Kitabı oxu: «Précis d'analyse microbiologique des eaux»
Gabriel Roux
Précis d'analyse microbiologique des eaux

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066337209
Table des matières
TRAVAUX DU MÊME AUTEUR
A MONSIEUR LE DOCTEUR G. ROUX
AVANT-PROPOS
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
Analyse préalable des eaux
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
INDICATIONS SOMMAIRES SUR LA RECHERCHE DES MICROBES ANAÉROBIES
DU RÔLE DE L’ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE DES EAUX EN HYGIÈNE
CHAPITRE IX
1 re FAMILLE: COCCACÉES
2 e FAMILLE: BACTÉRIACÉES
3 e FAMILLE BEGGIATOACÉES
TRAVAUX DU MÊME AUTEUR
Table des matières
Notes anatomiques sur la bouche de l’oursin commun (Ann. de la Soc. Physioph. de Lyon, n° 1, 1872).
Note sur les mouvements des carpelles de l’Erodium ciconium, Wild (Ann de la Soc. botanique de Lyon, 1873).
Etude sur l’embrasement des vapeurs d’éther (Th. inaug. Lyon, 1879).
Note sur un cas de guérison d’étranglement interne, etc. (Lyon méd, 1883).
Coup d’œil géologique sur le canton d’Ardes-sur-Couze (Ann. de la Soc. Linnéenne de Lyon, 1884).
Sur une épidémie de fièvre typhoïde à 1000 mètres d’altitude (Lyon méd, 1885).
Sur la cystite et la néphrite produites par le Micrococcus ureæ en collab. avec M. le professeur Lépine (Compt. rend. Acad. sciences, 1885).
Sur un procédé de diagnose des Gonocoques (Compt. rend. Acad. sc., 1886).
Sur une épidémie de fièvre typhoïde le long d’un cours d’eau (Province médicale, 1887).
Sur un abcès provoqué par le Bacille d’Eberth, en collaboration avec M. le Dr Vinay (Province médicale, 1888).
Sur les microorganismes des méningites cérébro-spinales (Bull. méd., 1888).
De l’emploi du Touraillon en bactériologie (Société de biologie, 1889).
De l’action de l’acétalénide sur quelques microbes (Revue de médecine, 1887, dans article de M. Lépine).
Sur une mycose expérimentale due au champignon du muguet, en collab. avec M. le Dr Linossier (Lyon médical, 1889).
Infection d’origine alimentaire; présence exclusive du B. coli communis dans l’intestin, en collaboration avec M. le Dr Weill (Prov. méd., 1889).
Fièvre typhoïde, bacille d’Eberth et Bacillus coli commuais, en collab. avec M. le Dr Rodet (Société de biologie, 1890).
Recherches morphologiques et biologiques sur le champignon du muguet (1er et 2e mémoires), en collab. avec M. le Dr Linossier (Arch. méd. expér., 1890).
Sur la fermentation alcoolique et la transformation de l’alcool en aldéhyde provoquée par le champignon du muguet, en collab. avec M. le Dr Linossier (Compt. rend. Acad. sciences, 1890).
Sur un cas de dystocie par antéversion (Soc. des sciences médicales de Lyon, 1889).
Programme des analyses microbiologiques des eaux de la ville de Lyon (Soc. nationale de médecine de Lyon, 1890).
Premier rapport technique sur l’analyse microbiologique des eaux de la ville de Lyon (Publications de la ville de Lyon, 1890).
Recherches morphologiques sur le sang leucémique et la substance chromatique des noyaux des leucocytes (avec planche. Province médicale, 1890).
De la présence du Bacille d’Eberth dans le sang des taches rosées chez un typhique (Province médicale, 1890).
Sur un cas d’adénie infectieuse due au Staphylococcus pyogenes aureus, en collab. avec le Dr Lannois (Revue de médecine, 1890).
De l’action microbicide du bouillon de touraillon sur le bacille du choléra-asiatique (Province médicale, 1890).
Sur un cas d’endocardite infectieuse transmise expérimentalement au lapin, en collaborat. avec M. le Dr Josserand (Soc. des sc. médic. de Lyon, 1891),
Sut les microorganismes trouvés dans le sang des grippés, en collab. avec MM. le professeur J. Teissier et Pittion (Soc. des sc. méd. de Lyon. 1891).
La défense sanitaire des villes, les bureaux d’hygiène, conférence faite au Palais Saint-Pierre (Province médic., 1891).

A MONSIEUR LE DOCTEUR G. ROUX
Table des matières
Directeur du Bureau d’Hygiène de la ville de Lyon
Chef des travaux du Laboratoire de clinique médicale à la Faculté
de Médecine.
CHER COLLÈGUE,
Vous m’avez demandé de présenter aux lecteurs votre Précis d’analyse microbiologique des eaux.
En cédant à votre démarche, dont je sens tout l’honneur, j’ai la conviction de remplir une tâche inutile. Qu’avez-vous besoin de recommandations? Votre nom n’est-il pas connu et connu avantageusement des personnes qui s’intéressent à la bactériologie ainsi qu’à l’hygiène publique et privée? Les recherches que vous avez faites dans les deux cliniques médicales auxquelles vous fûtes et êtes encore attaché, les missions qui vous ont été confiées par M. le Maire de Lyon, concernant les eaux de la ville, et dont vous vous êtes acquitté avec succès, vous ont bien préparé à écrire ce livre et à l’imprégner d’originalité.
Le point d’hydrologie que vous abordez a passionné tout à la fois le grand public et le monde médical et administratif. Comme on le voit d’ordinaire à l’apparition d’une notion nouvelle, on ne tarda pas à exagérer la portée des analyses microbiologiques. Une réaction survint, si bien qu’aujourd’hui les personnes qui, par état, s’occupent de cette question se partagent en deux camps: dans l’un, on est toujours disposé à attacher une grande signification au nombre des microbes présents dans une eau potable; dans l’autre, on est presque tenté de regarder les analyses comme superflues et leurs résultats comme des documents de pure curiosité.
Vous avez le mérite de vous jeter dans la mêlée sans parti pris.
Je ne saurais trop vous féliciter d’éclairer réellement et sérieusement le public sur la valeur de l’étude bactériologique des eaux.
Vous dites excellemment que la qualité des microbes contenus dans l’eau serait plus intéressante à connaître que le nombre. Mais, en présence des difficultés que l’on éprouve actuellement à déterminer tous les microbes que l’on parvient à cultiver, vous reconnaissez quelques mérites aux analyses quantitatives.
Il ne faut pas oublier que la question de la pureté des eaux se présente sous deux aspects à la sagacité de l’hygiéniste. Tantôt l’analyse décide du choix d’une eau potable, tantôt elle éclaire sur la part qui incombe à une eau suspecte dans le développement d’une maladie.
Dans le premier cas, vous avez raison d’avancer que la numération des microbes (espèces ou individus) offre un intérêt de premier ordre. C’est elle, en effet, qui nous renseigne sur les qualités ou les défectuosités de la masse filtrante d’où procèdent les eaux soumises à l’étude.
Il est bien évident que la présence de nombreux microbes vulgaires dans une eau potable dénote des communications trop faciles avec des foyers de matières organiques en décomposition. Elle nous avertit qu’en certains points la surface du sol, constamment exposée aux souillures, est constamment exposée aussi à les céder à la nappe souterraine par l’intermédiaire des eaux pluviales.
J’irai plus loin et j’ajouterai que l’analyse quantitative ne cessera pas d’être importante, malgré les progrès que réalisera l’analyse qualitative, car il faudra toujours compter avec la mutabilité de la propriété des microbes. Inoffensifs sous un certain état, des bacilles ou des microcoques peuvent tout à coup, dans un milieu convenable, acquérir des qualités malfaisantes. Or, étant donnée cette perspective toujours menaçante, une eau sera d’autant plus suspecte qu’elle renfermera un plus grand nombre de germes quelconques.
Il sera donc constamment préférable de choisir une eau pauvre en microbes.
Ces assertions ne se proposent pas d’affaiblir l’importance des analyses qualitatives. Je reconnais que dans le second cas signalé précédemment, lorsqu’on veut chercher la participation de l’eau potable dans l’apparition et l’extension d’une maladie infectieuse, ces analyses seules ont de l’intérêt.
Par conséquent, à mon avis, les deux sortes d’analyses ont leur valeur et leurs indications, et se prêtent un mutuel appui.
Vous l’avez, du reste, parfaitement compris; car, â la suite des chapitres traitant des généralités et de la culture des microbes, de la récolte des échantillons d’eau, vous vous étendez longuement sur les procédés de numération et sur la détermination spécifique des colonies. Mais vous avouez franchement que l’analyse qualitative est encore dans l’enfance.
On doit vous savoir gré de cet aveu sincère et des efforts que vous déployez pour faire saisir les moyens et la voie que l’on devrait suivre pour perfectionner nos connaissances.
Dans l’intention de simplifier la besogne de ceux qui vous suivront, vous avez rassemblé et groupé méthodiquement les documents épars sur les caractères des microbes observés par les bactériologistes qui se sont occupés de l’analyse des eaux, dans différentes contrées.
C’était un travail assez ingrat devant lequel vous n’avez pas reculé, afin que le titre de votre ouvrage ne cèle pas de vaines promesses.
J’ajouterai que j’ai retrouvé dans ce livre le cachet de toutes vos productions: sobriété du style, netteté des idées, comparaisons heureuses et frappantes, méthode parfaite dans la distribution des matières.
Aussi terminerai-je en vous assurant que la lecture de votre Précis d’analyse microbiologique des eaux m’a causé une vive satisfaction. Je n’hésite pas à déclarer que ce volume est une œuvre savante, sortie de la plume d’un expérimentateur éprouvé, et qu’il sera consulté avec profit par toutes les personnes qui voudront faire des analyses ou se mettre au courant de la question.
Agréez, mon cher Collègue, l’expression de mes vœux pour le succès de votre livre et celle de mes sentiments les plus dévoués.
ARLOING,
Correspondant de l’Institut.
Professeur à la Faculté de Médecine,
et Directeur de l’École Vétérinaire de Lyon.
AVANT-PROPOS
Table des matières
L’eau joue un rôle biologique trop général et trop important, ses relations avec certaines maladies infectieuses et avec l’hygiène publique et privée sont aujourd’hui trop connues pour que, malgré les imperfections de la technique, un Précis d’analyse microbiologique des eaux ne puisse prendre place à l’heure actuelle dans la bibliothèque des laboratoires de recherches.
L’analyse biologique est, je le montrerai, le complément indispensable de toute analyse chimique d’une eau destinée à l’alimentation, soit qu’on désire simplement savoir si ce liquide est suffisamment pur et bien filtré, soit qu’on veuille, au cours d’une épidémie, se rendre compte du rôle étiologique qui doit lui être attribué.
C’est par milliers que se comptent aujourd’hui ces sortes d’analyses, et tout bactériologue peut inopinément être appelé à en pratiquer une.
C’est en vue de le diriger, de lui éviter les tâtonnements et de lui permettre de se rendre assez facilement compte des difficultés qu’il rencontrera, chemin faisant, que j’ai écrit ce Précis qui est avant tout et surtout un livre de laboratoire.
Je me suis efforcé de le rendre aussi simple et aussi clair que possible, faisant peu de part à la théorie et laissant de côté les idées générales pour m’en tenir à la description des méthodes, des procédés et des espèces qui constituent la flore microbienne aquatique.
Les travaux récents effectués en France, en Allemagne et dans d’autres pays sur les questions si intéressantes et si pratiques de la filtration, de la vitalité des microbes dans l’eau, etc., étaient certes bien tentants et j’ai pensé, un moment, à leur consacrer un ou deux chapitres. J’ai cru qu’il était préférable de ne le point faire afin de conserver à ce manuel son caractère essentiellement technique.
L’ouvrage donc que je présente à l’appréciation bienveillante de mes confrères est une sorte d’Agenda de l’analyste microbiologiste. J’y expose sans parti pris les principales méthodes d’analyse françaises et étrangères.
La science française a assez fait pour la Microbie; elle est suffisamment riche de noms qui comme ceux de Pasteur, Chauveau, Toussaint, Arloing, Duclaux, Straus, Chante-messe, Cornil, Raulin, Roux, Chamberland, Bouchard, Charrin, etc., sont attachés aux premières ou aux plus importantes découvertes de la science nouvelle pour que nous nous montrions généreux et accueillions ce que d’autres à l’étranger ont pu découvrir.
L’analyse microbiologique des eaux, qui doit beaucoup, en France, aux longues et consciencieuses études de M. Miquel, constitue dans le domaine de l’hygiène publique et privée un incontestable progrès; elle a singulièrement éclairé certains obscurs problèmes d’épidémiologie et l’on sait quel rôle elle a joué dans la grande lutte ouverte entre les partisans de la Grundwassertheorie et ceux de la Trinkwassertheorie.
Combien de lumineuses découvertes nous promettent pour un avenir prochain les acquisitions de ces dernières années! On sent, on pressent ces futures révélations et on les prépare chaque jour.
L’édifice est encore bien informe et sans grand caractère; tel quel, il mérite d’être décrit dans ses moindres détails.
Ce qui nous montre bien que depuis trois ou quatre ans déjà nous sommes arrivés à une étape où force nous est de séjourner, c’est que depuis cette époque les procédés d’analyse biologique des eaux n’ont guère été modifiés, au moins dans leurs grandes lignes. Mais, de toutes parts, on cherche sans relâche des moyens de déceler avec certitude la présence dans les eaux potables des microbes pathogènes qui sont, sans contredit, ceux qui nous intéressent le plus vivement, et j’aurai, à propos du Bacille d’Eberth surtout, à faire connaître quelques-unes de ces tentatives. Il reste cependant à faire plus qu’il n’a été fait et les chercheurs ont la carrière ouverte.
M. le professeur J. Teissier a montré l’année dernière dans son si lumineux rapport de mission, sur les causes de l’influenza en Russie, le rôle qu’avaient paru jouer les grands cours d’eau dans la dissémination de la maladie, et il a pu retrouver dans les eaux de la Moscowa un microorganisme, pathogène pour les animaux, qui se rapproche singulièrement au double point de vue morphologique et biologique, d’un bacille qu’il a isolé cette année du sang et de l’urine des grippés. Ces recherches auxquelles nous avons collaboré, M. Pittion et moi, ne sont pas encore terminées et c’est pour cela que je n’ai pas voulu décrire, dans ce volume, le microbe que nous avons mis en évidence et cultivé.
Je les signale néanmoins comme un exemple des investigations absolument nouvelles et originales grâce auxquelles l’analyse microbiologique des eaux peut éclairer certains points obscurs de l’étiologie des maladies infectieuses ou épidémiques.
Il s’en faut que tout ait été dit à ce sujet et l’avenir nous réserve probablement d’importantes surprises.
Apprendre au débutant ce qui est, lui suggérer les idées nécessaires pour explorer les régions encore inconnues de la microbiologie dans ses rapports avec l’eau, tel a été mon but.
Je serais heureux si mon œuvre n’est pas jugée trop imparfaite et si je peux rendre quelques services à mes confrères.
En livrant à l’impression ces pages qui résument sept années de travaux bactériologiques dans les laboratoires de la Faculté de médecine à l’Hôtel-Dieu de Lyon, qu’il me soit permis d’adresser mes bien sincères remerciements aux maîtres qui m’ont constamment encouragé de leur affectueuse sympathie et de leurs précieux conseils.
Que MM. les professeurs Lortet, Lépine, Bondet, Gailleton, Arloing, Renaut et J. Teissier veuillent bien accepter le respectueux et reconnaissant hommage que je leur adresse en leur dédiant ce livre.
GABRIEL ROUX.
Champeix, le 1er Octobre 1891.
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
BUT ET UTILITÉ DE L’ANALYSE MICROBIOLOGIQUE DES EAUX
La notion des bactéries des eaux pouvant être pathogènes, substituée à celle de leur composition chimique. — Origines de l’analyse bactériologique. — École française et école allemande. — Analyse quantitative et analyse qualitative ou physiologique. — Quel est, de ces deux modes d’analyse, le plus utile? — Microbes aérobies et anaérobies, anaérobies facultatifs.
Les recherches de MM. Chantemesse et Widal, de M. Brouardel et de ses élèves sur le bacille d’Eberth et les relations existant entre la fièvre typhoïde d’une part et l’eau potable de l’autre ont rappelé, dans notre pays, l’attention sur l’analyse microbiologique des eaux, pressentie et indiquée par Pasteur, pratiquée déjà depuis longtemps par Miquel, et ont causé la vogue de ce nouveau mode d’investigations. Lorsqu’il a été prouvé, pour une des maladies les plus fréquentes et les plus graves, que c’était l’eau qu’il fallait surtout incriminer dans son étiologie (90 fois sur 100 d’après Brouardel), et que le principe nocif n’était pas telle ou telle substance chimique, mais bien un infiniment petit vivant, un microbe, tout le monde a pensé, avec assez de raison, que ce n’était plus au chimiste seul qu’il fallait, en ce qui concerne l’eau, demander la réponse à l’interrogation classique: bonne ou nuisible?
FIG. 1. — Formes des bactéries en général

