens comiques ne soit jamais allé si loin que le bon ton.
AVRIL (poisson d’). Proverbe selon l’Académie, mais plutôt coutume de laquelle est résultée une expression qui est commune et non pas proverbiale. Un proverbe doit contenir une vérité morale ou une allusion historique.
Le critique de l’Académie prétend que cette locution tenoit à l’époque du premier jour de l’an, qui a été en avril jusqu’à la fin du seizième siècle. Cette explication peut être vraie, mais elle n’est pas exprimée avec justesse. L’année commençoit à Pâques, qui est tantôt en mars, tantôt en avril.
AYEUL ou AIEUL. D’avulus, diminutif d’avus, selon Ménage; et mieux encore d’ataviolus ou atayolus diminutif d’atavus. Nous prenons d’ailleurs ayeul en deux acceptions, où il peut se l’attacher à ces deux étymologies: dans la première, il représente avus, et dans la seconde, atavus, avec toute l’extension qu’on peut lui donner. C’est radicalement d’atta, mot de la langue puérile qui a produit le nom de père dans une foule de langues.
B
Table des matières
B. Première consonne.
Je dirai une fois pour tou tes sur cette consonne, et je prie mon lecteur de faire lui-même à toutes les autres l’application de mon principe, que l’ancien mode d’épellation, qui fait suivre de voyelles diverses les lettres consonnantes de la langue, ou qui les en précède au hasard, tient de près à la barbarie. Une consonne ne peut réellement se prononcer sans être soutenue par l’émission d’un son vocal; mais, comme cette addition est de pure nécessité, elle doit être aussi peu sensible qu’il est possible de le faire. La prononciation des consonnes ne doit donc être appuyée que par l’emuet. Les petites écoles où cette innovation philosophique a été introduite jusqu’ici en ont recueilli le plus grand avantage; et il est facile de concevoir combien elle ôte de vague à la valeur des signes que les créateurs de notre alphabet ont si improprement dénommés.
BABAU. Ce vieux mot veut dire fantôme. Il est de la langue puérile, c’est à dire composé des premières articulations de l’enfance. Si nous retrouvions la langue primitive, nous n’y retrouverions guère de mots abstraits sur lesquels on ne pût faire la même remarque, parmi ceux qui expriment les superstitions de la société. Les erreurs de l’enfance sont devenues celles du genre humain.
BAGUE. Anneau d’or ou d’argent, GATTEL.– De platine, de vermeil, de bronze, d’acier, de plomb, de laiton. Jusqu’à Marius, les bagues des Romains furent en fer.
Où il y a quelque pierre ou diamant enchâssé. GATTEL.–Où le plus souvent il n’y en a point.
Quelque pierre ou diamant.–Quelque perle, insecte, fleur, miniature, relique, cheveux, etc. Et, s’il n’y avoit. rien de tout cela, et que la bague fût un sceau, comme celle dont Jezabel marqua l’empreinte sur l’ordre qu’elle envoyoit de tuer Naboth, ce n’en seroit pas moins une bague.
BAGUENAUDE. Petit fruit enveloppé dans des gousses pleines de vent que les enfants font craquer} etc. GATTEL.–Silique large, enflée, semblable à une vessie, que tout le monde peut faire craquer comme les enfants.
Baguenaude paroît venir en ce sens de bacca nuda, une semence mise à nu.
Baguenauder ne s’est pas dit pour l’action de faire éclater des siliques de baguenaudier, mais pour celle de s’occupera un jeu qui consiste à faire et de faire successivement une espèce de nœud de bagues de fer. Il faudroit donc écrire en ce sens baguenoder et baguenodier.
BAH! Exclamation très-fréquente dans les eomiques, très-dédaignée dans les lexiques. Cest l’onomatopée d’une mimologie vulgaire, le bruit que fait la bouclie d’un homme ébahi.
BAIE. Graine ou fruit de certains arbres.
En terme de maçon, ouverture qu’on laisse dans la muraille lorsqu’on bâtit, pour mettre une porte ou une croisée.
En terme de marine, enfoncement de la mer dans la terre, beaucoup plus large dans le dedans que par l’entrée.
Tromperie qu’on fait à quelqu’un pour se divertir. GATTEL.–Quatre acceptions qui appartiennent si peu au même mot qu’il faut pour les rendre au moins trois orthographes différentes. Celle de la première est seule exacte. En terme de maçonnerie, et non pas en terme de maçon, ce mot s’écrit bée et se prononce de même. C’est abusivement que tous les dictionnaires, sur la foi de l’Académie, ont fait du substantif la bée le barbarisme l’abée, par une synthèse vicieuse de l’article.
Dans la troisième acception, qui vient de notre ancien verbe bayer, ce mot s’écrit baye, orthographe caractéristique que les Anglois lui ont laissée.
Dans la dernière, qui est probablement figurée du même verbe, parce qu’un homme à qui ou donne des bayes est un homme sujet à s’ébahir de peu de chose, il faut également, l’écrire comme je le fais, tant qu’une orthographe sagement réformée n’exigera pas que nous l’écrivions autrement. C’est l’écriture étymologique.
Enfin je remarque là-dessus que ce mot baye pour tromperie a donné le verbe bayer, très-ignoré en ce sens des lexicographes, et très-usité encore dans la phrase familière: Vous nous la bayez belle, dont il a plu à l’usage de faire honneur à cet autre verbe bailler, qui n’est plus employé que dans la pratique.
BALAI. s. m. Il est absurde d’écrire balai par un i, balayer par un y grec, comme tous les lexicographes, et baleyeur par un e, comme M. de Wailly. Notre orthographe est ridicule; il faut au moins qu’elle soit uniforme.
BANIANS. Idolâtres des Indes–Orientales, qui croient la métempsycose, GATTEL.–Littéralement: hommes dont la singulière organisation concilie la plus stupide des erreurs, l’idolâtrie, avec le plus beau système de psychologie connu, la métempsycose. Il n’y a point d’idolâtres, et surtout parmi les gens qui croient la métempsycose; mais il y a chez toutes les nations des superstitions populaires.
BANNI. Qui a encouru le bannissement, WAILLY. –C’est comme si l’on disoit: pendu, qui a encouru la peine capitale. Cela n’est pas toujours synonyme, témoin Henri Etienne qui n’eut jamais plus froid que le jour où il étoit brûlé en effigie à Paris.
Littéralement, un banni, c’est un homme qui subit la peine du bannissement, qu’il l’ait encourue ou non.
BARBACOLE. Les Dictionnaires le donnent pour jeu de hasard. L’Académie devoit, au moins se rappeler que La Fontaine l’a fait synonyme de pédant:
On vous devroit à soixante ans
Renvoyer chez les Barbacoles.
C’est un néologisme emprunté des Italiens, qui appellent ainsi ces faux savants dont le mérite est presque tout entier dans une barbe touffue. (Barbam colit.)
BARBARE. Phrase d’ exemple: Les Iroquois parlent une langue fort barbare, GATTEL.–Les Iroquois n’ont encore ni académie ni Dictionnaire; mais ils ont des orateurs, des poètes, et une langue qu’on s’accorde à trouver forte et harmonieuse. La nôtre leur paroît fort barbare.
BARRAULT. Les Dictionnaires francois sont par trop parisiens. Avant les nouvelles dénominations des poids et mesures, barrault indiquoit. une grande mesure de liquides en Bourgogne, en Franche-Comté, en Touraine: La douzième, ung barrault d’orterny couvert d’une vignette de grosses perles indicques. Pantagruel, liv. IV, c. 1. Ceci prouve que les propriétaires de vignobles ont grand tort de dire un barrai, au singulier; mais ils ne seroient pas moins coupables de dire plus long-temps un barrault. L’unité des noms qui garantit celle des valeurs est un des bienfaits dont le commerce est redevable aux sciences. Il est vrai qu’hectolitre vient du grec! Eh, mon Dieu! d’où vient barrault, s’il n’en vient pas aussi?
