Kitabı oxu: «Galopeurs et trotteurs : Hygiène. Elevage. Alimentation. Entraînement. Maladies»

Şrift:

Edmond Curot

Galopeurs et trotteurs : Hygiène. Elevage. Alimentation. Entraînement. Maladies


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066336868

Table des matières

PRÉFACE

LE PUR SANG

CHAPITRE PREMIER

L’HÉRÉDITÉ PSYCHIQUE CHEZ LE PUR SANG

HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE

CHAPITRE II

ALIMENTATION DES ÉTALONS

CHAPITRE III

HYGIÈNE ALIMENTAIRE DES POULINIÈRES

CHAPITRE IV

I. — ALIMENTATION DES GESTANTES

II. — ALIMENTATION DES POULINIÈRES SUITÉES

II. — ALIMENTATION DES JUMENTS PLEINES ET SUITÉES

III. — ALIMENTATION DES PARTURIENTES

IV. — ALIMENTATION DES POULINIÈRES VIDES

CHAPITRE V

ACTES PRÉPARATOIRES A LA FÉCONDATION

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

I. — PRÉSENTATION ANTÉRIEURE

II. — PRÉSENTATION POSTÉRIEURE

III. — PRÉSENTATION TRANSVERSALE

CHAPITRE VIII

AVORTEMENT ÉPIZOOTIQUE

CHAPITRE VIII

I. — STÉRILITÉ D’ORIGINE PATERNELLE

II. — STÉRILITÉ D’ORIGINE MATERNELLE

III. — DE LA STÉRILITÉ RELATIVE

IV. — DIAGNOSTIC DE LA STÉRILITÉ

V. — TRAITEMENT DE LA STÉRILITÉ

VI. — DE LA FÉCONDATION ARTIFICIELLE

CHAPITRE IX

SOINS IMMÉDIATS AUX NOUVEAU-NÉS

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DES NOUVEAU-NÉS

MORPHOLOGIE DU NOUVEAU-NÉ

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DE LA PÉRIODE DU JEUNE AGE

CHAPITRE XI

HYGIÈNE ET PRATIQUE DE L’ALLAITEMENT MATERNEL

ALLAITEMENT ARTIFICIEL

ALLAITEMENT MIXTE

ALLAITEMENT PAR ADOPTION

DE L’ALIMENTATION COMPLÉMENTAIRE PENDANT LA PÉRIODE DU JEUNE AGE

CHAPITRE XII

ALIMENTATION AU SEVRAGE

CHAPITRE XIII

CROISSANCE INTRA-UTÉRINE

DE LA CROISSANCE

I. — DE LA CROISSANCE PONDÉRALE

II. — DE LA CROISSANCE STATURALE

DES ARRÊTS DE CROISSANCE

BASES PHYSIOLOGIQUES DE L’ALIMENTATION PENDANT LA PÉRIODE DE CROISSANCE

L’ALIMENTATION MINÉRALE

EMPLOI DE L’ALIMENTATION PHOSPHATÉE PENDANT LA PÉRIODE DE CROISSANCE

CHAPITRE XIV

I. — MALADIES DES ÉTALONS

II. — MALADIES DES POULINIÈRES

III. — MALADIES DES GESTANTES

CHAPITRE XV

CHAPITRE XVI

I. — MALADIES D’ORIGINE OBSTÉTRICALE

II. — MALADIES D’ORIGINE PUERPÉRALE

III. — PATHOLOGIE OMBILICALE

SEPTICÉMIE D’ORIGINE OMBILICALE

ARTHRITES INFECTIEUSES

ARTHRITE PAR AUTO-INFECTION D’ORIGINE INTESTINALE

V. — MALADIES DE L’APPAREIL DIGESTIF

DES TROUBLES DE LA DÉFÉCATION

DE. LA DIÈTE HYDRIQUE DANS LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS GASTRO-INTESTINALES

CONSTIPATION CONGÉNITALE

DIARRHÉE SIMPLE

INDIGESTION LAITEUSE

GASTRO-ENTÉRITE OU ENTÉRITE DIARRHÉIQUE

MALADIES DIVERSES

RACHITISME

MALADIES PARASITAIRES INTERNES

MALADIES PARASITAIRES D’ORIGINE VÉGÉTALE

DEUXIEME PARTIE

CHAPITRE PREMIER

TECHNIQUE DU DRESSAGE

CHAPITRE II

GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE DE L’APPAREIL NERVEUX

GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE DES APPAREILS EXCRÉTEURS

GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE DE L’APPAREIL MUSCULAIRE

MODIFICATIONS MORPHOLOGIQUES

CHAPITRE III

PROGRESSION DU TRAVAIL A L’ENTRAINEMENT

ENTRAINEMENT DES DEUX ANS

ENTRAINEMENT DES TROIS ANS

ENTRAINEMENT DES VIEUX CHEVAUX

ENTRAINEMENT DES CHEVAUX DE STEEPLE

ENTRAINEMENT PROPREMENT DIT

CHAPITRE IV

DES SUÉES

DES PURGATIONS

CHAPITRE V

I. — SIGNES PHYSIOLOGIQUES DE LA CONDITION

II. — SIGNES MORPHOLOGIQUES DE LA CONDITION

DURÉE DE LA CONDITION

THÉRAPEUTIQUE NOUVELLE DES INVERSIONS DE FORME

DES EFFETS HYGIÉNIQUES ET ÉNERGÉTIQUES DE LA RADIOACTIVITÉ SUR LE CHEVAL DE COURSE

L’HYPERENTRAINEMENT DU CHEVAL DE COURSE

LES «HYPERNERVEUX» AVANT LA COURSE

LES ROGUES DANS LE TRAINING ET LE TROTTING

LES GRANDS ET PETITS CHEVAUX DE COURSE

LE TERRAIN

CHAPITRE VI

PANSAGE

TONDAGE

COUVERTURES

DE L’HYDROTHÉRAPIE

DOUCHES

MASSOTHÉRAPIE

DES FLANELLES

DE LA RADIUMTHÉRAPIE

SOINS IMMÉDIATS APRÈS LA COURSE

HYGIÈNE DANS LES DÉPLACEMENTS SPORTIFS

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

ENTRAINEMENT AMÉRICAIN

ENTRAINEMENT PORTEFIN

ENTRAINEMENT A L’EAU

CHAPITRE IX

MÉCANISME DE L’ESSOUFFLEMENT ET ENTRAINEMENT RESPIRATOIRE

CAUSES DE L’ESSOUFFLEMENT

MÉTHODE NOUVELLE D’ENTRAINEMENT DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

CHAPITRE X

CONSIDÉRATIONS SUR L’ÉNERGÉTIQUE MUSCULAIRE

DES SUBSTITUTIONS ALIMENTAIRES

RÉGIMES DIVERS A L’ENTRAINEMENT

ALIMENTATION SUCRÉE

LES PRODUITS SUCRÉS

L’ABREUVEMENT DU CHEVAL DE COURSE

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII.

FATIGUE

COURBATURE FÉBRILE

MYOSITE

DYSPNÉE CARBONIQUE

CARDIOPATHIES

ÉPUISEMENT NERVEUX

MORT PAR INTOXICATION

SURMENAGE CHRONIQUE

SURMENAGE DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR

TRAITEMENT DES FORMES CLINIQUES DU SURMENAGE CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

THÉRAPEUTIQUE NOUVELLE DES FORMES CLINIQUES DU SURMENAGE

CHAPITRE XIV

DU PARER

FERRURE DU YEARLING

FERRURE DES CHEVAUX A LA PRAIRIE

FERRURE DES ÉTALONS ET DES POULINIÈRES

CHAPITRE XV

FERRURE ANGLAISE DE COURSE

FERRURE AMÉRICAINE

FERRURES D’ENTRAINEMENT

FERRURE ANGLAISE

FERRURE DU CHEVAL DE STEEPLE

FERRURE EN ALUMINIUM

TROISIÈME PARTIE

THÉRAPEUTIQUE SPÉCIFIQUE DU CHEVAL DE COURSE

CHAPITRE PREMIER

STOMATITE

PATHOLOGIE DENTAIRE

PHARYNGITE

ENTÉRITE AIGUE

ENTÉRITE CHRONIQUE

L’INAPPÉTENCE DU CHEVAL DE COURSE

LES COLIQUES AU HARAS ET A L’ENTRAINEMENT

HERNIE INGUINALE

PÉRITONITE AIGUE

ICTÈRE

CHAPITRE II

CORYZA

LARYNGITE

CORNAGE CHRONIQUE

LA TOUX A L’ENTRAINEMENT

BRONCHITE

BRONCHITES INFECTIEUSES

CONGESTION PULMONAIRE

COUP DE CHALEUR

PNEUMONIE

EMPHYSÈME PULMONAIRE

PLEURÉSIE

CHAPITRE III

ENDOCARDITE AIGUE

ENDOCARDITE CHRONIQUE

PÉRICARDITE AIGUE

PÉRICARDITE CHRONIQUE

MYOCARDITE AIGUE

HYPERTROPHIE DU CŒUR

DILATATION DU CŒUR

LES HÉMORRAGIES NASALES CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

LES HÉMORRAGIES INTERNES CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

RUPTURES ORGANIQUES

RUPTURE DES GROS VAISSEAUX

CHAPITRE IV

MALADIES DU CERVEAU

COMMOTION CÉRÉBRALE

MÉNINGO-ENCÉPHALITE

MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

CONGESTION DE LA MOELLE

MAL DE CHIEN

LES NÉVROPATHIES DU PUR SANG

CHAPITRE V

CONGESTION AIGUE

NÉPHRITE AIGUE

POLYURIE

CYSTITE

CHAPITRE VI

MALADIES DE L’ŒIL ET DE SES ANNEXES

FLUXION PÉRIODIQUE

CHAPITRE VII

RHUMATISME MUSCULAIRE

CHAPITRE VIII

AFFECTIONS TYPHOIDES

LA PNEUMONIE CONTAGIEUSE CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

GOURME

HORSE-POX

TÉTANOS

CHAPITRE IX

LES DÉSINFECTANTS CRÉSOLÉS

TECHNIQUE DE LA DÉSINFECTION

CHAPITRE PREMIER

PLAIES

CONTUSIONS

CREVASSES

LES ATTEINTES CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

LYMPHANGITE AIGUE

BLESSURES DE HARNACHEMENT

CHAPITRE II

CHAPITRE III

MYOSITE

CHAPITRE IV

MALADIES DES TENDONS

CHAUFFAGE DES TENDONS

LE CLAQUAGE DU CHEVAL DE COURSE

PLAIES TENDINEUSES

RUPTURES TENDINEUSES

TÉNOSITE SUPPURÉE

FILARIOSE DES TENDONS

BOULETURE

CHAPITRE V

SYNOVITE AIGUE

SYNOVITES INFECTIEUSES

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

OSTÉISME DU CHEVAL DE COURSE

OSTÉITE D’ORIGINE ALIMENTAIRE

OSTÉITE

LES EXOSTOSES CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

OSSELETS

ÉPARVIN

ÉPARVIN SEC

JARDE

COURBE

SUROS

EXOSTOSES PHALANGIENNES

CONTUSIONS DES OS

LES FÉLURES

LES FRACTURES

CHAPITRE VIII

HYDARTHROSES

ARTHRITE SÈCHE

RHUMATISME ARTICULAIRE

LES ENTORSES ET LES LUXATIONS CHEZ LE CHEVAL DE COURSE

PSEUDO-LUXATION DE LA ROTULE

CHAPITRE IX

HYGIÈNE DU PIED

ENCASTELURE

MALADIE NAVICULAIRE

BLEIME

SEIME

TRAUMATISMES DE LA RÉGION PLANTAIRE

FOURBURE

FOURBURE CHRONIQUE

CHAPITRE IX

NÉVROTOMIE

CASTRATION

CAUTÉRISATION

QUATRIÈME PARTIE

CHAPITRE PREMIER

ORIGINE DES COURSES AU TROT

LA RACE ACTUELLE DES TROTTEURS

LES FACTEURS DE VITESSE DU TROTTEUR

TROTTEUR NORFOLK

TROTTEURS AMÉRICAINS

LES AMBLEURS OU PACERS

LES TROTTEURS RUSSES

CHAPITRE II

LES ENLEVÉS

LES ATTEINTES

LES ALLURES MIXTES

LES PSEUDO-GALOPEURS

DE L’EMBOUCHURE

DE L’ENRÊNEMENT

DU GUÊTRAGE

DES POIDS

LA FERRURE

DES FERRURES CORRECTIVES

CHAPITRE III

L’ÉLEVAGE DU TROTTEUR

ENTRAINEMENT

LES ENTRAINEURS DE GALOP ET DE TROT

LES JOCKEYS DE GALOP ET DE TRO T

INFLUENCE DU POIDS DU JOCKEY DANS LE TROTTING

BIBLIOGRAPHIE

PRÉFACE

Table des matières

L’élevage, l’exploitation du cheval de course ont acquis tant d’importance, de si grands intérêts matériels et sportifs, s’y attachent qu’on ne saurait — en dehors de l’amélioration de la race qui doit être le but ultime poursuivi — faire trop d’effort dans le domaine de la science et de l’observation pour en indiquer des directives scientifiques essentielles.

Sous l’influence des enquêtes de la physiologie beaucoup d’idées admises jusqu’à ce jour dans le training et le trotting ont été rectifiées; mais si ces découvertes ont contribué à faire la lumière sur certains points, elles ont aussi montré l’incertitude qui règne encore sur une partie de nos connaissances hippiques.

Plus que jamais, la diffusion des principes scientifiques sur lesquels reposent l’Hygiène, l’Elevage, l’Alimentation, l’Entraînement, la Pathologie, la Thérapeutique du cheval de course, s’impose car elle constitue un facteur essentiel de progrès et de l’amélioration de la race.

Trop souvent encore, les règles empiriques, les pratiques routinières sont utilisées; l’empirisme dans le milieu sportif semble se transmettre avec une fidélité atavique désespérante.

Particulièrement documenté par des ouvrages antérieurs et de nombreux articles de vulgarisation scientifique publiés dans divers organes sportifs, nous n’avons pas hésité — sollicité depuis longtemps par des propriétaires et des entraîneurs — à publier, — du fait de la diversité des sujets traités — une véritable bibliographie du cheval de course.

Ecartant systématiquement toute théorie d’ordre ultra-scientifique, — d’une assimilation laborieuse, même pour les initiés — nous nous sommes proposés, dans le présent ouvrage, de grouper les connaissances acquises, et d’en dégager les enseignements qui peuvent être utilisés dès maintenant, dans la pratique du training et du trotting.

Afin de ne pas être accusé d’émettre des idées doctrinales, nous avons eu le soin d’appuyer nos conclusions sur des données scientifiques vérifiées par la méthode expérimentale.

Réunir, condenser, classer, combler les lacunes des divers documents concernant l’hygiène, l’élevage, l’alimentation, l’entraînement, les maladies du cheval de course — publiés tant en France qu’à l’étranger — constitue un travail ingrat mais utile pour le lecteur.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à l’Elevage; l’hérédité associée à la consanguinité et à la sélection, formant la base amélioratrice de la race pure, en constitue le préambule indispensable. Notre étude étant du domaine pratique, nous n’avons signalé que les théories biologiques acquises (hérédité normale — des caractères acquis — psychique — pathologique) applicables à l’élevage.

L’hygiène, l’alimentation des reproducteurs (étalons, gestantes, poulinières suitées, pleines et suitées), tenant sous leur dépendance directe l’avenir du sujet, ont fait l’objet d’une étude documentée.

Dans le chapitre réservé à la fécondation — après avoir indiqué les phénomènes physiologiques indispensables à connaître pour comprendre l’étiologie et la prophylaxie de la stérilité — nous avons montié — basant notre démonstration sur des données physiologiques — la relation étroite — souvent méconnue des éleveurs — entre la manifestation, la régularité, l’intensité, la période des chaleurs et l’aptitude procréatrice.

La gestation — véritable incubation interne — exerçait un retentissement sur toutes les grandes fonctions, en particulier la nutrition, a été longuement étudiée; après en avoir signalé les signes, la durée, les anomalies, nous avons montré que la croissance «intra-utérine» — fonction de la diététique maternelle — est le premier stade de la précocité.

La fréquence relative des accidents consécutifs à la parturition a motivé un chapitre documenté ; des photographies indiquent — mieux que le texte le plus clair — les principales présentations anormales du fœtus et les manœuvres obstétricales à utiliser. Les indications pratiques signalées permettront à l’éleveur de diminuer le nombre élevé de ces accidents qui s’attaquent à la source même de l’élevage.

Dans le chapitre consacré à l’avorte ment épizootique, nous avons indiqué les mesures prophylactiques permettant d’éviter les pertes élevées qui, trop souvent, réduisent à néant les bénéfices de l’exploitation et s’opposent, du fait de la mortinatalité et de la stérilité à la suite des lésions post-partum, à l’amélioration de la race.

La stérilité dans la race pure — dont le taux varie de 30 à 40 % — revêt une importance considérable tant au point de vue sportif que spéculatif; elle sollicite l’examen et demande une solution; aussi dans une étude technique (étiologie, diagnostic, traitement, prophylaxie) avons-nous envisagé ce grave problème économique. Après avoir fait la critique des procédés empiriques employés, nous avons indiqué les méthodes thérapeutiques — basées sur l’anatomie et la physiologie des organes sexuels — qui permettent d’abaisser l’infécondité.

Montrant que la fécondation artificielle n’exerce aucune influence néfaste sur la transmission fidèle de l’hérédité et sur la vitalité des produits, nous avons signalé — après en avoir relaté la technique opératoire des plus délicates — ses indications précises.

A l’hygiène de l’allaitement (maternel, artificiel, mixte, par adoption) — vu l’importance primordiale de la question — nous avons réservé de nombreux chapitres montrant son rôle étiologique important dans les affections gastro-intestinales qui constituent la dominante de la mortalité du jeune âge.

L’emploi de l’alimentation complémentaire — indispensable pour réaliser le bilan nutritif de la croissance — comporte des particularités physiologiques (volume stomacal réduit, état imparfait de sécrétions gastriques, etc.) dont nous avons indiqué toute l’importance; si elles ne sont pas réalisées — et le cas est fréquent — il en résulte des troubles digestifs graves entraînant fatalement des retards de croissance. Que de jeunes sujets — du fait de leur aptitude digestive réduite — sont victimes d’une suralimentation prématurée! Utilisée pour provoquer la précocité, elle n’entraîne souvent que la mortalité.

Le sevrage — phase aussi critique que celle de l’allaitement — tenant sous sa dépendance l’avenir du sujet, a été longuement étudié (modes, hygiène alimentaire, influence sur la morbidité et la mortalité).

Une étude documentée a été réservée à la croissance (bases physiologiques, croissance du périmètre thoracique, de la longueur du corps, de la taille — des arrêts de croissance, leurs causes, etc.); de nombreux tableaux et graphiques inédits synthétisent nos conclusions et mettent en évidence les variations du taux de la croissance pondérale et staturale de la naissance à l’âge adulte; ils constituent pour l’éleveur un critérium précieux des arrêts de croissance.

Au rôle spécifique dévolu à l’alimentation minérale à cette période dans la réalisation de la précocité — facteur indispensable au cheval de courses — nous avons consacré divers chapitres montrant que le besoin minéral est une impérieuse nécessité physiologique; la carence minérale, outre les retards de croissance (sujets malingres, tardifs, chétifs), peut provoquer des troubles organiques graves (avitaminose, rachitisme, ostéomalacie etc.).

Dans la partie réservée aux maladies des reproducteurs (étalons et juments) faisant une sélection sévère, nous avons borné notre étude à celles qui, par leur fréquence ou par leurs particularités étiologiques, revêtent un caractère spécifique; leur pronostic a été particulièrement envisagé au point de vue de la stérilité.

La pathologie des nouveau-nés (affections d’origine puerpérale, obstétricale, ombilicale), jouant un rôle dominant dans la mortinatalité a fait l’objet d’une étude documentée qui éclaire d’un jour nouveau la pathogénie et la prophylaxie de ces affections.

Aux maladies parasitaires — si fréquentes pendant la période du jeune âge — qui provoquent, en dehors de la mortalité, des arrêts de croissance, nous avons consacré divers chapitres au parasitisme, à ses nombreuses manifestations cliniques et à sa prophylaxie.

La deuxième partie — la plus importante — est réservée à l’entraînement du cheval de course, dont le dressage constitue le premier stade.

ROMAIN — dont la haute notoriété sportive était consacrée par de nombreuses publicat ons hippiques — écrivait avec sa grande compétence: «L’art du training est surtout une science perfectible; le prestige qui entourait les vieilles traditions est ébranlé, il va falloir progresser et sortir de l’ornière.»

Rien n’est plus vrai encore à l’heure actuelle; il semble surprenant que nous parlons de voies nouvelles à tracer dans le domaine de l’entraînement alors qu’il est paru, depuis une vingtaine d’années, un grand nombre de travaux, sur ce sujet; mais cet étonnement cessera si l’on songe que presque tous les auteurs — la plupart des entraîneurs — n’ont traité que le côté technique, négligeant complètement le côté physiologique qui — selon nous — doit en constituer la base essentielle.

De nombreux chapitres ont été consacrés à cette importante question (Gymnastique fonctionnelle des appareils nerveux — respiratoire — cirlatoire — excréteurs — musculaire — Dosage et progression du travail. Des galops et des essais. Entraînement des deux ans, des trois ans et des vieux chevaux — Entraînement du cheval de steeple — Adjuvants de l’entraînement (suées et médecines) — De la condition (signes physiologiques, morphologiques) — Inversion de forme — De l’hyperentraînement — Des «hypernerveux», etc.)

Pour ne pas être accusé d’esprit doctrinal nous avons fait précéder nos conclusions d’un exposé succint — mais suffisamment complet — des faits fournis par l’observation et l’expérimentation physiologique.

A l’entraînement «tel qu’il est» nous avons voulu substituer l’entraînement «tel qu’il devrait être», entreprise bien téméraire dans un milieu où trop souvent l’indifférence et l’inertie sont les dominantes. Nos efforts seront-ils stériles? L’avenir nous le dira; mais nous pensons que l’évolution pour être lente et tardive, n’en sera pas moins fatale.

Après avoir fait une étude comparative, physiologique et énergétique de l’entraînement actuel, nous avons consacré un chapitre spécial — souhaitons que son importance pratique n’échappe pas au lecteur — à une nouvelle méthode d’entraînement de l’appareil respiratoire, préconisée par M. MAGNE, le distingué Chef des Travaux de Physiologie à l’Ecole vétérinaire d’Alfoit, ayant pour but — par son action spécifique (inhalations d’un mélange d’air et d’acide carbonique) — de retarder, par une adaptation progressive des centres respiratoires, l’apparition de l’essoufflement et de la fatigue.

Cette méthode complètement inoffensive, basée sur des faits expérimentaux observés chez les athlètes, coureurs,cyclistes,etc., est digne par les résultats positifs obtenus, de fixer l’attention du monde sportif; selon nous, elle est appelée à constituer la base de l’entraînement moderne.

Regrettons que cette découverte émanant d’un laboratoire français ait reçu — hélas! le cas est fréquent dans le domaine scientifique — ses premières applications dans le training étranger.

Adoptant la formule d’un des doyens du plat nous dirons que «savoir nourrir» est plus difficile que de «savoir entraîner». L’alimentation du cheval de course tenant sous sa dépendance directe le rendement énergétique, a fait l’objet d’une étude documentée (Bases physiologiques — Bilan nutritif — Considération sur l’énergétique musculaire — Critique de l’alimentation exclusive à l’avoine — Des substitutions alimentaires — Valeur hygiénique et énergétique de l’alimentation sucrée, etc.)

Eviter les «brûlés et les «sucés» par l’avoine, favoriser le facteur appétence si souvent déprimé, apporter sous une forme assimilable le maximum de matériaux nutritifs, tel est le problème diététique dont nous avons indiqué la solution dans le cours de ces chapitres.

Moins que jamais, il convient de ne pas oublier que l’alimentation tant quantitative que qualitative est un puissant facteur d’amélioration de la race. Lutter par une alimentation rationelle contre les signes de dégénérescence actuelle du pur sang — dont la dia thèse ostéitique est l’expression de clinique — constitue une nécessité ethnique impérieuse.

L’abreuvement du cheval de course par l’action spécifique qu’il exerce sur le rendement énergétique a fait l’objet d’une étude spéciale (quantité, thermalité, modes de distribution etc.).

A la question si passionnante et si discutée du doping, nous avons consacré un chapitre documenté (propriétés physiologiques des alcaloïdes, — signes cliniques — modes d’administration — diagnostic médico-légal, nocivité etc.).

La ferrure du cheval de course (influence du poids du fer sur le rendement énergétique et la vitesse), les formes cliniques du surmenage (fatigue, courbature fébrile, myosite, dyspnée carbonique, épuisement nerveux, intoxication etc.), observées si fréquemment dans le training et le trotting, terminent les nombreux chapitres réservés à l’entraînement.

La troisième partie, dont la portée pratique est considérable, est consacrée à l’étude des maladies et des boiteries observées le plus fréquemment chez le cheval de course.

L’entraînement — du fait de la suractivité fonctionelle imposée à l’organisme — imprime au pur sang — nous ne saurons trop insister sur ce point — des modalités physiologiques, psychiques qu’il ne faut pas confondre avec des états morbides.

L’ «hyperentraîné » est un «névrosé », un «névropathe» qui présente au point de vue clinique des particularités symptomatiques nécessitant, dans bien des cas, une thérapeutique spéciale. Calmer la douleur, combattre la réaction fébrile constitue — en dehors du traitement spécifique de l’affection causale — des indications impérieuses à réaliser.

En outre, la nature, la posologie des médicaments administrés pendant la période de l’entraînement présentent une importance primordiale car certains d’entre eux,exerçant un effet dépressif accusé sur la condition, sont nettement contre-indiqués ou ne doivent être utilisés que temporairement et à dose minime.

Nous avons consacré de nombreux chapitres aux maladies de l’appareil digestif, respiratoire, circulatoire, nerveux urinaire, etc. Vu le caractère technique de notre ouvrage, en dehors des symptômes, du diagnostic, du traitement, de la prophylaxie, nous avons insisté particulièrement sur le pronostic sportif, certaines affections par leur passage à l’état chronique pouvant compromettre l’intégrité respiratoire ou cardiaque.

Aux cardiopathies, fréquentes dans le training et reconnaissant comme causes le surmenage ou des localisations infectieuses (gourme, pasteurelloses etc.), nous avons réservé un chapitre spécial montrant leur rôle étiologique important dans les inversions de forme; nous basant sur de nombreux faits d’observation, nous pouvons affirmer que bien des «rogues» ou des «éternels placés» sont des cardiaques méconnus.

N’est-il pas paradoxal de constater qu’à l’entraînement on surveille attentivement l’appareil locomoteur, voire même l’appareil dentaire et qu’on fait preuve d’une négligence coupable envers le cœur, organe essentiel, dont l’intégrité — la simple ogique l’indique — devrait être vérifiée dès l’arrivée et pendant les diverses périodes de l’entraînement.

Le «claquage du cœur» — souvent méconnu — devrait, au même titre que celui des tendons, fixer l’attention des entraîneurs.

Les maladies contagieuses (gourmes, affections typhoïdes, horse-pox, etc.) par leur fréquence et leur gravité au stud et à l’entraînement ont nécessité de nombreux chapitres; l’indication des modes de contage, les mesures prophylactiques signalées permettront d’éviter l’apparition ou l’extension des foyers contagieux.

La désinfection — base rationnelle de la prophylaxie des maladies contagieuses — a fait l’objet d’une étude spéciale (valeur microbicide des désinfectants, technique opératoire); nous avons montré qu’appliquée d’une façon irrationnelle — et le cas est fréquent — elle ne donne qu’une fausse sécurité ainsi qu’en témoignent, malgré les mesures d’isolement, la persistance des foyers épidémiques.

Les maladies de l’appareil locomoteur du cheval de course — dont les lésions articulaires, tendineuses, osseuses constituent la dominante clinique — tiennent sous leur dépendance directe la durée de la carrière sportive des sujets; nous leur avons réservé de nombreux chapitres.

Diversifiées dans leur manifestation, ces affections reconnaissent dans le training et le trotting une étiologie commune, le surmenage et chez le pur sang, une diathèse héréditaire spécifique, l’ostéisme, grand facteur étiologique des exostoses des fêlures, des fractures spontanées.

Aux maladies des tendons, nous avons consacré, du fait de leur fréquence et de leur gravité, une étude documentée; après avoir indiqué le mécanisme, le siège, le diagnostic différentiel, le traitement préventif et curatif des claquages, nous avons formulé le pronostic sportif basé sur les changements de classe.

Les maladies du pied qui compromettent par la sensibilité diffuse de cette région, l’étendue, la souplesse, l’élasticité, la puissance des allures, la sureté de l’appui chez les chevaux d’obstacle, et handicapent les sujets en terrain dur — ont été étudiées tant au point de vue préventif que curatif.

Signalant brièvement la chirurgie du cheval de course, nous avons indiqué les opérations les plus courantes (cautérisation, castration, névrotomies etc.) en insistant particulièrement sur les soins post-opératoires.

La quatrième partie de l’ouvrage est consacrée au trotting, branche sportive des plus intéressantes et dont le brillant avenir n’est pas douteux.

Après avoir fait un rapide exposé des courses au trot, de l’origine des trotteurs français et étrangers, nous avons abordé l’étude technique du trotting.

La course au trot, n’étant pas seulement une lutte entre «essoufflés» mais surtout entre «équilibrés», nous avons réservé un chapitre documenté à l’équilibre du trotteur dont l’embouchure, l’enrênement, le guêtrage, la ferrure constituent les facteurs essentiels; nous avons indiqué leur importance respective dans la répression de la «faute», l’écueil redoutable du trotting.

Basant notre étude sur des données d’hippomécanique, nous avons montré que l’emploi des «poids» — méthode utilisée d’une façon systématique dans le trotting américain — constitue, au même titre que la ferrure, un palliatif efficace des irrégularités d’allures.

Les bases physiologiques de l’entraînement du galopeur trouvent leur application chez le trotteur, cependant le degré de sang différentiel du dernier, la résistance moins grande à la fatigue nécessitent des variantes dans la progression du travail. Les chapitres consacrés à l’entraînement proprement dit, précisent les particularités de la mise en muscle, de la mise en souffle, les signes de la condition, de l’hyperentraînement, des inversions de forme, etc.

Ce résumé analytique — bien qu’incomplet — indique la complexité des sujets traités du domaine de l’Anatomie, de la Physiologie, de la Biologie, de l’Hygiène, de l’Elevage, de l’Alimentation, de l’Entraînement, de la Pathologie, de la Thérapeutique, et montre nettement que ce livre constitue une véritable Encyclopédie du cheval de course. Il évitera aux éleveurs, propriétaires, entraîneurs, sportsmen de longues et ingrates recherches dans les ouvrages techniques précités où ces multiples questions sont envisagées exclusivement au point de vue scientifique et non sportif.

C’est aux sources fécondes de l’expérimentation et de l’observation directe que nous avons puisé les matériaux qui composent ce livre. En substituant à l’empirisme doctrinal, des données scientifiques auxquelles sont liées l’avenir et la prospérité du training et du trotting, nous pensons avoir fait œuvre utile.

Nous n’ignorons pas que les partisans inféodés à la routine — et ils sont nombreux — accueilleront avec indifférence et un doux scepticisme les nouvelles données exposées dans cet ouvrage. Qu’ils n’oublient pas qu’en science, l’utopie de la veille est souvent la vérité du lendemain.

Avant de terminer, il nous reste un agréable devoir à remplir; adressons l’expression de notre reconnaissance à Messieurs les Présidents de la Société Sportive d’Encouragement, de la Société de Steeple-Chases, de la Société d’Encouragement pour l’amélioration des chevaux de demi sang, qui, en nous permettant le libre accès de leurs hippodromes, nous ont permis de recueillir au paddock de nombreux documents sportifs.

A M. le Directeur du Sport Universel illustré qui a bien voulu mettre à notre disposition une documentation photographique des plus intéressantes.

A Messieurs les Entraîneurs qui nous ont fait profiter de leur expérience ou ont facilité nos recherches expérimentales.

A nos éditeurs MM. Vigot frères qui se sont imposés les plus lourds sacrifices pour donner à cet ouvrage le caractère de luxe des publications sportives.

Puisse cette étude — résultat d’une longue pratique professionnelle et sportive — contribuer à l’amélioration du Galopeur et du Trotteur, puissants facteurs améliorateurs de nos races chevalines!

Ed. CUROT.

LE PUR SANG

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE L’ÉLEVAGE

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

L’HÉRÉDITÉ

Lois. Manifestations. Hérédité normale. Hérédité pathologique. Hérédité psychique.

L’hérédité associée à la consanguinité et à la sélection est la base essentielle de l’amélioration de la race pure; étudier ses lois, ses manifestations constitue donc l’introduction indispensable aux chapitres consacrés à l’élevage.

Voulant dans cette étude rester dans le domaine pratique, écartant systématiquement les théories d’ordre ultra-scientifique — dont l’assimilation, même pour les initiés, est des plus arides — et ce sujet étant traité longuement dans un ouvrage antérieur , nous indiquerons seulement les notions dont la connaissance est indispensable à l’éleveur.

Malgré les progrès réalisés dans les sciences biologiques, les lois qui régissent les manifestations héréditaires sont encore obscures et mystérieuses sous plus d’un point.

L’hérédité est un phénomène qui fait que, outre le type de l’espèce, les ascendants transmettent aux descendants des particularités d’organisation et d’aptitudes normales ou morbides.

L’hérédité est dominée par deux données essentielles: 1° le maintien des types ancestraux; 2° la fixation des variations avec l’évolution des formes vivantes (Dechambre).

Au point de vue biologique, tout être vivant provient d’une simple cellule ou d’un ensemble de cellules détachées des parents. La masse initiale qui donne naissance au nouvel être est un œuf résultant de la fusion de deux éléments provenant de deux individus différents; l’un, l’ovule emprunté à l’individu femelle, l’autre, le spermatozoïde emprunté à l’individu mâle. Au point de vue de l’hérédité, ces deux éléments sont équivalents, c’est-à-dire que chacun d’eux, s’il pouvait se développer seul, donnerait naissance à un individu identique à celui dont il provient; autrement dit, chacun contient toutes les propriétés du parent qui le fournit, mais dans l’acte de la fécondation, il y a fusion des deux éléments en un seul. Cet œuf devrait donc contenir à la fois le potentiel héréditaire du père et de la mère, mais des propriétés antagonistes ne peuvent pas physiologiquement se manifester en même temps. Alors, ou bien l’une des propriétés l’emporte sur l’autre et est empruntée uniquement à l’un des procréateurs (hérédité unilatérale) ou bien il se produit une propriété intermédiaire. Cependant, si une propriété est commune au père et à la mère, elle est transmise, et là réside le danger des unions consanguines dans la transmission des tares.

L’hérédité est dite collatérale quand elle ne se manifeste pas dans la ligne de descendance directe, mais il peut y avoir ressemblance entre deux êtres qui tiennent d’un ancêtre commun, un même caractère. On dit souvent que l’hérédité saute une génération (hérédité alternante).

Les puissances héréditaires dans la direction imprimée à l’évolution de l’être ne sont pas toujours égales; tantôt celle de l’élément mâle domine, tantôt celle de l’élément femelle.

La doctrine de STEPHENS qui affirme que le produit hérite de son père les formes extérieures, et de sa mère la couleur, les organes internes, le tempérament, s’est imposée durant longtemps aux éleveurs qui, pour la plupart, sont encore convaincus de son fondement.

Si cette doctrine — séduisante par sa simplicité — était exacte, on prévoit l’influence qu’elle pourrait exercer sur la sélection des reproducteurs. Dans bon nombre de cas, il suffirait de s’occuper du choix du mâle.

On observe des sujets des deux sexes qui, dans tous leurs descendants, transmettent aux produits leurs caractères propres, quels que soient ceux de leur conjoint; dans l’acte physiologique de la reproduction ils dominent toujours complètement. Ces reproducteurs possèdent une grande puissance héréditaire individuelle. Les éleveurs les estiment et les recherchent surtout quand ils sont mâles, et disent d’eux qu’ils «racent» bien.

La race pure nous offre de nombreux exemples de transmission héréditaire qui sont l’apanage des grands étalons et des poulinières célèbres. Touchstone, Stockwell, Dollar, Monarque, Galopin, Saint-Simon, Le Sancy, etc.. ont légué leurs caractères extérieurs et leur aptitude coureuse avec une grande fidélité.

D’autres, au contraire, sont absolument dépourvus de cette puissance héréditaire. Un des plus remarquables chevaux de course de ce siècle Gladiateur en fournit un exemple frappant. Parmi les nombreux poulains qu’il a engendrés, on en chercherait vainement un seul qui eût approché de sa juste célébrité. Superbe de forme, et exceptionnel par son aptitude, Gladiateur s’est montré un très médiocre reproducteur. Il était donc bien manifestement dénué de la puissance héréditaire individuelle. Nous pourrions citer à l’appui de cette thèse de nombreux exemples, connus des sportsmen, tant dans le training que dans le trotting.

L’hérédité ancestrale, par son action cumulative, assure la constance et la fixité des types naturels; les livres généalogiques — dont les données constituent la base de l’élevage du pur sang — n’ont pas seulement pour objet d’assurer la conservation de la pureté de la race. Ils enregistrent aussi les qualités individuelles qui semblent, par leur fixation de plus en plus accentuée, être devenues un héritage de la famille et qui, en réalité, le sont en effet.

L’atavisme — la ressemblance avec les ancêtres — consiste dans la répétition chez les descendants des qualités, des prédispositions; il est direct, lorsqu’il remonte directement aux aïeux, et collatéral quand il est attribuable à d’autres générations.

L’atavisme est important à considérer pour les éleveurs, car il peut modifier profondément les produits considérés comme purs et sans mélanges. En dehors des qualités individuelles, il faut donc s’inspirer en zootechnie, de la généalogie même éloignée.

La vérification expérimentale confirme pleinement la justesse de cette conviction des éleveurs. Il est bien certain que, dans l’appréciation de la puissance héréditaire envisagée au point de vue pratique, la considération d’origine prime celle des qualités individuelles. Une longue lignée d’ancêtres distingués par des aptitudes dont ils ont fait preuve (performances), offre plus de garantie de puissance héréditaire que la distinction individuelle la plus grande et l’on sait que les chances de transmission croissent comme la longueur de cette lignée. Plus la famille est ancienne, dans le sens qui a été défini, plus son atavisme propre est puissant. Il y a donc d’après cela un atavisme de famille comme il y a un atavisme de race.

Cet atavisme familial — est-il besoin de le faire remarquer — ne touche que les qualités acquises, et à ce sujet on peut dire qu’il représente l’ensemble des puissances héréditaires de la famille. C’est ainsi que des qualités d’une hérédité précaire et fort aléatoire, quand elles ne sont qu’nidividuelles, se transmettent à peu près sûrement lorsqu’elles ont été cultivées par une suite de générations.

Les aptitudes développées par la gymnastique fonctionnelle se transmettent à peu près fidèlement lorsqu’elles existent chez les deux reproducteurs. Leur transmission peut être considérée comme infaillible si, avec cela, elles sont un apanage de famille dans les deux lignes et surtout si les reproducteurs sont de même famille et proches parents.

Toutes les puissances héréditaires convergent, toutes les lois de l’hérédité fonctionnent dans le même sens. Que l’hérédité soit individuelle ou ancestrale, qu’elle soit unilatérale ou bilatérale, peu importe, le résultat sera toujours le même, l’aptitude sera toujours transmise puisque, existant chez les deux reproducteurs, elle a existé également chez leurs ancêtres. C’est pourquoi nous pouvons dire — adoptant la formule des zootechniciens — que «la consanguinité élève l’hérédité à sa plus haute puissance car les parents réalisent au plus haut degré la condition de la loi des semblables».

Le pur sang fournit un exemple frappant de la transmission des caractères acquis. Dérivant — ainsi qu’on le sait — du cheval oriental, il a acquis des caractères qui le distinguent de son ancêtre originel (allongement des lignes, obliquité moins accusée du fémur, redressement du coxal, élévation de la croupe, augmentation de la taille, etc.).

Les trotteurs nous offrent un exemple encore plus démonstratif de l’hérédité des caractères acquis. Tous les poulains d’origine trotteuse héritent, en effet, des mouvements coordonnés de cette allure spéciale qu’est le trot de course.

Biologiquement, on peut affirmer que la fidélité de la transmission héréditaire des caractères acquis, s’effectue d’autant plus régulièrement qu’on opère avec une plus longue série d’ancêtres. Chaque génération imprime un nouveau progrès à l’adaptation, et de cette accumulation ancestrale, réside l’hérédité.

L’hérédité des caractères acquis porte sur la vigueur, la force, les aptitudes diverses, l’activité des organes sensoriels, les facultés intellectuelles, les instincts, le caractère, les qualités, etc.

La pratique sportive montre que le tempérament, les qualités de tenue, d’endurance, de ténacité, de courage, de combativité, d’ardeur à la lutte finale, de vitesse (flyer), de fond (stayer), d’aptitude au saut, au terrain sec ou lourd, etc., sont transmissibles par de longues générations.

L’HÉRÉDITÉ PSYCHIQUE CHEZ LE PUR SANG

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Le pur sang du fait de son origine ancestrale, de son hygiène artificielle est souvent un «névropathe, un «hypernerveux» présentant un terrain favorable à l’hérédité psychique.

L’hérédité psychique, comme l’hérédité physiologique, offre des manifestations anciennes ou nouvellement acquises; elle relève donc et dépend comme celle-ci de l’influence ancestrale, des conditions de milieu, de climat, d’éducation, etc; les lois de l’hérédité psychique nous sont encore actuellement bien mal connues; celle-ci relève des causes qui créent chez les sujets la prédisposition pouvant préparer le terrain psychopatique. Cette transmission se fait par les divers modes de l’hérédité, par l’hérédité directe ou individuelle, par l’hérédité en retour ou atavisme, par l’hérédité consanguine; elle n’atteint pas nécessairement tous les descendants; elle peut se présenter avec des omissions, des interruptions qui témoignent de la participation des procréateurs diversement doués et constitués; mais la transmission est évidemment continue.

Les causes des vices (peur, indocilité, rétivité, méchanceté, etc.) sont encore bien mystérieuses par suite de leur complexité extrême; la transmission héréditaire n’est pas douteuse, les ascendants transmettant à leurs descendants, outre la ressemblance physique, les qualités ou les tares morales.