1, 2, 3, 4. Coccus de différentes formes et grosseurs; 5, court bâtonnet; 6, long bâtonnet; 7, 8, formes renflées; 9, 10, filament; 11, 12, 14, formes spiralées; 13, forme spiruline; 15, filament ramifié.
Puisque le corps du délit était une de ces innombrables bactéries (fig. 1), les unes utiles ou banales, les autres, les mêmes parfois, pathogènes, c’était le Bactériologue qui devait être consulté, et qui le fut en effet.
Et alors parmi les microbiologistes qui durent, tant la nouvelle science avait marché vite, se spécialiser dès le début, quelques-uns se consacrèrent presque exclusivement à ces sortes d’analyses pour lesquelles, en raison de leur nouveauté, tout ou à peu près était à créer: principes, méthodes et technique.
Malgré les difficultés inhérentes à une telle entreprise les choses allèrent assez vite et les résultats furent dès le début satisfaisants, grâce aux méthodes générales inventées et préconisées en France par Pasteur, en Allemagne par Koch.
Ce dualisme de noms et de nationalités, nous allons le rencontrer constamment, chemin faisant, dans l’exposé des procédés de recherches, et c’est en combinant, somme toute, avec un sage et impartial éclectisme, les errements des deux écoles: française et allemande, que nous arriverons, sinon à la netteté et à l’absolutisme des analyses chimiques, tout au moins à une approximation suffisante pour être utile, assez sérieuse pour rester indiscutable.
Mais qu’on le sache bien, si les progrès accomplis à l’heure actuelle sont assez importants pour justifier l’apparition de ce livre, nous n’en sommes pas moins à l’aurore seulement d’une science qui va se perfectionnant chaque jour et donnera bientôt, nous en avons la conviction sincère, de magnifiques et surprenants résultats.
Je ne saurais trop le répéter, il ne faut au temps présent demander à l’analyse microbiologique des eaux que ce qu’elle peut donner; ce quelque chose est à la fois beaucoup et fort peu: beaucoup si l’on considère la jeunesse de la Microbie, le peu de temps qui nous sépare du jour où pour la première fois elle a commencé à compter dans l’encyclopédie des connaissances humaines, fort peu si nous réfléchissons aux problèmes que nous voudrions lui voir résoudre et qui restent encore insolubles. Bientôt je montrerai les lacunes, car j’estime que, dans un ouvrage loyalement écrit il faut proclamer bien haut et hardiment ce qui est acquis, ce qui est vrai, mais ne point céler non plus les défauts ni les imperfections.
Confesser notre ignorance est en ce cas, je le crois, faire œuvre, non pas seulement d’honnêteté scientifique, mais encore de progrès, puisqu’en appelant l’attention sur des desiderata nous pouvons avoir l’espoir de susciter des recherches qui les feront disparaître. C’est dans cet esprit que ce modeste volume a été écrit et peut-être, s’il est appelé à être utile à quelqu’un, servira-t-il autant par les inconnues qu’il indiquera que par les faits acquis qu’il s’efforcera d’enseigner.
Comme l’analyse chimique, l’analyse microbiologique en général est quantitative et qualitative; mais tandis qu’en Chimie la première est la plus estimée et aussi la plus utile, c’est le contraire en quelque sorte qui s’observe en Microbie.
En Chimie, au reste, la quantitative ne peut pas aller sans la qualitative; on ne peut doser des composants de corps que lorsqu’on connaît leur nature, tandis qu’il est possible de déceler celle-ci et de ne point s’inquiéter des proportions dans lesquelles chaque élément fait partie du composé ; et lorsqu’on demande à un chimiste si telle substance renferme oui ou non du plomb la réponse faite aura toujours une certaine valeur, que la quantité de plomb existant ait été oui ou non déterminée.
En tout cas, le chimiste procède toujours ainsi: il cherche si le plomb existe, d’abord: analyse qualitative; il évalue ensuite, la réponse étant, je suppose, positive, la quantité du métal: analyse quantitative. On procède un peu différemment en analyse microbiologique; et pour prendre un exemple parmi les problèmes qui doivent surtout préoccuper le médecin et l’hygiéniste nous supposerons la double question suivante:
Telle eau renferme-t-elle le bacille de la fièvre typhoïde?
Quelle est la teneur de cette même eau en bactéries quelconques (aérobies)?
En résolvant le premier problème nous aurons bien en réalité fait une analyse qualitative, puisque nous aurons cherché à déterminer la qualité d’un microbe: celui qui est lié à la dothiénentérie; mais en répondant à la seconde question posée, nous serons bien inférieurs au chimiste; nous dirons en effet: il y a, par exemple, 1500 bactéries par centimètre cube de l’eau analysée, mais sans préciser, tout d’abord, l’espèce à laquelle appartient chacun de nos 1500 individus. Nous aurons fait une analyse quantitative, mais dans laquelle les éléments comptés nous sont absolument inconnus quant à leur nature et à leurs propriétés. Nous nous trouvons ici dans le cas d’un chimiste qui déclarerait que dans tel échantillon il y a cinq éléments différents, mais qui ne les nommerait pas; et encore, lui, saurait qu’il a bien cinq corps distincts, tandis que nous, dans la supposition précédente, ne sommes pas censés savoir si nos 1500 individus appartiennent à une, dix, vingt ou cent espèces. Nous avons, que l’on me permette l’expression, compté des cailloux et non pas des roches ou des minéraux, ces derniers pris dans leur acception pétrographique.
Afin de déterminer avec exactitude à quelle espèce connue appartient chacun des 1500 individus que notre analyse quantitative a décelés, il va falloir nous livrer à toute une série d’opérations qui seront décrites bientôt et dont l’énumération seule démontre la longueur et la complexité : formes et dimensions, mobilité, réactions colorantes, aspect des colonies sur les milieux de cultures les plus variés, action chimique de ces mêmes colonies sur certaines substances (sucre, lait, albumine, etc.,) action biologique sur les animaux, sont autant de caractères qu’il est parfois indispensable de passer en revue les uns après les autres, avant d’en arriver à se faire une opinion absolue sur l’identité de l’organisme considéré.
L’analyse microbiologique de l’eau consiste en somme dans la recherche et la mise en évidence des microorganismes auxquels on donne le nom de Schizomycètes, Schizophytes, Bactéries, Microbes (fig. 1), que cette eau renferme.
Comme l’analyse chimique, nous venons de le voir, elle peut être quantitative ou qualitative, quantitative lorsqu’elle a pour but de compter purement et simplement les microgermes contenus dans un volume déterminé : comme 1 centimètre cube, qualitative lorsqu’elle s’efforce de séparer les unes des autres les diverses espèces microbiennes et de les déterminer spécifiquement.
Cette seconde variété de l’analyse bactériologique pourrait être appelée encore physiologique ou biologique parce qu’elle doit, pour rendre tous les services que l’on attend d’elle, constater de quelle façon chacune des espèces bactériennes isolées se comporte vis-à-vis l’organisme animal, nous instruire sur ses propriétés pathogènes ou seulement saprogènes, ou encore zymogènes.
On a beaucoup discuté et on discute toujours, plus encore peut-être aujourd’hui qu’à l’origine, sur l’utilité réelle, au point de vue de l’hygiène publique, de l’analyse microbiologique des eaux.
Les chimistes surtout, qui seuls étaient autrefois consultés sur la potabilité d’une eau et se trouvaient être, en cette matière, des oracles indispensables et tout puissants, ont protesté contre cette nouvelle branche de la Microbie.
Quelques-uns ont voulu lui dénier toute espèce d’importance ou bien, comme M. Denaeyer, au Congrès international d’Hygiène de Paris en 1889, revendiquer pour eux seuls le droit exclusif de pratiquer ces analyses biologiques en même temps que les chimiques.
D’autres cependant, plus circonspects, se contentent de considérer comme ayant peu de valeur les numérations pures et simples.
«Aussi longtemps, écrit M. Ch. Girard dans la Revue d’Hygiène, en 1887, que les hygiénistes compteront des bactéries sans savoir si elles sont pathogènes ou non, je considérerai leurs travaux comme une statistique intéressante peut- être, encombrante à coup sûr .»
Ce dernier membre de phrase est de trop, car toutes les recherches scientifiques, quelles qu’elles soient, à condition d’être consciencieusement poursuivies, sont intéressantes et utiles, si ce n’est à bref délai, tout au moins à une échéance plus ou moins longue. Les bactériologues de profession sont, au reste, absolument d’accord avec les chimistes sur l’intérêt prédominant de l’analyse qualitative, et notamment sur celui de la recherche des microbes pathogènes; pas un seul parmi eux ne soutiendra aujourd’hui le contraire.
Mais est-ce à dire que l’autre, la quantitative, soit absolument inutile et doive être considérée comme une collection de faits sans valeur et encombrants? Je ne le crois pas.
Indépendamment de l’intérêt d’ordre purement scientifique, qui n’est pas tant à dédaigner que cela, ces sortes d’analyses nous apportent souvent des éclaircissements précieux et inattendus, qu’elles seules peuvent fournir, sur des causes de pollution entre tel point et tel autre dans le parcours d’une canalisation, ou nous mettent sur la voie d’une source d’infection qu’il était impossible sans elles de soupçonner; elles nous renseignent encore sur les qualités ou les défectuosités d’une masse filtrante naturelle ou artificielle et présentent ainsi un intérêt de premier ordre.
Je connais, pour ma part, bien des exemples (il serait trop long de les rapporter ici) de semblables services rendus par l’analyse quantitative, exemples que j’ai signalés ailleurs ; et il est peut-être sage, pour ne rien préjuger de ce que les découvertes futures pourront nous apporter, de dire tout simplement, avec Meade-Bolton : «La détermination exacte de la qualité des espèces de bactéries trouvées dans une eau offre peut-être des résultats hygiéniques plus utilisables que la détermination du nombre total des bactéries.»
A. Lustig, qui, tout récemment, a publié un petit traité du diagnostic des bactéries des eaux, écrit, avec raison, en tête de sa préface, ces lignes que je reproduis textuellement parce qu’elles expriment de façon complète l’opinion de tous les bactériologues: «L’examen bactériologique de l’eau qui consiste uniquement à déterminer le nombre des germes vivants contenus dans un centimètre cube de liquide ne correspond pas entièrement aux exigences de la science moderne. On exige davantage; il est nécessaire d’obtenir, isolées en cultures pures, les diverses espèces de bactéries et d’indiquer leurs propriétés biologiques ainsi que toutes celles qui contribuent à la connaissance de l’action qu’exerce chaque forme déterminée sur les différentes substances nutritives...»
Ajoutons à la phrase précédente: «et sur les différents animaux soumis à leur action», et nous aurons ainsi la formule générale des services que l’on doit demander à l’analyse bactériologique des eaux.
Pasteur , on le sait, a depuis longtemps divisé, au point de vue de leur biologie générale, les microorganismes en deux grandes catégories: les Aérobies et les Anaérobies, les premiers ayant besoin, pour vivre et se développer, d’oxygène libre, les autres redoutant, au contraire, l’action de ce gaz; les recherches modernes ont fait découvrir des êtres intermédiaires entre les deux groupes précédents et qui peuvent vivre tour à tour avec ou sans oxygène: ce sont les Anaérobies facultatifs.
Jusqu’à présent, en raison des difficultés de technique qui arrêtent ceux qui veulent s’occuper de la culture systématique des Anaérobies, l’analyse bactériologique des eaux a porté surtout sur les Aérobies, et les divers procédés que j’aurai à décrire s’appliquent exclusivement à ces derniers. Il y a là une regrettable lacune qui ne tardera pas, je l’espère, à être comblée, mais que j’ai cru devoir, devant l’imperfection des moyens proposés, laisser telle qu’elle.
Ce manuel aura donc pour objet la recherche quantitative ou qualitative des Bactéries aérobies des eaux. (J’y ajouterai cependant quelques indications sommaires sur la façon dont on peut cultiver et isoler les Anaérobies.)
J’étudierai successivement: la provenance de ces bactéries, les différents procédés d’analyse quantitative, les méthodes suivies pour isoler les unes des autres les espèces rencontrées, faire leur diagnose et savoir surtout reconnaître certaines d’entre elles éminemment intéressantes pour l’hygiéniste et le médecin, comme l’est, par exemple, le bacille de la fièvre typhoïde; l’ouvrage enfin se terminera par une nomenclature des différentes espèces microbiennes qui ont, à l’heure actuelle, été rencontrées dans l’eau, nomenclature qu’accompagnera, pour chaque espèce, la description morphologique des cultures, sur plaques et dans le bouillon, empruntée aux auteurs qui, comme Eisenberg, Lustig, Weichselbaum, R. Mori, Adametz, Tils, etc, se sont plus particulièrement occupés de ces questions de diagnose.
CHAPITRE II
Table des matières
ORIGINE DES MICROBES DES EAUX
Aseptieité théorique des eaux de source. — Origine des eaux atmosphériques et des eaux telluriques. — Circulation atmosphérique. — Circulation terrestre, superficielle et profonde. — Nappe souterraine. — Pureté microbique des atmosphères marines et de montagne. — Comment la pluie se charge de germes. — Pollution du sol superficiel. — Epuration par filtration. — Pureté ordinaire de la nappe souterraine. — Eaux de surface, leur richesse microbienne.
Il est certes bien difficile de se figurer un milieu cosmique absolument dépourvu de microorganismes, puisque ces derniers sont connus même à l’état fossile, dans les houilles ou certaines roches des âges paléozoïques. Cependant l’idéal d’asepticité parfaite existe, et précisément dans l’eau.
Pasteur et Joubert ont démontré depuis longtemps déjà que les eaux de certaines sources étaient pures au sens microbique du mot, que, puisées convenablement, elles ne renfermaient aucun germe vivant et restaient indéfiniment infertiles si on les conservait à l’abri des souillures accidentelles.
Nous pouvons donc, dans l’étude que nous allons entreprendre de l’origine des microbes des eaux, avoir une base solide d’orientation et un point de départ qui n’a rien de conventionnel ni de théorique.
Etant donné ce fait acquis: que les eaux de la nappe souterraine, à une certaine distance de la surface du sol, sortent de ce sol dépourvues de tout germe vivant, il sera plus facile de nous rendre compte des causes essentiellement nombreuses et variées de leur pollution.
Un rapide coup d’œil sur l’origine même de nos eaux potables est nécessaire ici.
On sait qu’une circulation incessante de l’eau sous ses différentes formes existe: entre la terre d’une part et l’atmosphère de l’autre, et réciproquement, de façon à représenter un circuit fermé.
Par évaporation, laquelle est plus ou moins intense suivant les lieux, les saisons et les climats, suivant aussi l’état de la température et de la pression barométrique, l’eau, sous forme de vapeur, est constamment restituée à l’atmosphère et cela surtout dans le voisinage des grandes masses liquides telles que les océans, les mers, les lacs, etc. Cette vapeur, qui peut acquérir une tension plus ou moins forte, persiste en cet état jusqu’ au moment où, rencontrant un condensateur, lequel est représenté ordinairement par une montagne d’élévation variable, elle passe à l’état de nuages (forme vésiculaire) lesquels, emportés par les vents, vont bientôt se résoudre en pluie ou en neige suivant la température. Comme la neige, sauf sur les plus hauts sommets, est toujours destinée à fondre tôt ou tard et à donner de l’eau liquide, c’est cette dernière que nous allons maintenant suivre à la surface ou à l’intérieur du sol.
Toute eau qui atteint la surface émergée du globe terrestre s’y divise dès l’abord en deux parts d’inégale valeur, suit deux routes différentes qui, en fin de compte, aboutissent, comme nous le verrons, dans un laps de temps plus ou moins long, à un réservoir commun: l’Océan.
De ces deux trajets terrestres l’un est superficiel, l’autre profond; une partie de l’eau tombée ruisselle en effet à la surface suivant les pentes et tend à gagner les portions les plus déclives, le thalweg de la vallée par exemple et le ruisseau ou la rivière qui l’occupent ordinairement; l’autre partie imbibe les couches superficielles du terrain, pénètre dans son intérieur et après un trajet qui varie d’un point à un autre, suivant la nature géologique du sol, vient se collecter enfin au-dessus d’une couche imperméable pour constituer ce que l’on nomme: la nappe d’eau souterraine qui peut elle-même être superficielle ou profonde. Le contenu de celle-ci revient à l’air libre, soit naturellement par l’intermédiaire des sources qui ne sont autre chose qu’un des affleurements de la nappe souterraine, soit artificiellement au moyen de puits de différents systèmes forés par l’homme ou jaillissant spontanément. Aussitôt rendue à la surface, l’eau qui avait été momentanément emprisonnée sous terre suivra le sort et partagera les vicissitudes microbiques de celle que nous avons vue ruisseler dès le début.
Les petits filets d’eau devenant des ruisseaux, puis formant des rivières qui se jetteront elles-mêmes dans les fleuves, notre eau de pluie tant superficielle que profonde reviendra enfin à son lieu d’origine: la mer, d’où partira un nouveau cycle entièrement analogue à celui qui vient d’être décrit sommairement.
Il est aujourd’hui facile, grâce aux documents déjà nombreux que nous possédons, de suivre dans ses différentes étapes les variations de cette eau au point de vue microbiologique, et l’enquête ainsi poursuivie nous donnera de précieuses indications sur l’origine même des microbes habituels des eaux.
L’appréciation exacte du lieu et du moment où s’opère la contamination sera d’autant plus aisée qu’indépendamment de la nappe souterraine que nous avons déjà vu être dépourvue de germes vivants, à condition qu’elle soit suffisamment profonde et protégée, nous allons constater de suite qu’à l’origine même de sa circulation atmosphérique l’eau sous forme de vapeur est d’une pureté microbique presque idéale.
Nous démontrerons du reste par des expériences précises empruntées à Miquel qu’il n’en peut guère être autrement.
Laissons de côté pour le moment les eaux océaniques qui réalisent cette conception mystique d’être en même temps le commencement et la fin, le point de départ et celui d’arrivée.
Leur étude bactériologique ne nous intéresse que médiocrement.
Nous pouvons en tous cas affirmer que l’eau de mer est riche en microorganismes de toutes sortes. Or la question se pose en ces termes: les tranches superficielles des Océans qui cèdent à chaque instant à l’atmosphère des torrents de vapeur d’eau laissent-elles s’échapper en même temps les infiniment petits qu’elles tiennent en suspension?
Pour répondre à semblable interrogation il s’agissait tout simplement de pratiquer de nombreuses analyses de l’atmosphère marine à différentes époques de l’année, au large et sur les côtes, en temps calme et au moment des grosses mers ou des tempêtes.
MM. le commandant Moreau et le docteur Miquel ont exécuté ces analyses en nombre tel et avec de si grandes garanties d’exactitude que je ne saurais mieux faire que de placer sous les yeux du lecteur quelques-uns de leurs résultats dont j’ai, pour plus de clarté, condensé les chiffres.
Du 26 novembre au 20 décembre 1884, lors de son sixième voyage de Bordeaux à la Plata à bord du paquebot des Messageries maritimes l’Amazone, M. le commandant Moreau pratique au moyen des tubes à bourres solubles 15 analyses d’air puisé un peu partout dans le parcours, le long des côtes ou en pleine mer; il aspire ainsi 27.041 litres d’air dont il capte, recueille et fait germer tous les organismes microscopiques susceptibles de se développer dans les conditions ordinaires. Or, ces 27.041 litres d’air lui donnent 26 bactéries et 5 moisissures, et, dans 5 analyses le résultat fut négatif quant aux schizomycètes, c’est-à-dire que dans 9980 litres, près de 10 mètres cubes d’air, il ne se rencontra pas une seule bactérie; les moisissures furent encore plus rares puisqu’elles firent défaut dans 11 analyses.
Dans un septième voyage de Bordeaux à la Plata à bord du Sénégal, 16 nouvelles analyses des atmosphères marines furent encore effectuées par le commandant Moreau et les résultats obtenus concordent absolument avec ceux que nous venons de faire connaître.
Du 3 au 24 mars 1885, 36.190 litres d’air furent aspirés sur les côtes du Brésil, à Rio-de-Janeiro, sur les côtes d’Afrique, aux Iles Canaries, en pleine mer et dans le golfe de Gascogne; ils donnèrent 34 bactéries et 5 moisissures. Trois fois le résultat fut entièrement négatif quant aux schizomycètes, soit 6865 litres qui furent trouvés microbiologiquement purs.
Les opérations bactérioscopiques doivent être singulièrement facilitées et sûres dans une semblable atmosphère!
En somme, et pour ne pas accumuler des documents qui sont semblables les uns aux autres, nous dirons que la totalité des analyses effectuées par MM. Moreau et Miquel à la date de 1886 est représentée par le nombre respectable de 112.855 litres d’air marin, soit, en chiffres ronds, environ 113 mètres cubes qui ont fourni 102 bactéries, c’est-à-dire à peu près 1 par mètre cube. Ces chiffres ont par eux-mêmes une trop grande éloquence pour qu’il soit nécessaire d’insister; ils constituent la meilleure et la plus probante réponse à la question posée ci-dessus.
Il n’est pas sans intérêt cependant de savoir que la richesse bactérienne de l’atmosphère des océans varie quelque peu suivant le voisinage ou l’éloignement de la terre ferme. Ainsi dans les analyses effectuées à au moins 100 kilomètres du continent la proportion des microbes descend à 0,6 par mètre cube, elle monte au contraire, lorsque la distance de la terre est inférieure à 100 kilomètres, à 1,8; enfin la proportion est un peu plus forte en pleine mer, lorsque celle-ci est grosse et houleuse (1 au lieu de 0,6), et diminue quand la mer est calme (0,3 au lieu de 0,6), d’où cette conclusion, formulée par Miquel:
En temps normal les océans ne cèdent pas à l’air les bactéries qu’ils renferment; cependant, quand la mer est grosse et houleuse, l’air marin se charge de bactéries, mais dans une très faible proportion.
Nous avons dit plus haut qu’un semblable résultat était à prévoir, étant données certaines expériences de laboratoire faites sur ce sujet.
Ces expériences, des plus intéressantes à bien des points de vue, sont encore dues à Miquel et sont rapportées dans son livre sur les Organismes vivants de l’atmosphère.
Elles ont pour but de démontrer la pureté microbique de la vapeur d’eau échappée des infusions putrides par le simple phénomène de l’évaporation. Le dispositif de l’expérience peut paraître quelque peu compliqué à la lecture, il est en réalité très simple . L’appareil se compose: d’une cloche tritubulée dont la base parfaitement rodée s’applique exactement sur un plateau de verre dépoli, d’un ballon suspendu au centre de la cloche, destiné à produire l’eau de condensation, et enfin d’un cristallisoir qui contiendra les liquides ou les substances putréfiées. Une des tubulures latérales de la cloche est munie d’un tube de verre recourbé qui servira en même temps à renouveler l’atmosphère de l’appareil et à introduire le liquide putréfié dans le cristallisoir; la seconde tubulure latérale, située en face de la première, reçoit un tube de verre recourbé en sens inverse du précédent et un thermomètre. L’appareil ainsi constitué est mis dans une étuve; un courant d’eau froide, grâce à un dispositif très simple, parcourt incessamment le ballon dont la calotte inférieure et extérieure se recouvre rapidement de fines gouttelettes qui grossissent, puis ruissellent et viennent enfin tomber dans une capsule de platine parfaitement flambée, qu’on a eu soin de placer sur un trépied, au-dessus de l’infusion septique.
De l’eau de Seine, de l’eau d’égout, des eaux saumâtres, des solutions absolument fétides et à odeur repoussante, distillées par ce procédé de façon à obtenir 50 centimètres cubes et même 100 centimètres cubes d’eau condensée, n’ont jamais présenté la moindre bactérie.
Dans un cas même l’eau de condensation avait conservé une odeur des plus nauséabondes et malgré cela, ensemencée à la dose énorme de 60 centimètres cubes dans des conserves nutritives variées, elle ne donna lieu à aucun développement microbien.
D’où Miquel conclut avec raison: «Cette expérience décisive ne laisse plus le moindre doute sur l’impuissance absolue de la vapeur à soulever des infusions le microbe le plus ténu, même quand son action est secondée par les courants d’air déterminés par le refroidissement incessant de l’atmosphère d’une enceinte très circonscrite.»
Et ce fait de l’asepticité de la vapeur provenant d’une masse d’eau quelconque est vrai aussi en ce qui concerne les portions émergées; l’eau évaporée de la surface du sol, dit encore Miquel, n’entraîne jamais de schizophytes.
De toutes ces assertions basées sur des expériences maintes fois contrôlées nous devons déduire cet axiome fondamental pour l’étude de la question qui nous préoccupe en ce moment, à savoir que, au début de sa circulation atmosphérique, l’eau est dépourvue de tout germe microbien vivant; nous représenterons cet état d’asepticité par le signe conventionnel 0.
De la surface des océans nous avons vu la vapeur d’eau s’élever suivant la direction des vents régnants jusqu’au contact de sommets plus ou moins hauts, lesquels jouent le rôle de condensateurs.
Il est bien évident que, chemin faisant, cette vapeur s’enrichit de quelques germes rencontrés çà et là, puisque nous savons qu’ils deviennent moins rares dans le voisinage de la terre ferme; cependant, étant donné, d’une part, que la condensation, c’est-à-dire la formation des nuages, s’opère sur les hauts sommets et que, d’autre part, l’atmosphère des montagnes élevées est microbiquement très pure, comme en témoignent les nombreuses analyses de M. de Freudenreich, le collaborateur alpin du docteur Miquel, l’eau, à l’état de nuages, doit être encore relativement très pauvre en microorganismes.
Les chiffres suivants donnés par M. de Freudenreich en font foi:
NOMBRE DE BACTERIES DANS 10 MÈTRES CUBES D’AIR (10.000 LITRES)

