Kitabı oxu: «Valombré»
Étienne de Senancour
Valombré

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066332143
Table des matières
VALOMBRÉ. COMÉDIE.
ACTE PREMIER. SCENE PREMIÈRE. CELIMENE, JULIE.
SCÈNE II. CELIMENE seule.
SCÈNE III. CELIMENE, DORIMOND s’approchant en chasseur.
SCÈNE IV. LES PRÉCÉDENS ET UNE TROUPE DE PAYSANS.
SCÈNE V. CELIMENE, DORIMOND.
SCÈNE VI. CELIMENE seule.
SCENE VII. CELIMENE, JULIE.
SCÈNE VIII. DORVILLE, CELIMENE, JULIE.
SCENE IX. DORVILLE seul.
ACTE II. SCÈNE PREMIÈRE. VALOMBRÉ, DORVILLE.
SCÈNE II. VALOMBRÉ, DORVILLE, PICARD.
SCÈNE III. VALOMBRÉ, DORVILLE.
SCÈNE IV. VALOMBRÉ, PICARD.
SCÈNE V. VALOMBRÉ, DESPRÉS.
SCÈNE VI. VALOMBRÉ, DESPRÉS, PAYSANS des environs venant complimenter Valombré. Germond à leur tête porte la parole. Valombré va à eux.
SCÈNE VII. LES PRÉCÉDENS, PICARD.
SCÈNE VIII. GERMOND, LES PAYSANS.
SCENE IX. DORVILLE amené par JULIE sans rencontrer ceux qui sortent.
ACTE III. SCÈNE PREMIÈRE. CELIMENE seule.
SCÈNE II. CELIMÈNE, JULIE.
SCÈNE III. CELIMENE, VALOMBRÉ, DORVILLE, JULIE s’écartant vers le fond du théâtre.
SCÈNE IV. VALOMBRÉ, CELIMENE, JULIE dans le fond.
SCÈNE V. LES PRÉCÉDENS, DORVILLE, DESPRÉS, ANGELIQUE.
SCENE VI. DESPRÉS, ANGELIQUE.
SCÈNE VII. JULIE, PICARD
SCÈNE VIII. DORVILLE laissant sortir Julie avec Picard et les évitant
ACTE IV. SCÈNE PREMIÈRE. ANGELIQUE seule. (Genre de M lle Lange.)
SCÈNE II. ANGELIQUE, DUBOIS.
SCÈNE III. ANGELIQUE, DUBOIS, CELIMENE, JULIE.
SCÈNE IV. ANGELIQUE, DUBOIS. ANGELIQUE.
SCÈNE V. VALOMBRÉ, DESPRÉS, ANGELIQUE, DUBOIS.
SCÈNE VI. LES PRÉCÉDENS, PICARD.
SCÈNE VII. VALOMBRÉ, DESPRÉS, ANGELIQUE, DUBOIS.
SCÈNE VIII. VALOMBRÉ, DESPRÉS, ANGELIQUE, DUBOIS, CELIMENE, DORVILLE, DORIMOND.
SCENE IX. LES PRÉCÉDENS, PICARD.
ACTE V. SCÈNE PREMIÈRE. DESPRÉS, ANGELIQUE.
SCÈNE II. VALOMBRÉ, DORVILLE,
SCÈNE III. VALOMBRÉ, CELIMENE.
SCÈNE IV. VALOMBRÉ seul.
SCÈNE V. VALOMBRÉ, DESPRÉS, ANGELIQUE.
SCÈNE VI. LES PRÉCÉDENS, DORVILLE.
COMÉDIE
EN CINQ ACTES ET EN PROSE,
PAR Mr
CHI
Rue des Vieux-Augustins, No. 50.
A PARIS.
MICH
TIENT un assortiment général de Pièces de Théâtre à moitié du prix marqué; il vend et achete toutes sortes de Pièces de Théâtre, à l’étalage, Boulevard Poissonnière, vis-à-vis la rue du Sentier, le long de la grille de la maison bourgeoise.