BARTHÉLEMI. Nom d’homme, GATTEL.– Cette classe de mots grossiroit. considérablement les Dictionnaires.
BARYTONER. Quelques auteurs anciens écrivent mal à propos baritoner, et M. Boiste les suit. Ce mot, qu’il définit danser, n’a jamais signifié que chanter d’un ton grave, à moins qu’on n’en trouve hors de Rabelais des exemples que j’ai inutilement cherchés. Voyez ce qui concerne l’enfance de Gargantua: et luy mesme se berssoit en dodelinant de la teste, monochordisant des doigtz et barytonnant du cul.
BASSIN. Outre toutes les acceptions connues de ce mot, il signifie encore un certain meuble creux et arrondi, armé d’un manche assez long, qui sert à puiser de l’eau dans les seaux, et qui est ordinairement de fer ou de cuivre battu. Cette acception n’est pas dans les Dictionnaires, pour une très-bonne raison, c’est qu’on ne se sert pas de bassins à Paris, et que le Dictionnaire de l’Académie est celui de Paris.
BASSISSIME. Très-profond, très–bas. TRÉVOUX, WAILLY.–Barbarissime.
BASTE, de l’italien basta, il suffît.
Les Dictionnaires font de baster un verbe neutre impersonnel. Il ne s’agit pas de cette dénomination, mais de la définition dans ce sens même. Nous n’avons jamais eu le verbe baster dans son infinitif. Baste n’est pas, comme on le dit, un impératif; c’est une troisième personne du présent de l’indicatif avec l’ellipse du pronom. Baste a signifié d’abord, comme en italien: il suffit, et par extension: n’importe, qui est tout autre chose. C’est l’usage chez nous.
BASTERNE. Le char de nos rois de la première race.
De basterna, idiotisme latin que M. Noël fait dériver de
. Il n’en auroit été fait qu’en construction hibride, puisqu’il y manque de son dernier élément.
Cest de bos trinus, mot soldatesque ou de relation pour indiquer une voiture gauloise traînée par trois bœufs. Il est vrai que Boileau a dit:
Quatre bœufs attelés d’un pas tranquille et lent
Promenoient dans Paris le monarque indolent.
Mais trois n’a qu’une syllabe, et un poète sacrifie l’archéologie à la mesure.
BATTANT. Le battant d’une cloche.
Tous les Dictionnaires disent battant, hors celui de Trevoux qui dit batail.
M. Boiste dit batail, mais comme un simple terme de blason.
Le blason est une langue fort ancienne qui a puisé presque toutes ses expressions dans la langue commune. On a dit batail jusqu’à l’Académie: le batail de la cloche des frères Fredons étoit d’une queue de regnard, dit Rabelais.
BATTOLOGIE. Superflaité de paroles, répétition inutile de la même chose, GATTEL.– Exemple: répétition inutile de la même chose.
BÉAT. Terme de jeu, pour désigner un témoin qui participe au bénéjice de la partie sans être exposé à la perte, L’ACADÉMIE, BOISTE.–On m’assure que ce mot, qui n’est pas de bonne compagnie, n’est pas même un mot de joueur. On dit toujours beatus, qui ne seroit pas françois et qui ne mérite pas de l’être.
BEAUCOUP. Les étymologistes, qui veulent tout devoir à la Grèce, font dériver ce mot du grec; c’est tout simplement du latin: bella copia, grande abondance.
BEC. Partie dure et ordinairement pointue, qui sert à l’oiseau à manger et à se défendre. GATTEL.–Les serres d’un oiseau de proie sont aussi une partie dure et ordinairement pointue qui lui sert à manger et à se défendre, et on pourroit définir de la même manière, avec ni plus ni moins d’exactitude, les dents du lion et du chien.
BEDON . Homme gros et gras. Tambour de basque. BOISTE.–Il se prend aussi pour l’expression d’une familiarité amicale. Frère Jean, mon bedon. RABELAIS.
BEHEMOTH. L’hippopotame ou le rhinocéros. BOISTE.–Cest ce qu’il est très-difficile de déterminer. Le béhémoth est un grand quadrupède biblique dont Bocliart fait à la vérité un hippopotame, et dont les rabbins ne font qu’un grand bœuf. Je suis porté à croire, d’après la conformité de touche, que ce béhémoth n’est autre que le mamouth qui passe pour une espèce perdue, mais qui se retrouvera nécessairement à la fin du monde, ou il doit servir au banquet des justes, suivant les docteurs talmudistes.
BELETTE. Petit animal.... qui fait la guerre aux pigeons, GATTEL.–Malheur à qui, sur la foi du Dictionnaire, ne craindra pas la belette pour ses poules!
BELINER, BISCOTTER, BRICOLER, v. a. BOISTE. –
Ces mots sont tirés d’un Dictionnaire universel, et universel est le mot.
Si ce Dictionnaire est fait pour les savants, rien de mieux que de tout dire; mais il ne faut pas tout dire à tout le monde, surtout quand on annonce par son titre même qu’on a travaillé pour des enfants.
BESTION. La Fontaine et d’autres auteurs l’ont employé pour insecte, petit animal. On ne lui trouve pas cette acception dans les Dictionnaires.
BIBLIUGUIANCIE. Art de restaurer les livres: mot composé du grec, sans égard pour l’analogie françoise, et auquel un savant helléniste qui a rédigé quelques articles dans le Journal de l’Empire a judicieusement proposé de substituer bibliatrique.
Il est d’autant plus important d’attribuer un nom fixe à cet art utile et curieux, qu’il ne peut manquer d’augmenter de crédit tous les jours, à mesure que les productions de la typographie subiront les outrages du temps. L’imprimerie a multiplié à l’infini les ouvrages de l’esprit, mais sur des matières es Beaucoup moins durables que celles qui nous ont transmis les chefs-d’œuvre des anciens. Il est presque impossible qu’un de nos livres se conserve matériellement pendant des milliers d’années; et, pour le grand nombre, il n’y a pas de mal.
BIENFAISANCE. On sait que ce mot est de l’abbé de Saint-Pierre. C’est dans le mémoire pour diminuer le nombre des procès, p.37.
BIGAILLE. Nom générique des insectes volatiles. GATTEL, WAILLY.–Les naturalistes ont à se féliciter de cette expression qui a échappé à tous leurs lexicographes et à tous leurs méthodistes; mais, ai peur qu’elle ne soit pas propre à tous les insectes volatiles, si elle vient, comme je le pense, de bis–ailés, qui se sera corrompu dans quelque patois. On conçoit que les tétraptères ne seront pas classés sous ce mot d’argot, et c’est une petite imperfection, car ils l’emportent beaucoup en nombre sur les autres.
BIGAMIE.
1o Mariage avec deux personnes en même temps. ACADÉMIE.
2o État de ceux qui ont épousé successivement deux femmes, GATTEL.
Phrase d’exemple: La bigamie dans le premier sens est un crime; dans Le second elle ne l’est pas. GATTEL.–Il faudroit, elle n’en est pas un, pour parler correctement; pour parler raisonnablement, il ne faudroit rien de tout cela.
Ces deux espèces de bigamie sont des crimes suivant les temps et suivant les lieux. La tétragamie est permise en Turquie; la polygamie indéfinie étoit permise aux rois d’Orient, témoin le sage Salomon: à l’inverse, la bigamie des secondes noces, qu’il faudroit appeler deutérogamie ou néogamie, a été défendue chez des peuples scrupuleux. On promet à la langue Françoise de devenir universelle: il ne faut pas restreindre la partie morale de ses définitions à ce qui est reçu dans la coutume d’un bailliage.