Il n’est pas nécessaire au reste de s’élever beaucoup, même au-dessus d’une ville populeuse, pour voir le nombre des bactéries décroître singulièrement; c’est ainsi qu’en ce qui concerne Paris Miquel a trouvé : à la mairie du IVe arrondissement, 462 germes de microbes par mètre cube et 28 seulement au Panthéon, tandis qu’il y en a 5500 dans la rue de Rivoli et 760 dans le parc de Montsouris.
Les nombres précédents sont pour nous très instructifs, parce qu’ils nous indiquent que la quantité des microbes de l’atmosphère augmente au fur et à mesure que l’on se rapproche du sol, et, bien que les germes aériens soient beaucoup moins nombreux qu’on ne le croyait à une certaine époque, ils représentent cependant pour l’eau un élément d’approvisionnement qui est loin d’être négligeable.
C’est en traversant sous forme de pluie ou de neige l’air atmosphérique que notre eau va commencer à s’enrichir de particules organisées et vivantes, et pour bien faire comprendre quelle est l’importance de cette source de germes peut-être est-il nécessaire de citer ici encore quelques chiffres.
En 1889, Miquel a trouvé à l’Hôtel de Ville de Paris, par mètre cube d’air, une moyenne de 9780 bactéries et de 1420 moisissures; le mois qui a fourni la plus forte proportion de schizomycètes est septembre avec 19.300 par mètre cube, celui dans lequel a été observé le minimum est février avec 3345.
A la place Saint-Gervais, la moyenne de neuf années, de 1881 à 1889, a été de 4520 par mètre cube.
A Lyon, dans une cour de l’Hôtel-Dieu où l’air est relativement stagnant, le docteur Rossi, au cours de recherches entreprises sous ma direction, dans le laboratoire de M. le professeur Bondet, pour sa thèse inaugurale , a constaté 1084 bactéries et 833 moisissures par mètre cube, et cela au mois d’octobre, alors que la température très basse était à peine de 5° C.
Au parc de Montsouris enfin, pendant sept ans, de 1881 à 1887, la moyenne des microbes récoltés par mètre cube d’air a été de 390 seulement.
Plus on s’éloigne des grands centres d’agglomération et plus l’air devient microbiquement pur, sans toutefois atteindre l’asepticité presque absolue des hauts sommets ou des atmosphères maritimes.
Cette courte digression, quelque peu étrangère à notre sujet, avait pour but de nous montrer d’où doivent provenir les nombreux germes que nous allons maintenant rencontrer dans l’eau de pluie et même dans la neige; nous réservons pour le moment l’origine de ceux qui ont été rencontrés dans la grêle.
C’est à partir de 1879 que Miquel a commencé à s’occuper de l’analyse systématique des eaux météoriques, et depuis 1880 le volume annuel de l’Observatoire de Montsouris nous apporte de précieux renseignements sur cette branche de la Microbie analytique. Dès la première année il put déduire de ses expériences multipliées une série de conclusions intéressantes, parmi lesquelles je citerai plus particulièrement celles-ci:
L’eau de pluie renferme à volume égal un nombre d’espèces moindre que les eaux qui circulent à la surface du sol; en toutes saisons la pluie, la grêle, la neige sont chargées d’organismes microscopiques, la neige toutefois est moins riche que les pluies d’été.
En tout cas, les eaux de pluie ont une richesse en microorganismes assez notable pour qu’il en soit tenu, dès à présent, grand compte dans l’étude des différents processus de pollution des liquides de boisson.
Au parc de Montsouris, des analyses pratiquées pendant trois années, de 1883 à 1886, on a pu déduire une moyenne de 4346 bactéries et de 4000 mucédinées par litre d’eau de pluie; or, la hauteur annuelle de pluie, à Montsouris, étant d’environ 60 centimètres, il y a donc, chaque année, déposés sur le sol, par mètre carré de surface, 4.500.000 germes, et ce chiffre est bien certainement inférieur à la réalité !
Les pluies les plus chargées en microorganismes sont celles des mois les plus chauds de l’année ou encore les premières averses des orages et celles qui succèdent à une suite de jours secs, mais il est inexact de dire que la pluie recueillie à la fin d’une journée pluvieuse est plus pauvre en germes que celle prise au commencement ou au milieu. Enfin, la richesse microbienne de ces eaux météoriques varie essentiellement avec les localités, même voisines; ainsi, à la caserne Lobau, les eaux de pluie sont plus chargées en germes que celles de Montsouris, mais il est juste de dire que l’air lui-même est, à ce point de vue, bien différent dans ces deux stations.
Voilà donc l’eau ayant terminé son trajet aérien et qui, partie avec 0 bactérie arrive à la surface du sol avec plus de 4.000 microbes par litre; son impureté est donc déjà bien manifeste, et en admettant même, ce qui n’est pas, que le substratum qui va recevoir ce liquide pollué soit, lui, parfaitement aseptique, il n’est pas difficile de comprendre comment le degré de pollution va aller en s’accentuant de plus en plus.
Deux conditions, essentiellement favorables à la végétation et à la pullulation des schizophytes, sont, en effet, réalisées dès que l’eau touche terre: un état de repos relatif et l’apport, en quantités notables, de matériaux nutritifs,
D’après Léone, il est vrai (Recherches sur les microorganismes de l’eau potable, etc., Rev. sanit. de Bordeaux et de la province, octobre 1886), l’agitation ne s’opposerait pas à la reproduction des microorganismes des eaux.
Il résulte, d’autre part, des quelques expériences instituées par M. V. Despeignes (Etud. expérim. sur les microbes des eaux, th. de Lyon, p. 22, 1891) qu’aucune différence sensible n’a pu être notée dans la pullulation des bactéries des eaux de Lyon dans les cultures au repos ou animées de mouvements rotatoires horizontaux.
Je pense néanmoins que les bactéries ont plus chance de pulluler une fois arrivées à la surface du sol que pendant le temps de chute de la pluie, fort court au reste.
Les conditions de cette pullulation sont, en ce cas, d’autant meilleures qu’il se rencontre toujours, çà et là, quelques tranches d’eau stagnante qui deviennent le centre d’une très active reproduction de la part des petites cellules qui s’y sont réfugiées.
Ces processus de biogénèse sont d’autant plus actifs que l’eau relativement pure du météore aqueux s’est chargée, chemin faisant, de principes azotés ou minéraux qui en ont fait un bouillon de culture, sinon excellent, du moins très suffisant. Nous verrons, au reste, bientôt combien, au point de vue alimentaire, sont peu exigeants les êtres infimes que nous étudions.
Il n’est donc pas étonnant que les 4346 germes primitifs soient bientôt représentés par des milliers et des millions d’individus issus des premiers et que l’eau puisée à la surface du sol soit déjà plus riche en microbes que celle qui provient directement de la pluie.
Mais, dans la réalité, l’eau du ciel est loin de rencontrer, lors de sa chute, un sol vierge de toute souillure. La croûte terrestre, sur une épaisseur plus ou moins considérable, très minime toutefois, mais en tout cas à sa surface même, contient des quantités énormes de germes de toutes sortes, microscopiques artisans des opérations incessantes d’analyse ou de synthèse dont la terre végétale est en même temps le laboratoire et l’objet.
Quelques chiffres vont nous donner une idée de l’importance de ce microcosme des couches superficielles du sol.
NOMBRE DES BACTÉRIES AÉROBIES PAR GRAMME DE TERRE

