Kitabı oxu: «Pierre Puget intime»
Ferdinand Servian
Pierre Puget intime

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305338
Table des matières
La Jeunesse de Puget
La Maison de Puget
L’enfant dans l’œuvre de Puget
L’image morale et physique de Puget
L’effigie de Louis XIV et Puget
La Salle Puget


Après la très substantielle biographie du P. Bougerel, la publication des Archives de l’Art Français et le remarquable ouvrage de M. Léon Lagrange, il semblerait qu’il n’y eût plus rien à dire sur Pierre Puget, tant sa vie publique et ses œuvres y sont mises en relief avec précision.
Il m’a semblé, cependant, qu’il était possible, sans inquiéter la mémoire des historiens de Puget, de consacrer quelques pages à la vie familiale de l’illustre ouvrier dont l’existence fut actionnée par ces deux moteurs: la volonté et le travail.
Ce sont des mietles dira-t-on. Oui, ce sont des miettes, mais les admirateurs du grand Puget trouveront peut-être qu’elles ne sont pas complètement dépourvues de saveur.
Quoi qu’on en puisse penser, elles constitueront un nouvel hommage à sa mémoire, un guide à l’usage de ses admirateurs.

La Jeunesse de Puget
Table des matières
LA NAISSANCE. — LA FAMILLE. — DE LA RUE DU PETIT-PUITS A L’ESTAQUE-RIO. — LE «CABANON» FAMILIAL. — CHEZ LE PÈRE ROMAN. — A L’ÉCOLE DES MAITRES ITALIENS. — LE JEUNE PUGET CHEZ BERNIN. — LE BERCEAU DE SA GLOIRE.
Pierre Puget naquit le 15 octobre 1620, rue du Petit-Puits, anciennement rue de la Sainte-Trinité, à côté du couvent de l’Observance, où il fut inhumé.
Entre le berceau et le tombeau, si rapprochés l’un de l’autre et aujourd’hui disparus, quel chemin parcouru sur la route âpre de la vie et dans le domaine de la sculpture française, où il occupe le premier rang!
Il était le troisième et dernier fils de Simon Puget, surnommé Vilasse, maçon, tailleur de pierre, et de Marguerite Cauvin, dite Cauvine. La petite ville de Trets peut s’énorgueillir d’avoir donné le jour aux aïeux de Puget, comme à ceux de Christophe Veyrier, son neveu, et de Clérion, son concurrent.
L’étymologie du nom de Puget est la même que celle de Puy, Puig, Pey (latin podium), qui implique une idée de grandeur et d’élévation. Jamais il ne fut mieux porté que par l’auteur du Milon de Crotone. Quant à son prénom, il le tenait de son parrain Pierre de Corps.
Après la mort de son père, survenue en 1622, il habita à l’Estaque, avec sa mère et ses frères Jean (né en 1611) et Gaspard (1615), chez un de ses oncles paternels. Ses oncles étaient Jean, son tuteur, Gaspard et Jacques, tous trois propriétaires au quartier de l’Estaque (Marseille). Il grandit dans une prosaïque atmosphère familiale, où il était plus souvent question de maçonnerie et d’entretien de terres que de la culture des Beaux-Arts.
Le cabanon, situé sur un monticule argileux et hérissé de bauques, se compose de quatre corps de bâtiment formant noue et s’appuyant les uns contre les autres, comme pour mieux se soutenir. La façade principale est de couleur chair parcheminée et la toiture de rose fané. Elle est percée de deux fenêtres, pareilles à deux yeux chassieux, et d’une porte rectangulaire à laquelle on accède par quelques marches frustes. Sur la toiture en pente s’érige une cheminée coiffée d’un chapeau de tôle. A droite, en retraite, se trouve une bâtisse où rampe une vigne vivace. Un pan de mur est troué à sa base d’une grande baie ombreuse. C’est l’entrée souterraine de l’écurie. Au bord du talus, se dresse un petit rempart en maçonnerie devant lequel se cabrent deux oliviers fouettés par l’haleine brutale du mistral, tandis qu’à gauche et au fond, court un mur que décorent les nuages verdoyants des arbres. En face, la mer s’étend à l’infini .
