Kitabı oxu: «L'Art de reconnaître les styles. Le Style Renaissance»
Émile Bayard
L'Art de reconnaître les styles. Le Style Renaissance

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066327392
Table des matières
CHAPITRE I
Exposition générale des styles avant la Renaissance.
Les Styles du moyen âge: architecture religieuse
Les Styles du moyen âge: l’architecture
Les styles du moyen âge: le mobilier
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X

CHAPITRE I
Table des matières
Exposition générale des styles avant la Renaissance.
Table des matières
Avant d’aborder l’étude de la Renaissance, époque miraculeuse de l’Art, il ne faut pas méconnaître les splendeurs précédentes qui sont autant d’étapes de Beauté.
La Beauté profite, à travers les âges, des trésors précédents, et, chacun de ses accords doit être respectueusement envisagé avant d’examiner la réalisation harmonieuse à laquelle on s’intéresse particulièrement. Au fur et à mesure des siècles, l’esthétique s’est modifiée au gré de l’idéal et des satisfactions; ces dernières, plus humaines, étant particulièrement flattées. Pareillement, les mœurs et les caprices du goût ont influé sur le génie qui s’est transformé, sans toutefois jamais négliger les fruits de l’expérience, et c’est ainsi que s’enchaîne la pensée des siècles dans un éternel recommencement, de jour en jour cependant plus pratique.
La preuve en est que lorsque l’art de l’architecture, plus limité que tous les autres, semble épuisé à force d’avoir créé — nos temps en offrent un frappant témoignage — il se renouvelle dans l’ingénieux accord du confort et de l’hygiène, faute de pouvoir davantage, tant les chefs-d’œuvre précédents apparaissent définitifs. Il semble que la ligne ayant été trouvée, on se retourne aujourd’hui vers l’accessoire, et il est piquant de constater que le souci de l’accessoire ou de l’aménagement intérieur, de plus en plus stimulé par le bien-être, est singulièrement inspirateur de la ligne extérieure!
Ainsi s’est rénové dans l’à-côté, l’art architectural moderne, sous l’empire de satisfactions nouvelles. Aussi bien, c’est dans l’enthousiasme qui est une expansion intellectuelle, que les siècles ont conçu des types esthétiques incomparables, et ce n’est point la faute de notre temps, à ciel bas, à vie chère, «américanisé », s’il a dû borner son idéal à l’économie des appétits et des aspirations domestiques.
Jadis, dans l’exaltation de la foi religieuse, depuis le menhir pesant jusqu’à la cathédrale en dentelle, depuis l’obélisque élancé jusqu’au temple colossal, on érigeait magnifiquement; jadis, pareillement, dans l’élan de l’amour civique, les hôtels de ville s’édifiaient, somptueusement. Et, pour ainsi dire, les monuments n’étaient que des actes de foi; la maison du seigneur, le château, le palais, dominant l’égoïsme de la foule, comme l’hôtel de ville personnifiait impersonnellement son cœur.
FIG. 1. — Église Sainte-Sophie, à Constantinople.

Même, l’odieuse guerre, noblesse des armes (naguère!), inspira anciennement une architecture militaire très riche, mais moins fertile cependant, que l’architecture religieuse, celle-ci d’idéal particulièrement triomphant dans l’azur et la paix, d’essence divine, tandis que l’architecture civile et militaire n’était que d’ordre humain. Car il ne faut pas oublier que ce prodigieux mouvement d’art et d’exaltation mentale et militaire qui avait fait de la France (dès l’avènement de l’invention si originale de l’ogive) la reine du monde, s’est exclusivement produit et propagé grâce à la cathédrale improprement dite gothique.
A la naïveté de ces extases primaires, car l’idée de l’hôtel particulier, de la maison bourgeoise, du bien-être commun, ne naîtra qu’au début du XVIIe siècle, notre civilisation répond avec l’incrédulité de l’expérience, avec un sourire blasé. L’originalité des devanciers, certes, avait beau jeu; notre tâche inventive est autrement difficultueuse maintenant que toutes les formes et formules constructives semblent avoir été réalisées en principe. Usé par les chefs-d’œuvre du passé, notre présent jouit, sur le sommet du Beau, d’un repos stérile, à moins qu’il ne s’agisse d’un fructueux recueillement. C’est l’instant de rappeler à sa béatitude ou à sa méditation laborieuse la personnalité délicieuse de la Renaissance qui inonda de soleil les austérités précédentes.
Et cependant, le gothique ou mieux l’art ogival défaillant, en sa période flamboyante si délicieusement grandiose, ne nous préparait-il pas la transition la plus douce, la plus spirituelle? N’y a-t-il pas dans ces fragiles découpures de l’époque ogivale tertiaire dite fleurie, de ces roses particulièrement ornées, de ces choux prodigués, de toutes ces moulures légères et capricieuses, comme un acheminement vers la fraîcheur et la gaîté ornementales qui suivront?
FIG. 2. — Chapiteau roman.