Tous ces chiffres s’appliquent à la surface seulement; au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la profondeur les microorganismes deviennent moins abondants, non pas progressivement, mais bien, ainsi que cela résulte des remarquables recherches de C. Frankel, tout d’un coup vers 1m,25 environ, de telle sorte que l’on trouve à ce niveau 100 fois moins de germes qu’à 25 centimètres au-dessus. En tout cas, toujours d’après C. Fränkel et la plupart des autres auteurs, les ensemencements avec de la terre prise à 4 et 5 mètres, même alors que cette profondeur appartient à la zone de la nappe souterraine, ne donnent plus de colonies ou n’en donnent que très exceptionnellement.
Le sol, en effet, qui dans ses couches superficielles constitue, dans la plupart des cas, un excellent milieu de culture pour les microbes aérobies perd, dans ses portions profondes, la majeure partie de ses qualités et notamment celle de pouvoir servir de milieu respiratoire. Aussi, les bactéries aérobies perdent-elles assez rapidement, à une certaine profondeur, le pouvoir de végéter et de pulluler. C. Frankel , étudiant plus spécialement à ce point de vue quelques bacilles pathogènes, a vu que le Bacillus anthracis perdait l’aptitude au développement à 3 mètres de profondeur, alors qu’à ce même niveau le bacille du choléra asiatique était encore capable de vivre, mais, circonstance curieuse, seulement pendant les mois d’août, septembre et octobre.
Quant aux bacilles typhiques placés dans les mêmes conditions, ils ne seraient réfractaires à la culture que pendant les mois d’avril à juin.
D’autre part, MM. Grancher et Deschamps, expérimentant sur la façon dont se comporte le bacille typhique dans le sol, sont arrivés aux résultats suivants: le bacille d’Eberth peut pénétrer à une distance maxima de 40 à 50 centimètres dans l’intérieur du sol et y vivre pendant un laps de temps de cinq mois et demi; il se conserve même mieux dans la terre que dans les cultures à l’air libre.
Mais tous les expérimentateurs sont d’accord pour admettre qu’au delà d’une certaine limite, la vie cesse absolument dans les profondeurs du sol, et c’est ainsi que s’expliquerait la pureté microbiologique parfaite de la nappe souterraine et des eaux de source.
Il est vrai que de semblables assertions ne peuvent que viser les bactéries aérobies, les seules qui dans le sol aient été convenablement étudiées jusqu’à présent. 11 se pourrait fort bien, ainsi que Macé l’insinue, que les anaérobies existassent là où les autres font défaut, et que les véritables frontières de la région aseptique dussent, de ce fait, être plus ou moins reculées.
Quoi qu’il en soit, ce qu’il nous importe d’enregistrer actuellement, c’est le fait de la disparition des germes aérobies dans la profondeur du sol et la pureté ordinaire de la nappe souterraine et des eaux de source, ce qui fait que, pour la seconde fois, nous constatons chez notre eau un état tel que sa richesse microbiologique peut être représentée par 0.
En écrivant plus haut: pureté ordinaire, au lieu de pureté absolue, j’ai eu l’intention d’indiquer quelques réserves. Il peut arriver, en effet, assez exceptionnellement il est vrai, mais peut être cependant plus fréquemment qu’on ne le croit, dans certains pays de contexture géologique spéciale, que des eaux de sources bien captées et recueillies avec toutes les précautions d’usage ne se montrent pas microbiquement pures, tant s’en faut, et cela malgré une épaisseur considérable de terrain filtrant.
C’est ainsi que, en 1889, M. Thoinot constata dans l’eau des sources qui alimentent la ville du Havre, lesquelles sont à 48 mètres en contre-bas du plateau calcaire de Gainneville à la surface duquel avaient été répandues des matières de vidanges provenant du Havre, 42.000 germes par litre dans une analyse et dans une autre 470.000; d’où cette conclusion qui, bien que s’appliquant à un cas particulier, est néanmoins susceptible d’être généralisée: que le terrain crétacé est parfois un filtre imparfait et que même une forte épaisseur de ce terrain ne saurait fournir aux nappes souterraines qu’une protection illusoire contre les microorganismes déposés à la surface du sol.
Nous voici revenus aux eaux de surface dont l’origine et aussi la composition biologique sont bien différentes, tout au moins à leur point de départ. Nous avons, d’une part, les eaux souterraines émergeant à l’air libre sous forme de sources qui, nous l’avons vu, sont, sauf quelques exceptions assez rares, absolument aseptiques au lieu de leur émergence, et, d’autre part, les eaux qui dès l’instant de leur chute ont ruisselé à la surface du sol et sont restées superficielles. Ces dernières sont constamment très riches en microbes; elles possèdent tout d’abord ceux qui préexistaient en elles à l’état de pluie ou de neige, plus les générations issues de ceux- ci dès qu’une stagnation relative a été obtenue, et enfin les espèces nouvelles déjà acclimatées à la surface du sol sur lequel la pluie est venue tomber. Cette triple addition donne un total considérable et il serait fastidieux de vouloir donner des chiffres, pour l’établissement desquels peu d’analyses, du reste, ont encore été faites.
Ce qu’il nous importe davantage de connaître, c’est la composition microbique de quelques eaux courantes qui ne sont que le mélange des eaux profondes et superficielles réunies les unes aux autres, tôt ou tard, pour gagner à nouveau le grand gouffre commun.
Ici les documents ne manquent point et nous ne pouvons que choisir parmi quelques-uns des plus récents d’entre eux.
BACTÉRIES DES EAUX COURANTES; PAR CENTIMÈTRE CUBE