L’influence psychique des procréateurs sur la qualité de leurs produits n’est plus à démontrer, aussi convient-il de faire une sélection sévère et d’éliminer les «dégénérés». Certains stigmates physiques indiqueraient des tares morales: BASSI a attiré l’attention sur la fréquence de l’asymétrie crânienne (région du pariétal) chez les chevaux immobiles, ombrageux, rétifs ou sujets à s’emporter.

La transmission du tempérament des sujets n’est pas douteuse; les produits résultant d’ascendants «hypernerveux» donnent un rendement énergétique très variable; la présence du public les impressionne, ils se livrent mieux à la «maison» que sur l’hippodrome.

Les animaux mordeurs — outre les accidents graves qu’ils peuvent occasionner — gardent généralement un mauvais souvenir de la cravache, leur crainte se mélange de colère et c’est un mauvais état d’esprit pour entrer en lice.

Dans le training et dans le trotting, il ne faut donc pas négliger l’importance — et nous ne saurions trop insister sur ce point — de la transmission des tares «morales» (hypernervosité, irritabilité, indocilité, rétivité) — triste apanage des «rogues» — vices qui s’opposent à l’utilisation normale des sujets et compromettent trop souvent leur carrière sportive.

HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE

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L’hérédité pathologique consiste dans la transmission des troubles fonctionnels morbides des ascendants aux descendants, suivant la prépondérance, la bilatéralité, l’atavisme, etc.

La part relative des sexes dans la transmission des maladies a été diversement interprétée; certains admettent la prépondérance de la mère, d’autres regardent l’influence du père comme principale. En matière d’hérédité normale, les éleveurs accordent la suprématie à l’influence paternelle; mais quand il s’agit d’hérédité morbide, dit DROUIN, il n’est pas douteux que l’influence de la mère ne soit prépondérante. Tout ce qui est susceptible de pénétrer dans le sang maternel peut pénétrer dans le sang du fœtus soit par simple filtration, soit par effraction. Néanmoins, malgré cette théorie, bien des auteurs — et nous sommes de ce nombre — admettent que le père ou la mère peuvent être aussi bien l’un que l’autre la source de transmission de toutes les maladies, indistinctement.

L’hérédité morbide, comme celle psychique, n’atteint pas nécessairement tous les descendants, elle peut être intermittente, mais la transmission est fatalement continue.

DECHAMBRE classe l’hérédité pathologique en: 1° troubles nutritifs; 2° maladies infectieuses; 3° troubles nerveux; 4° maladies organiques et tares; 5° anomalies.

Les troubles nutritifs se rapportent particulièrement chez le pur sang à la transmission de la diathèse, arthritique et ostéitique.

Les maladies infectieuses comportent la transmission par le placenta, d’affections contagieuses; certains bacilles sont exceptionnellement transmis de la mère au fœtus.

Les troubles nerveux concernent la transmission du tic, de la méchanceté, de la rétivité, de l’épilepsie.

Les maladies organiques comprennent la transmission héréditaire du cornage chronique, de l’emphysème pulmonaire, du tic et de la fluxion périodique.

L’homocromie, en tant que manifestation héréditaire spéciale, a été souvent constatée chez les chevaux. Des étalons, atteints de pousse, de cornage, d’éparvins peuvent engendrer des poulains présentant ces tares à leur tour à un certain âge; des chevaux, issus d’une même famille, fort doux dans leur jeunesse, peuvent devenir méchants à un âge à peu près identique. THIERRY a rapporté le cas d’une jument dont les trois produits succombèrent au même âge à une invagination intestinale et qui, elle-même, périt de cet accident.

Comme conclusion générale de notre brève étude sur l’hérédité, disons que les reproducteurs porteurs de tares organiques ou psychiques doivent être — quelles que soient leur origine et leurs performances — écartés systématiquement de la reproduction. Pour exercer un effet utile, cette sélection doit être bilatérale.

Origine et sélection constituent une dualité indispensable dans le training et le trotting; trop souvent, on sacrifie le dernier facteur — au grand détriment de l’amélioration de la race.

Ne pas abuser de l’in-breeding dont les signes de défaillance ethnique peuvent s’observer au bout de quelques générations, ne pas attacher une importance exclusive à l’ascendance de mère en mère ou de père en père, tenir largement compte de l’origine paternelle de la jument (Saint-Georges) , apporter aux étalons les courants de sang déficitaires, telles sont les directives d’un élevage moderne.

Formuler ces règles est facile, les réaliser constitue un problème dont la solution est des plus délicates.

CHAPITRE II

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LES ÉTALONS

Conformation. Caractères sexuels. Examen des organes génitaux externes. De la saillie physiologique. Hygiène. Alimentation.

L’étalon, par le nobre élevé de produits qu’il peut donner annuellement comparativement à la jument dont la descendance est limitée physiologiquement, joue un rôle prépondérant dans l’amélioration de la race.

La remonte des étalons s’effectue par plusieurs procédés: 1° conservation des chevaux de «classe» dans les grandes écuries; 2° achat dans les élevages; 3° location: 4° achat en participation.

Les grands éleveurs dans le choix de l’étalon basent leur sélection parmi les vainqueurs des épreuves classiques; les uns recherchent les chevaux ayant fait preuve de vitesse, les autres donnent la préférence aux chevaux de fond ayant montré de l’endurance.

Le choix d’un étalon, en dehors de sa conformation, est des plus délicats car il faut encore et surtout que son origine, son courant de sang puissent convenir à la majorité des poulinières du stud. Des connaissances généalogiques très étendues sont indispensables pour éviter tout conflit héréditaire dont les conséquences sportives seraient des plus graves.

Après tant d’autres — et sans avoir l’espoir d’être plus entendu — nous indiquons sommairement les beautés à rechercher chez les étalons, bien qu’il soit presque de règle dans le training et le trotting, de sacrifier la conformation à l’origine et aux performances.

Décrire l’étalon. «tel qu’il devrait être», en se basant sur la description idéale relatée dans les traités hippiques, serait une utopie car dans la pratique — véritable transfuge de l’entraînement — on le prend, «tel qu’il est», et, bien souvent, il apporte au haras — triste don de joyeux avènement, — ses tares organiques et psychiques.

Les qualités à rechercher chez l’étalon impliqueraient la conformation suivante: tête expressive, œil vif, bien ouvert, encolure bien dirigée, épaule longue et oblique, avant-bras long et musclé, poitrine ample et profonde, dos court et puissant, rein large et bien attaché, croupe et cuisse longues, puissantes, jarrets larges, épais, nets, bien orientés, genou large, sec, net, bien dirigé, plutôt en avant qu’effacé, canons courts, larges, épais, nets, tendons secs, bien détachés, pieds bien développés, aplombs excellents; la taille oscillant entre 1 m. 60 et 1 m. 64.

«Être de son sexe» constitue une nécessité physiologique impérieuse: les étalons «féminisés», les juments «virilisées» constituent — la pratique de l’élevage le prouve — de médiocres reproducteurs. Chez l’étalon, les caractères différentiels sexuels portent sur la taille, le poids, l’ossature, la musculature.

L’étalon présente une plus grande taille, entraînant une augmentation de poids vif; il a des formes plus anguleuses, moins arrondies: les saillies musculaires sont plus accentuées; les tissus sont plus denses que chez la jument.

Chez le mâle, la tête est forte, la nuque large, l’encolure puissante, le poitrail bien développé, les membres forts, mais le bassin est relativement étroit.

La capacité crânienne est toujours plus grande chez le mâle; sa peau en général est moins fine que celle de la femelle, les productions pileuses (crins) sont plus développées.

Certains auteurs, sans en indiquer la raison physiologique, ont voulu voir dans le développement de la nuque un indice de fécondité. Les résultats contradictoires observés dans la pratique de l’élevage permettent d’en douter.

La jument possède une tête proportionnellement légère, une encolure grêle, des membres fins; la poitrine est large, le train postérieur est très développé, les hanches sont saillantes; le bassin des femelles présente une ampleur particulière, en rapport avec la fonction créatrice assignée par la nature. La gracilité reparaît cependant, dans la cuisse, qui a proportionnellement moins d’ampleur que celle du mâle.

Morphologiquement l’avant-main est plus développé chez le mâle et l’arrière-main a plus d’importance chez la femelle; là réside la différence essentielle due à la sexualité.

LA SÉLECTION DES REPRODUCTEURS

La sélection bilatérale des reproducteurs — base essentielle de l’amélioration de la race pure — a pour but de transmettre et de fixer des variations utiles tendant vers la perfection des formes et le développement maximum des aptitudes. En un mot, la sélection élimine dans l’élevage les individus médiocres qui constituent des non-valeurs reproductrices et sportives, et ne retient comme reproducteurs que ceux «racés».

La sélection conservatrice consiste à unir les sujets représentant le plus fidèlement le type de la race et à en perpétuer l’intégrité. On a adressé souvent à la sélection le reproche d’être une méthode lente; la nécessité d’agir sur plusieurs générations en retarde les effets, mais le temps nécessaire varie avec le but poursuivi. Il faut exercer cette méthode sur des individus présentant des variations semblables; si le caractère observé ne s’est produit que sur un seul sujet, on est obligé d’avoir recours à la consanguinité pour le développer et le fixer.

La sélection présente une grande sécurité et expose moins aux variations, aux «retours en arrière».

Pour rendre plus sensibles et plus rapides les effets de la sélection, il est nécessaire d’avoir recours aux reproducteurs transmettant le plus fidèlement les qualités observées, c’est-à-dire aux «bons raceurs». Les livres généalogiques offrent, dans cette recherche, un appui sûr et une aide efficace.

La consanguinité — base de la création de la race pure — en élevant l’hérédité à sa plus haute puissance, jouera un rôle considérable chaque fois qu’on voudra transmettre et fixer une aptitude utile, une particularité intéressante, ces caractères étant fidèlement transmis aux descendants consanguins et s’accumulant de génération en génération.

La sélection progressive — utilisée fréquemment dans le demi sang — a pour but de transmettre des aptitudes spéciales qu’ont présentées certains sujets et de créer des groupes particularisés. C’est une méthode lente et qui exige de la part de l’éleveur beaucoup d’expérience et de tact, afin de pouvoir écarter les individus qui ont des défectuosités, même peu apparentes. Il peut arriver qu’au cours de la création de la nouvelle variété, il se produise des coups en arrière, des réapparitions ataviques; les sujets produits devront être soigneusement éliminés.

Pratiquement, pour être efficace, la sélection doit comporter plusieurs stades: au sevrage, pour éliminer les déchets d’élevage (sujets malingres, chétifs, tardifs); puis à l’entraînement pour écarter les non-valeurs sportives.

Dans un article «Les ventes de yearlings en 1924», publié par le Sport Universel, l’auteur met en évidence, avec une grande autorité, le rôle important dévolu à la sélection dans l’amélioration de la race pure.

«Il faut, maintenant que la griserie des billets de mille est passée, songer à faire mieux encore en élevant notre race au-dessus de son niveau actuel. Pour cela, il faut intensifier non pas le nombre, mais la qualité, en intensifiant la sélection physique et généalogique qui ne sera efficace que si elle est vraiment sévère, et, la sévérité, c’est l’élimination des reproducteurs incomplètement réussis. C’était la méthode sélective du grand éleveur ED. BLANC qui réformait sans hésiter ou faisait abattre impitoyablement tout animal malingre ou présentant des tares.

L’éleveur de Jardy ne voulait pas prolonger l’existence des êtres qui pouvaient être une cause de retard pour le progrès de sa race. Une masse de chair, sans qualité, ce n’est rien. Il y a en effet de la mauvaise matière vivante qui n’est digne d’aucune compassion.

La grande manifestation de Deauville vient de montrer avec éclat que nos éleveurs ont la volonté d’élever encore la qualité de notre race pure. S’ils veulent poursuivre l’amélioration, ils devront de plus en plus se résigner à des mesures prohibitives et interdire l’accès du haras aux sujets qui n’en seront pas dignes. Il faut que l’insuffisance du pedigree, le manque de qualité de course ou les tares physiques ne dépassent pas une certaine limite pour que l’entrée du haras soit permise à un étalon ou à une jument. Quelle sera cette limite? Nous n’aurons pas l’imprudence de vouloir la préciser. Il s’agit seulement du principe qui est le principe essentiel de toute sélection. A conserver comme reproductrices des juments offrant une origine inférieure, mal faites, faibles, tarées dans leur ossature, on arrête l’essor de la race vers des destinées supérieures.

On poursuivra la constitution d’une aristocratie chevaline admirable en pratiquant la sélection de deux manières; d’une part, en ne retenant pour la reproduction que les animaux tout à fait supérieurs: sélection par l’élite; d’autre part, en éliminant les animaux tout à fait inférieurs: sélection par l’éloignement des pires. On interdira ainsi le haras à tout animal qui n’aura pas donné quelques preuves, si médiocres fussent-elles, de qualité, de robustesse et de solidité de structure.

Si donc les progrès de notre race étant affirmés, nous voulons les conserver et préparer l’avènement d’une espèce encore supérieure qui nous donnera des. animaux capables de lutter avec les chevaux anglais et de les vaincre, il faut intensifier la sélection.

Disons à la louange de nos éleveurs qu’il est fini le temps où nous voyions des haras conserver à la reproduction des étalons et des juments indignes, et cela par fantaisie ou par cupidité commerciale; fini le temps où les pires juments étaient unies à des étalons sans valeur. Cette méthode funeste a complètement disparu; chaque éleveur, selon ses moyens, s’attache aujourd’hui à rechercher ce qu’il y a de meilleur dans la classe qui est en rapport avec son portefeuille, avec les sacrifices qu’il peut consentir. Le sens de l’élevage purifié domine le business outrancier. C’est ce sentiment qui nous permettra de faire toujours mieux, d’aller toujours plus haut. La race ne doit pas s’immobiliser, il faut qu’elle progresse.» L’auteur termine en disant «que l’évolution de nos pur sang ne s’accomplit que par la sélection». Cette conclusion, basée sur des données zootechniques indiscutables, consacrées par une pratique séculaire, serait digne de fixer l’attention des éleveurs.

Concluons en disant que la sélection bilatérale des reproducteurs (tares organiques et psychiques), l’étude approfondie des origines, la consultation des tables généalogiques, l’hygiène et l’alimentation rationnelles (allaitement copieux, sevrage tardif, régime intensif pendant la période de croissance) constituent des agents améliorateurs de la race pure.

Sélection et consanguinité sont les deux facteurs qui lui ont fait acquérir les hautes qualités qu’elle possède; puissent les éleveurs ne pas méconnaître l’importance de cette dualité zootechnique!

EXAMEN DES ORGANES GÉNITAUX EXTERNES

Dans l’achat de l’étalon, l’examen des organes génitaux externes, qui permet de contrôler son intégrité est important, car il tient sous sa dépendance directe sa carrière génésique.

Qu’importe en effet la haute origine, les performances, la bonne conformation d’un reproducteur, si une lésion des organes génitaux entrave leur fonctionnement ou réduit le taux de la fécondité.

Cet examen aura donc pour but d’écarter de la reproduction comme «inaptes» les sujets qui présentent des anomalies sexuelles congénitales ou acquises susceptibles d’exercer un effet dépressif sur l’érection, l’éjaculation, temps préparatoires indispensables à la fécondation.

Les testicules sont deux glandes placées à droite et à gauche de la ligne médiane, sous la région inguinale, dans l’entre-deux des cuisses. Par leur ensemble, ils constituent une masse assez régulièrement arrondie, divisée dans son milieu en deux lobes à peu près égaux par un léger sillon, sorte de couture qui continue le raphé en arrière, et qui se prolonge en avant, jusqu’à la face inférieure du fourreau.

Sur le poulain, à la naissance et même déjà dans les derniers mois de la vie fœtale, les testicules sont dans les bourses; ils semblent disparaître et remonter dans l’abdomen vers le deuxième ou troisième mois, puis reparaissent vers l’âge de quinze à dix-huit mois. Le développement des bourses varie selon diverses circonstances: degré de descente, de leur contenu, état de santé ou de maladie, repos ou exercice, température. La peau des bourses ou scrotum est mince, molle, onctueuse, luisante, noire. Cependant chez les sujets, de robe claire, elle offre des taches blanchâtres, rosées, d’étendue variable, auxquelles on a donné le nom de taches de ladre.

Les testicules suspendus à l’extrémité du cordon représentent deux masses ovoïdes, déprimées latéralement, portant sur leur face externe, et leur bord supérieur un organe allongé, l’épididyme.

Quand ils sont petits, rétractés vers l’orifice inférieur du trajet inguinal (remontés), mous ou tout à fait pendants, ces signes indiquent un sujet épuisé, sans énergie, sans vigueur, toujours à écarter de la reproduction.

Chez l’étalon, les testicules doivent être bien descendus, arrondis, à peu près égaux, fermes, roulants sous la pression des doigts et n’accuser aucune sensibilité anormale. Ils sont plus gros chez l’animal adulte. Par les temps chauds, lourds, ils deviennent quelque peu flasques et pendants.

Toutes les fois que les testicules, les bourses et les cordons ne présentent pas les caractères précités (orchite, sarcocèle, hydrocèle, varicocèle, etc.), il y a lieu de les considérer comme malades, et le pronostic que l’on doit en tirer au point de vue de la fécondité est la plupart du temps défavorable.

Aux organes chargés de sécréter le sperme, se trouve annexé un appareil d’excrétion, la verge qui sert en même temps à la copulation et à l’émission des urines; celle-ci est protégée aussi bien que maintenue dans sa position normale, par un repli cutané, le fourreau.

Le fourreau bien conformé est d’un volume moyen, plutôt petit que gros, mais assez ample pour permettre au pénis de sortir et de rentrer facilement. D’autre part il est souple, formé d’une peau fine.

Parmi les anomalies du pénis citons: l’imperforation du gland, le rétrécissement du fourreau (phimosis); l’hypospadias, l’ouverture de l’urètre en dessous du pénis, l’épispadias, l’ouverture de l’urètre sur la face dorsale du pénis, l’adhérence de la verge à la partie profonde du fourreau.

En outre, l’examen des organes génitaux externes peut révéler la paralysie du pénis ou paraphimosis, la présence de tumeurs (fibromes, sarcomes, papillomes, polypes, etc.).

Eviter le surmenage génésique qui détermine, en dehors de l’abaissement du taux de la fécondité, l’usure prématurée des reproducteurs, constitue une indication impérieuse pour l’éleveur. Il serait puéril d’insister sur l’importance du préjudice causé par la suppression de quelques années de monte dans la carrière d’un étalon de classe, dont le prix des saillies atteint jusqu’à 25.000 francs.

Basé sur l’âge, la vigueur et surtout la haute origine du sire, le nombre physiologique des saillies est fixé ainsi dans les studs bien dirigés: la première année, un étalon de 4 ans ne saillit pas plus de 15 à 20 poulinières; la deuxième année, le nombre est porté à 30, 35; dans la suite, 40 juments constituent un rendement génésique qu’on ne doit pas dépasser. Aux sires de haute lignée qui ont donné de très bons poulains, on n’attribue qu’un nombre limité de saillies. On agit ainsi pour avoir des sujets de choix et pour prévenir leur usure anticipée.

Ces chiffres, à un examen superficiel paraissent faibles, mais il convient de remarquer que la dépense énergétique de l’étalon n’est pas seulement fonction du nombre de juments saillies mais surtout du nombre de sauts nécessités par les revues, dues aux nombreux cas de stérilité relative.

Pour assurer le maximum de fécondité, le nombre des saillies journalières ne doit pas excéder deux, une le matin, l’autre le soir; répétées, les dernières sont souvent infécondes n’étant plus constituées — ainsi que le prouvent nos examens microscopiques — que par du liquide prostatique.

Le meilleur critérium de l’aptitude à la saillie est fourni parsa durée; si ce temps augmente, lors même que l’étalon présenterait des signes extérieurs de la même ardeur, on doit diminuer le service.

La répétition du cabrer est très fatigante, surtout pour les reins, les jarrets et les boulets; aussi est-il fréquent d’observer chez les vieux professionnels de la monte, l’ensellement et les tares précoces des articulations postérieures.

Réduire l’attitude bipédale constitue une indication primordiale à remplir, trop souvent méconnue des stud-grooms. On ne saurait trop blâmer ceux qui, pour donner une haute idée de la vigueur de leurs chevaux, les laissent prendre cette attitude quelques pas avant d’aborder la jument. C’est seulement lorsque l’étalon est en état de saillir qu’il faut lui permettre de s’enlever sur ses membres. Les tentatives infructueuses le fatiguent et rendent quelquefois même, pour un moment, la monte absolument impossible.

Dès le début de la monte, les étalons jeunes en particulier, sont surexcités, légèrement courbaturés et présentent assez souvent de l’inappétence partielle; la première année il convient donc de leur éviter tout surmenage en les soumettant à «un entraînement sexuel» méthodique. Ne pas oublier que la carrière d’un étalon est intimement liée à la pratique rationnelle de la monte.

Soumettre l’étalon à une visite sanitaire méthodique, constitue à son arrivée au stud, une nécessité impérieuse. Tout taré «sexuel», présentant des anomalies ou des maladies des organes génitaux, doit être réformé pour «incapacité professionnelle». Il convient de lui faire subir l’ «épreuve génésique» pour constater s’il est atteint de frigidité ou d’impuissance; enfin, il est nécessaire de contrôler son aptitude fécondante par l’examen microscopique du sperme (nombre, motilité, vitalité des spermatozoïdes). Ces méthodes de contrôle ne sont pas excessives, quand on songe que le prix des étalons de «classe» dépasse le million.

ALIMENTATION DES ÉTALONS

Table des matières

BASES PHYSIOLOGIQUES. — BILAN NUTRITIF PENDANT LES DIVERSES PÉRIODES DE LA MONTE. — INFLUENCE DE LA NATURE DE L’ALIMENTATION SUR LA FÉCONDITÉ.

L’alimentation des étalons comporte des indications spéciales selon qu’ils proviennent de l’entraînement ou du stud. Pour les premiers, une période d’adaptation de plusieurs mois est indispensable afin de ménager les effets sur l’organisme de la transition brusque du surmenage à l’oisiveté et à l’inaction.

Certains stud-grooms pour diminuer la durée de ce régime transitoire, utilisent les purgations violentes et répétées; à cette méthode irrationnelle pouvant provoquer une irritation grave de l’appareil digestif (gastro-entérite), il convient de substituer l’emploi d’un régime rafraîchissant et d’y adjoindre modérément l’usage des laxatifs.

Dès le début de leur arrivée au haras, une «cure de désintoxication» s’impose pour permettre l’évacuation des toxines du surmenage, de la suralimentation et, trop souvent encore celles du doping. Les «intoxiqués », les «surmenés», les «brûlés, les sucés par l’avoine», seront soumis à une diététique spéciale dont les mashes, les barbotages, le vert, les tubercules, les produits mélassés constitueront la base.

Négliger l’importance de ces données hygiéniques c’est exposer les procréateurs — tout en diminuant leur taux de fécondité — à des accidents graves d’origine pléthorique, dont les congestions sont l’expression clinique.

INFLUENCE DE L’ALIMENTATION SUR LA FÉCONDITÉ

Les rapports entre la nutrition et la génération sont des plus intimes. Ainsi LEUKART a parfaitement démontré que la reproduction des organismes et les phénomènes de nutrition peuvent être représentés par des nombres exactement proportionnels: nous nous contenterons de faire remarquer que plus un animal consomme de matériaux pour sa nutrition, plus il dispose d’une masse considérable de substance propre à la reproduction; et, en effet, nos animaux domestiques ont un taux de fécondité plus élevé que leurs semblables qui vivent en liberté ; dans les années de disette, le nombre des naissances diminue considérablement.

D’autre part, cette grandeur de la dépense reproductrice ne se manifeste que tant qu’aucune autre dépense considérable ne vient lui enlever des matériaux fournis par la nutrition; ainsi un organisme qui s’accroît est, en général, impropre à se reproduire; dès que cesse la croissance, commence la reproduction, comme pour nous montrer que la seconde n’est qu’une suite de la première.

Une semblable loi règle le rapport du balancement entre la reproduction et la dépense de calorique, loi dont la contre-épreuve nous est fournie par l’étude de l’influence climatérique sur la génération. Il en est de même pour le travail musculaire, et cette dernière considération nous donne d’une manière bien inattendue l’explication de la différence de fécondité des animaux de grande et de petite taille.

L’étude du régime diététique des procréateurs présente donc une grande importance car la fécondité est liée dans une large mesure à l’alimentation, tant sous le rapport quantitatif que qualitatif.

Chez les sujets nourris abondamment, la puissance génésique est portée à son maximum car il y a toujours une relation étroite entre celle-ci et l’activité vitale. Mais, comme nous le verrons dans la suite, il faut éviter avec soin la suralimentation qui déterminerait l’obésité, cause fréquente de stérilité relative.

Il ne faut pas confondre — et nous ne saurions trop insister sur ce point — la puissance génésique avec la puissance fécondante; cette dernière n’est pas, comme la première, fonction de l’alimentation, mais bien fonction de la nature de celle-ci.

Le régime échauffant à base d’avoine produit — contrairement à l’opinion admise par les éleveurs — un abaissement du taux de la fécondité. Ce fait est mis en évidence par les statistiques de FOGLIATO: les étalons soumis au régime du vert donnèrent 70 % de fécondation, alors que ceux qui recevaient des aliments secs et excitants n’en accusaient que 50 %.

Pratiquement, l’importance de la nature de l’alimentation sur la fécondité est démontrée. Ne voit-on pas en effet, et cela est de constatation courante, les étalons rouliers qui reçoivent une nourriture rafraîchissante (mashes, vert, tubercules, etc.), avoir un taux de fécondité plus élevé que les étalons de l’Etat qui sont soumis exclusivement à la trinité classique, avoine, foin, paille?

Ce fait expérimental est tellement bien connu des éleveurs de chevaux de trait ou de demi-sang qu’ils n’hésitent pas à donner la préférence aux étalons des particuliers bien qu’en général ils ne trouvent chez eux ni le choix ni la qualité des étalons nationaux.

En résumé, comme pour la jument, l’alimentation irrationnelle des étalons est une cause d’infécondité relative. Il faudra donc dans le problème si complexe du diagnostic de la stérilité s’enquérir de la diététique suivie par les reproducteurs. Si les renseignements recueillis indiquent — et le cas est fréquent — un régime échauffant, il faudra, par une alimentation appropriée, modifier le tempérament du sire.

La suralimentation à base d’avoine — outre son effet dépressif sur la fécondité — prédispose l’étalon aux accidents d’origine pléthorique (congestions diverses) qui constituent la dominante de la mortalité au stud. Que de procréateurs qui auraient pu donner de nombreuses lignées ont eu leur carrière prématurément brisée par un accident de l’appareil digestif consécutif à une diététique irrationnelle!

Dans un de nos ouvrages nous avons fait une étude documentée de la diététique des étalons pendant les différentes périodes de la monte; nous avons indiqué de nombreux types de rations, de substitutions alimentaires qui permettent de réaliser le bilan nutritif, nous y renvoyons le lecteur.

Nous insisterons ici seulement sur l’importance primordiale de l’alimentation minérale chez les procréateurs.

L’acte de la saillie exige non seulement une forte dépense au travail mécanique, mais encore une forte excitation du système nerveux; l’apport alimentaire devra donc combler à la fois la dépense énergétique et nerveuse.

La richesse du sperme en éléments minéralisés, principalement en produits phosphorés (16,11 %) fait prévoir l’importance de l’alimentation minérale chez les procréateurs. Physiologiquement nos nombreuses observations dans les haras — tant en France qu’à l’Étranger — nous permettent d’affirmer que l’impuissance et l’infécondité relatives sont fonction de la «déminéralisation» ; on peut poser en axiome que «l’étalon le plus minéralisé sera le plus fécond».

Terminons en faisant remarquer que si une nourriture très alibile à base d’avoine peut entretenir l’organisme, elle ne saurait lui communiquer — comme certains éleveurs ont une tendance à le croire — la faculté de produire instantanément le principe fécondant, ni prévenir la dépression organique qu’occasionne le surmenage sexuel.

De même que l’aptitude au travail, l’aptitude fécondante n’est pas liée intimement aux doses massives d’avoine; elle diminue même — comme nous l’avons montré — au delà d’une certaine mesure. Seules, les substitutions alimentaires judicieuses (apport protéique et minéral) permettent d’assurer le bilan nutritif tout en évitant l’état pléthorique et l’obésité, causes d’accidents ou d’infécondité relative.

N’est-il pas paradoxal et regrettable de constater que les étalons de haute lignée — dont la valeur dépasse des centaines de mille francs, et tiennent en outre sous leur dépendance directe l’amélioration de la race pure — sont soumis trop souvent à une hygiène et à une alimentation irrationnelles.

HYGIÈNE DU TRAVAIL DES ÉTALONS

L’exercice régulier est un facteur hygiénique indispensable à l’étalon; combattre l’oisiveté est une nécessité impérieuse. Les sires aiment énormément leur promenade quotidienne et manifestent leur impatience de liberté en grattant des pieds et en donnant des ruades aux cloisons de leurs stalles jusqu’au moment de leur sortie.

Le mode de travail à utiliser présente des modalités diverses (exercice en main, monté ou à la longe); nous allons en indiquer les avantages et les inconvénients respectifs.

Le travail monté comporte une promenade de deux heures aux allures modérées sur bon terrain. Le travail à la longe détermine une dépense énergétique plus élevée mais présente des dangers pour l’intégrité de l’appareil locomoteur et peut même provoquer — s’il est intensif — des congestions chez les «pléthoriques» qui sont nombreux au haras.

Les promenades en main (au moins quatre heures) ne sont possibles qu’avec des étalons calmes et doivent être effectuées sur des routes paisibles et par des palefreniers de tout repos. Elles constituent le mode de travail le plus hygiénique en évitant la fatigue et les accidents toujours possibles à l’exercice à la longe.

Dans d’autres cas, lorsque la disposition des locaux s’y prête, les étalons sont laissés en liberté dans les paddocks.

Le travail, en dehors de l’effet salutaire sur la santé, évite l’obésité, facteur de stérilité relative.

L’hygiène du travail et l’hygiène alimentaire, tout en favorisant le taux de fécondité, prolongeront notablement la carrière génésique de l’étalon; il serait puéril — tenant compte du prix élevé des saillies des sires de haute lignée d’insister sur les avantages spéculatifs qui en résulteraient.

Le prix d’achat — jusqu’à un million — des étalons de haute origine fait prévoir l’importance des règles hygiéniques qui ont pour effet de prolonger leur durée de service; nous les résumons ainsi: éviter les effets néfastes de l’oisiveté par un exercice journalier, combattre les accidents d’origine pléthorique par l’hygiène alimentaire, éviter le surmenage génésique qui abaisse le taux de la fécondité et exige des «revues» fréquentes, réduire au minimum l’attitude du cabrer qui provoque l’usure prématurée de l’appareil locomoteur.

CHAPITRE III

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LES POULINIÈRES

Conformation. — Caractères sexuels. — Examen des organes génitaux externes. — Hygiène. — Alimentation.

Dans l’élevage du pur sang, le recrutement des poulinières comporte l’achat des pouliches destinées à la reproduction, des poulinières venant d’un autre haras, l’introduction au stud de juments provenant de l’entraînement ou de l’importation, particulièrement d’Angleterre.

Comme pour les étalons, le choix des poulinières est basé, non sur la conformation, mais d’après l’origine et les performances; dans la majorité des cas, la supériorité est accordée à l’origine dont la lignée maternelle comporte de bons vainqueurs.

Il ne faut pas accorder à l’étalon — comme trop souvent beaucoup d’éleveurs ont une tendance à le faire-une influence héréditaire prépondérante; baser la sélection des poulinières sur les éléments suivants: squelette bien accusé, membres bien trempés, bassin ample, mamelons bien développés et écartés, tempérament paisible et calme.

La poulinière, doit posséder au plus haut degré les caractères de son sexe (écartement des hanches, largeur du bassin, ampleur de l’abdomen, minceur de la poitrine (ce qui n’exclut pas sa profondeur), finesse de la tête et des tissus, etc.).

La jument qui présente des signes de virilité, en particulier des canines développées est souvent — et la pratique le confirme — une médiocre reproductrice.

De même que chez les étalons, les poulinières présentant des tares organiques héréditaires (cornage chronique, emphysème pulmonaire, fluxion périodique, diathèse ostéitique, etc.) et des tares psychiques (sujets rétifs, ombrageux, mordeurs, rueurs, etc.) devront être exclues — quelle que soit leur haute origine — de la reproduction.

L’amélioration de la race pure — les éleveurs ne devraient pas l’oublier — est fonction de cette sélection; pour exercer un effet utilitaire, elle doit être bilatérale c’est-à-dire porter à la fois sur les étalons et les juments.

EXAMEN DES ORGANES SEXUELS

L’examen des organes sexuels révèlera leur intégrité ou la présence d’anomalies congénitales ou acquises entravant soit la fécondation, soit la parturition et permettra d’éliminer les «inaptes» à la reproduction.

La vulve est l’orifice extérieur du vagin, elle est située dans la région périnéale, en dessous de l’anus. C’est une fente allongée verticalement présentant deux lèvres, tapissées en dehors par une peau fine, onctueuse et en dedans par la muqueuse; et deux commissures dont la supérieure est séparée de l’anus par le périné, et dont l’inférieure, arrondie loge le clitoris.

Les lésions externes de la vulve comportent les plaies des lèvres produites par les morsures ou pendant le part et la déchirure de la vulve et du périnée; cette lésion, assez fréquente chez les primipares peut être complète ou incomplète. Toute jument présentant cet accident doit être retirée de la reproduction.

L’atrésie vulvaire est caractérisée par son étroitesse et la rigidité des tissus qui la forment; dans certains cas, elle offre une assez grande résistance à la pénétration de la verge chez les primipares; assez souvent, l’étroitesse de la vulve coïncide avec l’inaptitude à la reproduction ou avec un taux de fécondité faible.

Parfois les juments qui ont déjà pouliné, présentent des plis longitudinaux sur la face externe et la partie inférieure des lèvres vulvaires. Ces plis — références précieuses de maternités antérieures — sont d’autant plus nombreux que les parturitions ont été plus répétées.

Chez les juments vieilles et très maigres, la région vulvo-anale, fort excavée, prédispose aux erreurs de lieu lors de la saillie.

Le clitoris, l’organe érectile de la femelle, peut être le siège de blessures, d’inflammation, de tumeurs. Son hypertrophie coïncide souvent avec la nymphomanie, cause fréquente de stérilité.

Parmi les anomalies congénitales, citons l’imperforation et l’atrésie de l’extrémité du mamelon. La première insoupçonnée pendant la période du jeune âge, ne se dénonce qu’après la première parturition; elle se traduit par un volumineux engorgement mammaire avec impossibilité d’obtenir du lait.

L’atrésie de l’extrémité du mamelon est une anomalie due à la contracture du sphincter s’opposant à la succion. Le traitement consiste dans la dilatation forcée du conduit exécutée au moyen de mandrins coniques métalliques à diamètre progressif.

L’examen des organes sexuels externes doit être complété par celui des mamelles qui, physiologiquement, en sont les annexes.

Il concernera le volume, la souplesse, la vascularisation de la glande. La mamelle chez les poulinières ayant déjà porté, doit être ample, faisant une saillie prononcée dans l’entre-deux des cuisses; la peau doit être douce au toucher, fine, peu adhérente aux tissus sous-jacents.

Une abondante irrigation sanguine est la raison physiologique d’un fonctionnement actif; le réseau des veines superficielles en fournissant la mesure de la quantité de sang qui circule, apporte un élément d’appréciation de premier ordre.

Les mamelons doivent être suffisamment gros et bien plantés de façon à ne constituer aucun obstacle dans l’allaitement maternel. Il est élémentaire, et toutefois indispensable, d’extraire par la pression quelques gouttes de lait pour s’assurer que les canaux galactophores ne sont pas obstrués et que les mamelles fonctionnent normalement.

Terminons en faisant remarquer — et la pratique de l’élevage le prouve — la relation étroite qui existe entre le développement des mamelles et l’aptitude à la reproduction; dans la plupart des cas chez les primipares, on pourra soupçonner l’infécondité au manque de développement de ces organes ainsi qu’à l’étroitesse de la vulve.

HYGIÈNE ALIMENTAIRE DES POULINIÈRES

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BASES PHYSIOLOGIQUES. — BILAN NUTRITIF. — INFLUENCE DE L’ALIMENTATION SUR LA LACTATION ET LA FÉCONDITÉ.

L’importance de l’alimentation au haras est primordiale. Physiologiquement, on peut dire — et nous en fournirons la preuve dans le cours de ce chapitre — que le développement fœtal (croissance, intra-utérine), et le rendement lacté, qui tiennent sous leur dépendance directe l’avenir du sujet, sont fonction — dans une large part — de l’alimentation maternelle.

L’hygiène alimentaire trop souvent méconnue des éleveurs, revêt donc au haras une importance particulière. Nous étudierons successivement le régime des poulinières vides, des gestantes, des parturientes et des nourrices dont les besoins physiologiques, et par suite le bilan nutritif, varient dans une large mesure.

La diététique au haras, comme on le voit par ce bref exposé, est bien plus complexe qu’à l’entraînement, en outre, la nature de l’alimentation — nous le verrons au chapitre stérilité — joue un rôle important, bien qu’indirect, dans la fécondité.

La transition brusque de l’entraînement — où la suralimentation et le surmenage sont de règle — au haras, où l’oisiveté est la dominante, constitue une période d’adaptation des plus critiques pour les reproductrices.

Dès le début, on observe des troubles d’ordre psychique, la jument est inquiète, triste, mange peu; pour combattre cette neurasthénie temporaire, il est d’usage de lui donner une camarade de box.

Au stud, l’hygiène alimentaire pour les juments provenant de l’entraînement, présente une importance considérable: désintoxiquer l’organisme, expulser les toxines du surmenage, de la suralimentation et trop souvent encore celles du doping, tel est le but à réaliser.

La diminution des doses massives d’avoine, les mashes, les barbotages, les tubercules, les produits mélassés, etc., constitueront la base de la diététique. Ce régime suffisamment prolongé, par son effet débilitant et rafraîchissant, calmera le nervosisme élevé des sujets.

Si l’époque le permet, la mise à l’herbe — est-il besoin de le dire — solutionne hygiéniquement et économiquement le problème diététique; dans les vues de la nature, l’herbe étant l’aliment de choix des poulinières.

Elle exerce en effet une action marquée sur le rendement et la qualité du lait; à ce double titre, par ses propriétés galactophores elle constitue le régime de choix des poulinières suitées; par son action rafraîchissante, légèrement laxative le séjour à la prairie est de même indispensable aux gestantes.

LES PRAIRIES

La mise à l’herbe constituant la base de l’alimentation des poulinières, nous allons indiquer sommairement — ces questions étant traitées longuement dans un de nos ouvrages — la composition, la valeur nutritive des différentes prairies dont la fertilité tient sous sa dépendance directe la réussite de l’élevage.

Les prairies naturelles — contrairement aux prairies artificielles — sont formées d’un grand nombre d’espèces appartenant à des familles différentes, ce qui explique leur durée pour ainsi dire illimitée, se reproduisant automatiquement par leurs graines. En outre, une grande partie de ces mêmes plantes, vivant plus aux dépens de l’atmosphère que du sol, rendent plus d’engrais à ce dernier qu’elles n’y en ont puisé,ce qui entretient perpétuellement sa fertilité ; ces plantes subissant une sorte de rotation, celles qui ne trouvent pas dans le sol les sels nécessaires à leur développement disparaissent momentanément pour faire place à des espèces qui n’ont pas les mêmes exigences.

Les prairies naturelles donnent moins de fourrage que les prairies artificielles, mais elles ne coûtent pas autant, et, une fois créées leur produit est plus régulier, ce qui permet d’asseoir l’élevage sur une base presque certaine. La fraîcheur du sol et une chaleur modérée sont les conditions indispensables à leur fertilité.

VALEUR NUTRITIVE DES PRAIRIES. — La qualité des prairies — ainsi que le prouve le tableau ci-dessous — exerce une influence marquée sur leur valeur nutritive. Les chiffres indiquant la teneur en principes immédiats, se rapportent à une consommation journalière de 40 kilogrammes d’herbes de prairie.


Les écarts accusés des principes immédiats — particulièrement dans le taux protéique consécutif à la qualité des prairies — expliquent les variations de poids vif et du rendement lacté, tant quantitatif que qualitatif observées chez les poulinières. Ils font prévoir en outre, l’importance qu’il faut attribuer à la création et à l’entretien des prairies.

La qualité de l’herbage est fonction de sa composition botanique; les graminées, les papillonacées, les chicorées doivent en constituer la dominante. La sélection sera basée sur la nature du terrain; pour les sols siliceux, légers, superficiels, utiliser la houlque laiteuse, fétuque, ray-gras vivace, dactyle pelotonné, trèfle blanc et hybride, plantain lancéolé, centaurée jaune, etc.

Le mélange pour sol calcaire sec comportera: avoine élevée, fétuque ovin, trèfle blanc, sainfoin, minette, pimprenelle, etc., le mélange pour sol argileux, superficiel réunira: fléole, dactyle, agrostide tracanté, ray-gras anglas, trèfle hybride, trèfle des prés, etc.

Les prairies naturelles assises sur des sols frais, non marécageux donnent un fourrage abondant et de bonne qualité ; elles réalisent la situation la plus favorable tant au point de vue diététique qu’hygiénique.

On peut affirmer que la réussite et la prospérité d’un haras sont intimement liées à l’abondance et à la bonne qualité de l’herbe dont les paddocks sont fournis.

La croissance du jeune animal et son développement général constituent le meilleur critérium — en dehors de l’examen botanique — de la valeur nutritive de l’herbage.

Les prairies par leurs qualités exercent une action spécifique sur l’organisme; nutritives, elles poussent au «sang» ; marécageuses, aqueuses, elles prédisposent au lymphatisme, à l’anémie.

La poulinière en liberté dans un élevage mange plus volontiers l’herbe tendre et courte que celle qui est forte et haute; un fait d’observation courante montre qu’elle refuse l’herbe qui est souillée par ses excréments; aussi peut-on qualifier de vicieuse la pratique qui consiste à faire étaler les crottins pour les utiliser comme engrais dans les herbages.

On peut dire, sans s’éloigner beaucoup de la vérité qu’il faut un hectare d’herbage pour nourrir une jument et son poulain; que chaque poulain sevré consomme dans l’année partie dans les pacages, et partie dans le box, le produit de la moitié d’un hectare.