Pourtant, avec l’ogive, au XIIIe siècle, c’en était fait des traditions de l’architecture antique, et voici qu’avec la Renaissance, nous y retournons... Mais les extrêmes se touchent; ils communient dans la diversité ; leur hautaine distance semble les rapprocher. Moins original que le moyen âge, l’art de retour à l’antique sous la Renaissance, en réaction même avec l’esprit du moyen âge, fit néanmoins la concession d’une transition entre les éléments gothiques et les éléments classiques mélangés avant d’en arriver à la rupture. D’ailleurs, les styles évoluent plutôt qu’ils ne s’opposent brutalement. Les Romains, après avoir élevé des temples à l’imitation de ceux des Grecs dont ils avaient adopté la religion et la civilisation, composèrent un styl mixte qui, sans témoigner d’une expression nouvelle, mérita d’être classé sous le nom de «gréco-romain». Aussi bien le style Régence servira de lien entre le Louis XIV et le Louis XV et mieux, entre l’esprit décoratif du XVIIe et du xvme siècle, ce dernier siècle nettement différent de l’autre, à cause précisément de son affranchissement du classique.
Il n’y a d’exception à cette règle d’amortissement, de transition, qu’à l’époque de la Révolution. Mais alors, la merveilleuse chaîne traditionnelle des styles s’est brisée, el il n’existe plus qu’un arl incohérent en attendant que Napoléon Ier improvise une manière de gréco-romain qui constituera le dernier style français classique.
Il n’empêche que si, sous la Renaissance de même qu’au XVIIe siècle, il n’y avait pas eu des architectes de génie, c’en était fait de notre art original. L’art classique constituant en principe la base de toute indigence constructive ou fondamentale; l’art classique accourant avec de faux airs d’infaillibilité au secours du génie tari et protégeant prétentieusement sa défaite.
On a distingué deux divisions caractéristiques et primordiales dans l’histoire de l’Art: l’art païen et l’art chrétien «auxquels se rapportent nécessairement tous les types particuliers des époques intermédiaires »
FIG. 3. — Église Sainte-Croix, à Bordeaux.

L’art païen est représenté par l’art grec, inséparable d’un rythme, indiqué en architecture, par les ordres, et par l’art gréco-romain, encore rythmique, mais moins radicalement que le précédent. L’art chrétien est l’art latin, puis byzantin, qui enseigna aux arts arabe, roman et gothique, ses dérivés, le mépris des ordres grecs dans une construction libre, en arc et en voûte, affranchie de l’arcade. Et l’on s’accorde à voir se former en Orient, vers le sixième siècle, cette architecture byzantine et celles qui en procédèrent, les architectures arabe et mauresque, tandis que naissaient en Occident les architectures romane et gothique.
Or, art byzantin comme arts roman et gothique, laissent entendre surtout le mot d’architecture qui, à ces temps d’harmonie intellectuelle et de rationalisme, commandait tant à la peinture, à la sculpture, qu’à l’art décoratif, toutes ces expressions étroitement solidaires de la fonction architecturale appropriée aux besoins matériels ou religieux, aux nécessités de la vie et du climat.
L’architecture, d’ailleurs, n’a jamais ordonné l’art autant qu’à ces époques, puisque le meuble, depuis la chaire jusqu’à la châsse, présente la silhouette d’une cathédrale en miniature. On peut en conclure qu’aux premiers âges, le meuble était essentiellement monumental et ce mot, pour l’instant, suffit à sa description.
Nous renverrons, maintenant, pour l’étude des styles qui précédèrent la Renaissance, à notre ouvrage général: l’Art de reconnaître les Styles, et, afin de ne point nous répéter, autant que pour ne pas perdre de vue le but essentiel de notre travail, nous indiquerons seulement ici, les types d’architecture et du meuble qui nous semblent résumer davantage les expressions antérieures au XVIe siècle. En même temps, néanmoins, nous soulignerons les bases architectoniques diverses de chacune de ces manifestations et dirons deux mots de leur histoire.
FIG. 4. — Portail de l’église de la Madeleine, à Vézelay (Yonne).

Les Styles du moyen âge: architecture religieuse
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Style latin (du IVe au XIe siècle). — On appelle style latin le style de tous les monuments directement issus de l’architecture gréco-romaine. Il constitue l’art chrétien primitif, c’est-à-dire avant l’influence byzantine. Les basiliques, les baptistères érigés près des églises comptent parmi les monuments d’architecture latine les plus intéressants.
L’art des chrétiens, né auparavant dans les catacombes, ne se développa en toute sécurité dans les églises ou basiliques, qu’après Constantin. Exemple d’architecture latine: l’église Saint-Jean, à Poitiers, ancien baptistère du VIe siècle; Notre-Dame des Doms, cathédrale d’Avignon (XIe siècle); l’église de Saint-Trophime, à Arles (commencement du XIIe siècle), la basilique de Latran, à Rome.
Style byzantin. — Les chrétiens s’étaient approprié la basilique antique (ou païenne) pour y installer leurs premiers temples, mais ils la transformèrent. C’est ainsi qu’ils substituèrent aux plates-bandes monolithes, comme points d’appui, des colonnes qui sou tinrent aussi la retombée des arcades. Ces colonnes, petit à petit cédèrent le pas à un système de voûtes; l’arcade fut ainsi supprimée au bénéfice d’une construction en arcs et en voûtes (coupoles sur pendentifs). Ce fut l’origine de l’architecture byzantine dont nous avons signalé la liberté et qui naquit en Orient, vers le vie siècle.
FIG. 5. — Notre-Dame, à Paris.

Et cette liberté, indiquée encore par l’abandon des ordres grecs, était due aussi aux déformations subtiles du plein-cintre évadé de son encadrement rectiligne. D’où les caprices du fer à cheval, cher à l’architecture arabe, d’où sa métamorphose en angle aigu qui dicta le principe de l’ogive.
Si le style latin était simple, le style byzantin devait être somptueux. C’est l’Inde, c’est la Perse, c’est la Syrie, c’est l’Asie dont il chante le luxe du détail et la magnificence ornementale, tandis que la Turquie, la Serbie, l’Arménie et la Russie représentent exactement son type monumental.
D’autre part, si les fresques peintes par les premiers chrétiens étaient indécises et pauvres, si leur décor poursuivait sans personnalité l’esprit gréco-romain, leurs mosaïques, dans la suite, n’égalèrent point non plus la richesse des mosaïques byzantines, ni leur originalité et, pareillement, toute l’ornementation byzantine d’une stylisation si particulière, large et lourde, audacieusement colorée, d’un goût si oriental (témoin les modernes icônes russes) révèle une nouveauté pittoresque.
Exemples d’architecture byzantine: Sainte-Sophie (fig. 1), à Constantinople; Saint-Front, à Périgueux; Saint-Marc, à Venise.
Style roman (XIe siècle et première moitié du XIIe). — L’architecture romane, simple, puissante et trapue, au décor riche mais sévère, subit à la fois les influences romaine et byzantine. L’arcade qui régit ses lourdes colonnes est demi-circulaire d’où sa solidité, sa gravité et sa pesante solennité.
FIG. 6. — Porle centrale du portail de Notre-Dame de Paris.