1807.
VALOMBRÉ.
CELIMENE.
DORVILLE, Frère de Valombré.
DESPRÉS, ami de Valombré.
ANGELIQUE, Fille de Després.
DORIMOND.
JULIE, Femme de chambre de Celimene.
DUBOIS, ancien Domestique de Després.
PICARD, Domestique de Valombré.
GERMOND, l’un des Fermiers de Valombré.
La SŒUR de GERMOND.
PAYSANS.
Partie d’un parc. Deux issues conduisant vers la Maison, qu’on peut laisser appercevoir à quelque distance. Une place propre à s’asseoir auprès de quelques arbustes fleuris. De grands arbres donnant un bel ombrage. Une percée qui laisse voir des lointains. Que le site, en général, soit au moins pittoresque, sans trop ressembler à ce qu’on appelle vulgairement jardin anglais.
VALOMBRÉ.
COMÉDIE.
Table des matières
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIÈRE.
CELIMENE, JULIE.
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JULIE.
VOUS allez donc m’expliquer quel motif peut, si matin, nous amener ici. Se lever presqu’avec le jour, comme le peuple! on en parlera.–Enfin, Madame, vous avez vu l’aurore. Comme c’était beau! Le ciel… un côté rouge...., un côté sombre, un air frais à ravir...., et beaucoup d’oiseaux qui faisaient leur prière du matin.– Mais c’est un ridicule que vous vous êtes donné là.–Ah, Madame! comme vous avez les pieds humides! Que dire au Docteur? il vous abandonnera.–Aussi c’est d’une imprudence....
CELIMENE.
Il faut sur tout ceci le plus grand secret.
JULIE.
Sur quoi? sur l’aurore?
CELIMENE.
Vous déraisonnez.
JULIE.
Je ne sais que ce que les oiseaux ont dit. Je vous promets que je ne le répéterai pas.
CELIMINE.
Mais ce que je te dirai?
JULIE.
Oh! pour cela!
CELIMENE.
Oui, quelquefois tu sais te taire.
JULIE.
Quelquefois!.....
CELIMENE.
C’est déjà beaucoup. D’ailleurs je ne suis pas exigeante. Continue à jaser quand je dois n’en rien savoir, et à te taire quand le secret t’intéresse toi-même; tu seras une femme discrète.
JULIE.
Qui est-ce qui a pris la peine de vous instruire ainsi sur mon compte?
CELIMENE.
C’est donc à peu près cela.–Mais ne perdons pas des heures précieuses. Il me faut du zèle, de l’adresse.
JULIE.
Comptez sur le zèle; et pour l’adresse…
CELIMENE.
Je compte sur tous deux. Ecoute: et fais aujourd’hui tes preuves. Tu connais le maître de cette maison?
JULIE.
Valombré? Oui et non: car chacun le peint à sa manière; quelques-uns comme un homme de bien, d’autres comme un homme assez étrange, un homme à part, un homme qui n’est pas tout à fait de ce monde, et qu’on en devrait chasser; car enfin il manque aux lois, il n’est pas comme les autres.
CELIMENE.
On ne saurait lui refuser des qualités.
JULIE.
Et des ridicules.
CELIMENE.
Même des vertus.
JULIE.
Des bisarreries.
CELIMENE.
On parle beaucoup de lui.
JULIE.
Ah! c’est vrai cela; mais comme d’un original.
CELIMENE.
Enfin l’on vante ses mœurs, sa droiture, peut-être…
JULIE
Sa rudesse. C’est un homme qui a l’impertinence de n’être pas subjugué par les femmes. Deux l’avaient tenté; elles ont échoué. Toutes se sont mises sur les rangs par dépit: il y allait de l’honneur; et tout cela n’a fait d’honneur qu’à Valombré. La confusion est générale: il y en a de furieuses, elles se sont compromises.
