Kitabı oxu: «Les travaux publics chez les anciens et chez les modernes»

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Édouard Marc

Les travaux publics chez les anciens et chez les modernes


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066328825

Table des matières

PRÉFACE

PREMIÈRE PARTIE

DEUXIÈME PARTIE

TROISIÈME PARTIE


PRÉFACE

Table des matières

Nous avons entendu souvent agiter une question sur laquelle les avis sont encore partagés: c’est celle de la supériorité des anciens sur les modernes. Or, nous avons été surpris de rencontrer des personnes tellement éprises en toutes choses de l’antiquité que, si elles ne se montraient pas complètement aveugles pour ce qui est moderne, elles réservaient avant tout leur admiration pour le passé.

D’aucunes discouraient même sur la préexcellence de la naïveté des premiers âges; d’autres soutenaient que l’ignorance absolue est préférable aux progrès de la civilisation; comme si la somme des bienfaits, des dévouements produits par cette dernière n’était pas supérieure à la somme de ses inconvénients et même de ses excès.

Certains d’entre nous ne craignent donc pas de se faire les contempteurs de notre époque, et la vieille querelle des anciens et des modernes est loin d’être apaisée.

Elle ne peut l’être d’ailleurs! Les conditions de notre existence ont changé. Les mœurs économiques, sociales et politiques se sont modifiées. Les points de vue, en un mot, sont différents. Aussi la question de la supériorité des anciens sur les modernes ou de ceux-ci sur ceux-là sera toujours nouvelle. Artistique au xve siècle, avec Cénalis qui compare au merveilleux temple de Diane à Éphèse, incendié par la folie d’Érostrate, l’admirable Notre-Dame de Paris, en concluant en faveur de ce chef-d’œuvre gothique; plus tard, historique avec le bon Rollin et particulièrement littéraire avec Boileau, Fénelon, etc., au XVIIe siècle, elle a pris un tour passionné avec Fontenelle qui défendit contre Racine la cause des modernes. Théocrite, Eschyle, Euripide, Aristophane furent tour à tour l’objet de ses railleries. Aussi, Grimm s’élevait-il, avec quelque raison, contre le mépris absolu que professait Fontenelle pour l’antiquité. Ce dernier, pourtant, n’émettait pas toujours des critiques injustes et il était fondé à exercer sa verve contre l’influence exagérée de l’antiquité sur nous, quand, voulant réagir contre l’admiration de ses contemporains pour les siècles disparus, il disait, par exemple, qu’il aimerait autant qu’on vantât les anciens de ce qu’ils ont bu, les premiers, l’eau de nos rivières et que l’on nous insultât sur ce que nous ne buvons que leurs restes (). Au XVIIIe siècle, cette querelle a été transportée par Rousseau sur le terrain social.

Dans son œuvre si grande, ce philosophe sceptique a non seulement vanté dans certains discours l’état de nature; mais, entraîné par ses propres paradoxes, il a été jusqu’à prétendre, à plusieurs reprises, que le développement des arts et des sciences était un mal pour l’humanité. Nous devons à ses variations sur cette fantaisie littéraire et sociale des pages empreintes d’une rare éloquence, mais qui sont loin de nous convaincre de la vérité d’une telle assertion.

Condorcet, à son tour, a traité cette question sous un rapport plutôt métaphysique. Après la prodigieuse variété de ses travaux, aux plus sombres jours de la Terreur, livré, en face de la mort, à ses seuls souvenirs et à ses seules méditations, son talent flexible s’est exercé sur cette comparaison entre les différentes époques qui marquent les étapes franchies par les progrès de l’esprit humain; et, mettant en parallèle les temps anciens avec les temps modernes, il a tracé cette merveilleuse esquisse qui, résumant toutes les modifications que la longue suite des siècles a apportées au progrès social, conclut à l’éternelle perfectibilité de nos facultés humaines.

Enfin, il y a près de cinquante ans, les luttes pour la liberté de l’enseignement supérieur donnèrent un regain d’actualité à cette querelle que Jacolliot reprit à son tour dernièrement. Il a, en effet, renvoyé les anciens et les modernes dos à dos, en les accusant de n’être que des plagiaires et en cherchant à prouver que les uns et les autres doivent tout à l’Inde; qu’Anacréon, Euclide, Sophocle, Euripide sont tantôt des imitateurs, tantôt des copistes, et qu’Esope, Phèdre, La Fontaine et Florian ont reproduit les fables de Casyappa et de Pilpay, sans y rien changer comme action ni comme moralité ().