Le style romano-ogival ou roman de transition (seconde moitié du XIIe siècle), cumule le plein cintre et l’ogive.
Exemples d’architecture romane: l’église Saint-Pierre, à Moissac, Saint-Germain-des-Prés, à Paris, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, la Madeleine, à Vézelay, Yonne (fig. 4), Sainte-Croix, à Bordeaux (fig. 3), les cathédrales d’Autun, d’Angoulême, etc.
C’est la période dite monacale; l’ère des Troubadours et des Trouvères. Les moines artistes éduquent le peuple avant que naissent les corporations sous l’impulsion des laïques.
Style ogival ou gothique: primaire ou en lancette XIIIe siècle); secondaire ou rayonnant (XIVe siècle); tertiaire dit fleuri on flamboyant (xve siècle et commencement du XVIe).
Il naquit du développement de l’art précédent, dans l’élancement audacieux et léger de l’arcade en ogive. Son expression purement française est d’une éloquence religieuse supérieure et définitive. Les murs pleins du roman s’ajourent. Aux baies étroites se substituent de grandes fenêtres et l’église maintenant resplendit de lumière. Au chapiteau roman, historié, allégorique, de faible relief sous un large tailloir oppresseur, succèdent des feuillages sculptés, plus ou moins épanouis et libres.
Le clocher roman était plutôt bas (il consistait en un cône ou une pyramide généralement en pierre), le clocher gothique sera, au contraire, haut, élégant et fin. Des colonnettes remplaceront les lourds piliers et, de ces colonnettes, jaillira la nervure des voûtes. A la délicatesse de toutes les moulures différentes entre elles, répondra celle des arcs-boutants ajourés, en place des massifs contreforts précédents. En un mot, l’architecture gothique fait l’effet d’une merveilleuse dentelle de pierre. Exemples d’architecture gothique: Notre-Dame-de-Paris (fig. 5 et 6), les cathédrales de Chartres, de Reims (cette dernière si odieusement maltraitée par le tir à longue portée des batteries allemandes en 1914), de Beauvais, d’Amiens, de Tours, de Rouen.
FIG. 7. — Entrée du Musée de l’Hôtel de Cluny, à Paris.

Les Styles du moyen âge: l’architecture
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D’une manière générale, au moyen âge, époque où régnait la guerre, la demeure était surtout pittoresque et fantaisiste. L’idée de se défendre étant dominante, faute du terrain que les fortifications restreignaient, on dut se rattraper sur la hauteur des maisons. Aussi bien, par suite des circonstances économiques, les rez-de-chaussée étaient construits en pierre, tandis que les étages supérieurs le furent en bois et s’avancèrent en encorbellement sur la rue, surtout au xve siècle. C’est-à-dire que les pièces du haut étaient plus grandes que celles du bas sur lesquelles elles faisaient saillie. Disposition favorable à l’écoulement des eaux pluviales qui tombaient ainsi, directement, du toit couvert d’ardoises dans un ruisseau tracé au milieu de la rue. Celle-ci, fatalement étroite, mesurant la vue du ciel en haut, d’autant que les maisons, placées face à face, se touchaient presque à leur extrémité supérieure.
FIG. 8. — Musée de l’Hôtel de Cluny, bâtiment latéral gauche, dans la cour intérieure.

Ces constructions, où les montants, les traverses, les poutres en bois apparaissent, lorsqu’ils n’étaient pas maçonnés ou cloisonnés de briques, étaient coiffées d’un vaste toit, très incliné, hors de proportion, même, avec les murs latéraux; lequel toit formait un pignon aigu supporté par deux madriers taillés en ogive. Des boutiques avec volets à rabattement étaient installées au rez-de-chaussée et, l’escalier intérieur, très étroit, se déroulait dans une tourelle extérieure à laquelle répondaient, sans souci symétrique, d’autres tourelles également en saillie qui servaient d’oratoire aux passants. Quant aux fenêtres, primitivement crénelées à l’époque féodale, elles sont couronnées d’un arc en plein cintre, à l’époque romane et, après, elles sont coupées de meneaux verticaux et horizontaux. Rares dans la région du Midi, à cause du soleil, les fenêtres ne s’ouvrent pas dans les pays du Nord, à cause du froid.
Mais les documents nous manquent jusqu’au XIIe siècle et, surtout les monuments officiels, si l’on peut dire. Les basiliques, cathédrales, églises, halles, hôtels de ville et beffrois, qui nous demeurent en témoignage des lointains âges, ainsi que les enceintes fortifiées, portes de villes, etc., ne nous renseignent qu’approximativement sur la demeure de nos ancêtres. Le style décoratif, en revanche, des vestiges du passé ne saurait nous échapper. Que les ruines soient grecques ou romaines, romanes ou gothiques, elles parlent d’elles-mêmes malgré leur vétusté, et l’on peut arriver à reconstituer l’ornementation intérieure de ces ruines pourvu qu’un débris de chapiteau, que le moindre morceau de moulure subsiste.
La vieille forteresse du moyen âge, aussi bien, à unique salle coupée de tapisseries, ne nous donne guère qu’une impression exceptionnelle de l’habitation d’alors. Fossés, pont-levis, murs crénelés, autant de farouches évocations sans souci d’une esthétique féconde et positive, et, à l’intérieur, le froid dallage, la haute cheminée en pierre, les poutres apparentes des plafonds, doivent seuls arrêter notre rapide course à travers un domaine plutôt hypothétique qui, d’ailleurs, ne nous concerne qu’accessoirement ici. Nous compléterons pourtant ces détails, lorsque nous en arriverons à traiter de l’architecture sous la Renaissance, car c’est plutôt par déduction que l’on évoque logiquement les époques sommaires et douteuses. Comment, au surplus, pourrions-nous nous arrêter sérieusement à l’idée d’une installation intime et harmonique avant le xve siècle, époque où des meubles déterminés nous demeurent témoins irréfutables et palpables d’un soupçon de confort et de vie rassérénée?
FIG. 9. — Église Saint-Maclou, à Rouen.