CELIMENE.
Précisément. Il faut le vaincre; il faut les venger: je veux mettre un terme à ce triomphe inutile.
JULIE.
Grand dessein! et de plus, voilà le style des grandes choses: mais....
CELIMENE.
Pourquoi?...
JULIE.
Sérieusement?
CELIMENE.
Sans doute.
JULIE.
Permettriez-vous?
CELIMENE.
Parle.
JULIE.
Je doute du succès.
CELIMENE.
On se lasse d’être sévere contre soi-même.
JULIE.
La sagesse succombe; bon: mais les présentions?… La vanité reste, quand la raison s’en va. Le plus sage, on prétend que c’est celui qui travaille le mieux sa folie. Madame, vous échouerez.
CELIMENE.
Il ne s’agit pas de délibérer; c’est un parti pris: il faut réussir.
JULIE.
Il faudrait réussir.
CELIMENE.
Vous êtes déjà découragée?
JULIE.
Non, en vérité. Si l’on n’entreprenait rien que de raisonnable, que ferait-on du temps?–Vous ne réussirez point.–Parlez: je suis prête à vous servir. Agissons; après cela nous réfléchirons.
CELIMENE.
Je rends plus de justice à Valombré. Je l’estime; et ses travers même ont quelque chose que... je n’approuve point; mais que je.... n’oserais condamner. Rien en lui, je l’avoue, ne me paraît odieux ou repoussant.–D’ailleurs, je veux réussir; et quelque heureuse que je trouve mon indépendance, outre qu’elle ne peut durer toujours, il faut tout sacrifier au succès. Si ma main, pour l’enchaîner, est réduite à se donner
JULIE.
L’excellent moyen d’assurer la chaîne que de s’y attacher soi-même!
CELIMENE.
Que veux-tu, s’il n’en est pas d’autre?
JULIE.
Je ne vous croyais pas une volonté si ferme. Jusqu’à ce jour, force projets abandonnés aussitôt que conçus: mais aujourd’hui des résolutions! une persévérance! Grand changement! Mais ne serait-ce pas encore le plaisir de la nouveauté qui vous rendrait pour quelques jours invariable? Ainsi, dans un effort de constance, vous seriez légère en effet, et vous ne tiendriez avec force a votre plan que pour n’en avoir absolument aucun.–Mais, Madame, qu’est devenue cette aimable indolence, cet art de vouloir et de ne vouloir pas, de s’occuper de ce qu’on ne fera point, de passer les jours sans les sentir, de s’amuser trop pour savoir que l’on s’ennuie.
CELIMENE.
Tu perds le temps en vains discours: instruis-moi plutôt de ce qui se passe ici. Quelqu’un a-t-il sa confiance? ne pourrais-tu rien apprendre? tant de choses que j’aurais besoin de savoir! Informes-toi.
JULIE.
Il est trop aimé. Je n’ose interroger les gens de la maison: le plus léger soupçon pourrait tout ruiner.–Un seul cependant.... Je saurai quelque chose, mais cela ne suffira pas.
CELIMENE.
Mais du moins Dorville; j’ai sa parole. Il faut seulement l’instruire du moment que j’ai choisi, et concerter avec lui.
JULIE.
Pour Monsieur Dorville, vous n’en devez rien craindre. En tout opposé à son frère, de sentimens, de goûts, d’opinions… On veut pourtant qu’ils s’aiment. Le plaisir de contredire! Il y a quelquefois de la sympathie dans l’antipathie: on se rapproche d’autant plus que l’on est moins d’accord; et souvent j’ai vu
CELIMENE.
Va, sous quelque prétexte, trouver Dorville; et tu lui diras que la fête que donne Valombré rendant ces lieux ouverts à tous et à toute heure, j’ai choisi ce jour. Qu’il prépare son frère à l’entretien que je veux avoir, qu’il le sonde, qu’il dispose tout, et m’apprenne ce que je puis m’en promettre.–Je reste dans cet endroit retiré du jardin: à cette heure, personne ne viendra, je pense. Tu ne tarderas pas sur-tout.