Les écarts sont, on le voit, fort considérables ici. Certains bactériologues, je le sais, m’accuseront d’avoir groupé ensemble des valeurs non comparables, étant donné que les chiffres précédents sont le résultat d’analyses faites avec des procédés différents.
Je ne veux certes pas esquiver ce reproche et je discuterai bientôt en toute impartialité la question des méthodes d’analyse et des résultats obtenus. Mais pour le moment cette distinction ne me semble pas avoir grande importance, puisqu’il s’agit de démontrer simplement que les eaux courantes sont toujours plus ou moins riches en microorganismes: ce qui est fait.
Il me faudrait peut-être maintenant faire pour les eaux dormantes, lacs, étangs, et pour les puits, ce que je viens de tenter pour les eaux courantes, mais ceci nous entraînerait par trop en dehors du cadre qui m’est tracé et je me contenterai de dire que, comme pour les rivières, le nombre de bactéries est ici infiniment variable et soumis à des oscillations dont les causes très multiples commencent à être connues. Ainsi d’après Bujwid les puits de Varsovie renferment de 80 à 50.000 bactéries par centimètre cube.
Je voulais dans ce chapitre faire connaître quelle était l’origine réelle des microbes des eaux; je pense y être parvenu.
L’air, le sol sont les deux grands facteurs de la contamination, auxquels viennent s’ajouter dans les contrées peuplées les déjections de l’homme et des animaux, les détritus de toutes sortes résultant de l’alimentation et de l’industrie, et jusqu’aux débris d’origine végétale qui, le long des cours d’eau surtout, viennent à chaque instant apporter non seulement de nouveaux germes vivants, mais encore les éléments de la nutrition de ces infiniment petits.
CHAPITRE III
Table des matières
LE LABORATOIRE D’ANALYSES MICROBIOLOGIQUES DES EAUX
Matériel indispensable. — Four Pasteur. — Autoclave de Chamberland. Entonnoir à filtrations chaudes. — Etuves à incubation — Régulateurs. — Appareils de verrerie. — Instruments divers. — Réactifs et matières colorantes. — Stérilisation de l’eau.
Je veux, dans ce très court chapitre, établir l’inventaire du laboratoire du bactériologue qui désire pratiquer des analyses d’eau. La plupart des appareils, des instruments ou des objets de verrerie dont il aura à faire usage étant décrits avec détail dans le Traité de bactériologie du professeur Macé, de Nancy, comme dans les autres manuels de microbie, je serai très bref à leur sujet.
La condition essentielle qu’il s’agit de réaliser ici est l’asepticité parfaite, absolue, des récipients et des milieux de culture.
Il est aujourd’hui facile de répondre rapidement et sûrement à ce double desideratum.
Tous les récipients de verre: ballons, flacons, tubes à essai, pipettes, etc., seront, après avoir été munis à leur extrémité libre d’un fort tampon de ouate ordinaire, flambés au four Pasteur (fig. 2), dont on peut en quelques minutes élever la température à 150° et même 200° C. Avant d’y être placés, tous les objets de verrerie doivent, au préalable, avoir été lavés avec grand soin à l’eau acidulée, puis à grande eau et égouttés.
FIG. 2. — Four de Pasteur, pour flamber les ballons.

Les bouillons ou les substrata solides qui constitueront es milieux nutritifs de culture des bactéries, l’eau distillée qui servira à faire les dilutions devront toujours être placés dans des récipients flambés, comme il vient d’être lit, et seront stérilisés à l’autoclave de Chamberland fig. 3), sorte de marmite de Papin dont l’usage est aujourd’hui généralisé dans tous les laboratoires. La température peut, dans cet appareil, être élevée sous pression à 115°-120° C.; elle suffit, maintenue pendant quinze à vingt minutes pour détruire toutes les bactéries à la phase végétative et même à l’état de spores.
FIG. 3. — Autoclave de Chamberland.

Il est parfois nécessaire, lorsqu’il s’agit, par exemple, des milieux à la gélatine, de ne pas dépasser, dans l’opération de la stérilisation, une température de 100° et d’éviter des pressions supérieures à la pression atmosphérique. C’est dans ce but qu’ont été inventés les poêles à vapeur de Koch (fig. 4), de Chantemesse, etc. Il est possible de se passer de ces nouveaux appareils et d’utiliser, dans ces cas spéciaux, l’autoclave, en ayant soin de maintenir ouvert le robinet qui existe sur son couvercle pour permettre à la vapeur de s’échapper au fur et à mesure de sa production. L’autoclave se trouve alors transformé, à condition que l’ouverture du robinet soit assez large, en un véritable poêle à vapeur, où la température ne dépasse guère 100° C., tandis que la pression intérieure reste égale à celle de l’air ambiant.
FIG 4. — Stérilisateur à vapeur de Koch

FIG. 5. — Etuve de Pasteur.

FIG. 6. — Nouvelle étuve auto-régulatrice de d’Arsonval.

La description et le mode de fonctionnement de ces deux instruments fondamentaux étant donnés dans tous les livres de bactériologie, je renvoie à ceux-ci le lecteur, et particulièrement à l’excellent Manuel de Macé.
Il faudra encore dans le laboratoire du bactériologue analyste, parmi les grosses et coûteuses pièces, deux ou trois étuves à incubation.
Sans parler de celles très vastes, très commodes, mais aussi d’un prix très élevé, qui portent les noms de Pasteur (fig. 5) et de A. Gautier, je conseillerai celle d’Arsonval, nouveau modèle, qui a son régulateur propre (fig. 6), et, mieux, celles de Babès (fig. 7), de Hueppe qui m’ont rendu les plus grands services, ou même, à défaut, celles de Gay-Lussac, dont on se sert dans les laboratoires de chimie.
Ce qui constitue l’excellence d’une étuve, c’est son régulateur, car il peut être indispensable parfois d’avoir une température presque absolument invariable.
Je suis heureux de pouvoir décrire ici un de ces régulateurs, que j’utilise depuis plusieurs années, dont j’ai toujours été très satisfait et qui constitue une très heureuse modification apportée au régulateur à éther de M. le professeur Chauveau, par M. Ch. Pittion, préparateur au laboratoire de clinique médicale de M. le professeur Bondet, à la Faculté de médecine de Lyon (fig.8).
Si j’entre dans quelques détails au sujet de la construction de ce régulateur, dont la description n’a encore été donnée nulle part, bien que plusieurs laboratoires lyonnais le possèdent depuis longtemps, c’est parce qu’un expérimentateur quelque peu familiarisé avec le travail du verre peut lui- même le fabriquer, dans un laboratoire muni d’une lampe d’émailleur .
FIG. 7. — Grande étuve, modèle Babès, à deux compartiments.

Le fonctionnement du régulateur représenté par la figure ci-jointe repose sur la tension des vapeurs de l’éther; il convient donc très bien pour les températures supérieures au point d’ébullition de ce liquide (34°,5). Cet instrument n’est qu’une modification de celui que Chauveau a inventé et dont il a doté son laboratoire, il y a quelques années. Le régulateur de Chauveau était composé de deux parties distinctes, l’une fixe et plongeant dans l’eau de l’étuve, c’était un réservoir barométrique à mercure; l’autre, mobile dans le sens vertical, exigeait l’emploi d’un support spécial; on réunissait les deux pièces par un tube en caoutchouc rempli de mercure. L’ensemble constituait un appareil quelque peu encombrant et fragile. Celui de M. Pittion est d’une seule pièce et de construction facile.
FIG. 8. — Régulateur à mercure et éther, de M. Pittion.

Il se compose (fig. 8) d’un tube de verre A dont le calibre présente deux rétrécissements, le premier a au tiers de la longueur, le deuxième b commence au second tiers; à partir de b, le tube va en s’effilant jusqu’à son extrémité inférieure, où il ne possède plus qu’une lumière très étroite. Au point b est soudé un tube beaucoup plus large, fermé et arrondi à sa partie inférieure; le réservoir R communique librement avec le tube A. La partie supérieure du tube A est fermée par un bouchon percé d’un trou pouvant admettre à frottement un second tube B, de petit diamètre, rétréci à celle de ses extrémités qui plonge dans la lumière du tube A, soudé par l’autre extrémité à un tube transversal librement ouvert; l’ensemble de cette pièce a la forme d’un T présentant trois orifices. Enfin, dans le tube A, à deux centimètres environ de l’extrémité supérieure, s’ouvre une tubulure latérale C, portant elle-même une tubulure plus petite; cette dernière est réunie à l’une des branches supérieures du tube B par un petit tube en caoutchouc muni d’un robinet.
A l’aide d’une pipette recourbée, on a fait passer dans le réservoir R, rempli de mercure, quelques gouttes d’éther qui, en raison de leur densité, sont venues se rassembler à la partie supérieure r.
Le régulateur, ainsi constitué, est prêt à fonctionner. On le met en place en observant que le réservoir R soit complètement immergé dans le liquide de l’étuve. On réunit l’extrémité libre G du tube mobile au robinet du gaz, et, à l’aide d’un tube en caoutchouc, on fait communiquer l’extrémité de la tubulure latérale h avec le brûleur. Le fonctionnement et le réglage sont des plus simples. Le gaz arrive en G, passe librement dans le tube A, et de là arrive au brûleur par la tubulure C. L’étuve s’échauffe peu à peu. Dès que la température de 35° est atteinte, l’éther entre en ébullition; les vapeurs formées refoulent le mercure qui, ne trouvant pas d’autre issue, s’élève dans le tube A d’une quantité d’autant plus grande que la température est plus élevée. Lorsque le thermomètre accuse la température choisie, on abaisse le tube B jusqu’à ce que l’extrémité d arrive au contact du mercure. Aussitôt, le passage du gaz étant obstrué, le brûleur s’éteint. Pour éviter ce phénomène, qui nécessiterait des rallumages très fréquents, on a ouvert très légèrement le robinet O; le gaz, ne pouvant plus passer en d, trouve par là une issue et peut encore arriver au brûleur, où il donne une flamme très petite et incapable à elle seule d’exercer aucune influence sur la température de l’étuve. Cette température, par suite de l’extinction partielle du brûleur, baisse au bout de peu de temps; une partie des vapeurs d’éther formées se condense, le mercure descend et démasque l’orifice d; aussitôt un nouvel afflux de gaz se produit et se manifeste par une élévation de la flamme qui sera suivie bientôt d’un nouvel abaissement.
Lorsqu’il s’agit de régler l’étuve à une température supérieure à 78°, on remplace l’éther du réservoir par de l’alcool absolu.
Ce régulateur, on le comprend aisément, ne peut fonctionner au-dessous de 35° point d’ébullition de l’éther; aussi, pour les étuves devant être réglées à 20°, je recommande particulièrement le régulateur à mercure de Chancel (fig. 9), présenté par les Allemands dans leurs catalogues ou leurs livres sous le nom de Reichert.
Un entonnoir à filtrations chaudes (fig. 10) est indispensable pour la confection de la gélatine-peptone et des milieux à la gélose (agar-agar).
Des ballons de contenance variable, des tubes à essai de différents diamètres, des plaques de verre semblables à celles qu’a préconisées Koch, avec leur support à vis calantes, des cloches de verre, des éprouvettes graduées de différents calibres, des verres de montre et des capsules de porcelaine, quelques flacons d’Erlenmeyer, des capsules de Rietsch, dites de Pietri, des pipettes longuement effilées, complètent le matériel de verrerie le plus communément employé.
J’indiquerai encore dans cette nomenclature générale les fils de platine droits ou recourbés en crochet ou en anse à leur extrémité libre (fig. 11) (öse des Allemands), emmanchés dans une baguette de verre plein, les pinces de divers calibres, les lames (porte-objets) et lamelles (couvre-objets, covers) pour les examens microscopiques et enfin le microscope lui-même qui doit, par sa composition optique, donner au moins 700 diamètres et présenter la perfection la plus grande de ces sortes d’instruments, tant au point de vue de la pénétration que de la clarté.
FIG. 9. — Régulateur à mercure, de Chancel.