BIGOT. Pourquoi n’avons-nous jamais écrit bygot, par égard pour l’étymologie angloise bygod, ou l’étymologie allemande bey-gott?
BILBOQUET. De Bambin, bimbeloterie, bimbeloquet ou bilboquet. Bilboquet est une faute d’impression consacrée par l’usage et qui ne tire pas du tout à conséquence.
M. Gattel dit que c’est un morceau de bois creusé en rond par les deux bouts. Le mien, dont je me souviens très-bien, avoit une extrémité pointue. M. Gattel ajoute: avec une corde au milieu de laquelle il y a une balle. Je lui garantis que la balle est au bout de la corde et non au milieu. Il ne faut pas laisser d’équivoque à la postérité sur des matières de cette importance.
N.B. Je remarque au reste, par manière d’addition, que l’étymologie que j’ai avancée pourroit bien être fausse. Il y a dans les jeux de Rabelais un jeu de bille-boc dont le nôtre est probablement renouvelé. On choisira.
BILLARD. Jeu qui se joue sur table à rebords, recouverte d’un tapis vert, WAILLY.–Presque toutes les tables de jeu sont des tables à rebords, recouvertes d’un tapis vert.
Secondement, il y a des tables de billard en marbre et sans tapis.
On croit même qu’un billards, tapis noir n’en seroit pas moins un billard.
BIMACULE. Insecte, BOISTE.–Il y a beaucoup d’insectes bimaculés. Il n’y en a point qui s’appelle bimacule génériquement; et, si l’on vouloit recueillir tous les barbarismes spécifiques des méthodistes de tout genre, le Dictionnaire ne finirait pas.
BIQUE. Il ne se dit tout au plus que dans quelques départements éloignés de la capitale, GATTEL.–Il se dit dans le département de l’Aisne, qui est très-voisin de la capitale; et ce vers:
La Bique alloit remplir sa traînante mamelle,
est d’un poète de Château-Thierry.
BISE. Nom commun du vent du nord, dont l’étymologie a embarrassé les savants.
Le peuple, toujours énergique dans son expression, le peuple, qui saisit si facilement l’aspect pittoresque des choses, et qui n’a besoin que de la nomenclature d’une sensation pour les rendre toutes, n’auroit-il pas étendu l’acception du mot bise, considéré comme nom de couleur, à un sentiment très-analogue, celui que fait naître un vent froid, triste, et, si l’on peut s’exprimer ainsi, privé d’éclat et de couleur? Les cultivateurs et les matelots ont donné des épithètes fort semblables, et composées du moins d’après le même procédé, aux vents qu’ils appellent, noirs, gris ou blancs. Celui-ci est de la même famille, s’il n’est pas une onomatopée.
BLANCHE. Nom propre.
Deux reines de ce nom, la mère de saint Louis et la veuve de Philippe de Valois, lui ont donné une grande célébrité; mais on tomberoit, dans d’étranges erreurs, si on cherchoit à rapporter toujours à l’une ou à l’autre les faits et les monuments qui les rappellent. Le deuil des rois se portant en blanc, les reines s’appeloient blanches du jour où elles étoient veuves, et les chroniques latines ne laissent aucun doute sur ce point. On y trouve souvent une princesse, dont le nom historique est d’ailleurs bien connu, désignée sous le nom de Regina alba.
BLONDISSANT. (Poét.) Les campagnes blondissantes, GATTEL.
Chenu. (Poét.) Les Alpes chenues, GATTEL. – Cela seroit très-vrai dans le Dictionnaire de Nicod, car cela étoit incontestable au temps de Baïf et de Du Bellay. Tout ce qu’on peut dire maintenant pour l’instruction des étrangers qui nous font l’honneur d’écrire des vers dans notre langue c’est que ces mots sont fort bons à rajeunir.
BOGARMITES. Hérétiques qui se confient à la miséricorde de Dieu, BOISTE.–Ces abominables gens qui se confient à la miséricorde de Dieu ne s’appeloient point bogarmites, mais bogarmiles, et plus communément bongomiles, des mots bulgares bog et milvi, Deum implorare.
On trouvera les griefe qui ont fait brûler leur chef et proscrire leur secte, dans Baronius, sur l’an1118. Et il est facile de s’en assurer quand on a le courage de lire Baronius.
BOHÉMIEN. Le sens propre de ce mot c’est habitant de la Bohême, et les Dictionnaires l’oublient.
Le sens figuré c’est vagabond et voleur, sens injurieux et dénué de tout motif historique.
Nous ne sommes pas plus réservés à l’égard des Arabes, du nom desquels nous affublons les usuriers, quoique les Arabes n’aient jamais fait l’usure. Ils volent plus franchement.
Nous traitons encore plus mal les Juifs, quoique tous les saints personnages de l’Ancien-Testament aient été Juifs. Nous trouvons mauvais que les Romains aient traité de barbare tout ce qui n’étoit pas Romain: cela est absurde en effet; mais nous ne sommes guère plus sages.
Nous entendons par Bohémiens de certains aventuriers basanés, que l’opinion la plus commune a fait venir de la Basse-Égypte, et dont le nombre est singulièrement diminué depuis quelque temps. C’étoient des charlatans fort laids, fort sales, fort superstitieux, fripons par-dessus toutes choses, et qui ne diffèrent presque en rien des ambubaies d’Horace, dont ils étoient probablement descendus, Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et c’est la chose la plus orthodoxe qu’on lise dans cet article: elle est tirée de Salomon.
BON-CHRÉTIEN. C’est le nom d’une poire, et peut-être celui du jardinier qui l’a le premier cultivée.
Cette étymologie ne conviendroit pas à un étymologiste de profession. Ménage auroit dérivé le mot à sa manière, du latin pyrum changé en kirum par aphistême, de celui-ci changé en crium par métathèse, de crium en christianum par épithèse, et de christianum en chrétien par métaphrase. Les étymologistes de notre temps, qui cherchent toutes les origines dans le celtique, ne sont guère plus raisonnables.
Rabelais, qui a eu le bon esprit de se moquer de tout, s’est sagement moqué des étymologies ridicules qu’on commençoit à hasarder alors, au chap. LIV du liv. IV de Pantaguel: Enfin de table, Homenaz nous donna grand nombre de grosses et belles poires, disant: Tenez, amis, ces poires sont singulières, lesquelles ailleurs ne trouverez.... Vrayement, dist Pantagruel, quand je seray en mon mesnaige (ce sera, si Dieu plaist, bien toust), f en ajfieray et enteray en mon jardin de Tourraine, sur la rive de Loire, et seront dictes poires de bon Christian; car oncques ne veids christians meilleurs que sont ces bons Papimanes.
Voilà une autorité irréfragable et qui dispense de toute autre recherche. C’est même une des bonnes étymologies que je commisse.
BOQUILLON. Vieux mot qui signifie bûcheron, et qui a encore été agréablement employé par La Fontaine. On a dit aussi bosquillon, qui est tiré plus immédiatement de boscus. Ce dernier mot fut d’abord traduit en francois par bos, qui se lit dans le roman de la Rose, d’où boccage, boquet et bosquet.
Bouquet s’est dit par une extension très-élégante pour une touffe de fleurs groupées comme les arbres d’un bosquet; et ce qui prouve l’authenticité de cette dérivation métaphorique c’est qu’on dit encore communément un bouquet de bois pour un groupe d’arbres isolés, comme il s’en voit quelques-uns à la lisière des forêts. On ne sait pourquoi cette dernière acception n’a pas été recueillie.