JULIE.
Je reviens aussitôt.
SCÈNE II.
CELIMENE seule.
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CELIMENE.
S’ILS m’avaient entraînée dans une fausse démarche? car enfin Valombré prudent, assez indifférent, et se piquant sans doute de se soustraire à des lois qu’il n’a pas encore subies...–Dorville a toute la confiance d’un homme aimable. Parce qu’il sait plaire, il se flatte de réussir à tout. Il n’a jamais rien craint, si ce n’est le ridicule. Fait pour la société, forme dans les cercles, docile à l’usage, instruit sans étude, trop spirituel pour être conséquent, trop sensé pour avoir des principes; fixé à notre char, il l’entraîne à son gré: il paraît nous être des plus soumis; mais; ai bien peur qu’au fait, ce ne soit lui qui nous conduise. Son art pour mieux persuader, c’est d’engager à ce que l’on desire. Il m’a décidée sans peine: déjà je....
SCÈNE III.
CELIMENE, DORIMOND s’approchant en chasseur.
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DORIMOND.
Vous ici!–D’honneur je ne m’attendais pas...–J’aime la chasse par goût pour les hasards, les rencontres; mais jamais rien de si heureux....–Je suis sur pied dès le matin: le gibier a ses jours; nous sommes quatre, et nous n’avons pu trouver une pièce.–J’avais pris seul de ce côté. ar humeur j’entre dans le parc le voyant ouvert: la fortune rit des surprises qu’elle nous ménage.–Mais pourrait-on savoir?.... Il ne faut pas s’informer?…
CELIMENE.
Des circonstances particulières, que vous saurez
DORIMOND.
On pourrait conjecturer: mais je suis discret… Il me souvient.... Non, non, je ne veux rien savoir.
CELIMENE.
Comment?
DORIMOND.
Le souper chez Lucile... J’ai deviné, avouez-le. Oh! j’aime le mystérieux. Mais je serai du dîner, je m’y invite: et s’il vous fallait quelque appui, vous me verriez des premiers, aimable Celimene!
SCÈNE IV. LES PRÉCÉDENS ET UNE TROUPE DE PAYSANS.
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(Les paysans passent sans voir Celimene et Dorimond; ils se dirigent vers la maison en conversant ou chantant confusément. Derrière eux, mais à leur suite, sont Germond le fermier, et sa Sœur qui s’arrêtent un moment.)
GERMOND.
OH! Monseur Valombré, c’est ben le plus brave homme! Il y a quatre ans qu’à pareil jour, comme j’étais venu avec fout le village, et que je voulais lui parler, et que je me tenais dernier lui, parce que, vois-tu, j’étais bien embarrasse comment ce que je lui parlerais: lui qui est bon là, il a ben vu que j’avais quelque chose à lui demander. Il arrive à moi; et puis comme je lui disais: ah! c’est, monseur, que j’avais une grâce, je vous fais excuse de vous opportuner; mais c’est que je suis si malheureux. Et, mon ami, qui me dit tout de suite avec un ton pas de protection là, mais de bonté, et ce qu’on est opportun quand on est malheureux. Eh ben! Sœur, il ne put pas faire ce que je lui demandais, mais il me parla long-temps, il me fit des questions: il me regardait, et puis il me dit, si je voulais être son fermier, qu’il avait une petite ferme: c’est là où ce que t’as vu que je demeure. C’est pas tout: mais velà le plus touchant. Il m’a ajouté, dit-il, puisque je n’avais rien pour commencer, qu’il me fallait garder les premières années, que je commencerais à lui payer les autres quand je pourrais, Et l’an dernier que j’ai été lui porter de l’argent, il ne voulait pas le prendre, il disait que j’étais pas encore en état.