Notre plan, d’ailleurs, ne doit point s’écarter de sa visée pratique, et il importe de mesurer notre coup d’œil rétrospectif, en amont de notre sujet principal, à la stricte utilité. Restons-en donc particulièrement, à la maison à encorbellement, à pignon sur rue, dans laquelle nous apercevons les premiers meubles.
Les styles du moyen âge: le mobilier
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Nous savons que les meubles du début sont inséparables de l’architecture. Ils en ont l’allure massive ou l’élancement; la structure et l’ornementation. Leurs pieds droits, gravés de moulures verticales, leurs colonnettes, sont autant de rappels architectoniques en réduction. Les ferrures et pentures précèdent aux XIIe et XIIIe siècles, la sculpture sur bois qui sera particulièrement brillante aux XIVe et XVe siècles. En attendant, des peintures, encore, des ornementations de cuir gaufré et doré agrémentent des constructions rigides. Les meubles sont réduits au coffre ou bahut; les sièges moins nombreux que les bancs, affectionnent la forme d’un X. Puis, à la période gothique, sans cesser cependant de demeurer architecturale, nous verrons la sculpture monumentale fouiller à profusion les chaises et chaires, les crédences ainsi que le lit qui, devenu immense, dominera.
FIG. 10. — Stalles (fragment) de style ogival_(Cathédrale d’Amiens).

Le coffre roman comme la chaise gothique (fig. 11) sont à rapprocher du style de leur église et de leur cathédrale. Ils leur ressemblent et, quant à la beauté diverse de ces meubles, elle frappera mieux que des mots dans la vision de nos gravures préliminaires. C’est en examinant des images soigneusement choisies que le lecteur se fera une opinion générale et personnelle des chefs-d’œuvre de tous les arts sur la base desquels, à travers des idéals divers, la beauté s’est renouvelée. Et, en ce qui concerné le meuble, surtout aux époques ogivales, secondaire et tertiaire, que nous parcourûmes aussi rapidement que l’architecture du même temps, nous ne manquerons pas d’y revenir aussi, d’autant qu’alors nous touchons à une transition où s’associent les éléments gothiques et classiques.
Après quoi, nous aborderons l’étude générale et plutôt historique de la Renaissance, époque où l’essor du génie a été particulièrement muable et rayonnant dans une société en pleine révolution intellectuelle. Mais il nous a fallu rendre hommage auparavant, répétons-le dans notre chapitre d’exposition, aux précédentes conquêtes de l’esprit et de la civilisation qui sont comme autant d’échelons vers certaine pureté, à travers le caprice et les mœurs différentes. Il ne faut pas oublier que l’admirable mouvement de la Renaissance, où communièrent les joies esthétiques les plus rares, à la fois artistiques, littéraires et philosophiques, naquit en Italie dès le milieu du XIVe siècle et qu’il s’y développa pendant tout le siècle suivant avant de se répandre dans les autres pays de l’Europe occidentale, de la fin du xve siècle jusqu’à la fin du XVIe.
C’est souligner une longue période d’incubation dont il serait ingrat de pas tenir compte aux artisans de l’apogée glorieuse du XVIe siècle, tout comme il serait injuste d’attribuer au seul roi Soleil la grandeur tout entière du siècle de Louis XIV. Aussi bien les grands styles n’ont-ils été, souvent, que le résultat de coïncidences, de laborieuses et obscures préparations dont l’heure favorable s’enorgueillit au gré d’un désir simplement réactionnaire. Toutefois, il est piquant de revenir sur l’importance directrice de l’art antique dans l’histoire des styles. En effet, sans parler du style Empire, gréco-romain improvisé sur les cendres de la Révolution, voici la Renaissance qui but aux sources de l’Hellade ainsi que le grand siècle et le style Louis XVI, à la fin du tendre XVIIIe siècle.
FIG. 11. — Chaise de style ogival. (Musée des Arts Décoratifs).

Et, sous la Renaissance, l’antiquité inspira originalement, tandis que sous Louis XIV, ce même modèle antique s’imposa classiquement, puis disciplinairement, sans abdiquer toutefois sa personnalité, tandis, enfin, que Napoléon Ier s’asseyait en conquérant, sur le trône de César, en hâte francisé.