Mais depuis, la question des classiques ne préoccupait plus guère le public; elle était confinée dans l’école. Là, toute désignée pour servir aux amplifications de rhétorique, elle restait à l’état de tradition.

Nous n’aurions donc pas tenté de la troubler dans sa douce quiétude; nous l’aurions respectée, elle et tout le vieil arsenal des arguments que l’on rangeait autrefois en bataille sous ses ordres! Mais voici que, pour corroborer la thèse favorite des esprits pénétrés de l’amour exclusif de l’antiquité auxquels nous faisions allusion en commençant, il se produit un fait caractéristique.

La faveur publique revient aux siècles anciens, aux classiques. Des publications remarquables sur l’art antique, revêtues de ce luxe et de cette forme élégante qui sont dus au talent qui les inspire, éveillent et entretiennent ce culte du passé. Les études anciennes obtiennent les suffrages populaires. Et cela se conçoit. L’étude de l’antiquité est devenue plus accessible au public par suite de la diffusion des lumières sur tout ce qui concerne les civilisations disparues. Les recherches laborieuses de tant d’hommes de mérite, de tant de savants qui se sont voués à ce travail de vulgarisation, ajoutent chaque jour des connaissances nouvelles à celles que nous possédions déjà sur les moindres détails de la vie publique et privée, sur la littérature, sur l’art en général des anciens. A l’appui des textes, des documents laissés par les historiens, les explorations intelligentes, les fouilles habiles, les descriptions précises des monuments, les copies et les reproductions, à un grand nombre d’exemplaires, des trésors de l’art antique, la multiplicité des grandes collections mises à la disposition du public, tout facilite les études archéologiques ou artistiques. Et ces exemples vivants, ces fragments de marbre ou de métal, ces merveilles de sculpture décorative arrachées aux décombres et reconstituées fidèlement permettent à présent d’admirer la perfection classique dans toute sa splendeur, en fixant l’époque précise à laquelle appartient chacun de ces débris glorieux du passé.

L’art peut donc être étudié sous toutes ses faces, et nous sommes à même de constater que sa sublime expression est incarnée dans l’effort génial de la Grèce. De cet ensemble d’œuvres diverses de nature, de formes, de matériaux, se dégage un sentiment de grandeur qui nous touche, qui fait vibrer en nous toutes les fibres de l’idéal et qui nous dit que c’est bien là la marque du génie. Tout nous convie donc à l’admiration sincère de ces œuvres éclairées du rayon divin de la beauté éternelle.

Mais ce retour indéniable de notre temps vers le passé ne peut que nous amener à regretter à la fois et notre insuffisance artistique et l’impossibilité où nous nous trouvons de rivaliser avec l’antiquité sous certains rapports.

Devons-nous cependant crier à la décadence et nous concentrer exclusivement dans la contemplation des choses anciennes? Non certes! Nous pouvons constater un fait de notre vie sociale; nous pouvons émettre des opinions diverses sur notre valeur artistique, dignement représentée, d’ailleurs, par une glorieuse pléiade de littérateurs, de peintres et de sculpteurs; nous pouvons convenir que nous subissons une transformation produite par notre développement intellectuel et scientifique; mais nous avons le devoir de ne pas nous diminuer nous-mêmes. Aux œuvres du passé, nous devons opposer les œuvres modernes; aux résultats admirables obtenus par les efforts des générations disparues, nous devons ajouter, comme contraste, les résultantes de nos forces modernes. Or, même dans cette querelle artistique, le côté industriel qui a pris une place prépondérante de nos jours donne à la discussion pendante un aspect tout différent. C’est pourquoi, ne voulant examiner qu’un point dans cette étude trop vaste, nous nous sommes attaché à traiter la question des grandes constructions de l’industrie moderne caractérisée par la découverte des chemins de fer.

