Kitabı oxu: «La syphilis»
Émile Roux
La syphilis

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335045
Table des matières
PRÉFACE
PREAMBULE
DIVISION DE CETTE ÉTUDE de la Syphilis.
CHAPITRE PREMIER
Qu’est-ce que la syphilis?
Agents et Conditions de l’infection syphilitique.
Moyens de préservation contre la syphilis.
Evolution de la Syphilis.
I. Période Primaire de la Syphilis. Le Chancre.
II. Période secondaire de la Syphilis.
III. Période tertiaire de la syphilis.
CHAPITRE II
CHAPITRE III
I. Circonstances aggravantes indépendantes de la volonté du malade.
II. Circonstances aggravantes que le Syphilitique peut éviter.
CHAPITRE IV
I. Le 606.
II. Le Mercure.
III. L’iodure de potassium.
RÉSUMÉ DU TRAITEMENT
IV. Peut-on savoir si on est guéri de la Syphilis.
CHAPITRE V
I. Lois de l’Hérédité syphilitique.
II. Cas malheureux où l’enfant naît syphilitique.
Traitement de la syphilis héréditaire.
RÉSUMÉ PRATIQUE de la conduite du syphilitique qui veut créer une famille.
CONCLUSION GENERALE

PRÉFACE
Table des matières
MON CHER MAITRE,
Que je vous remercie tout d’abord bien chaleureusement de m’avoir adressé ce petit livre, grand et même immense de résultats, j’en suis certain! Je l’ai lu avec une attention d’autant plus passionnée qu’il intéresse directement la question de la dépopulation de notre Patrie; et, à l’issue de la période terrible que nous achevons de traverser, quelle question est plus importante?
Depuis longtemps, ma conviction est faite: avec l’alcoolisme et la tuberculose, la Syphilis est jusqu’à présent le facteur morbide le plus actif de la dépopulation, soit parce que les syphilitiques (qui sont légion) ne veulent pas se marier par crainte d’avoir des enfants tarés; soit parce que, se mariant, ils ne se sont pas assez bien soignés, et n’ont pas fait ce qu’il fallait pour avoir une descendance saine. Or, malgré que je le savais déjà, vous venez de renforcer encore ma conviction que les syphilitiques peuvent coopérer avec succès à l’accroissement de nos forces nationales; et cela, vous l’avez fait d’une façon si claire que tout homme qui sait lire vous comprendra aussi bien qu’un membre de l’Institut. Et les exemples dont vous avez illustré vos démonstrations emportent la conviction.
Je n’hésite pas à déclarer que vous avez fait là œuvre grandement utile, dont je vous remercie au nom de la Patrie.
Si tous les avariés (je le leur recommande, et je le leur ordonnerais, si je le pouvais) lisaient votre livre et suivaient vos conseils, la Patrie gagnerait chaque année plusieurs beaux régiments!
Voilà ce que je pense de votre livre. Vous ne m’avez pas demandé de préface, mais si cette lettre pouvait en faire l’office, je serais heureux et bien récompensé que ma faible autorité ait pu servir à sa vulgarisation.
Paris, le 1er juillet 19
II. PIOT.
PREAMBULE
Table des matières
Ce livre n’est pas un traité de médecine fait pour des médecins; ce n’est pas non plus un petit traité destiné à permettre au malade de se soigner seul, en cachette et en le dispensant de voir un médecin. Son seul but, et il sera grand s’il l’atteint, est de vulgariser les connaissances générales et pratiques que tout le monde peut avoir de la Syphilis, et que tout syphilitique doit posséder.
Beaucoup d’efforts ont déjà été tentés pour démontrer que l’Avarie n’est point une «maladie honteuse», ni une affection inavouable; malgré tout, on rencontre encore quantité de syphilitiques qui, par ignorance ou par un faux sentiment de honte, ne veulent pas avouer leur mal, même au médecin.
La vulgarisation des notions essentielles que tout le monde doit avoir au sujet de la Syphilis n’a guère été pratiquée jusque-là que par la Presse et par le Théâtre.