Fig. 1


Il convient de faire, en se basant sur la qualité nutritive des herbages, une judicieuse division des paddocks; dans les plus abondants et les plus gras, on mettra, en les séparant, les juments qui nourrissent et celles qui sont pleines; elles ont autant besoin les unes que les autres d’une bonne nourriture, les premières pour provoquer un rendement lacté abondant, et les autres, pour assurer le développement normal du fœtus.

Les juments vides ainsi que les pouliches seront mises dans une prairie moins grasse; il ne faut pas que les premières prennent trop d’embonpoint, l’obésité étant un facteur de stérilité relative.

On peut poser un axiome d’élevage que la constitution minéralogique du sol régit la fertilité des terres et détermine la valeur nutritive des plantes qui vivent sur ces terrains. Le sol influe donc morphologiquement sur les animaux soit directement, soit indirectement. Si l’on admet — et elle n’est pas douteuse — la corrélation entre la composition minéralogique des terres et la nature de ses productions végétales et animales, il semble que la chaux et l’acide phosphorique soient les éléments dont l’influence est prépondérante sur le développement du squelette et de la taille.

L’habitat des plantes qui constitue la flore des herbages, joue un rôle important sous le double rapport de l’abondance et de la qualité de l’herbe. L’examen de la nature du sol constitue donc un élément indispensable dans la création des herbages. Morphologiquement, il existe une relation étroite entre la richesse de la végétation et la production animale; les terrains pauvres en phosphate produisent, par suite du déficit phosphorique et calcique, des sujets de petite taille dont l’ossature est grêle et la musculature peu développée. Dans ces terrains, l’emploi des engrais constitue un palliatif indispensable.

Pour ne pas épuiser la fertilité d’un herbage, il faut lui rendre les substances que les plantes — véritables parasites — lui ont enlevées, c’est la loi de restitution, et elle est inexorable.

Le système d’exploitation exerce une influence importante sur la fertilité et la durée des prairies. La pratique montre que le séjour exclusif et continu des poulinières dans un même herbage en compromet la fertilité ; la jument coupe l’herbe jusqu’à ras de terre en certaines places où la flore est appétissante (trèfle blanc, lotier, ray-gras etc.) et néglige complètement les autres parties où l’herbe est plus grossière; cette dernière se ressème automatiquement au détriment des bonnes espèces.

PLANTES TOXIQUES DES PRAIRIES

Indépendamment des plantes peu nutritives, il y a dans les prairies des végétaux toxiques dont l’ingestion peut provoquer des cas d’intoxication mortels; d’où la nécessité de recourir à l’examen botanique des prairies. Les plantes toxiques ont généralement des terrains de prédilection: les uns, ne croissent qu’à l’humidité, les autres, dans les lieux secs.

A. Prairies fraîches. — Les prèles, non seulement sont siliceuses, dures, peu nutritives mais possèdent un pouvoir nocif élevé.

Le colchique d’automne est dangereux dans toutes ses parties; il occasionne une gastro-entérite violente, accompagnée de coliques, de diarrhée, d’hématurie.

Les renoncules, la ficaire, le populage ne sont réellement dangereux, que si leur proportion relative est élevée.

B. Prairies sèches. — Ces prairies constituent l’habitat des vératres, de la scille maritime, des aristoloches, des euphorbes et de certaines autres plantes acres, irritantes ou toxiques, qui toutes possèdent un pouvoir nocif plus ou moins puissant.

LES MOUCHES A LA PRAIRIE

L’écueil invincible de la mise à l’herbe est représenté par la présence, dès le mois de juin, des mouches et des taons; que d’accidents indirects résultent de leurs attaques! Laisser les chevaux dehors la nuit et les rentrer le jour; les sortir à la première heure et les rentrer dès que les moustiques paraissent, sont des palliatifs mais ils ont le grave inconvénient de provoquer une trop longue stabulation des sujets.

Les mouches en disséminant des germes divers ou des larves de parasites qui souillent leurs pattes et leur trompe, contribuent: 1° à la propagation de certaines maladies infectieuses, 2° à la transformation en plaies granuleuses (plaies d’été) de plaies simples sur lesquelles elles déposent des larves d’un habronème.

Arrêter la multiplication des mouches en s’attaquant surtout aux œufs et aux larves de ces insectes, en essayant de les détruire par un traitement approprié dans les matières qui les hébergent (déjections, fumiers, mares, fosses, etc.).

Les mouches piqueuses peuvent, grâce à leur trompe rigide et piquante, percer la peau, sucer le sang. En France, elles sont principalement représentées par le stomox qui suce le sang du cheval, s’attaque surtout aux membres, et chez lequel évolue la larve d’un habromène spécial. Ce sont des mouches analogues qui inoculent aux animaux d’Afrique, les maladies à trypanosomes.

La méthode biothermique est la plus simple et la meilleure pour détruire les œufs et les larves. Elle repose sur l’action nocive de la chaleur dégagée dans la fermentation du fumier en tas (la température dépasse 80°) et sur celle des gaz toxiques produits au cours de cette fermentation.

Pour protéger les animaux contre les mouches, recourir aux procédés suivants: éloigner le plus possible les aires à fumier des locaux; renouveler fréquemment la litière; garnir les ouvertures de treillage métallique dont les mailles n’ont pas plus de 2 millimètres de largeur; peindre les carreaux en bleu; badigeonner les murs et les plafonds avec un lait de chaux teinté en bleu clair; utiliser un sol étanche et légèrement en pente pour permettre à l’urine de s’écouler; détruire les mouches qui même en dépit de ces précautions ont pu pénétrer dans les locaux par les vapeurs de crésyl produites (chauffage à feu nu).

Pour éviter aux animaux le contact des mouches, et d’une façon générale des autres insectes, les lotionner avec des lotions ou émulsions diverses: assa fœtida, de crésyl, lysol, pétrole, essence de térébenthine, feuilles de noyer; — l’émulsion d’huile de ricin est la seule préparation qui agisse efficacement; augmenter sa toxicité pour les insectes par l’addition de quelques gouttes d’huile de croton.

Cette étude montre qu’au haras, la qualité des prairies — contrôlée par l’analyse du sous-sol et par l’examen botanique des plantes — constitue le facteur primordial. Quelle que soit la haute origine des sujets, tous les efforts, les sacrifices de l’éleveur seront annihilés si le «tapis de verdure» ne possède pas les qualités nutritives exigées.

Poulains précoces, normaux, malingres, chétifs, tardifs seront l’expression fidèle de la valeur nutritive — tant quantitative que qualitative — des herbages.

CHAPITRE IV

Table des matières

DE L’ALIMENTATION
I. — ALIMENTATION DES GESTANTES

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BASES PHYSIOLOGIQUES. — BILAN NUTRITIF. INFLUENCE SUR LA CROISSANCE INTRA-UTÉRINE.

Avant d’aborder la diététique des gestantes, nous devons vous signaler sommairement les particularités physiologiques de la nutrition fœtale.

La vie fœtale s’entretient à l’aide des fonctions qui ont pour but d’établir entre l’organisme maternel et le fœtus des rapports analogues à ceux qui s’établiront après la naissance entre le sujet et le milieu extérieur. La présence du fœtus dans l’utérus donne lieu à des effets remarquables les uns locaux, les autres généraux. Ces derniers ont un retentissement sur toutes les grandes fonctions, en particulier sur la nutrition.

Le fœtus emprunte à la mère des matériaux nutritifs et des gaz respiratoires; ces éléments d’organisation sont répartis par une active circulation dans toutes les parties de son corps, puis fixés par une force assimilatrice d’une grande puissance dans ses différents tissus.

La nutrition s’exerce avec une grande activité dont on peut se rendre compte par le développement considérable que présente le fœtus à la fin de la gestation. Pour subvenir à un tel accroissement de poids et de volume, l’absorption d’une énorme quantité de matériaux nutritifs est devenue nécessaire et il y a lieu, pour établir l’équilibre nutritif, de rechercher où les matériaux sont puisés et quelle en est la nature.

L’analyse chimique n’est point encore parvenue à les isoler et, par conséquent, à en déterminer la composition exacte; mais à défaut de données expérimentales très certaines, l’induction scientifique est un guide assez sûr ne permettant pas de douter qu’ils consistent dans le plasma du sang et qu’ils sont identiques aux sucs nourriciers qui servent à la nutrition des tissus maternels eux-mêmes. La nutrition fœtale, en définitive, a été comparée avec juste raison, à celle d’un végétal parasite, qui ne prépare pas lui-même les matériaux de sa nutrition, mais se borne à puiser, à l’aide d’organes d’absorption spéciaux, les sucs contenus, dans l’appareil circulatoire de la mère aux dépens de laquelle il se nourrit.

Maintenant que nous connaissons le véritable mécanisme de la nutrition fœtale, examinons quels sont les besoins physiologiques à réaliser chez les gestantes.

D’après CREVAT, un poulain du poids de 50 kilogrammes à la naissance a emmaganisé dans ses tissus 8 kgr. 500 de matières albuminoïdes et 0 kgr.500 de matières grasses. Le même auteur estime qu’il réclame pendant la gestation, en tablant sur un poids moyen de 25 kilogrammes, le septième de la nourriture d’un cheval de 500 kilogrammes, ce qui représente en principes immédiats pour l’entretien journalier fœtal:


La mère devant fournir tous les éléments constitutifs du fœtus, le fera sans s’appauvrir elle-même, si elle trouve dans son alimentation, tout à la fois, les éléments nécessaires au développement fœtal et ceux indispensables à son entretien.

Dans le cas contraire, elle prendra sur sa propre substance (autophagie) pour subvenir aux besoins du nouvel être qui, véritable parasite, ne doit pas se ressentir et très souvent, en effet, ne se ressent pas des privations maternelles.

Les pertes inorganiques pendant la gestation sont considérables: — d’après les recherches de STOHMANN — le fœtus pendant la vie intra-utérine emprunte à la mère les matières minérales suivantes:


Le besoin minéral varie avec la période de gestation; faible au début, il devient impérieux vers la fin de la gestation (trois derniers mois).

Le déficit minéral pendant la période de la gestation exercera un effet dépressif sur la croissance intra-utérine et le fœtus à la naissance présentera tous les signes de la délibité congénitale et fournira un taux élevé dans la mortinatalité.

Plus l’alimentation est riche et bien appropriée, plus le développement du fœtus sera régulier et normal. Ne pas oublier qu’une alimentation rationnelle de la mère est le facteur principal du développement parfait du produit qu’elle porte et que son influence continuera ultérieurement de se faire sentir pendant tout le cours de la croissance du jeune sujet. Physiologiquement, la «croissance intra-utérine» est donc le premier stade de la précocité.

L’hygiène alimentaire pendant la période de la gestation doit répondre aux nécessités physiologiques suivantes: a) éviter l’avortement; b) assurer le développement fœtal; c) faire préparer l’établissement de la sécrétion lactée.

Le régime diététique à instituer présente de ce fait une importance capitale tant sous le rapport quantitatif que qualitatif. La quantité doit être réglée de manière que la jument soit en bon état sans être trop grasse; l’obésité, la pléthore prédisposant à l’avortement et rendant la parturition pénible; l’excès opposé, la maigreur, nuit au rendement de la sécrétion lactée.

Le volume de la ration constitue une nécessité physiologique impérieuse pendant toute la durée de la gestation; on évitera de donner des éléments encombrants (fourrages), la capacité abdominale des femelles en état de gestation, étant réduite notablement par la présence du fœtus. L’excès de volume de la ration peut provoquer, par action mécanique, l’avortement et entraver mécaniquement le développement normal du fœtus.

La nature de l’alimentation a une grande importance vers la fin de la gestation; à cette période la nourriture sans cesser d’être alibile, doit être rafraîchissante. Le coefficient d’hydratation de la ration sera suffisamment élevé (mashs, vert, tubercules, produits mélassés, etc.) pour prévenir la constipation, favoriser l’expulsion du méconium et préparer, indirectement, l’établissement de la sécrétion lactée.

Le régime du pâturage est particulièrement favorable aux juments en état de gestation; elles y trouvent une nourriture saine, facilement digestible, et profitent des bienfaits de la cure d’air et de la gymnastique fonctionnelle.

Certaines précautions sont à prendre pour les gestantes soumises au régime du vert en liberté ; les aliments couverts de gelée blanche ou de givre sont pernicieux. On sait combien le fœtus est sensible à l’action du froid; notons aussi que les aliments gelés sont plus disposés à la fermentation; que l’impression du froid sur la muqueuse gastrique peut amener des répercussions organiques graves (coliques, indigestions, tympanites, etc,) aussi funestes à la mère qu’au fœtus.

La thermalité des boissons pour les gestantes présente aussi une grande importance hygiénique. L’ingestion d’eau froide et glacée, surtout si les organes digestifs sont en état de vacuité, est une cause fréquente d’avortement.

Dans la diététique des gestantes, l’avoine ne doit pas en constituer comme trop d’éleveurs le croient, — la dominante; d’autres grains, riches en protéine et en acide phosphorique (fèves, maïs, orge, etc.) doivent lui être associés.

Physiologiquement, c’est pendant les deux derniers mois de la gestation que l’organisme fœtal élabore et constitue les deux tiers de la masse totale, qu’il s’agisse de matières albuminoïdes ou minérales; l’alimentation maternelle, à cette période, doit réaliser le bilan nutritif (rapports protéique, adipo-protéique, phosphorique, calcique, phosphocalcique, etc.).

Dans un ouvrage antérieur nous avons indiqué de nombreux types de rations où ces nécessités physiologiques impérieuses qui tiennent sous leur dépendance directe la croissance utérine — premier stade de la précocité — sont réalisées.

II. — ALIMENTATION DES POULINIÈRES SUITÉES

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INFLUENCE SUR LA LACTATION. — DES ALIMENTS GALACTOPHORES.

La lactation en plus de l’individualité est fonction de l’alimentation; le régime alimentaire des nourrices acquiert donc une importance prépondérante. Dans le choix des femelles destinées à la reproduction, il importe donc, en dehors de la conformation, d’avoir égard à l’aptitude laitière; celles qui ont une lactation abondante et riche, assurée par l’étendue et l’activité de leurs mamelles et par une bonne alimentation produisent toujours les meilleurs sujets. On peut ériger en axiome d’élevage, telle mire, tel produit.

La bonne marche de l’allaitement exerce une influence considérable sur le développement et l’avenir du sujet. C’est durant les premiers mois de la vie que la croissance est la plus rapide, aussi importe-t-il, par une alimentation rationnelle, de mettre à profit cette faculté.

Les juments poulinières mauvaises nourrices, tant sous le rapport quantitatif que qualitatif, alimentent très mal leurs petits qui restent chétifs, tardifs et de peu de valeur, quand une mortalité excessive ne sévit pas sur eux.

L’alimentation agit sur le rendement lacté de deux façons: par la proportion de ses éléments constitutifs et par son degré d’hydratation.

Lorsque l’alimentation est insuffisante, lorsque les matières azotées, hydrocarbonées, grasses et minérales de la ration ne sont pas présentées dans les rapports convenables (relation nutritive, rapport adipo-protéique), la femelle use ses réserves nutritives, exporte par sa mamelle une partie des éléments constituants de ses tissus. Aussi, dès qu’avec une ration plus riche ou mieux composée on remédie au déficit nutritif, on constate dans la sécrétion lactée des variations nettement positives. Tout ceci montre que la diététique des femelles nourrices est un problème délicat à résoudre.

L’hydratation de la ration sera obtenue dans le régime des poulinières suitées par la mise à l’herbe, l’emploi des barbotages, des mashes, des buvées, des tubercules, des racines, etc.

Le régime du pâturage réalise les meilleures conditions hygiéniques et économiques des femelles nourrices. La vie au grand air, l’exercice, la consommation sur place et presque à discrétion de plantes nutritives réalisent un ensemble de circonstances favorables qu’il est difficile de combiner avec la même réussite pour les juments suitées.

L’importance des aliments galactophores a été exagérée, car chez les reproductrices il y a une aptitude individuelle que l’alimentation permettra de pousser à son maximum, mais qu’elle ne fera pas dépasser.

Néanmoins, certains aliments paraissent avoir une action spécifique sur la sécrétion lactée; par ordre d’action, il faut citer le son, le vert, et les tubercules.

Mais l’action spéciale indiquée n’est-elle pas due simplement au coefficient élevé d’hydratation? nous le pensons.

L’alimentation rafraîchissante doit être prolongée pendant quelques semaines durant la période de l’allaitement, car, outre son action spécifique sur le rendement lacté, elle exerce une influence heureuse sur l’état de santé des nouveau-nés.

Les repas des poulinières suitées doivent être au nombre de trois ou quatre, à des heures régulièrement fixées; les aliments et les boissons seront, de préférence, donnés tièdes.

La ration doit contenir le nombre d’éléments nutritifs pour assurer l’entretien de la mère et le rendement lacté. Ce dernier, dans certains cas, représentant une source de déperdition accusée en principes immédiats.

Le besoin protéique et en matière grasse est élevé du fait de l’élimination de ces principes par la sécrétion lactée.

Le besoin minéral à cette période est impérieux, BUNGE a montré que les cendres de jeune animal présentent une analogie très grande de composition allant jusqu’à l’identité avec les cendres du lait de la mère.

Dans le cas de déficit minéral, on constate soit des troubles dans la sécrétion mammaire, soit une perturbation plus ou moins profonde dans la nutrition générale, entraînant fatalement un arrêt de croissance.

II. — ALIMENTATION DES JUMENTS PLEINES ET SUITÉES

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Le plus souvent pour des raisons d’ordre économique, les juments en état de gestation sont en même temps nourrices, il n’y a d’exception que pour les primipares ou les poulinières — et le cas est fréquent — atteintes de stérilité relative.

Le régime de la jument en gestation et celui de la nourrice se confondent donc nécessairement tant que dure l’allaitement.

Physiologiquement, les sources de déperdition multiples qui en résultent (entretien de la mère, nutrition fœtale, sécrétion lactée) exigent un apport nutritif considérable. S’il n’est pas réalisé — tant sous le rapport quantitatif que qualitatif — les effets observés (retard de précocité intra et extra-utérine, diminution de la lactation, autophagie maternelle) seront des plus néfastes tant pour la mère que pour le produit.

III. — ALIMENTATION DES PARTURIENTES

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Les modifications profondes de l’organisme produites par la mise bas, surtout dans les parts dystociques, exigent une diétéique spéciale.

Pendant trois ou quatre jours les mères seront soumises à une diète presque complète et à un régime rafraîchissant à base de mashes, de barbotages, de buvées blanches avec de la farine d’orge, du thé foin, etc.

Au début, les aliments seront administrés tièdes pour éviter toute répercussion organique.

L’alimentation normale ne sera reprise progressivement que lorsque tous les troubles organiques auront disparu; opérer autrement constitue une lourde faute hygiénique préjudiciable à la santé de la mère et à celle du poulain.

Nous jugeons inutile de nous étendre plus longuement sur la diététique des parturientes qui n’est en somme qu’un régime transitoire, constituant le premier stade de l’alimentation des femelles nourrices.

IV. — ALIMENTATION DES POULINIÈRES VIDES

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Les poulinières vides peuvent être considérées comme des non-valeurs en matière d’élevage; cette catégorie qui dans certains studs représente une forte proportion de l’effectif 30 ou 40 °/o est constituée par des juments stériles et par celles qui ont été éloignées temporairement de la reproduction. Ce dernier groupe, le moins considérable, comprend les juments qui à la suite d’un poulinage laborieux, d’un avortement compliqué, d’un état maladif grave, ne présentent pas un taux vital suffisant pour donner un produit viable ou d’avenir.

Dans l’intérêt de l’éleveur, comme dans celui de la jument, il convient d’écarter temporairement de la reproduction ces «débilitées» et de modifier par une hygiène et une diététique sévères ce terrain peu favorable à la fécondation.

L’observation journalière montre que l’infécondité temporaire observée si fréquemment dans les studs reconnaît pour cause, dans la majorité des cas, une hygiène alimentaire défectueuse. Les enquêtes que nous avons faites dans divers haras montrent des juments vides pendant plusieurs années, malgré la diversité des étalons employés, alors que l’examen clinique des organes génitaux permet d’écarter toute cause de stérilité organique.

Les renseignements recueillis apprennent que les juments n’ont été l’objet d’aucune préparation diététique et ont livrées directement à l’étalon. On peut affirmer que la stérilité des procréatrices, lorsqu’elle n’est pas liée à un trouble des organes sexuels (hyperacidité vaginale, atrésie du col, lésions ovariennes, etc.) est symptomatique dans bien des cas, du nervosisme, de l’éréthysme génital, états morbides consécutifs à la suralimentation à l’avoine.

Il faut donc en se basant sur ces données étiologiques, pour augmenter la fécondité, modifier le terrain, abaisser le nervosisme, donner en un mot au sujet un tempérament lymphatique; ce résultat sera obtenu par l’emploi d’une diététique appropriée; aux grains qui constituent à l’entraînement la dominante de la ration, il convient de substituer temporairement des aliments doués de propriétés hygiéniques et rafraîchissantes: mashes, aliments mélassés, vert, tubercules, racines, etc.

La jument soumise à ce régime, suffisamment prolongé, se trouvera dans les meilleures conditions pour que l’imprégnation soit positive; tous les organes, y compris les sexuels, seront dans un état de calme, de repos de relâchement, de passivité favorables à la fécondation.

L’influence de l’alimentation sur la fécondité n’est pas douteuse; que de fois a-t-on constaté l’infécondité temporaire chez des juments brûlées par l’avoine. Présentées au même étalon, après avoir été soumises à une diététique spéciale, elles étaient dans la suite fécondées avec succès. Pour les poulinières qui viennent de l’entraînement, qui sont le type des suralimentées, le régime de transition que nous venons d’indiquer est de règle absolue.

Chez les «surmenées» on observe une dépression organique, un affaiblissement général qui diminuent dans une large mesure les chances de fécondation, en engendrant une sorte de frigidité ovarienne. Comme pour les «hypernerveuses» une diététique préparatoire est nécessaire, mais ici l’hygiène alimentaire doit remplir un but opposé ; au lieu de déprimer l’organisme, il faut le tonifier.

Ces brèves considérations montrent qu’il est logique d’admettre chez le pur sang une stérilité d’origine alimentaire.

La base de rationnement d’une poulinière vide est facile à établir; elle est représentée physiologiquement par la ration d’entretien. La suralimentation à cette période est nettement contre-indiquée car elle provoquerait la pléthore et l’obésité, états qui diminuent dans une large part l’aptitude procréatrice.

Le régime par excellence des poulinières vides est la prairie, tant au point de vue hygiénique qu’économique; en dehors de cette période, outre les grains et le fourrage, l’emploi des mashes, deux fois par semaine est indiqué.

Terminons ce chapitre en disant que l’hygiène alimentaire des reproductrices présente un intérêt primordial car elle tient sous sa dépendance directe, quelle que soit la période envisagée (gestation, allaitement) la croissance et l’avenir du sujet.

Pendant la vie intra-utérine, l’alimentation maternelle exerce déjà une action marquée sur le développement régulier du fœtus, mais c’est surtout pendant la période de l’allaitement que l’alimentation joue un rôle prépondérant sur la croissance car le rendement lacté, tant qualitatif que quantitatif, est fonction, en dehors de l’individualité, de la diététique des nourrices.

Quelles que soient les qualités des reproductrices, héréditaires ou acquises, leur bonne conformation, ces qualités seront négatives si par une alimentation irrationnelle, elles sont mauvaises nourrices; leurs produits, malgré leur haute origine, seront des malingres, des chétifs qui constitueront, dans bien des cas, des non-valeurs sportives.

Si la diététique des mères est défectueuse pendant la période de la gestation, (déficit protéique, phosphorique, calcique, etc.) les poulains, entravés dans leur développement normal, présenteront à la naissance les signes de débilité congénitale et fourniront un contingent élevé dans la morbidité et la mortalité du jeune âge.

L’alimentation au haras doit être envisagée au double point de vue hygiénique et économique; nous avons déterminé par l’emploi judicieux des substitutions alimentaires des rations pour les gestantes, les poulinières vides et suitées possédant un pouvoir hygiénique puissant et dont le prix de revient — comparé à celui de l’alimentation exclusive à base d’avoine — permet de réaliser une économie considérable sur le chapitre «alimentation» qui tient, en grande partie, sous sa dépendance directe, les bénéfices de l’exploitation.

Nous avons consigné le résultat de nos recherches expérimentales dans un de nos ouvrages Comment nourrir le Pur Sang?

L’élevage du pur sang comporte des difficultés, des aléas multiples, il exige l’immobilisation d’un capital élevé (installation du haras, achat et entretien des reproducteurs, rénumération du stud-grooms, du personnel, etc.); en outre, les pertes élevées dues à la stérilité, à l’avortement épizootique, à la mortalité, aux accidents, qui représentent plus de 50 % rendent les bénéfices de l’exploitation des plus aléatoires, car, trop souvent, les recettes (prix des saillies, vente des produits) sont insuffisantes pour combler les dépenses.

Tout en rendant pleine justice à la probité, à la bonne volonté, au dévouement même des stud-grooms, il est regrettable — vu le rôle important qui leur est dévolu —,de constater que fréquemment ils sont dépourvus d’instruction même professionnelle. Celle-ci se résume, du fait de leur recrutement et de leur origine modeste (anciens lads, garçons d’écurie, etc.) à des traditions empiriques, routinières; ils sont souvent, indifférents ou hostiles aux nouvelles données scientifiques, bases de tout élevage rationnel et productif.

L’élevage dans ces conditions ne peut être rénumérateur et provoque — fait grave dans ses conséquences — le découragement de beaucoup d’éleveurs. La collaboration de la pratique et de la science serait fertile en résultats féconds dans les diverses branches d’exploitation du pur sang, tant au haras qu’à l’entraînement.

L’élevage rationnel exige, en effet, des connaissances étendues concernant l’Hygiène, l’Anatomie, la Physiologie, la Chimie biologique, l’Alimentation, la Pathologie, la Thérapeutique, des notions techniques sur la fécondité, la stérilité etc.; ces données scientifiques qui exigent des. études spéciales, ne peuvent se rencontrer chez les stud-grooms.

La direction technique scientifique d’un haras devrait être confiée à des spécialistes dont les travaux antérieurs, montreraient qu’ils sont versés dans la science de l’élevage et des méthodes d’expérimentation modernes biologiques.

Le Syndicat des éleveurs du Pur Sang — dont la puissance effective est considérable — ne pourrait-il pas prendre l’initiative de la création d’un laboratoire de recherches concernant tout ce qui a trait à l’élevage et en confier la direction technique à un ou plusieurs spécialistes?

Le montant d’une simple cotisation parmi les membres de ce syndicat, serait vite récupéré par les bénéfices réalisés: augmentation du nombre des naissances,diminution des avortements, du taux de la mortinatalité. économie journalière réalisée sur le prix de la ration, obtention rapide de la précocité, etc.

La nécessité de la création d’un laboratoire de recherches expérimentales appliqué aux questions multiples qui concernent l’élevage est tellement impérieuse que le Jockey a pris récemment l’initiative d’ouvrir une souscription dans le monde sportif, dont le montant serait utilisé à faire des recherches scientifiques concernant l’étiologie, le traitement et la prophylaxie de l’avortement épizootique, affection qui par sa fréquence, sa gravité, sa contagiosité, cause de lourdes pertes à l’élevage.

CHAPITRE V

Table des matières

DE LA FÉCONDATION

Phénomènes physiologiques de la fécondation. Actes préparatoires à la fécondation. — Pratique de la monte.

La fécondation est l’acte par lequel chez les mammifères, l’ovule acquiert la faculté de donner naissance à un être nouveau; elle est produite par le rapprochement de l’élément mâle et de l’élément femelle, par suite de leur accouplement en vue de la reproduction. Les conditions dans lesquelles cet acte se produit sont intéressantes à connaître pour se mettre en mesure de régler scientifiquement celles de l’accouplement même, afin d’assurer son efficacité, qui en est le but pratique. Il importe pour ménager le plus possible les forces des reproducteurs mâles que leurs saillies soient toujours fécondantes. Elles ne peuvent l’être que dans les cas où toutes les conditions de la fécondation-sont réunies. A ce titre, leur exposé est donc indispensable.

Toute femelle naît avec un nombre déterminé d’ovules ou petits œufs, dont dépend sa fécondité individuelle; ces ovules sont contenus dans les ovaires, situés de chaque côté de la ligne vertébrale, dans la cavité abdominale, vers la région lombaire, à proximité des trompes utérines.

L’ovule est essentiellement constitué par une cellule à noyau qui en est le germe proprement dit, la cellule germinative, et par le vitellus qui en est la réserve nutritive. A partir de la puberté, moment auquel se manifeste l’instinct génésique, les ovules évoluent sucessivement et gagnent la surface de l’ovaire.

C’est seulement lorsque les ovules ont atteint leur maturité que la vésicule de Graaf qui les renfermait, se rompt et l’ovule, devenu libre, s’échappe pour gagner normalement le fond du pavillon de la trompe utérine et cheminer de là vers l’intérieur de l’utérus, où il se greffera pour se développer en embryon s’il a été fécondé, où il s’altérera et disparaîtra dans le cas contraire. C’est le phénomène de l’ovulution qui coïncide naturellement avec l’apparition des signes extérieurs des chaleurs, des désirs de l’accouplement.

En l’absence de ces signes, il n’y a pas dans les ovaires d’ovules à maturité. La rupture de la vésicule de Graaf produit une sorte de plaie qui se cicatrise en laissant sa trace sous forme d’un corps jaune d’autant plus volumineux que l’ovulation est moins ancienne.

L’élément fécondant ou mâle est contenu dans le fluide spermatique ou sperme élaboré par les testicules. Lorsque par la saillie, le sperme vient à être déposé dans le vagin, les spermatozoïdes profitant du mucus qui lubrifie les parois vaginales, les parcourent en tous sens; ils marchent vers l’ovule et traversent en plus ou moins grand nombre la membrane vitelline, mais le rôle fécondant appartient au premier arrivé ; dans le cas contraire, il y a production d’un monstre double.

Le développement du nouvel être commence à l’instant même où l’ovule a subi les changements que lui impose la fécondation; cette dernière, chez les mammifères s’opère normalement dans l’utérus, les gestations extra-utérines n’infirment pas cette règle physiologique. PRÉVOST et DUMAS dans leurs recherches, ont reconnu que l’œuf des mammifères ne reçoit le contact du sperme que dans la partie inférieure des trompes et le plus souvent dans l’utérus lui-même.

Le lieu de la rencontre des éléments sexuels semble dépendre de la vitesse respective des mouvements qui les portent l’un vers l’autre; quant au moment de la fécondation il dépend évidemment de l’époque de l’ovulation elle-même. Physiologiquement, nous supposons que les ovules sont émis au moment du coït en raison de l’état d’éréthisme où se trouve l’ovaire.

Tels sont sommairement indiqués, les phénomènes intimes de la fécondation indispensables à connaître pour comprendre ultérieurement l’étiologie, le traitement et le prophylaxie de la stérilité.

ACTES PRÉPARATOIRES A LA FÉCONDATION

Table des matières

Les actes préparatoires à la fécondation comprennent la manifestation des chaleurs et l’érection. Mais comme ils sont sous la dépendance directe de la puberté, nous allons relater les diverses modifications de l’appareil sexuel qui résultent de cet état physiologique.

La puberté pourrait être définie l’ensemble des modifications de l’organisme attaché à la maturité sexuelle. Le phénomène essentiel consiste dans l’achèvement de l’appareil génital qui devient apte à remplir toutes les fonctions. Chez l’étalon, les testicules deviennent plus volumineux; le sperme est sécrété en abondance et les spermatozoïdes y apparaissent.

Chez les juments, les mamelles prennent du développement et les ovaires se confient; ils s’y développent les vésicules de Graaf; la ponte périodique commence à s’effectuer avec les caractères qu’elle conserve pendant le reste de la vie.

La physiologie de l’ovaire montre que chez les reproductrices, les ovules sont émis à des périodes déterminées en rapport avec la surexcitation périodique des organes génitaux.

A l’époque des chaleurs, il s’établit chez la jument, une véritable congestion vers les ovaires qui provoque la formation et la mise en liberté des ovules. L’aptitude procréatrice des femelles est donc bornée exclusivement à la période des chaleurs dont la manifestation extérieure coïncide avec des troubles profonds d’origine congestive siégeant sur tout l’appareil génital interne: ovaire, utérus, col utérin, vagin, vulve, etc.

Les chaleurs, au point de vue physiologique, représentent donc le moment où le potentiel génésique et la puissance fécondante sont portés à leur summum. Pour ces raisons, l’éleveur doit attacher une grande importance à leur manifestation, dont nous indiquons les symptômes généraux et locaux.

Les modifications générales comportent une excitabilité toute particulière, l’œil est plus brillant, et la jument qui, en dehors de cet état, est indifférente vis-à-vis du mâle, recherche sa présence et se place spontanément devant lui pour que le coït puisse s’effectuer. Elle fait entendre parfois un hennissement particulier, son caractère se modifie, elle devient irritable, chatouilleuse et quelquefois donne du pied et de la dent.

Les modifications locales consistent en la turgescence des lèvres de la vulve, dont la muqueuse se congestionne et prend une teinte rouge, au lieu de simplement rosée comme à l’état normal. Ces lèvres, en outre, se contractent à chaque instant d’une façon spasmodique, s’entr’ouvent et laissent ainsi apparaître, à leur commissure inférieure, un clitoris en érection. Ces contractions sont souvent accompagnées, chez la jument, de l’expulsion d’un faible jet d’urine.

Intensité des chaleurs. — Chez les primipares, les chaleurs sont peu accusées et fugaces. Pour ne pas laisser passer une chaleur, il faut en contrôler la manifestation en présentant la jument à l’étalon tous les deux jours; ces contacts réitérés avec le mâle auront en outre pour effet d’en hâter l’apparition.

Périodicité des chaleurs. — Nous connaissons mal la périodicité des phénomènes d’ovulation dans l’espèce chevaline; il est possible que cela tienne a ce que chez la jument, ils sont facilement impressionnés par des causes contingentes. La plupart des poulinières ne sont en chaleur que d’avril à fin juin; certaines ne donnent des signes apparents de chaleur qu’une fois par an, d’autres deux, trois ou quatre fois, et à des intervalles irréguliers.

On observe quelquefois des chaleurs tardives en septembre, octobre et novembre, ainsi que le prouvent les dates de mise bas des juments.. Ces chaleurs tardives sont en général moins intenses mais cependant suffisantes pour déterminer la fécondation. Ce fait prouve une fois de plus qu’il n’y a aucune relation, entre l’intensité des chaleurs et les chances de fécondation; il semblerait au contraire, que celle-ci soit réalisée plus. facilement à la fin des chaleurs plutôt qu’à leur période intensive. Nous en fournirons la preuve ultérieurement.

Physiologiquenient, si la jument n’a pas été fécondée, les chaleurs réapparaissent périodiquement, et l’intervalle qui les sépare est variable avec l’individualité, l’alimentation, la température, etc.

Si au contraire, la femelle a subi un coït fécondant, les chaleurs disparaissent pour ne se manifester qu’après la parturition. Cette règle souffre des exceptions, et quelquefois les chaleurs persistent un, deux mois chez la femelle en gestation; les saillies effectuées dans ces conditions provoquent parfois l’avortement.

Peu de temps après la délivrance, les chaleurs se manifestent à nouveau, et la jument entre volontiers en rut dès le neuvième jour après la parturition; elle est facilement fécondable à ce moment, le col utérin étant encore dilaté.

Dans l’élevage du pur sang les chaleurs qui suivent la mise bas ne sont pas utilisées de façon à éviter la naissance en décembre, ce qui augmenterait l’âge du poulain d’un an et le mettrait hors d’état de prendre part aux épreuves avec poids pour l’âge.

La durée des chaleurs chez la jument est mal élucidée; d’après de nombreuses observations, elle peut osciller entre vingt-quatre, quarante-huit heures et sept à huit jours; si les faits de superfétation et d’expulsion de deux produits à dix à douze jours d’intervalle sont exacts, il conviendrait d’attribuer cette durée aux chaleurs.

Si cette durée est limitée par les lois de la nature chez la jument, il n’en est pas de même chez l’étalon qui est presque toujours prêt à saillir.

Perversion des chaleurs. — Les chaleurs dont nous avons indiqué précédemment les manifestations physiologiques et la durée peuvent être modifiées dans leur intensité, leur périodicité.

Le tableau suivant résume les anomalies de la fonction ovarienne et indique les troubles physiologiques ou pathologiques qui peuvent en résulter:


En dehors des causes qui sont du domaine de l’hygiène générale (alimentation, température, etc), les perversions des chaleurs (retard, suppression) sont liées dans bien des cas à la pathologie ovarienne (ovarite kystes, tumeurs, etc).

Au point de vue physiologique, disons que l’intégrité fonctionnelle des ovaires entraîne des chaleurs normales; aussi dans le diagnostic «stérilité ovarienne», faut-il faire une enquête sérieuse sur les troubles constatés dans les manifestations des chaleurs; si les commémoratifs sont défavorables, la stérilité par trouble d’ovulation pourra être soupçonnée.

Notre longue expérience nous permet d’affirmer qu’il y a une relation étroite entre la régularité des chaleurs (durée, intensité, périodicité) et la fécondité.

DE L’ACCOUPLEMENT

Le rapprochement des deux sexes s’effectue par la pénétration de la verge du mâle dans les voies génitales de la femelle. Cet acte n’oblige la femelle qu’à une participation à peu près passive mais il nécessite au contraire de la part de l’étalon: 1° l’érection du pénis; 2° sa pénétration dans le vagin; 3° l’émission du sperme.

Certains étalons ont l’habitude vicieuse de se désunir avant la fin complète de l’éjaculation; il en résulte une perte de sperme qui, d’après certains stud-grooms, diminuerait, dans une notable mesure, les chances de fécondité. Cet effet dépressif — à notre avis — doit être des plus minimes quand on songe qu’une seule goutte de sperme suffit à assurer la fécondation.

Dans le coït normal, le sperme éjaculé est versé au fond du vagin. Mais on a des raisons de croire — surtout quand la saillie est effectuée sur les premières chaleurs qui suivent la mise bas — qu’une partie de ce liquide est directement projetée dans l’utérus; enfin, l’éjaculation intra-utérine peut être inférée de l’exacte réciprocité morphologique des organes génitaux et de leur parfaite adaptation fonctionnelle.

L’émission du sperme et des fluides prostatiques se fait très rapidement chez l’étalon, où ces liquides ont peu de consistance et de visquosité.

La quantité de sperme qui est éjaculée pendant un seul accouplement doit être relativement considérable; mais elle n’a pas encore été apprécié rigoureusement. Le liquide que l’on peut recueillir dans un vase lorsque l’étalon se cabre sur la poulinière s’élève souvent à 50 et 100 centimètres cubes.

Lorsque l’émission spermatique est arrivée à son terme, les animaux se désunissent; le sperme coule encore goutte à goutte au moment de la séparation, et la tête du pénis est beaucoup plus large qu’avant l’intromission.

Pratique de la monte. — La saillie consiste dans l’accouplement sexuel exécuté par le mâle. Pour l’accomplir, l’étalon doit se cabrer de façon à enserrer le corps de la jument entre ses membres antérieurs. L’ensemble des mouvements nécessaires pour son exécution exige de sa part une grande dépense de force.

L’opération de la monte nécessite d’abord l’emploi d’un boute-en-train, cheval qui en s’approchant de la jument pratique le flairage et doit indiquer si elle est oui ou non apte à être fécondée.

Il y a plusieurs sortes de boute-en-train 1° le boute-en-train de pur sang ou de demi-sang et 2° le boute-en-train spécialement mutilé qui peut vivre au milieu des juments.

L’opération chirurgicale, d’origine américaine, qu’il a subie fait que le pénis dirigé en arrière, parallèlement au périnée, pend sous l’anus entre les cuisses et en arrière des testicules. On ne saurait nier son ingéniosité ; elle rend le sujet inapte à l’accouplement, bien que l’érection, voire même l’éjaculation, soient encore possibles.

Ce «mutilé » peut être laissé avec les juments et provoquer par sa présence, la manifestation des chaleurs, sans avoir à redouter des saillies intempestives.

La présentation à la barre constitue en dehors des symptômes locaux, le meilleur critérium de l’intensité des chaleurs; certaines juments indiquent très nettement, par leur attitude, qu’elles sont aptes à être fécondées en restant calmes, tranquilles au flairage, en écartant les jambes de derrière avec un mouvement accusé des lèvres de la vulve, du clitoris et même par une émission de liquide vaginal.

C’est là l’épreuve normale et le cas le plus fréquent chez les juments qui ont pouliné, et qu’on présente à la saillie dans les huit jours qui suivent la mise bas.

Les juments non en chaleur, essayent de mordre l’étalon, poussent de petits cris, et ruent sans interruption jusqu’au moment où on leur fait quitter la barre.

Certaines, particulièrement les primipares, et celles qui sont restées vides l’année précédente ou qui ont été soumises à un régime échauffant, ne présentent pas des signes de chaleur aussi accusés. Les unes, au début, restent tranquilles au moment où le boute-en-train les flaire à la tête, à l’encolure, à l’épaule et paraissent y trouver une certaine satisfaction; elles conservent même cette attitude lorsque le boute-en-train arrive dans la région postérieure et ne réagissent pas à l’excitation vulvaire provoquée par le contact de la baguette de l’étalonnier. Si l’on insiste pourtant pendant quelques minutes, brusquement, elles changent d’attitude, commencent à taper dans la barre, à hennir, en un mot à se défendre.

D’autres juments présentent des signes de pseudo-chaleurs dès la vue du boute-en-train; elles arrivent en écartant les jambes de derrière, effectuent des mouvements du clitoris, émettent des émissions brusques d’urine; puis, si l’on insiste, elles commencent à ruer et à se défendre; ces juments n’ont en réalité qu’une excitation factice et ne sont pas prêtes à être saillies.

Enfin, d’autres poulinières à peine arrivées à la barre, crient, essaient de mordre le boute-en-train, tapent d’une façon assez violente pour que certains étalonniers peu expérimentés, les fassent partir, persuadés qu’elles ne sont pas en chaleur. Mais, si l’on insiste un peu, les juments se calment, laissent l’homme les toucher à la vulve avec son bâton et finissent par avoir les mouvements caractéristiques du clitoris indiquant les véritables chaleurs. Il faut retenir que les juments suitées présentées le neuvième jour à l’étalon, se défendent parfois énergiquement à la barre; la cause est d’ordre psychique (séparation temporaire de leur poulain)..

En résumé, il convient de ne pas juger trop hâtivement les juments qui arrivent à la barre, d’après leur première attitude et c’est au stud-groom expérimenté à connaître assez le caractère de chacune d’elles pour faire une sélection judicieuse entre les chaleurs véritables et les pseudo-chaleurs.