FIG. 10. — Appareil à filtration à chaud.

FIG. 11. — Aiguille en fil de platine.

Quelques appareils spéciaux restent encore dont la description trouvera plus logiquement sa place dans les chapitres où il sera question de tel ou tel procédé d’analyse .
Une chambre claire, et particulièrement celle d’Oberhauser qui permet de dessiner sur un plan horizontal, n’est pas indispensable, mais elle rendra, à celui qui pourra l’avoir, les plus grands services; son prix est, au reste, peu élevé. Il est nécessaire d’avoir aussi un certain nombre de thermomètres, les uns étalons pour le réglage des étuves, d’autres destinés à prendre la température des animaux en expérience, d’autres enfin tout à fait ordinaires.
Avec le matériel relativement restreint que je viens d’indiquer, un bactériologue quelque peu au courant de la technique des laboratoires de microbiologie pourra, sans grande dépense, pratiquer l’analyse biologique d’une eau quelconque au point de vue quantitatif, et même, avec de très simples instruments supplémentaires, tels que seringues à injection, appareil de contention pour lapins (fig. 12), etc., et quelques animaux, la compléter au point de vue qualitatif et expérimental.
Les réactifs dont on aura à faire usage sont les mêmes que ceux employés en Microbie générale, je me contente d’en énumérer les principaux: Alcool, éther, eau distillée, stérilisée, acides nitrique et sulfurique, acide phénique, liquide de Gram, couleurs basiques d’aniline et plus spécialement: violet de gentiane, fuschine, bleu de méthylène, chrysoïdine, etc., quelques couleurs acides comme l’éosine, de l’essence de girofle ou de bergamote, du baume de Canada dissous dans le Xylol, Thymol, etc., papier de tournesol, ouate ordinaire, capuchons de caoutchouc, étiquettes gommées, filtres en papier, etc.
FIG. 12. — Appareil de Czermak. La figure supérieure donne les détails de l’appareil, la figure inférieure montre un lapin immobilisé (Cl. Bernard)

Je suppose, bien entendu, le lecteur familiarisé avec la technique bactérioscopique générale et je n’entre dans aucun détail sur la préparation des milieux de culture, leur stérilisation, la manière d’opérer les. ensemencements, de pratiquer les colorations et les examens microscopiques. Je renvoie le débutant auquel cette technique serait étrangère aux nombreux ouvrages de bactériologie français et étrangers qui ont été publiés dans ces dernières années.
Je recommande particulièrement, en ce qui concerne ceux écrits ou traduits dans notre langue, en première ligne: le Traité pratique de bactériologie de E. Macé, dont une seconde édition parait en ce moment chez J.-B. Baillière et fils, puis l’œuvre considérable de Cornil et Babès: les Bactéries, qui en est à sa troisième édition (1890), la Technique microbiologique de Hueppe et Van Ermengem, traduite en Belgique, et son complément: les Microorganismes, de C. Flügge, traduit par le docteur F. Henrijean (Bruxelles, 1887). Enfin, parmi les manuels plus modestes, je citerai: le Précis de Microbie de Thoinot et Masselin (1889) et la Technique élémentaire de Bactériologie de Salomonsen, traduit par le docteur Ray. Durand-Fardel (Paris, 1891).
Je crois devoir, à propos du matériel du laboratoire de l’analyste, donner ici quelques-uns des procédés destinés à fournir l’eau stérilisée dont on a, à chaque instant, besoin et parfois en grande quantité.
L’eau peut être rendue aseptique à froid ou à chaud.
A froid, c’est grâce surtout à la filtration à travers les bougies du système Chamberland, que l’on obtient de l’eau microbiquement pure.
La figure 13 représente une bougie Chamberland isolée renfermée dans un cylindre métallique résistant dont la partie supérieure se visse au robinet de la canalisation; l’eau arrive dans ce cylindre purgé d’air au préalable, passe à travers le biscuit, gagne la paroi intérieure de la bougie dans un état de pureté parfaite et peut être, pour les besoins du laboratoire, recueillie goutte à goutte, à condition que le tube d’amenée ait été préalablement stérilisé, dans un flacon flambé et bouché à la ouate.
FIG. 13. — Filtre Chamberland à une bougie.

Si l’on veut obtenir des filtres Chamberland ce qu’ils doivent donner, c’est-à-dire un liquide rigoureusement aseptique, il faut avoir soin d’essayer d’abord la bougie à la pompe à air pour vérifier si elle ne présente pas de fêlures, la stériliser ensuite à l’autoclave avant la mise en service et répéter de temps à autre cette opération après usage, après avoir pris la précaution de brosser énergiquement sa surface extérieure.
La stérilisation à chaud s’opère en petit, dans les laboratoires, dans l’autoclave Chamberland ou des récipients, préalablement flambés au four Pasteur, bouchés à la ouate ou au liège et contenant la quantité d’eau nécessaire, sont exposés pendant vingt minutes ou demi-heure, à une température de 115°.
FIG. 14. — Ballon-pipette Chamberland.

On peut, afin de rendre plus commode la répartition de cette eau dans les ballons, tubes ou flacons dans lesquels se feront plus tard les dilutions, se servir du ballon-pipette Chamberland représenté par la figure 14 dans lequel le liquide pourra être plus facilement conservé à l’abri de tous germes.
MM. Rouart et Geneste-Herscher ont construit pour obtenir en grand la stérilisation des eaux suspectes un appareil assez compliqué (fig. 15) que je ne représente et décris ici que parce qu’il pourra rendre de
A. chaudière; B. échangeur; C. complément d’échangeur; D. classificateur; E. arrivée d’eau à stériliser; F. sortie de l’eau stérilisée; G. foyer; H. manomètre; I. niveau d’eau.
signalés services dans certaines localités affligées. d’épidémies dues à l’eau potable.
FIG. 15. — Appareil de MM. Rouart, Geneste et Herscher, pour stériliser les eaux à haute température.