Nous avons cherché à montrer comment, aux époques les plus reculées, comme de nos jours, l’art de la construction s’est développé simultanément avec l’art littéraire qui est la forme générale, l’expression dominante de la civilisation. Puis, nous avons mis en parallèle avec les ouvrages anciens, non des œuvres identiques, ce que les conditions sociales, les mœurs, les raisons industrielles rendent impossible, mais les exemples féconds de nos grands travaux publics. Après avoir rendu à l’antiquité un juste hommage, car nous sommes loin de nous en faire le détracteur, nous avons pris comme texte l’étude d’un de nos ouvrages métalliques de création récente et dont nous avons pu suivre l’édification dans tous ses détails. La monographie de cette œuvre industrielle nous a naturellement amené à constater la révolution survenue dans l’art de la construction, par suite de la création des voies ferrées, et ces dernières nous ayant paru mériter un examen rétrospectif, nous avons pris à tâche de rendre pleine justice au siècle des chemins de fer. L’offense que les esprits chagrins ou prévenus, auxquels nous faisions allusion, commettaient envers notre époque nous avait frappé ; nous nous sommes efforcé de la réparer. Nous serons largement récompensé si cette querelle d’école, sur laquelle notre siècle exerce ses bras robustes, ses marteaux d’acier et ses leviers puissants, peut offrir quelque intérêt à ceux qui liront ces pages rapides. Notre unique ambition est de les voir se souvenir qu’ils sont fils du progrès et de faire naître ou de développer en eux le sentiment de fierté que nous inspire l’œuvre du XIXe siècle.

Nos plus chers désirs seront donc remplis s’ils admirent sans réserve le brillant cortège de merveilles et de découvertes qui rehausse l’éclat des temps modernes et s’ils en arrivent à conclure eux-mêmes que nous n’avons pas laissé s’amoindrir l’héritage des âges précédents; mais que nous l’avons, au contraire, fait largement fructifier.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

Des Travaux en général. — Relation entre l’art de la Construction et l’art littéraire dans les temps anciens et de nos jours. — Terme de comparaison modifié. — L’art de l’Architecte et l’art de l’Ingénieur. — Les travaux modernes.

Dans l’ensemble des arts dont l’épanouissement ou le déclin marque l’époque de gloire ou de décadence des peuples, l’art de la construction a été de tout temps l’une des formes principales sous lesquelles les grandes nations ont laissé, à travers les siècles, la trace durable de leur civilisation,

Aux époques mémorables de l’histoire, nous voyons toujours l’art du constructeur réaliser ses belles conceptions en même temps que les manifestations de la pensée se font aussi nombreuses que brillantes.

Moins précise à l’origine des temps, à cause des ténèbres qui environnent encore les civilisations anciennes, cette relation entre l’architecture et les productions de la pensée s’établit surtout à partir de la période grecque. Mais, dès l’antiquité la plus reculée, elle se laisse pressentir.

En effet, la marche progressive des idées chez les peuples primitifs n’a pas permis à ces derniers de donner tout d’abord à la forme littéraire ou à la forme architecturale un développement aussi accentué.

Un tel perfectionnement a été le fruit de l’expérience des siècles et l’œuvre que les nations se sont transmise les unes aux autres comme un héritage.

Au commencement des sociétés, de même que pendant la période mythique et pendant la période héroïque de la Grèce, la pensée, pour être durable, a dû se traduire de façon à produire dans la mémoire des peuples une impression profonde et ineffaçable. De là, certaines manières spéciales de représenter l’idée; de là, ces formes majestueuses empruntées aux grands horizons de la plaine ou du ciel. La poésie se fait éducatrice. Elle exhale des accents religieux ou héroïques; elle inspire le prophète ou le législateur.

Par la suite, elle étend ses moyens d’action; elle prend alors peu à peu pleine possession d’elle-même et elle atteint enfin la perfection, en produisant les œuvres que nous admirons.

L’architecture suit une progression pareille. Aux timides essais d’agrandissement de l’habitation primitive, composée de troncs d’arbres, succèdent des dessins plus hardis. De nouveaux matériaux sont utilisés. Les pierres sont travaillées; l’ornementation est introduite dans les demeures; les palais et les temples s’élèvent et les autres arts, la peinture, la sculpture, viennent rehausser l’éclat de l’architecture qui groupe leurs belles productions.