SA SŒUR.
Si tous les riches étaient comme çà.
GERMOND.
Ah ben oui! ils ne lui ressemblent guères ma foi. Ils sont exigeans! moins ils ont besoin et plus ils pretendre avoir affaire d’argent. Notre pauvre cousin, comme il a été tourmenté, maigre cette sécheresse; son propriétaire c’est un homme si dur!
SA SŒUR.
C’est qu’il est trop riche aussi.
(Ils s’éloignent.)
SCÈNE V.
CELIMENE, DORIMOND.
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CELIMENE.
VOICI une anecdote curieuse du moins par sa nouveauté; un bienfait qui n’a pas trouvé d’ingrats, quoi qu’on en dise.
DORIMOND.
Chez ces bonnes gens L’innocence du village!–Il est d’autres faveurs dont on sait toujours gré. C’est a la beauté qu’il appartient de ne point faire d’ingrats, en se réservant assez injustement le privilège d’être ingrate elle-même.
CELIMENE.
Elle en trouve tous les jours: adorée lorsqu’elle est sévère, oubliée dès qu’elle est sensible. Dorimond, dans ces mutuels reproches, les deux sexes ont toujours raison, parce que tous deux ont de nombreux torts. Sans ces torts, une tendresse uniforme ôterait le plaisir de la variété... Convenez que ce changement vous nuirait beaucoup.
DORIMOND.
Non, je vous jure. Et quoi que vous en puissiez croire, je ne changerais jamais si j’osais espérer.
(Il est presque à ses genoux, et ces derniers mots sont du ton le plus passionné).
CELIMENE.
Mais, Dorimond.
(On entend un coup de fusil. Dorimond se relève étourdiment, prend son fusil et quitte Celimene avec assez d’indifférence.)
DORIMOND.
C’est eux: ils m’appellent.–Pardon, belle Celimene.
SCÈNE VI.
CELIMENE seule.
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CELIMENE.
IL y a loin d’un amour semblable aux passions des amans imprimés. Tout passe de mode. Un Saint-Preux aujourd’hui serait fort plaisant: mais chez nos aïeux!.. D’ailleurs tout cela n’est guères vraisemblable. (Rêveuse) Cependant une passion profonde occuperait le cœur toujours vide sans elle.... Oui c’était fort bon alors.
(Julie paraît.)
SCENE VII.
CELIMENE, JULIE.
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CELIMENE.
EH bien! que se passe-t-il? qu’as-tu fait? Valombré? Tu as vu Dorville? Il a promis sans doute? Tout est, secret sur-tout?
JULIE.
Doucement, Madame, doucement. Je ne puis suffire à tant de questions à la fois, n’ayant qu’une langue dont je tâche de faire un bon usage, mais qui ne répond pas à mon zèle. (Avec lenteur) Voudriez-vous me dire à laquelle de vos questions je dois satisfaire d’abord?
CELIMENE.
Il n’importe.
JULIE.
Vous m’avez toujours recommande l’ordre. En mêlant indistinctement ce que l’on doit dire, on parle confusément, et l’on ne satisfait qu’imparfaitement ceux qu’il faudrait instruire clairement. Pour moi, quand on me charge......
CELIMENE.
Et vous croyez que je suis d’humeur à m’amuser de ce bavardage déplacé?
JULIE.
Ordonnez. Que faut-il dire?
CELIMENE.
Ce que tu as appris.
JULIE.
Si je n’ai rien appris.
CELIMENE.
Qu’as-tu fait?
JULIE.
J’ai vu Monsieur Dorville.
CELIMENE.
Eh bien!
JULIE.
Voici comment. Je m’avisai d’un prétexte... Oh! fort bon; vous en allez juger. D’abord…
CELIMENE.
D’abord.. je t’en dispense.
JULIE. Il faudrait pourtant que vous sachiez…
CELIMENE.
Et je ne veux rien savoir.
