Kitabı oxu: «Histoire de Megève pendant la Révolution française»

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Clovis Grosset

Histoire de Megève pendant la Révolution française


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066333485

Table des matières

PRÉFACE.

HISTOIRE DE MEGÈVE

AVANT-PROPOS.

PREMIÈRE PARTIE.

DEUXIÈME PARTIE.

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

CHAPITRE XI.

CHAPITRE XII.

CHAPITRE XIII.

CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XVI.

CHAPITRE XVII.

CHAPITRE XVIII.

CHAPITRE XIX.

CHAPITRE XX.

CHAPITRE XXI.

CHAPITRE XXII.

CHAPITRE XXIII.

CHAPITRE XXIV.

CHAPITRE XXV.

CHAPITRE XXVI.


PRÉFACE.

Table des matières

L’histoire générale ne peut étudier les faits que de haut et en grand; les détails s’effacent à ses yeux. Sans doute, la vérité ne devra pas nécessairement être altérée sous une plume impartiale; mais la vraie physionomie de l’époque n’y sera reproduite que d’une manière incomplète. Au contraire, par sa nature même, la monographie retrace avec toutes leurs nuances les faits et les actes de la vie locale. Elle devient indispensable pour suivre pas à pas les pensées et les actions de nos aïeux. Elle seule nous dira s’ils ont obéi à une pression étrangère, si les hommes du moment exprimèrent les sentiments de la masse, s’ils ont lutté contre le courant qui, à certaines époques, redoublait avec violence ses efforts contre les œuvres des siècles passés et contre ce que tant de générations d’hommes avaient fondé, respecté et honoré.

L’opportunité des travaux de détails se rencontre surtout avec les grandes époques des bouleversements sociaux; car alors les actes extérieurs revêtent souvent des couleurs fausses; le courage lui-même se dissimule en présence des dangers qu’on lui fait entrevoir pour le paralyser. Alors l’instinct de la prudence commande la réserve et la discrétion, parfois sous peine de mort; l’âme et le cœur du pays voilent leurs impressions; la conscience publique n’ose plus élever la voix, et, tandis que les actes officiels se plient sous la pression du pouvoir, les vrais sentiments des populations se réfugient dans l’ombre et le silence. Plus tard, pour les retrouver, l’historien devra étudier sur le théâtre même de la lutte; il devra interroger ou les souvenirs des vieillards qui s’éteignent chaque jour, ou quelques notes ignorées et incomplètes, restées enfouies dans les papiers des familles et si difficiles à exhumer.

La révolution de 89 et la terreur qu’elle traîna à sa suite forment précisément une de ces époques.

Aujourd’hui les passions sont calmées, les acteurs ont, disparu de la scène du monde; quelques rares témoins existent encore: le moment est venu de tout recueillir et de tout dire. C’est là une étude nécessaire, ne fût-ce que pour prévenir des erreurs historiques que fonderait l’examen des données officielles dépourvu de tout contrôle.

En Savoie, il existe plusieurs recueils inédits de notes sur la révolution; M. Burdet Aimé (Palais de l’Isle) en a consulté un, rédigé jour par jour, jusque dans les cavernes et les bois où la persécution pourchassait le zélé et courageux abbé Blanc. Des annotations journalières nombreuses aussi, mais sans liaison, existent dans ma famille. A Megève, le dernier plébain, témoin survivant à tant de ruines, écrivit un travail méthodique. C’est lui qui sera notre guide, et pourtant nous nous sommes fait un devoir de contrôler ses indications et de les corroborer, tantôt par la tradition locale, tantôt par les registres officiels.

Sans amertume, mais avec une sincérité entière, nous avons rappelé les souffrances imposées à notre pays. Chacun verra que l’hésitation, le manque d’initiative et d’entente au sein du parti politique le plus nombreux, ont aidé puissamment au succès passager des fléaux tolérés par les vues impénétrables de la Providence. Chacun aussi puisera, là, des leçons pour le jour où notre patrie verrait se déchaîner de nouveaux orages.

En vain, dans son triomphe, l’impiété a voulu et pu imposer son niveau égalitaire par la haine, l’orgueil et l’ingratitude; en vain elle a renversé, dépouillé, proscrit; jamais elle ne réussit à étouffer les sentiments et les convictions de la masse du peuple. Les principes religieux se conservèrent vivaces et leur germe mutilé a repris une nouvelle vigueur aussitôt que l’arc-en-ciel brilla sur un coin de l’horizon.