C’est ainsi que plus la civilisation est avancée, plus les conceptions du constructeur sont vastes et plus la pensée s’exprime librement en termes inoubliables par la forme poétique, puis par la forme écrite dont le rôle important a été si bien apprécié par les Indiens qu’ils commencent presque tous leurs livres par ces mots: «Béni soit l’inventeur de l’écriture.»

La relation entre l’architecture et l’expression de la pensée est donc constante, même au début de l’humanité.

L’Égypte mystérieuse prouve par ses monuments imposants qui ont bravé les dévastations des siècles, par le temple de Rà, à Itsamboul, par les pyramides, combien son architecture était remarquable.

Ses papyrus, malgré ce qu’ils ont encore de caché pour nous, trahissent, en partie, le secret de sa civilisation, et les idées graves et belles qu’ils révélent, par delà le tombeau, témoignent combien la pensée était en honneur chez elle.

La poésie des Aryas célèbre les joies de la famille, les idées de dévouement, les grands spectacles de la nature dans les chants sublimes des quatre Védas ou dans les épopées de la période brahmanique. Or, à ces poèmes sanscrits, livres d’harmonie divine vastes comme la mer des Indes, au dire de Michelet, et dans lesquels rien ne fait dissonance, correspond une architecture d’un caractère grandiose, plein d’affinité avec l’Égypte, malgré son originalité personnelle.

Les temples d’Ellora taillés dans le roc, les pagodes de Ceylan, les colosses de Bamian attestent combien l’architecture était florissante dans ces temps reculés. Les deux termes de la civilisation indoue, la poésie et l’architecture, se complètent donc l’un par l’autre.

Le temple de Salomon, bâti par Hiram, avec son portique et ses colonnes de bronze ciselé, ses beaux bois de cèdre fournis par le roi de Tyr, ses portes dorées et toute son ornementation luxueuse ne correspond-il pas à la poésie qui a inspiré le Cantique des cantiques, et ne devait-il pas être digne des sublimes beautés de la Bible?

Quant à la Grèce, c’est au moment où sa littérature revêt les formes pures du génie que s’élèvent ses temples, ses monuments si parfaits.

Alors, elle édifie le Parthénon, cette œuvre immortelle de Phidias, de Callicrates et d’Ictinos, remarquable par la superbe ordonnance de ses colonnes légèrement incurvées, comme l’a démontré Penrose, par ses courbes substituées partout aux lignes droites dans le soubassement, les architraves, les frises et les frontons, afin d’augmenter l’effet de la grande Minerve due au plus illustre sculpteur de l’antiquité.

Rome étonne le monde par ses travaux gigantesques, ses temples, ses arènes, ses arcs de triomphe pleins tout à la fois de grandeur et de grâce, tandis que ses œuvres littéraires demeurent des modèles inimitables qui forment autant de sources auxquelles nous puisons encore.

La civilisation arabe, tellement avancée que nous retrouvons, après coup, des découvertes faites par elle, nous offre, à son tour, de nouveaux exemples.

Nous voyons en effet les Arabes du Guadalquivir se faire les initiateurs de l’Europe en astronomie, en mécanique, en médecine; Alhazen dicte le premier les lois de la réfraction atmosphérique et de la raréfaction de l’air en raison des altitudes; le célèbre Guéver invente l’algèbre, après Diophante d’Alexandrie qui en avait fixé les premiers éléments, et construit, sous le Calife Abu-Iusuf-Iacube, la magnifique Giralda, qui se dresse à l’un des angles du patio des orangers de Séville; concurremment, tandis que les physiologistes de Cordoue se montrent tellement experts dans les sciences naturelles que leurs écrits nous plongent dans l’admiration, cette belle civilisation laisse, comme monuments écrits, son Coran, ses poésies orientales, ses œuvres scientifiques et, comme merveilles d’architecture, la mosquée de Cordoue du VIIIe siècle, l’Alcazar de Séville, l’Alhambra de Grenade avec sa cour des Lions célèbre par la fine élégance de ses mille détails et par la capricieuse facilité de ses arabesques.