JULIE.
En ce cas je n’ai plus rien à dire.
CELIMENE.
En vérité, Julie, vous m’excédez.–Que se passe-t-il chez Valombré? que vous a dit Dorville? Au fait.
JULIE.
Voici le fait.–Monsieur Dorville est assez surpris, m’a-t-il dit, que vous ayez persisté dans un dessein qu’il croyait abandonneé..–Car il nous connaît bien, Monsieur Dorville.–Enfin, il a promis de vous seconder de son mieux. Il disposera l’esprit de son frère, il verra à détruire certaines impressions qui pourraient avoir quelque chose de défavorable.
CELIMENE.
Qu’est-ce que vous voulez dire?
JULIE.
D’après les préventions de Monsieur de Valombré.... Par fois il… il en a d’originales. Mais vous, ensuite.
CELIMENE.
C’est tout ce que je lui demande: le reste est mon affaire. D’abord combattant ses idées, puis vaincue, persuadée, en secret flattant l’orgeuil philosophique....–Continue; n’as-tu rien appris sur Valombré?
JULIE.
En pouvez-vous douter. Jaser du maître, n’est-ce pas en toute maison l’occupation la plus chère de ses fidèles serviteurs? On est toujours bien venu quand on interroge ainsi. Les secrets, les défauts, les travers, ample matière à discourir. Médire n’est rien; médire de Monsieur, voilà le vrai plaisir.–Ainsi l’a voulu Dame-nature, pour maintenir légalité: ils nous commandent, et nous les jugeons.– Si nous ne sommes pas considérés, nous nous faisons craindre. Je parle en général; car, pour moi, Madame....
CELIMENE.
Ah! passons là-dessus: il y aurait.... ce serait trop long à dire. long
JULIE.
Vous n’êtes pas équitable.–Maison singulière.– Monsieur de Valombré aimé, mais aimé! Enfin j’eus peine à faire parler quelqu’un sur qui je comptais. Nouvellement entré, il n’a pas encore toute cette affection… Cependant funeste ascendant de l’exemple! il craignait, il n’osait. Mais certaines raisons qui peut-être.... je le connais beaucoup… bref, il a parlé.–C’est un éloge, une satyre, comme vous voudrez. Des singuliarités, de la raison.. avec tout cela quelque chose qui plaît, qui subjugue. Et s’il fallait absolument n’être pas comme tout le monde, je crois que c’est ainsi qu’il faudrait être.–Partout, chez lui, une gaîté simple, un air heureux. Beaucoup d’occupations, point de travaux pénibles: tout est facile et tous sont laborieux. Un ordre, une règle qui ne plairaient pas infiniment, toujours la même chose, et toujours les mêmes heures.. On s’y lève… quand nous nous couchons: c’est, dit-on, la plus belle heure du jour; aussi c’est par elle que nous commençons la nuit.–Mon confident prétend que cet ordre n’est pas minutieux, et que cela écarte l’ennui. Une table simple, excepté....
CELIMENE.
Et Valombré?
JULIE.
A propos.. Caractère égal, très-aimant, quelquefois distrait, souvent triste, jamais abattu. Sans haine, comme sans humeur. Généreux, sans affectation; négligeant un peu ses intérêts; trop occupé de ses amis; c’est comme cela qu’il lui plaît de nommer les bonnes gens qui ne sont pas heureux. Du reste il ne voit personne qu’un monsieur Desprès: il court avec lui les hauteurs, cherchant, observant les plantes: c’est un goût dominant.–Mais sa grande habitude c’est de s’enfermer long-temps dans son cabinet: là, seul avec tous les rêveurs anciens et modernes, il écrit, il projette. Dieu sait! tous les châteaux en Espagne! Mais, sorti de là, laissant la science sous la clef, il parle comme un autre… Quel contre-temps! Voici Monsieur Dorville; et je n’ai presque rien dit.
Pulsuz fraqment bitdi.