BORBORYGME. On dit aussi borborysme, qui est plus voisin de l’indicatif
; mais je préférerois borborygme, ne fût-ce que pour éviter le fâcheux inconvénient de ce pauvre prote dont j’emprunte l’histoire à un de nos lexicographes, et qui, dans un article de Mirabeau, consigné au Journal Helvétique, imprima barbarisme pour borborisme. Mirabeau rit beaucoup du barbarisme de sou prote, mais il eut été bon de le prévoir.
M. Gattel a grand tort d’écrire borborisme, qui est un vrai barbarisme.
BORNE. Dans son acception figurée, ce mot ne se prend ordinairement qu’au pluriel. L’abbé Houteville fut blâmé pour avoir écrit: La multitude croit reculer la borne de ses conceptions. Ce reproche n’étoit fondé que sur l’usage d’une époque. Il ne se renouvelleroit plus.
BOUGON. Donner le boucon; il ne se dit qu’en parlant du poison.
Exécrable expression de l’argot des empoisonneurs. Il faut rendre à César ce qui appartient à César, à la Voisin ce qui appartient à la Voisin, et purger le Dictionnaire.
BOUE. M. Philippon de La Madeleine dit que ce mot n’est pas admis dans la poésie noble. Quand le grand. Corneille a écrit dans Pompée;
Ces âmes que le ciel ne forma que de boue,
il est probable qu’il croyoit écrire de la poésie noble. L. Racine, si sévère sur les convenances du style élevé, qu’il a trouvé des taches dans les ouvrages de son père, n’a-t-il pas dit, et fort bien dit selon moi, dans le poème de la Religion:
La terre sur son sein ne voit que potentats
Qui partagent sa boue en superbes états.
Fenélon lui a sans doute fourni cette expression dans cet admirable passage du liv. VIII de Télémaque où il semble avoir défié la difficulté avec une intention un peu affectée de la vaincre. Ils voient (les dieux) le globe de la terre comme un petit amas de boue; leurs mers immenses ne leur paroissent que comme des gouttes d’eau dont ce morceau de boue est un peu détrempé. Les plus grands royaumes ne sont à leurs yeux qu’un peu de sable qui couvre la surface de cette boue; les peuples innombrables et les plus puissantes armées ne sont que comme des fourmis qui se disputent les unes aux autres un brin d’herbe sur ce morceau de boue. Il est difficile de récuser dans la poésie noble un mot que Fénelon a fait entrer quatre fois dans dix lignes de Télémaque.
BOUGER. On dit familièrement, mais très-bien: Je ne bouge je n’ose, je ne sais.
Ne faut-il pas apprendre aux étrangers dans quels cas la première négative n’en exige pas une seconde?
BOUILLANT, BOUILLONS. Dubos a écrit: le feu bouillant de l’âge. Peut-on dire, le feu bouillant?
La Fontaine a dit: les bouillons de l’âge. Passe pour cela.
Ce mot bouillons, qui n’a point alors de singulier, est beau dans son emploi figuré. Mirabeau a dit: les bouillons du patriotisme, non sans exciter la dérision des journaux de l’opposition, ce qui ne prouve rien.
BOUQUIN. Un livre relié en bouc ou en basane. Je ne crois pas cela.
Bouquin ne se disoit en vieux langage que d’un livre allemand. C’est donc du saxon ou du vieux allemand book, prononcé bouk, qui a passé dans l’anglois et dans beaucoup de langues septentrionales, et qui signifioit généralement un livre; nous en avons fait bouquin, pour un mauvais livre, comme rosse, de son homonyme, pour un mauvais cheval; et cela n’est pas si vrai pour les bouquins que pour les rosses.
BOUSTROPHÉDON. Écriture qui va alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, sans discontinuer la ligne, WAILLY.–Ce dernier mot est de trop. Une écriture ne peut aller sans discontinuer la ligne, pour peu que la phrase soit longue. On entend par ligne d’écriture une suite de mots rangés, soit verticalement soit horizontalement, sur la hauteur ou sur la largeur du parchemin, de l’écorce, de l’étoffe, ou du papier dont on se sert.
Dans le boustrophédon, on discontinuoit la ligne en la reprenant à l’inverse, de la manière dont les bœufs tracent leurs sillons, et c’est ce que ce mot signifie.
BRAVE (paré). Il est du style familier, ACADÉMIE.–Il est aussi du style poétique, au moins chez Malherbe.
Que sa façon est brave et sa mine assurée.....
Tantôt nos navires braves
De la dépouille d’Alger......
Il faut songer que le lexicographe n’a pas le droit de négliger une seule expression dans Malherbe, sans tromper l’attente des étrangers et sans décliner témérairement l’autorité de Boileau.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N’offrit plus rien de rude à l’oreille épurée.
Art Poétique.
BRAVER. Verbe actif. BOISTE.–Il est neutre dans ce vers de Corneille:
C’est peu pour lui de vaincre; il veut encor braver.....
BRESSE. Terme généralement usité, en opposition à celui de montagne, dans tous les pays mi-partis de montagnes et de plaines, comme le Bressan ou Brescian d’Italie, relativement aux mont agnes des Grisons; la Bresse, province de France, relativement aux montagnes du Bugey; la Bresse, canton de Franche-Comté, relativement aux montagnes du Jura.
Il est peut-être malheureux, et on ne sauroit trop le répéter, que le Dictionnaire de la langue françoise n’ait été jusqu’ici que le Dictionnaire de Paris.
BRODEQUIN. Espèce de torture ou de question qui consiste à serrer fortement les jambes d’un accusé entre des planches et avec des coins. –Il faut croire, pour l’honneur de nos neveux, que cette définition cruellement impassible, que cette description effroyable d’un supplice affreux infligé à un homme simplement accusé, ne leur paroîtront pas du Dictionnaire des hommes. Ils la croiront tombée par hasard dans notre lexique de la plume d’un des scribes du Pandœmonium.
BRONZER. Les lexicographes n’entendent par là que donner la couleur de bronze. Il peut signifier aussi, en donner la consistance. Chamfort a dit: Il arrive une époque de la vie ou il faut que le cœur se brise ou se bronze.
BROUET. Espèce de bouillon au lait et au sucre, GATTEL.–Ou bien dans lequel il n’y a ni sucre ni lait.
Le broust de l’épousée, de l’accouchée. Il ne se dit que dans ces deux phrases, GATTEL.–Il se dit encore dans cette phrase Je brouet noir des Spartiates, , qui est aussi francoise et aussi élégante que les autres; mais qui n’est pas plus une phrase que les autres; car, dit M. Gattel, une phrase est une réunion de mots qui forment un sens complet.
BRUIRE. Le tonnerre bruyoit, les flots bruyoient. WAILLY. Tous, jusqu’aux insectes, bruissoient sous l’herbe, BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.–Il est incontestable qu’il y a là un barbarisme; mais je le crois dans le Dictionnaire.
BRUISSEMENT. La Bruyère a écrit brouissement. Une femme entend-elle le brouissement d’un carrosse qui s’arrête à sa porte, elle prépare sa complaisance pour quiconque est dedans, sans le connoitre.
Il me semble qu’on ne doit pas négliger, dans un Dictionnaire bien fait, des variantes d’orthograpbe aussi importantes, quand elles sont appuyées par de telles autorités.
BUPRESTE. Insecte ailé à aiguillon, WAILLY. –Les buprestes n’ont point d’aiguillons.
Coléoptères voraces, dangereux. BOISTE.–Cela est vrai des carabes, auxquels Geoffroy avoitdonné le nom de buprestes. Il est restreint depuis long-temps à de superbes insectes dont Geoffroy avoit fait des richards, et qui ne sont ni voraces ni dangereux. L’étymologie est ici en contradiction avec l’application du nom, ce qui est malheureusement trop commun en histoire naturelle.