Cet appareil se compose d’une chaudière A, d’un échangeur B, d’un clarificateur D et, quand cela est nécessaire, d’un complément d’échangeur C. La chaudière est formée d’un serpentin E dans lequel circule l’eau à purger de germes et d’un petit réservoir A servant de régulateur. L’échangeur consiste en un serpentin F dans lequel passe l’eau stérilisée; ce serpentin est enfermé dans un récipient B parcouru par l’eau à stériliser; le complément d’échangeur C comprend aussi un serpentin faisant suite à l’échangeur B et placé dans un réservoir ouvert à sa partie supérieure; enfin, le clarificateur D est tout simplement un appareil filtrateur formé de couches de gravier superposées destinées à arrêter au passage les matières ténues en suspension dans l’eau portée à haute température.
L’eau de la canalisation, amenée par un robinet dans le tube E, pénètre dans le récipient B, puis se dirige, suivant les flèches, en passant par le tube en S,EE, dans le serpentin de chauffage disposé dans l’intérieur du fourneau; durant ce parcours l’eau est portée à une haute température et pénètre dans la petite chaudière, puis en ressort par la tubulure FF, traverse le serpentin de l’échangeur, le complément d’échangeur C si cela est nécessaire et enfin se clarifie à travers le filtre de sable D.
La stérilisation est opérée à une température variant entre 115° et 130°, et il suffit de 1 kilogramme de charbon pour stériliser 100 litres d’eau. Encore une fois, je ne considère pas cet appareil comme faisant partie du laboratoire d’analyses, mais il est bon que le médecin et l’hygiéniste le connaissent, afin de pouvoir s’en servir, le cas échéant, en temps d’épidémie. C’est lui, en effet qui, d’après le docteur Gabriel Pouchet, qui a étudié avec soin son fonctionnement , donne, au point de vue bactériologique surtout, les résultats les meilleurs et les plus constants; pour obtenir, une stérilisation absolue et certaine il suffit de chauffer l’eau dans l’appareil, soit pendant quinze minutes à 120° centigrades, soit pendant dix minutes à 130°.
M. Vinay , dans son excellent manuel d’asepsie, a consacré quelques pages à la stérilisation de l’eau, qui joue, à l’heure actuelle, un si grand rôle en chirurgie et qui, suivant sa pureté ou son état de pollution, peut être une arme à deux tranchants et des plus dangereuses.
Il a montré, en se basant sur ses expériences et celles de M. L. Dor, qu’on ne pouvait avoir une confiance absolue dans toutes les bougies Chamberland, certaines parmi elles présentant de légères défectuosités de fabrication qui suffisent à rendre la filtration presque illusoire; il en est de même de l’ébullition simple. Aussi, accorde-t-il la préférence, pour les besoins de la chirurgie, au procédé de stérilisation de l’eau, tel qu’il a été introduit dans la pratique par M. le professeur Léon Tripier.
On se sert d’un ballon de verre aplati à sa partie inférieure et offrant une capacité de deux litres environ. Il est muni de tubes en verre très courts, dont l’un présente à son extrémité libre un renflement rempli de coton pour la filtration de l’air et dont l’autre reçoit un tube de caoutchouc sur lequel on place une pince de Mohr. On le remplit incomplètement d’eau pour que les deux tubes ne plongent pas dans le liquide. Ceci fait, on le place dans l’autoclave de Chamberland où il est soumis à une température de 120° pendant vingt à vingt-cinq minutes. Lorsqu’on veut se servir de ce ballon, il suffit de l’incliner et de régler l’écoulement de l’eau en pressant plus ou moins sur le tube de caoutchouc. Lorsqu’on veut faire cesser l’écoulement, on place la pince de Mohr et on redresse le ballon; de cette façon, l’air extérieur ne peut entrer librement.
Ce procédé très simple et commode peut aussi être utilisé dans le laboratoire pour avoir constamment à sa disposition l’eau stérilisée dont on a, à chaque instant, besoin.
CHAPITRE IV
Table des matières
ANALYSE QUANTITATIVE
Trois méthodes principales: Examen microscopique direct, cultures dans les milieux liquides, cultures sur les milieux solides. — Examen microscopique direct. — Ses variétés: Examen immédiat, Examen après évaporation et coloration, Procédé de Certes. — Cultures dans les milieux liquides. — Analyses de Pasteur et Joubert. — Expériences et travaux de Miquel. — Koch et les milieux solides.
Nous avons déjà vu que l’analyse bactériologique de l’eau pouvait être quantitative ou qualitative et que cette dernière avait autrement d’importance que la première en ce qui concerne les intérêts de l’hygiène publique. Mais le plus ordinairement le bactériologue procède en même temps et par les mêmes opérations à l’une et à l’autre, il compte les individualités ou les colonies microbiennes renfermées dans un volume déterminé de liquide et il s’efforce par la même occasion de déterminer spécifiquement chacune des bactéries mises en évidence.
Comme néanmoins l’analyse quantitative précède dans la grande majorité des cas la qualitative et que l’emploi des méthodes qu’elle nécessite ne nuit en rien à la recherche ultérieure de la qualité de chaque microorganisme, c’est par l’étude de ces méthodes d’analyse quantitative que je débuterai.
Elles peuvent être réparties en trois principaux groupes que nous appellerons:
1° MÉTHODES PAR L’EXAMEN MICROSCOPIQUE DIRECT;
2° MÉTHODES PAR LES CULTURES DANS LES MILIEUX LIQUIDES;
3° MÉTHODES PAR LES CULTURES SUR LES MILIEUX SOLIDES;
L’ordre que je viens d’adopter est à peu près l’ordre chronologique de la découverte et de l’utilisation de ces différentes catégories de méthodes et nous fera en quelque sorte aller du simple au composé, la technique se compliquant, bien entendu, au fur et à mesure qu’elle se perfectionne.
1° MÉTHODES PAR L’EXAMEN MICROSCOPIQUE DIRECT. — Ce sont de beaucoup les plus simples et les plus anciennes et si j’ai écrit: MÉTHODES au pluriel, c’est parce qu’elles sont elles-mêmes, malgré leur extrême simplicité, subdivisées en plusieurs variétés ou procédés.
A. L’examen immédiat qui se pratique sans aucun artifice de préparation ou de coloration, en plaçant une goutte d’eau sur une lame de verre porte-objet préalablement flambée, et en la recouvrant d’une lamelle couvre-objet également flambée, a du exister depuis les origines même du microscope, et lorsque Leuwenhœck examinait, avec ses verres grossissants, une infusion ou une eau croupissante peuplées de ses infusoires, il employait semblable procédé. Un grossissement de 700 diamètres au moins est nécessaire ici pour que les bactéries soient visibles et encore celles-ci ne le deviennent-elles le plus souvent que grâce à leurs mouvements très actifs.
Ce procédé est, j’ai à peine besoin de le dire, des plus grossiers et très infidèle, et on est vraiment étonné de voir en 1886 le docteur Cahen, de Nancy, lui attribuer une telle importance que dans les conclusions de son travail il dit textuellement ceci: «Le procédé de choix ou même le seul procédé pratique à employer pour exécuter l’analyse biologique des eaux est l’examen microscopique immédiat.»
Si ces lignes avaient été écrites dix ans auparavant, ou si M. Cahen n’avait pas connu les travaux de Pasteur, Certes, Miquel, Koch, Fol, etc., auxquels il fait allusion dans sa thèse, jaurais à la rigueur compris ses préférences, mais dans les conditions et à l’époque où elles ont été exprimées elles me causent quelque surprise.
On peut évidemment par ce procédé voir quelques-uns des microbes des eaux surtout de celles très riches en microorganismes, particulièrement les bacilles, mais la plupart des microcoques et toutes les spores passeront inaperçus, ainsi que le fait très justement remarquer M. Dubarry qui a mis en usage à plusieurs reprises la méthode préconisée par M. Cahen et qui n’en a obtenu que de très médiocres résultats. Je me contente à la suite des essais que j’ai pratiqués moi-même de confirmer ces appréciations.
Le premier examen microscopique systématique de l’eau paraît avoir été fait par Harral sur les eaux de la Tamise et de Londres en 1850; il laissait déposer l’eau dans un tube à expériences et examinait au microscope une goutte du dépôt.
«La chimie, dit-il dans son travail de 1851, ne peut guère être adaptée fructueusement à la recherche de la nature des matières organiques des eaux; elle ne donne qu’une estimation assez grossière de leurs proportions et ne distingue pas les matières animales des végétales ni la matière vivante de la matière morte; elle ne nous dit rien des familles, genres et espèces des nombreux produits vivants contenus dans les eaux impures, ni de leurs allures et de leur développement, etc. Ces recherches sont plutôt du domaine du naturaliste, du physiologiste et du micrographe, et je crois avoir le mérite d’avoir appliqué pour la première fois les ressources fournies par ces diverses sciences et d’avoir procédé d’une manière pratique et scientifique tout à la fois à l’examen des conditions actuelles de l’eau en général, et en particulier de celle de la métropole.»
L’examen microscopique direct de l’eau et de ses sédiments a été encore pratiqué avec quelque succès, semble-t-il, en 1865, par Radlkofer, de Munich, en 1852 et en 1866, lors des épidémies de choléra, par F. Cohn, de Breslau, qui publia à ce sujet un mémoire extrêmement important.
Hirt de Breslau, en 1879, emploie aussi la même méthode dont il résume les procédés dans les trois recommandations suivantes:
1° Examiner successivement et immédiatement au microscope 20 à 30 gouttes de l’eau suspecte récemment puisée;
2° Examiner aussi le sédiment déposé par l’échantillon abandonné au repos pendant 5 à 6 jours;
3° Agir de la même façon pour la pellicule superficielle qui se forme quelquefois à la surface de l’eau au repos; et qu’il considère, malgré ses imperfections, comme la meilleure existant à cette époque (1879).
Hulwa a aussi suivi les mêmes errements pour l’étude systématique des eaux de l’Oder et de Breslau dont les résultats ont été publiés en 1885 dans un mémoire des plus intéressants .
Macdonald, dans la seconde édition de son Guide pour l’examen microscopique de l’eau potable, paru en 1883, conseille de procéder de la façon suivante: Un grand vase de verre est rempli de l’eau à examiner: puis un disque de verre ou mieux un verre de montre maintenu par une anse d’un long fil d’aluminium est descendu jusqu’au fond du vase qui est alors couvert avec soin et laissé au repos pendant vingt-quatre à quarante-huit heures. Au bout de ce temps l’eau est enlevée à l’aide d’un siphon formé par un tube de caoutchouc, de façon à ne laisser qu’une mince couche de liquide sur le disque ou dans le verre de montre. Celui-ci est alors soulevé soigneusement et posé sur plusieurs doubles de papier buvard de manière à sécher sa face inférieure et à enlever l’excès d’eau; il est ensuite transporté sous le microscope et examiné après avoir été recouvert d’une lamelle.
C’est un procédé tout à fait analogue que préconisent au point de vue de l’examen microscopique des eaux, Tiemann et Gärtner dans leur Précis d’analyse microscopique des eaux (1889).
Les micrographes et les biologistes de la station expérimentale de Lawrence au Massachussett ont singulièrement perfectionné les divers procédés d’examen microscopique des eaux, procédés auxquels les noms de leurs auteurs: Parker, L. Kean, miss C.-A. Woodman, Rafter, Williston (du Connecticut), Sedgwick -Rafter, sont restés attachés, au moins en Amérique.
Comme ces différentes méthodes, plus ou moins compliquées et sures, ont surtout pour but de décéler dans les eaux ordinaires et dans les eaux d’égout les organismes végétaux et animaux bien supérieurs aux bactéries, tels que: infusoires ciliés et flagellés, algues, diatomées, etc., je ne crois pas devoir les signaler autrement ici, et je renvoie le lecteur désireux de les connaître à la description détaillée qui en a été donnée dans le rapport du biologiste de la station de Lawrence, M. William T. Sedgwick.
A cette même station où dans ces dernières années on s’est occupé de l’examen chimique et biologique des eaux d’égouts l’analyse, bactériologique proprement dite est en effet pratiquée aujourd’hui suivant la méthode de Koch dans laquelle les godets de Piétri ont été substitués aux plaques de verre.
On trouvera dans le volume que je viens de signaler quelques précieuses indications concernant la flore bactérienne spéciale des eaux d’égout, et je décris à la fin de ce «Précis» dans sa partie systématique, les espèces nouvelles qui ont été décrites par M. Edwin O. Jordan, assistant biologiste-chef de la station de Lawrence, espèces dont quelques-unes me semblent particulièrement intéressantes.
B. Examen après évaporation et coloration. — Ce procédé préconisé tout d’abord par Koch constitue déjà sur le précédent un progrès appréciable. La goutte d’eau est évaporée au- dessus de la lampe sur une lamelle couvre-objet (cover) et le résidu qu’elle abandonne est coloré avec une solution de bleu de méthylène; on laisse sécher, on lave à l’alcool, on monte dans le baume et on examine au microscope à un grossissement l’au moins 500 diamètres. Etant donnée l’action élective bien connue du bleu de méthylène et des autres couleurs basiques d’aniline sur les bactéries celles-ci devraient être facilement constatables, si la production le cristaux ne gênait pas singulièrement l’observation. M. Cahen a fait subir à ce procédé quelques légères modifications de détail.
Il opère non plus sur une seule goutte d’eau, mais bien sur 10 à 15 centimètres cubes qui sont évaporés lentement au bain-marie, dans une capsule de porcelaine flambée, jusqu’à réduction de moitié. Il transporte alors au moyen d’une baguette de verre stérilisée par la chaleur une forte goutte de ce liquide ainsi concentré sur une lame porte-objet, moins fragile qu’un cover. La lame est placée sous une cloche de verre pendant vingt-quatre heures environ jusqu’à l’évaporation complète, puis le résidu est traité par de l’alcool concentré qu’on laisse évaporer pendant un quart d’heure, il est ensuite coloré avec du violet de gentiane, du bleu de méthylène ou mieux de la safranine et laissé en contact avec la solution colorante pendant vingt-quatre heures sous une cloche. On lave alors à l’alcool à 90°, on laisse sécher, on monte dans le baume et on examine avec un grossissement de 700 diamètres.
Le perfectionnement consiste ici surtout dans la substitution de l’évaporation lente à l’évaporation rapide au-dessus d’une flamme qui risquait de brûler et de détruire les microorganismes.
Ce procédé comme le précédent est des plus infidèles et ne peut être considéré que comme très approximatif.
C. Examen après précipitation par l’acide osmique. — Procédé de M. Certes. — M. A. Certes, qui déjà en 1880, avait, dans une note à l’Institut fait connaître les avantages que l’analyse micrographique des eaux pouvait retirer de l’emploi de l’acide osmique et des autres réactifs durcissants du protoplasma, fit, le 28 août 1882, au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, tenu à La Rochelle , une longue communication dans laquelle il préconisait à nouveau son procédé et en fixait d’une façon plus stricte le modus operandi. Ce procédé, essentiellement basé sur l’action fixatrice de certains produits chimiques et notamment de l’acide osmique, s’adresse non seulement aux microbes, mais encore et surtout à ces petits êtres végétaux ou animaux, infiniment supérieurs comme organisation aux bactéries, qui constituent la florule et la faunule microscopiques de la plupart des eaux. Ces infusoires, ces algues, ces microorganismes de toutes sortes sont tués, fixés instantanément dans leur forme, légèrement colorés et précipités dans le fond des récipients contenant le liquide à examiner.
Certaines précautions doivent, bien entendu, être prises, afin d’assurer la propreté absolue des flacons qui contiendront les échantillons d’eau, et pour empêcher leur contamination par des organismes ou des germes étrangers; comme elles ne présentent rien de particulier, il n’y a pas lieu d’y insister ici.
Je préfère indiquer, de façon plus complète que cela n’est fait d’ordinaire dans les ouvrages de bactériologie, le mode d’emploi des réactifs et notamment de l’acide osmique qui, encore maintenant, peut, dans certains cas spéciaux, être utilisé et rendre quelques services.
D’après M. Certes, le réactif le meilleur est l’acide osmique; puis viennent, par ordre d’efficacité : le bichlorure de mercure, la chaleur, l’iode, le chlorure de palladium, le bichromate de potasse, les couleurs d’aniline dissoutes dans la glycérine, dans l’alcool ou dans l’eau, qui peuvent parfois être employés successivement avec avantage.
L’acide osmique doit être en solution aqueuse à 1 pour 100, conservée dans un flacon hermétiquement clos.
Quant à l’analyse proprement dite, elle s’effectue de la manière suivante:
Dans une petite éprouvette ou dans un tube long et étroit, préalablement lavés soigneusement à l’alcool, aux acides et à l’eau bouillante, on introduit dix à douze gouttes de la solution d’acide osmique (1 centimètre cube de cette solution donne, avec un compte-gouttes ordinaire, 17 à 18 gouttes). L’eau à analyser, après quelques minutes de repos, est ensuite versée lentement (à la dose de 30 à 40 centimètres cubes) par fractions et en agitant à chaque fois pour assurer le mélange. De cette façon, les organismes en suspension se trouvent successivement en contact avec une solution à 1/2, 1/4, à 1/5 pour 100, sans que cependant la proportion du réactif, qui a pu être trop forte au début pour certains organismes, devienne trop faible à la fin pour les autres. Au bout de quelques minutes, on ajoute encore de l’eau distillée pour atténuer l’action de l’acide osmique et on laisse déposer.
