Kitabı oxu: «Le Sculpteur danois Vilhelm Bissen»

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Eugène Plon

Le Sculpteur danois Vilhelm Bissen


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306007

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

VILHELM BISSEN.

CATALOGUE.


A MONSIEUR LE PRÉSIDENT ET A MESSIEURS LES MEMBRES DE L’ACADÉMIE ROYALE DES BEAUX-ARTS

DE COPENHAGUE.

MESSIEURS,

Lorsque je publiai, il y a trois ans, la biographie & le catalogue des ouvrages de votre grand Thorvaldsen, la renommée de l’éminent artiste assurait d’avance à une étude consciencieuse la sympathie des hommes de goût de tous les pays.

Le bienveillant accueil que vous avez fait à mon travail fut une récompense infigne de ma tentative. J’eus en outre cette satisfaction, en ravivant des fouvenirs qui ne peuvent s’effacer, de provoquer un mouvement fimultané d’admiration pour Thorvaldfen, non-feulement en France, mais encore en Angleterre en Amérique, en Italie, & furtout en Allemagne, où les organes les plus confidérables de la presse ont tous rendu un jufte tribut de louanges à votre illustre compatriote.

Quiconque a parcouru vos belles villes du Nord sait en quel honneur on tient la statuaire dans les pays scandinaves, et avec quel succès les arts y font cultivés. Mais ceux qui ne les ont pas visitées peuvent ne pas être instruits de l’importance de vos travaux, & il serait intéressant de leur en donner un aperçu.

C’est avec cette pensée, que je tenterai peut-être de réaliser plus tard, que j’ai entrepris de faire connaître en France votre regretté collègue Vilhelm Bissen, en lui consacrant cette monographie, dont j’ambitionne de vous voir, Messieurs, agréer aujourd’hui l’hommage.

Vous reconnaîtrez que j’en ai trouvé les éléments principaux dans les deux articles que les savants professeurs Olsen & Höyen ont publiés autrefois dans le Dansk Folkekalender & l’Illustrer et Tidende. Ces deux articles m’ont en effet donné les informations essentielles, & je me fuis efforcé de les compléter par les renseignements que la famille de l’artiste a bien voulu me fournir & par mes recherches personnelles.

Si cet opuscule peut fixer un instant vos regards, je vous prie, Messieurs, de considérer une telle publication comme une marque de la respectueuse estime & du plus entier attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être

Votre très-dévoué collègue

EUGÈNE PLON.

Paris, le 20 mai 1870.

VILHELM BISSEN.

Table des matières

L’excellent sculpteur que l’Académie des beaux-arts de Copenhague a perdu il y a deux ans est justement apprécié dans les pays scandinaves. Quelques-unes de ses statues ont été exposées en France, où elles ont fixé l’attention des artistes; cependant son œuvre est peu connu parmi nous, parce que ses travaux les plus importants ont été exécutés pour sa patrie, & qu’ils font restés en Danemark, où ils décorent les places publiques, les monuments & les palais.

Herman-Vilhelm Bissen est né à Slefvig le 13 octobre 1798. Son père était Holftenois, &, comme la plupart des habitants de cette province, il parlait le bas allemand . Sa mère était fille d’un capitaine de la marine marchande, natif de la partie du Siefvig qui a pour langue le danois. Par sa naissance, il appartenait donc à la fois aux deux duchés de l’Elbe, & jusqu’au dernier jour il a voué au Danemark, sa vraie patrie, le dévouement le plus enthousiaste & le plus profond, sentiment professé hautement d’ailleurs par la grande majorité des habitants du Slesvig.