Dans la Presse, la Syphilis, au moment de l’apparition du 606, a fait l’objet de nombreux articles de journaux politiques. Et si le public en croyait ses articles (soit qu’ils aient été inspirés seulement par l’intérêt, soit que leurs auteurs, non médecins, aient été ignorants de la question), la Syphilis, non traitée par le 606, se terminerait fatalement, après quelques années, par la folie, le gâtisme, l’ataxie locomotrice ou quelque autre paralysie. Au contraire, d’après eux, cette même syphilis traitée par une injection de 606, devait être définitivament «stérilisée» et guérie à tout jamais. Or cela est manifestement faux, et cette conception est nuisible; comme nous le verrons au chapitre du traitement de la Syphilis, cette maladie (même non traitée) n’aboutit pas fatalement aux accidents graves de lapériode tertiaire, et le 606 (remède excellent, précieux, souvent merveilleux) ne peut guérir définitivement en une ou deux injections, et on doit lui adjoindre le mercure.
On a également porté la Syphilis sur le théâtre; Brieux y a fait représenter sa pièce «Les Avariés ». Mais Brieux n’a fait voir là, et il ne pouvait faire voir autre chose, qu’un tout petit côté de la question, les conséquences sociales, et surtout familiales, de l’Avarie. Sans aucun doute, il est très salutaire d’inspirer la crainte, la terreur même, de cette redoutable maladie. La crainte est bien le commencement de la sagesse, comme le dit le proverbe; mais l’amour, ou plus exactement le besoin physique de satisfaire l’amour, l’emporte bien souvent sur la crainte, et si, avec les nouvelles méthodes de traitement rapide de la maladie avec disparition rapide des accidents contagieux, on doit rendre bien moins fréquents les cas de syphilis, il y aura malheureusement toujours des Avariés.
Il faut donc, après avoir fait connaître le danger, apporter la consolation et le remède à ceux qui n’auront pu l’éviter. Je crois que, sans avoir diminué d’une façon appréciable le nombre des cas de syphilis, cette mise en scène de l’Avarie n’a réussi qu’à jeter le trouble dans l’esprit des malades atteints de cette affection.
Aussi, n’est-il pas étonnant que lorsque nous, médecins, révélons à un malade la nature de sa maladie (et nous devons le faire, si nous voulons qu’il suive le traitement pendant le long temps nécessaire) nous assistions à de véritables crises de désespoir, telles que beaucoup déclarent que leur vie est irrémédiablement compromise, qu’ils sont perdus, qu’ils n’ont plus qu’à se suicider... Erreur funeste au syphilitique parce qu’elle empoisonne une partie de son existence; erreur funeste aussi à la société, parce qu’elle détourne nombre de syphilitiques de la création d’une famille.
Pendant les quinze premiers mois de notre grande guerre, les cas de syphilis étaient extrêmement nombreux parmi les troupes en campagne. Au début de la stabilisation du front, de nombreuses prostituées étaient allées exercer leur industrie dans les villes ou villages où se succédaient les troupes au repos; ces marchandes de plaisir furent plus tard chassées. Après un an de guerre, vinrent les permissions périodiques, dites de détente, nécessaires sans aucun doute, mais éminemment favorables à la multiplication des cas de syphilis par le passage à Paris, ou dans d’autres villes, de permissionnaires qui, continents forcés depuis plusieurs mois, se jetaient les yeux fermés sur la première vendeuse d’amour. Devant ce grave danger, l’autorité militaire prescrivit aux médecins dé tous les corps de troupes, de faire des conférences mensuelles aux soldats sur le danger syphilitique et les moyens de s’en préserver. C’est là, je crois, la vulgarisation la plus efficace qui ait été faite au sujet de la syphilis; elle a d’abord mis en garde le soldat, défenseur actuel de la Patrie, reconstructeur futur de la famille, contre le danger vénérien, danger évitable entre tous (et les statistiques ont effectivement accusé à partir de cette époque de vulgarisation une diminution très notable des cas de syphilis dans l’armée); elle a ensuite appris aux victimes de l’Avarie que le salut existe encore pour eux.
Ayant pu suivre depuis trente ans de très nombreux syphilitiques, je peux apporter ici cette déclaration appuyée sur un nombre considérable de faits: Le tableau si effrayant que se fait de son avenir le syphilitique, restera une exception si le malade le veut.
C’est la pensée même de notre illustre et regretté Maître le Pr Fournier.
P’ Roux.
DIVISION DE CETTE ÉTUDE de la Syphilis.
Table des matières
Pour que cette étude de la Syphilis soit très compréhensible à tous, et pour qu’elle soit facile à suivre, nous n’emploierons aucun terme scientifique spécial, et nous diviserons ce petit traité en cinq chapitres:
CHAPITRE I. — Dans ce premier chapitre, nous exposerons succinctement les symptômes de la Syphilis et son évolution générale.