A côté de ce premier fruit que nos vœux désirent rattacher à notre œuvre, s’en joindra, nous l’espérons, un second. Puissions-nous trouver, dans les autres paroisses de la Savoie, des imitateurs qui soient nos maîtres! Alors, éclairée, grâce à tous les faits locaux, l’histoire générale pourra être établie sur des bases solides et vraies.

En attendant, nous avons cru être utile à la patrie, en groupant les dates et les faits d’une époque qui eut des grandeurs au milieu même des ruines et du sang, comme encore en reliant l’histoire d’une localité aux actes de la vie nationale. Et pius est patria facta referre labor, disait Ovide dans son exil.

Si Megève a eu des jours sombres, si quelques-uns de ses enfants ont été coupables, disons hautement que l’ensemble de la population a conquis une place honorable, par sa foi constante comme par son dévouement religieux; en assurer le souvenir auprès des générations à venir est pour nous un devoir.

A. DESPINE.

HISTOIRE DE MEGÈVE

Table des matières

AVANT-PROPOS.

Table des matières

Les petites villes de la Savoie sont fort peu connues, et cependant elles ont une personnalité, une tradition, une histoire vive de couleur; dans un cadre restreint, leurs annales offrent souvent des phases semblables à celles des nations, et là aussi se retrouvent des enseignements qui ne sont pas sans valeur. Il est donc utile de dire quelques mots de Megève, par forme de préambule aux souvenirs historiques dont nous allons présenter le tableau.

Des renseignements préliminaires seraient superflus, si ces notes embrassaient l’origine de Megève; mais l’auteur n’ayant pas à sa disposition les archives locales, dont autrefois on lui refusa la lecture, n’a pu traiter que la période de la révolution française. Cette époque, d’ailleurs, présente une physionomie si différente de celle des temps antérieurs, qu’elle pouvait être dessinée isolément. Chaque jour déchire une page et enlève de ce monde quelque témoin d’une histoire qui remonte à quatre-vingts ans: aussi le pays gardera-t-il sa gratitude à tous ceux qui travaillent à fixer d’une manière ineffaçable les faits et les idées de cette période si désastreuse, bien que si intéressante à tous les points de vue. Parfois, un sentiment de délicatesse fait garder le silence sur les actes de ce temps riche en faits, ou plutôt sur les hommes qui y prirent une part trop grande. Mais, selon la belle pensée de Chénier: «Il

«n’est pas vrai que les événements désastreux

«doivent être effacés du souvenir des hom-

«mes. Cette pensée n’est digne que d’un être

«pusillanime; ils doivent y vivre à jamais, au

«contraire, pour leur inspirer sans cesse une

«nouvelle horreur, pour armer sans cesse le

«genre humain contre ces fléaux, dont le germe

«est toujours subsistant, quoique caché.» Ces paroles si justes nous font repousser le sentiment contraire, qui est exagéré, à notre avis. D’un côté, les patriotes républicains de 93 ont cessé d’exister; de l’autre, leurs familles, si même elles ont échappé à la réprobation du Ciel qui les frappe presque toujours, sont innocentes des fautes commises il y aura bientôt un siècle. Enfin, l’histoire ne mériterait plus confiance, lorsqu’elle s’imposerait d’être muette ou de ne désigner que par initiales les artisans des actes que sa mission l’oblige à reproduire. La génération présente a droit de les connaître Pour son instruction, surtout lorsque ces actes appartiennent à la vie publique.

Pénétrées de ces considérations, des plumes plus autorisées que les nôtres n’ont reculé devant aucun récit, quelque douloureux qu’il pût être: nous rencontrerons donc, espérons-le, indulgence pour notre franchise, surtout qu’elle sera entière et qu’elle s’est imposé le devoir d’éviter tout esprit de dénigrement individuel.

PREMIÈRE PARTIE.