En dehors de ces souvenirs arabes dans lesquels on retrouve des vestiges antiques, puisque les rois maures ont reçu des califes d’Afrique des colonnes arrachées aux temples anciens pour édifier leurs palais, l’Espagne peut invoquer d’autres titres de gloire plus personnels. Aux œuvres de Cervantes, de Ferdinand de Herrera, de Lope de Rueda et du grand poète Calderon, pour ne pas parler ici de la gloire dont les Colomb, les Murillo, les Vélasquez l’ont rehaussée, elle peut opposer ses nombreux chefs-d’œuvre: la cathédrale de Burgos du XIIIe siècle, avec ses admirables sculptures, celle de Tolède, de Séville et tant d’autres monuments d’une belle architecture que son génie a créés.

En France, la Renaissance sert à l’éclosion des merveilles d’élégance architecturale que produisent les Philibert Delorme, les Germain Pilon, les Jean Goujon, vers l’époque où les François Villon, les Clément Marot, les Ronsard enrichissent notre langue de leurs œuvres délicates et naïves, pendant que l’École italienne fait apparaître les toiles immortelles des Pérugin, des Corrège, des Raphaël, des Michel-Ange, des Titien.

Le grand siècle de la littérature française, enfin, voit surgir de terre des chefs-d’œuvre architectoniques, en même temps que la France se couvre de grands travaux et se sillonne de routes et de canaux. N’est-ce pas à cette époque privilégiée que l’administration de Colbert, par la rencontre de tant d’intelligences d’élite, semble avoir réuni en quelques années l’œuvre de plusieurs siècles?

Tandis que Descartes, Bossuet, Corneille, Racine, Boileau, Fléchier, Molière, La Bruyère, La Fontaine, Massillon, Regnard, Mme de Sévigné, Mme Deshoulières jettent un éclat incomparable dans les lettres, les arts suivent un mouvement parallèle.

L’art militaire, qui se rattache directement à notre sujet par les constructions stratégiques, enfante les Turenne, les Condé, les Luxembourg, les Catinat, les Villars, et surtout le grand maître des fortifications, Vauban.

La musique produit Lulli. Enfin la peinture représentée par Vouet, Le Poussin, Le Brun, Lesueur, ce Raphaël français, Pierre Mignard, le coloriste auquel nous devons la coupole du Val-de-Grâce, la sculpture illustrée par Puget, Girardon, Coysevox, Coustou, ne paraissent-elles pas vouloir rivaliser avec l’architecture dont les œuvres monumentales leur permettent de déployer toutes leurs richesses décoratives?

N’est-ce pas à l’époque où Colbert fonde l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l’Académie des Sciences, l’Académie de Musique, l’École de Rome que l’architecture brille d’un éclat particulier en élevant, avec les deux Mansard, Perrault et Coustou, les arcs de triomphe de la rue Saint-Denis et de la rue Saint-Martin, le Val-de-Grâce, l’Observatoire, le château de Marly, la partie récente du château de Blois, le château de Versailles, le grand Trianon, la place Vendôme, la place des Victoires, le dôme des Invalides et la colonnade du Louvre?

En même temps, pour ne pas omettre l’appoint important qu’elles apporteront par la suite aux découvertes modernes et au progrès de la construction, les sciences laissent d’admirables manifestations avec Pascal, Huyghens, Denis Papin.

Enfin, tout un nouveau système de routes réunit la capitale aux diverses extrémités de la France, tandis que sont exécutés, d’une part, le canal de Bourgogne reliant les bassins du Rhône et de la Seine par la Saône et l’Yonne, et d’autre part, l’œuvre de Riquet et de Vauban, le grand canal du Midi, unissant le port de Cette à Toulouse et qui ne coûta pas moins de 34 millions. Un tel ensemble de constructions donne une idée de ce que cette époque a su faire comme travaux publics.

Nous devons donc reconnaître, comme nous l’avons dit, que, parmi les plus belles expressions de l’art en général, l’art de la construction et l’art littéraire marchent d’un pas égal, aussi bien au siècle de Périclès qu’au siècle d’Auguste, aussi bien au siècle de la Renaissance qu’au siècle de Louis XIV.

Cette loi que nous ont révélée la simultanéité des manifestations du genre humain et l’influence ou l’attraction que tous ces esprits supérieurs devaient exercer les uns sur les autres, nous la retrouvons également à notre époque.

Seulement, avec les besoins nouveaux, avec les grandes découvertes récentes, elle a reçu une application différente qu’il importe de signaler.