CHAPITRE II. — Dans le deuxième chapitre, nous verrons quelle est la fréquence des accidents tertiaires, les seuls que le syphilitique ait réellement à craindre pour lui-même.
CHAPITRE III. — Dans le troisième chapitre, nous étudierons l’influence aggravante de certaines conditions dans la Syphilis et les règles d’hygiène que le syphilitique doit suivre, en dehors et sans préjudice du traitement proprement dit.
CHAPITRE IV. — Le quatrième chapitre sera consacré au traitement si important et si efficace de la Syphilis.
CHAPITRE V. — Enfin, un cinquième chapitre, familialement et socialement le plus important, consacré à l’hérédité de la Syphilis, permettra au malade de savoir ce qu’il est en droit d’espérer au point de vue mariage et descendance. Nous intitulerons ce chapitre: L’Hérédité syphilitique.
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
Nature de la Syphilis. Son Evolution.
La syphilis n’a pas toujours porté ce nom de Syphilis sous lequel elle est maintenant universellement connue.
On a raconté que la syphilis avait été importée d’Amérique en Europe par les soldats de Christophe Colomb; les armées françaises l’auraient répandue en Italie et un peu partout.
Elle fut appelée tour à tour mal Français, mal Napolitain, mal Castillan, mal Espagnol, mal Portagais... Chaque nation, on le voit, déclinait et se renvoyait mutuellement la paternité d’une affection qui, à cette époque surtout, passait pour éminemment compromettante et honteuse.
Vulgairement, elle a été connue sous des dénominations très variées: variole, vérole, grosse vérole, gorre, grand’gor, mal de saint Job, mal de saint Semen...
Ce fut Fracastor. médecin italien du XVIe siècle. qui dans un poème bizarre consacré à cette maladie, appela son personnage Syphilus; c’est de ce mot qu’on fit Syphilis.
Quoi qu’il en soit, la syphilis n’est pas une maladie qui date de la fin du XVe siècle, époque à laquelle elle se répandit en Europe. Cette maladie est extrêmement ancienne. Gangolphe, de Lyon, et d’autres observateurs ont trouvé des lésions syphilitiques sur des ossements humains, découverts en France, de l’âge préhistorique.
Qu’est-ce que la syphilis?
Table des matières
Il faut d’abord bien établir, poser ce principe qui éclairera toute la suite de ce petit manuel, que la syphilis n’est pas une maladie locale, comme pourrait le faire croire son début très localisé, mais que c’est une maladie essentiellement générale, plus générale que le rhumatisme et la tuberculose, la plus générale de toutes les maladies. Elle s’étend en effet à tout l’organisme, et peut atteindre n’importe quelle partie ou n’importe quel organe de l’individu, depuis l’extrémité des cheveux jusqu’à l’extrémité des ongles des pieds ou des mains. Elle peut intéresser tous nos tissus, qu’ils soient mous comme la peau, les muscles, la moelle épinière; ou qu’ils soient durs comme les cartilages ou les os; depuis la partie la plus superficielle de l’épiderme jusqu’à la profondeur la plus intime de nos organes.
Agents et Conditions de l’infection syphilitique.
Table des matières
Cette maladie générale est constituée par l’introduction et la pullulation dans l’organisme d’un microbe appelé le spirochète.
Pour qu’il y ait contagion, il faut qu’il y ait évidemment deux facteurs, celui qui donne la contagion et celui qui la reçoit.
Il faut de plus que chacun de ces deux facteurs remplisse une condition: le premier doit être apte à transmettre la contagion, le second doit être apte à la recevoir.
1° PREMIER FACTEUR. — Un (ou une) syphilitique est contagieux quand il est porteur d’accidents syphilitiques en activité, extérieurement accessibles au second facteur.
Ces accidents syphilitiques contagieux n’existent pas en permanence chez le syphilitique. On les voit surtout pendant la première et la deuxième année, comme nous le dirons plus loin, ils disparaissent généralement dans le courant de la troisième année, et ne reparaissent plus ou ne reparaissent que très rarement chez les syphilitiques qui ont une hygiène convenable. Les vieux syphilitiques ont des accidents profonds, des lésions d’organes, non accessibles au partenaire, et par conséquent non contagieux. Ainsi, une femme dont la syphilis remonte à dix ou quinze ans est peu dangereuse; elle offre même beaucoup plus de sécurité qu’une inconnue. Pendant les deux premières années même, en dehors de la période du chancre, une femme peut être contagieuse pendant quinze, vingt ou trente jours, parce qu’elle a un ou plusieurs accidents en activité ; ces accidents guéris, elle n’est plus contagieuse, jusqu’à ce qu’une nouvelle manifestation active reparaisse; elle est donc contagieuse par intermittence. Mais comme ces accidents secondaires, dans le cours des deux premières années, peuvent apparaître dans l’espace d’une journée, le danger de contagion est constant les deux premières années d’une syphilis, chez l’homme comme chez la femme. La conclusion pratique est que le syphilitique qui se marie avant un délai de deux ou trois ans depuis le début de sa maladie, contagionne à peu près sûrement son conjoint.