Table des matières

Megève, auquel on réunit Demi-Quartier lors du démembrement du marquisat de Cordon, fait partie du canton de Sallanches, arrondissement de Bonneville (Haute-Savoie). Sa population, qui, en 1580, formait environ 350 à 360 feux, ne s’est guère accrue, car, en 1807, elle s’élevait à 2,500 habitants, et aujourd’hui elle est de 2,700. Son histoire remonte haut; dans le douzième siècle, les Bénédictins fondèrent un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Michel de la Clusaz en Piémont, et desservirent pendant fort longtemps cette paroisse. Vers la fin du XVIe siècle, le prieur Jean Firmin, autrement Fabius de Trivulce, gentilhomme et clerc de Milan, résigna ce bénéfice au collége des Jésuites de Chambéry, établis depuis peu par S. A. R. Emmanuel-Philibert, sur les instances du Père Ducodret de Sallanches. Cette union fut confirmée à Rome par saint Pie V, dont la bulle Exigit est datée des nones de juillet 1571; mais, des difficultés s’étant élevées, Grégoire XIII convalida cette union par la bulle Exhibita, datée des calendes de septembre 1572. On connaît très-peu les prieurs bénédictins; les seuls dont les noms soient parvenus jusqu’à nous, sont: Pierre, 1202; Henri de l’Hôpital, 1226; Ricard, 1296; Jean de Saint-Theudet, 1336; Bertrand de Malcorm, 1370; Aimon de Chissé, 1387, qui devint évêque de Nice; Raymond de Ray (de Retz), 1390; Henri de Compey, 1443-1460; Georges de Compey, 1461-1516; Angelon de Bellegarde, 1537; Fabio de Trivulce, 1539-1571. Depuis ce dernier, le prieur de Megève fut le révérend Père recteur du collége de Chambéry et les Jésuites conservèrent le bénéfice jusqu’à la suppression de leur compagnie. Il serait trop long d’énumérer ici la liste de cette seconde série de prieurs: leurs noms appartiennent plus directement à l’histoire du collége de Chambéry.

L’église paroissiale, sous le vocable de saint Jean-Baptiste, constituait une des quatre plébainies du décanat de Sallanches. Elle était desservie par un plébain et par plusieurs altariens dont le nombre n’était point limité, puisqu’on l’a vu s’élever quelquefois jusqu’à quinze.

Quelques noms historiques se rattachent à cette localité. Le P. Ange, capucin, fut apôtre avec saint François de Sales, en Chablais.

La famille des de Capré, seigneurs de Megève, établie en Savoie dès le XIIe siècle, a donné plusieurs illustrations. François, mort président de la Chambre des Comptes, exerça ses talents diplomatiques au service de Madame Royale (Chrestienne de France), pour régler les affaires d’Etat avec le cardinal de Richelieu et Louis XIII: nous avons de lui plusieurs ouvrages importants. Son fils Hyacinthe, remarqué par son goût dans la littérature et la poésie, fut chargé d’une mission secrète pour négocier auprès de Louis XIV les préliminaires du traité d’Utrecht, qui posa la couronne royale au front des princes de Savoie, etc.

Mgr Conseil, premier évêque de Chambéry, était né à Megève le 13 mars 1716.

Le Dr Socquet, docteur en médecine, professeur de mathématiques, de physique et de chimie, a laissé des ouvrages estimés: il était né en 1771.

Enfin, le général Muffat de Saint-Amour combattit sous le prince Eugène au siége de Turin, se distingua à Péterwardein et à Bellegarde, obtint plusieurs décorations en Allemagne et fut élevé au titre de comte, ainsi qu’au grade de lieutenant-maréchal ès-armées, gouverneur de Pavie et colonel propriétaire d’un régiment de dragons (Reisang), au service de S. M. I. et Catholique. Né en 1662, il mourut de ses blessures le 16 mai 1734 et fut enterré à San-Benedetto dans le duché de Mantoue. Ce fut lui qui dota Megève d’un petit collége, qui augmenta les revenus de son hospice, etc., etc.

D’autres noms moins historiques pourraient encore être rappelés, si cette étude entrait dans le cadre de notre travail.

Aujourd’hui, obéissant au mouvement de centralisation qui se déclare si meurtrier à l’autonomie des localités restreintes, Megève a cessé d’être chef-lieu pour se voir relier à Sallanches et graviter autour de Bonneville. Situé au centre d’un plateau élevé de 1100 mètres, Megève forme une vallée allant du nord au midi, entre les contreforts du Mont-Blanc, c’est-à-dire le mont Joli et la chaîne des Aravis. C’est là qu’Arly Prend sa source; la végétation y est généralement abondante et l’agriculture s’y améliore de jour en jour. Grâces à une route départementale, Megève se relie vers le sud à Ugines par Flumet et vers le nord à Sallanches par Combloux. Du côté du sud-est, un sentier, suivant le pas de Sion, conduit dans la vallée de Beaufort: c’est la dernière commune du Faucigny, formant frontière à l’arrondissement d’Albertville.