Pour l’emplacement de la saillie, choisir un terrain uni et non glissant, dans un espace assez vaste pour que l’étalon et la jument ne se blessent pas au cas où ils se déplaceraient l’un et l’autre; un peu isolé, pour qu’ils ne soient pas dérangés par d’autres chevaux; on a vu des étalons refuser de saillir une jument s’ils en apercevaient d’autres.

Le calme devant être réalisé, on ne doit admettre que le personnel nécessaire pour tenir ou diriger les animaux, afin d’éviter autant que possible tout ce qui pourrait distraire l’étalon.

Si les juments sont difficiles, chatouilleuses, si l’on craint qu’elles blessent l’étalon, placer aux membres postérieurs des entraves d’où partent des cordes qui se croisent sous le ventre et vont se fixer à l’encolure. Les crins de la queue sont liés ou réunis en tresse.

Pour certains étalons méchants ou trop ardents, il est prudent de mettre la bride avant d’ouvrir la porte du box et. de leur couvrir les yeux avec une capote.

Au moment de la saillie, un palefrenier doit relever la queue de la jument et au besoin diriger le pénis dans la vulve pour abréger l’opération, diminuer la fatigue, et prévenir une erreur de lieu qui rendrait l’acte infructueux et peut-être fatal à la jument.

La saillie peut être considérée comme bonne lorsque l’étalon donne le petit coup de rein final indiquant l’éjaculation.

Sous le nom de fausses saillies nous désignons le coït effectué mais qui n’aboutit pas à l’éjaculation. Certains étalons — en dehors de ceux fatigués — accomplissent volontairement la saillie sans éjaculer de façon — en évitant la résolution musculaire — à renouveler l’acte deux ou trois fois.

Les sujets qui ont cette habitude vicieuse «s’amusent» selon l’expression des étalonniers.

Ce défaut d’éjaculation ne constitue pas — dans la majorité des cas — un signe d’impuissance; il est d’ordre psychique car sous l’influence de corrections sévères, les sujets ne tardent pas à perdre cette habitude qui deviendrait pour eux une cause d’usure prématurée.

Nous ne saurions trop protester contre la pratique qui consiste à livrer à l’étalon les juments nouvellement délivrées non en chaleurs peur la raison tout à fait spécieuse que les voies génitales étant ouvertes largement, la fécondation ne peut manquer de se produire. Cette erreur grossière s’est propagée,elle continue à régler la conduite de certains éleveurs et à recevoir même l’approbation des étalonniers.

Il est absolument impossible que la saillie — en l’absence du phénomène de l’ovulation liée intimement à la présence des chaleurs — soit suivie de fécondation. Cette saillie, accomplie avec violence, constitue un véritable viol, pouvant produire, en exagérant l’état inflammatoire des voies génitales, des complications graves (vaginite, métrite, etc.).

Nous basant sur des données physiologiques vérifiées par la pratique les moyens à utiliser dans les accouplements pour obtenir le maximum de fécondité, comportent:

1° l’influence de la période des chaleurs sur la fécondité et 2° le délai qui doit exister entre la première saillie et celles successives.

Non seulement la fécondation n’est possible, qu’au moment des chaleurs, mais encore les périodes de celles-ci (début, milieu, fin) exercent une action sur les chances de fécondation.

La pratique montre que le maximum de fécondité semble coïncider avec le moment où les instincts génésiques sont le moins accusés, c’est-à-dire vers la fin des chaleurs. Comment scientifiquement expliquer le fait?

Physiologiquement, en se basant sur diverses considérations d’ovogénèse, F.-A. POUCHET pense que l’émission des ovules a lieu vers la fin car elle résulte d’un travail congestif dont les chaleurs ne sont que le reflet et le signe extérieur. En outre, les nombreuses explorations digitées du col utérin que nous avons pratiquées expérimentalement pendant les diffirentes périodes des chaleurs permettent d’affirmer la dilatation progressive de son trajet; particularité qui permet, si la saillie est faite à la période finale des chaleurs, de bénéficier des avantages précieux de l’éjaculation «intra-utérine» sur la fécondité.

Fréquentes sont les régions où les éleveurs ont la funeste habitude de présenter tous les huit jours, et même plus souvent, leurs juments à l’étalon. Il n’y a pas — comme nous allons le mettre en évidence — de pratique plus vicieuse et plus néfaste tant au point de vue de la stérilité relative, que du surmenage génésique des étalons.

Les «revues» répétées sur la même chaleur, entretiennent par suite des contacts fréquents avec le mâle, des hyperchaleurs déterminant souvent l’éréthisme génital, cause fréquente de stérilité.

Vérifier et savoir utiliser les chaleurs constituent la science du stud-groom. Pour fixer les idées, nous indiquons la technique des saillies chez une jument — et le cas est fréquent — dont la fécondation n’aurait été réalisée qu’à la quatrième chaleur.


Si le résultat est négatif, faire pratiquer un examen méthodique de l’appareil sexuel; rechercher l’origine (paternelle ou maternelle) et la cause de la stérilité (obstacles mécaniques, chimiques etc), et instituer un traitement rationnel.

Des coutumes, fondées sur de purs préjugés, existent au sujet des traitements auxquels il convient de soumettre la jument saillie pour assurer sa fécondation. Toutes ne sont pas innocentes. Les unes ont pour but immédiat de s’opposer à l’expulsion du sperme déposé par le mâle dans le vagin; les autres dérivent de raisonnements plus compliqués, qu’ils ne serait d’ailleurs pas facile de démêler. Les premières constituent à pincer l’épine dorsale ou à la frotter avec un bâton pour y provoquer un mouvement de flexion; imprimant ainsi au vagin une direction oblique de haut en bas et d’arrière en avant, on pense que le sperme pénétrera plus avant vers le fond et sera ainsi moins facile à expulser. Quoi qu’il en soit, de l’interprétation, l’acte ne peut avoir aucun inconvénient, si son utilité n’est rien moins que démontrée. Il n’en est assurément pas ainsi d’autres procédés empiriques, et surtout de celui d’après lequel on jette violemment un seau d’eau fraîche sur les fesses et la croupe de la jument. Si à ce moment, la vule entr’ouverte laisse pénétrer cette eau dans l’intérieur du vagin, son contact avec le sperme tuera infailliblement les spermatozoïdes, en abaissant la température en deçà de leur tolérance. La fécondation sera ainsi rendue impossible.

Il est commun aussi de pratiquer une saignée aux juments saillies. A coup sûr, cela ne facilite ni n’entrave en rien la fécondation.

La saignée avant la saillie chez les juments nymphomanes est souvent utile; en abaissant le nervosisme du sujet, en combattant l’éréthysme du col utérin, elle favorise la fécondation.

Vérifier les chaleurs, effectuer la saillie double (matin et soir ou le jour et lendemain), éviter l’abus des saillies sur la même chaleur, observer un intervalle de trois jours, dans les saillies successives, telles sont les indications à réaliser; chez les juments qui viennent de pouliner, ajouter, d’une façon systématique, l’utilisation des premières chaleurs.

En observant cette méthode dans la pratique des saillies, les chances de fécondation — sauf les cas de stérilité dus à des lésions organiques de l’appareil sexuel des procréateurs — seront élevées; on diminuera les revues successives et nombreuses qui en surmenant l’étalon, diminuent son aptitude fécondante et abrègent la durée de sa carrière.

CHAPITRE VI

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DE LA GESTATION

Modifications physiologiques. — Signes. — Durée. — Anomalies.

On appelle gestation, l’état d’une femelle qui porte dans la matrice le produit de la conception.

La gestation — véritable incubation interne — pendant laquelle le fœtus se forme et se développe aux dépens de la mère, offre un grand intérêt pour les éleveurs et justifie l’étude documentée que nous allons en faire.

Le diagnostic de la gestation comporte des signes rationnels et certains; les premiers sont fournis par les modifications qui se manifestent dans les différents appareils et fonctions de la mère sous l’influence de la gestation; les seconds, appartiennent au fœtus et révèlent d’une manière indubitable sa présence et sa vitalité.

Parmi les signes rationnels, nous rangerons la cessation des chaleurs, la disposition à l’engraissement, le développement du ventre et celui des mamelles.

Lorsque six à huit jours après un accouplement opéré dans de bonnes conditions, on voit les chaleurs disparaître; lorsque la jument présentée à nouveau à l’étalon, refuse de se laisser couvrir, on peut présumer qu’elle a conçu. Toutefois, il n’est pas rare de voir des chaleurs ne pas réapparaître chez des juments qui sont restées stériles malgré des accouplements répétés.

D’autre part, on rencontre des juments qui, bien que pleines depuis plusieurs mois, présentent des signes de chaleur et acceptent l’étalon; l’époque à laquelle elles mettent bas le démontre clairement. Ces mêmes exceptions sont impuissantes à infirmer la règle générale et pratiquement, la suppression des chaleurs constitue un critérium fidèle de la gestation.

Les éleveurs attribuent, et non sans raison, une grande importance à la disposition à l’engraissement observé chez les juments pleines; toutefois, l’augmentation de l’embonpoint peut dépendre de tant de causes différentes, tout à fait étrangères à la présence d’un fœtus, que ce signe n’a de valeur réelle que par les circonstances dans lesquelles il se produit; Il ne faut pas oublier que toutes les causes accidentelles qui peuvent faire varier l’engraissement (suppression de la lactation, suralimentation, exercice insuffisant, etc.) diminuent la valeur de ce symptôme.

Le développement du ventre, méthodiquement observé, constitue un symptôme précieux; l’époque à laquelle on commence à s’en apercevoir n’a rien de fixe. Dans les cas les plus nombreux, c’est à quatre mois chez la jument que l’on peut constater une légère augmentation, qui ira dès lors en s’accusant de plus en plus. Ce signe est très important, et lorsqu’il coïncide avec ceux que nous avons étudiés, il a une grande valeur diagnostique; toutefois, il faudra tenir compte, non seulement de l’ampliation plus ou moins apparente de l’abdomen, mais encore et surtout de sa forme spéciale.

Quand cette déformation est due à la présence d’un fœtus dans la matrice, le ventre s’accroît dans tous les sens mais surtout par son tiers inférieur. Il s’élargit en ce point, de manière que la saillie qu’il forme déborde très sensiblement le plan de la région crurale. Ce symptôme chez les poulinières, âgées, «déformées par la maternité » n’a qu’une valeur relative du fait de la déformation permanente de l’abdomen; chez les primipares l’accroissement de l’abdomen est si peu marqué qu’on peut facilement le méconnaître.

De plus, plusieurs maladies, l’hydropisie des ovaires, l’ascite etc., donnent lieu à l’ampliation de l’abdomen et peuvent simuler une gestation.

La valeur diagnostique du développement des mamelles varie selon qu’on le considère chez les primipares ou chez les femelles déjà mères.

Chez les primipares, c’est environ deux mois avant la mise-bas, quelquefois plus tard, que les glandes mammaires commencent à prendre du développement.

Chez les poulinières suitées et pleines, la sécrétion lactée commence à se tarir à une époque plus ou moins éloignée de la parturition à venir, généralement entre la fin du sixième mois et le commencement du huitième mois.

Chez les femelles déjà mères, mais non nourrices, les choses se passent comme chez les primipares, à cette différence près que les glandes mammaires commencent à grossir peut-être un peu plus tard.

Les changements dans la composition de l’urine fournissent un critérium sérieux de la gestation. La teneur minérale de l’urine — principalement le taux calcique — diminue du fait de la nutrition fœtale qui absorbe pour l’édification du squelette du fœtus, une notable proportion de chaux empruntée aux aliments destinés à la mère. Les analyses faites par M. CHAPELLE sur l’urine d’une jument montrent que le taux calcique baisse à mesure que la gestation arrive à son terme.

Le lait d’une jument en gestation est moins riche en phosphate de chaux que lorsqu’elle n’a pas été fécondée; il est moins nourrissant pour les poulains.

Les signes certains de la gestation sont ceux par lesquels le fœtus accuse sa présence directement à nos sens. Nous comprenons sous ce titre: 1° les mouvements actifs du fœtus perceptibles à l’extérieur; 2° les renseignements que donne le palper; 3° et 4° ceux fournis par l’exploration vaginale et rectale; 5° enfin ceux que donne l’auscultation du cœur du fœtus.

Vers le milieu du quatrième mois de la gestation les muscles du fœtus sont déjà contractés, et celui-ci commence à effectuer quelques mouvements. Vers le septième mois chez la jument, les déplacements du fœtus sont assez prononcés pour être perceptibles à la main de l’observateur, à travers l’épaisseur des parois abdominales. Ils acquièrent une telle énergie dans les deux derniers mois de la gestation, qu’ils deviennent facilement appréciables, non seulement au toucher, mais encore à la vue.

Pour les apprécier, on posera la main exploratrice à plat sur les parois du ventre, du côté gauche, un peu en avant et au-dessus de la mamelle; on déprimera ces parois par une pression modérée, et l’on tiendra la main ainsi tandis que l’autre main, prenant au point d’appui sur la région lombaire, facilitera l’exploration. Si pendant cette exploration, le fœtus vient à remuer, ses mouvements seront facilement perçus par la main de l’observateur; ils se produisent avec une sorte de brusquerie et sur une assez grande surface et donnent la sensation d’un corps ferme et même dur, lequel soulève avec une certaine force la main de l’explorateur.

Ces mouvements sont plus fréquents et plus énergiques le matin pendant que la jument mange, et plus encore quand elle boit. L’exercice, et, en particulier le trot, produit souvent aussi le même effet.

L’absence de mouvements ne permet pas d’affirmer la non-existence de la gestation; aussi, préfère-t-on le toucher abdominal. Ce procédé ne donne guère d’indications certaines que vers le septième ou le huitième mois pour la jument. L’exploration se fait dans le flanc gauche; l’opérateur avant le dos tourné du côté de la tête de la mère, applique le poing fermé à la partie inférieure du flanc, puis soulève brusquement la paroi abdominale et ramène imméditament sa main près de sa position première.

Le fœtus soulevé, redescend et vient buter contre la paroi abdominale qui transmet au poing l’impression du choc.

L’exploration rectale est plus certaine; elle doit être faite avec beaucoup de précautions, pour ne pas déterminer l’avortement; elle peut donner des indications dès le troisième mois. Pour l’effectuer, la femelle étant debout, les membres postérieurs entravés ou non, la main est engagée dans le rectum, vidé auparavant, jusqu’un peu en avant du pubis, ou abaissée à plat dans le plan médian du corps; on perçoit une masse plus ou moins volumineuse, dure, irrégulière, pouvant être déplacée dans une certaine mesure.

L’exploration vaginale ne fournit pas des renseignements aussi nets. Sur l’animal, maintenu comme précédemment, on introduit la main dans le vagin jusqu’au col de l’utérus. Si la jument n’est pas pleine, la main rencontre le col utérin faisant saillie dans le vagin; si la femelle est pleine, on trouve le col bien clos, non saillant et fermé par une grande quantité d’un mucus visqueux; en essayant de soulever l’utérus, on sent que cet organe est lourd.

L’auscultation obstétricale se borne à enregistrer les battements cardiaques du fœtus pendant les derniers mois de la gestation; ces pulsations sont au nombre de 90, 100, 120 et plus. Ce moyen de diagnostic est peu pratique en obstétrique vétérinaire; les bruits intestinaux empêchant de percevoir les battements cardiaques.

M. LENZO-GUILAIN a préconisé une méthode de diagnostic très précoce de la gestation basée sur la présence de ferments protéolytiques spécifiques dans le sang. Ces ferments apparaîtraient dès le seizième jour après la fécondation et seraient nettement constatés trois semaines après un coït fécondant.

La recherche de ces ferments présente au point de vue pratique un grand intérêt, elle éviterait — en cas de persistance des chaleurs chez les juments fécondées — les saillies ultérieures qui peuvent provoquer — et le cas est fréquent — l’avortement embryonnaire.

DURÉE DE LA GESTATION

La durée de la gestation paraît plus longue pour les races de sang que pour les races communes; on admet qu’elle est plus longue quand le produit es t du sexe masculin que quand il est du sexe féminin; le terme de la gestation dépend aussi de l’âge plus ou moins avancé de la mère, de son degré de force et d’embonpoint. D’ailleurs, il n’y a rien de bien certain à ce sujet, puisque dans des conditions semblables, on peut observer une différence de plus de sept jours dans la durée de la gestation de la jument.

La durée de la gestation gémellaire est généralement moindre que celle de la gestation simple chez la même femelle.

Chez la jument, on admet pratiquement que la durée ordinaire de la gestation est de onze mois, mais peut varier entre dix et douze mois; le durée normale oscille entre trois cent quarante à trois cent cinquante jours, soit onze mois et demi; c’est dans ce délai que naissent la plupart des poulains.

ANOMALIES DE LA GESTATION

Les fausses gestations sont caractérisées par l’évolution de produits anormaux, pathologiques ou tératologiques pouvant simuler plus ou moins complètement la gestation normale. Ces produits sont ordinairement des môles, des kystes et l’hydromètre.

Les môles sont des monstres formés de masses musculaires adipeuses, conjonctives, etc., entourées d’un revêtement pileux; aucun appareil n’est organisé. Dans les môles hydatiques ou vésiculaires, on ne trouve pas de vestige d’embryon; il n’y a que les enveloppes fœtales.

L’hydromètre est une collection de mucosités dans la cavité utérine due à une infection de l’utérus.

Chez la jument affectée d’hydromètre, le ventre grossit peu à peu, et on observe quelques signes qui pourraient faire croire à la gestation normale. Le diagnostic est établi par l’exploration rectale qui permet de percevoir une masse uniformément fluctuante occupant les cornes. Généralement, vers le cinquième ou le sixième mois, on constate des symptômes d’avortement et l’expulsion par la vulve des liquides collectés dans l’utérus.

Le traitement consiste à dilater le col et à faire ensuite quelques injections antiseptiques dans l’utérus.

La gestation extra-utérine est caractérisée par la présence d’un ou plusieurs fœtus, en dehors de la cavité utérine, en un point quelconque de la cavité abdominale. Normalement l’ovule, après avoir été fécondé, s’échappe de l’ovaire, est reçu par le pavillon de l’oviducte et vient enfin se fixer dans l’utérus. Mais il peut arriver que cet ovule se fixe dans l’ovaire, dans l’oviducte, sur le vagin après avoir traversé le col utérin, ou tombe dans la cavité péritonéale, et se développe ainsi dans un endroit anormal.

Dans le cas de gestation abdominale, l’ovule chez la jument se fixe ordinairement dans le flanc gauche; à l’autopsie on trouve, en un point variable, une production plus ou moins volumineuse, souvent sphérique avec une paroi externe, indurée, très épaisse. Le fœtus contenu est peu développé ; généralement avant le demi-terme, il meurt, se dessèche, se momifie; il peut subir la dégénérescence graisseuse ou une véritable calcification; parfois, il se putréfie et détermine une péritonite rapidement mortelle.

Le diagnostic est à peu près impossible; les signes probables sont ceux de la gestation normale, mais, au moment du part, les coliques, les efforts expulsifs restent infructueux; la vulve ne se dilate pas, la croupe ne s’affaisse pas; à la longue la jument maigrit.

Il ne faut pas confondre cette gestation extra-utérine abdominale avec celle due à une déchirure des parois de l’utérus, par laquelle le produit de la fécondation s’échappe, tombe dans la cavité abdominale, mais garde par le cordon et le placenta ses adhérences à l’utérus.

CHAPITRE VII

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DE LA PARTURITION

Phénomènes physiques et mécaniques de la parturition. — Mécanisme du part. — De l’intervention dans les parts dystociques. — Manœuvres obstétricales. — Chirurgie obstétricale.

L’écart énorme — de plus de 50 % — entre le nombre des naissances et celui des juments qui devraient être productives reconnaît pour cause le nombre considérable des non-fécondations, des avortements, des parturitions malheureuses.

Le mal que nous venons de signaler serait, sans aucun doute, atténué, si les moyens de prévenir et de combattre les accidents qui peuvent compromettre la gestation et compliquer le part étaient mieux et plus généralement connus.

Diminuer le nombre de ces accidents qui s’attaquent à la source même de la production animale, serait, en effet, accroître dans une proportion exactement correspondante le nombre des produits viables.

On voit par là toute l’importance dans la race pure, de cette partie de la science qui a pour objet l’étude de l’accouchement, de tout ce qui le précède et de tout ce qui le suit immédiatement, et à laquelle on a donné le nom d’obstétrique.

Les juments dans les jours qui précèdent l’accouchement seront isolées dans un local spécial, l’accouchoir, et placées sous la surveilance nuit et jour d’une personne expérimentée; cette surveillance sera exercée à une certaine distance pour ne pas troubler la quiétude des parturientes.

Chez les primipares, l’affaissement des muscles fessiers, l’enfoncement de la vulve, symptomatiques d’un part prochain, sont peu accusés; l’apparition du colostrum constitue le meilleur critérium.

Sauf les juments jeunes, impressionnables, nerveuses ou celles qui ont été dérangées par la présence intempestive de l’homme, la majorité des poulinières accouchent couchées.

La parturation est l’action par laquelle le fœtus, parvenu au terme de son accroissement, est expulsé de la matrice à travers les parois génitales.

A la naissance le poids du poulain varie de 38 à 42 kilogrammes; jusqu’au neuvième ou dixième mois de la gestation, le fœtus chez la. jument est incurvé sur lui-même, dirigé vers la croupe de la mère. La nuque touche au sacrum; la tête est en flexion outrée sur la poitrine; les membres postérieurs sont ramenés sous le corps; les membres antérieurs sont fléchis aux genoux et accolés à la tête. Parfois la tête du fœtus est dirigée en avant vers celle de la mère.

Au moment de la naissance, la position se modifie presque toujours; la tête et l’encolure se redressent et les membres s’étendent.

La présentation est la manière suivant laquelle le fœtus peut se présenter à l’entrée du bassin; elle caractérise la direction du fœtus à l’intérieur de l’utérus. La présentation est longitudinale quand le grand axe du fœtus est parallèle à celui de la mère; cette présentation est antérieure quand le fœtus s’engage dans le détroit par son train antérieur, sa tête et ses membres pouvant occuper des positions diverses; elle est postérieure quand il se présente par son train postérieur.

La présentation est transversale quand le grand axe du fœtus est perpendiculaire à celui de la mère.

Le diagnostic de ces présenta Lions présente des difficultés variables suivant le degré d’engagement du fœtus dans le canal pelvien.

Le pronostic varie pour chacune d’elles. Suivant qu’elles permettent ou empêchent mécaniquement la sortie du fœtus on distingue:1° des présentations normales ou naturelles; ce sont les présentations antérieure et postérieure; 2° des présentations anormales ou dystociques; ce sont les transversale et longitudinale, dans lesquelles le corps ou les membres ont une direction vicieuse.

Le part naturel est celui qui s’exécute sans intervention et par les seuls efforts de la nature.

Les signes précurseurs consistent dans le gonflement des mamelles qui, peu de jours avant la mise bas, deviennent distendues et sensibles; la tuméfaction de la vulve qui laisse échapper un mucus gluant, visqueux, blanc jaunâtre; l’affaissement du ventre, le creusement du flanc, l’abaissement de la croupe.

La jument paraît inquiète, s’agite, présente de légères coliques dues aux contractions utérines; elle se couche en décubitus sterno-abdominal ou se relève et reste debout pendant toute la durée du paît. La jument vousse sa colonne vertébrale en contre-haut, les muscles adbominaux se contractent énergiquement, le col utérin se dilate, les enveloppes s’y engagent et apparaissent entre les lèvres de la vulve sous forme de bouteille, puis se crèvent(poches des eaux); le chorion se rupture d’abord et donne lieu à un écoulement des eaux allantoïdiennes, puis l’amnios se montre à la vulve, tendue, arrondie, blanchâtre (poches des eaux amniotiques) et se rupture.

La rupture tardive de cette poche est préférable, car le fœtus progresse plus facilement; si elle est prématurée, la muqueuse vaginale se dessèche et le produit progresse difficilement.

La force d’expulsion de l’utérus dépend de trois causes: 1° la tonicité utérine, 2° la contraction utérine et 3° les efforts abdominaux.

Les contractions utérines et abdominales augmentent et deviennent presque continues ainsi que les douleurs qu’elles provoquent. Les membres antérieurs et la tête du fœtus sont dans le vagin, puis, le corps du fœtus s’engage dans le bassin en se déformant; il y a souvent un temps d’arrêt au moment où la poitrine du fœtus franchit le détroit postérieur du bassin. Si la jument est debout, la rupture du cordon ombilical se produit; si elle est couchée, cette rupture survient lorsqu’elle se lève. Parfois le cordon résiste et le délivre suit le fœtus; souvent la mère rompt le cordon avec ses dents.

La durée du part normal est de cinq à quinze minutes en moyenne chez la jument.

La délivrance comporte le décollement du placenta et l’expulsion des enveloppes; elle s’effectue rapidement chez la jument.

Avant le part, la jument sera placée dans un box, pourvu d’une litière propre et abondante. Nous ne saurions trop recommander de pratiquer l’antisepsie des voies génito-urinaires qui peut éviter des infections post-parfum. On savonnera à l’aide de solutions antiseptiques chaudes (crésyl 1%, permanganate de potasse 1 ‰, eau oxygénée 1 p. 10, etc.) la vulve, l’anus, la queue.

Pendant le part, il faut se hâter d’intervenir, car le poulain meurt au bout de quelques minutes. Pendant la durée du part, on ne devra pas déranger la mère; il est indiqué d’attendre la rupture spontanée de la poche des eaux; en tout cas,on ne devra l’ouvrir qu’en dehors de la vulve.

Ce n’est que lorsque le part se prolonge qu’il est indiqué d’explorer avec beaucoup de précautions, les organes génitaux de la jument; cette exploration ne devra se faire qu’après désinfection soignée des mains, et des objets, des lacs, instruments, etc., qu’on introduira dans les voies génitales; on s’enduira le bras et la main de vaseline boriquée.

On peut se rendre compte si le fœtus est vivant par la constatation de ses mouvements, la perception du pouls fœtal sur les artères ombilicales, par la chaleur persistante des parties exposées à l’air. On vérifie aussi de la situation du fœtus et de la présentation; ensuite, lors de présentation antérieure ou postérieure, on exerce des tractions modérées et méthodiques sur le fœtus, lesquelles doivent coïncider avec les efforts expulsifs de la mère.

Si la rupture de la poche des eaux a été trop hâtive, on lubrifie les parois du vagin avec de l’huile.

En cas de part tumultueux, après avoir vérifié l’absence, d’obstacle matériel et que seule la contraction spasmodique de l’utérus entrave le travail, on donnera des lavements mucilagineux opiacés; on pourra recourir à l’administration de chloroforme, d’éther.

Dans le part languissant, les douleurs peuvent être trop faibles, trop courtes, trop rares ou même complètement nulles. Après s’être assuré par un examen méthodique, qu’il n’existe pas d’obstacle mécanique, il convient de stimuler l’organisme par des toniques, café, vin chaud, alcool.

On désigne sous le nom de dystocies les difficultés du part qui nécessitent l’intervention de l’homme. L’étude des dystocies est complexe ainsi que leurs causes et les moyens propres à les combattre; elles sont d’origine maternelle ou fœtale.

Les dystocies maternelles peuvent être dues à des lésions du bassin ou des organes génitaux. Les causes les plus fréquentes sont le développement incomplet qui s’observe surtout sur les femelles très jeunes; la déformation du bassin totale ou partielle, souvent consécutive au rachitisme; les fractures du col de l’ilium, de la cavité cotyloïde, du sacrum, etc.; les exostoses, les tumeurs (fibromes, carcinomes, tumeurs mélaniques, etc.).

Il faut intervenir soit par l’extraction forcée, qui ne doit pas être tentée si le passage est manifestement trop étroit, soit par l’embryotomie, soit par l’opération césarienne.

L’atrésie vulvaire peut être congénitale mais elle est presque toujours acquise et consécutive à des blessures anciennes ou due à des tumeurs; si l’étroitesse vulvaire est nettement accusée il faut pratiquer latéralement une ou plusieurs incisions.

Les cicatrices du vagin, la persistance de la membrane hymen, les tumeurs et les kystes peuvent mettre obstacle à la sortie du fœtus.

Les tumeurs de l’utérus (fibromes, myxomes, kystes,etc) peuvent gêner la progression du fœtus dans le canal pelvien. Les lésions du col utérin (spasme, induration, oblitération) s’observent fréquemment; les deux dernières résultent presque toujours de blessures anciennes lors d’un part antérieur. Contre le spasme du col, on aura recours aux médicaments opiacés et belladonés, aux douches vaginales chaudes, à la dilatation progressive.

La torsion de l’utérus — affection rare et grave — constitue un obstacle complet à la parturition; l’exploration rectale permet de constater la torsion.

Les dystocies fœtales sont dues aux causes suivantes: disposition anormale du cordon ombilical; excès de volume du fœtus; maladies du fœtus, monstruosités; multiparité ; présentations et positions anormales du fœtus.

Le cordon ombilical peut être enroulé autour d’un membre, du cou ou du corps du fœtus et empêcher sa sortie. Si on ne peut détruire cet enroulement avec la main, il faut sectionner le cordon et se hâter d’attirer le fœtus dehors, afin d’éviter l’asphyxie.

L’excès de volume du fœtus est rare chez la jument de pur sang.

Les maladies du fœtus (ascite, anasarque, emphysème généralisé, contracture musculaire, tumeurs, etc.) et les monstruosités fœtales sont souvent des causes de dystocies graves exigeant l’extraction forcée ou l’embryotomie.

Limité par le cadre de notre étude, nous résumons dans divers tableaux la présentation naturelle et les positions défectueuses du fœtus.

Tableau synoptique des dystocies fœtales dépendant des positions et présentations anormales (VIOLET).

I. — PRÉSENTATION ANTÉRIEURE

Table des matières

A. — PRÉSENTATION ANTÉRIEURE NATURELLE


B. — PRÉSENTATION DYSTOCIQUE POUVANT SE RENCONTRER DANS TOUTES LES POSITIONS


II. — PRÉSENTATION POSTÉRIEURE

Table des matières

A. — PRÉSENTATION POSTÉRIEURE NATURELLE


B. — PRÉSENTATION POSTÉRIEURE DYSTOCIQUE


III. — PRÉSENTATION TRANSVERSALE

Table des matières

SOUS TOUTES SES FORMES, IL Y A DYSTOCIES.

La chirurgie obstétricale comporte l’emploi de divers instruments: des lacs, des licols pour maintenir les différentes parties du fœtus et les attirer au dehors, des porte-lacs pour les fixer plus facilement, des crochets, des repoussoirs pour repousser certaines parties du corps; des bistouris pour ouvrir ou amputer certaines régions et diminuer le volume du fœtus, des écraseurs, des scies pour le même but, enfin des treuils pour faciliter les tractions.

Lorsque les tractions doivent être énergiques au lieu de multiplier les aides qui tirent par secousses et sans ensemble, il est bien préférable de se servir d’un treuil qui donne une traction régulière. Il est bien entendu qu’avant d’utiliser ces moyens il importe de s’assurer que le seul obstacle à la sortie du fœtus est une simple question de frottement.

Les opérations obstétricales comprennent la propulsion, la rotation, la version, l’extraction forcée, l’hystérotomie vaginale, l’opération césarienne, l’embryotomie.

La propulsion consiste à repousser le fœtus vers le fond de l’utérus, de façon à dégager l’entrée du bassin et faciliter les changements d’attitude du fœtus.

La rotation a pour but de changer la position du fœtus; elle doit être précédée de la propulsion.

La version a pour effet de modifier la présentation du fœtus, en plaçant en regard du détroit antérieur l’extrémité fœtale qui se prête le mieux à son expulsion.

L’extraction forcée consiste à extraire le fœtus par des moyens de traction violents; au préalable, faire une injection d’huile dans le vagin; diriger le fœtus dans la position qui peut offrir le moins de résistance; les tractions doivent être effectuées dans ce sens; souvent il est avantageux de tirer alternativement d’un côté et de l’autre; elles devront être exécutées sans secousses, soit par des aides ou par l’emploi d’appareils spéciaux.

L’hystérotomie — l’incision de la matrice — permet l’agrandissement du col de la matrice lors d’induration, de spasme, de tumeur de cet organe; c’est une opération in extremis car les femelles qui ont subi cette opération ne doivent plus être livrées à la reproduction.

C’est toujours une opération grave pouvant se compliquer d’hémorragie, de métrite, de péritonite.

L’opération césarienne consiste à ouvrir l’abdomen et l’utérus de la jument pour en extraire le fœtus. Les indications sont nombreuses: torsion irréductible de l’utérus, gestation extra-utérine, présentation transversale, tumeurs du bassin, etc. Cette opération, même faite sous le couvert de l’antisepsie, est toujours très grave et exige l’anesthésie.

L’embryotomie consiste au moment de la parturition à diviser le fœtus en plusieurs parties, lorsqu’on ne peut l’extraire en entier. Elle se fait soit dans le corps de l’utérus même, soit le plus souvent quand le fœtus est déjà engagé dans le vagin; les parties à enlever sont la tête, les membres antérieurs, les membres postérieurs, plus rarement les viscères.

On ne doit y recourir que lors de circonstances graves (difformité, monstruosité, volume disproportionné, mauvaise position du fœtus,étroitesse ou conformation défectueuse du bassin maternel,etc.) et toutes les fois qu’on ne saurait pratiquer la parturition par d’autres moyens sans compromettre la vie de la mère.

L’intervention dans les parts dystociques est des plus délicates; par l’exploration, il est relativement facile de reconnaître la tête, le tronc ou les membres; pour distinguer un membre antérieur d’un postérieur, on se base sur le sens de la flexion au niveau de l’articulation principale, genou ou jarret.

Fig. 2, 3, 4, 5, 6.

Obstacles provenant de présentations dystociques.


Fig. 7, 8.

Obstacles provenant de présentations dystociques.


Pour les femelles habituellement uni pares comme la jument, il faut toujours être très prudent avant de tenter l’extraction forcée d’un fœtus que l’on croit unique. Il faut s’assurer qu’il se présente bien seul, et que l’on ne tire pas, par exemple, sur la tête et un membre antérieur d’un fœtus, en même temps que sur un membre antérieur ou postérieur d’un autre.

Après avoir pratiqué l’exploration, on doit commencer par mettre un lacs à toutes les parties importantes, tête ou membre, qui se présentent à la portée de la main. Ceci a une grande importance, car, si on est forcé à un moment donné, de repousser une de ces parties, il peut être très difficile plus tard de la retrouver et de la placer en bonne position.

Les manœuvres obstétricales ne doivent pas excéder une demi-heure; passé ce délai, dans la majorité des cas, le poulain est mort.

L’intervention dans les parts dystociques a pour but de remettre en bonne position (extension) une partie du fœtus en mauvaise direction (tête ou membres fléchis).

Ces manœuvres des plus délicates étant du domaine de l’obstétrique ne sauraient être étudiées ici; nous renvoyons le lecteur aux traités techniques.

La documentation photographique des plus instructives, insérée dans le cours de ce chapitre, a été empruntée à l’ouvrage de VIOLET et SAINT-CYR; elle fait prévoir — mieux que le texte le plus clair — les manœuvres obstétricales à utiliser dans les parts dystociques et explique la difficulté insurmontable de certaines présentations.

CHAPITRE VIII

Table des matières

DE L’AVORTEMENT

Etiologie. — Symptômes. — Traitement. — Prophylaxie. — Avortement embryonnaire. — Avortement épizootique.

L’avortement est l’expulsion du fœtus avant qu’il ne soit viable; chez la jument, on peut considérer comme avortement l’expulsion du fœtus quarante jours avant le terme normal.

Cet accident qui sévit dans les haras quelquefois à l’état épizootique cause un véritable préjudice à l’éleveur, en ajoutant ses effets néfastes à ceux de la stérilité et de la mortinatalité.

L’étiologie de l’avortement comporte des causes directes et des causes indirectes; parmi les premières citons les fortes contusions portées sur les parois de l’abdomen, les fortes pressions exercées sur l’utérus, les violentes secousses imprimées aux viscères abdominaux, les glissades, les chutes, etc.

Les aliments qui provoquent facilement des indigestions, la température trop froide des boissons, l’ingestion d’herbe glacée,le repos absolu, l’excitation, la frayeur, les saignées intempestives ou trop abondantes, l’administration de médicaments énergiques: purgatifs, émétique, digitale, opium etc., l’excitation génitale provoquée par la présence d’un mâle et surtout par le coït, sont autant de causes capables de provoquer l’avortement.

Les maladies de la matrice (congestion inflammatoire, métrorragie, tumeurs, etc.), celles du fœtus ou de ses enveloppes (hydropisie) peuvent occasionner l’avortement; chez les primipares, il est souvent dû à la présence de plusieurs fœtus.

Quelquefois l’avortement est la conséquence des tempéraments lymphatiques ou pléthoriques; certains éleveurs admettent l’effet de l’hérédité ; souvent ces accidents proviennent de l’influence du mâle trop faible ou atteint de déchéance vitale.

Signalons pour terminer l’étiologie de l’avortement la prédisposition individuelle; la pratique montre en effet, que certaines juments avortent avec une facilité singulière et désespérante.

L’avortement embryonnaire, observé assez souvent chez la jument du vingtième au soixantième jour, passe souvent inaperçu — particulièrement quand elles sont à la prairie — du fait de l’absence de symptômes généraux et locaux; le stud-groom est tout étonné de revoir en chaleur une jument qui, antérieurement, avait refusé nettement l’étalon et était considérée comme pleine.

Les éleveurs disent, en pareil cas, que la femelle a «coulé ».

Généralement, l’avortement survient sans prodromes; les symptômes varient selon le stade de développement du fœtus.

Dans l’avortement facile, observé fréquemment chez la jument, l’œuf, les enveloppes, l’embryon forment une masse unique. Il s’effectue avec soudaineté et sans effort. La physionomie et l’attitude de la poulinière qui a avorté n’expriment aucun malaise.

Dans l’avortement compliqué, les eaux s’écoulent généralement avant l’expulsion du fœtus, lequel peut être vivant ou mort. Il est généralement précédé d’un état d’inquiétude et de malaise; la jument a perdu l’appétit, a une marche difficile, le ventre est bombé ; de la vulve s’écoulent des matières muqueuses. Viennent ensuite des symptômes assez semblables à ceux qui caractérisent la parturition normale, des efforts expulsifs plus ou moins énergiques. Dès que le col utérin est ouvert, la vulve devient proéminente, et bientôt la poche des eaux fait hernie entre ses lèvres; quand la jument est très faible, le travail se fait très lentement et exige souvent l’intervention de l’homme.

Les complications comportent l’hémorragie, le renversement de l’utérus et du vagin, la non-délivrance, etc.

Les terminaisons de l’avortement sont quelquefois heureuses, les juments récupèrent rapidement la santé, mais elles présentent une certaine perturbation des fonctions génitales qui les prédispose à avorter; le fait est bien connu des éleveurs.

Le traitement, si le fœtus est encore vivant et la poche des eaux intactes, consiste à arrêter l’accident par des narcotiques (chloroforme, chloral). Si l’on ne peut s’opposer à l’expulsion du fœtus, en faciliter la sortie par tous les moyens habituels.

AVORTEMENT ÉPIZOOTIQUE

Table des matières

FRÉQUENCE. — GRAVITÉ. — CAUSES. — MODES DE CONTAGE. — DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL. — PROPHYLAXIE.

De nature infectieuse, l’avortement épizootique est une affection extrêmement grave du fait de l’abaissement de la natalité, de la perte des jeunes et des complications post-partum (non-délivrance, métrites, infécondité, nymphomanie, etc.).

L’avortement épizootique chez la jument est dû au bacillus abortinis équitus (Dassonville et Rivière).

Le mécanisme de l’infection en stabulation permanente s’effectue par voie génitale ascendante par souillures d’origine externe, par le personnel porteur de germes, par les organes génitaux de l’étalon; cette dernière cause étiologique est consacrée par la pratique. Au pâturage, l’infection est réalisée par les aliments et les boissons infectés.

Le fœtus s’infecte soit par l’intermédiaire des eaux de l’amnios, soit par le placenta maternel; la période d’incubation paraît être de vingt à vingt-cinq jours.

Chez la jument, vers le sixième mois de la gestation, mais très souvent aussi à n’importe quel moment, la femelle, ayant toutes les apparences de la santé, expulse sans prodromes, sans difficultés le fœtus avec ou sans les enveloppes. Une légère tuméfaction de la vulve, un engorgement peu accusé des mamelles chez les primipares, précèdent parfois l’avortement.

Au moment de l’avortement, la température est normale, mais au bout de vingt-quatre heures, on constate une réaction fébrile accusée (40° à 41°), de la tristesse, de l’abattement, de l’inappétence.

Quant au fœtus, il est presque toujours mort; si parfois, il est vivant, il ne tarde pas à succomber.

Les lésions ont leur siège dans l’utérus; la muqueuse utérine est recouverte d’un exsudat abondant, riche en bactéries spécifiques; les villosités placentaires sont épaissies, comme macérées par le pus et renferment l’agent pathogène.

L’aspect des avortons est variable: les fœtus sont morts en décomposition cadavérique ou non décomposés mais présentent des épanchements séro-hémorragiques péritonéaux, pleuraux et péricardiques ou n’offrent — ce qui est une exception — aucune lésion apparente.

Le premier cas d’avortement dans un haras est d’un diagnostic délicat, mais l’examen du fœtus et des enveloppes, les commémoratifs et la répétition des accidents fixent sur la nature de l’affection causale.

Le traitement curatif comporte l’isolement absolu des malades; après délivrance artificielle, si elle est nécessaire, faire une abondante irrigation de l’utérus et du vagin avec une solution iodée, après un lavage à l’eau bouillie; ne livrer les juments à l’étalon que deux mois après la guérison.

Soumettre les avortées à un régime tonique fortifiant constitue une indication importante.

Dans un article publié dans le Jockey — et dont nous relatons quelques passages — G. Sert met en évidence les pertes énormes causées à l’élevage par l’avortement épizootique.

«Des statistiques publiées par la direction des haras en 1913, il ressort que sur 3.778 poulinières de pur sang anglais saillies en 1912, 2.122 ont eu des produits, 1.045 ont été déclarées vides; 189 ont donné des produits morts et 121 ont avorté. Les éleveurs, peu empressés de déclarer les avortements, font figurer sur leurs états plus de 10 % de poulinières vides qui en réalité ont avorté. De sorte, que, contre 2.122 juments ayant eu des produits viables, nous pouvons inscrire sans hésiter comme ayant avorté : 10 % des 1.045 vides, soit 100 juments; les 189 ayant eu des produits morts et les 121 avortements déclarés.