2° DEUXIÈME FACTEUR. — Quant au second facteur, pour qu’il reçoive l’infection, il faut qu’il soit porteur, au moment du contact, d’une écorchure, d’une fissure (si petite parfois qu’elle passe inaperçue), écorchure qui se trouve en rapport, même très court, avec l’accident en activité du partenaire.
La peau, ainsi que les muqueuses qui continuent la peau à l’intérieur des cavités ne sont pas un terrain sur lequel peuvent vivre et se développer des germes; pour qu’il y ait ensemencement, ces germes doivent être déposés dans les tissus situés au-dessous de l’épiderme ou des muqueuses. Et comme l’épiderme et les muqueuses ne se laissent pas traverser par les germes déposés à leur surface saine, il n’y a contagion que si une écorchure permet à ces germes d’atteindre les tissus sous-épidermiques ou sous-muqueux. Chacun sait que du vaccin déposé sur la peau saine, du bras, par exemple, ne «prend pas» ; pour qu’il prenne, on doit gratter la peau, pour produire une petite érosion qui sera la porte d’entrée des germes.
Ainsi, une femme qui a des accidents externes contagieux ne donne pas fatalement la syphilis à l’homme qui a un rapprochement avec elle: il faut qu’il y ait chez l’homme une porte d’entrée. Mais ces érosions imperceptibles sont extrêmement fréquentes dans l’acte même du coït, surtout près du filet. Cette nécessité d’une porte d’entrée, pour qu’il y ait contagion vous explique pourquoi de plusieurs individus qui ont le même jour des rapports avec la même personne ayant des accidents contagieux, les uns sont contagionnés, les autres restent indemnes: les uns avaient avant le rapprochement ou ont eu pendant le rapprochement une écorchure, les autres n’en avaient pas et n’en ont pas eu.
Moyens de préservation contre la syphilis.
Table des matières
L’abstention, dans tous les cas où le partenaire est inconnu ou n’est pas absolument sûr, serait le préservatif efficace qui supprimerait tous les autres. Mais la chair est faible, disent les Livres Saints, et il faut compter avec ses faiblesses.
La contagion de la syphilis se fait, à peu près toujours par la bouche et par les organes génitaux (cas le plus fréquent).
Pour la bouche (nous verrons dans l’exposé des accidents de la période secondaire que les plaques muqueuses sont très contagieuses), s’il n’est pas possible d’éviter le baiser ordinaire sur les lèvres, accompagnement obligatoire de l’amour, supprimez en présence d’une femme non tout à fait sûre, ces baisers prolongés et profonds où le noble organe dont parle Esope, donné à l’homme pour manger et contribuer à exprimer sa pensée, veut parfois aller chercher des sensations plus nouvelles jusque dans la profondeur de la cavité buccale dont le rôle est simplement physiologique, et non d’amour. Nous reviendrons du reste sur ce danger de la contagion buccale.
Dans l’acte honnête, normal, du coït, trois moyens de préservation sont à recommander:
1° Lubrifier la verge avec un corps gras.
C’est là un bon moyen de préservation. Tout corps gras peut être employé, la vaseline, l’huile, le beurre même; ne craignez pas d’en demander à votre partenaire. En facilitant les glissements, le corps gras diminue considérablement les chances d’érosion; de plus, s’il existe une petite fissure, il la protège, empêchant jusqu’à un certain point, par sa seule interposition, le contact du virus infectant avec cette petite fissure.
2° Usage de pommade désinfectante après le coït.
On a beaucoup conseillé, dans l’armée surtout, de faire usage, après le coït, de la pommade au calomel, le calomel (poudre mercurielle) tuant, en principe, le microbe de la syphilis. L’usage de cette pommade est tout à fait incertain dans ses résultats, et je ne crois guère qu’une application de pommade au calomel sur une ulcération infectée par le spirochète puisse empêcher le développement de la maladie. Employez la pommade au calomel avant et après le coït; vous aurez ainsi la protection du corps gras et l’action désinfectante du calomel.