Abordons maintenant les notes historiques.

DEUXIÈME PARTIE.

Table des matières

De 1789 à 1809.

CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

INTRODUCTION. En 1789, Megève semblait être à la veille de goûter le bien-être qu’il désirait depuis si longtemps, et pour l’acquisition duquel ses habitants venaient de s’imposer de bien lourds sacrifices. Soumis depuis plusieurs siècles à des seigneurs temporels, ils se voyaient enfin avec bonheur libres de presque toutes les lisières féodales. Plus d’hommes-liges ni censats, plus de servis ni de redevances, plus d’échûtes, omnimodes, etc., etc.; les champs qu’ils cultivaient leur appartenaient irrévocablement. Ce résultat, il est vrai, avait été chèrement payé par des sacrifices considérables, que l’on évalue généralement à quatre-vingt mille livres pour le complet affranchissement de Megève et de Demi-Quartier. Les réformes déjà réalisées par le Souverain dans ses Etats et celles qu’il avait encore promises auraient allégé les charges non encore éteintes. La gabelle du sel devait être diminuée; la perception des dîmes qui, sous les Jésuites de Chambéry, devenus prieurs de Megève en 1571, avait si souvent occasionné des procès fâcheux, et qui se trouvait alors entre les mains de l’économat royal, la perception des dîmes, dis-je, allait être simplifiée. Le révérend plébain, ainsi que ses vicaires, dont les réclamations incessantes n’avaient pas encore pu obtenir la portion congrue imposée aux prieurs comme gros décimateurs, pouvaient espérer une prochaine augmentation. En un mot, le Souverain et le Sénat, prévoyant sans doute les tristes événements dont le signe précurseur grandissait à l’horizon, se montraient prêts à concéder toutes réformes utiles et propres à combler le gouffre qui s’ouvrait sous leurs pieds.

Le clergé de Megève, portant dans les actes publics le titre de vénérable, et dont les membres étaient assez souvent désignés sous le nom de chanoines, se composait alors des prêtres suivants: Révérend Jean-Baptiste-Clément Berthet, né en 1727, et plébain de Megève depuis 1776; Jean-Marie Socquet, sacristain, né le 13 février 1720; François Marie Duvillard, chantre, né le 12 novembre 1721; Jean-François Grosset-Janin, chantre, né le 11 novembre 1731; Jean-François Chabord, né le 1er novembre 1737; Jean-François Coutin, vicaire, né le 28 décembre 1742; Jean-Baptiste Rey, régent, né le 21 juillet 1748; Jean-Claude Gaddan, né le 5 mars 1743; Etienne-François Orsy, vicaire et régent, né le 24 mai 1750; Jean-Marie Clément-Berthet, dit le Boiteux, né le 14. février 1764; Joseph-Marie Grosset-Grange, vicaire à Pratz, né le 6 août 1742, et Charles Joly, régent au même lieu, né le 4 octobre 1748.

Le nombre des ecclésiastiques n’était point limité : tous les enfants de Megève, engagés dans les Ordres sacrés, étaient de droit agrégées à ce corps respectable. Ces prêtres nombreux, loin de nuire à la piété des fidèles, favorisaient au contraire la solennité du culte, laquelle les habitants de Megève ont toujours été fortement attachés.

Voici comment se faisaient les offices religieux: les premières Vêpres étaient chantées à l’église la veille des fêtes de Noël, des Rois, de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte, du Corps-de-Dieu, de saint Jean-Baptiste, de la Dédicace de l’église paroissiale, de l’Assomption et de la Toussaint. Il en était de même pour Matines et Laudes, qui se récitaient simplement au chœur; mais les petites heures étaient dites solennellement avant la grand’messe du jour.

«Nous chantons, ajoute le plébain, les pre-

«mières vêpres de chaque dimanche et fêtes

«de commandement, quoiqu’il n’y ait aucune

«fondation à ce sujet, mais simplement pour

«favoriser la dévotion du peuple.»

