Kitabı oxu: «Les monstres dans la légende et dans la nature : études sur les traditions tératologiques»
Henri Cordier
Les monstres dans la légende et dans la nature : études sur les traditions tératologiques

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066329266
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
AVERTISSEMENT
I

AVERTISSEMENT
Table des matières
J’AVOUE que j’étais fort éloigné d’entreprendre des études dont les monstres étaient l’objet, lorsque la publication du «Voyage du frère Odoric de Pordenone à travers l’Asie au XIVe siècle» m’obligea à étudier un nombre considérable de problèmes si intéressants que je n’hésite pas à vous présenter le résultat de mes recherches. Je me trouvais en présence de phénomènes si extraordinaires, qu’ils pouvaient à bon droit passer pour miraculeux; ne pouvait-on pas, avec l’aide de la science moderne, leur attribuer une cause naturelle? Je tâche en effet, avant de chercher des combinaisons savantes, de retrouver, s’il est possible, des origines simples, partant populaires ou naturelles, plutôt qu’héroïques ou surnaturelles, convaincu que le mythe est le résultat et non la source de faits explicables. Je crois avoir réussi, dans l’espèce, au-delà de toutes mes espérances.
Ce n’est ni dans les bestiaires, les herbiers, les lapidaires, si fort à la mode chez nos ancêtres, qu’il faut chercher l’explication des phénomènes qui nous occupent, car ce genre d’ouvrages ne contiennent qu’un exposé des vertus des animaux, des plantes ou des minéraux, ni même dans les ouvrages de tératologie pure, comme ceux d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ou du docteur Martin, qui sont du domaine de la médecine et de l’anthropologie plutôt que du nôtre, mais bien dans les ouvrages des auteurs anciens, dans les récits des voyageurs, et dans quelques-unes des compilations si curieuses qui ont été faites au XVIe siècle. Ces recueils étaient particulièrement riches en descriptions de monstres et ils renfermaient souvent les mêmes gravures sur bois que se repassaient les imprimeurs. Je me suis en général servi des figures de Lycosthènes parce que son volume est, peut-être, le plus complet en ce genre, mais on retrouvera quelques-unes de ses images aussi bien dans la Cosmographie d’André Thévet, que dans celle de Sébastien Munster, et dans les OEuvres d’Ambroise Paré.
Ces études spéciales paraissent avoir été très négligées depuis bien des années, mais il convient cependant de citer les Traditions tératologiques de Jules Berger de Xivrey, le Folk-Lore in China de Dennys et les Mythical Monsters par Charles Gould.
Dans ce travail, j’ai d’abord recueilli chronologiquement tous les documents relatifs aux phénomènes étudiés, puis j’ai tâché d’en donner l’explication. J’ai dégagé de la masse énorme de sujets les trois groupes les plus importants: 1° les hommes à tête de chien, les Cynocéphales; 2° les monstres à tête humaine; 3° les nains ou pygmées; puis j’ai réuni dans un quatrième groupe les monstres divers. J’invite toutes les personnes que peut intéresser ce genre d’études à m’adresser leurs observations que j’insérerai quand l’ouvrage paraîtra sous forme de volume.

NOUVELLES ÉTUDES SUR LES TRADITIONS TÉRATOLOGIQUES
I
Table des matières
LES CYNOCÉPHALES
DÈS l’antiquité, nous trouvons les Cynocéphales dans le pays où est née leur légende, l’Inde. Nous lisons dans Ctésias:
«Ces Cynocéphales habitent les montagnes; ils vivent de leur chasse et n’exercent aucun métier. Lorsqu’ils ont tué quelque animal, ils le font cuire au soleil. Ils élèvent aussi des troupeaux de brebis, de chèvres et d’ânesses, dont ils boivent le lait. Ils font aussi du lait acide ou petit-lait. Ils se nourrissent du fruit du Siptachoras, d’où provient l’ambre. Ce fruit est doux. Lorsqu’ils l’ont fait sécher, ils le conservent dans des corbeilles, de même que les Grecs conservent les raisins séchés au soleil. Les Cynocéphales font un radeau sur lequel ils mettent une charge de ce fruit; ils y joignent de la fleur de pourpre bien nettoyée avec deux cent soixante talens d’ambre qu’ils exportent tous les ans. Ils font aussi tous les ans présent au Roi d’une égale quantité de teinture rouge et de mille talens d’ambre. Ils vendent le reste aux Indiens, et tirent en échange du pain, de la farine et des étoffes de coton. Ils achètent aussi des Indiens des épées, dont ils se servent pour la chasse des bêtes sauvages, ainsi que des arcs et des javelots; car ils sont très habiles à tirer de l’arc et à lancer le javelot. Ils sont invincibles, parce qu’ils habitent des montagnes élevées et escarpées. Le Roi leur envoye tous les cinq ans en présent trois cent mille arcs, autant de javelots, cent vingt mille peltes, et cinquante mille épées.

«Les Cynocéphales n’habitent pas dans des maisons, mais dans des cavernes. Ils vont à la chasse des animaux sauvages, armés d’arcs et de javelots, et comme ils sont très agiles, ils les prennent aussi à la course. Les femmes se baignent une fois tous les mois, après les maladies de leur sexe, et jamais en aucun autre temps. Les hommes ne se baignent point; ils se contentent de se laver les mains. Ils se frottent trois fois par mois d’une huile qui provient du lait. Ils s’essuient ensuite avec des peaux. Leurs habits ne sont pas de peaux garnies de poil, mais de peaux tannées et très minces. L’habillement des femmes est le même. Les plus riches portent des habits de lin; ils sont en petit nombre. Ils ne font point usage de lits; des feuilles d’arbres leur en tiennent lieu. Celui qui possède un plus grand nombre de brebis passe pour le plus riche. Quant au reste de leurs biens, ils en sont tous également partagés. Ils ont tous, hommes et femmes, une queue au-dessus des fesses, comme les chiens; mais elle est plus longue et plus velue. Ils voyent leurs femmes à la manière des chiens; les voir autrement, ce serait chez eux une infamie. Ils sont justes, et ce sont de tous les hommes ceux qui vivent le plus longtemps. Ils poussent leur carrière jusqu’à cent soixante-dix ans, et quelques-uns jusqu’à deux cents.»
Déjà dans l’antiquité, l’homme-chien fournissait des sujets à la caricature; en voici un excellent que nous donne M. Wright: Enée avec son père et son fils:

«L’esprit de parodie des Grecs, s’attaquant même aux sujets les plus sacrés, quoique tombé en décadence dans la Grèce, se releva à Rome, et nous en trouvons des traces sur les murs de Pompeï et d’Herculanum. Nous y voyons la même facilité à tourner en ridicule les légendes les plus sacrées et les plus populaires de la mythologie romaine. L’exemple que j’en donne, d’après une peinture murale, offre un intérêt tout particulier, tant par les détails du dessin lui-même que par ce fait que c’est la parodie d’une des légendes nationales chères au peuple romain, qui s’enorgueillissait de descendre d’Enée. Virgile a raconté d’une manière touchante comment son héros échappa à la destruction de Troie, ou plutôt il a mis le récit de cet épisode dans la bouche de son héros. Lorsque la ville condamnée par les destins était déjà en flammes, Enée chargea son père Anchise sur ses épaules, prit par la main son jeune fils Iules, ou, comme on l’appelait encore, Ascagne, et, suivi de sa femme, il quitta ses foyers:
Pulsuz fraqment bitdi.