CHAPITRE II
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Les origines de la Renaissance, en Italie et en France. — Les précurseurs de la Renaissance en Italie.
L’Italie qui avait résisté aux licences de l’art occidental en héritière directe qu’elle était de l’esprit de l’antiquité ; l’Italie, dont seules les provinces limitrophes de l’Orient s’inspiraient passagèrement du style byzantin, tandis que le style latin, issu d’une adaptation de l’architecture gréco-romaine, florissait plutôt dans le Midi; devait revenir avec une prédilection toute naturelle aux traditions de l’art romain.
L’art gothique, d’importation étrangère, n’avait point enthousiasmé les Italiens, alors que l’art roman, plus directement inspiré des constructions romaines, malgré quelques emprunts au byzantin, s’était formé en Lombardie. La révolution qui devait clore historiquement le moyen âge sous le nom de Renaissance, n’étonne point dans ce pays de la tradition, dont l’empressement à renvoyer le système architectonique de l’art gothique aux lignes verticales prédominant sur les lignes horizontales, marque le premier geste de révolte.
Ce fut donc en Italie, plus essentiellement à la fin du XVe siècle et dans la première moitié du XVIe, et d’une manière générale depuis la prise de Constantinople par les Turcs — du milieu du XVe siècle à la fin du XVIe, — que s’épanouit la fastueuse Renaissance.
De là elle se répandit en France puis en Allemagne, ne gagnant que plus tard l’Espagne et la Hollande.
Ces divers pays devaient néanmoins puiser chacun, à divers degrés d’intelligence et de goût, dans le trésor révélé. Suivant la mentalité de la race où elle germa, la Renaissance, en effet, revêtit des atours différents et cela n’est pas un des moindres agréments et bénéfices de sa beauté. Autant le gothique français avait été sobre et léger, autant le gothique allemand s’alourdissait de détails et, pareillement l’Espagne, plutôt esclave de la bizarrerie mauresque, ne parvenait pas à imiter l’élan de notre grâce, non plus que l’Angleterre avec ses simplifications empreintes de sécheresse. Au surplus, si l’on prend à témoin la cathédrale de Milan, à laquelle des architectes allemands, normands, français et italiens, s’employèrent, le manqué d’unité de son plan ne place point la «huitième merveille du monde», au-dessus de notre cathédrale de Reims, par exemple, d’une pure harmonie française.
FIG, 12. — Jubé de Limoges.

S’il est vrai que les styles s’expriment chacun selon leur cœur et leur langue nationale, il faut cependant concéder à la France d’où partit généralement l’exemple, la supériorité de son éloquence. D’ailleurs si, pour une fois, la Renaissance échappa à son inspiration initiale, nous verrons combien la France fit sienne et avec quel mérite éclatant, la création italienne.
Il existe dans l’art de la Renaissance italienne comme un reflet de cette race. Quelque maniérisme, quelque tourmente dans la forme qui, avide de souplesse se dérobe volontiers, quelque crudité dans la couleur assoiffée de tons, quelque ciselure excessive due à une habileté effrénée, à une imagination surabondante.
Chez nous, le goût domine dans la sobriété. Le goût est d’essence française. Voyez plutôt un Palladio opposé à un Pierre Chambiges. Voyez un Vignole, longtemps regardé comme le législateur suprême de l’architecture, à côté d’un Philibert Delorme.
Il semble qu’à la longue, le sourire affecté de la Renaissance italienne serait lassant, tout comme le ciel bleu d’Italie, tandis que la Renaissance française alterne avec plus de tact la gravité et le sourire, en harmonie avec les gris de sa nue.
La Renaissance italienne, en vérité, nous a légué un art de parade dont nos jours peinent encore à se libérer.
Mais, pour l’instant, la Renaissance naît au pays de Dante et nous avons indiqué les raisons sentimentales qui dictèrent aux Italiens le retour à l’esprit antique, au nom de la tradition. On a fait justement remarquer, au surplus, que, dès la fin du XIVe siècle, Orcagna avait enthousiasmé ses contemporains par les immenses arcades cintrées dont il avait décoré la «Loggia dei Lanzi» à Florence et, de même Brunelleschi, né en 1377, malgré qu’il ait collaboré avec un grand talent à Sainte-Marie-des-Fleurs, d’architecture ogivale, se fit non moins remarquer par la manière antique dont il para les palais des Strozzi (cul-de-lampe de ce chapitre) et des Ricardi, à Florence. Sans compter que le palais Pitti, pour avoir été commencé encore par Brunelleschi, n’est pas moins décoré à l’antique, et pareillement Alberti et le Rosselino, à Rome, Lombardi, à Venise, Rimini et Alberti, à Milan, Omodeo, à Pavie, s’inspirent des mêmes principes d’innovation.
FIG. 13. — Cheminée (XVe siècle), au Musée de Cluny.

Bref, la Renaissance eut surtout l’avantage de choisir et de perfectionner les chefs-d’œuvre précédents, mais il importe de démêler avec quelle fantaisie et quel art, malgré qu’elle ait failli à l’originalité du moyen âge.
La Renaissance, c’est Giotto qui substitua l’expression, le sentiment et la vie à la raideur et à l’âpreté des formes byzantines! C’est Giotto inventant le style en peinture et donnant les plans du campanile, si élégant, si pur, qui se dresse à côté de la cathédrale de Florence.
La Renaissance, c’est Dante dans Florence encore, sa ville natale, c’est Arnolfo di Cambio ou di Lapo, citoyen de Toscane. Le premier génie à qui l’on doit la plus haute expression poétique du christianisme, le second dont la cathédrale de Florence marque la première étape de la noble réaction qui nous occupe, du plein cintre contre l’ogive.
FIG. 14. — Lit (fin du xve siècle), Musée des Arts Décoratifs.

Et cependant la construction de Sainte-Marie-des-Fleurs remonte à la fin du XIIIe siècle. Dès cette époque, déjà, le combat entre l’église d’Orient et celle d’Occident s’engage, et rien n’apparaît plus louable que la lutte de l’Italie contre l’importation étrangère, de Rome contre Constantinople au nom de son originalité séculaire.
Plus tard, progressivement, le goût de l’Architecture et de tous les chefs-d’œuvre de l’antiquité amena les artistes dirigés par les philosophes, les poètes et les savants, à de pieuses exhumations que le christianisme avait interdites. C’est ainsi que l’art païen s’opposa à l’art chrétien, dans l’architecture d’abord; l’architecture étant l’art le plus complet, d’où tous les arts dérivent après qu’elle les a tous mis à contribution.
Aussi bien la Renaissance résulte d’un bouleversement unanime des mœurs, d’un ensemble d’aspirations nouvelles, d’un changement d’esprit. Les temps inquiets de la féodalité avaient créé un art guerrier, nomade. L’écorce était rude de ces hordes et de cette soldatesque plus occupée à défendre la noblesse qu’à en acquérir. La culture intellectuelle, à ce prix, presque abandonnée, ne s’excusait que dans la force physique, et le château-fort eût méprisé le château de plaisance appelé à le remplacer. Le charme et l’élégance devaient ainsi succéder normalement dans un ciel riant, dans l’air frais, à une ère farouche. Tout comme le XVIIIe siècle sera une époque de détente après un XVIIe siècle rigide, la Renaissance dont la grâce n’est pas sans analogie avec cet alanguissement, marqua d’un arc-en-ciel la nue dégagée.
Les philosophes du XVIIe siècle se rencontreront plus tard, ainsi, avec ceux du XVIe qui communient maintenant d’espoir dans une histoire et une littérature rénovées.
FIG. 15. — Dressoir (Musée de Cluny).