D’un côté, notre littérature sensiblement modifiée par le mouvement de 1830 produit des œuvres très belles, soit qu’elle nous reporte vers le passé ou vers le moyen âge par l’éclosion du romantisme, soit qu’elle affirme son culte pour les classiques, soit qu’elle décrive les mœurs actuelles.

Hugo, Balzac, Lamartine, Delavigne, Scribe, Littré, Taine, Sainte-Beuve, Louis Blanc, Thiers, Michelet, Henri Martin, Villemain, Guizot, Ampère, Flaubert, Ponsard, Barbier, Paul-Louis Courier, Georges Sand, Musset, Dumas, Jules Janin, Nisard, Aug. Thierry, Duruy, Saint-Marc Girardin, et un grand nombre de nos contemporains que nous ne pouvons citer parce qu’ils sont trop nombreux, lui composent un brillant cortège que rehausse encore notre journalisme dans lequel il se dépense tant de talent et tant d’esprit. Dans ces œuvres diverses, que de pages admirables méritent d’être opposées aux plus beaux passages des ouvrages anciens!

D’un autre côté, à cet ensemble littéraire remarquable correspond un merveilleux ensemble de constructions nouvelles qui sortent du domaine de l’architecture, qui révèlent une des formes de notre épanouissement scientifique et social et qui nous permettent de suffire aux exigences du mouvement industriel dans lequel le progrès nous a projetés.

En effet, des besoins nouveaux nous incitent sans cesse à décupler, par les mille transformations de l’industrie, la production de nos richesses naturelles. La force des choses, les lois économiques nous livrent aux merveilleuses applications de la science, aux échanges féconds de peuple à peuple; et ces causes multiples, combinées avec l’action nouvelle de l’association des capitaux, font naître la phase spéciale par laquelle passe l’art de construire, en entrant dans l’ère des Chemins de fer. Cette double évolution littéraire et industrielle constitue le signe particulier de notre époque. Elle explique la manière différente par laquelle l’art de construire affirme sa rénovation. Car la vérité est que l’art de l’architecte a été dépassé par l’art du constructeur.

Nous n’élevons plus maintenant des Parthénons, des arènes immenses, des cathédrales de ce genre gothique flamboyant qui, jusqu’à présent, semble le dernier mot du génie.

Nous n’avons rien à opposer à ces merveilles.

La comparaison entre l’architecture ancienne et l’architecture de notre temps ne peut être soutenue; notre infériorité est flagrante. L’architecture actuelle s’est faite composite; elle n’accuse aucun caractère propre, aucune grandeur personnelle; mais ce qu’elle a perdu de ce côté, l’art de l’Ingénieur l’a regagné du côté de la hardiesse des conceptions et de la rapidité avec laquelle il réalise ses vastes projets. La stagnation de l’art architectural et l’importance prise si rapidement par l’art de l’Ingénieur s’expliquent facilement.

L’architecture, restant à grand’peine stationnaire, ne continue plus ses belles traditions; elle a décliné, vivant sans secousse sur les données acquises, dans la contemplation des modèles antiques, dans l’admiration des monuments du passé, mais sans souci d’en léguer d’autres d’un type différent à la postérité.

Sans doute, avec Viollet-le-Duc, elle a fait preuve d’une science, d’une érudition consommées; elle mérite une reconnaissance éternelle pour ses réfections savantes qui sont des reconstitutions véritables, presque des créations. Aussi, louons-nous sans réserve les magnifiques restaurations de Notre-Dame de Paris, de l’Abbaye de Saint-Denis, de la ville haute de Carcassonne, de la cathédrale d’Amiens, du château de Pierrefonds, etc. Animer ces antiques monuments d’une vie nouvelle, leur rendre leur éclat premier, et prolonger leur existence séculaire pour les léguer, à notre tour, aux générations suivantes, telle aura été la belle œuvre accomplie par Viollet-le-Duc et ses émules. Nous en faisons en toute justice un réel titre de gloire à notre époque.