BURBELIN, CARBALIN, CURBALIN, SURBALIN. Instrument de musique hébreu. BOISTE.–Cet instrument, qui étoit probablement une espèce de crécelle, et dont le vrai nom est crubelin, a été nommé ϰρεµϛαλον par les Grecs. Etoit-ce chez eux un terme de relation, ou une analogie d’onomatopée?
BUTIN. Il ne prend pas de pluriel, ACADÉMIE. –Il le prend dans ces vers de Malherbe, qui est le premier de nos classiques par ordre de date: et qu’est-ce que le vocabulaire d’une nation, si ce n’est celui de ses classiques?
A ce coup iront en fumée
Les vœux que faisoient nos mutins,
Et leur ame encore enflammée
De massacres et de butins.......
C
Table des matières
C. Substantif.
1o En terme d’antiquités, lettre de condamnation.
2o Expression abrégée du mot canto, en musique.
3o Expression abrégée du mot compte, dans le commerce.
4o Barré (c), il signifioit cent mille.
5o Double, c’est le nom d’un papillon.
Acceptions omises.
CABINET. Les vers d’Oronte sont bons à mettre au cabinet. Cela peut être vrai, mais cela n’est pas honnête, et cette acception n’est pas décente. Toutefois elle est de Molière; elle est dans le Misanthrope; elle est employée par Alceste: donc elle est françoise.
Un excellent critique a soutenu dernièrement que le mot cabinet étoit pris dans cet exemple en son acception la plus honnête. On ne peut guère adopter cette interprétation sans démentir la tradition et le sens intime de chaque lecteur pris en particulier. Je la regarde comme un paradoxe de fort bon ton.
CACOUAC. Ce n’ est pas, comme le pense M. Boiste, Voltaire qui a inventé le plaisant mot de cacouac pour désigner les philosophes; c’est un certain Moreau, historiographe très-bien pensionné, très-prolixe et très-inconnu. Cacouac est un mot grec qui signifie mauvais, avec une terminaison iroquoise qui ne signifie rien. Les philosophes s’arrogèrent ce nom comme les gueux du Brabant; et, ce qu’il y a de pis, ils prirent la dérision au mot. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux.
CACOZÈLE. Zèle indiscret, BOISTE.–Il faut réellement un peu de cacozèle pour recueillir de semblables mots.
CADELLE. Espèce de ténébrion qui attaque le blé. BOISTE.–Larve du trogosite bleu, qui n’est pas un ténébrion.
CADOCHE. Nom oublié d’un grade transcendant de la maçonnerie, dont il est souvent fait mention dans les écrits de quelques rêveurs modernes.
Il faut peut-être écrire kadoche de l’hébreu kadosh ou kadash, qui signifie sacré.
Ce n’est pas qu’il y ait rien de sacré dans le grade du cadoche, non plus que dans la maçonnerie en général; mais il y a du mystérieux, et, pour le vulgaire, c’est presque toujours la même chose.
CAGOTS. Nom de caste.
Ce sont des proscrits du Languedoc, du Béarn, des Navarres, et, sous le nom de cacous ou caqueux, d’une grande partie de la Basse-Bretagne. On ne connoît ni leur origine, ni celle de leur nom.
Je ne suis pas trop porté à chercher des étymologies grecques aux mots qui paroissent anciennement naturalisés dans notre langue; mais je conçois que, à une époque plus voisine, on ait substitué au nom de caste de ces malheureux un nom grec qui consonnoit peut-être avec lui.
signifie malus, improbus, ignobilis.
Quant à l’étymologie de cagot, pris dans l’acception d’hypocrite, il ne faut pas la chercher ailleurs. Il est à remarquer que les cagots s’appeloient aussi chrétiens. Ce dernier nom ne pouvant être injurieux pour désigner un dévot outré, on se sera servi de l’autre, qui se prenoit depuis long-temps en mauvaise part. Il est probable encore que les misérables dont je parle, restant fidèles à la communion catholique, les réformés en auront pris l’idée de confondre tous les partisans de l’Église romaine sous la même dénomination; l’on remarque du moins que l’usage n’en remonte pas au-delà de la réforme. Voyez Rabelais, qui se sert souvent du mot de cagot, et qui l’accompagne presque toujours de celui de bête puante. La lèpre et la puanteur étoient deux des reproches que l’on faisoit aux cagots.
Nous avons eu la même libéralité à l’égard des Juifs, tant la société est invariable dans ses préventions, et les proscriptions délicates dans le choix de leurs prétextes.
CAJEU. Squama, une écaille: on en a fait squalla, puis, chez nous, écaille, écailleux. Un caïeu est une petite bulbe enveloppée d’écailles. On en a fait aussi squille, et même échalotte; car ce n’est point le nom de cette racine qui vient d’ascalon; c’est plutôt Ascalon qui vient du nom de la plante. L’Encyclopédie et la plupart des botanistes écrivent cayeux, qui se rapproche plus de l’étymologie, l’y grec n’étant, ordinairement chez nous qu’une consonne douce dont le l mouillé est l’expression forte. Cette variante d’orthographe valoit au moins la peine d’être indiquée.
On appelle cayes, sur les côtes de l’Océan, des bancs de rocs feuilletés et imbriqués à peu près comme les écailles d’un poisson. Sur quoi je remarque deux choses: la première, qu’il y a un village de Picardie nommé Cayeux, tout-à-fait au bord de la mer, et dont le nom vient de là; la seconde, que ni cayes ni imbriqués ne se trouvent dans le Dictionnaire de l’Académie.
CALAMITE. Calepin, remarquant que ce mot s’est pris d’abord pour les désastres auxquels est exposée l’habitation du peuple, comme la grêle et les orages qui brisent ses toits, le croit dérivé de calamus, le chaume. Je rapporte cette jolie étymologie, parce que personne ne l’a recueillie et qu’elle est à peu près perdue dans un Dictionnaire qu’on ne lit plus.
CALANDRE. Ce mot a deux acceptions dans lesquelles Ménage ne lui trouve point d’étymologie. Dans la première, il signifie une machine à lustrer les étoffes ou tabiser les taffetas. C’est évidemment de
, jugum telœ. Dans la seconde, il est pris pour un insecte qui ronge le blé. C’est probablement de
, qui signifie, je retourne, et figurément, ou par extension, je Laboure. Alors le nom de cet insecte lui auroit été donné par ironie ou contre-vérité, ce qui n’est pas un procédé rare dans les langues. Il y en a même un exemple très-analogue et très-curieux dans le nom vulgaire du taupe grillon, insecte également funeste à l’agriculture, et qu’on appelle communément arate ou arote, d’arare, cultiver la terre.
CALCOGRAPHIE. L’Académie écrit chalcographie, GATTEL.–Et l’Académie a raison. Il n’est pas permis d’altérer l’orthographe étymologique d’un mot, tant qu’on n’est point convenu d’un système philosophique d’écriture auquel cette considération elle-même seroit nécessairement subordonnée. J’excepte seulement toute famille de mots formée nouvellement, ou à l’avenir, d’une racine qu’il sera important de ne pas rendre équivoque dans la prononciation, comme celles qui seroient attribuées à des usages populaires, excessivement multipliés.
CALEMBOURG. Mot nouveau qu’il faudroit bien se garder d’admettre dans la langue, si le mauvais genre d’esprit qu’il désigne pouvoit s’anéantir avec lui. M. Boiste le fait dériver de calamajo burlare.