C’est dans ce décor que s’écoula sa prime jeunesse. Son cerveau se grisait de soleil et d’azur. Son âme d’enfant s’épanouissait au souffle du large. A ses pieds, il trouvait l’argile et pétrissait ses rêves, trop souvent captifs entre les murs du monotone logis.
Après avoir reçu une instruction très rudimentaire, il entra à l’âge de quatorze ans chez un constructeur de galères, nommé Jean Roman. On sait combien la construction navale a été florissante à Marseille, où la première galère française fut construite. En 1487, Charles VIII, voulant avoir une flotte chargea son grand écuyer, Pierre d’Urfé, d’y faire construire un certain nombre de galères.
C’est évidemment dans ce champ de l’activité locale que Puget devait fourbir ses premiers ciseaux. Le père Roman ne tarda pas à reconnaître chez son jeune apprenti des dispositions exceptionnelles; il fut tellement satisfait de ses progrès, que l’année suivante il lui confiait le soin de diriger la construction et de sculpter les principales pièces de la Réale.
Le jeune Puget, qui devait avoir son génie créateur pour maître et la nature pour modèle, comprit bien vite qu’il n’avait plus rien à apprendre chez son patron et le quitta, malgré les propositions alléchantes dont il fut l’objet de sa part.
Il se rendit alors à Florence, Livourne et Rome, n’ayant le plus souvent, pour moyen de locomotion, que ses robustes jambes de jeune homme. A Florence et à Livourne, en proie à la misère, il dut vendre ses outils et ses vétements. Il éprouva combien est rude à parcourir la route de la vie. Sa qualité de Français lui fermait la porte des ateliers. Sans la pitié qu’il sut inspirer à un puissant protecteur , il eût connu le désespoir, précurseur des pires catastrophes.
Dans la Ville Éternelle, où il va se documenter, il est reçu par Pierre de Cortone, qui lui enseigne la peinture. Le peintre toscan, comme le constructeur de galères, fut émerveillé de ses dispositions naturelles, de son tempérament à la fois fougueux et mesuré, de ses conceptions hardies, et quand il manifesta l’intention de le quitter, il n’est pas de séductions qu’il n’employa pour le retenir auprès de lui; il alla même jusqu’à lui proposer la main de sa fille; mais, pour sculpturale que fût sa beauté, Puget, hanté par des rêves de gloire, refusa cet honneur et s’en retourna à Marseille, puis à Toulon, où il séjourna, si longtemps que les auteurs d’une Histoire de Provence destinée à l’enseignement ne craignent pas de le faire naître dans cette ville, qui fut le berceau de sa gloire, non celui de sa naissance, grâce aux Cariatides de l’Hôtel de Ville, qui excitèrent l’admiration du Bernin à un si haut degré que le célèbre sculpteur italien, mandé en France par Louis XIV, en 1665, ne put s’empêcher de s’écrier à la vue du premier chef-d’œuvre de Puget: «Je ne comprends pas qu’on m’appelle en France, quand on possède un artiste tel que Puget».
En 1665, Puget était à Gênes, n’ayant pu trouver dans son pays un travail digne de lui!
Saluons le visage de Puget dans le David de Bernini : témoignage du sculpteur italien envers son jeune confrère français.
Bernini était dans son atelier. Au moment où il songeait à faire la tête de son David, Puget entra. Frappé par son visage plein d’énergie et de caractère, il l’invita à poser. Et voilà le jeune sculpteur marseillais en train de personnifier le vainqueur de Goliath. N’est-ce pas par la pierre que Puget vainquit toujours? Il était alors âgé de vingt ans.
En examinant ce visage juvénile, on pressent déjà la tête du vieillard.