Sans doute, avec Garnier, l’architecture moderne aura cherché à revenir au genre polychrome usité chez les peuples de l’Asie, de l’Egypte et de la Grèce, qui variaient l’uniformité de la teinte des pierres, dans leurs monuments, par des pilastres, des chapiteaux, des entablements, des corniches et des bandeaux de couleur. Le temple de Jupiter Panhellénien, à Égine, le temple de Minerve, à Athènes, témoignent, avec tant d’autres, par leurs marbres de couleur alternant avec la pierre ou par leurs enduits coloriés, combien ce genre d’architecture obtenait de faveur auprès des anciens. Garnier aura donc cherché à trouver un type nouveau dans cet ordre d’idées. Cependant l’abus que les édiles de Bruxelles font actuellement de ce genre dans tous leurs nouveaux monuments, surtout dans leur Palais de justice, démontre suffisamment les inconvénients d’une telle imitation de l’antiquité.

Mais en dehors de ces brillantes individualités et des belles exceptions qu’établissent les travaux de restauration dont nous avons parlé, en dehors des quelques monuments que l’on peut nous opposer: l’Opéra de Garnier et le Château d’eau de Marseille, cette œuvre bien conçue par notre grand sculpteur Bartholdi d’abord, puis modifiée et exécutée par Espérandieu, dont elle a consacré la réputation, quelles sont les créations de l’architecture moderne? Qu’aura-t-elle produit? Rien! Aucun genre nouveau n’aura illustré notre siècle! C’est là surtout ce que nous lui reprochons.

Nos constructeurs modernes, au contraire, pour répondre à des besoins nouveaux ont dû s’affranchir des errements de la tradition et produire de toutes pièces un système inédit où le fer et les autres métaux entrent dans une proportion inconnue jusqu’à nos jours, et que, du reste, les architectes à leur tour ont utilisé, comme aux Halles centrales et dans bien des édifices, particulièrement dans les nouveaux Magasins du Printemps, où les fers ouvrés font un très bel effet dans les façades latérales.

Or, le courant si intense de notre vie commerciale et industrielle exige que les applications de ce système nouveau et des découvertes de notre époque soient réalisées avec une sûreté de conception et une rapidité d’exécution qui plongeraient nos pères dans la stupéfaction la plus grande, s’ils pouvaient en être témoins.

De plus, les besoins de notre temps commandent que ces applications s’exercent plus fréquemment à l’occasion des grands travaux publics qu’à la construction de basiliques ou de monuments semblables.

L’architecture moderne se trouve par suite amoindrie d’autant et réduite en quelque sorte aux édifices privés. Aussi, est-ce dans ce genre qu’elle réussit excellemment, à la condition toutefois de copier, d’adapter et non d’inventer. Qu’elle ait amélioré, perfectionné, c’est incontestable! Notre type de maison d’habitation est bien compris comme dispositions, comme confort; mais en dehors de la maison de rapport, qui est hors de cause et qui n’a rien d’artistique, en ce qui concerne les maisons particulières où elle pourrait donner carrière à son imagination, elle n’a rien créé. Là encore, elle vit sur le passé ; elle rénove la Renaissance. Les plus beaux hôtels édifiés, depuis quelques années, par un coup de baguette magique, dans le nouveau quartier du parc Monceaux, en sont une preuve. Elle copie le château de Blois; elle pastiche la maison de Diane de Poitiers ou des détails de l’hôtel Carnavalet ou du Bourgthéroulde.

Ce qu’elle a produit est joli; mais c’est tout.

Et quand elle a parfois l’occasion de s’attaquer aux grands édifices publics, d’aborder le grand art, à part quelques heureuses exceptions, elle semble retenue par les liens mystérieux des souvenirs antiques; elle demeure inhabile aux grandes conceptions; elle ne voit plus l’inspiration répondre à son appel.

Les réminiscences et l’imitation servile marquent, malheureusement, de leur griffe la plupart de nos monuments modernes, de telle sorte que ces derniers réunissent tous les genres, sans arriver à la cohésion, à l’unité, à ce genre spécial, en un mot, qui caractérise une époque.

Notre siècle si fécond en grandes choses n’a encore enfanté aucune architecture digne des merveilles qu’il a semées sous ses pas. Il est à craindre qu’il ne s’achève sans avoir donné naissance à une grande création architectonique et sans léguer un style nouveau à la postérité ; de sorte que la certitude historique, qui s’appuie à juste titre sur les monuments, sera pleine d’indécision sur notre temps, si les autres témoignages de notre existence viennent à disparaître.

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Yaş həddi:
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Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
Həcm:
115 səh. 9 illustrasiyalar
ISBN:
4064066328825
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Bookwire
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