Sur le total de ces deux dernières catégories on peut déduire 10 % attribuables aux accidents. Nous nous trouvons donc en présence de 380 poulinières qui n’ont donné que des produits morts ou avortés.

La proportion en 1914 est un peu plus élevée. Par suite d’un manque de personnel, la direction des haras n’a pu établir ces statistiques depuis la guerre. Mais si nous tenons compte des renseignements qui nous sont fournis cette année par les éleveurs, nous pouvons affirmer que la proportion des avortements est en augmentation sur celle que nous donnons plus haut, ce qui n’a rien de surprenant étant données les difficultés que le stud groom éprouve pour recruter le personnel.

En prenant pour base les résultats des dernières ventes de Deauville nous pouvons fixer la moyenne du prix des yearlings à plus de 40.000francs; c’est donc une perte de près de quinze millions pour notre élevage que nous causent les avortements épizootiques. Peut-on hésiter, dans ces conditions, à faire un léger sacrifice pour seconder des savants dont la modestie et le désintéressement nous sont connus, et leur permettre de poursuivre les recherches en vue de combattre ce fléau?

C’est la source même de l’élevage de pur sang qui est compromise et l’on conçoit que le problème soit d’importance, il n’en n’est pas qui mérite plus de retenir l’attention.

En effet, en dehors du manque à gagner que nous signalons plus haut, il faut encore tenir compte de la dépense du prix des saillies. Les services des mâles sont coûteux, nous voyons aux annonces des journaux, des prix qui atteignent jusqu’à 25.000 francs. C’est une somme, et quand l’acte n’est pas suivi de fruit, c’est une lourde perte; c’est un petit capital qui est perdu et c’est une année qu’il faut attendre avec une épreuve peut-être plus heureuse. Les événements fâcheux dont nous parlons ne restent malheureusement pas isolés; l’avortement le plus souvent est contagieux et c’est du quart, de la moitié des mères d’un même établissement, et souvent plus, que les saillies ne sont pas suivies de naissances sans que l’on puisse incriminer le père.»

Les mesures prophylactiques à instituer sont les suivantes: établir le diagnostic précoce; faire émigrer toutes les poulinières du milieu infecté ; désinfecter les locaux; brûler les litières; détruire les avortons et leurs enveloppes; faire des lavages au permanganate de potasse à 2 %o ou à l’eau oxygénée (10 p. 30) de la vulve, de l’anus, du périnée et de la queue (Desoubry); ne jamais employer les injections vaginales, les ovules vaginaux antiseptiques qui provoquent des efforts expulsifs favorisant l’avortement.

Chez l’étalon, laver et désinfecter le fourreau extérieurement et intérieurement deux fois par semaine, avant et après chaque saillie (solution faible de bichlorure de mercure).

Attribuer un personnel spécial aux juments avortées et mettre en observation dans un local spécial les poulinières de provenance étrangère. Les observations épidémiologiques montrent en effet, que l’infection est réalisée souvent par l’introduction d’une poulinière provenant d’un élevage contaminé.

En Angleterre, au Danemark, en Allemagne, en Amérique, et en France, on a tenté des vaccinations préventives, sans résultats probants.

Ces mesures prophylactiques, judicieusement appliquées, permettront de réduire les pertes élevées consécutives à l’avortement épizootique qui, ajoutant leurs effets néfastes à ceux de la stérilité et de la mortinatalité, réduisent trop souvent à néant les bénéfices du haras et entravent, en outre, l’amélioration de la race pure.

CHAPITRE VIII

Table des matières

DE LA STÉRILITÉ

Etiologie. — Stérilité d’origine paternelle. — Stérilité d’origine maternelle. — Diagnostic. — Traitement. — Prophylaxie.

L’élevage du pur sang et du demi-sang sont soumis à un ensemble de conditions qui viennent très souvent contrarier les efforts des éleveurs.

Il ne se passe pas de jour où le problème de la fécondité ne soit posé et résolu sans profit par les moyens empiriques et les pratiques superstitieuses les plus absurdes: ces pratiques procèdent de théories mécaniques brutales, de l’emploi de poudres dites «fécondantes» qui accusent chez leurs inventeurs, une ignorance absolue de l’anatomie et de la physiologie des organes génitaux.

La question de l’infécondité dans la race pure a une importance considérable. Sous quelque côté qu’on l’envisage, elle sollicite l’examen et demande une solution. Au point de vue sportif, elle touche aux plus grands intérêts. Ce n’est point exagérer d’admettre que la moitié des juments consacrées à l’élevage sont frappées d’infécondité et font perdre aux éleveurs des revenus considérables. Cette perte périodique atteint en France, les proportions d’un fléau et pèse lourdement sur la multiplication et l’amélioration de nos races.

On se borne à relever chaque année les cas d’infécondité critiquant avec amertume l’administration des haras et les propriétaires d’étalons, sans attribuer une part d’influence aux juments, sans chercher les moyens de remédier au mal et, le plus souvent, sans provoquer l’intervention de spécialistes capables d’en diminuer la gravité.

L’étude de la stérilité chez les procréateurs constitue donc un des sujets les plus complexes qu’il soit donné au praticien d’aborder. Mais si les problèmes soulevés par cette question sont d’une solution difficile, l’intérêt qui s’y attache est tellement intense, que l’éleveur ne saurait regretter les efforts faits en vue de remédier à un état dont la gravité économique est considérable.

Les prix élevés des poulinières destinées à la reproduction montrent combien, à l’heure actuelle, les éleveurs attachent d’importance à la qualité et à l’origine des mères. Il est certain, par exemple, que les 112.500 francs de Cimiez constituent au moins l’équivalent du million de Flying-Fox.

La production d’une poulinière est, en effet, limitée à une descendance infiniment moins nombreuse que celle d’un étalon. A durée de fonctionnement égale on peut compter qu’un mâle donne au minimum vingt-cinq fois plus de produits qu’une femelle. Bien peu de juments ont un produit chaque année régulièrement; ce produit unique est en tous cas leur seule chance de réussite, alors que les chances heureuses de l’étalon se multiplient par le nombre de ses poulains.

Le succès des établissements d’élevage dépend en grande partie de la proportion des produits procréés par les femelles qui y sont entretenues.

L’établissement peut avoir été acheté à un prix des plus minimes, son installation peut être des plus parfaites, les sujets peuvent avoir été choisis avec le plus grand soin et l’entreprise être administrée de la façon la plus économique, les bénéfices de l’exploitation seront réduits si les procréatrices ne reproduisent pas. On doit donc apporter tous ses soins à tout ce qui peut diminuer le taux de la stérilité. Nous ne pouvons empêcher les juments d’avorter, ni la mort accidentelle des foals, mais nous pouvons, par l’emploi combiné de l’hygiène sexuelle et d’un traitement médical rationnel, augmenter, dans une notable mesure, l’aptitude procréatrice et, par suite, la fécondité.

Les statistiques comportant le nombre total de juments saillies par les étalons des haras nationaux et des dépôts, montrent qu’ils ne parviennent qu’à féconder 48 à 50 % des juments qui leurs sont amenées. Cette proportion varie légèrement suivant les années, mais comme l’écart est faible (4 %), nous pouvons accepter 50 % comme la moyenne des produits.

Suivant les statistiques de la Commission royale des éleveurs de chevaux, on peut évaluer à 40 % environ les poulinières saillies en Angleterre qui demeurent stériles chaque année.

Les chiffres officiels ci-dessous, figurant dans le Stud Book français des chevaux de pur sang (Extrait du rapport du Directeur des Haras 1906) ne laissent aucun doute à ce sujet.


Sur 5.116 juments de pur sang destinées à la reproduction 2.135 étaient vides, soit 41,73 %.

La statistique publiée par la direction des haras en 1912, indique que sur 3.778 poulinières de pur sang, 2.112 ont eu des produits, 1.045 étant déclarées vides, soit près de 30 %.

Ces chiffres par leur éloquence montrent l’importance zooéconomique qu’il faut attacher au traitement préventif et curatif de la stérilité. Combien de sélections ont été retardées par l’infécondité de bonnes poulinières dont on espérait vainement une descendance améliorée! Que de mères de gagnants ont eu leur lignée interrompue par une malencontreuse stérilité ! Les annales sportives ne laissent aucun doute à ce sujet.

Nos recherches personnelles, nous permettent d’affirmer que la plupart des juments infécondes ne sont pas absolument stériles. On les répute telles que, parce que l’on n’est point parvenu à surmonter les obstacles ou les difficultés, souvent bien minimes, qu’elles présentent à la fécondation normale.

I. — STÉRILITÉ D’ORIGINE PATERNELLE

Table des matières

Chez le mâle, la fécondité ne suppose que l’intégrité relative de deux fonctions: sécrétion et excrétion du sperme. Le trouble de l’une ou de l’autre peut causer la stérilité.

Les spermatozoïdes, éléments essentiels, qui donnent au sperme son activité, naissent exclusivement dans les tubes séminifères; par conséquent, toute stérilité par défaut de sécrétion suppose nécessairement un état morbide de ces conduits (anomalies, atrophie, ectopie, etc.). On peut poser en principe que les lésions partielles ou unilatérales des testicules sont, en vertu de la suppléance fonctionnelle possible, impuissantes à déterminer la stérilité absolue. C’est pour cette raison que la stérilité n’est pas la conséquence ordinaire des affections qui, tout en supprimant l’activité testiculaire, se limitent à un côté : l’hydrocèle, l’hématocèle, le sarcocèle, par exemple. Les étalons atteints de lésions partielles des testicules sont voisins de l’infécondité, d’autant plus voisins que le champ de la production spermatique est chez eux plus réduit.

L’arrêt de développement des testicules peut certainement déterminer la stérilité, mais il est difficile de dire à quelle limite commence l’infécondité. Quand la migration testiculaire est imparfaite, quand les testicules restent dans le ventre (cryptorchidie), l’ectopie s’accompagne ordinairement d’un tel arrêt de développement que le sperme de ces sujets, absolument dépourvu de spermatozoïdes, est impropre à la fécondation.

Les anomalies congénitales du pénis et de la gaine, l’atrophie de la verge, sa torsion, son adhérence au fourreau et le phimosis, constituent, en empêchant le coït, un groupe de stérilité d’origine mécanique.

Les vices de conformation de l’urètre (étroitesse du méat, rétrécissement congénital d’une portion du canal, imperforation complète de l’urètre, hypospadias, épispadias, etc.), en s’opposant à l’éjaculation normale du sperme, peuvent jouer un rôle dans la stérilité.

Les maladies de l’épididyme, du canal déférent, en empêchant la progression normale des spermatozoïdes, peuvent produire la stérilité. Les affections des vésicules séminales, en diminuant le volume du sperme éjaculé, peuvent exercer un effet dépressif sur la fécondité.

Impuissance des étalons. — La frigidité sexuelle, premier degré de l’impuissance, est caractérisée par l’indifférence de l’étalon vis-à-vis de la jument et par la difficulté d’accomplir l’érection; certains étalons, malgré des excitations locales (attouchements), restent quelquefois une demi-heure, une heure avant d’accomplir la saillie.

L’érection consiste au point de vue anatomique, essentiellement dans la turgescence et la rigidité des tissus érectiles entrant dans la constitution de la verge. Toute lésion des corps caverneux (absence ou insuffisance de développement, rupture, paralysie, etc.) supprimant l’élasticité et la contractibilité des tissus érectiles est donc susceptible de provoquer physiologiquement, selon le degré de gravité, la frigidité ou l’impuissance.

On observe dans les haras des sympathies et antipathies particulières entre les mâles et les femelles. On voit des étalons qui ont des préférences très marquées pour certaines juments alors qu’ils refusent d’en couvrir d’autres. Le cas de Liouba que Monarque affectionnait particulièrement, est connu de tous les éleveurs de pur sang, et nous pourrions citer de nombreux exemples de faits analogues.

La paralysie de la verge est quelquefois d’origine traumatique mais le plus souvent elle est consécutive aux maladies infectieuses (pasteurellose, gourme, etc.); selon son degré d’intensité, elle constitue une cause de stérilité relative ou absolue.

La spermatorrhée caractérisée par un écoulement fréquent de sperme due à une habitude vicieuse que contractent les étalons sous l’influence du repos et de l’oisiveté, est une cause fréquente de stérilité ; de même le surmenage génésique dû aux saillies répétées.

Il existe une relation étroite entre la vitalité de l’organisme et les fonctions reproductrices; toute dépression organique (alimentation défectueuse, surmenage, maladie, etc.) peut donc entraîner une impuissance relative dont la durée sera proportionnelle au degré de déchéance vitale.

II. — STÉRILITÉ D’ORIGINE MATERNELLE

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Quelques auteurs ont prétendu que la stérilité doit presque toujours être attribuée à la femelle. Il est certain que l’appareil sexuel de la jument est plus compliqué que celui de l’étalon et comme tel exposé à des troubles pathologiques infiniment plus fréquents; mais le point de vue précédent est, néanmoins, trop exclusif.

Les causes qui lui donnent naissance sont fort nombreuses. Pour en concevoir le classement méthodique, il est nécessaire de les rattacher aux actes élémentaires qui président à la fécondation. Or celle-ci suppose remplir quatre conditions: 1° maturation d’un ovule; 2° imprégnation de celui-ci par un spermatozoïde; 3° migration vers l’utérus; 4° fixation dans sa cavité.

Fig. 9. — Position et rapports des organes génitaux chez la jument (d’après Saint-Cyr et Viollet).


Stérilité par lésion matérielle. — Cette première classe est de beaucoup la plus intéressante; elle comprend les cas les plus nombreux et les mieux connus, ceux dont l’interprétation, grâce à la physiologie, aux troubles fonctionnels et aux lésions perceptibles, est plus facilement abordable.

Troubles de la fonction ovarienne. — Ces troubles peuvent exister à des degrés très divers, depuis l’absence complète d’ovulation jusqu’à la maturation incomplète des ovules. Dans toutes ces conditions, le résultat est identique et la stérilité inévitable. Toutes les affections (ovarite, dégénérescence, atrophie ovarienne) peuvent, par ce mécanisme, causer la stérilité. Mais comme pour le testicule, il faut que la lésion soit bilatérale et étendue à la presque totalité des deux glandes.

Le développement régulier des organes génitaux externes et des mamelles constitue un indice favorable à l’ovulation; chez la jument qui a déjà porté, la question est plus simple que chez les primipares: l’aptitude de l’ovaire à l’ovulation n’étant pas douteuse, c’est, en général, l’utérus qu’il faut incriminer. L’irrégularité dans la manifestation des chaleurs (durée, intensité, périodicité) doit faire suspecter la stérilité par trouble de la fonction ovarienne; c’est un élément de diagnostic important.

Fig. 10. — Organes génitaux de la jument (d’après Peuch et Toussaint).


Troubles de l’imprégnation ovulaire. — Dans l’ordre physiologique, l’imprégnation de l’ovule par les spermatozoïdes est le second des actes élémentaires qui concourent à la génération. On doit donc considérer comme s’opposant à l’imprégnation les obstacles de toute nature, physiques ou chimiques, que les spermatozoïdes rencontrent sur leur parcours depuis la vulve jusqu’à l’ovaire.

Les causes physiques congénitales ou acquises, susceptibles de produire la stérilité, sont les cicatrices vaginales, la persistance et la rigidité de l’hymen, les lésions du col utérin (atrésie, induration, oblitération).

L’étude des causes chimiques s’opposant à l’imprégnation de l’ovule nous apprend que la simple addition d’eau, les solutions faiblement acides tuent les spermatozoïdes en l’espace de quelques minutes; les solutions alcalines étendues augmentent leur vitalité. La connaissance de ces faits est importante pour l’étude de l’imprégnation. On sait, en effet, que le mucus vaginal dans certains cas pathologiques (vaginite, métrite, etc.), par son degré d’acidité, exerce une action nocive sur la vitalité des spermatozoïdes.

Troubles de la migration ovulaire. — Au moment où se produit la déhiscence des ovisacs, le pavillon de la trompe s’applique étroitement à la surface de l’ovaire, et fécondé ou non, l’ovule s’engage dans le conduit tubaire qui est sa voie d’échappement naturelle. Tout ce qui s’oppose à cette migration est une cause d’infécondité. La salpingite (inflammation des trompes), les tumeurs intéressant les organes pelviens (tumeurs ovariennes, utérines, fibromes, sarcomes, kystes, etc.) en déterminant l’oblitération ou des changements de rapport des trompes avec les ovaires, peuvent être une cause de stérilité.

Les états morbides de la muqueuse utérine (métrite chronique), caractérisés par une sécrétion muco-purulente abondante, l’épaississement, le ramollissement de la muqueuse, s’opposent à l’implantation de l’ovule fécondé dans la matrice et constituent une cause de stérilité fréquente.

III. — DE LA STÉRILITÉ RELATIVE

Table des matières

Nous avons examiné les causes de la stérilité qui proviennent d’un état pathologique de l’appareil sexuel ou d’un fonctionnement anormal de ce même appareil; il nous reste maintenant à approfondir celles qui sont liées à l’état même de l’organisme en dehors des lésions génitales. Grâce aux progrès réalisés dans l’étude de la fécondation, ce genre de stérilité semble aujourd’hui moins commun, et sa fréquence relative devra diminuer encore à mesure que se perfectionnent les moyens d’investigation.

L’individualité exerce un effet prépondérant sur la fécondité ; il n’y a pas de doute, toute circonstance particulière écartée, que la puissance fécondante des juments est variable: entre la femelle la plus fertile et celle qui est stérile, on peut observer tous les degrés. Il y a des poulinières qui, dans leur carrière, font régulièrement des foals tous les deux ou trois ans et sont stériles dans les intervalles. Ces cas de stérilité s’observent en dehors de toute lésion de l’appareil sexuel et coïncident avec des chaleurs régulières. Dans la pratique, on observe des cas de stérilité qui ne sont imputables ni à l’un ni à l’autre procréateur mais à leur groupement et où chacun des deux fait preuve de fécondité en s’accouplant avec d’autres sujets. Physiologiquement, il est impossible d’expliquer ces faits paradoxaux qui constituent une alternance de fécondité.

L’acclimatement exerce une action dépressive sur la fécondité ; les premières années les poulinières étrangères sont souvent atteintes de stérilité relative. Le fait a été observé dars divers haras sur des poulinières appartenant aux meilleures familles anglaises, la plupart d’entre elles sont restées vides pendant leur première saison. La puissance prolifique est non seulement liée à l’individualité, mais elle est aussi largement influencée par le climat; il est constant que les conditions climatériques défavorables exercent une influence marquée sur la fécondité. Tout changement subit et violent dans les conditions d’ambiance produit des effets défavorables sur les organes générateurs de la femelle. Comme l’aptitude des ovules à la fécondation dépend de leur plus ou moins parfait état de maturité, il est certain que les variations brusques de température, en modifiant l’état général, ont une répercussion plus ou moins marquée sur la fécondation.

L’âge des procréateurs qui tient sous sa dépendance directe la vitalité de l’organisme est un facteur important de stérilité relative.

Sous la signature de Cardigan et dans un article paru dans le Sydney Référé, et inséré dans le Jockey, l’auteur fait une étude des plus documentées sur les variations de l’aptitude fécondante des étalons relativement à leur âge.

«Certains éleveurs en Australie émettent l’avis qu’un étalon entré au stud à 6 ou 7 ans — et ayant servi chaque année une bonne moyenne de juments — perd au bout de 7 à 8 ans sa vigueur et son aptitude fécondante.

D’autres — tout en reconnaissant l’influence déficitaire de l’âge sur la fécondité — admettent en envisageant particulièrement la vitalité, la rusticité des produits, qu’un étalon jusqu’à 16 ou 17 ans peut donner une production aussi bonne qu’à l’âge de 7 ans.

Un facteur primordial, l’utilisation rationnelle des étalons ou leur surmenage, fait varier les résultats obtenus; certains directeurs de studs sont d’avis de donner à leurs sires un grand nombre de juments; d’autres, en donnent peu ou pas assez.

A l’appui de la thèse affirmant que les étalons conservent intacte leur faculté de reproduction pendant toute leur carrière, ou n’atteignent même l’apogée qu’à la fin, on cite le grand Bend Or qui à 25 ans engendra Radium; Polymelus (22 ans), Saint-Simon (22 ans), Galopin (21 ans). Wallare (21 ans), etc.

A côté des ces faits, l’auteur cite les noms de jeunes sires qui ont produit de grands vainqueurs: The Tetrarche (4 ans); Bend Or (5 ans); Roi Hérode (6 ans) et conclut ainsi: «Les produits mâles et femelles de sires âgés de 6, 7, 8 ans se sont montrés remarquables et ont inscrit glorieusement leurs noms au palmarès des courses classiques en Australie. Les étalons de 9 ans semblent encore avoir mieux fait. Ensuite, on constate une baisse dans la production qui se relève bravement avec la descendance des sires de 14 ans.

En résumé, il semble ressortir de cette longue énumération, que la préférence doit être accordée à l’étalon jeune car il a donné le plus grand nombre de champions. Encore serait-il imprudent d’écarter systématiquement le sire âgé mais encore vigoureux qui peut, sans aucun doute à la fin de sa carrière continuer à produire des sujets aussi bons que ceux qu’il a déjà donnés dans ses premières années de monte.»

L’influence de l’âge sur la fécondité des poulinières est un problème physiologique des plus complexes; en dehors des états pathologiques des organes sexuels, de nombreux facteurs, l’individualité, l’état de surmenage, de déchéance vitale plus ou moins accusés à l’arrivée au stud sont autant d’éléments qui influent sur l’aptitude fécondante des procréatrices.

«D’après Horse and Hound, la plupart des chevaux de grande classe sont issus de juments de 8 à 12 ans et 13 % des chevaux vraiment bons sont nés de mères âgées de 10 ans. Mais il ne faudrait pas se fier à l’âge seulement pour retirer du haras une poulinière en bonne santé et encore vaillante. Il est intéressant de remarquer qu’en 1920 les vainqueurs du Grand National, des Mille Guinées, du Derby et des Oaks provenaient de poulinières âgées de 17 ans.»

VIATOR, dans ses «Notes internationales», publiées dans le Jockey, rapporte les faits suivants concernant la fécondité relative des poulinières. Pocanhontas, a eu le premier de ses dix-huit foals à 6 ans. A 25 ans, elle a donné sa meilleure pouliche, Araucaria, mère à son tour de tous les cracks cités. Elle vécut jusqu’à 33 ans. Sa sœur, Boarding School Miss, produisit de 7 à 23 ans. Banter, la mère de Touchstone (son premier poulain), en eut 16 autres. Sa sœur, Jocose, en mit autant au monde. A 12 ans, elle donna Volatile, mère de Carnival; à 17 ans Macaroni; à 24 ans, Flippant qui, en France, à 24 ans, avec Energy, produisit Fourchette, mère de Fourire et grand’mère de Faucheur. Beeswin, la mère de Newminster, courut jusqu’à 9 ans, gagnant 25 fois la Coupe d’Or, 4 fois la Coupe de Doncaster, une fois le Chester Cup, ayant commencé à 2 ans par enlever les Champagne Stakes), le tout sur 64 sorties. Elle commença sa carrière de poulinière à 11 ans et eu 7 foals consécutifs. Alice Hawthorn, qui ne fut dressée qu’à 3 ans, gagna 50 courses (dont les coupes de Chester, de Goodwood et de Doncaster). Elle donna naissance, de 9 à 20 ans, à onze produits, dont le troisième avant-dernier fut Thormanby, Guiccioli, la mère de Birdcatcher et de Faugh a Ballagh, fut saillie la première fois à 5 ans, recourut 6 fois l’année suivante, étant pleine et produisit ensuite 13 fois encore.

D’autre part, Queen Mary, mère, à 4 ans, de Haricot, n’avait jamais couru. A 21 ans, elle donna la célèbre Blink Bonny et, à 27 ans, Bonnie Doon (grand’mère de Watercress et de Disguise).»

Concluons en nous basant sur notre longue pratique professionnelle, en disant que physiologiquement, la fécondité et la vitalité des produits sont fonctions du vitalisme des procréateurs. Bien qu’âgés, s’ils ne présentent pas de signe de déchéance vitale, le taux de fécondité, la rusticié des poulains ne seront pas modifiés; si au contraire, leur résistance organique est déficitaire, la stérilité relative, la débilité congénitale des produits seront à redouter.

Le tempérament des procréateurs joue un rôle important dans la fécondité ; chez l’étalon on sait que l’ardeur amoureuse s’allie ordinairement avec les tempéraments nerveux, tandis que les constitutions lymphatiques s’accompagnent d’une sorte de frigidité qui rend les mâles peu prolifiques. Chez la jument, au contraire, le tempérament lymphatique semble le plus favorable à la fécondation; aussi remarque-t-on que les procréatrices qui s’en éloignent sont celles qui fournissent un faible taux de fécondité.

La frigidité chez la jument est caractérisée par une sorte d’atonie sexuelle entraînant l’abolition partielle ou totale des chaleurs; elle s’observe fréquemment chez les primipares.

L’éréthisme génital, caractérisé par un nervosisme exagéré, peut être considéré comme le premier degré de la nymphomanie, cet état se traduit chez la jument par des manifestations génésiques continues (persistance anormale des chaleurs), les portant à réclamer l’étalon d’une façon inusitée. La nymphomanie qui est, dans certains cas, une perversion fonctionnelle des centres nerveux, peut être la conséquence de lésions pathologiques de l’appareil sexuel (vaginite, métrite chroniques, lésions ovariennes, etc.).

Les juments nymphomanes sont souvent stériles; l’éréthisme génital produit en effet la stérilité en déterminant par les efforts expulsifs, l’évacuation du sperme ou en provoquant par action réflexe, le spasme du col utérin qui s’oppose au passage du fluide fécondant.

Le surmenage sportif, dont le surentraînement est l’expression, diminue l’aptitude fécondante des reproducteurs et constitue une cause fréquente de stérilité relative; les éleveurs admettent — et le fait est confirmé par la pratique — qu’une jument exceptionnelle en course ne fait qu’une médiocre poulinière; ils citent à l’appui de cette thèse: Ténébreuse, La Camargo, Pretty Polly, etc.

«Performer et racer» ne sont pas toujours deux qualités inconciliables ainsi que le prouve la production de Kasbak et de sa fille Kizil Kourgan.

Le doping répété entraîne un véritable état de déchéance organique dû au surmenage et à l’épuisement nerveux; le «dopé » livré à la reproduction du fait de la diminution de son potentiel génésique, constitue un médiocre reproducteur; en outre, les rares produits qu’il peut engendrer sont frappés de débilité congénitale et fournissent un taux élevé dans la mortinatalité.

La stérilité engendrée par le surmenage n’est souvent que temporaire; après un délai variable, avec le degré de déchéance vitale,la fécondation est possible.

Influence de l’alimentation sur la fécondité. — L’étude du régime diététique des procréateurs présente une grande importance car la fécondité est liée dans une large mesure, à l’alimentation, tant sous le rapport quantitatif que qualitatif. La richesse du sperme en produits phosphorés (nucléine, lécithine, etc.) fait prévoir l’importance de l’alimentation minérale chez l’étalon; physiologiquement, l’impuissance et l’infécondité sont fonctions — en dehors des états pathologiques — de la déminéralisation organique; pratiquement, on peut affirmer que l’étalon le plus minéralisé sera le plus fécond.

La suralimentation des juments de pur sang, à base d’avoine, provoque une inflammation vive, un état pléthorique, un degré d’éréthisme génital peu favorables à la fécondation; fréquemment nous avons constaté chez les «brûlées par l’avoine», l’infécondité temporaire; accouplées dans la suite au même étalon, après avoir été soumises à une diététique rafraîchissante (mashes, tubercules, mise à l’herbe, etc.), elles étaient fécondées avec succès.

L’influence de la consanguinité sur la stérilité a fait l’objet de nombreuses discussions. La consanguinité est accusée d’exercer une action dépressive sur la fécondité et sur la rusticité des produits. Cet te théorie est des plus discutables; ne sait-on pas en effet que les éleveurs sont parvenus à améliorer singulièrement certaines races en alliant avec leurs parents les plus rapprochés les sujets qu’ils trouvaient doués de qualités particulières, qu’ils étaient désireux de voir perpétuer. C’est le système de reproduction par l’inceste, auquel les éleveurs anglais ont donné le nom de breeding in and in. En examinant soigneusement les généalogies de nos chevaux de course les plus remarquables, on voit que dans chaque cas particulier, il y a toujours quelque alliance en «dedans» et chez la plupart des plus illustres, la consanguinité a été la méthode de reproduction la plus employée.

Aux éleveurs qui accusent la consanguinité d’engendrer par l’accumulation de l’hérédité, la stérilitié, nous dirons que l’expérience a démontré que lorsque les procréateurs sont indemnes de toute tare pathologique, la consanguinité même accumulée ne détruit ni la fécondité ni la rusticité des produits; mais, en revanche, il est d’observation courante que si la saillie réunit deux animaux atteints d’une même imperfection, le produit hérite doublement de leurs aptitudes morbides; dans ce cas la résistance vitale baisse et la fécondité diminue.

Il convient de remarquer, lorsque la consanguinité est alliée à l’obésité et le cas est fréquent dans certains haras, que les deux causes agissant dans le même sens, provoquent un abaissement réel du taux de la fécondité.

Cette étude physiologique, un peu aride, concernant l’étiologie de la stérilité, était indispensable, pour nous permettre, d’aborder utilement le problème si complexe de son diagnostic et de son traitement.

IV. — DIAGNOSTIC DE LA STÉRILITÉ

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Deux points importants sont à résoudre la recherche de la stérilité (origine paternelle ou maternelle), la détermination de la cause de la stérilité. Le premier, dans la majorité des cas, est assez simple à élucider; le deuxième exige un diagnostic plus délicat. La méthode suivante que nous employons depuis de longues années et qui est basée sur des données cliniques et micrographiques, permet de résoudre scientifiquement ces diverses questions.

Fig. 11. — Schéma indiquant la migration des spermatozoïdes.


I. Diagnostic de la stérilité chez le mâle. — Le diagnostic repose sur la vérification de l’aptitude fécondante du procréateur basé sur l’examen microscopique du sperme et sur l’examen clinique des organes sexuels.

Le sperme examiné au microscope montre un élément essentiel, le spermatozoïde et des éléments accessoires ou accidentels, tels que cellules épithéliales, leucocytes, hématies, cristaux de phosphate de chaux, etc.

Les spermatozoïdes n’existent pas constamment dans ce fluide; on n’en trouve aucun avant l’époque de la puberté des animaux et ils disparaissent totalement lorsque les mâles, du fait de l’âge ou de la maladie, perdent la faculté de se reproduire. Le spermatozoïde du cheval se compose d’une tête, d’un corps et d’une queue; son caractère essentiel est sa motilité qui lui permet dans les organes génitaux de la femelle d’aller à la rencontre de l’ovule. Le froid, la chaleur au-dessus de 40°, l’eau pure, les solutions acides exercent un effet dépressif sur la vitalité des spermatozoïdes; les solutions faiblement alcalines favorisent, au contraire, leurs mouvements. Nous utiliserons ces données dans le traitement de la stérilité et dans la pratique de la fécondation artificielle.

L’examen microscopique du sperme seul constitue un critérium fidèle de la fécondité des étalons; il doit être pratiqué avec un grossissement de 300 à 500 diamètres; quand l’éclairage est trop vif, il est souvent difficile d’apercevoir les queues des spermatozoïdes; aussi, pour les mettre nettement en évidence, faut-il changer fréquemment la position du miroir et avoir recours de temps à autre à un éclairage oblique. Si les spermatozoïdes se montrent normaux sous le rapport du nombre et de la vitalité, la question d’origine sera tranchée de fait en faveur du procréateur; si, au contraire, l’examen de la liqueur séminale montre l’absence de zoospermes ou leur altération, et si, d’ailleurs, la femelle est saine, c’est à l’étalon qu’incombe la stérilité.

Fig. 12, 13, 14, 15. — Examens microscopiques de sperme.


Des nombreux examens que nous avons faits, il résulte que les spermatozoïdes d’un sperme moyen, doivent occuper un quart environ de la surface examinée, les trois autres quarts étant remplis par le liquide de support; il n’en est pas toujours ainsi et l’on rencontre des spermes qui n’offrent à l’observateur que quelques spermatozoïdes. Comme règle générale, ces derniers ont la vigueur de celui qui les fournit; quant à leur aspect, ils sont généralement grands, sveltes, déliés, vifs chez les mâles adultes; petits, têtes grosses, queues déprimées, immobiles chez les mâles âgés ou surmenés.

La motilité des spermatozoïdes est un critérium sérieux de leur vitalité. On peut s’en rendre compte par le procédé suivant: sous un micromètre, dans une chambre chauffée à 20°, on observe l’intensité de leurs mouvements; comme base, on admet qu’un spermatozoïde doit franchir trois millimètres en une minute au moment de son émission. Avant de se prononcer définitivement, on pratiquera l’examen clinique de l’appareil sexuel pour voir s’il remplit les conditions nécessaires à la saillie, telles que puissance, conformation normale de la verge.

II. Diagnostic de la stérilité chez la femelle. — Le mâle reconnu indemne la stérilité devra, naturellement, être attribuée à la femelle. Pour compléter le diagnostic, on devra s’efforcer d’en rechercher la cause.

Pour résoudre ce problème complexe, on aura recours à l’examen clinique des organes génitaux, à la recherche et au dosage du degré d’acidité du mucus vagino-utérin. Ce dosage peut être effectué par deux méthodes: 1° l’emploi du papier réactif; 2° l’emploi d’une solution titrée. L’usage d’un papier tournesol, préparé spécialement, constitue un réactif pratique et expéditif; mis en contact avec le mucus vaginal, il prend diverses teintes qui indiquent la réaction du milieu humoral. Ce procédé a l’inconvénient de ne pas indiquer le degré exact d’acidité ; aussi employons-nous une solution titrée de teinture de tournesol qui, sous l’influence d’une faible acidité, change de teinte et tourne au rouge; dès que cette modification s’observe, on ajoute progressivement de l’eau de chaux jusqu’à la réapparition de la teinte bleue primitive: le nombre de gouttes employées pour obtenir ce résultat, indique le degré d’acidité plus ou moins accusé du milieu humoral. A la suite de nombreuses recherches, nous avons déterminé une série de gammes de coloration qui indiquent soit un état physiologique ou pathologique des voies génitales.

Cet exposé montre l’importance qu’il faut attacher, dans la solution méthodique du problème de la stérilité, au dosage du degré humoral chez les procréatrices; c’est un élément de diagnostic, malheureusement négligé, que nous signalons à l’attention des éleveurs.

V. — TRAITEMENT DE LA STÉRILITÉ

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Chez la femelle. — Il ne faut pas se le dissimuler, le traitement de la stérilité chez la jument n’est pas toujours heureux; nous devons même convenir que les succès, dans certains cas, sont relativement rares. Souvent, par suite de la difficulté du diagnostic, il faut de longs tâtonnements avant d’obtenir un résultat positif. Mais est-ce une raison pour nous décourager et renoncer aux ressources thérapeutiques nouvelles qui nous sont offertes?

Il est évident que, lorsque nous parlons du traitement de la stérilité, il ne peut être question d’une thérapeutique uniforme, unique pour tous les cas de cette affection. La stérilité n’étant pas une maladie, mais la simple conséquence d’une multitude d’états morbides, ne comporte pas de traitement invariable. La médication qui leur convient est celle de l’affection causale, et à ce titre essentiellement indirecte.

Notre expérience nous a montré huit fois sur dix, que la stérilité de la jument reconnaît des causes locales et doit être surtout l’objet d’un traitement local. En cas de lésions morbides acquises, les indications relèvent de deux facteurs dominants: inflammation, obstacles mécaniques. C’est à modérer la première et à supprimer les seconds que devra tendre la thérapeutique. Quand on aura entrepris le traitement de la stérilité on devra apporter dans son exécution toute la ténacité nécessaire car c’est souvent au moment où l’on commençait à désespérer du succès qu’on voit survenir la fécondation. Nous verrons ultérieurement que les méthodes employées pour lutter contre la stérilité appartiennent à la fois à l’hygiène, à la thérapeutique et à la chirurgie; enfin, lorsque tous ces moyens ont échoué, la fécondation artificielle doit constituer la base du traitement.

L’emploi des solutions alcalines constitue la base du traitement de l’hyperacidité vaginale; ce procédé, employé depuis longtemps, consiste dans l’injection vaginale d’une solution de bicarbonate de soude à 2 %. A ces injections nous avons substitué l’emploi des ovules, médicaments solides, que l’on dépose au fond du vagin. Fondant lentement sous l’influence de la température du corps, ils imprègnent la muqueuse vaginale d’une façon beaucoup plus intime que les liquides injectés qui sont expulsés quelques instants après leur administration. Une autre particularité de notre méthode consiste dans l’emploi d’un crayon médicamenteux destiné à être placé dans le col utérin et à neutraliser l’hyperacidité de cette région que les injections vaginales sont impuissantes à combattre. Dans les traitements actuels préconisés contre la stérilité, le vagin seul est soumis à leur action et l’hyperacidité du col utérin n’est pas traitée; cette considération explique les insuccès fréquents observés dans la pratique.

Voulant laisser à cette étude tout son caractère scientifique et surtout ne pas être accusé de poursuivre un but tendancieux, nous n’indiquerons pas ici la technique de notre méthode renvoyant le lecteur à un de nos ouvrages .

Parmi les moyens médicamenteux utilisés pour combattre l’atrésie du col utérin, citons les lavements émollients avec addition de laudanum ou d’extrait de belladone, les injections vaginales de même nature, la pommade ou l’extrait de belladone portés directement sur le col.

La dilatation digitée qui constitue le traitement par excellence de la sténose du col utérin est des plus simples. On introduit dans l’orifice du col, le doigt indicateur qui d’abord pénètre difficilement. Bientôt, cependant, le conduit s’élargit et l’on peut y introduire un second, un troisième et finalement les quatre doigts réunis en cône. On force un peu mais doucement en imprimant à la main un mouvement de vrille, jusqu’à ce que l’extrémité des doigts arrive dans la cavité de l’utérus. On maintient la main un instant dans cette position; on la retire et l’opération est terminée; la jument peut ensuite être présentée à l’étalon soit le jour même, soit le lendemain avec de grandes chances de fécondation.

Les moyens à employer pour combattre la nymphomanie et l’éréthisme nerveux sont du ressort de l’hygiène, de la thérapeutique et, dans des cas récidivants, de la chirurgie. On luttera contre l’irritation sexuelle par des moyens locaux: injections calmantes laudanisées, douches vaginales froides et on abaissera le nervosisme exagéré du sujet par l’emploi d’un régime rafraîchissant et débilitant (demi-diète, vert, racines). Les médicaments anaphrodisiaques (camphre, lupulin, bromure de potassium) seront utilisés. La déplétion sanguine diminue l’état de spasme des organes génitaux. Certains éleveurs estiment que le moment le plus favorable pour pratiquer la saignée est celui de la veille au soir pour la saillie du matin, et du matin à la première heure pour celle du soir. La clitodirectomie, opération simple, qui consiste en l’ablation du clitoris, donne des résultats positifs quand l’éréthisme siège dans la zone clitorienne (congestion, hypertrophie du clitoris). Par ce procédé, nous avons pu faire cesser la nymphomanie sur trois juments jusqu’alors stériles et dont deux furent fécondées ultérieurement. Lorsque tous ces moyens sont inefficaces, il convient de recourir à l’emploi de la fécondation artificielle.

La plupart des médicaments employés dans le traitement de la frigidité (absence de chaleurs) n’ont qu’une action thérapeutique réduite.

Les aphrodisiaques (phosphore, poudre de cantharide, etc.) peuvent provoquer des accidents graves (cystite hémorragique).

La dilatation du col utérin chez les juments frigides provoque quelquefois l’apparition des chaleurs trois ou quatre jours après.

Les agents opothérapiques (ovarine, cérébrine, corps jaunes) sont de précieux stimulants ovariens qui doivent constituer le traitement rationnel de la frigidité.

L’électricité, soit galvanique ou faradique, employée directement sur le système nerveux de la zone génitale, peut en modifier avantageusement le fonctionnement.

Le traitement de l’impuissance chez le mâle varie selon la cause: si elle est consécutive au surmenage génésique, la diminution du nombre des saillies ou un repos complet s’imposent; si elle est liée à un état de fa blesse générale, de dépression, le traitement du domaine de l’hygiène comporte l’emploi d’un régime alibile et tonique. Dans les deux cas, on y adjoindra l’usage des condiments (gingembre, canelle, etc.). Aux aphrodisiaques dangereux (phosphore, cantharide) et d’une action infidèle, substituez la méthode opothérapique à base de suc orchitique, dont l’efficacité est consacrée par la pratique.

A côté de cette méthode, basée sur des données scientifiques, il faut signaler un certain nombre de pratiques empiriques ayant pour but d’assurer la fécondation. Quelques-unes, transmises par la routine, sont complètement inutiles mais non dangereuses; par exemple, l’application d’un bâton promené sur les reins, une course rapide après la saillie, le pincement du dos pour empêcher la jument de se vousser et de rejeter le liquide spermatique; nous ne citerons l’emploi des poudres dites «fécondantes» que pour en signaler l’inefficacité.

Traiter un sujet aussi important que celui de la stérilité du pur sang dans un cadre aussi limité, constitue une entreprise téméraire; puisse, néanmoins, cette étude basée sur l’anatomie, la physiologie des organes sexuels, abaisser le taux élevé de la stérilité qui — en s’opposant à la transmission des qualités héréditaires, si laborieusement acquises — entrave l’amélioration de la race pure.

VI. — DE LA FÉCONDATION ARTIFICIELLE

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ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE. — TECHNIQUE OPÉRATOIRE. — INDICATIONS

La fécondation artificielle au point de vue physiologique consiste à déterminer l’union des spermatozoïdes avec les ovules en dehors de tout rapprochement sexuel.

Ce n’est que vers 1777 que SPALANZANNI pratiqua méthodiquement la fécondation artificielle sur les batraciens, les vers à soie et le chien. Ces expériences sont le point de départ et la base de toutes nos connaissances sur la fécondation.

Au point de vue biologique, le problème suivant se pose: la fécondation artificielle exerce-t-elle une influence néfaste sur la vitalité du produit et trouble-t-elle la transmission fidèle de l’hérédité ?

On peut affirmer, disons-le dès le début, que la transmission de la puissance héréditaire et le vitalisme des produits — les nombreux faits expérimentaux le prouvent — ne sont pas modifiés par la pratique de la fécondation artificielle.