Un an après la naissance de Bissen, ses parents allèrent s’installer dans une petite propriété rurale, l’Angel, qu’ils venaient d’acquérir à huit lieues environ de Slesvig. C’est là que l’enfant passa ses premières années, avec fes deux frères & ses deux sœurs. La de la famille était modeste, & le père, qui avait divers talents manuels, s’efforçait de les transmettre à ses fils. A sa grande satisfaction, deux d’entre eux montraient une réelle aptitude pour la mécanique . Quant au jeune Vilhelm, il révéla de bonne heure un goût prononcé pour les arts plastiques & pour le dessin. La mie de pain, la terre, la neige, toute matière malléable offerte à sa main, prenait aussitôt une forme. Son premier biographe rapporte que le morceau de réglisse lui-même, entre les doigts de cet enfant, n’arrivait jamais à sa destination finale qu’après avoir subi une longue série de transformations.

Un bloc de marbre était si beau,

Qu’un statuaire en fit l’emplette.

Qu’en fera, dit-il, mon ciseau?

Sera-t-il dieu, table ou cuvette?

Il fera dieu; même je veux

Qu’il ait en sa main un tonnerre .

L’œuvre du jeune Bissen était moins ambitieuse sans doute, & l’artiste, qui avait sept ans, finissait toujours par manger sa statue de réglisse.

Dans ces contrées, où les hivers font longs & rudes, la neige offrait une matière plus abondante & plus durable; modelée assez grossièrement, elle représentait des soldats & même des cavaliers dans l’action du combat. Le jeune garçon ne manquait pas de répandre de l’eau sur son ouvrage lorsqu’il pensait avoir réussi, & la gelée durcissait le bloc au point qu’il pouvait subsister ainsi plusieurs mois. Tous les animaux, tous les objets qui s’offraient à sa vue, Vilhelm tentait d’en reproduire l’image, foit en les dessinant, foit en les sculptant dans le bois avec son couteau. Encouragé par le regard bienveillant de sa mère, il fit assez de progrès dans cette imitation primesautière de la nature, pour attirer l’attention de quelques personnes plus compétentes.

En même temps qu’il apprenait par les yeux, il s’instruisait avec ardeur par la lecture. Ayant trouvé dans la bibliothèque de son père des ouvrages sur l’histoire naturelle, il s’adonna aussi à cette étude. Il montrait d’ailleurs tant de zèle à s’instruire en toutes choses, que le pasteur de la paroisse prit plaisir à lui enseigner le latin. Enfant bon & doux, n’aimant pas les jeux bruyants, il ne connaissait d’autre amusement que dessiner ou modeler; & cette manière d’être lui donnait un aspect presque taciturne. Il paraissait vivre en lui-même, non pas qu’il eût de l’égoïsme (un tel sentiment n’est jamais entré dans cette âme sincère & dévouée), mais parce que son esprit se recueillait dans l’étude.

En 1812, le père de Biffen dut vendre sa propriété, l’Angel, & retourner avec sa famille s’établir à Slesvig, où il obtint un emploi de commis aux écritures. L’aptitude de Vilhelm pour dessiner & pour tailler le bois n’avait pas encore éveillé chez ses parents l’ambition d’une carrière purement artistique pour leur fils, & ils ne songèrent d’abord à lui faire tirer profit de ses dispositions naturelles que dans l’exercice d’un métier d’artisan. Il fut donc résolu qu’après sa confirmation, en 1815, le jeune homme entrerait en apprentissage chez un menuifier. Mais un accident décida tout autrement de son avenir. Un mal de pied l’ayant retenu tout l’hiver à la maison, Bissen employa utilement ses loisirs forcés à poursuivre les études artistiques qui étaient dans ses goûts; le résultat de ses efforts frappa férieusement plusieurs amis de son père, & leur fit croire à une réelle vocation.

Le peintre d’histoire Bœhndel & le commissaire aux ventes Westphal furent les premiers à encourager & à conseiller le jeune artiste. Avec le prévôt Callisen & quelques autres personnes, ils se cotisèrent, & réunirent une somme suffisante pour donner à leur protégé les moyens d’aller étudier pendant trois ans la peinture à Copenhague.