Ce que tout le monde ne sait pas, c’est qu’avant, cette expression, le même jeu de paroles étoit déjà désigné par une autre: on l’appeloit mont-maurisme, du nom de Montmaur, dit Ménage, le seul lexicographe qui en ait fait mention.
On avoit donné la même dénomination à la basse profession des parasites. Voilà un professeur de grec qui a consacré son nom à la postérité de deux manières bien honorables. Au reste, Rabelais a fait justice il y a long-temps de ces calembourgs figurés qu’on appelle rebus: Qui sont, dit-il, homonymies tant ineptes, tant fades, tant rusticques et barbares, que l’on debvroit attacher une queue de regnard au collet, et faire un masque d’une bouze de vache à ung chacun d’iceulx qui en vouldroit doresnavant user en France après la restitution des bonnes lettres. Liv. I, chap. ix.
CALENDES. On sait l’origine du proverbe: renvoyer aux calendes grecques. Les Grecs n’avoient point de calendes. C’est l’époque à laquelle Panurge remettoit le paiement de ses dettes. Ce mot vient cependant du grec; non, comme l’a dit M. Noël, du verbe xaléoi, voco, mais du verbe xalivdéco, volvo, verso, qui s’y rapporte bien mieux par le sens et par le son.
CALEPIN. Dictionnaire de Calepin (vieux). BOISTE.–Oui, sans doute, il est vieux le Dictionnaire de Calepin, mais l’expression ne l’est pas. Que fait d’ailleurs le Dictionnaire de Calepin dans le Dictionnaire de M. Boiste?
CALME. Voici un mot dont l’étymologie est inconnue, et je ne m’en étonne pas; car la chose la plus précieuse du monde est tout justement celle dont on s’occupe le moins. Ne viendroit-il pas aussi de calamus, non dans son acception qui signifie la plume des gens de lettres; car il n’y a rien de plus éloigné de l’idée de calme; mais dans le sens de chaume et de roseau, soit qu’on ait eu d’abord égard dans la composition de ce mot à cet état de la mer qu’on appelle le calme, et dans lequel elle ressemble à la surface d’un champ chargé de moissons; soit que l’esprit ait voulu consacrer le rapport de ce tranquille état de l’ame avec la solitude et la tranquillité de la vie champêtre? Carminare n’en seroit-il pas fait sur une autre touche pour l’idée d’adoucir et de charmer? Tous les philosophes, tous les poètes, semblent prêter des autorités à cette idée, et l’expérience de tous les siècles la justifie. J’aimerois mieux cette étymologie que toutes celles de Court de Gébelin et de Ménage.
CALOTTIN. Extravagant (populaire), BOISTE. –Il ne falloit pas oublier le régiment de la calotte, au moins comme une institution qui n’est pas indifférente à l’histoire.
Il ne falloit pas définir calottin par le simple mot, extravagant, qui est une généralité vague. Un calottin étoit un fou satirique et ingénieux.
Il ne falloit pas dire que cette expression étoit purement populaire; car le régiment de la calotte avoit été de fort bonne compagnie, et son commandant étoit un M. de Torsac, exempt des gardes-du-corps, très-aimé de Louis XIV.
Presque tous les poètes du temps étoient calottins. Les nôtres sont plus sérieux; ils ont changé de folie.
On cherche entre les mots des rapports de consonnance: n’en trouve-t-on pas quelques-uns dans le cœur de l’homme?
CALYGES. Insectes adhérents au bouclier. BOISTE.–Les calyges sont proprement des crustacés parasites qu’on rencontre sur divers poissons.
CAMELEOPARD. Plusieurs naturalistes pensent que cet animal est le même que la girafe. GATTEL.–Il n’y a pas un naturaliste qui en doute.
La girafe, le plus grand des quadrupèdes. GATTEL.–C’est seulement le plus haut.
CANAILLE. Il faut remarquer en passant, pour égayer un peu l’aridité de ces observations, que ce mot, le plus trivial de la langue, a été employé une fois dans la tragédie, acte V, scène11, vers11de la Médée de Corneille:
Quoi! vous continuez, canailles infidèles!
Ce qui n’autorisera aucun lexicographe à l’indiquer comme poétique.
CANARD (chien). On dit aussi caniche; et pourquoi pas de canis plutôt que des habitudes de cette espèce de chiens? Tous les chiens nagent plus ou moins, et le nom des canards ne vient pas de leur aptitude à nager, comme un étymologiste l’a pensé. C’est une onomatopée.
CANCAN. Plainte bruyante, CATINEAU, GATTEL, BOISTE.–C’est aussi un caquetage de société, une médisance, une nouvelle sans fondement.
Quelle est son étymologie? est-ce l’onomatopée du cri des canards, ou la fameuse dispute de Ramus sur la manière de prononcer quamquam qui en a donné l’idée?
CANDIDEMENT. Ce mot étoit un néologisme au temps de l’abbé Desfontaines, qui le condamne. L’usage ne l’a pas accueilli depuis d’une manière bien marquée, ce qui n’empêche pas qu’il ne soit utile et susceptible d’être agréablement employé. Comme il n’y a point de synonyme absolu, candide n’est pas celui de naïf, d’ingénu, de sincère, ce qui sera également vrai pour l’adverbe.
CANNIBALES. Nom de certains peuples d’Amèrique qui mangent de la chair humaine, GATTEL.–
1o Cannibales étoit un nom générique par lequel on entendoit les peuples nouvellement découverts; maintenant il n’est plus d’usage qu’au figuré.
2o Les cannibales ne mangent pas de la chair humaine comme les bêtes de somme mangent du foin; ils en mangent quelquefois pendant leurs guerres et ne mangent jamais que celle de leurs ennemis.
3o Cannibales a d’abord été pris en fort bonne part, comme on peut le voir dans l’admirable chapitre de Montaigne qui est consacré à ces peuples; mais nous en avons fait une injure aussi bien que de sauvages, et cela est très-bien vu.
CAPENDU. Les étymologistes disent qu’il faut appeler cette poire court-pendu. On ne comprend guère cette mutation de la syllabe initiale.
L’opinion la plus probable est que la conformation du fruit a déterminé son nom, qui s’est écrit autrefois cas-pendu. On sait quel sens le mot cas a reçu dans nos vieux auteurs, et qu’il vient dans cette acception du cazzo des Italiens.
CAR. Autrefois quar, de quare.
Gomberville avoit juré une telle haine à cette conjonction, qu’il mettoit ses lecteurs au défi de la trouver dans ses ouvrages: ce seroit maintenant une vérification très-fâcbeuse à faire.
Béroalde de Verville, qui n’en faisoit guère plus de cas, commence par ce mot le Moyen de parvenir, où il ne se retrouve plus ensuite; il n’en est pas moins utile et difficile à remplacer; mais Gomberville n’est une autorité qu’à l’Académie.
CARISTADE. Aumône, ACADÉMIE, BOISTE.– Patois du Midi.
CARLIN. L’étymologie du nom de cette espèce de chiens deviendroit difficile à trouver, si on ne la fixoit maintenant. Ils ont été appelés ainsi par allusion au masque d’arlequin dont leur face noire et plate semble avoir été le modèle; et on se souvient que le rôle d’arlequin appartenoit, lors de leur apparition, au fameux Carlin Bertinazzi.
Quant au nom d’arlequin, qui s’est écrit hallequin, c’est, suivant Court de Gébelin et l’auteur du Dictionnaire des Onomatopées, qui s’est rencontré avec lui, d’il lecchino ou al lecchino, le gourmand, qu’il a été fait en italien. Ménage prétendoit qu’il lui venoit de l’accueil que cet acteur avoit reçu dans la famille de M. de Harlay; mais il est fort antérieur à l’établissement des bouffons en France: ce qui n’empêche point qu’Arlequin ait ridiculement équivoqué sur son nom, en s’appelant Harlay-quint, ou cinquième du nom.