Le spermatozoïde et l’ovule — nous l’avons montré au chapitre consacré à l’hérédité — sont deux éléments équivalents renfermant la même quantité de substance nucléaire, c’est-à-dire de potentiel héréditaire. Mis en rapport par la fécondation normale ou artificielle, ces deux éléments produisent les mêmes effets héréditaires, et l’imprégnation du mâle sera aussi intense et fidèle dans les deux cas.

Pratiquement, les expériences de SPALANZANNI et de P. ROSSI ne laissent aucun doute à ce sujet. Ces expérimentateurs par l’emploi de la fécondation artificielle chez la chienne, ont obtenu des produits qui rappelaient par leur forme et leur couleur, les caractères de la mère et du mâle qui avait fourni la liqueur séminale.

Qu’importe en effet, à l’hérédité au point de vue physiologique, que le sperme parvienne chez la femelle par son conduit naturel l’urètre, ou par un canal artificiel, la sonde de l’imprégnateur!

Que les sensations voluptueuses président ou non aux rapprochements, c’est là un acte de préfécondation et non de fécondation, car il est absolument démontré que le spermatozoïde ne rencontre l’ovule que deux heures environ après la saillie. Il est clair que si la fécondation ne se fait dans l’un et l’autre cas — moyen naturel ou moyen artificiel — que longtemps après que la semence a été déposée dans l’utérus, le produit de cette fécondation sera toujours le même, c’est-à-dire absolument normal.

La fécondation artificielle n’est en somme que l’intervention de la science dans une très petite part de l’acte fécondant, et qui ne change en rien les facteurs de la vie.

Un point intéressant, l’influence de la fécondation artificielle sur la durée de la gestation, reste à examiner. Il est actuellement difficile à résoudre car les cas de gestations consécutifs à la fécondation artificielle sont trop rares pour leur attribuer la valeur d’une statistique. Nous citerons néanmoins, et sous toute réserve, l’opinion d’un vétérinaire hongrois disant que les gestations obtenues par ce procédé, dépassaient généralement de dix à quatorze jours le terme normal.

Physiologiquement, rien n’explique des modifications dans la durée de la gestation, et l’on est autorisé à dire que les faibles variations observées, doivent être plutôt attribuées à l’individualité qu’au mode de fécondation.

Le moment où l’on doit opérer la fécondation artificielle joue un rôle important dans les chances de réussite. L’observation journalière, confirmée par des données physiologiques, montre qu’il existe chez la jument une période agénésique pendant laquelle la saillie ne peut être suivie de fécondation; l’intervalle qui existe entre la manifestation des chaleurs correspond à ce stade.

Une question, dont l’importance pratique est considérable, se pose: doit-on faire l’insémination au début, au milieu ou à la fin des chaleurs?

La physiologie va nous permettre d’élucider ce point important. Il existe un moment pendant la durée des chaleurs où la fécondation doit s’opérer plus sûrement qu’à tous les autres, c’est celui qui correspond à l’émission des ovules.

D’après certains physiologistes parmi lesquels il faut citer A. POUCHET, l’époque la plus favorable à la fécondation serait la fin des chaleurs, l’ovule ne se détachant qu’à cette période.

Ce que nous pouvons affirmer, c’est que, dans notre longue pratique professionnelle, nos insuccès ont été plus nombreux lorsque nous faisions l’imprégnation au début; pratiquement, pour augmenter les chances de fécondation nous effectuons deux tentations d’imprégnation: l’une au milieu des chaleurs, l’autre vers la fin.

Avant de pratiquer la fécondation artificielle, le praticien doit: 1° contrôler par l’examen microscopique la présence et la vitalité des spermatozoïdes; et 2° vérifier l’état de perméabilité du col utérin.

On devra s’assurer — dans les jours qui précèdent l’opération — de la direction et du calibre du canal; il importe, en effet, que pas une minute ne soit perdue au moment de l’insémination, et les tâtonnements inévitables lors du premier cathétérisme d’un canal dont on ignore le siège, seraient de nature à en compromettre le résultat.

La détermination du degré humoral (mucus utéro-vaginal) de la jument qui sert à recueillir le sperme, est primordiale; nous en avons indiqué antérieurement la technique opératoire (emploi de papiers réactifs ou d’une solution titrée).

La difficulté de se procurer du sperme en dehors de la saillie, fait qu’on a recours exclusivement à ce procédé, mais l’acte accompli n’est que secondaire et n’a pour but que de fournir la liqueur séminale.

Si la stérilité de la jument à inséminiser est causée par des sécrétions anormales (hyperacidité), le sperme de l’étalon doit être recueilli dans le vagin d’une autre poulinière et réinjecté ensuite dans l’utérus de la première.

Il ne faut pas injecter une trop grande quantité de la liqueur spermatique dans l’utérus afin de ne pas provoquer des contractions de l’organe; il convient, en effet, de remarquer qu’une goutte de sperme renferme plusieurs milliers de spermatozoïdes, et qu’un seul suffit pour assurer la fécondation.

Ayant indiqué en détail dans un de nos ouvrages la technique opératoire de la fécondation artificielle, nous y renvoyons le lecteur; les insuccès observés fréquemment reconnaissent pour cause, dans la majorité des cas, des fautes opératoires.

Avant de terminer, nous ferons remarquer qu’un régime diététique rafraîchissant, le calme, le repos, l’isolement sont des facteurs de succès importants.

La pratique, tant en France qu’à l’étranger, montre que la fécondation artificielle employée dans certains haras augmente, d’une façon notable, le taux de la fécondité ; en supprimant les saillies multiples, elle prévient le surmenage génésique et l’usure prématurée des procréateurs. Un vieil étalon ne peut donner qu’un nombre limité de saillies; avec l’aide de la fécondation artificielle, nous pouvons doubler — sans qu’il en résulte pour lui aucun surmenage — le nombre de ses services.

Même dans les cas négatifs, la pratique de la fécondation artificielle rend encore de grands services à l’éleveur; en effet, elle permet d’affirmer — quand la méthode a été appliquée rationnellement — que la poulinière est atteinte de stérilité absolue.

L’éleveur peut donc, en toute sécurité, l’éliminer de la reproduction; procédant ainsi, il ne s’expose pas à des surprises qui consisteraient à retirer de son élevage des juments atteintes de stérilité relative et fécondables ultérieurement.

On peut dire au point de vue thérapeutique que la fécondation artificielle constitue la base du traitement de la stérilité, quand toutes les méthodes médicales ont échoué.

Souhaitons vivement, qu’après la disparition des entraves suscitées par les préjugés surannés, que l’emploi de la fécondation artificielle prenne, comme dans les grands haras étrangers, une extension rapide.

Augmenter le nombre des naissances, éviter le surmenage de l’étalon, assurer la fidélité de la transmission héréditaire, sans abaisser la vitalité et la rusticité du sujet, tels sont les avantages, consacrés par une pratique déjà longue.

CHAPITRE IX

Table des matières

LES POULAINS

Soins immédiats aux nouveau-nés. — Anatomie et Physiologie du jeune âge. — Allaitement. — Alimentation complémentaire. — Sevrage.

Les soins immédiats au nouveau-né, particulièrement la désinfection du cordon ombilical, l’hygiène de l’allaitement, de l’alimentation complémentaire, du sevrage, etc., appliqués judicieusement, assureront le maximum de croissance et diminueront, dans une notable mesure, les pertes élevées dues à la mortalité pendant la période du jeune âge.

Trop souvent cette dernière, ajoutant ses effets néfastes à ceux de la stérilité et de l’avortement épizootique, rend aléatoires les bénéfices de l’exploitation.

SOINS IMMÉDIATS AUX NOUVEAU-NÉS

Table des matières

LIBÉRATION DES ENVELOPPES FŒTALES. — LIGATURE, SECTION ET DÉSINFECTION DU CORDON OMBILICAL. — ROLE PRÉVENTIF DE L’ANTISEPSIE OMBILICALE DANS LA MORTINATALITÉ. — MORT APPARENTE DU NOUVEAU-NÉ.

Les soins immédiats au nouveau-né, dont quelques-uns tiennent sous leur dépendance son existence, comprennent les interventions hygiéniques suivantes:

1° Libération du nouveau-né de ses enveloppes;

2° Section et ligature du cordon ombilical;

3° Désinfection du cordon et de la région ombilicale;

4° Etablissement de la respiration; soins spéciaux dans le cas de mort apparente;

5° Recherche des anomalies congénitales;

6° Soins particuliers au nouveau-né dans les parts dystociques.

Libération du nouveau-né. — La membrane de l’amnios, tout en étant assez fragile, résiste cependant un peu plus que celle de l’allantoïde; elle peut même ne pas se rupturer et être expulsée intacte avec le fœtus.

La première indication à remplir en ce cas, c’est évidemment de briser la prison, dans laquelle le nouveau-né périrait bientôt étouffé sans cette précaution. Du moment que ses rapports avec la mère sont rompus, il faut, en effet, qu’il puisse respirer, qu’il trouve dans l’air extérieur le principe vivifiant emprunté auparavant au sang maternel.

Rupture du cordon ombilical. — Chez les juments qui accouchent debout, le cordon se rompt au moment où le fœtus tombe à terre. Pour celles qui mettent bas couchées, c’est au moment où elles se lèvent que s’effectue cette rupture. Parfois, cependant, le cordon offre assez de ténacité et d’élasticité pour résister à ces secousses, et, dans ce cas, il n’est pas rare que ce soient les adhérences du placenta qui se détachent et que le délivre reste adhérent au nouveau-né.

Souvent alors, poussée par un instinct remarquable, la mère, en léchant son petit, coupe elle-même avec ses dents le cordon ombilical. Qu’il se rompe spontanément ou qu’il soit coupé par la mère, la séparation s’effectue toujours à quatre ou six centimètres.

Hémorragie ombilicale. — Le résultat immédiat de la rupture du cordon est la thrombose des vaisseaux ombilicaux et l’obstruction de l’ouraque. Les deux artères ombilicales ne donnent qu’exceptionnellement lieu à des hémorragies assez graves; il convient donc, dans ces cas, particuliers, de faire une ligature solide assez éloignée de l’extrémité pour qu’il soit possible, en cas de nouvelle hémorragie, d’en appliquer une autre.

Technique opératoire de la ligature et de la désinfection du cordon. — Aussitôt le nouveau-né séché par la mère, on fera à trois centimètres environ de l’anneau ombilical une ligature du cordon avec un fil préalablement bouilli; la partie du cordon située au delà de la ligature sera sectionnée; le moignon restant, soigneusement lavé à l’eau bouillie ou avec de l’eau boriquée, et enveloppé ensuite avec une plaquette de coton iodoformé — sera maintenu en place à l’aide d’une petite sangle abdominale.

Le cordon se desséchera un peu moins vite qu’à l’air libre, mais sera à l’abri de toute infection. Ce procédé très simple, préconisé par MOUSSU, permet d’élever les nouveau-nés même en milieu contaminé.

Le pansement ombilical à demeure exerce un double effet préventif: 1° en empêchant l’infection directe du cordon pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent la naissance; 2° en rendant impossible l’infection se produisant du huitième au dixième jour, lors de sa chute à la faveur de la plaie ombilicale.

Se conformer à la technique suivante pour pratiquer la désinfection du cordon ombilical:

a) Faire la ligature avec un fil stérile, préalablement bouilli;

b) Laver le moignon et la région ombilicale au sublimé alcoolique (2 ‰);

c) Tamponner l’extrémité du cordon avec la teinture d’iode;

d) Appliquer un pansement abdominal à demeure ou utiliser le collodion, le goudron.

Chez les jeunes mâles, où le pansement ventral à demeure peut être souillé par l’urine, on remplace la sangle abdominale par un badigeonnage de teinture d’iode suivi de l’application d’un mélange de poudre de charbon et d’alun calciné.

Mécanisme physiologique de la chute du cordon. — La portion extrafœtale du cordon qui reste appendue à l’ombilic se dessèche, se rétracte; le tout subit une espèce de nécrose, se délimite comme une escarre sèche et s’élimine en huit à dix jours, laissant à la place l’ombilic qui doit être à demi cicatrisé quand le cordon est tombé.

Si toutes les modifications indiquées se passent normalement, la cicatrisation de l’ombilic se fait régulièrement. Mais malheureusement, l’élimination du cordon ne se fait pas toujours aussi simplement et il y a lieu, pendant les huit premiers jours qui suivent la naissance, de surveiller attentivement la région ombilicale.

Certaines juments en léchant le nombril font saigner et entretiennent. la plaie ombilicale qui, souillée par les fumiers, le purin, se met à suppurer, et dès lors, l’infection étant réalisée, peuvent subvenir des accidents divers: phlébite ombilicale, septicémie, etc., qui constituent la dominante de la mortinatalité.

Enlèvement de l’enduit sébacé. — La première condition à remplir est d’enlever l’enduit sébacé ou caséeux, qui recouvre le corps du nouveau-né, de le sécher et de le réchauffer. Il suffit d’approcher le jeune sujet de sa mère, afin qu’elle puisse, poussée par l’instinct maternel, le sécher en le léchant tout à son aise.

Il est rare que la jument n’effectue pas d’elle-même cet acte; cependant il y a quelques exceptions, principalement chez les primipares, surtout quand elles ont beaucoup souffert pendant la mise bas. Il est bon alors de vaincre leur indifférence en répandant sur le nouveau-né un corps pulvérulent et sapide, comme du son, et surtout du sel marin. C’est même une précaution bonne à prendre dans tous les cas.

Que si la mère, malgré cela, se refusait à lécher son petit, il faudrait y suppléer et le sécher promptement, en frictionnant doucement toute la surface de son corps à l’aide d’une éponge, puis avec un tissu de laine, et, après ce léger massage, on le couvrira et on le laissera seul avec sa mère.

Il est en effet des primipares que la présence de l’homme inquiète, et qui se montrent indifférentes à leur nourrisson tant qu’elles voient quelqu’un autour d’elles. Laissées à elles-mêmes, elles s’en approchent, le flairent, se familiarisent avec lui, l’appellent d’une voix caressante, et bientôt le prennent en affection et deviennent d’excellentes mères; tandis que si on les tourmente, elles le prennent en aversion, s’écartent de lui, le frappent même et le laissent périr.

Lorsqu’une demi-heure après le part on revient faire boire la mère, on trouve généralement le poulain debout cherchant la mamelle, et déjà occupé à téter.

Mort apparente du nouveau-né. — Au moment de la naissance, il est des nouveau-nés qui sont souffrants, ou même ne font aucun mouvement ne respirent pas et paraissent morts. Avant de les sacrifier, il faut par l’auscultation s’assurer si le cœur bat encore, car tant qu’il fonctionne, il n’est pas impossible de les rappeler à la vie. Mais il faut se hâter, car si l’état prolonge, si la respiration ne s’établit pas promptement, c’est la mort fatale.

La première indication à remplir consiste donc à provoquer la respiration; c’est surtout par des réflexes cutanés qu’on doit chercher à établir les contractions des muscles des parois thoraciques. L’un des meilleurs moyens consiste à tremper dans l’eau fraîche, même un peu froide, un linge avec lequel on flagellera le nouveau-né, sur différentes régions du corps, mais surtout sur la face et sur la poitrine. Des frictions un peu rudes avec une brosse ou un chiffon de laine peuvent avoir aussi de bons effets. Enfin, on pourra chercher à provoquer l’éternuement en titillant la pituitaire avec les barbes d’une plume, ou en insufflant dans les naseaux une fumée irritante, de la fumée de tabac par exemple, ou encore en faisant des aspersions de vinaigre dans les narines.

Lorsque ces moyens paraissent devoir rester insuffisants, il faut recourir à la pratique de la respiration artificielle. La traction rythmée de la langue consiste, en écartant les mâchoires, à attirer fortement cet organe au dehors et à lui faire exécuter des mouvements énergiques d’avant en arrière.

L’effet et l’importance de cette manœuvre résident principalement dans l’action puissante que l’excitation et surtout la traction de la base de la langue exercent sur le réflexe respiratoire. Cette traction doit d’ailleurs être réalisée d’une façon rythmique correspondant au rythme de la fonction qu’il s’agit de rétablir.

Pratique de la respiration artificielle. — La technique opératoire est des plus simples: la langue est saisie avec la main et attirée fortement au dehors et en avant (il ne faut pas craindre de la saisir avec force et de tirer hardiment sur elle). Immédiatement un hoquet énergique se manifeste, et après une courte série de tractions, les hoquets deviennent de plus en plus bruyants, puis la respiration s’établit, d’abord précipitée, et bientôt régulière. Pour la production des premiers réflexes, il faut manœuvrer énergiquement, pour les suivants, une faible pression des doigts sur la partie libre de la langue ou même le simple contact de la main détermine une réaction brusque et violente.

Si ces soins paraissent avoir quelque succès, on les continue jusqu’à ce que la respiration soit bien établie et s’exécute selon un rythme régulier et non par secousses convulsives.

Dans le cas contraire, on les continuera jusqu’à ce que l’arrêt définitif des contractions cardiaques démontre que le nouveau-né est un cadavre.

Si la respiration artificielle est inefficace, c’est que les éléments anatomiques étaient morts depuis longtemps ou qu’il existe une malformation des organes essentiels à l’existence.

De toutes les prescriptions concernant le nouveau-né, indiquées dans le cours de ce chapitre, la plus importante est celle relative à l’hygiène de la région ombilicale (section, ligature et désinfection du cordon).

Nous ne saurions trop recommander aux éleveurs de pratiquer d’une façon systématique la désinfection du cordon en se conformant strictement à la technique indiquée.

Si elle est faite d’une façon incomplète, — et le cas est malheureusement fréquent dans la pratique, — si une faute lourde a été commise dans l’asepsie ou l’antisepsie, les effets préventifs seront douteux ou nuls; effectuée d’une façon méthodique, elle jouera un rôle préventif dans les affections (phlébite ombilicale, septicémie, polyarthrite des nouveau-nés, etc.), qui constituent la dominante de la mortalité.

Tenant compte du prix élevé des dernières ventes de yearlings à Deauville (moyenne supérieure à 40.000 francs), il serait puéril d’insister plus longuement sur l’importance des pertes dues à la mortinatalité et sur le rôle primordial dévolu à la prophylaxie des affections septicémiques des nouveau-nés.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DES NOUVEAU-NÉS

Table des matières

Avant d’aborder l’hygiène de l’allaitement, de l’alimentation complémentaire, du sevrage, etc., il est indispensable, pour en comprendre les particularités diététiques, d’indiquer au moins sommairement l’anatomie et la physiologie pendant la période du jeune âge; tel est le but de ce chapitre.

Pendant que l’accroissement du jeune sujet s’opère avec rapidité, l’organisme éprouve des changements remarquables dans la structure et le mode d’action des appareils organiques.

Les fonctions digestives dans le premier âge sont tellement prépondérantes que l’on a pu dire justement que le nouveau-né est un tube digestif. En effet la quantité d’aliments qu’il ingère et qu’il utilise, relativement à sa masse, est énorme comparée à ce que consomme un adulte. L’aptitude digestive varie avec l’âge et semble liée intimement aux besoins de la croissance; en effet, la puissance d’assimilation atteint son maximum dans la période du jeune âge et décroît ensuite régulièrement jusqu’à l’âge adulte durant un certain temps. Cette plus grande puissance d’assimilation chez les jeunes animaux se manifeste particulièrement — comme nous le verrons dans la suite — pour les matières azotées et minérales, qui sont les éléments nécessaires à la constitution des muscles et du squelette.

Physiologiquement, l’activité des organes digestifs répond donc à la fréquence des besoins de l’organisme. L’absorption s’y opère avec une grande rapidité en raison de la vascularité très développée de la muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle; et comme le lait est très riche en substances nutritives, la digestion s’effectue sans laisser beaucoup de résidus. Cependant les déjections sont encore assez abondantes surtout dans les premiers jours de la vie où elles sont principalement composées de méconium.

Chez le poulain, l’intestin est relativement court et peu développé au moment de la naissance; il contient alors dans son intérieur une matière jaune d’ocre, poisseuse, ou vert olive et onctueuse, laquelle se moule et se durcit souvent dans l’intestin et peut parfois accasionner des coliques mortelles (rétention du méconium).

Activité des fonctions sécrétoires. — Réduites à la naissance, les fonctions sécrétoires: sécrétion salivaire, pancréatique, biliaire qui concourent au travail assimilateur, prennent dans la suite une grande activité physiologique.

La dentition incomplète rend le jeune sujet incapable de mastiquer ou de broyer les aliments; dans les jours qui suivent la naissance, les glandes salivaires secrètent peu de liquide.

L’absence de pouvoir saccharifiant de la salive parotidienne chez les nouveau-nés, explique leur inaptitude à utiliser les substances riches en amidon, aussi l’aliment physiologique, le lait, n’en renferme-t-il pas.

Le chimisme stomacal présente chez les jeunes une particularité, l’absence de pepsine. Ce ferment est remplacé par la présure ou lab-ferment qui exerce une puissante action sur la caséine, il peut en coaguler 800.000 fois son poids. La proportion dans le suc gastrique va en diminuant au fur et à mesure que l’alimentation change et que la pepsine augmente en quantité. De ce fait, nous pouvons déduire que le sevrage, doit être progressif pour permettre aux sécrétions d’évoluer et de répondre aux exigences de l’organisme.

La durée totale de la digestion stomacale varie avec les sujets et le régime alimentaire; tenant compte de la faiblesse de la paroi musculaire de l’estomac, les mouvements péristaltiques doivent être sans doute faibles chez les nouveau-nés, et physiologiquement pour éviter toute surcharge alimentaire (indigestion laiteuse), convient-il d’espacer et de multiplier le nombre des repas.

Capacité stomacale. — La détermination de la capacité stomacale chez les jeunes sujets, surtout pendant la période qui suit la naissance, présente, au point de vue des conséquences physiologiques à en tirer, une grande importance.

Les recherches que nous avons faites sur des poulains de 4 à 10 jours, nous ont montré que la capacité stomacale est des plus réduites; elle oscille entre 150 à 175 centimètres cubes; nous avons déterminé la contenance de l’estomac, en liant une de ses extrémités et en le remplissant d’eau jusqu’à plénitude complète.

Le peu de volume de l’estomac, outre l’activité réduite des fonctions sécrétoires, explique la nécessité dans la pratique de l’allaitement artificiel, d’espacer les rations lactées pour éviter les troubles digestifs.

L’action la plus importante de la digestion intestinale est la transformation de la caséine non modifiée dans l’estomac par la pepsine pancréatique. Le foie du nouveau-né étant très développé, la matière grasse est facilement digérée.

Appareil circulatoire. — Dès que le nouveau-né est dans le milieu extérieur, la respiration s’établit et avec elle, la circulation se modifie; les dispositions anatomiques qui réglaient le cours du sang pendant la vie intra-utérine s’effacent, le trou de Botal s’oblitère peu à peu, ainsi que le canal artériel, le canal veineux, la veine et les artères ombilicales.

La suractivité fonctionnelle imposée par les, phénomènes de la croissance se traduit par une hyperactivité des grandes fonctions organiques; c’est ainsi que le nombre des pulsations à la minute est plus élevé chez les jeunes à la minute (50 à 70) que chez les adultes (36 à 40).

Température centrale. — Malgré l’accélération de la respiration et de la circulation, la température centrale, après avoir été plus élevée de quelques dixièmes, rarement un degré, au bout de quelques jours après la naissance, est normale et se rapproche de 37°5.

Appareil respiratoire. — Dès que l’air a impressionné les organes du nouveau-né, la poitrine se dilate, le fluide atmosphérique y pénètre et la respiration commence pour ne plus finir qu’avec la vie.

Dès la première inspiration, le poumon prend un aspect vésiculeux, et présente une légèreté spécifique plus grande que l’eau, en vertu de laquelle il ne s’enfonce pas dans le liquide; caractère important à noter, car il peut, dans une circonstance donnée, permettre de juger si un fœtus dont on est appelé à faire l’autopsie, a ou n’a pas respiré, en d’autres termes, s’il a été expulsé vivant ou mort de l’utérus.

Comme pour la circulation, la suractivité fonctionnelle, observée à cette époque, augmente le rythme respiratoire: 10 à 12, au lieu de 9 à 10 chez l’adulte.

Système osseux. — Les proportions générales du corps et en particulier celles du squelette, présentent des particularités. Les os sont, relativement aux autres parties, plus volumineux dans leur ensemble et notamment à leurs extrémités que chez l’adulte. Les membres en particulier ont une longueur qui n’est nullement proportionnée à celle de ces parties une fois leur accroissement achevé.

Les os à peine formés, flexibles, mous laissent voir très distinctes et isolées, par des intersections cartilagineuses, celles de leurs parties (épiphyses) qui, plus tard, doivent se souder.

Toutes les pièces qui par leur assemblage, forment la tête et la cavité du bassin, sont mobiles dans une assez grande limite, les unes par rapport aux autres, et faciles à isoler sur le cadavre.

Organes de la génération. — Ils sont seulement ébauchés; souvent les testicules ne sont pas encore descendus à la naissance dans le sac qui doit les contenir en dehors de l’abdomen. Leur activité ne doit se manifester qu’après un plus complet achèvement de l’organisme.

Quand les testicules sont descendus au moment de la naissance, ils n’y demeurent pas; bientôt, ils remontent dans l’abdomen, d’où ils descendent définitivement dans le scrotum, dans le courant de la première année. Il arrive quelquefois chez le cheval, que les testicules n’effectuent pas leur migration. On dit alors que l’animal est monorchide, si on ne trouve qu’un seul testicule dans les bourses; qu’il est cryptorchide, si les deux testicules sont restés dans l’abdomen.

Appareil locomoteur. — Les poulains viennent au monde les yeux ouverts; quelques instants après leur naissance, ils ont déjà assez de force pour se lever, se tenir sur leurs membres, qui sont relativement fort longs, et s’approcher de la mamelle; le lendemain, on les voit bondir autour de leur mère.

Les différents appareils qui concourent à former le tissu fibreux blanc manquent encore de ténacité, d’où la facilité des déformations des régions articulaires à cette période de la vie.

MORPHOLOGIE DU NOUVEAU-NÉ

Table des matières

Le fait le plus saillant qui frappe l’observateur dans la conformation extérieure des jeunes animaux au moment de la naissance, c’est la disproportion qui existe entre la longueur des membres et le volume du corps.

Les poulains qui sont destinés à suivre leur mère dans les pâtures et qui doivent s’alimenter à ses mamelles, pendant qu’elle est debout, naissent haut montés sur jambes, suivant la situation plus ou moins élevée des mamelles.

Les jeunes sont revêtus d’un duvet protecteur plus ou moins épais et, quand il est coloré, il est d’une couleur toujours moins foncée et moins franche que celle qui caractérisera plus tard la robe du sujet. Chez les jeunes, la double prédominance de l’appareil cérébral et de l’appareil digestif est accusée par le volume du crâne qui fait une saillie considérable sur la surface relativement très petite de la tête et par le développement du ventre qui déborde les hypochondres.

A mesure qu’il se développe, le poulain ne reste pas géométriquement semblable à lui-même; la croissance staturale (longueur du corps, pourtour thoracique, taille, etc.) ne se manifestant pas — comme nous le verrons dans la suite — avec la même vitesse, les différentes parties s’établissent dans des rapports plus harmoniques.

Le tronc se développe dans tous les sens, tandis que les membres se renforcent en largeur sans s’allonger, proportionnellement; d’où une plus grande régularité de l’ensemble qui tend à devenir de plus en plus parfait lorsque le jeune sujet réunit toutes les conditions de réussite, conditions ataviales d’élevage, de régime, d’éducation, etc.

Lorsqu’un poulain, se développe dans les conditions les meilleures, on voit peu à peu les masses musculaires se dessiner et dissimuler sous leurs reliefs les saillies d’abord prépondérantes des jointures; la tête s’allonge, le crâne s’affaisse, l’encolure s’épaissit, le garrot sort, le dos se rectifie, la croupe s’étend, la queue se détache, les fesses descendent, la poitrine grandit, le ventre se retire, les organes génitaux se développent, les aplombs se régularisent, et tout l’ensemble de l’animal enfin revêt peu à peu ce caractère d’achèvement et ces belles proportions qui appartiennent en propre au type de l’espèce.

Avec quel intérêt l’éleveur suit les différentes phases de cette évolution morphologique!

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DE LA PÉRIODE DU JEUNE AGE

Table des matières

Les tissus de l’organisme vers l’âge de six mois, arrivent peu à peu à revêtir leurs caractères définitifs. L’ossification s’achève, les os acquièrent leur dureté caractéristique par l’assimilation de plus en plus complète des sels minéraux; les apophyses tendent à se souder; les sutures s’affermissent et perdent de leur mobilité.

Les tendons et les ligaments deviennent forts et résistants; les muscles se colorent en rouge; le tissu cellulaire, d’abord abondant dans les interstices de leurs fibres, diminue peu à peu à mesure que celles-ci se développent.

La fonction digestive est devenue plus puissante après l’intervention de l’appareil masticateur; dès ce moment, l’appareil digestif jouit de toute sa puissance d’activité, et si le jeune animal est mis dans des conditions de régime convenable, il peut fournir aux exigences nutritives tous les matériaux nécessaires à l’élaboration organique.

La fonction digestive est la fonction dominante de l’organisme des jeunes animaux, elle tient toutes les autres sous sa dépendance puisque c’est elle qui fournit au sang les matériaux de sa réparation et, par le sang, à tous les organes de la nutrition.

Partant de là, on conçoit que l’accroissement général du corps sera d’autant plus rapide et plus complet que le jeune sujet trouvera à sa disposition des substances alimentaires plus abondantes et plus riches en principes nutritifs. Là est tout le secret de l’élevage perfectionné.

Les fonctions respiratoire et circulatoire ne changent pas de caractère à cette période; elles s’exécutent seulement avec une énergie plus grande, proportionnelle au développement plus complet de leurs organes propres et de l’organisme tout entier.

Toutes les sécrétions sont très actives à ce moment: les glandes salivaires, le pancréas, le foie versent à flots dans l’appareil digestif les liquides qu’ils élaborent.

L’urine se charge de matériaux non oxydables que le courant circulatoire a détachés de la trame des organes. Les transpirations cutanées et pulmonaires sont abondantes. La calorification est à son summum d’intensité comme la nutrition dont elle est un effet principal.

Les fonctions de relation sont remarquables surtout à cette période de la vie par leur mode de manifestation et leur puissante activité. Un instinct irrésistible sollicite le jeune à s’agiter, car la répétition des mouvements est la condition essentielle du plus complet développement de son appareil locomoteur.

Une influence puissante, celle des organes génitaux, commence à se faire sentir à ce moment, surtout chez les mâles qui se distinguent, morphologiquement, des femelles par leur taille généralement plus haute, leurs foimes plus accusées (musculature, ossature), leurs instincts, etc.

La réceptivité aux maladies est accentuée à cette période, le jeune âge constitue une cause prédisposante pour les maladies parasitaires et pour certaines affections contagieuses.

CHAPITRE XI

Table des matières

DE L’ALLAITEMENT MATERNEL

Composition chimique et propriétés vitales du lait. — Bases physiologiques de l’allaitement maternel. — Détermination du bilan lacté. — Influence de l’alimentation sur le rendement lacté. — Hygiène de l’allaitement maternel.

On peut considérer que le jeune sujet a eu d’abord besoin de la protection maternelle pour être soustrait complètement à l’action du milieu extérieur pendant la période qui précède la naissance; puis ensuite, au début de sa vie, son appareil digestif seul a besoin que cette protection se prolonge, et la nature fait incomber à la mère cette sollicitude spéciale, en la chargeant d’élaborer elle-même, par son propre organisme, l’aliment du premier âge.

Ainsi l’allaitement est le complément de la gestation. L’allaitement naturel est le plus avantageux pour la mère et le produit; chez la mère, il écarte les accidents du côté de la mamelle et ceux d’origine pléthorique; le jeune trouve dans le lait l’aliment physiologique; de plus, dès le début de l’alimentation, le colostrum ne peut se remplacer.

Le premier aliment, le lait maternel, a une influence décisive sur la précocité ; les jeunes qui ont été les plus rapidement allaités sont toujours ceux qui, à l’âge adulte, atteignent les plus forts poids parce que leur aptitude digestive a subi une gymnastique fonctionnelle progressive. Rien ne peut faire regagner le temps perdu par un allaitement parcimonieux, les éleveurs ne devraient pas oublier ce précepte.

On peut poser en fait que toute femelle «bonne nourrice» donne toujours de bons produits, et il importe d’apporter dans la sélection des mères toute son attention aux caractères qui assurent chez elle l’existence d’une si précieuse qualité.

Dès le début, indiquons en nous basant sur des données physiologiques, la supériorité de l’allaitement maternel sur l’allaitement artificiel.

Dans l’allaitement maternel, le nouveau-né trouve un lait adapté à ses besoins physiologiques, la composition chimique variant avec les différentes périodes de l’allaitement; il profite surtout des ferments spécifiques (zymases), qui jouent un rôle prépondérant dans la digestion et l’assimilation.

Le lait, dans la pratique de l’allaitement maternel, est pris, — pourrait-on dire — aseptique; il est en effet démontré que sauf pour les premières gouttes qui proviennent des canaux galactophores et qui peuvent être souillées par quelques germes, accidentellement introduits par le mamelon, le lait provenant d’une mamelle saine est exempt de microbes.

Avant d’aborder l’hygiène de l’allaitement maternel, nous allons indiquer la valeur nutritive du lait et ses propriétés biologiques trop souvent méconnues des éleveurs. Le lait, d’après son analyse chimique, peut être considéré comme l’aliment complet et physiologique de la période du jeune âge.

Le nouveau-né trouve en lui tous les éléments dont il a besoin pour sen entretien et pour le développement de son organisme, et donné seul, en quantité suffisante, il peut, pendant longtemps, assurer la croissance normale.

Il importe donc que les mamelles de la mère fournissent au nouveau-né une assez grande quantité de lait. Du reste, il est rare qu’il n’en soit pas ainsi, au moins pendant la période initiale, car il est encore peu exigeant sous ce rapport. Deux litres et demi à cinq litres de lait, suivant leur taille, suffisent en général aux jeunes pendant les cinq à six premiers jours qui suivent leur naissance, et il est peu de juments qui ne soient alors en état de fournir cette quantité.

La digestion et l’assimilation faciles du lait, son état liquide, qui ne nécessite ni mastication, ni salivation préalables, ni aucune des opérations mécaniques qu’exigent les aliments solides,le rendent éminemment propre à l’alimentation des jeunes. En dehors des principes immédiats indiqués par l’analyse chimique, le lait renferme des ferments qui jouent un rôle important. On sait qu’il y a dans le lait des femelles des ferments solubles: une amylase (BECHAMP), une anaérozydase (DUFOUY), une lipase (MARFAN et Ch. GILLET), un ferment coagulant, la fibrine. Ces ferments ne sont pas les mêmes ou n’ont pas les mêmes caractères dans les laits de toutes les espèces; ainsi l’anaéroxydase est constante et très active dans le lait de vache; la lypase y est en quantité minime.

Ces faits montrent que le lait d’une espèce même corrigé au point de vue chimique ne pourra jamais, au point de vue strictement physiologique, remplacer le lait d’une autre espèce.

A côté des ferments spécifiques du lait, il est probable qu’il y en a d’autres communs à tous les laits ou qui peuvent du moins se suppléer dans une certaine mesure; — la possibilité de l’allaitement artificiel avec un lait étranger, en constitue une preuve.

En somme, le lait n’est pas un liquide inerte; ce n’est pas un liquide qui intervient dans la nutrition seulement par les matériaux chimiques; c’est un liquide vivant, capable, par ses propriétés biologiques, d’agir sur le développement et la santé des jeunes sujets.

Cette nouvelle notion a une importance biologique considérable, et nous verrons dans la suite le rôle important que jouent les enzymes du lait dans les échanges nutritifs des jeunes sujets. Parmi les propriétés vitales du lait, s’il en est de communes à tous les laits, il en est d’autres qui sont propres au lait de chaque espèce, qui sont spécifiques. Et ceci nous fait comprendre pourquoi on ne peut trouver dans le lait d’une autre espèce l’équivalent complet du lait d’une espèce et fait prévoir la fréquence des troubles digestifs dans l’allaitement artificiel.

L’organisme du nouveau-né étant encore inachevé la nature pourvoit à cette insuffisance fonctionnelle en préparant dans l’organisme maternel un aliment, le lait, qui remplit deux conditions: 1° d’être d’une digestion facile et par suite de ne pas exiger des ferments digestifs bien actifs; 2° de renfermer des ferments stimulateurs et régulateurs de la nutrition que les tissus du jeune n’élaborent pas en quantité suffisante.

D’ordinaire, l’affection maternelle est développée chez la jument qui vient de mettre bas; il est pourtant des exceptions. Dans toutes les espèces, les primipares sont généralement moins bonnes mères que les femelles plus âgées: le cas est assez fréquent chez les juments nymphomanes ou chez celles qu’on fait pouliner à un âge assez avancé.

Il est des poulinières que la présence de l’homme semble indisposer contre leur nouveau-né qu’elles accueillent à coups de dents et de pieds et qui finissent pourtant par se familiariser avec lui dès qu’on s’éloigne et qu’on les laisse seules.

Si la mère ne lèche pas convenablement son poulain, on pourra le saupoudrer de sel pour l’engager à le faire; si cette manœuvre reste sans résultat, on devra le sécher par des frictions exécutées avec un linge chaud ou un chiffon de laine, puis le couvrir.

En matière d’élevage, on peut affirmer que l’avenir du jeune sujet est intimement lié à un allaitement copieux et prolongé ; le rôle dévolu aux femelles nourrices pendant la période initiale de la croissance est donc prépondérant, et la formule «telle mère, tel produit», pourrait être érigée en axiome.

Les poulains résultant de «fortes nourrices» sont bien développés sous le rapport de la musculature, de l’ossature, de la taille, du pourtour thoracique, etc.; ceux provenant de «nourrices médiocres» sont malingres, chétifs et, malgré une hygiène sévère, ils fournissent un contingent élevé dans la morbidité et la mortalité du jeune âge.

La lactation doit être bien surveillée dans les premiers jours qui suivent la naissance; il faudra s’assurer si la mère a beaucoup ou peu ou point de lait; c’est ce dont on s’apercevra facilement d’abord au volume de la mamelle et des veines lactées et ensuite si l’on voit sortir du lait en excès par la commissure des lèvres du nouveau-né.

On ignore les limites entre lesquelles varie la quantité de lait sécrétée par la jument pendant les vingt-quatre heures; on suppose toutefois, en tenant compte des besoins nutritifs du poulain pendant la première période de l’allaitement, que la production journalière moyenne doit varier de 8 à 10 litres.

L’hyperlactation est d’une rareté exceptionnelle chez les poulinières de pur sang.

Néanmoins, il peut arriver, surtout dans les premiers jours de l’existence du jeune, que celui-ci ne puisse pas consommer, surtout s’il est atteint de débilité congénitale, tout le lait sécrété par la mère; dans ces conditions, on devra traire celle-ci partiellement, pour la soulager et éviter des complications inflammatoires. Cette précaution permettra également de remédier aux troubles digestifs (indigestion laiteuse) observés chez les sujets trop avides.

Le lait s’échappe quelquefois spontanément en dehors, c’est lorsque la sécrétion est trop abondante et qu’on néglige de traire les poulinières privées de leurs petits. Dans ce cas, les conduits galactophores et les sinus du mamelon sont tellement distendus que la compression à laquelle le liquide est soumis force la résistance de l’orifice de ce sinus.

L’hyperlactation correspond, sous le rapport de l’aptitude laitière, aux femelles «bonnes nourrices», qui en fournissant un allaitement copieux tant quantitatif que qualitatif, assurent le développement régulier et rapide du jeune sujet.

L’insuffisance du rendement lacté, l’hypolactation, cause fréquente de l’emploi de l’allaitement artificiel, peut être quantitative quand la quantité totale de lait journalière fournie est inférieure à la normale; elle est qualitative lorsque le lait sécrété dans les vingt-quatre heures est en quantité normale, mais présente une trop faible proportion de principes nutritifs. L’analyse chimique permet seule de conclure. Le plus souvent les deux causes existent, et pour combler l’insuffisance des matériaux nutritifs, l’allaitement mixte est indiqué.

Dans le cas d’hypolactation le jeune sujet ne présente pas les signes d’une maladie déterminée, mais la courbe de son poids est notablement au-dessous de la normale; la maigreur, conséquence de l’autophagie, s’accuse, le poil est terne, indices d’une nutrition défectueuse.

SIGNES INDIQUANT L’APTITUDE LAITIÈRE DES NOURRICES

Bien que cette question soit du domaine de la zootechnie, nous ne pouvons nous dispenser, vu l’importance du sujet, d’en faire une brève étude.

Les caractères indiquant l’aptitude laitière des poulinières ont trait à la conformation générale, à la finesse du tégument et au développement des mamelles.

La jument doit posséder au plus haut point tous les caractères de son sexe, sveltesse, élégance des formes, hanches écartées, bassin large, abdomen ample, poitrine mince, tête fine, etc. L’œil limpide et le regard doux seront les signes d’un caractère tranquille et indolent.

La réduction du squelette, la minceur et la souplesse de la peau, la finesse et le brillant des poils sont des qualités à rechercher.

Les renseignements fournis par la peau sont très utiles et ce sont à peu près les seuls dont on puisse disposer sur les primipares dont la mamelle n’a pas encore fonctionné et dont les formes corporelles n’ont pas encore acquis la régularité désirable.

Peau fine, souple, mobile, se détachant facilement des tissus sous-jacents, douce au toucher, voilà ce qu’il faut rechercher.

Une abondante irrigation sanguine de la mamelle est la raison physiologique d’un fonctionnement actif; le puissant réseau de veines superficielles, en fournissant la mesure de la quantité du sang qui sort, et par conséquent qui circule, nous apportera un élément d’appréciation de premier ordre. On les explore facilement en passant la main à plat sous le ventre et en suivant lentement les inflexions des vaisseaux.

Les trayons doivent être suffisamment gros et bien plantés de façon à ne constituer aucun obstacle dans l’allaitement maternel.

Il est élémentaire et toutefois indispensable de traire quelques gouttes de lait pour s’assurer que les canaux galactophores ne sont pas obstrués et que les mamelles fonctionnent bien.

Les anomalies des mamelles sont rares, et lorsqu’on les observe, elles sont dues, soit à une hypertrophie considérable du tissu adipeux péri ou intra-mammaire, soit au contraire à une atrophie plus ou moins avancée du parenchyme glandulaire.