Toutefois, un auxiliaire inédit intervient sous la Renaissance: les protecteurs. Ceux-ci, des princes, des papes, voire des banquiers, témoin Agostino Chigi, exaltent le génie avec le plus noble empressement et les riches marchands comblés par l’essor florissant de leur commerce, emboîtent le pas. De cette flatterie générale résulte une émulation fertile en chefs-d’œuvre. Sous ces bienfaisants auspices, les peintures, les sculptures élaborées dans le calme, débordent dé sérénité.
La bienveillance de ces protecteurs, renouvelés des prodigieux moines des XIe et XIIe siècles, est ainsi payée de gloire par un art né d’une vocation qui s’exerce comme un sacerdoce. En dehors de l’action particulière des Gonzague, à Mantoue, des Médicis, à Florence, des Visconti et des Sforza, à Vérone; les papes Alexandre VI, Jules II et Léon X, daignent favoriser l’épanouissement artistique dans leur patrie. L’art, considéré comme d’essence à la fois divine et royale, resplendit. On se dispute ses produits et leurs auteurs, que des concours, établis de ville en ville, sollicitent. Architectes, peintres et sculpteurs collaborent étroitement au chef-d’œuvre. Commémorations laïques ou religieuses embellissent tour à tour les églises et couvents, les hôtels de ville. Comblés d’or et de titres, les artistes ne seront jamais autant choyés, leur génie demeurant libre comme leur foi; leur désinvolture même, leur gaminerie, à l’égard des grands, trouvant toujours son excuse en échange d’un peu de beauté.
Le moine Jérôme Savonarole sera mis à mort pour avoir voulu combattre l’esprit profane de la Renaissance florentine (vers la fin du XVe siècle) et, auparavant le culte de l’antiquité s’imprégnera de naturalisme avec Fra Filippo Lippi, avec Masaccio, tandis que l’idéal religieux produira un grand maître: Fra Angelico da Fiesole, et que les chastes madones de Raphaël resplendiront d’un charme et d’une pureté où le divin et le réel communieront non moins génialement.
FIG. 16. — Dressoir (Musée de Cluny).

C’est de cette liberté qu’est née la grâce d’un Raphaël à côté de la puissance d’un Michel-Ange, et l’exemple d’un Benvenuto Cellini, tuant quelqu’ennemi entre deux chefs-d’œuvre, se compense du pieux agenouillement d’un Fra Angelico avant que de peindre. Et l’éclectisme de l’Église en faveur des deux gestes, prouve une tolérance dont l’on serait mal venu, en présence du résultat, de critiquer la généreuse bienveillance. Aussi bien, saint François d’Assise et saint Dominique fondent deux ordres: les Prêcheurs et les Mendiants, où l’on enseigne l’art à titre de moralisation, et l’art, en revanche, s’exerce dans les cloîtres et les couvents, dans les églises et les monastères, avec une licence extraordinaire, pourvu seulement qu’il soit admirable et, à cette condition-là, certes, il ne faillit pas.
L’essor unanime des expressions d’art n’est pas moins fécond aux acquisitions nouvelles. Jean et Hubert Van Eyck feront progresser en Flandre la technique de la peinture à l’huile, et le Florentin Finiguerra inventera la gravure en creux sur métal. La révélation de ces procédés arrive à son heure et, sur cette constatation dont nous détaillerons les effets plus loin, nous examinerons les causes et résultats moraux de la Renaissance italienne en France.
Cette répercussion fut violente; malgré qu’elle n’ait opéré que lentement. Elle se présenta plutôt sous les dehors d’une transition qui est précisément l’expression flamboyante de l’art gothique dont nous avons signalé l’analogie de grâce et d’esprit, moins la mesure, avec la période de Renaissance. «Jusqu’à la fin du xve siècle, écrit judicieusement Henry Havard (Les Styles), elle (la période flamboyante, qui avait commencé sous le règne de Charles VII, atteint son point culminant sous Louis XI et continué sa riche manifestation sous ses deux successeurs immédiats) régna en maîtresse, et même à l’aurore du XVIe siècle, elle inspirait encore les architectes de Meillant, de Gaillon et de Blois.» Et, nous ajouterons à cette énumération qui vient à l’appui de la thèse d’une lente substitution et tout au moins prouve que la révolution architectonique de la Renaissance ne fut ni immédiate ni unanime: l’église Saint-Eustache, à Paris (fig. 17), de style bâtard (mi-gothique, mi-renaissance), l’hôtel Bourgtheroulde, à Rouen, l’abside de l’église Saint-Pierre, à Caen (fig. 25). Au surplus, une partie de l’église de Brou, celles de Gisors et de Villeneuve-le-Roi, et tant d’autres édifices encore, portent la marque d’un style de transition, dont le meuble, fatalement, devait subir l’intéressante incertitude.
FIG. 17. — Portail de l’église Saint-Eustache, à Paris (façade méridionale).