CARMES. Double quatre au tric-trac. ACADÉMIE, BOISTE.–Orthographe vicieuse. Il faut écrire carnes, de quaterni.
CASTAGNETTES. On a écrit cascagnettes jusqu’à Molière.
Quelle orthographe est la bonne, et pourquoi est-elle bonne? ou bien, en autres termes, quelle est la véritable étymologie? car l’étymologie doit décider de l’orthographe, quand il n’y a pas d’orihographe fixe.
La forme des castagnettes, semblable aux deux valves creuses de la châtaigne, ne laisse pas de doute sur cette origine. Ce mot vient de castanea, et cascagnettes se disoit par corruption.
CEDILLE. Petite virgule, etc. WAILLY. Virgule qui adoucit le c, etc. BOISTE.–Il n’y a aucun rapport entre une virgule et une cédille. La cédille n’adoucit pas le c; elle le métamorphose. Il faut dire: Signe qui donne au c la valeur de l’s, devant l’a, l’o, l’u, et leurs nazales; et convenir, s’il y a lieu, qu’il est fort ridicule d’employer ce signe pour donner à une lettre une fausse valeur qui réside dans un des autres éléments de la langue.
CEDO-NULLI. Très-belle came marbrée, etc. BOISTE.–Le cedo-nulli n’est pas bivalve comme les cames; c’est un cone de Linné, un cornet de Dargenville, un rouleau ou limaçon operculé d’Adanson. C’est d’ailleurs un fort beau coquillage, un coquillage fort rare, mais c’est un coquillage qui n’a que faire dans le Dictionnaire de la langue, et qui y figure étrangement avec son nom latin.
CÉLÉRITÉ. On croit que ce mot n’a pas été employé avant le père Catrou, qui s’en sert dans sa préface de XHistoire Romaine: il est maintenant généralement reçu; mais il n’a pu faire passer le joli adjectif célere, si cher aux néologues,
CENT-PIEDS. Serpent tres-venimeux de Siam. WAILLY, GATTEL, BOISTE.–C’est une scolopendre; mais a quoi bon?
CEPENDANT. Néanmoins. Il est très-beau dans le sens emphatique de pendant, et je doute qu’on puisse trouver mieux en poésie.
Grand Henri, grand foudre de guerre
Que, cependant que parmi nous
Ta valeur étonnoit la terre,
Les destins firent son époux.....
MALHERBE.
Cependant que leurs rois engagés parmi nous....
Cependant que Félix ordonne un sacrifice.....
CORNEILLE.
Cependant que mon front au Caucase pareil.
LA FONTAINE.
CÉTACÉE. Se dit des grands poissons. WAILLY.–Très-improprement. Un grand poisson n’est pas un cétacée, mais les cétacées sont fort grands; ce sont des animaux plagiures, mammifères, vivipares, sans écailles, qui diffèrent par conséquent beaucoup des poissons par leur conformation, mais qui s’en rapprochent par leurs habitudes.
CHABOT. Poisson, selon l’Académie; larve de quadrupède ovipare, selon son critique, chez qui le poisson s’appelle têtard. Ces deux mots, également usités sans être également exacts, sont synonymes dans leur étymologie.
Chabot est le nom François d’un poisson, d’un gobio à tête énorme. L’Académie a tort toutefois d’appliquer la même définition à l’écrevisse, au crabe, qui ne sont pas des poissons, qui n’ont aucun rapport avec les poissons.
Les noms de tous les animaux connus doivent-ils faire partie d’un Dictionnaire de la langue? Est-il possible d’attacher à tous ces mots une définition exacte sans faire entrer le Dictionnaire d’Histoire Naturelle dans le Dictionnaire de la Langue? Cette confusion n’est-elle pas funeste à la langue et peut-être à la science? Il me semble qu’un bon Dictionnaire de la langue doit être l’Index raisonné des Classiques.
CHALET. Petit bâtiment où l’on fait le fromage dans les montagnes de Gruyère, WAILLY.– On appelle généralement chalet de petites maisons éparses dans les montagnes, plus spécialement sur le Jura et les Alpes, et à Gruyère comme ailleurs, ni plus ni moins.
CHANVRE, s. m. La Fontaine l’a fait féminin sans nécessité pour la mesure ou la rime:
Il arriva qu’au temps où la chanvre se sème, etc.
Il faut que les étrangers connoissent cette exception, d’ailleurs fondée sur l’étymologie. Cannabis est féminin.
CHAPE-CHUTE. Terme à acceptions extrêmes:
Messer loup attendoit chape-chute à la porte.
LA FONTAINE.
C’est-a-dire bonne fortune.
Je lui ai prédit qu’il y trouveroit quelque chape-chute. MME DE SÉVIGNÉ.
C’est-à-dire mauvaise fortune.
CHARENÇON. Petit scarabée ovipare qui est un grand destructeur de nos blés, GATTEL.–Il ne faut pas conclure de là qu’il y ait des scarabées vivipares.
CHARCUTIER. Ménage le fait venir de chair cuite. Ses véritables éléments sont caro, chair, et cutis, peau, parce que les charcutiers n’étoient autorisés à vendre que la viande des animaux qui ne s’écorchent point.
CHARME. Court de Gébelin le fait remonter à l’oriental Harm. Tout le monde sait qu’il vient immédiatement de carmen comme enchantement d’incantatio dérivé de cantus; ce qui prouve que les anciens attribuoient à la poésie de beaux privilèges qu’elle a perdus:
Carmina vel cœlo possunt deducere lunam,
Tout s’altère en vieillissant.
Carminatif qui dérive aussi de carmen indique l’idée d’adoucissement, d’amélioration qu’on suppose que les vers ont portée dans les mœurs.
Quant à charmes pins pour attraits, il est fait de la première acception par une extension un peu hyperbolique, mais qui paroît toute naturelle dans la bouche des amants. Un de nos anciens poètes a fait valoir cette équivoque d’homonymes dans un des plus singuliers vers qu’on ait jamais écrit:
Je nai que des attraits et vous avez des charmes.
Il est probable que ce n’est pas avec cette poésie qu’on faisoit descendre la lune du ciel.
CHARTE, CHARTRE. Il paroît essentiel de bien distinguer ces deux orthographes pour deux acceptions très-distinctes.
Charte, de charta, papier; un titre, une loi constitutionnelle.
Chartre, de carcer, prison, ou de castrum, château-fort, un lieu de captivité.
Le tabes des enfants s’appelle aussi chartre, parce qu’il les retient prisonniers, ce qui est l’incommodité la plus sensible de cet âge.
CHARTON. Il est dans La Fontaine pour charretier:
Le charton n’avoit pas dessein
De les mener voir Tabarin.
Il faut dire s’il n’étoit pas françois de son temps ou s’il ne l’est plus.
CHASSER. Poursuivre les animaux, le gibier. L’étymologie de ce mot n’est pas facile à trouver quand on ne remonte pas à l’ancien usage de notre langue, où il s’est prononcé sacher, qui vient clairement de sagittaire, percer de flèches. Il est donc évident que sacher, converti en chasser par une prononciation irrégulière, qui est celle de la Bourgogne en particulier, étoit le seul mot propre à ce sens, et que celui-ci n’a été consacré que par un usage vicieux qui n’en est pas aujourd hui moins irrévocable.
Quant à châsse et à châsser, qui sont françois aussi, et employés souvent dans les arts et métiers, ils viennent du latin calx, comme chaux, mais dans l’acception inconnue ou plutôt oubliée des lexicographes, où ce mot signifioit la fin, la marge, l’enveloppe ou le rebord; nous en avons tiré le verbe chasser, pour donner de la marge, qui est très-usité en typographie et qui doit par conséquent s’écrire chasser.