Dans les retards de croissance, quand l’enquête ne permet pas d’incriminer le rendement lacté, il faut penser à la mauvaise qualité du lait et rechercher les causes capables de la déterminer.

Il y a des laits pauvres qui contiennent une proportion insuffisante de beurre ou de caséine et qui, par suite, ont une valeur alimentaire médiocre. Ils peuvent entraîner des arrêts de croissance par hypoalimentation.

Il y a des laits riches qui, inversement, renferment trop de beurre ou de caséine et peuvent provoquer, surtout si les rations sont un peu fortes, des troubles de l’appareil digestif.

Dans les deux cas, l’hygiène alimentaire de la mère pourra modifier les qualités du lait.

Parmi les causes d’origine maternelle capables de faire varier la composition du lait, citons la période des chaleurs.

A ce moment, par suite de l’action génitale sur les grandes fonctions, la sécrétion mammaire est modifiée. Au point de vue quantitatif, on observe une diminution, quelquefois un tarissement presque complet.

L’analyse chimique ne révèle pas de modifications qualitatives; et cependant le lait des vaches en chaleur a éprouvé des changements sensibles dans ses propriétés, à en juger par son odeur forte et son altération rapide. Il y a, certainement, à cette période, élimination par la mamelle de certaines toxines: et ce sont elles qui produisent des accidents gastro-intestinaux chez les jeunes sujets.

Pour les mêmes raisons le lait provenant des vaches nymphomanes ou taurelières, ne sera pas utilisé pendant la période de l’allaitement artificiel.

HYGIÈNE ET PRATIQUE DE L’ALLAITEMENT MATERNEL

Table des matières

Les règles qui constituent l’hygiène de l’allaitement maternel sont beaucoup plus simples que dans l’allaitement artificiel, elles se réduisent:

1° A faire absorber le colostrum;

2° A observer une grande régularité dans les tétées et à en régler le nombre;

3° A soumettre la femelle nourrice à une alimentation saine.

Faire téter le petit. — Presque aussitôt après la naissance, le jeune s’attache intimement au mamelon de sa mère et exerce des mouvements de succion qui déterminent l’érection de cet organe et font jaillir le lait.

Si le nouveau-né n’a pas réussi à trouver la mamelle, on devra l’y aider. Quelques juments jeunes, irritables, chatouilleuses, font quelquefois des difficultés pour se laisser téter les premiers jours; il faut les y habituer. Pour cela la personne qui a l’habitude de les panser, s’approche de leur tête, les tient et les caresse, tandis qu’une autre personne aide le poulain à saisir le mamelon.

Si la mère est très chatouilleuse et se défend, il faut, avant d’approcher le poulain, lui faire lever un pied de devant, puis avec beaucoup de précaution aller toucher doucement les mamelles, presser le mamelon et en faire couler un peu de lait. Quand elle sera habituée à ces attouchements, on approchera le poulain avec les mêmes précautions. Elle aura bientôt pris l’habitude de se laisser téter sans qu’on ait besoin d’intervenir.

Quelquefois, c’est le poulain qui ne veut pas téter et qui périrait d’inanition faute de savoir prendre le mamelon, si on ne venait à son aide pour faire son éducation. Quand la mère est très docile, cette difficulté est encore assez facilement vaincue, mais il n’en est pas de même quand son indocilité se joint à l’inexpérience du nouveau-né. Alors la difficulté est très grande et nous avons vu plusieurs cas où il a fallu recourir à l’allaitement artificiel par suite de ces seules raisons.

Les juments qui nourrissent pour la première fois sont celles qui réclament la plus grande surveillance, mais l’antipathie qu’elles pouvaient avoir pour leur produit cesse aussitôt que l’habitude a émoussé la sensibilité des mamelles et que la lactation est bien établie. Celles qui ont les mamelles pleines recherchent même le nourrisson.

Certains nouveau nés, bien constitués à la naissance, n’éprouvent pas le besoin de téter; si on leur met le mamelon dans la bouche, ils ne le saisissent pas ou le quittent après avoir pris une quantité insignifiante de lait.

Faire absorber le colostrum. — Il est aujourd’hui de science vulgaire que le premier lait ou colostrum jouit de propriétés purgatives utiles au foal en provoquant l’expulsion du méconium. Ce résidu excré-mentitiel de la vie intra-utérine présente à l’état normal, une consistance molasse et se compose souvent de bile. Il y a une relation étroite entre les caractères physiques du méconium et le régime diététique de la mère; l’état pléthorique maternel consécutif à une suralimentation échauffante, à base d’avoine, est la cause la plus fréquente de la non-expulsion de ce produit résiduel.

L’ingestion du colostrum a pour but de réaliser l’antisepsie intestinale du nouveau-né ; l’effet physiologique de ce produit n’est pas toujours suffisant; quelques foals sont constipés et ne peuvent expulser le méconium; dans ce cas, pour éviter des accidents mortels, provoquez son expulsion par de légers laxatifs et des lavements.

Le rôle physiologique du colostrum a donc une importance capitale et il est regrettable de constater que certains éleveurs, fidèles à la routine, refusent de donner le premier lait invoquant sa composition défectueuse.

Le colostrum est un liquide jaunâtre, épais, visqueux, d’une saveur fade, moins agréable que celle du lait ordinaire, se couvrant par le repos d’une couche de crème abondante, jaunâtre, épaisse et visqueuse.

Examiné au microscope, il se montre composé d’un grand nombre de globules de graisse, sphériques, très réfringents, très inégaux, et quelques-uns un peu granuleux; de globules de pus assez abondants, les uns intacts, un peu pâles et laissant voir assez bien leurs noyaux intérieurs, les autres en voie de régression, et fortement granuleux; de nombreuses granulations moléculaires libres, et enfin de nombreux corpuscules de forme plus ou moins régulièrement globuleuse, de coloration grisâtre, auxquels on donne, depuis DONNÉ, qui les a signalés le premier, le nom de corpuscules du colostrum.

Au point de vue chimique, la forte teneur en albumine, en graisse et en matières minérales du colostrum expliquent l’effet légèrement laxatif qui résulte de son ingestion. La présence du colostrum ne constitue pas — comme trop d’éleveurs ont une tendance à le croire — une altération du lait contraire à son emploi.

Examen des excreta pendant la période de l’allaitement. — L’examen des excreta pendant la période de l’allaitement constitue le meilleur critérium de l’alimentation. Si aucun trouble digestif — dont la diarrhée est le symptôme dominant — ne se manifeste, si la courbe des poids est normale, on est en droit d’affirmer que la diététique du sujet est rationnelle, tant sous le rapport quantitatif que qualitatif. Si, au contraire, on observe des cas d’intolérance de l’appareil digestif, il convient de suspendre temporairement l’allaitement, de soumettre le sujet à une demi-diète et de rechercher l’origine de ces troubles morbifiques qui, dans la majorité des cas, sont liés à une faute de l’hygiène alimentaire.

L’examen du tableau indiquant la pathogénie des maladies gastro-intestinales d’origine alimentaire pendant l’allaitement maternel, l’allaitement artificiel, la période de l’alimentation complémentaire et celle du sevrage, facilitera les recherches.

Dans ce tableau nous indiquons les caractères physiologiques et pathologiques du méconium qui constitue les premières selles du nouveau-né, puis nous signalons les divers aspects cliniques que peut revêtir la diarrhée, symptôme dominant des affections du jeune âge.

Caractères du méconium.

Aspect normal { Consistance visqueuse, molasse, coloration verdâtre due à la bile.

Aspect pathologique: dureté plus ou moins accusée.

Caractères cliniques de la diarrhée.


L’examen miscrocopique des matières fécales doit se faire sous le rapport de la quantité, de la consistance (ferme ou molle), de la couleur (blanchâtre, grisâtre, jaunâtre, vert olive, vert noir, etc.), et de l’odeur (normale, fétide, putride). Parfois les excréments sont moulés et coiffés de mucosités glaireuses ou présentent des productions anormales, aliments non digérés, fausses membranes, caillots fibrineux, parasites.

L’examen microscopique et bactériologique est souvent utile et permet de reconnaître la présence de microbes spécifiques permettant une diagnostic exact.

Nous verrons au chapitre consacré à la pathologie des jeunes que c’est par la synthèse des signes recueillis méthodiquement que l’on arrive à préciser la nature des affections multiples de l’appareil digestif.

Tableau indiquant la pathogénie des troubles digestifs pendant la période de l’allaitement.

I. — ALLAITEMENT MATERNEL


II. — ALLAITEMENT ARTIFICIEL


III. — ALIMENTATION COMPLÉMENTAIRE AU SEVRAGE.


L’examen du tableau indiquant la pathogénie des troubles de l’appareil digestif montre que, sous le rapport de la morbidité, l’allaitement artificiel expose beaucoup plus que l’allaitement naturel à des phénomènes pathologiques. Ceux-ci relèvent de facteurs complexes qu’il n’est pas. toujours facile de préciser, et qui souvent s’associent.

ALLAITEMENT ARTIFICIEL

Table des matières

INDICATIONS. — BILAN NUTRITIF DES RATIONS LACTÉES. — HYGIÈNE DE L’ALLAITEMENT ARTIFICIEL. — NOMBRE ET INTERVALLES DES REPAS. — STÉRILISATION ET MATERNISATION DU LAIT. — INFLUENCE SUR LA MORTINATALITÉ ET LA CROISSANCE.

L’allaitement artificiel est considéré par tous les éleveurs comme inférieur à l’allaitement maternel. On a cependant exagéré ses dangers; il est certain que ce mode d’allaitement, pratiqué comme cela est malheureusement fréquent, dans de mauvaises conditions hygiéniques, s’oppose au développement régulier du foal, mais les troubles digestifs observés fréquemment (diarrhée, indigestion laiteuse, gastro-entérite, etc.) doivent être attribués, dans la presque totalité des cas, à un allaitement irrationnel.

Les dangers de l’allaitement artificiel varient surtout avec l’époque où il est utilisé ; plus la période est éloignée de la naissance, moins les chances de complications (intolérance de l’appareil digestif) sont à redouter.

Physiologiquement, la croissance pendant l’allaitement artificiel, vu l’absence de ferments spécifiques du lait de vache, devrait être déficitaire; pratiquement, l’observation journalière montre que le développement pondéral et statural sont de même ordre que ceux observés sous l’allaitement maternel.

Ce résultat paradoxal, au point de vue physiologique, peut s’expliquer facilement: le léger déficit alimentaire observé pendant l’allaitement artificiel résultant de l’aptitude digestive plus réduite du foal pour un lait étranger, est largement compensé par les rations lactées plus abondantes que celles de l’allaitement maternel, où l’aptitude laitière, surtout chez les poulinières de pur sang, et particulièrement chez les primipares, est fatalement limitée.

Plusieurs causes imposent l’allaitement artificiel: la mort de la mère, l’absence ou l’insuffisance de lait, le refus de se laisser téter, une maladie ou une malformation des mamelles, les parturitions gémellaires, l’impuissance du foal à sucer le mamelon (débilité congénitale).

Les indications hygiéniques à observer dans la pratique de l’allaitement artificiel sont les suivantes: a) utilisation du colostrum; b) emploi d’un lait stérilisé et maternisé ; c) détermination de la quantité de lait journalière; d) régularité des repas; e) température tiède du lait; f) propreté rigoureuse des récipients.

Nous allons étudier successivement et montrer l’importance de tons ces facteurs hygiéniques qui font varier, dans une notable mesure, le taux de la morbidité de la mortinatalité.

Dans l’a laitement artificiel — bien plus que dans l’allaitement maternel — la détermination de la ration lactée journalière joue un rôle primordial. Il ne suffit pas — comme beaucoup d’éleveurs ont une tendance à le croire — de savoir préparer le lait (coupage, stérilisation), il faut encore et surtout connaître la quantité à administrer au foal, car l’insuffisance (hypo-lactation) ou la suralimentation (hyper-lactation) sont nuisibles à son développement. La ration lactée journalière varie, dans une large mesure, avec l’individualité et la richesse du lait en principes nutritifs; la courbe du poids et l’état des fonctions digestives fournissent le meilleur critérium.

Les rations lactées par suite du volume réduit de l’estomac et pour ne pas entraver l’accomplissement du chimisme stomacal, doivent être régulièrement espacées. Au début, la ration sera répartie toutes les deux heures, ce n’est qu’au bout de six ou sept semaines qu’il convient de réduire le nombre des distributions. Si elles sont trop rapprochées, des troubles digestifs graves (indigestion laiteuse, gastro-entérite) ne tarderaient pas à se manifester.

Le lait de vache, qui constitue la base de l’allaitement artificiel, n’a pas à tous les moments de la lactation une égale valeur alimentaire. Il convient de ne pas l’utiliser au delà du huitième mois, car à partir de cette époque la teneur en matière grasse diminue notablement.

Les écarts de composition chimique du lait de vache, lorsqu’ils sont sensibles, expliquent les troubles digestifs, les arrêts de croissance observés fréquemment dans l’allaitement artificiel. Il convient donc d’utiliser un lait moyen, résultant du mélange des traites et doué d’une composition chimique relativement stable.

Les microbes pullulent rapidement dans le lait et l’adultèrent à bref délai; il faut donc assurer sa conservation en empêchant leur développement ou en les détruisant par la stérilisation; dans le cas contraire, le lait deviendrait un véritable bouillon de culture renfermant des toxines nocives pour l’organisme délicat du foal.

La chaleur est le plus sûr microbicide et constitue le procédé le plus pratique; le lait porté à l’ébullition pendant trois à quatre minutes est privé des ferments lactiques et des microbes pathogènes.

L’ébullition détruit les enzymes qui exercent sur la nutrition une influence très favorable, mais cette objection est absolument insuffisante pour faire rejeter la pratique de la stérilisation. Si, sous prétexte de conserver les zymases, nous donnons du lait chargé de microbes, nous avons beaucoup de chance de tuer le jeune sujet par infection ou intoxication (gastro-entérite toxique); tandis qu’en utilisant un lait stérile, même privé de ferments solubles, le foal échappe à cette cause si fréquente de mortalité.

Dans la pratique de l’allaitement artificiel, plusieurs procédés sont employés; le lait est administré au moyen du biberon, de la bouteille. du seau ou du baquet. Nous allons, en nous plaçant au point de vue hygiénique, faire la critique de ces différents modes d’administration.

Le biberon permet au foal de téter et cet acte naturel peut exercer un effet utile en stimulant les contractions péristaltiques et en stimulant la sécrétion des sucs digestifs. Le liquide n’est dégluti que lentement, ce qui en permet la meilleure élaboration; enfin, dans l’allaitement mixte, grâce au biberon, le nouveau-né ne se déshabitue pas de la succion.

L’allaitement à la bouteille, que l’on pratiquait autrefois, a l’inconvénient d’être long et assujettissant, et ne peut être utilisé dans les studs importants.

L’allaitement au seau, procédé très simple, est employé fréquemment. Les poulains s’habituent très vite à puiser dans le récipient; s’ils s’y refusent au début, on leur plonge l’extrémité de la tête dans le lait, en leur maintenant la bouche entr’ouverte; ils lèchent ce qui est attaché à leurs lèvres, et, dans la suite, ne font plus de difficultés.

Ce mode d’allaitement est critiquable, car le règlement des rations lactées n’est pas contrôlable; en outre, le jeune peut boire avec avidité et est prédisposé, pour ces deux raisons, aux troubles digestifs, dont la gastro-entérite est l’expression.

Quel que soit le procédé employé dans l’allaitement artificiel, une rigoureuse propreté des récipients doit intervenir; ils seront lavés à l’eau bouillante chaque fois qu’ils auront été utilisés. Malheureusement, dans la pratique, la propreté des récipients est douteuse et la stérilisation préalable du lait devient inutile par suite des fermentations qui se développent ultérieurement.

Les différences qui existent au point de vue chimique entre la composition du lait de vache et celui de la jument, nécessitent l’emploi d’un «lait maternisé ».

La teneur élevée du lait de vache en matières albuminoïdes et en matières grasses, a été considérée, il v a bien longtemps déjà, comme la cause principale de l’infériorité de l’allaitement artificiel. Le moyen utilisé pour restreindre la proportion des substances en excès est le coupage ou addition d’eau. Dans la pratique, il ne s’agit pas de diminuer la proportion de caséine, de manière à la rendre exactement équivalente à celle du lait de jument, il suffit seulement de la réduire assez pour que le lait de vache ne provoque pas de troubles digestifs. Le lait écrémé, coupé avec un tiers d’une solution sucrée à 10 %, solutionne hygiéniquement la question. Ce lait maternisé peut être donné dans les mêmes conditions que le lait de jument. La mode de coupage ne compromet en rien la stérilisation du lait; on emploiera de l’eau ayant subi l’ébullition pendant quelques minutes; on y ajoutera le sucre. Le coupage du lait n’est justifié que pendant les quatre premières semaines. Quelques éleveurs coupent le lait de vache avec des liquides mucilagineux, tels que décoction d’orge, de farine de riz, de gruau, d’avoine, etc. Cette pratique n’est pas à recommander, car ces liquides fermentent avec une extrême facilité et peuvent être le point de départ de troubles digestifs.

ALLAITEMENT MIXTE

Table des matières

L’allaitement mixte est la combinaison de l’allaitement naturel avec l’allaitement artificiel. Ce régime donne de bons résultats lorsque la proportion de l’allaitement maternel en constitue la dominante.

L’allaitement mixte présente sur l’allaitement artificiel une grande supériorité. Recevant avec le lait maternel des ferments de nutrition actifs (enzymes), le foal est capable d’utiliser plus complètement le lait de vache donné en supplément. Il est bien entendu, pour obtenir de bons résultats avec ce mode mixte d’allaitement, que le lait de vache doit être préparé suivant les règles indiquées précédemment, c’est-à-dire qu’il doit être stérilisé et, dans les premières semaines, dilué et sucré.

L’allaitement mixte bien conduit comble l’insuffisance de l’allaitement maternel; cet apport supplémentaire de matériaux nutritifs, fait sous une forme digestible, permet d’assurer au foal une croissance normale toujours plus difficile à obtenir avec l’emploi exclusif de l’allaitement artificiel.

ALLAITEMENT PAR ADOPTION

Table des matières

L’allaitement par adoption consiste à donner le nouveau-né à une femelle de son espèce s’il s’en trouve une à lait dans le stud.

Au début, il arrive que la pseudo-mère accueille mal le jeune qu’on lui donne, mais si l’on insiste, le mauvais accueil ne persiste pas et la jument tend d’elle-même sa mamelle à son nourrisson d’adoption.

Les chèvres, dont l’instinct de la maternité est très développé, jouent le rôle principal dans l’allaitement par adoption, et acceptent volontiers le rôle de nourrices. Dans certains cas, on peut faire téter deux chèvres à un poulain orphelin.

L’avantage de l’allaitement par adoption sur l’allaitement artificiel réside en ce que le foal reçoit, à une température convenable, du lait qui n’a pas subi de contacts impurs et qui, par suite, n’a pas besoin d’être stérilisé.

La physiologie et l’expérience montrent que la croissance est d’autant plus rapide que l’on considère un moment plus rapproché de la naissance et que sa vitesse se ralentit à mesure qu’approche l’âge adulte qui en marque le terme. Il est donc de toute première importance que, durant cette période initiale, l’organisme reçoive tous les éléments nécessaires à un accroissement hâtif et cela sous la forme la plus directement assimilable. L’allaitement remplit cette condition; il doit être copieux et prolongé, car il tient sous sa dépendance directe l’avenir du sujet. L’allaitement déficitaire (quantitatif et qualitatif) produit des troubles profonds de la nutrition, qui se répercutent à longue échéance; il n’est pas rare de voir, après cette période, des yearlings dont la conformation défectueuse (poitrine plate, musculature et ossature grêles) porte l’empreinte indélébile d’un allaitement irrationnel.

Dans les cas d’hypolactation, le dépérissement ar; ive progressivement et le eune s’arrête — ainsi que le prouvent les pesées journalières — dans sa croissance: ce n’est pas seulement le poids qui lui manque, ce sont encore les signes du développement squelettique (pourtour thoracique, longueur du corps, taille, etc.).

L’hyperlactation, très rare dans l’allaitement maternel, s’observe assez fréquemment chez les sujets soumis à l’allaitement artificiel; elle est réalisée par des repas trop copieux, ou trop rapprochés. Ce surmenage digestif par les troubles qu’il entraîne (indigestion laiteuse, gastro-entérite) provoque fatalement un arrêt de croissance.

Cette étude physiologique nous permet d’affirmer que les résultats défavorables observés souvent dans la pratique de l’allaitement artificiel, ne sont pas en réalité dus à ce mode d’allaitement, mais doivent être attribués, dans la majorité des cas, à son mauvais emploi.

En adoptant les mesures hygiéniques préconisées dans le cours de ce chapitre (utilisation du colostrum, emploi d’un lait stérilisé et maternisé, régularité dans le nombre et dans l’intervalle des repas, propreté rigoureuse des récipients, etc.), vous éviterez à la fois les arrêts de croissance, si préjudiciables à l’avenir du sujet, et le taux élevé de la mortinalité.

DE L’ALIMENTATION COMPLÉMENTAIRE PENDANT LA PÉRIODE DU JEUNE AGE

Table des matières

BASES PHYSIOLOGIQUES. — BILAN NUTRITIF. — PÉRIODE ou ELLE DOIT ÊTRE UTILISÉE. — INFLUENCE SUR LA CROISSANCE.

Il arrive un moment où l’alimentation lactée si physiologique fût-elle,. n’est plus suffisante pour assurer le développement hâtif et régulier du jeune sujet; il convient alors pour réaliser le bilan nutritif de la croissance, d’utiliser l’alimentation complémentaire.

La diététique à cette époque, présente quelques particularités physiologiques, à signaler. Parmi celles-ci citons, l’étendue de la surface cutanée, la déperdition calorique et la suractivité des combustions organiques. En outre, la structure délicate des organes digestifs, leur volume réduit, leur développement incomplet, l’état des sécrétions, etc., sont autant de facteurs dont il faut tenir compte à cette période.

Ces nécessités physiologiques spéciales à la période du jeune âge imposent — est-il besoin de le faire remarquer — une alimentation particulière tant sous le rapport quantitatif que qualitatif.

Bien que l’hygiène alimentaire des jeunes soit considérable, puisqu’elle tient sous sa dépendance directe la croissance et l’avenir du sujet, elle n’a fait jusqu’à ce jour l’objet d’aucune étude spéciale chez le pur sang, c’est pour combler cette lacune que nous lui consacrons ce chapitre.

Nous allons mettre en évidence l’importance de la déperdition calorique chez les jeunes sujets.

La température du corps étant notablement supérieure à celle de l’atmosphère ambiante, il en résulte une déperdition continuelle par rayonnement qui est balancée par des combustions internes.

Cette déperdition de chaleur est nécessairement variable, mais elle n’est pas proportionnelle à l’abaissement de la température. La surface cutanée se refroidit, en effet, beaucoup par vaso-constriction; la température centrale reste la même, mais la température superficielle du corps peut s’abaisser et c’est proportionnellement à la différence entre cette dernière et celle du milieu qu’ont lieu les échanges thermiques.

La surface absorbante de l’animal est fonction du carré de ses dimensions, tandis que sa masse varie avec le cube de ces mêmes dimensions. Les déperditions organiques seront d’autant plus intenses que par rapport à la masse, les surfaces seront plus grandes, ce qui est le cas pour les jeunes sujets dont les besoins sont supérieurs à ceux des animaux de grande taille. Il n’est pas exact, physiologiquement, de considérer comme égaux, les besoins d’un poulain de 100 kilogrammes et ceux de deux sujets de 50 kilogrammes; chacun de ces derniers, dépense plus que la moitié du précédent.

En résumé, à mesure que le poulain pèse davantage, sa surface spécifique, c’est-à-dire la surface correspondante à un kilogramme de son poids, diminue; en d’autres termes par rapport à l’unité de poids, la déperdition calorique est d’autant moins élevée que le jeune sujet pèse davantage.

C’est là un point capital au point de vue de l’alimentation des jeunes; chez eux, la surface de la peau étant proportionnellement à la masse de leur corps beaucoup plus grande que celle de l’adulte; devant lutter contre la déperdition considérable de chaleur qui se produit au niveau du tégument, ils doivent par suite consommer une plus grande quantité de matériaux nutritifs, pour maintenir au niveau nécessaire leur température centrale, et cette température ne peut être maintenue qu’à la condition d’avoir des échanges très actifs.

M. EDWARDS a établi par de nombreuses expériences que les animaux nouveau-nés se refroidissent très vite. Quatre petits chiens nés depuis vingt-quatre heures, ont été exposés, à une température de 13°, et leur température centrale a baissé de 16° en quatre heures et demie puis de 6° en huit heures et demie; à ce moment ils étaient devenus extrêmement faibles; néanmoins par des soins appropriés, il put les ranimer et leur faire regagner 6° en quinze minutes. Au bout de quatre heures, ils étaient revenus à la température normale.

Cette expérience montre combien les nouveau-nés sont extrêmement sensibles au froid par suite de la grande étendue de leur surface de rayonnement par rapport à leur poids.

Au point de vue de la suractivité des combustions organiques, la statique de la nutrition pendant la période du jeune âge prouve que plus le kilogramme de matière vivante est jeune, plus les combustions sont actives.

Les pertes organiques chez les poulains atteignent un taux plus fort que chez les adultes car, outre le simple entretien de leurs fonctions physiologiques, ils sont astreints à satisfaire à deux sortes d’exigences, les unes normales, qui sont la dépense habituelle, le déchet prévu et courant; les autres imposées par le travail supplémentaire dû à la suractivité fonctionnelle pendant la période de la croissance.

En dehors des exigences nutritives consécutives à la déperdition calorique, à la suractivité des combustions organiques; d’autres facteurs physiologiques, le développement incomplet du tube digestif, la faible capacité stomacale, l’aptitude digestive réduite pour certains principes immédiats, font varier les bases de la diététique des jeunes sujets.

Physiologiquement, l’état inachevé du tube digestif dans les semaines qui suivent la naissance ne permet tout d’abord qu’une alimentation lactée, mais peu à peu son perfectionnement progressif autorise l’emploi. à mesure que les jeunes grandissent, d’aliments de plus en plus variés, La fréquence et la régularité des repas constituent à cette période une nécessité impérieuse.

Il est curieux de constater, à propos de l’élevage du cheval de course, que ce sont les animaux pour lesquels on a la plus grande sollicitude, qui sont élevés par les hommes les plus compétents, qui sont les victimes de cette coutume antihygiénique qui consiste à les priver prématurément de l’alimentation lactée que la nature avait ménagée pour eux.

Certes nous admettons, avec tous les auteurs, que la précocité, — facteur indispensable au cheval de course — est intimement liée à l’emploi de l’avoine, mais encore faut-il employer cette dernière, le simple bon sens l’indique, à défaut de connaissances physiologiques, à une période où la faculté digestive le permet.

L’état des sécrétions, en particulier celles des sucs pancréatique et gastrique et de la salive parotidienne n’acquièrent véritablement que vers le 4e et le 5e mois le pouvoir de saccharifier en féculents; en outre, la structure des organes digestifs n’étant pas appropriée aux aliments relativement grossiers avec lesquels on les met en contact, il en résulte une impossibilité absolue de digestion; de là des diarrhées, des gastro-entérites fréquentes qui sont les résultats du mauvais fonctionnement de l’appareil digestif.

On peut dire que le surmenage de l’appareil digestif à cette période est la cause déterminante de la grande morbidité observée au haras; le retour au régime lacté est le vrai remède à opposer à ces accidents redoutables et si souvent mortels.

Pour toutes ces raisons le lait, par sa composition chimique et surtout par sa grande digestibilité, doit être considéré comme l’aliment physiologique exclusif pendant les deux ou trois premiers mois qui suivent la naissance.

L’adjonction d’autres aliments dans l’allaitement naturel n’est même pas rationnelle dans le cas où le rendement lacté serait insuffisant; il suffit, en effet, de combler le déficit en recourant à l’allaitement mixte qui apportera à l’organisme, sous une forme assimilable, les matériaux nutritifs déficitaires.

Envisageons maintenant, si l’on peut obtenir avec l’alimentation lactée exclusive pendant les deux premiers mois, la croissance normale.

Pour que le bilan nutritif qui correspond à la précocité soit réalisé pendant cette période, il faut que l’organisme reçoive journellement: 400 grammes de protéine, 360 grammes de matières grasses, 470 grammes de matières hydrocarbonées. Tous ces éléments — et nous en avons fourni la démonstration dans un autre ouvrage — sont renfermés dans une ration lactée de 10 litres.

Pourquoi vouloir substituer au lait, qui est l’aliment complet adapté, aux nécessités physiologiques de cette période, d’autres aliments d’une digestibilité plus faible?

Dans plusieurs haras nous avons fait des expériences sur des poulains, les uns soumis à l’alimentation lactée exclusive pendant les deux premiers mois, les autres soumis au régime mixte: lait et avoine. Les mensurations et les pesées effectuées régulièrement ont montré, au grand étonnement des éleveurs, que la croissance normale a été réalisée dans le lot soumis à l’alimentation lactée exclusive. Mais, remarque intéressante, ce dernier lot, contrairement à celui soumis à l’alimentation mixte, a présenté un état sanitaire excellent; aucun trouble digestif (diarrhée, gastro-entérite) qui provoque fatalement un arrêt de croissance, n’a été observé.

En résumé, nous basant sur l’étude physiologique que nous venons de faire, nous préconisons pendant les deux premiers mois qui suivent la naissance, l’emploi exclusif de l’alimentation lactée. Mais pour que l’équilibre nutritif, assurant la croissance normale du sujet, soit réalisé il faut de toute nécessité recourir à l’emploi de l’allaitement mixte.

Nous n’ignorons pas que notre façon de voir sera critiquée par les éleveurs mais on nous accordera que nos conclusions sont basées sur des données scientifiques vérifiées par la pratique.

CHAPITRE XII

Table des matières

DU SEVRAGE

Hygiène. — Epoque. — Différents modes. Influence sur la croissance et la morbidité.

Sevrer est l’action de faire cesser l’allaitement et de donner à l’animal une nourriture plus substantielle que le lait, et se rapprochant peu à peu des qualités des aliments ordinaires.

Le sevrage constitue une phase remplie de dangers et aussi critique que l’allaitement; il met en cause l’appareil digestif, si l’alimentation n’est pas convenablement choisie dans sa nature et soigneusement réglée en quantité. La façon dont se fait fréquemment le sevrage est si irrationnelle, qu’on se demande comment autant de jeunes animaux franchissent cette période délicate et ne succombent pas aux troubles de l’appareil digestif.

La précocité est la cause du sevrage; le lait, cet aliment si complet et si bien approprié aux organes et aux fonctions digestives du jeune sujet, devient plus tard insuffisant pour son développement, l’organisme ayant besoin d’une suralimentation protéique et minérale. En dehors du rendement lacté déficitaire, de l’altération des qualités du lait, une autre cause d’origine maternelle, la gestation, impose souvent le sevrage; cet état, en modifiant profondément, comme nous l’avons vu antérieurement, la sécrétion lactée, tant sous le rapport quantitatif que qualitatif, en marque le terme, qui doit être devancé de quelques mois.

Le régime du sevrage exerce une influence considérable sur l’avenir du sujet; avec l’allaitement, il constitue la dominante pathologique des affections du jeune âge. Sa direction exige donc une attention particulière de l’éleveur, il faut épier, pour ainsi dire, les efforts digestifs du jeune sujet, lui donner la nourriture en petite quantité à la fois et plus ou moins selon ses besoins. L’examen des excreta et le graphique de son poids constituent — comme dans la période de l’allaitement — le meilleur critérium de l’alimentation à cette période.

Il ne faut pas oublier que l’appareil digestif, dont le fonctionnement est réduit chez le nouveau-né, subit des modifications anatomiques et physiologiques à mesure que le jeune sujet avance en âge; la fibre musculaire se développe pour être en rapport avec les fonctions que l’intestin et l’estomac ont à remplir à cette période. La structure des organes digestifs, leur volume, l’état des sécrétions, principalement celle gastrique, se modifient profondément encore; les organes digestifs habitués à une nourriture légère, de facile digestion et si bien appropriée à leurs fonctions, ne pourraient supporter, dans l’immense majorité des cas, tout à coup et sans transition une alimentation solide, de digestion difficile, à laquelle ils ne sont pas préparés. Aussi les troubles graves de l’appareil digestif; diarrhée, gastro-entérite, etc., sont-ils la conséquence fatale d’un sevrage irrationnel.

L’hygiène du sevrage comprend:

L’époque du sevrage;

Le mode de sevrage;

La diététique spéciale à cette période.

Physiologiquement, la durée de la période de l’allaitement est sous la dépendance de la dentition du jeune sujet, et, tant que son appareil dentaire ne lui permettra pas d’utiliser avec profit les aliments solides, le régime lacté devra constituer la nourriture exclusive.

Epoque du sevrage. — Chez les équidés, les premières molaires permanentes n’apparaissent jamais avant l’âge de six mois, et souvent elles ne sont sorties qu’à huit ou dix mois. Jusqu’à ce moment, le sevrage doit être considéré comme prématuré, car les organes de la mastication ne permettent pas d’utiliser avec avantage l’alimentation végétale fibreuse.

Souvent, les éleveurs n’attendent pas les indications de la nature pour sevrer les poulains, et cette façon irrationnelle de procéder joue un rôle important dans la pathogénie des maladies de l’appareil digestif; ces troubles de la nutrition amènent fatalement un retard marqué dans la croissance..

D’après une opinion empirique, basée exclusivement sur un fait d’observation, l’allaitement devrait durer un temps égal à la moitié de celui de la gestation.

Lorsqu’il s’agit de sujets sur lesquels on fonde des espérances il n’y a que des avantages à prolonger l’allaitement; de cette façon, on évite de soumettre brusquement les jeunes à un régime qui les fatigue et retarde leur développement.

Les poulains chétifs ou convalescents seront soumis avec avantage à l’allaitement prolongé, car l’alimentation prématurée avec des aliments condensés pourrait leur être préjudiciable.

Le sevrage peut s’opérer de trois manières différentes: naturellement, progressivement et brusquement.

Sevrage naturel. — Il s’effectue lorsque le sujet, atteignant l’âge de six à huit mois, continue d’aller au pacage avec la mère, celle-ci, surtout si elle est redevenue pleine, finit par lui refuser la mamelle qui, du reste, ne contient plus qu’un peu de lait de mauvaise qualité. D’un autre côté, le jeune préfère au régime lacté celui de l’herbe, et se soucie peu de téter.

Dans la pratique, il est exceptionnel, sauf pour les sujets d’élite, qu’on attende aussi tard pour procéder à l’opération.

Sevrage progressif. — Le sevrage doit être progressif. Cette règle est d’autant plus impérieuse qu’il faut que l’appareil digestif se modifie pour passer de la nourriture animale et liquide aux substances végétales et solides. Il faut donc au sujet une période d’adaptation. Tout écart à cet axiome physiologique entraînerait fatalement, dans un délai plus ou moins éloigné, des troubles de l’appareil digestif et consécutivement un retard dans la croissance.

D’après ce système, le plus répandu dans l’élevage, dans la semaine qui précède le sevrage, on commence à isoler le poulain de manière à ne le laisser téter que trois fois par jour, puis deux, puis une fois seulement, et enfin on arrive à la séparation définitive au bout de la troisième ou quatrième semaine.

Ce procédé a l’avantage, la lactation diminuant de jour en jour, d’éviter chez la mère les engorgements laiteux des mamelles.

Sevrage brusque. — Puisque l’organisation même des jeunes ne se modifie que peu à peu, il en résulte que le sevrage doit être graduel, pour que l’alimentation soit toujours adéquate à l’organisme, il est incontestable que le passage brusque d’un allaitement régulier et actif à une suppression totale peut, malgré le régime et les soins préventifs, provoquer chez la mère des accidents, œdèmes, congestion, inflammation des mamelles.

Du côté du produit, les dangers du sevrage brusque sont bien plus manifestes, ils se traduisent par des troubles de la nutrition, entraînant un retard dans la précocité. Avec cette méthode, il ne faut pas s’étonner si, dix à douze mois après, des poulains, ont moins de valeur qu’au moment où on les a sevrés, s’ils sont souffreteux, misérables, ensellés, ventrus. On a perdu une année d’accroissement, période énorme sur la durée totale de la vie; et souvent on a détérioré à tout jamais leur organisme.

Le sevrage prématuré n’a pas seulement l’inconvénient de ralentir le développement dans la première jeunesse, si importante pour l’avenir du sujet; il altère la conformation, l’harmonie générale des formes. Ainsi que l’ont démontré avec précision les résultats des expériences de WILKENS, l’ingestion prématurée des aliments solides a pour effet de provoquer une amplification excessive de certaines parties de l’appareil digestif, qui ne sont point celles qui prennent précisément la plus forte part au processus de la digestion.

Au point de vue statural, le développement de la musculature et de l’ossature est arrêté, les poulains sont malingres, chétifs, présentent un poil long et terne, indice d’une nutrition défectueuse. Même dans la suite, soumis à une alimentation intensive, ils n’arrivent jamais à acquérir la vigueur, l’énergie, la taille de ceux qui ont bénéficié d’un sevrage rationnel.

Les effets du sevrage brusque, combinés à ceux du sevrage prématuré, sont encore plus néfastes et se traduisent, outre des troubles de l’appareil digestif, par un arrêt marqué de la croissance.

Le sevrage constitue une phase critique à passer et, bien souvent, même pratiqué judicieusement, il entraîne temporairement un léger retard dans la croissance; l’examen des graphiques pondéraux ne laisse aucun doute à ce sujet.

Le sevrage prématuré et le sevrage brusque produisent, seuls ou associés, des troubles profonds de la nutrition qui se répercutent à longue échéance; il n’est pas rare de voir, un an après cette période, des poulains dont la conformation défectueuse (poitrine plate, gros ventre, dos ensellé, musculature et ossature grêles, etc.) porte l’empreinte indélébile d’un sevrage irrationnel.

L’éleveur doit donc se conformer aux principes hygiéniques exposés s’il veut éviter, en même temps que la morbidité, les retards de croissance qui entravent ou compromettent à tout jamais l’avenir des sujets.

ALIMENTATION AU SEVRAGE

Table des matières

BASES PHYSIOLOGIQUES. — BILAN NUTRITIF. — INFLUENCE SUR LA PRÉCOCITÉ

L’époque du sevrage est marquée par deux circonstances indépendantes de la volonté de l’éleveur; le tarissement de la sécrétion lactée et l’apparition des premières molaires chez le poulain (vers le 6e mois).

Lorsque le poulain et la mère vivent ensemble au pâturage, la transition se fait tout naturellement. Ce dernier par esprit d’imitation, pour jouer d’abord, coupe et mâche les herbes les plus tendres, puis peu à peu il prend goût à cette alimentation qui lui devient de plus en plus nécessaire, au fur et à mesure que le lait maternel diminue en quantité.

Quand le poulain est isolé de la mère une partie de la journée, on profite de ces absences pour lui présenter des bouillies claires de farines; cette alimentation alibile, facilement digestible, n’exige pas le travail de mastication. On arrivera à donner 400 à 500 grammes de farine par vingt-quatre heures; mais il est bien entendu que la dose sera très faible au début et progressive dans la suite.

Lorsque le poulain consomme facilement cette bouillie, au bout d’une huitaine de jours par exemple, réduire à trois le nombre des tétées, le matin, à midi et le soir; ajouter un peu d’avoine aplatie ou de fèves cuites à sa ration, jusqu’à en doubler le poids.

La troisième semaine, supprimer encore une tétée, celle de midi, et donner au jeune sujet un kilogramme de foin de très bonne qualité et bien tendre qu’il mangera pendant la nuit. On a commencé depuis un mois à préparer le sevrage, dès lors le poulain ne sera plus conduit à la mère qu’une fois par jour. le matin et la quantité de grain sera doublée. Après huit jours de ce régime, il est définitivement sevré.

L’emploi des aliments complémentaires doit être lentement progressif; il faut éviter avec soin la suralimentation qui entraînerait des troubles digestifs graves. Il s’agit, somme toute, au début, plutôt d’une substitution d’aliments que d’une addition.

Bien que l’appareil digestif ait acquis un développement plus complet que dans les semaines qui suivent la naissance, le coefficient de digestibilité des jeunes sujets pour les aliments d’origine végétale est encore faible; en outre, leur dentition incomplète ne permet pas une mastication suffisante, d’où la nécessité de fournir aux poulains les aliments dont ils ont besoin sous une forme alibile et digeste.

La préparation des aliments a précisément pour objet de modifier les qualités physiques des denrées, de façon à permettre aux organes digestifs d’accomplir leurs fonctions sans fatigue tout en atteignant le plus haut degré d’activité.

L’aplatissage, le concassage des grains augmentent l’appétence et la digestibilité ; en outre, la division des fourrages rend le premier acte de la digestion, la mastication, plus facile et plus rapide.

La cuisson favorise la digestibilité des amylacés; combinée avec la macération, elle élève très sensiblement le coefficient de digestibilité, enfin elle permet la distribution de rations chaudes dont la nécessité à cette période de l’existence est justifiée.

L’addition aux aliments des préparations diastasiques retirées de l’orge germée favorise la transformation de l’amidon en maltose soluble et directement assimilable. L’emploi de ces diastases exige une température inférieure à 40° ; on ne doit donc les ajouter qu’aux préparations alimentaires à peine tièdes.

Savoir combiner dans ce régime mixte les rations lactées et les aliments complémentaires, constitue le secret de l’hygiène à cette période.

Le choix des aliments complémentaires sera basé sur leur teneur en albumine, et sur leur digestibilité.

Les farines constitueront la base de la diététique à cette période; elles serviront de transition entre le régime lacté et l’adaptation au nouveau régime.

Très riches en phosphates, aussi bien qu’en matières azotées, grasses et minérales, elles exercent sur le développement des jeunes animaux une influence remarquable. Ces substances s’emploient mélangées au lait, à l’eau sous forme de barbotages.

La richesse des farines de céréales et en particulier des légumineuses en chaux, en acide phosphorique et en matière azotée, principes qui constituent la trinité physiologique de la croissance, leur fait jouer un rôle important dans l’alimentation du jeune âge.

Réaliser l’harmonie entre la nature des aliments et l’aptitude assimilatrice des sujets; éviter tout changement brusque de régime, observer une grande régularité dans les repas; assurer les exigences nutritives (rapport protéique, adipo-protéique, calcique, phospho-calcique, etc.) tels sont les facteurs de la croissance à cette période.