Toutefois, la Renaissance fut pour nous une révélation et notre enthousiasme ne semble avoir été retardé que par notre désir d’une mise au point bien nationale. Si l’Italie avait été pour l’art moderne une Grèce nouvelle, la France protégea cet art moderne de bonne heure, le rappela dans son sein où il a peu grandi, il est vrai, mais d’où il a mieux dominé le monde.
Ce furent les guerres d’Italie qui nous amenèrent à contempler la beauté à l’étranger, au XVIe siècle, sous la conduite de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier, et nous induisirent à la beauté nouvelle. Du moins, ces princes émerveillés ne rêvèrent-ils plus que de l’art gréco-romain rénové chez nos voisins et mis par eux, avec tant de fantaisie et d’esprit, au goût du jour.
FIG. 18. — Chapiteau renaissance, bois sculpté (Musée des Arts Décoratifs).

Cependant, si l’Italie devait détacher la France des traditions du moyen âge à l’heure où notre art ogival s’altérait, il ne faut pas oublier que l’influence flamande, d’où notre génie national dégagea aussi une personnalité des plus attachantes, nous toucha antérieurement de sa grâce sensible et vivante. Les ducs de Bourgogne, aux XIVe et XVe siècles, précédèrent, en effet, l’exemple des rois du XVIe en détournant nombre d’artistes des villes flamandes où ils brillaient. Ce fut là l’origine de l’école française de Tours qui, au XVe siècle, affirma une originalité profonde avec le peintre Jean Fouquet (de 1415 à 1480?) et avec le sculpteur Michel Colombe (de 1431 à 1512?)
Or, Colombe avait étudié à Dijon les dessins du Flamand Claux Sluter, auteur avec son neveu, Claux de Werve ou de Vousonne, du fameux Puits de Moïse et, de même, lesJean de Bruges, les Hennequin de Liège, les André Beauneveu, de Valenciennes, peintres et sculpteurs flamands, appelés à la cour de France par les ducs d’Anjou, de Berry, d’Orléans, furent les premiers artisans de notre propre gloire.
Dijon et les bords de la Loire témoignent de ce mouvement artistique mémorable où la Flandre et la Bourgogne communièrent, avant d’emprunter à l’Italie, en une Renaissance franco-flamande.
Mais retournons au XVe siècle, en France, où nous contemplons l’éclosion d’une civilisation nouvelle, d’une société «rafraîchie» d’après l’exemple ou mieux, d’après la vision italienne. C’est aussi le signal d’une émancipation que Viollet-le-Duc décrit ainsi «... un sentiment démocratique prononcé, une haine de l’oppression qui se fait jour partout, et, ce qui est plus noble, ce qui est un art digne de ce nom, le dépassement de l’intelligence des langes théocratiques et féodaux». Il n’y a point, en effet, que le spectacle de la patrie de Dante qui nous ait impressionnés. D’autres facteurs importants intervinrent dans cette émotion. Les découvertes maritimes, d’une part, accusées par les progrès de la navigation et de l’autre, les victoires nouvelles de l’esprit: après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (1492), celle de l’imprimerie, sans oublier les perfectionnements de la science et de la musique, devaient contribuer matériellement et intellectuellement à l’essor que nous examinons, à la brillante métamorphose qui va suivre.
FIG. 19. — Colonnes Renaissance.

Aussi bien, les échanges du commerce, favorisés par la navigation, propagèrent d’autres bienfaits et, le luxé notamment, qui développa le goût de la rareté, naquit de cette rivalité des fruits internationaux savoureusement disputés. Les richesses de l’esprit, enfin, n’envièrent rien à l’activité des industries d’art, dans la propagation de l’instruction et de l’éducation par la diffusion des langues et des mœurs. Et ce fut un rayonnement que l’histoire a décomposé en trois périodes, la première représentée par le règne de Louis XII, la seconde par le règne de François Ier et la troisième par le règne de Henri II.
Au résumé, en attendant que le début du XVIe siècle amène les arts d’Italie en France, protégés par Louis XII et Georges d’Amboise, en attendant encore que dans le sein de sa cour galante, lettrée, chevaleresque et frivole, François Ier poursuive l’appel en France des artistes et savants étrangers, il nous faut évoquer encore une fois le nom de Dante dont le prodigieux poème intitulé : la Divine Comédie, impose la réflexion.
Nous avons saisi la transition entre la recherche mystique et gracieuse du moyen âge et la rigidité antique, dont les premiers Florentins nous servirent la gloire. La Divine Comédie, maintenant, nous semble l’expression de la bataille ardente, gigantesque, effrayante, du génie grec-chrétien et du christianisme juif. C’est la lutte convulsive du moyen âge expirant et de l’ère moderne grandissante avec le pâtre Giotto qui créera la peinture moderne, tandis qu’une langue nouvelle, qu’une poésie inédite jailliront. C’est la barbarie du Nord et la grâce de la civilisation hellénique mais chrétienne voulant refleurir sur son sol.
Ajoutons maintenant, aux noms déjà cités parmi les apôtres de la première Renaissance italienne dont le berceau fut Florence, ceux, au XVe siècle, des architectes:
FIG. 20. — Colonne dite Française.