3° Emploi du condom.
L’usage de tout corps gras, employé généreusement, doit être recommandé ; beaucoup lui ont dû et lui devront de n’être pas syphilitiques. Toutefois, c’est là un préservatif non certain. En dehors de l’abstention, le plus sûr préservatif est le condom, vulgairement appelé «capote anglaise », de très bonne qualité. N’ayez jamais honte d’en acheter chez le pharmacien, si vous prévoyez un besoin d’amour à satisfaire, d’en avoir dans votre portefeuille, et de vous en servir quand vous serez en présence d’une femme que vous ne connaissez pas très bien. Vous n’aurez jamais à regretter ces précautions, bien simples si on les met en regard des graves conséquences qui peuvent suivre si on ne les a pas prises.
Evolution de la Syphilis.
Table des matières
La syphilis débute donc au moment où, sur une petite ulcération, se déposent des spirochètes ou microbes de la syphilis, que contient le pus d’une ulcération syphilitique de l’autre partenaire.
A partir de ce moment, progressivement mais rapidement, ces spirochètes se reproduisent sur place, d’abord, à l’infini. Après un temps variable de vingt à cinquante jours (trente-cinq jours en moyenne) après le rapprochement infectant, apparaît au point contaminé une petite plaie qui se développe en quelques jours, en surface et en profondeur: c’est le chancre.
De cette ulcération chancreuse, les microbes s’acheminent jusqu’aux ganglions du voisinage (ceux du pli de l’aine dans les cas le plus fréquents de chancre de la verge, ceux du cou dans les cas de chancre de la bouche). Ces ganglions deviennent plus volumineux, et opposent momentanément une fragile barrière à l’armée envahissante des spirochètes. Mais cette barrière insuffisante ne tarde pas à être franchie; les microbes de la syphilis se répandent en continuant de se multiplier, dans le torrent circulatoire qui les véhicule jusqu’aux organes les plus reculés.
Dans l’espace d’un mois environ, le chancre guérit, même sans traitement: là se termine ce qu’on appelle la période primaire de la syphilis; cette période ne présente, en somme, comme symptômes, que le chancre accompagné de ses ganglions. Période primaire équivaut donc à période de formation et d’évolution du chancre; elle s’étend de l’acte initial, cause de la contagion à la guérison du chancre.
Puis, quelques jours ou quelques semaines après la guérison du chancre, on voit apparaître une série de manifestations tout extérieures, dont la durée et l’intensité sont très variables, selon certaines conditions de santé et d’hygiène du malade, selon aussi la virulence de l’infection, mais qui sont surtout marquées dans les six premiers mois, décroissent ensuite assez vite, pour disparaître en général, à peu près totalement au bout de deux ans. C’est la période secondaire de la syphilis.
Ces symptômes disparus, le syphilitique a l’air guéri, n’a aucun trouble, se porte bien (si sa santé antérieure était bonne) et ne se différencie pas de celui qui n’a pas eu cette maladie; cela peut durer indéfiniment. Mais souvent, petit à petit, sournoisement, sans que rien ait pu le faire prévoir, la maladie a continué son évolution, attaquant, rongeant certains organes sans qu’aucune manifestation tangible attire l’attention sur ce travail latent. Si ces organes touchés ne sont pas vitaux, si ces lésions à longue évolution n’intéressent que la peau, les muscles ou même les os, le traitement bien conduit peut les guérir encore plus ou moins totalement. Mais si les organes touchés sont des organes importants, vitaux (cerveau, moelle épinière, reins, cœur...) on voit une maladie incurable se dérouler progressivement et fatalement le plus souvent, à moins que la mort subite ne soit le premier signe d’une lésion latente. Ce silence entre la période secondaire et ces accidents organiques peut être très long: quatre, cinq, dix, vingt, trente ans après la guérison des accidents secondaires, et même davantage. Cette longue période qui commence à la disparition des accidents secondaires (vers la troisième année), et qui dure autant que le syphilitique lui-même, constitue la période tertiaire de la syphilis.
L’évolution totale d’une syphilis comprend donc trois périodes:
I. — LA PÉRIODE PRIMAIRE.
II. — LA PÉRIODE SECONDAIRE.
III. — LA PÉRIODE TERTIAIRE.