CHAUSSE. De calceus, comme chaud, de calidus, comme chaux de calx, comme chauve de calvus; origine trop vulgaire pour valoir la peine d’être remarquée: mais n’est-il pas singulier que le pluriel anglois shoes, homonyme de celui-ci, en soit presque synonyme? Il n’y a cependant aucun rapport entre leurs racines. Fiez-vous après cela aux étymologies.
CHAUVE-SOURIS. Ce mot impropre est reçu, et le raisonnement ne prévaut guère contre l’usage. Il faut donc le maintenir dans les Dictionnaires, en attendant que l’autorité des sciences naturelles, qui font tous les jours de nouveaux progrès, ait un peu prévalu sur celle de la routine; mais il faut dire aux étrangers qu’il n’est, pas permis de lui faire subir une inversion sur lui-même, et d’écrire souris-chauve, comme La Fontaine, dans sa mauvaise fable du Buisson.
Il est encore moins permis d’ignorer que la chauve-souris est un quadrupède, et d’en faire un oiseau de nuit en définition, comme messieurs Wailly et Gattel.
CHAUVETÉ. État d’une tête chauve. Peu usité. Il est le seul qui exprime la chose, WAILLY. –Cela n’est heureusement pas vrai. M. de Wailly lui-même a imprimé calvitie à sa lettrine, et cette expression est au contraire la seule dont on puisse se servir.
CHAUVIR. Dresser les oreilles. C’est probablement tout le contraire. Pour donner la définition d’un vieux mot, il faut lire de vieux livres, ou l’on s’y trompe comme l’Académie.
Pleine mangeoire d’avoine laquelle quand les garsons d’estable cribloient, il leur chauvoit des aureilles, leur signifiant qu’il ne la mangeoit que trop sans cribler. Pantagruel, livre V, chapitre VII.
Regnier, traduisant dans la satire VIII le Demitto auriculas d’Horace, dit: Je chauvy de l’oreille.
Oudin traduit chauvir en italien par chinare dimenando le orecchie, et je crois qu’il a raison.
CHAUX. C’est le nom d’une terre, et c’est aussi dans mon pays celui de la plupart des montagnes secondaires; de la racine col ou cal, et extensivement calx et chaux, parce que la chaux est la hase de ces montagnes. La propriété d’effervescence de la chaux a donné une acception nouvelle à la même racine, celle dans laquelle elle représente l’idée de chaleur.
En général nos montagnes ont deux noms radicaux, jouhe pour les montagnes primitives ou granitiques, chaux pour les montagnes secon daires ou de chaux. Jouhe est attaché, dans les pays de montagnes primitives, à l’idée d’élévation. Dans les Pyrénées, dans les Alpes, dans le Jura, Jo, qui passe pour une contraction de Jésus, est une exclamation admirative comme le ïo des anciens. Les poules sont à jouhe, elles ont perché.
Chalet, c’est une maison sur la chaux.
Je suis très-prévenu contre les étymologies hasardées sur des bases de fantaisie, comme la plupart de celles de Court de Gébelin; mais celle-ci, qui est nouvelle, me paroît incontestable.
CHER. Adjectif. Il prend aussi quelquefois la forme du substantif, ce que les lexicographes ont oublié:
Et depuis quand, mon cher, es-tu donc à Paris?
BOURSAULT, Portrait du Peintre.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Eh de grace, ma chère,
Evitons ces objets affreux!
COULANGES.
Il signifie alors mon ami, et se dit par ellipse. On dit de la même manière, mon bon, ma bonne. Le substantif est également sous-entendu dans ces locutions.
CHEVALERIE. Croiroit-on que cette expression avoit cessé d’être francoise du temps d’Henri Estienue? On auroit à peine osé prononcer à la cour les noms d’écu, de pavois, de bouclier, qui étoient surannés et de mauvais goût. C’est la poésie qui nous les a conservés dans un temps où il étoit permis à la langue poétique de braver les vaines timidités des salons et les critiques ignorantes des sots. Cela ne lui arrivera plus.
CHEVALIER. Il est remarquable que la plupart des noms qui désignen t les castes nobles soient empruntés du nom du cheval, comme si la gloire de soumettre cet animal superbe avoit été le premier titre à la prééminence que certains hommes ont acquise sur d’autres. Il en est ainsi de chevalier, qui vient du nom francois du cheval; d’écuyer, qui vient de son nom latin; de marquis, tiré de son nom celtique marh; de maréchal, qui a la même origine; de connétable ou cornes stabuli, et de beaucoup d’autres qui m’échappent. On est même convenu de dire dans le monde, un joli cavalier, pour un homme de bon ton et qui plaît aux femmes, comme il s’en rencontre quelquefois jusque dans la roture.
Je suis assez porté à croire, quoi qu’en disent les étymologistes, que baron est fait aussi de mar ou marh, par une mutation de touche extrêmement commune.
CHEVALINE (bête), terme de pratique.
GATTEL.
J’ai, dit la bête chevaline,
Un apostume sous le pied.
LA FONTAINE.
Bête chevaline n’est pas un terme de pratique dans cet exemple, et il y est fort plaisant. Reste à savoir si ce n’est pas la pratique qui l’a emprunté de La Fontaine.
CHÈVRE-PIED. Il nest usité qu’en parlant des Faunes. GATTEL.–Il n’est plus usité depuis Desmarêts, qui l’avoit pris de Du Bartas. Notre langue n’admet presque point de mots composés, et, s’il nous en est resté quelques-uns, ce n’est pas en poésie.
CHIENNER. F aire des chiens. Il ne se dit que des chiennes, GATTEL.–On concevroit très-difficilement qu’il pût se dire d’un autre animal. Ce seroit un phénomène tout neuf.
L’adjectif canine, car il n’a point de masculin, ne se dit que de la faim et des dents, selon les lexicographes. Il se dit aussi d’une espèce de gale selon les médecins. Montaigne a eu égard à ce système d’exception, quand il a écrit: inclination chiennine, qui fait un barbarisme fort original, mais fort étranger à nos dictionnaires, comme tous les barbarismes qu’un homme d’esprit peut hasarder en plaisantant. Les dictionnaires sont impassibles; et, comme ils n’ont pas le droit de se jouer avec leurs lecteurs, ils n’ont pas le droit de consacrer les expressions qui ont été faites sans autre dessein.
CHIFFRE. Le chiffre vulgairement nommé arabe est devenu le chiffre européen. Il n’est donc pas inutile d’en chercher la véritable origine. Les Arabes l’écrivent de gauche à droite en sens inverse de leur écriture, ce qui donneroit. lieu de croire qu’il n’est pas d’origine arabe, quoique l’alphabet arabe contienne des éléments très-analogues. Huet pensoit que ce chiffre étoit grec et qu’il avoit passé des Grecs aux Arabes. Cette filiation est contraire a la chronologie des sciences, qui passèrent presque toujours des peuples du Levant à ceux qui s’en écartoient, suivant un ordre successif non encore interrompu; mais je ne crois pas, comme un très-savant critique dont je reconnois d’ailleurs l’exactitude en toutes choses, qu’il ait fallu faire subir pour cela aux caractères grecs de violentes altérations (Journal de l’Empire du17juillet1810). Il suffit de les comparer au chiffre arabe pour en sentir l’identité. Le chiffre1 est pris du iota (ι), le2et le5du zeta en différents aspects (ζ), le3de l’omega couché (ω), le4du delta (Δ), le6et le9du sigma (σ ο), le7du tau (r), le8de l’ou (8), par abréviation et le o de l’omicron (o).
Pulsuz fraqment bitdi.