Tous les jours, à cinq heures du soir en été et à quatre heures en hiver, on récitait l’antienne, le verset et l’oraison de la sainte Vierge selon le temps, c’est-à-dire, l’Alma Redemptoris, l’Ave regina ou le Salve, etc., le samedi, devant l’autel du Rosaire, les dimanches et les autres jours de la semaine devant le grand autel, et on disait ensuite la prière du soir. Le vendredi, on faisait encore suivre cette dernière du chant du Stabat et de celui du Gaude le samedi et les dimanches. Outre ces pieuses pratiques, il y avait chaque année la station du carême et une mission de dix en dix ans, fondée par le plébain Blaise-Gaspard Orsy.

Le revenu de la plébainie n’était pas considérable; le presbytère, dont l’entretien restait à la charge des décimateurs, se trouvait en fort mauvais état, et exigeait des réparations urgentes que l’on avait négligées depuis son rétablissement après l’incendie de 1728. Le Prieur de Megève payait annuellement au plébain, à titre de prébende, la modique somme de seize livres trois sols et quatre deniers; aussi peut-on dire sans crainte que ce revenu, réuni aux autres redevances que percevait le plébain, n’aurait Jamais pu suffire à sa subsistance, si, depuis longtemps, la population n’eût fait un grand nombre de fondations pour assurer une honnête existence au clergé qui la desservait. L’inventaire de ces fondations, à forme de procès-verbaux, dressés les 20 et 21 décembre 1792, en exécution de l’article cinquième du décret de l’Assemblée nationale des Allobroges, en porte le capital à 146,431 livres 12 sols 11 deniers, lequel, à raison du quatre pour cent, produisait le revenu annuel de cinq mille huit cent cinquante-sept livres anciennes quatorze sols. Chaque prêtre avait droit à acquitter les fondations pour jouir du revenu qui y était attaché. Le plébain exerçait en outre un droit de prémice consistant en trois quarts d’avoine que chaque faisant feu devait lui payer. On ne saurait donc évaluer au juste le traitement qu’il percevait, mais celui des autres prêtres pouvait facilement arriver à la somme de sept cents livres. C’est du moins ce qui résulterait d’une déclaration faite par Rd Jean-Pierre Joly pendant qu’il desservait Ayse, et dans laquelle il affirmait que la part des revenus qu’il pouvait percevoir à Megève, avant la Révolution, était de sept cent trente-quatre livres dix-huit sols.

L’église paroissiale, agrandie en 1687, était convenablement pourvue d’ornements et de vases sacrés; sa vaste enceinte ne renfermait pas moins de dix autels, dont le plus beau, le plus riche, était le maître-autel, dû à la générosité d’un enfant de Megève, Jean Périnet, négociant à Vienne en Autriche. Les autres autels étaient ceux qui suivent: 1° Notre-Dame des Anges et des Carmes; 2° Saint-Georges et Saint-Christophe; 3° Notre-Dame de Bethléem et de Saint-Joseph; 4° Notre-Dame du Puy, de Saint-Bon et Saint-Eloi; 5° Saint-Antoine, Saint-Théodule et Saint-Maxime: 6° Saint-Michel et Saint-Pierre; 7° Saint-Félix; 8° Saint-Claude, Saint-Guillaume, Sainte-Marie Magdeleine, N.-D. des Grâces et Saint-François de Sales; 9° enfin du Rosaire.

Au dehors et dans l’enceinte de la paroisse s’élevaient avec leurs gracieux clochetons une foule de petites chapelles; on eût dit que chaque hameau, chaque village avait voulu posséder dans son sein une petite représentation de la mère-Eglise, et dédier une maison à Dieu. C’étaient d’abord, sur le cimetière, la chapelle de Sainte-Anne, Sainte-Catherine, Saint-Blaise et Saint-Loup; au collége Saint-Amour, celle des saints Pierre et Jean l’Evangéliste; à l’hospice, celle de Notre-Dame des Ermites, aujourd’hui des Sept-Douleurs; à la Molettaz, celle de Notre-Dame de Pitié, Saint-François d’Assise, Saint-Jacques, Saint-Lazare et Saint-Nicolas Tolentin; à Oudier, celles des Saint-Michel et Saint-Nieolas; à Darbon, celles de Saint-Jacques et Saint-Philippe; aux Cretets, de Notre-Dame de l’Assomption; au Petit-Bois, des Saints Sébastien, Symphorien et François Xavier; aux Chosaux, de Notre-Dame des Ermites et Saint-Gervais; aux Pectoraux, de N.-D. des Grâces et St-Guérin; au Mâx, des St-Barthélémy et Saint-Clair; au Planey, de Notre-Dame des Carmes, Saint-Pierre, Sainte-Brigitte et Saint-Donat; au Calvaire, près le village de Glaize, celle de la Passion; au Villard, celle des Saints Laurent et Martin; à Cassioz, de Saint-André et Sainte-Barbe: En tout seize chapelles, auxquelles on pourrait ajouter celle de la Tonnaz à Praz. L’on y célébrait plus de quinze cents messes annuelles, selon la teneur des fondations. Le jour des patrons de ces chapelles était chômé par les habitants du hameau, et alors la sainte messe ainsi que la prédication avaient lieu dans la chapelle rurale. Aujourd’hui, le plus grand nombre de ces édifices subsistent encore, et ils sont généralement bien entretenus; quoique la révolution en ait détruit plusieurs, leur nombre, loin de diminuer, a plutôt augmenté, surtout depuis qu’un homme puissant en paroles et en œuvres, le vénérable Martin, curé si regretté de la paroisse, réalisa la pensée et le pieux dessein de retracer d’une manière sensible les souffrances du divin Maître sur la voie douloureuse de Jérusalem au Calvaire.