Biffen, pénétré de reconnaissance pour ses protecteurs, fut heureux d’entrer dans la carrière nouvelle qui lui était offerte. Il se rendit à Copenhague en 1816, & commença tout aussitôt à suivre les cours de dessin, puis ceux d’académie à l’École des beaux-arts, avec le zèle & l’assiduité qu’il avait toujours apportés à l’étude.

Malheureusement pour lui, Bissen était timide & réservé à l’excès. La vie paisible au milieu des affections de la famille convenait à sa nature studieuse, & bientôt il sentit péniblement la privation de ce bonheur intime. Il lui sembla qu’il était entièrement isolé au milieu d’étrangers. Les encouragements bienveillants des amis de son père lui faisaient aussi défaut, car il était très-défiant de lui-même, & il avait peu de foi dans son talent. Pourtant il ne cessa de s’appliquer au travail jusqu’à la fin du printemps de 1818, & à cette époque il revint à Slesvig, avec l’intention de se rendre ensuite en Allemagne.

Pendant que Vilhelm se trouvait chez ses parents, le prince royal de Danemark, Christian, vint paffer quelques jours à Slesvig. Le prévôt Callifen ne manqua pas de lui recommander son protégé ; le prince fit venir le jeune artiste, examina ses dessins avec attention, & lui promit de lui venir en aide s’il voulait retourner à Copenhague pour y continuer ses études.

Soutenu par cet encouragement, Bissen, dès l’hiver suivant, travaillait avec une nouvelle ardeur fous la direction des professeurs de l’Académie des beaux-arts de Copenhague. Au concours de 1819, il obtint la médaille d’argent pour un dessin d’après nature. Ce premier succès le décida la même année à concourir comme peintre pour la petite médaille d’or; mais il ne put achever sa toile dans le délai voulu. Dès cette époque, son crayon & son pinceau commencèrent à lui procurer quelques ressources; il dessinait & peignait des portraits. En même temps il exécuta plusieurs tableaux, parmi lesquels M. Olsen signale une toile représentant Axel & Valborg.

Au milieu de fes études du dessin & de la peinture, il était refté fidèle à fon premier penchant pour l’art de modeler, & il s’y livrait encore à fes moments perdus. Le professeur Lund voyant avec quelle facilité la glaife prenait une forme dans les mains de l’élève, l’engagea vivement à persévérer dans une voie où il lui parut avoir des chances de fuccès. En 1821; on allait concourir de nouveau pour la petite médaille d’or; Biffen se décida cette fois encore à prendre part à la lutte. Mais devait-il s’y présenter comme peintre ou comme sculpteur? La gloire de Thorvaldsen, qui venait alors visiter sa patrie, environné de tout le prestige que lui donnait une réputation européenne, devait agir sur l’imagination des jeunes Danois. Vilhelm hésita jusqu’à la dernière heure, & il entra en loge avec sa palette & sa terre glaise, se réservant d’opter suivant que le sujet proposé lui semblerait mieux s’approprier à la peinture ou à la sculpture. Les professeurs mirent au concours les Fils de Jacob montrant à leur père la robe ensanglantée de Joseph. Nouvel embarras, nouvelles hésitations. Le sujet convenait également bien à l’un ou à l’autre art. En réfléchissant, l’esprit incertain, Bissen s’appuya sur sa palette & la brifa par le milieu. Cet accident matériel lui apporta une solution imprévue & immédiate. Ne pouvant plus commodément mélanger ses couleurs, il prit la glaise en main, & le bas-relief qu’il exécuta lui valut la médaille.

L’année suivante, en 1822, il modela une statuette d’Orphée qui fut exposée à l’Académie. Sa carrière de sculpteur commence réellement à cette date: il est alors chargé de contribuer à la décoration intérieure de la chapelle du palais de Christiansborg, & il exécute les quatre Séraphins qui ornent la voûte de cette chapelle. En 1823, il achève, pour les galeries latérales, quatre bas-reliefs dont il a lui-même choisi les sujets: l’Adoration des Mages, Jésus au milieu des Docteurs, Jésus bénit les petits enfants, la Résurrection de Lazare. Il complète enfin ce travail en exécutant quatre médaillons, figures d’Anges, placés au-dessus des Évangélistes.