Marco di Campione, auteur de la Chartreuse de Pavie, Ben Majano et Cronaca à qui l’on doit le palais Strozzi et Michelozzo le palais Riccardi; Alberti, qui perfectionna la manière de Brunelleschi et donna à Mantoue les basiliques de Saint-Sébastien et de Saint-André. Puis, en passant rapidement sur les sculpteurs André, Nicolas et Jean de Pise qui travaillèrent aux XIIIe et XIV6 siècles, au baptistère et à la cathédrale de Pise ainsi qu’au baptistère de Florence, tandis qu’aux mêmes époques, les peintres primitifs comme Cimabué, le maître de Giotto et Giotto déjà nommé, Duccio, Simone Martini dit Memmi, Fra Angelico, se dégageaient de la tyrannie byzantine, nous en arrivons à la fin du XVe siècle.
C’est la seconde période de la Renaissance,la plus brillante, dont le siège sera à Rome ainsi que durant tout le XVIe siècle. Les architectes précédents qui s’étaient acheminés vers une sobriété où sombraient peu à peu les éléments de l’art ogival, vont maintenant, avec Bramante (1444-1514), retourner nettement aux ordres antiques. Bramante fut l’un des architectes les plus habiles de la Renaissance en Italie. On lui doit la belle coupole de Sainte-Marie-des-Grâces, à Milan, sa patrie, la façade du palais Giraud, à Rome, ainsi que le plan de Saint-Pierre et l’harmonieux et élégant palais de la Chancellerie.
Du côté des sculpteurs, au xve siècle, nous voyons Lorenzo Ghiberti (1378-1455), auteur des précieuses portes du baptistère de Florence (nord et est), sa ville natale, et architecte, d’autre part, du Dôme de Florence. Puis, Donatello (1386-1466) dont le réalisme est admirable (fig. 88); Verrocchio (1435-1488), auteur de la belle statue équestre du condottiere Coleoni (fig. 87) et Luca della Robbia (1400-1452), dont les bas-reliefs émaillés et polychromes sont particulièrement remarquables (en-tête du chapitre IV). Quant aux peintres, ils se réclament de différentes écoles. C’est, dans l’école Florentine, Botticelli (1447-1510), distingué, élégant et mièvre, d’une exquise étrangeté ; c’est Fra Filippo Lippi (1412-1469); Masaccio (1401-1428); Domenico Ghirlandajo (1449-1498); c’est Benozzo Gozzoli (1420-1498). Dans l’Ecole ombrienne ou romaine, domine Pietro Vannucci dit le Perugin (1446-1524); dans l’école de Padoue: Mantegna (1431-1506) et, dans l’Ecole vénitienne: Carpaccio, les Bellini. Chacune de ces écoles, auxquelles il convient de joindre les écoles milanaise, padouane, génoise, etc., a son caractère, son esprit, sa couleur et, c’est l’instant de constater que si l’art de l’Architecture fut particulièrement célébré à la période gothique, c’est maintenant la Peinture qui est davantage florissante. Nous noterons ici, que les premiers peintres italiens: Cimabué, Taffi, Giotto, Paolo Ucello, Massolino, Masaccio, etc., jusqu’à Andrea Castagno, exclusivement, ne peignirent qu’à fresque ou en détrempe et que les premiers sculpteurs, revenus aux traditions de l’antiquité, modelèrent d’abord des bas-reliefs.
FIG. 21. — Panneau d’armoire.

En attendant que nous parlions du XVIe siècle en Italie et en France, époque où la Renaissance fut essentiellement radieuse, nous poursuivrons en Europe notre rapide examen de l’Art aux mêmes temps que ceux que nous venons d’examiner en Italie.
Chez nous, au xve siècle, nous suivons à peu près la même direction que les peintres flamands, surtout dans le portrait, et ce n’est qu’au XVIe siècle que l’école des Italiens, le Primatice en tête, nous inspirera. En Flandre, on cumule le réalisme avec un reste d’attachement aux traditions byzantines. L’école des Van Eyck domine, au XVe siècle, avec une intensité de vie et de couleur remarquable: c’est après Memling, gracieux et ingénu, Van der Weyden, harmonieux et charmant, Thierry Bouts, Van der Goes, artistes de moindre envergure. Puis, au XVIe siècle, fatalement on inclinera, mais partiellement, à l’imitation italienne.
FIG. 22. — Panneau d’armoire, faisant pendant au précédent, dans le même meuble.

En Allemagne, l’influence des Van Eyck demeure encore sensible, mais les deux grandes écoles de Cologne (XVe siècle) avec Martin Schongauer, Stephan Locher, et de Nuremberg (XVIe siècle), triomphent bientôt dans la personnalité. A. Dürer, qui se réclame notamment de cette dernière école, unit généralement le paganisme italien et le mysticisme allemand. En Espagne, l’imitation du Caravage entraîne la peinture dans une réalité d’expression brutale après avoir été plutôt encline au mysticisme de l’influence napolitaine.
Et cependant, de grands maîtres espagnols se mesurent encore dignement avec les Italiens et les Allemands: ce sont des portraitistes comme Pantoja de la Cruz, le Greco, Sanchez Coello et, dans la peinture religieuse: Luis de Vargas, Joanes, Moralès.
Quant à l’Angleterre, elle imita longtemps les peintres étrangers et, à l’heure qui nous occupe, elle poursuit son œuvre sans guère d’originalité. Dans la miniature, cependant, le nom d’Isaac Olivier est à retenir pour la grâce de ses portraits.
Nous aurons l’occasion de revoir quelques-uns de ces grands noms au cours de notre travail. Mais nous devrons toujours nous limiter jalousement à notre programme pour ne pas nous égarer dans le domaine de l’histoire de l’art qui tente à chaque instant notre plume. Sachons donc nous borner à l’art de reconnaître les styles, en touchant aux à-côté avec la stricte utilité de notre but d’enseignement pratique, en nous efforçant de dénouer l’écheveau touffu des écoles, des mouvements d’idées, des modes et caprices, des évolutions, réactions et progressions, qui aboutirent à fixer des types éternels.
C’est ainsi qu’au chapitre suivant, avant d’entamer plus à fond l’étude de la Renaissance en Italie et en France, conjointement, pour solidariser autant que possible notre démonstration générale, nous insisterons sur le style gothique des XIVe et XVe siècles que nous esquissâmes seulement. Ainsi se dégagera plus nettement, étape par étape — car les époques secondaires et surtout tertiaires du gothique nous ménagent, répétons-le, une intéressante transition — l’arc-en-ciel de la Renaissance, à travers les nobles contagions du Beau dont les différences sont autant d’idéals cristallisés.

Pulsuz fraqment bitdi.