Toutes ces importantes questions ayant été envisagées dans Comment nourrir le Pur Sang? nous ne faisons que les signaler à l’attention des éleveurs.

CHAPITRE XIII

Table des matières

DE LA CROISSANCE

Considérations physiologiques. — Croissance intra-utérine. — Croissance pondérale et staturale. — Arrêts de croissance. — Bases physiologiques du rationnement. — Détermination du bilan nutritif. — Rôle spécifique de l’alimentation minérale dans la précocité.

CROISSANCE INTRA-UTÉRINE

Table des matières

Par analogie avec la croissance observée après la naissance, nous désignons sous le nom de «croissance intra-utérine» les développements pondéraux et staturaux du fœtus depuis la période initiale embryonnaire jusqu’à celle où il est transformé en un nouvel être capable de vivre dans le monde extérieur.

Les caractères morphologiques du fœtus aux différents âges de la vie intra-utérine, les accroissements observés pendant cette période nous permettront de faire, au point de vue physiologique, une comparaison entre l’intensité de la croissance intra et extra-utérine.

Il n’est pas sans intérêt de pouvoir déterminer l’âge d’un fœtus dont la mère vient d’avorter ou de mettre bas prématurément. Le poids et la longueur, qui sont les caractères les plus facilement appréciables, fournissent des indications à peu près exactes et presque suffisantes pendant la première moitié de la gestation; plus tard, la taille des procréateurs influe sur les dimensions du produit, il devient nécessaire de s’appuyer sur le moment de l’apparition ainsi que sur le degré de développement de certains organes.

CARACTÈRES DU FŒTUS AUX DIFFÉRENTS AGES DE LA VIE INTRA-UTÉRINE

Empruntant les documents à CHAUVEAU et ARLOING , nous indiquons les caractères du fœtus aux différents âges de la vie intra-utérine; à l’aide de ces données nous ferons un parallèle, des plus instructifs, entre la croissance intra et extra utérine.

Premier mois (de 1 à 30 jours). — Période embryonnaire, quelques organes apparaissent, mais sont encore peu distincts; à la fin de la quatrième semaine, le fœtus a 13 millimètres.

Deuxième mois (de 30 à 60 jours). — Les membres et le sternum sont formés; la bouche et les cavités nasales sont encore confondues; — à six semaines, le fœtus a 3 centimètres de longueur; à la fin du deuxième mois, il peut atteindre 7 centimètres.

Troisième mois (de 60 à 90 jours). — Les cerceaux cartilagineux de la trachée apparaissent; la voûte palatine se développe et vient séparer la bouche des cavités nasales; — un fœtus de neuf semaines a 8 centimètres (LAUGILOLTI-BRIOUSAUTI); de onze semaines, 10 centimètres, et de douze semaines, 14 centimètres (FRANCK); GURLT indique à la fin de la treizième semaine, 16 centimètres.

Quatrième mois (de 90 à 120 jours). — A cet âge la peau est encore nue; le foie remplit presque entièrement la cavité abdominale; un fœtus de 120 jours, provenant d’une bonne carrossière hollandaise, pesait 450 grammes dans ses enveloppes; du front à la naissance de la queue, il mesurait 25 centimètres (VIOLET).

Cinquième mois (de 120 à 150 jours). — Dès les premiers jours de ce mois, la peau commence à se pigmenter faiblement et quelques poils apparaissent aux lèvres et au bout du nez; vers la fin, ils se développent aux sourcils; des crins clairsemés se montrent aussi à l’extrémité de la queue; la longueur du fœtus atteint 36 centimètres.

Sixième mois (de 150 à 180 jours). — Les cils se développent et quelques crins paraissent à la crinière; on voit surgir également des poils très fins sur le bord de la conque auriculaire; les châtaignes se montrent sous forme de plaques minces, brunâtres, qui ne tardent pas à se foncer davantage.

Désormais les dimensions du fœtus sont variables, et les auteurs donnent des chiffres très disparates, les écarts extrêmes varient de 53 à 80 centimètres.

Septième mois (de 180 à 210 jours). — D’après MAGITOT et LEGROS, à 190 jours, les follicules des incisives sont clos, et les molaires sont dans un état à peu près analogue; à 200 jours, les follicules sont arrivés à leur entier développement, qui précède de quelques jours l’apparition du chapeau de dentine.

Huitième mois (de 120 à 240 jours). — A sept mois et demi, si l’on en excepte les parties déjà signalées comme présentant des poils, la peau est encore nue; mais la queue se couvre de crins; à 238 jours la crinière se garnit et le dos se couvre de poils.

Neuvième mois (de 240 à 270 jours). — Les paupières supérieures sont velues en même temps que le pourtour des cils; des poils nombreux se voient également sur les bords et à la base des oreilles; la crinière commence à se dessiner, la queue est garnie de crins; — sur tous les points du corps non indiqués, la peau est encore presque entièrement dépourvue de pigment. — Le bord incisif de la mâchoire inférieure forme un énorme bourrelet (Violet).

Dixième et onzième mois. — Du commencement du dixième mois (270 jours) jusqu’à la naissance, le fœtus se couvre plus ou moins vite de poils abondants, selon que l’accouchement sera plus ou moins tardif; les crins de la crinière et de la queue s’allongent; la corne des pieds prend de la consistance; les mâchoires sont pourvues chacune de 6 molaires (3 de chaque côté); les pinces sortent ou sont déjà sorties; les testicules descendent fréquemment dans les bourses avant la naissance.

Le tableau ci-dessous d’après Gurlt indique chez le poulain les augmentations staturales dans les diverses périodes de la vie intra-utérine.


Ce tableau est des plus instructifs; il montre que la croissance fœtale dans l’espèce chevaline atteint son maximum de la quatorzième semaine à la fin de la gestation, le plus grand développement étant observé de la trente-cinquième à la quarante-huitième semaine.

L’ovule qui a environ deux dixièmes de millimètre de diamètre, se transforme chez la jument en l’espace de onze mois en un fœtus qui mesure à la naissance 1 m. 13 et pèse environ 50 kilogrammes.

Qu’est-ce auprès de ce développement fœtal colossal, la croissance extra-utérine!

On observe une grande inégalité dans le développement du fœtus pendant la période de la gestation; dans les premiers temps, ce développement se fait avec une grande lenteur et à mesure qu’approche le terme de la vie fœtale, il s’accroît.

En comparant au point de vue biologique la croissance intra et extra-utérine, nous voyons qu’il n’existe aucun parallélisme; en effet, le maximum d’intensité de croissance intra-utérine s’observe pendant la période, finale de la gestation alors que, chez le nouveau-né il correspond à la période initiale de la vie.

La croissance intra-utérine — premier stade de la précocité — est fonction de l’alimentation maternelle; si le bilan nutritif (apport protéique, apport minéral) n’est pas réalisé, le fœtus présentera à la naissance tous les signes de la débilité congénitale (sujets malingres, chétifs), cause fréquente de mortinatalité élevée.

DE LA CROISSANCE

Table des matières

On entend par croissance le développement progressif du corps des êtres organisés. Ce mot s’emploie pour les végétaux et les animaux, qui parcourent de la même façon certaines périodes avant d’arriver à un développement complet, et qui ne diffèrent qu’en ce que les animaux, arrivés à un certain âge, cessent de croître, tandis que certains végétaux semblent se développer indéfiniment.

La croissance n’agit pas toujours avec la même force; rapide au début de la vie, elle diminue en se rapprochant du moment où le corps atteint son développement complet. Elle s’empare de la cellule qui constitue le germe animal et ne le quitte plus; son impulsion varie suivant les races, le milieu, l’alimentation, et si elle vient à être gênée dans son action, tous les troubles déficitaires sont possibles du côté du développement et de l’accroissement.

Au point de vue physiologique, la rapidité de la croissance, peut être considérée comme le produit de deux forces bien distinctes: la force végétative ou organisatrice propre à chaque espèce, qui va toujours en s’affaiblissant de la naissance à l’âge adulte, et la puissance digestive absolue qui va au contraire toujours en augmentant, comme le développement des surfaces digestives. Chez les espèces animales unipares, l’influence de la force végétative est tellement prépondérante que, dès l’âge de quelques semaines, la croissance va continuellement en diminuant.

La croissance est donc la conséquence de l’assimilation fonctionnelle; elle ne peut se produire que s’il y a excès de l’assimilation, de la réparation sur l’usure des tissus, de l’alimentation sur l’excrétion.

Physiologiquement, on pourrait représenter par les équations suivantes les mutations biologiques qui tiennent sous leur dépendance directe la croissance.

(A = assimilation; B = désassimilation).

a.


b. A < D: Marasme, misère physiologique.

c. A > D: Croissance normale ou précocité.

I. — DE LA CROISSANCE PONDÉRALE

Table des matières

Bien qu’il soit impossible d’admettre des lois invariables en vertu desquelles se fait l’accroissement du corps dans les diverses espèces animales, nous pourrons néanmoins dégager, à la suite de cette étude certaines règles relatives à la croissance.

La détermination du poids vif moyen d’un animal exige au moins une dizaine de pesées journalières précises et régulières, à la même heure et dans les mêmes circonstances, pour diminuer par compensation les causes d’erreur résultant des variations passagères et accidentelles du poids brut. Il est bien connu, en effet, que le poids vif peut varier notablement dans l’espace de quelques heures par le fait de la consommation des aliments, de l’ingestion des boissons et de l’évacuation des excréments.

Les résultats concernant la croissance pondérale ne sont que relatifs, car un facteur, le degré d’embonpoint, peut influencer dans une notable mesure les poids sans qu’il existe un rapport avec un accroissement statural; c’est pourquoi la méthode des mensurations est le complément indispensable des pesées.

Dans l’interprétation des pesées, il ne faut pas se borner à consulter la courbe des poids vifs, mais comparer surtout les augmentations hebdomadaires ou mensuelles; l’association de ces deux méthodes est indispensable pour émettre un avis rationnel sur les retards ou les arrêts de croissance.

La bascule fera connaître, soit par une augmentation progressive, soit par un état stationnaire, soit par une diminution de poids, les résultats de l’assimilation. Elle montrera pendant la période de l’allaitement si le poulain prend assez de lait, ou si la quantité doit être augmentée; pendant la période de l’alimentation complémentaire et après le sevrage,elle indiquera si la ration doit être modifiée quantitativement ou qualitativement. Un état stationnaire attirera l’attention de l’éleveur. Pour enregistrer le poids du poulain, on fait usage de graphiques qui permettent de noter le poids jusqu’au sevrage.

Les mensurations portant sur le pourtour thoracique, la longueur du corps, la taille, sont des facteurs corporels qui viennent compléter utilement les indications fournies par les pesées et dont la synthèse permet le contrôle efficace de la croissance.

ESPÈCE CHEVALINE (DEMI-SANG, RACE VENDÉENNE)

Tableau indiquant la croissance pondérale pendant la période d’allaitement exclusif (de la naissance au 2e mois) et pendant la période d’alimentation mixte (du 3e mois au sevrage).


CROISSANCE PONDÉRALE PENDANT LA PÉRIODE D’ALLAITEMENT (DEUX PREMIERS MOIS) ET CELLE DE L’ALIMENTATION COMPLÉMENTAIRE.

Espèce chevaline.


Graphique indiquant en pour 100 les variations de poids de la naissance au sevrage.


Accroissement pendant les six premiers mois.


Accroissement pendant les trois premiers mois.


Accroissement pendant les trois derniers mois.


Le tableau ci-dessous résume les augmentations de poids journalières et mensuelles observées sur un lot de 18 sujets.


Tableau indiquant la croissance pondérale de la naissance à deux ans.


Graphique indiquant en pour 100 les variations de poids de la naissance à la fin de la quatrième année.


INTERPRÉTATION DES VARIATIONS DE LA CROISSANCE PONDÉRALE

Le développement plus rapide du nouveau-né dans les mois qui suivent la naissance est physiologiquement attribuable à l’étendue plus considérable de la surface d’absorption de son tube digestif par rapport à la masse totale; car on sait que lorsque les dimensions d’un être s’accroissent, sa masse augmente comme le cube des dimensions, sa surface comme le carré.

L’examen des tableaux et des graphiques insérés, montre que la croissance est d’autant plus rapide que l’on considère un moment plus rapproché de la naissance et que sa vitesse se ralentit à mesure qu’approche l’âge adulte qui en marque le terme. Il est donc de toute première importance que. durant cette période initiale, l’organisme reçoive tous les éléments nécessaires à un accroissement hâtif et cela sous la forme la plus assimilable. L’allaitement maternel remplit cette condition, aussi faut-il veiller à ce qu’il soit copieux et prolongé.

II. — DE LA CROISSANCE STATURALE

Table des matières

La piatique des mensurations a pour but de fournir des chiffres dont la précision et la simplicité sont à la portée de tous et qui constituent des renseignements indispensables pour vérifier les variations des facteurs corporels.

Les documents sur la croissance staturale sont encore peu nombreux; dans beaucoup d’entre eux le poids seul a été pris comme unité, en raison surtout de la facilité de le recueillir; dans quelques autres, on ajoute la taille prise au garrot.

Indépendamment de la taille au garrot, trois autres éléments ont été relevés par CORNEVIN: distance du sol au sternum, pourtour du thorax et longueur du corps; ces données nous permettront d’apprécier nettement la croissance staturale.

Le tour thoracique est la meilleure mesure de la masse et du poids; il se prend en arrière du garrot, le mètre s’appliquant sur le passage des sangles.

La longueur du corps sera prise de la pointe de l’épaule à la pointe de la fesse, et la taille, du sol au sommet du garrot.

A. — CROISSANCE DU PÉRIMÈTRE THORACIQUE

Tableau indiquant les variations du périmètre thoracique de la naissance à la 4e année.


L’examen du tableau montre que le pourtour thoracique augmente rapidement pendant les six premiers mois (67,80 %) baisse fortement dès la deuxième année (17 %) et tombe à 2,21 % la troisième, et à 2, 02 % la quatrième année.

L’allaitement et le sevrage tiennent donc sous leur dépendance directe le développement de la poitrine; allaitement copieux, sevrage tardif, constituent donc les indications diététiques impérieuses à réaliser,

B. — CROISSANCE DE LA LONGUEUR DU CORPS.

La longueur du corps prise de la pointe de l’épaule à la pointe de la fesse, coïncide, au point de vue physiologique, avec l’accroissement rapide des organes digestifs, le développement de la musculature et de l’ossature, aussi est-ce un facteur corporel qui, comme le périmètre thoracique, continue à se développer le plus longtemps.

La comparaison des diverses mensurations apprend que le développement en longueur de la nuque à la pointe de la fesse, c’est-à-dire dans la région constitué en partie par les vertèbres, est plus rapide chez le poulain que celui de la taille.

Tableau indiquant les variations de la longueur du corps de la naissance à 4 ans.


Interprétation. — Comme pour le pourtour thoracique, le 1aux de la croissance de la longueur du corps est très accusé pendant les six premiers mois (67,55 %); la deuxième année il descend à 39,66 %, pour être insignifiant 2,53 et 2,47 % la troisième et la quatrième année.

Au point de vue morphologique, le type du sujet (bréviligne, médioligne, longiligne) sera donc déjà accusé nettement — exception faite, pour les «tardifs» — à la fin de la deuxième année.

Graphique indiquant en pour 100 les variations de la longueur du corps de la naissance à la fin de la quatrième année.


C. — CROISSANCE DE LA TAILLE.

Dès le début, faisons remarquer que la croissance de la taille est influencée, en dehors du facteur alimentation — par l’hérédité et la sexualité ; l’influence des procréateurs, appartenant à des familles grandes ou plus petites, est bien connue des éleveurs.

La sexualité entraîne des modifications dans la taille; les pouliches ont toujours une taille moins élevée que les poulains; il convient donc, dans l’appréciation des retards de croissance, de tenir compte de ces données physiologiques.

Tableau indiquant dans l’espèce chevaline la croissance de la taille pendant les périodes de l’allaitement et de l’alimentation complémentaire.

(Race demi-sang vendéen.)


Tableau indiquant les variations de la taille de la naissance à la fin de la 4e année.


Graphique indiquant en pour 100 les variations de la taille de la naissance à la fin de la quatrième année.


Interprétation. — Comme pour les autres facteurs staturaux, la taille augmente surtout pendant les six premiers mois (41,66 %); les augmentations (8,33, 1,27, 1,26 %) pendant la deuxième, troisième et quatrième année sont très faibles. C’est donc pendant la première année qu’il faut nourrir intensivement les sujets pour leur faire acquérir la précocité indispensable au cheval de course.

De tous les facteurs de croissance, c’est la taille qui est la plus influencée par l’alimentation; elle atteint parfois, sous l’influence de la nature du sol et de l’alimentation intensive, des proportions tellement élevées qu’on est forcé, pour ralentir cette hypercroissance, de faire saillir les pouliches ou chez les mâles de diminuer la ration. Les saillies effectuées à trois ans, qui paraissent critiquables sous plus d’un titre, reconnaissent, dans la majorité des cas, la cause précitée.

Nous indiquons, d’après SAINT-YVES MESARD, le moyen empirique de reconnaître si un poulain a ou n’a pas atteint le développement complet de sa taille: «On tend une ficelle de la pointe de l’olécrâne au milieu de la face postérieure du boulet; puis on reporte cette ficelle de la même pointe du coude au garrot. Si le bout arrive juste au garrot, l’animal a achevé sa croissance; si au contraire elle dépasse le garrot, l’animal doit grandir de cette différence.»

Au point de vue physiologique, il était intéressant de comparer les variations de croissance des divers facteurs corporels (périmètre thoracique, longueur du corps, taille). Le tableau ci-dessous indique ces données dont l’importance n’échappera pas à l’éleveur.

Tableau indiquant en %/ les variations de la croissance staturale du sevrage à la fin de la 4e année.


L’examen du tableau montre qu’il existe un parallélisme complet entre les facteurs d’accroissement corporel (poitrine, longueur du corps, taille); ils diffèrent seulement dans leur intensité.

Les coefficients de croissance élevés pendant les six premiers mois de l’année sont faibles dans la suite; c’est donc pendant la période initiale où la suractivité fonctionnelle est portée à son maximum qu’il faut soumettre le poulain à un allaitement copieux et prolongé, à une alimentation rationnelle où le bilan nutritif de la croissance (besoin protéique et minéral) est réalisé.

Si nous comparons l’intensité relative des facteurs corporels pendant la première année, nous voyons que le développement du périmètre thoracique (78,33 %) et celui de la longueur du corps (78,27 %) sont de même ordre.

Graphique indiquant en pour 100 les variations de poids et de la taille de la naissance à la fin de la quatrième année: le trait plein indique le poids; le pointillé la taille.


Physiologiquement, il devait en être ainsi pour obtenir des sujets «harmoniques» ; en outre, n’est-ce pas en effet la croissance de la poitrine qui tient sous sa dépendance directe le développement des poumons, dont l’activité fonctionnelle est déjà très accusée au début de la vie?

De même la croissance rapide de la longueur du corps est justifiée car cet élément corporel entraîne fatalement le développement de l’appareil digestif qui, à cette époque, joue un rôle prépondérant.

DES ARRÊTS DE CROISSANCE

Table des matières

L’alimentation déficitaire en dehors des troubles pathologiques qu’elle engendre est caractérisée par des variations d’accroissement; le poids reste stationnaire ou diminue.

Théoriquement, elle peut se produire de trois manières: 1° par introduction dans le tube digestif d’une quantité insuffisante d’aliments; 2° par insuffisance d’assimilation; 3° par désassimilation successive.

Le premier cas est réalisé quand l’allaitement est déficitaire, tant au point de vue quantitatif que qualitatif; l’organisme en voie de formation prélève les matériaux nutritifs indispensables à son entretien sur sa propre substance et l’autophagie entraîne fatalement un arrêt de croissance pondéral.

Dans les cas d’hypolactation, le dépérissement arrive progressivement et le jeune s’arrête dans sa croissance; ce n’est pas seulement le poids qui lui manque, ce sont encore les signes du développement squelettique (pourtour thoracique, longueur du corps, taille, etc.) qui indiquent ce retard de croissance.

Si l’on suspecte des troubles quantitatifs de la sécrétion lactée, l’analyse chimique du lait doit être pratiquée; en indiquant la proportion des différents éléments, il sera facile d’émettre un avis rationnel sur sa valeur nutritive.

Les arrêts de croissance dus aux troubles pathologiques sont fréquemment observés pendant l’allaitement et entraînent, selon leur gravité, des retards de croissance, plus ou moins accusés.

Lorsque le jeune sujet ne présente pas un développement normal, lorsque les caractères des déjections ne sont pas normaux, lorsque la courbe des poids ne s’élève pas suffisamment, reste stationnaire ou s’abaisse, il faut rechercher la faute diététique. Insuffisance de la sécrétion lactée, alimentation déficitaire de la mère, emploi irrationnel de l’alimentation complémentaire, etc.

BASES PHYSIOLOGIQUES DE L’ALIMENTATION PENDANT LA PÉRIODE DE CROISSANCE

Table des matières

Après avoit étudié la physiologie de la croissance, ses variations-d’intensité depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte qui en marque le terme, il nous reste — pour que cette étude revête un caractère pratique — à signaler les moyens diététiques qui en assurent la manifestation.

La précocité du yearling est imposée par l’envoi vers le mois d’août sur les centres de vente aux enchères et surtout dans les écuries d’entraînement.

Physiologiquement la précocité, est la conséquence directe d’une surexcitation de l’activité nutritive produite par une forte alimentation quantitative et qualitative, donnée dans le jeune âge; son premier stade est l’allaitement.

Sans vouloir nier le rôle prépondérant dévolu à l’hérédité dans la manifestation de la précocité, nous dirons qu’elle ne peut se manifester et se maintenir que si l’alimentation répond aux exigences nutritives (besoin protéique et minéral) et nous aurions même une tendance à dire que le facteur alimentation prédomine le facteur hérédité.

L’alimentation intensive — ne dépassant pas la puissance assimilatrice du sujet — est la hase de la précocité, mais il faut éviter avec soin la suralimentation qui entraîne dans certains cas, un développement excessif du squelette et de la taille. Les poulains «géants» constituent en effet, des machines trop importantes qui exercent une action déficitaire sur le rendement énergétique; nous le démontrerons ultérieurement.

Si la précocité, caractérisée par un achèvement plus rapide dusquelette et l’évolution plus brève du système dentaire, est indispensable à toutes les races, elle l’est encore plus pour le galopeur et le trotteur de courses à qui on demande, alors que l’organisme est encore en voie d’évolution, le maximum de travail aux allures vives, mode d’utilisation qui réduit ou détruit à tout jamais, si la précocité n’en constitue pas le palliatif physiologique, la durée du moteur.

Pour obtenir ce résultat, il faut activer au maximum la fonction d’assimilation et placer les organes préparés aux actes nutritifs dans des conditions de suractivité telles qu’ils aient en abondance, et sous une forme assimilable, les matériaux nutritifs. L’individualité joue un rôle primordial et physiologiquement on peut dire que «c’est le sujet qui a l’aptitude digestive la plus élevée qui sera le plus précoce».

La suralimentation repose sur la gymnastique de l’appareil digestif et grâce à l’aptitude digestive héréditaire très grande du pur sang, elle peut être réalisée, dans la majorité des cas, sans inconvénient.

Contrairement à l’opinion régnant dans le monde de l’élevage, l’avoine n’est pas l’aliment type de croissance, sa faible teneur protéique exigerait, en effet, pour réaliser le bilan nutritif de la précocité l’emploi de doses massives incompatibles avec l’aptitude digestive; pour combler le déficit protéique et minéral observé sous le régime exclusif à l’avoine et éviter les retards de croissance, utiliser les denrées (fèves, pois, lentilles, etc.) ayant une teneur en albumine élevée.

La précocité est fonction d’un apport maximum de matériaux nutritifs; qu’importe à l’organisme que les principes immédiats (matières protéiques, grasses, hydrocarbonées et minérales), qui sont un, au point de vue chimique, soient fournis totalement ou partiellement par l’avoine?

Que les matériaux assimilables proviennent de telle source ou de telle autre, les opérations extractives et transformatrices de la digestion, de l’absorption et de l’assimilation les ramènent invariablement aux mêmes types: hydrates de carbone, graisses et albuminoïdes, pour ne prendre que les principes organiques.

Si qu’elle qu’en soit l’origine, l’économie trouve sous une forme assimilable les éléments nécessaires à son développement, tant sous le rapport quantitatif que qualitatif, la précocité se manifestera dans le même délai qu’avec l’avoine, et on évitera — avantage piécieux — les troubles pathologiques graves (gastro-entérite) dus à l’emploi des doses massives de ce grain.

Cette étude physiologique montre que le pur sang au point de vue diététique, doit être considéré comme une «victime résignée de la suralimentation à base d’avoine»: foal, alors que son appareil digestif est inapte à tolérer ce grain, il est soumis à ce régime quelques semaines après la naissance; dans la suite, et particulièrement à l’entraînement, les doses augmentant au point que le sujet est «brûlé, sucé » par l’avoine.

L’étude de l’alimentation chez les jeunes sujets — particulièrement du sevrage à 18 mois — est d’une haute importance à la fois théorique, pratique et économique. La connaissance des lois de l’alimentation est indispensable et en cette matière l’empirisme a cependant longtemps régné ; c’est seulement lorsque les connaissances des règles de la nutrition des jeunes nous ont été apportées par les physiologistes que nous avons pu déterminer les bases du rationnement de la croissance.

Les travaux effectués en Allemagne par HENNEBERG, STOHMANN, E. WOLF, J. KUHN, etc.; en France, ceux de CREVAT, GRANDEAU, GAROLA, etc., ont abouti à l’établissement de diverses méthodes de rationnement dont nous allons exposer les principes.

La méthode de rationnement de WOLF a joui et jouit encore d’une grande faveur parmi les éleveurs parce qu’elle permet de calculer facilement la somme des principes nutritifs nécessaires en partant du poids de l’animal. Mais c’est cette facilité même — comme le fait remarquer judicieusement le professeur DECHAMBRE — se retourne contre la méthode, en proportionnant les facteurs de rationnement directement au poids vif, on part d’une base fausse qui entache d’erreur toutes les autres déterminations; car pendant la période du jeune âge, la ration n’est pas proportionnelle au poids vif.

La loi générale sur laquelle CREVAT a basé sa méthode repose sur cette donnée que les rations ne sont pas proportionnelles au poids, mais à la surface corporelle. Du rapport entre les surfaces et les masses, LEUCKART, HERRERT, SPENCER, puis WEISSMANN font la loi générale qui préside au développement des êtres vivants.

La surface absorbante de l’animal est fonction du carré de ses dimensions, tandis que la masse varie avec le cube de ces mêmes dimensions. Les déperditions organiques seront d’autant plus intenses que par rapport à la niasse, les surfaces seront plus grandes, ce qui est le cas pour les animaux en période de croissance.

Il n’est pas exact physiologiquement de considérer comme égaux les besoins d’un poulain de 150 kilogrammes et ceux de deux poulains de 75 kilogrammes; chacun de ces derniers dépense plus de la moitié du premier.

Malgré ce correctif essentiel, il ne faut pas accorder une valeur absolue aux chiffres indiquant les bases physiologiques du rationnement des jeunes, car les formules chimiques les mieux établies ne nous permettent pas plus que les règles empiriques seules, de déterminer la ration optima d’une façon précise pendant la période de croissance. Dans l’organisme animal, les manifestations vitales sont aussi variées que compliquées; à cette période, les observations longues et minutieuses, contrôlées par la pratique des pesées et des mensurations, permettent seules de fixer la ration.

Néanmoins, les chiffres indiquant les bases de rationnement que nous avons publiées dans un de nos ouvrages , constituent des données précieuses pour l’établissement du bilan nutritif pendant la période du jeune âge.

La statique de la nutrition pendant la période initiale de croissance prouve que plus le kilogramme de matière vivante est jeune, plus les combustions sont actives. Les pertes organiques chez de jeunes sujets atteignent un taux plus fort que chez les adultes car, outre le simple entretien de leurs fonctions physiologiques, ils sont astreints à satisfaire à deux sortes d’exigences: les unes normales, qui sont la dépense habituelle, le déchet prévu et connu; les autres, imposées par le travail supplémentaire dû à la suractivité fonctionnelle pendant la croissance.

Le bilan nutritif de la ration de croissance sera basé : 1° sur les nécessités physiologiques à cette période et 2° sur les variations d’intensité de celle-ci.

Le tableau ci-dessous synthétise les facteurs qui doivent constituer l’alimentation des jeunes.


Les tableaux et les graphiques de croissance indiqués antérieurement, montrent que de la naissance à un an l’augmentation de poids est d’autant moins rapide que le sujet est plus âgé, les exigences nutritives diminuent donc avec l’âge; elles seront donc moindres proportionnellement à six mois qu’à deux mois.

Ce bref exposé des. bases du rationnement des jeunes fait prévoir que les règles de l’alimentation ne peuvent pas être identiques — du fait des variations accusées des besoins de croissance — ; elles varieront dans les étapes successives de celle-ci.

Cette étude préliminaire un peu aride était indispensable pour montrer que les rations des jeunes sujets ne doivent pas être proportionnelles — comme cela est de règle dans les haras — à l’âge et au poids, mais à la surface corporelle et aux besoins de l’organisme pour la croissance.

Quels sont ces besoins?

L’organisme a constamment besoin de protéiques, car la matière vivante est dans un état continuel de destruction; physiologiquement,. on peut dire qu’une grande quantité de matières albuminoïdes, est une condition indispensable d’une prolifération intense des cellules, d’un développement complet et d’une croissance rapide.

On a pu établir, par des expériences précises, que la vitesse de croissance du poulain est en relation étroite avec la teneur en albumine du. lait. Le développement dans les premiers jours qui suivent la naissance le prouve surabondamment, puisqu’à ce moment le lait est beaucoup plus riche en substances solides, particulièrement en matière protéique, qu’au bout d’un certain temps.

Le besoin protéique chez le poulain constitue une nécessité impérieuse car il doit fournir l’apport nécessaire à la rénovation et à la formation des tissus, cette dernière étant considérable pendant la période de croissance. Pour assurer le renouvellement constant de la matière vivante et entretenir le sujet en équilibre d’azote, la ration doit contenir un minimum d’albumine.

Les substances albuminoïdes ne peuvent à elles seules constituer une ration alimentaire; il faut leur adjoindre des matières hydro-carbonées, qui ont pour rôle principal d’intervenir dans les échanges nutritifs qui s’opèrent au sein des tissus, dans les phénomènes de combustions intra-organiques.

Les matières grasses sont destinées à restreindre la décomposition de l’albumine dont une partie est retenue pour l’édification des tissus en voie de formation. La proportion élevée de ces matières contenues dans le lait qui constitue temporairement la nourriture exclusive du nouveau-né, montre le rôle important dévolu à ces principes pendant la période de croissance.

Le rôle des aliments minéraux (sodium, potassium, calcium, magnésium, fer manganèse, iode, fluor, soufre, phosphore, etc.) est prépondérant pendant la période de croissance, aussi lui consacrerons-nous un chapitre spécial; disons simplement ici, que toute la statique des êtres vivants repose sur le minéral.»

Limité par le cadre de notre ouvrage nous ne pouvons indiquer — malgré leur importance — les variations du besoin protéique, adipo-protéique. minéral (calcique, phosphorique) et les rations types à utiliser, qui tiennent sous leur dépendance directe la manifestation et l’intensité de la croissance; ayant traité ces questions dans l’un de nos ouvrages, Hygiène et alimentation des jeunes animaux, nous y renvoyons le lecteur.

En dehors de l’alimentation nous devons indiquer — pour faire une étude complète — les facteurs physiologiques susceptibles de modifier l’intensité et la vitesse de la croissance.

La gymnastique fonctionnelle de l’appareil locomoteur exerce un effet salutaire sur la croissance; le soleil, la lumière, le grand air, l’activité respiratoire provoquée par l’exercice, développent la force, l’énergie, la vitalité et assurent le développement harmonique de la musculature et de l’ossature.

On sait, au point de vue physiologique, que le fonctionnement modéré favorise la fonction et la nutrition de l’organe qui l’accomplit.

Durant la période du jeune âge, où l’accroissement proportionnel du sujet est plus grand à mesure qu’on le considère à un instant plus rapproché de sa naissance, et où par conséquent, les activités nutritives sont plus intenses, il est facile de comprendre que la loi dont il s’agit, mise en jeu par une gymnastique méthodique; puisse imprimer à leur développement une intensité de croissance plus élevée.

L’influence des saisons sur la croissance est connue de tous les éleveurs; le printemps est favorable aux jeunes sujets, il favorise l’activité des grandes fonctions (respiration, circulation, digestion). L’automne, chaud au début, froid au déclin est peu favorable à la croissance du fait de ses nuits fraîches, de ses pluies froides, de ses brouillards souvent abondants, de son humidité plus ou moins grande, de ses alternatives de chaleur et d’humidité.

En hiver, la plupart des fonctions languissent et la croissance est déficitaire. Pratiquement, on peut dire que l’intensité de la croissance se produit au printemps et diminue progressivement jusqu’à l’hiver.

L’influence de sexe sur la croissance n’est pas douteuse; d’après CORNEVIN pendant les vingt premiers mois de la vie, le mâle a la supériorité sur la femelle pour l’accroisement total en poids, en périmètre thoracique — mais à un moindre degré — pour la longueur du corps; pendant cette même période, la femelle s’élève plus rapidement, en hauteur, ce qui fait supposer que chez elle la terminaison de l’accroissement en taille est plus hâtive que chez le mâle.

Il y a entre la castration et la croissance des rapports importants; effectuée avant le développement et le fonctionnement de l’appareil génital, la neutralisation sexuelle transforme, modifie la conformation des sujets; ils sont vraiment des «neutres», en ce sens qu’il n’y a pas prépondérance d’une région de l’organisme sur une autre comme chez les sujets sexués.

De plus, la castration hâtive favorise la faculté d’assimilation et par suite la croissance.

Terminons ce long chapitre documenté, en disant que physiologiquement, la manifestation de la croissance exige:

1° Un allaitement copieux; 2° un sevrage tardif et progressif; 3° une harmonie entre la nature des aliments et l’aptitude digestive des sujets; 4° un bilan nutritif rationnel.

Si un de ces facteurs manque — et le cas est fréquent — la précocité — élément primordial du cheval de course — ne pourra être réalisée.

L’ALIMENTATION MINÉRALE

Table des matières

PRINCIPES DE MINÉRALISATION BIOLOGIQUE. — BILAN NUTRITIF MINÉRAL. — Du DÉFICIT MINÉRAL. — SES CONSÉQUENCES. — RÔLE SPÉCIFIQUE DE L’ALIMENTATION MINÉRALE SUR LA CROISSANCE.

Le rôle important dévolu aux substances minérales pendant la période de croissance nécessite une étude spéciale.

La minéralogie biologique est une science nouvelle qui s’occupe des éléments minéraux entrant dans la constitution de l’organisme; elle étudie leur origine et leur rapport avec la matière organisée.

La connaissance de ses lois peut se traduire par de sérieux avantages au point de vue de l’amélioration de la race, de l’augmentation de la résistance individuelle; mais c’est par l’influence spéciale qu’elle exerce sur le développement de la croissance qu’elle revêt pour nous une importance capitale.

C’est surtout aux travaux du Dr GAUBE qu’on doit la connaissance des principes généraux de la minéralogie biologique; nous les résumerons en disant que toute l’économie de la statique des êtres vivants repose sur le minéral. Nulle part on ne rencontre de substances vivantes sans matière minérale, et pour qu’une nature vivante ait telle propriété, il faut qu’elle contienne une minéralisation déterminée.

La teneur minérale des différents tissus organiques implique que les substances inorganiques prennent une part essentielle à la constitution et à la formation de tous les organes, qu’elles sont indispensables à l’activité vitale.

Les changements de minéralisation dus à un déficit minéral d’origine alimentaire, entraînent des modifications profondes dans les éléments cellulaires. Il faut pour un tissu donné que les éléments soient dans un rapport convenable; lorsque cette condition n’est pas remplie pendant la période du jeune âge, il en résulte des troubles organiques qui se traduisent par un retard de croissance.

Au même titre qu’il y a un besoin minimum d’azote, il y a pour chaque sujet en voie de croissance, un besoin minimum minéral. Les expériences suivantes mettent bien ce fait en évidence. FORSTER, après s’être assuré qu’un chien de 32 kilogrammes se maintenait dans de bonnes conditions avec une ration journalière de 700 grammes de viande et de 150 grammes de graisse substitue à cette ration de plus fortes quantités de viande et de graisse, mais totalement dépourvues de sel. A ce régime, l’animal dépérit rapidement; il mourut au bout de trois semaines. Ces expériences prouvent nettement que la vie est impossible sans matière minérale et que la nutrition est sous la dépendance étroite de la minéralisation.

Les éléments minéraux qui entrent dans la constitution de l’organisme sont le sodium, le potassium, le calcium, le magnésium, le fer, le manganèse, le chlore, l’iode, le fluor, le soufre le phosphore, l’arsenic, le cuivre.

Nous signalerons seulement — pour rester dans le cadre de notre étude — les substances inorganiques qui peuvent trouver une application diététique pendant la période de croissance.

Le calcium forme des combinaisons extrêmement importantes: les principales sont le chlorure, le fluorure, le sulfure de calcium et les carbonates et phosphates de chaux. Le phosphate tribasique et le carbonate de chaux constituent la presque totalité de la partie minérale des os. Cette particularité fait prévoir l’importance de ces éléments pendant la période de croissance

Le potassium se rencontre dans l’organisme à l’état de chlorure de potassium; son rôle physiologique consiste à favoriser les oxydations et surtout à provoquer la formation de certaines zymases qui exercent une action spéciale sur l’assimilation et par suite sur le développement organique.

C’est grâce à la potasse que les produits de l’activité vitale des cellules dyalisent incessamment vers les plasmas extra-cellulaires. Les expériences de HENNEBERG ont montré que la teneur en potasse est en rapport avec le degré de développement et la vigueur du sujet.

Cet élément joue un rôle si actif dans la croissance que M. DEHÉRAIN a pu dire lorsque la potasse manque, la croissance est arrêtée.

Le chlorure de sodium par son action excitante sur les différentes sécrétions, augmente le coefficient total de digestibilité de la ration et exerce une action utile, quoique indirecte, sur les phénomènes de croissance.

Le phosphore peut être considéré comme l’agent vital par excellence; c’est le plus souvent sous forme de phosphate de chaux qu’on le recontre. Ce corps prend une part active à toutes les formations des cellules et des tissus. Combiné à la chaux et à la magnésie, il forme la partie principale en os; une telle prédominance de l’élément minéral ne se rencontre d’ailleurs que dans la substance osseuse.

Le phosphore étant l’élément nécessaire de toute vie, il est naturel de le trouver en abondance dans le sol; en effet, les phosphates amorphes se trouvent à tous les étages géologiques depuis le terrain primitif jusqu’aux terrains tertiaires et quaternaires. A la répartition des phosphates de chaux, se rattache le format des races animales. Si nous comparons les sols riches en phosphates et les terrains granitiques, par exemple, nous constatons dans la population animale un contraste marqué au point de vue pondéral et statural. Sur les terrains granitiques, les sujets sont petits; sur les terrains riches en matières minérales facilement solubles, principalement en phosphates de chaux, les races animales sont plus développées, vigoureuses.

En ce qui concerne les phosphates, chacun sait que la plupart des terrains manquent d’acide phosphorique. D’après M. RISBER, le savant géologue, les deux tiers du sol français n’en sont pas suffisamment pourvus. De la, une pauvreté relative dans la composition des végétaux servant à la nourriture des animaux qui peut causer non seulement certaines maladies chez les jeunes sujets (rachitisme) mais surtout provoquer des arrêts de croissance.

DE L’APPORT MINÉRAL

L’apport minéral reconnaît deux sources, les aliments et les boissons.

Les aliments au point de vue de leur teneur minérale peuvent être divisés en deux catégories: 1° les aliments riches en chaux et pauvres en acide phosphorique (foin, paille, etc.), et 2° les aliments pauvres en chaux et riches en acide phosphorique; ces derniers peuvent se classer d’après leur taux décroissant dans l’ordre suivant: son de blé, féveroles, pois, blé, orge, avoine, maïs.

L’apport minéral par les boissons varie nécessairement selon la nature des terrains que traversent les eaux; les substances inorganiques rencontrées le plus généralement sont du carbonate de chaux, du sulfate de soude, du chlorure de sodium, de magnésium, de l’iode, de la silice et des silicates alcalins. Il est rare que les eaux potables contiennent plus de 3 décigrammes par litre de matières salines, et celles-ci consistent presque entièrement en sels calcaires.

C’est donc l’alimentation qui doit combler presque exclusivement le déficit minéral; ce dernier s’observe fréquemment pendant la période de croissance et explique les troubles de la nutrition se traduisant par des arrêts de croissance. L’examen des courbes, la stabilisation du poids, des mensurations ne laissent aucun doute à ce sujet.

Dans l’établissement des rations, pour les jeunes ou les adultes, on se borne au calcul de la teneur en protéine, en hydrate de carbone, en matière grasse, et l’on néglige l’apport minéral, dont l’importance est considérable et constitue une nécessité physiologique impérieuse.

Suffisamment prolongé, le déficit minéral conduit lentement mais sûrement l’organisme à la déminéralisation; outre les arrêts de croissance, les troubles du tissu osseux constituent la dominante de l’anémie minérale; chez les jeunes individus, le squelette se développe mal; chez les adultes, les os deviennent fragiles, c’est-à-dire susceptibles de laisser se dérouler tout le cortège des affections multiples si graves en certaines contrées d’élevage (rachitisme, ostéomalacie).

La déminéralisation engendre, dans un délai variable avec l’individualité, une entité morbide bien définie, l’ostéite d’origine alimentaire, qui joue un rôle important dans l’étiologie des tares osseuses.

Relever le taux vital abaissé par une mauvaise hygiène et une diététique irrationnelle, augmenter la rusticité, lutter contre les signes de dégénérescence squelettique, telles sont les indications dominantes à réaliser dans l’élevage du pur sang. Ce résultat pourra être obtenu par la suralimentation minérale pendant la période de croissance; l’infusion d’une minéralisation plus riche étant un puissant facteur biologique d’amélioration.

L’avenir du poulain dépend en partie de sa première alimentation; il serait à souhaiter que les éleveurs évitassent, en s’entourant des conseils de personnes compétentes, les inconvénients graves du déficit minéral qui peut compromettre à tout jamais l’avenir du sujet. On accuse parfois les procréateurs, alors que la cause réside, non dans l’hérédité, mais dans l’alimentation irrationnelle.

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