Le siècle sourit à la vue de ces constructions rustiques, de ces modestes chapelles, et il affirme que le monde n’en est point meilleur! Sans doute, le nombre des édifices voués au culte ne donne pas partout et toujours la mesure exacte des sentiments religieux, mais n’est-il pas à la physionomie d’une paroisse ce que des couleurs vives et franches sont à la santé ? Si de belles conteurs sont parfois un signe menteur, on le reconnaît à des symptômes qui en avertissent. De même, lorsque la piété de la population n’est pas en rapport avec ses édifices relgieux, l’atonie, la stérilité en œuvres de-bienfaisance ou l’état de dégradation des monuments de piété accusent sa situation. Mais, nous pouvons le dire hautement, aucun de ces signes ne se rencontre à Megève.

L’institution charitable de l’hospice, fondé en 1696 par le vénérable Blaise-Gaspard Orsy, plébain, était florissante; son revenu, au montant de 1403 liv. en 1765, de 2621 en 1788, grandissait chaque année. L’établissement ne renfermait pas moins de vingt-six pauvres, qui trouvaient dans cette maison si bien désignée sous le nom seul de Charité, les secours temporels et spirituels. Tout disait le bonheur et la prospérité des habitants de Megève: pourquoi le souffle trop souvent dévastateur de la démocratie allait-il passer? les efforts de plusieurs siècles devaient être renversés en quelques années. A la veille d’une révolution, la France semait des maximes incomprises: notre chère Savoie se laissait entraîner; Megève comptait déjà quelques patriotes dont les aspirations, encore contenues, rêvaient un funeste triomphe.

Dans l’état de sa paroisse, dressé en 1788, le plébain entrevoyait cet avenir; son style, ordinairement si gai, revêt un caractère de tristesse lorsqu’il parle de l’état moral de ses paroissiens.

«Il n’y a que trop de cabarets, disait-il, qui occasionnent l’ivrognerie, le jeu, les veillées prolongées et par suite la profanation du dimanche. Plusieurs ne font aucune difficulté de vaquer à certains travaux les jours de dimanche, de commercer avec les étrangers qui viennent en ces jours-là, ou de prononcer beaucoup de malédictions contre les bestiaux; plusieurs superstitions sont encore généralement pratiquées, etc., etc.» Le récit que nous essayons ne justifiera que trop à quel point l’impiété d’un petit nombre était arrivée; nous citerons sans crainte les noms des plus ardents patriotes, leurs actes publics, les ravages qu’ils ont semés dans notre chère paroisse. Leur place doit être marquée dans l’histoire.

Puissent ces exemples écarter à tout jamais des temps aussi malheureux! Jetons les yeux sur ce passé, ne craignons pas. «L’imagina-

«tion, disait La Harpe, longtemps flétrie par

«des souvenirs douloureux, se reporte invo-

«lontairement vers le passé qu’elle accuse.

«Ne l’oublions point, ne l’oublions jamais, afin

«que jamais il ne revienne.»

Voilà le mobile qui nous anime, la pensée qui nous a dirigés dans le récit qui va suivre.

Janr və etiketlər

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Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
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202 səh. 4 illustrasiyalar
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4064066333485
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