On décante ensuite, surtout lorsqu’il s’agit de la recherche d’organismes très ténus comme les microbes, au bout d’au moins plusieurs heures et généralement de vingt-quatre heures, de manière à ne conserver que le dépôt ou sédiment dans 1 à 3 centimètres cubes de liquide. C’est ce dépôt qui est alors examiné au microscope, tel quel ou après avoir été coloré avec une couleur basique d’aniline en solution aqueuse, additionnée de glycérine au tiers.
On peut enfin, si l’examen microscopique ne doit pas être immédiat, conserver le sédiment en le plaçant dans de l’eau distillée phéniquée, ou dans un des liquides dont M. Certes donne les formules (liquides d’Allen, de Brun, de Petit, etc.).
Les résultats obtenus avec la méthode de Certes peuvent être excellents en ce qui concerne la constatation de certaines espèces d’infusoires, d’algues ou de diatomées; mais il nous apparaissent aujourd’hui comme bien peu importants pour l’analyse bactériologique des eaux; ils méritent cependant d’être rapportés, parce que le procédé qui les fournit peut être considéré comme une des premières tentatives les plus sérieuses et les plus scientifiques dans la voie que nous allons parcourir.
Les méthodes basées sur l’examen microscopique des eaux, avec ou sans opération préalable, ne purent, malgré les efforts et la grande confiance de leurs auteurs, satisfaire aux exigences des véritables bactériologues qui comprenaient fort bien que des êtres d’une petitesse aussi grande que les bactéries pouvaient et devaient, le plus ordinairement, passer complètement inaperçus.
Aussi, les microbiologistes se préoccupèrent-ils de bonne heure de substituer à ces procédés grossiers et infidèles une méthode plus sûre et plus scientifique et de faire pour les microbes de l’eau ce qu’on tentait depuis quelque temps déjà pour ceux des humeurs virulentes, c’est-à-dire les cultiver dans des milieux nutritifs appropriés.
Je ne peux, dans ce manuel, faire l’historique complet des tâtonnements qui aboutirent aux découvertes modernes. Qu’il me suffise de dire que, bien qu’en 1871, Burdon Sanderson ait fait quelques expériences qui démontraient, par des cultures positives, la présence de bactéries dans les eaux de Londres, ce sont MM. Pasteur et Joubert qui, en 1878, ont, les premiers, paru indiquer d’une façon formelle le procédé de culture en milieux liquides comme pouvant servir pour l’analyse microbiologique des eaux. Ils pratiquèrent eux-mêmes un grand nombre d’analyses et purent ainsi émettre un certain nombre de conclusions qui modifièrent quelque peu l’idée que l’on se faisait de la pureté de certaines eaux. Ils démontrèrent notamment que les eaux de rivière étaient très riches en germes microbiens, tandis que les eaux de source, puisées au lieu même d’émergence, n’en renferment absolument pas et que les eaux distillées des laboratoires, que l’on croyait si pures, étaient constamment contaminées, à moins qu’on eût pris soin de les recueillir dans des vases absolument privés de germes. Ces différentes constatations eurent un très grand retentissement et furent le point de départ de recherches qui, à bref dé - lai, donnèrent, entre les mains de Miquel, des résultats tels qu’une nouvelle méthode d’analyse microbiologique des eaux était spéciale, et présentant de sérieuses garanties d’exactitude. D’autre part, les travaux de Koch sur l’utilisation, en microbiologie, des milieux nutritifs solidifiables et particulièrement de la gélatine-peptone, modifièrent singulièrement la technique que l’on avait suivie jusqu’alors, et les Allemands ne manquèrent pas d’appliquer à l’analyse microbiblogique des eaux les nouveaux procédés de cultures sur milieux solides qui, quoi qu’on en ait voulu dire, ont constitué et constituent encore un immense progrès dans l’histoire de la Microbie.
CHAPITRE V
Table des matières
ANALYSE QUANTITATIVE
— SUITE —
Puisage et transport des eaux. — Appareils et récipients pour le puisage superficiel ou profond. — Flacons, ballons, tubes-pipettes à vide relatif, modes de stérilisation de ces récipients. — Appareil plongeur de Miquel. — Appareil modifié de G. Roux. — Udomètre de Miquel. — Expériences de Miquel et de Karlinski. — Appareils pour le transport des eaux. — Boites de Miquel, de Rietsch, du ministère de la guerre, de Pfühl. — Nécessaires bactériologiques de Miquel et de G. Roux.
C’est seulement avec les méthodes de culture, soit dans les liquides, soit sur les milieux solides, que l’analyse bactériologique des eaux est entrée dans sa phase vraiment scientifique; c’est alors que l’on a pu se convaincre qu’il était absolument nécessaire, pour obtenir des résultats sérieux, de recueillir les échantillons d’eau avec certaines précautions et qu’on a du poser les règles précises de ce puisage.
Des expériences faites avec grand soin ont, d’autre part, démontré qu’il n’était pas indifférent de procéder, à un moment quelconque, à l’ensemencement de ces échantillons, et leur transport au laboratoire, lorsque l’analyse ne pouvait pas être commencée sur place, devait, lui aussi, être opéré de façon particulière.
C’est à l’étude détaillée de ces règles spéciales concernant le puisage et le transport des eaux destinées à l’examen biologique que sera consacré ce chapitre.
Pour l’analyse chimique, le mode de puisage des eaux importe peu; on ne prend guère plus de précautions que l’on n’en prend pour remplir une carafe d’eau fraîche et propre destinée aux repas. Pourvu que le flacon soit suffisamment grand et très propre, tout est bien.
Il n’en est plus de même en ce qui concerne le puisage des eaux destinées à l’analyse microbiologique: les précautions les plus minutieuses doivent, ici, être observées, et ce qu’il faut éviter par dessus tout, c’est l’apport de germes vivants provenant d’ailleurs que de l’eau qu’il s’agit de recueillir et d’examiner.
Il est, en un mot, indispensable que les récipients dont on se servira, quelles que soient leurs formes et leurs dimensions, soient absolument aseptiques.
Pour réaliser cette condition, deux moyens principaux sont à notre disposition: 1° la chaleur; 2° le lavage avec une substance antiseptique.
L’action stérilisatrice de la chaleur est produite par le four Pasteur dont il a déjà été question (voy. fig. 2), dans lequel les récipients en verre, bouchés avec un fort tampon de ouate, peuvent être élevés à une température de 150 à 200°. Après semblable opération toutes les bactéries à l’état végétatif ou sporulaire, qui pouvaient exister dans l’atmosphère ou sur les parois internes des flacons, sont tuées, et l’air qui pénètre à nouveau dans les récipients se filtre à travers la bourre de coton et s’y dépouille, comme cela a été mainte fois démontré, de tout germe vivant Cette méthode de stérilisation par la chaleur sèche est de beaucoup la meilleure, mais on peut être obligé, dans certains cas, d’avoir recours à celle qui utilise les produits antiseptiques. Voici, en ce cas, quelle est, à mon avis, la meilleure manière de procéder:
Le flacon ou le ballon dont on veut se servir ayant tout d’abord été très bien rincé à l’eau acidulée puis à l’eau claire, on y verse une certaine quantité de solution de sublimé au 5/1000 que, par des mouvements variés, on force à entrer en contact successivement avec tous les points de la paroi interne; la solution étant à dessein choisie très forte, les microorganismes existants ne tardent pas à être tués et la stérilisation du récipient s’obtient ainsi très vite par ce moyen détourné. On vide alors le sublimé et on le remplace par de l’alcool qui est destiné à redissoudre les traces du sel de mercure qui auraient pu rester adhérentes aux parois et agiraient plus tard défavorablement sur les germes de l’eau.
C’est ainsi que Pfuhl cite un cas où des plaques ensemencées avec une eau suspecte étant restées absolument stériles on reconnut que les échantillons contenaient du sublimé qui avait été employé pour la stérilisation du vase.
Après avoir bien rincé avec l’alcool, on se débarrasse de celui-ci et on lave rapidement ou avec de l’éther, ou avec de l’eau longtemps bouillie.
Les bouchons destinés aux récipients doivent, eux aussi, être désinfectés de la même façon et flambés dans la flamme d’une lampe d’alcool, au moment du bouchage.
Il est bon d’avoir toujours tout prêts un certain nombre de récipients destinés au puisage de l’eau, afin de n’être point pris au dépourvu dans un cas urgent.
Le matériel étant quelque peu variable et les opérations différentes suivant l’état topographique de l’eau dont on doit entreprendre l’analyse, je diviserai en trois groupes principaux les cas qui peuvent se présenter:
1° Eau stagnante ou courante. — A. Puisage superficiel. — C’est le cas le plus ordinaire, celui qui se présente lorsqu’on veut analyser l’eau d’un ruisseau, d’une rivière, d’un fleuve, d’un lac, d’une mare, d’un égout, etc., voire même d’une source à son point d’émergence. Tout à fait au début de ses études sur l’analyse microbiologique de l’air et des eaux, Miquel s’est servi pour opérer le puisage de l’eau de ballons ou de tubes effilés en pointe et scellés au moment où ils atteignaient la température de 200 à 300°, de façon à ce qu’un vide assez considérable y fût fait, tubes déjà indiqués par Pasteur. Depuis il les a abandonnés, bien qu’il en reconnût la perfection, sous prétexte qu’ils étaient trop fragiles et peu commodément transportables. Un certain nombre de bactériologues et moi -même avons repris cette idée de Miquel et fait subir à ces ballons quelques modifications qui les rendent en même temps beaucoup plus solides et très peu encombrants; j’y insisterai bientôt.
Miquel conseille maintenant l’emploi de flacons de verre de 100 à 200 centimètres cubes, simplement bouchés au liège et auxquels on a, au préalable, fait subir le traitement suivant:
Les flacons bouchés tout d’abord avec un tampon de ouate sont stérilisés dans un bain d’air (four Pasteur), dont on élève graduellement la température jusqu’à 200° C.; puis, lorsqu’ils sont refroidis, on enlève avec une pince ou un fil métallique flambé le coton roussi qui est remplacé par un bouchon de liège passé dans la flamme d’un bec Bunsen ou d’une lampe à alcool jusqu’à légère carbonisation de sa surface.
Les flacons sont alors enveloppés dans une feuille de papier que, pour plus de sûreté, on cachète à la cire. On peut les conserver ainsi presque indéfiniment stériles et c’est dans cet état qu’ils sont remis aux personnes chargées du prélèvement.
Pour opérer celui-ci dans une eau accessible à la main, le flacon, débarrassé sur le lieu même de la prise de son enveloppe de papier, est débouché et plongé à quelques centimètres de profondeur dans la masse liquide, le goulot dirigé, en cas d’eau courante, en amont, c’est-à-dire en sens inverse du courant; une fois rempli il est retiré, bouché avec le bouchon de liège que l’on n’a pas cessé de tenir au bout des doigts, sans contact possible avec un objet quelconque: habits, sol, etc., et rapporté au laboratoire dans la petite caisse glacière qui sera bientôt décrite.
Il faut, bien entendu, avoir grand soin durant tout le temps qu’exige le puisage à proprement parler de ne pas soulever le limon, le sable ou les graviers, ou même de ne pas frôler les bords de la nappe d’eau avec le col du flacon.
Des expériences très précises m’ont en effet démontré que dans ces cas les résultats de l’analyse sont absolument viciés et infiniment supérieurs numériquement à ce qu’ils devraient être.
Le Dr Joseph Tils, dans l’étude très complète qu’il a entreprise des eaux de conduite de Fribourg, s’est aussi servi tout simplement de petits ballons de 100 centimètres cubes de capacité, bouchés à la ouate et stérilisés par le chauffage à 150°-160° C.
Hueppe 2 conseille de prendre des bouteilles cylindriques de 10 centimètres cubes de capacité environ, munies d’un bouchon à l’émeri fermant très bien. Ces récipients une fois stérilisés sont coiffés d’un capuchon de gomme pure aseptique et enveloppés d’une feuille de papier à filtrer également stérilisée. Chacune de ces bouteilles est alors placée dans une boîte de bois fermant hermétiquement,
Pour recueillir l’eau on enlève avec les mains préalablement lavées le capuchon de gomme et on ne retire le bouchon de verre que sous l’eau même. Une fois que le liquide a pénétré dans la bouteille, on rebouche celle-ci et on l’essuie avec le papier qui servait à l’envelopper. On replace le capuchon et chaque flacon est réintégré dans sa boîte. Enfin toute une série de ces récipients peut être transportée au laboratoire dans une cassette remplie de glace.
MM. Fol et Dunant ont décrit une sorte de pipette en forme de baïonnette destinée au puisage de l’eau superficielle ou profonde. Comme ce petit appareil est un des éléments esssentiels du procédé d’analyse qu’ils ont préconisé je n’ai pas cru devoir scinder l’exposé de la méthode des savants génevois, et, dans le paragraphe qui lui est consacré, je donnerai la description de cette pipette, accompagnée, au reste, d’une figure qui fera bien comprendre son mode de fonctionnement. Il en sera de même pour la pipette à effilure extrêmement fine, qui sert en même temps au puisage de l’eau et à sa répartition dans des conserves de bouillon, qui est employée par MM. Chauveau et Arloing; on trouvera plus loin des détails sur la manière dont elle doit être fabriquée, et sur la façon dont on peut s’en servir.
On a encore recommandé pour recueillir l’eau destinée à l’analyse bactériologique les flacons d’Erlenmeyer , de 30 à 50 centimètres cubes de capacité, bouchés à l’ouate et stérilisés par la chaleur à 160°, en ayant soin de les ouvrir au moment de la récolte dans la flamme d’une lampe à l’alcool, les pipettes Chamberland.
Quels que soient la forme et les dimensions des récipients choisis, tous le sauteurs sont d’accord pour recommander une asepsie rigoureuse de leur intérieur et les précautions les plus minutieuses pour empêcher l’accès des germes de l’air; aussi est-on vraiment étonné de constater que, en 1880, M. Cahen dans sa thèse inaugurale sur l’Analyse biologique des eaux se contente tout simplement de prendre des flacons propres qu’il remplit plusieurs fois à la pompe et vide ensuite pour se débarrasser des germes adhérents aux parois internes, et ne se préoccupe nullement des bactéries atmosphériques sous le fallacieux prétexte que les flacons devant être ouverts plusieurs fois au cours des manipulations, ces dernières y auront fatalement accès à un moment ou à un autre .
En 1889, après avoir essayé plusieurs systèmes, j’en suis revenu à celui, préconisé tout d’abord par Miquel, des tubes-pipettes à longue effilure, dans lesquels grâce à une très haute température un vide partiel est préalablement obtenu. Ce système est, au reste, celui qui semble aujourd’hui avoir les préférences de la plupart des bactériologues. Flügge, en effet, Herœus, Pfuhl, Rietsch, pour n’en citer que quelques-uns, l’utilisent et paraissent en être très satisfaits. Je déclare pour ma part, que, sauf dans les cas où il est nécessaire d’avoir à sa disposition un volume considérable d’eau, je m’en suis toujours très bien trouvé. Afin de ne pas m’exposer à des redites toujours ennuyeuses, je me contenterai de décrire deux modèles de ces tubes-pipettes qui ne diffèrent guère l’un de l’autre que par le choix du verre, et surtout par leur mode de fabrication et par la façon dont le vide est fait dans leur intérieur.
Voici la description de la première variété empruntée in extenso à M. Rietsch (de Marseille).
On prend des tubes à essai, stérilisés à 150° avec leur tampon de ouate; on les étire longuement à la lampe au-dessous du bouchon de coton, puis par un trait de chalumeau on détache la partie inférieure avec son long bec; la pointe de celui-ci est brisée alors avec des pinces flambées sous l’eau distillée stérilisée contenue dans un godet de verre également stérilisé. Un peu d’eau se précipite dans le tube à ce moment; on le redresse et on le place, la pointe ouverte en haut, dans un petit appareil constitué de la façon suivante: trois toiles métalliques sont superposées sur un support au-dessus d’un bec de Bunsen; sur les toiles on place un morceau de tuyau de poêle ayant une longueur à peu près égale à celle que les tubes doivent posséder finalement; on installe les tubes à l’intérieur du tuyau, au-dessus de la flamme et la pointe en haut; l’eau du tube entre en ébullition en chassant l’air; bientôt faute d’eau liquide le jet de vapeur s’arrête à la pointe du tube, celui-ci se trouve alors porté à une haute température par le courant d’air chaud déterminé par le bec de Bunsen. Quand le jet de vapeur s’est arrêté depuis quelques instants on dirige la pointe du chalumeau sur l’extrémité du tube, tout en soulevant un peu celui-ci avec des pinces chauffées, et on scelle ainsi le tube stérilisé et vide d’air.
Pulsuz fraqment bitdi.