Déjà ces divers travaux assuraient à Bissen son rang d’artiste à Copenhague, lorsqu’en 1823 un bas-relief, repréfentant la Résurrection de la fille de Jaïre, lui valut la grande médaille d’or & une pension de l’Académie pour voyager pendant trois années en Europe, faveur analogue à celle qu’obtiennent nos élèves de l’École des beaux-arts lorsqu’ils deviennent, par le concours, pensionnaires de l’Académie de France à Rome.

Il y avait alors vingt-sept ans que Thorvaldsen, après avoir obtenu cette grande médaille d’or, était parti pour l’Italie. Depuis, l’élève obscur de l’Académie de Copenhague avait conquis, à Rome même, sa place parmi les maîtres les plus illustres, & sa gloire artistique rejaillissait sur le Danemark, qui en ressentait un juste orgueil.

Le nouveau lauréat, après avoir passé quelques mois au milieu de sa famille, à Slesvig, prit à son tour la route de l’Italie, en traversant l’Allemagne. Les impressions multiples qu’il reçut dans ses étapes successives, loin de l’éclairer sur son art, paraissent plutôt lui avoir causé une forte d’éblouissement. Les travaux de Rauch à Berlin, les riches musées de Dresde, où il ne fit qu’un trop court séjour; les vieux maîtres allemands à Nuremberg , la renaissance de l’art grec à Munich, les palais de Venise, & enfin les œuvres excellentes des maîtres de Florence, tout cela le plongeait dans l’étonnement, sans que la vraie lumière frappât ses yeux, qui n’étaient pas encore ouverts.

A Rome, Bissen va tout d’abord voir les antiques; puis il se rend à l’atelier de Thorvaldfen. L’impression fut décisive. Comme lui-même l’a dit depuis, ses yeux se dessillèrent & il comprit pour la première fois ce qu’est l’art du sculpteur, lorsqu’il vit ce qu’un moderne peut créer en s’inspirant des maîtres grecs. Mais il eut tellement conscience de son infériorité, qu’il en fut presque découragé. Le grand artiste était alors sans rival à Rome, puisque les arts venaient de perdre Canova. Le Jason, l’Adonis, le Mercure, la Vénus, les Trois Grâces, les médaillons l’Aurore & la Nuit, la grande frise le Triomphe d’Alexandre, toutes ces nobles oeuvres qui assurent l’immortalité à son nom, étaient créées; dans de vastes ateliers, le Sermon de saint Jean, le Christ & les douze Apôtres, & tant de monuments commandés par des souverains ou par des villes, étaient ébauchés, modelés, taillés dans le marbre, ou recevaient les dernières retouches.

Malgré l’accueil bienveillant que le maître fit à son jeune compatriote (Thorvaldsen avait alors cinquante-trois ans & Bissen vingt-cinq), le penfionnaire de l’Académie demeura tellement pénétré d’admiration & de respect pour un génie si prodigieusement fécond, que toute sa vie il conferva l’impression de ce sentiment. Et dans ses rapports avec Thorvaldsen, rapports devenus fréquents par la fuite, la réserve naturelle de son caractère lui fit toujours garder les habitudes de la déférence la plus absolue.

Le premier ouvrage que Biffen ait composé à Rome est une Bacchante endormie. Cette statue était presque achevée, lorsque la comparant aux chefs-d’œuvre du Vatican & aux productions récentes de Thorvaldsen, il fut pris de découragement. Il lui fembla qu’il n’avait pas su rendre sa pensée, & il détruisit son travail.

Pulsuz fraqment bitdi.

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