Le poète toulonnais, Jean Aicard, ne l’a pas fait naître à Toulon, comme les deux auteurs classiques, lorsqu’il s’est écrié :
C’est qu’il sut le devoir, ce beau fils de Marseille,
C’est qu’il avait le cœur d’un héros de Corneille!

La Maison de Puget
Table des matières
PREMIER MARIAGE DE PUGET. — LA MAISON DE TOULON. — MALADIE DE PUGET. — LA «BASTIDE» D’OLLIOULES. — LA MAISON DE LA PORTE DE ROME A MARSEILLE. — SECOND MARIAGE DE PUGET. — UN «PUGÉTEUM». — MORT DE PUGET. — LE PAVILLON FONGATE. — A L’ATELIER. — LA «COLLE» DE MARSEILLEVEYRE. — LE PUITS RÉVÉLATEUR.
Puget savait concilier ses intérêts matériels avec les plus hautes spéculations de l’art. Il était ambitieux de gloire autant que de bien-être.
Plusieurs projets cohabitent toujours dans son esprit en ébullition. Sa main fiévreuse s’ingénie à les matérialiser. Travailleur infatigable, il trouve le plaisir dans l’amour du travail, sa devise étant «Nul bien sans peine». Il l’a inscrite au fronton de sa maison de la rue de Rome, à Marseille, qu’il habitait définitivement dès l’année 1681.
Qu’il joue de la musique, qu’il sculpte ou peigne, il a toujours son âme accordée en majeur. Sa vie privée ne dément pas sa vie publique, ce qui est assez rare chez un grand homme.
De 1644 à 1661, il fixe sa résidence à Toulon, ne quittant cette ville que pour aller à Marseille, faire une apparition à Paris et séjourner pendant quelques mois en Normandie.
Il se maria à Toulon, en l’église de Sainte-Marie-Majeure , le 8 avril 1647, avec une demoiselle Paule Boulet , un nom qui eût pu faire réfléchir un homme très pauvre, si ingénieux fût-il, sur le point d’enchaîner sa vie par les liens de l’hyménée.
De cette union naquit un fils, François, le 17 décembre 1651.
En 1662, il partit pour Gênes, où il demeura jusqu’à la fin de l’année 1668, époque à laquelle il est rappelé en France pour diriger les ateliers de décoration navale.
Le 8 août 1672, il devient propriétaire, à Toulon, d’une maison située à l’angle droit de la rue de la République.
Deux ans plus tard, son meilleur élève, Christophe Veyrier, se maria avec une demoiselle Marguerite Cassian, dont la mère n’était autre que la belle-sœur de Puget.
Ils devinrent ainsi parents, ce qui resserra les liens existant entre le maître et l’élève. Veyrier pénétra si avant dans le moi de Puget que celui-ci ne craignit pas de lui confier l’exécution de parties importantes de ses œuvres les plus célèbres. Dans les morceaux de douceur, il faut avoir une grande expérience de la technique de Puget pour distinguer sa touche de celle de son neveu. Sur ce point, la parenté est plus proche.
La maison de Puget, à Toulon, a été construite ou plutôt réédifiée dans un style que l’on peut qualifier d’italo-provençal.
Cette maison, élevée de trois étages, se trouve à l’intersection de la rue de la République et de la rue de l’Hôtel-de-Ville.
Sa physionomie a été dénaturée par la transformation de deux étages en un seul, et la substitution de baies rectangulaires aux arcades de la loggia. Au-dessus de la colonne, créée par Pierre Puget, se trouve une niche circulaire contenant son buste. Les trois portiques, situés sur le pilastre des façades, ont été aveuglés. La porte en bois sculpté a disparu, mais on peut voir l’imposte en fer forgé exécutée sur les dessins de Puget.
Au premier étage, non loin d’un portrait de l’artiste par lui-même , se trouvait un plafond orné d’une peinture décorative par Puget, représentant Les Parques. Sous la Révolution, cette toile fut détachée et enfermée dans le Palais épiscopal, où étaient entassés des prisonniers qui détruisirent l’œuvre de Puget.
Ces prisonniers, pour se venger, sans doute, de leur destinée, coupèrent la trame des Parques...
Puget tomba gravement malade dans cette maison, en 1674, à la suite d’un surmenage intellectuel et physique. Cette longue maladie, dont sa constitution put triompher, eut pour résultat de lui faire abandonner la peinture et d’interrompre ses travaux de sculpture, préférant continuer à se livrer à l’exercice de sa profession de maître sculpteur, qu’il pratiquait en même temps que Girardon, à l’arsenal.
A côté de la fonderie de l’arsenal, Puget avait aménagé son atelier personnel, vaste magasin où il mit la première main au Milon de Crotone.
Dans le Var, à Ollioules, à sept kilomètres de Toulon, sur la grande route de Marseille, au milieu d’un décor enchanteur, Puget possédait également une habitation, simple maison de campagne bâtie sur un terrain qui appartint à sa belle-fille.
Cette maisonnette, accusant une prédominance de la largeur sur la hauteur, est coiffée d’une prosaïque toiture à batière. Cette toiture en saillie est recouverte de tuiles et de briques. Les deux étages sont éclairés de trois fenêtres et le rez-de-chaussée est percée de deux fenêtres et d’une porte. On accède au premier par un escalier intérieur. Sur le devant, s’étend une terrasse avec parapet que surmontent trois piliers.
Dans cette modeste retraite, Puget n’avait, pour charmer ses yeux, que l’architecture verte et les champs d’immortelles qui symbolisent si bien son austère génie.
En 1681, il vint se fixer définitivement à Marseille, où il se remaria le 26 mai 1691 (église des Accoules), avec une demoiselle Magdeleine de Tambourin, fille de Simon, avocat, et de Marguerite de Moustier.
Il édifia et habita la maison située rue de Rome, n° 25 .
Du faîte, il pouvait voir l’alignement allant de la porte de Rome à la porte d’Aix .
Le massif de maçonnerie qui s’avance, autrement dit la partie la plus étroite de ce parallélogramme irrégulier, est mouvementé et inégalement éclairé.
On dirait une proue de vaisseau prêt à fendre des flots humains.
Cette maison, bien connue, se compose d’un entresol, de deux étages et d’une superstructure. «Telle qu’elle est, elle ne nous donne pas une idée absolument exacte de sa conformité primitive: cependant, avec ses pilastres s’étendant aux deux étages, sa corniche décorée de denticules, son balcon à consoles saillantes, elle présente un intérêt décoratif qui ajoute encore au rigorisme de la maxime: «Nul bien sans peine», placée au-dessus de la fenêtre centrale, et à l’austérité du Sauveur qu’encadre une niche circulaire. Mais qui sont devenus la tête de Christ, l’attique, le chambranle et la corniche d’antan? .
Un jour, je l’espère, cette habitation sera transformée en un petit musée, en un pugeteum où seront rassemblées les œuvres intimes de l’illustre enfant de Marseille. Tous ceux qui ont le culte du passé, tous les dévots du grand art iraient méditer dans ce temple du souvenir .
C’est là qu’il mourut le 2 décembre 1694 . Il fut inhumé le même jour.
Par une froide après-midi, quelques amis, profondément émus, se pressaient à la porte de l’Observance, cette porte qu’il avait contribué à édifier comme tailleur de pierres, en 1667, lors de l’agrandissement de la ville. Le couvent de l’Observance, situé à côté, recevait ensuite très simplement l’enveloppe charnelle du grand honnête homme dont l’âme devait rayonner éternellement .
Qu’est devenue sa dépouille mortelle? Constatation très pénible. Ni sous la Révolution, époque à laquelle le couvent de l’Observance devint propriété de l’État, ni en 1860, au moment où la municipalité ordonna l’ouverture de voies nouvelles sur cet emplacement, personne ne songea à sa tombe .
Pulsuz fraqment bitdi.