Kitabı oxu: «La structure intime des animaux et des végétaux et leur mobilité»

Şrift:

Henri Dutrochet

La structure intime des animaux et des végétaux et leur mobilité

Recherches anatomiques et physiologiques


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066337445

Table des matières

INTRODUCTION.

SECTION I re .

SECTION II.

SECTION III.

SECTION IV.

SECTION V.

APPENDIX.


INTRODUCTION.

Table des matières

Tous les êtres vivants sont susceptibles de subir certaines modifications vitales, par l’influence de certains agents qui leur sont extérieurs. Les physiologistes ont donné le nom de sensibilité à la faculté, à la propriété vitale, en vertu de laquelle a lieu cette influence des causes extérieures sur l’être vivant. Ce que nous appelons sentir ne se peut guère définir; chacun sait ce que c’est par sa propre expérience. Ce sont nos sensations qui nous donnent la conscience de l’existence, qui font que nous avons un moi. Toutes les fois que nous observerons, dans un être vivant, des preuves bien certaines qu’il possède la conscience de l’existence, nous pourrons affirmer, par cela même, qu’il possède la sensibilité ; nous serons autorisés à lui refuser cette faculté lorsqu’au contraire il nous sera bien démontré qu’il ne possède point la conscience de son existence individuelle. Les végétaux sont dans ce dernier cas: personne, je pense, ne sera tenté de leur accorder un moi, et par conséquent des sensations; cependant ils manifestent souvent, par les mouvements qu’ils exécutent à l’occasion de l’influence de certaines causes extérieures, qu’il se passe chez eux un phénomène analogue, à celui que l’on appelle sensation chez les animaux. Les physiologistes de l’école de Bichat considèrent ce phénomène comme appartenant à la sensibilité que cet auteur nomme organique; sensibilité d’une nature particulière, qui n’est point une source de sensations, et qui existe de même dans les organes intérieurs des animaux. Chacun connaît la distinction que Bichat a établie de deux vies, l’une animale, l’autre organique, chez les animaux. Selon ce physiologiste, ces deux vies possèdent chacune une sensibilité particulière: la sensibilité animale est la seule qui soit une source de sensations; la sensibilité organique n’en procure aucune. Or, si l’on prétend que, dans l’exercice de la sensibilité organique, la sensation est bornée à la partie sur laquelle agit la cause qui la met en jeu, on est conduit par cela même à admettre dans cette partie des sensations individuelles et un moi particulier. Le corps d’un animal devient de cette manière un assemblage d’êtres qui ont tous leurs sensations, leurs appétences, leurs aversions particulières. Cette théorie entraîne nécessairement l’idée d’un moi particulier, d’une volonté particulière dans chaque organe. Cette hypothèse est évidemment inadmissible. On ne peut véritablement point dire que les organes qui ne procurent jamais de sensations aient de la sensibilité ; cependant les organes intérieurs des animaux exécutent des mouvements sous l’influence de certaines causes qui leur sont extérieures; ils ont donc une propriété vitale analogue à la sensibilité. Ces conséquences contradictoires prouvent que c’est à tort que l’on se sert en physiologie du mot sensibilité. Que l’on supprime ce mot, lequel ne réveille que des idées, purement morales, et qu’on le remplace par une expression qui représente la nature matérielle du phénomène en question, et toutes les difficultés disparaîtront-à cet égard. Nous pouvons trouver cette expression nouvelle dans l’étude de la manière dont nos sensations sont produites. Les agents extérieurs, lorsqu’ils nous font éprouver des sensations, produisent une modification d’une nature quelconque dans les sens sur lesquels ils agissent; il y a par conséquent production d’un mouvement particulier; l’organe est remué. Nous ignorons quelle est la nature de ce mouvement, mais, son existence n’en est pas moins incontestable. Ce mouvement est transmis, par le canal des nerfs, au cerveau, siége unique du moi, et par conséquent des sensations. Je donne à ce phénomène de mouvement, produit dans les sens par les agents du dehors et transmis par les nerfs, le nom de nervimotion, et à la propriété vitale en vertu de laquelle il a lieu, le nom de nervimotilité ; je donne aux agents extérieurs qui sont susceptibles de produire la nervimotion, le nom d’agents nervimoteurs. La nervimotion est un phénomène purement physique; il précède constamment le phénomène moral de la sensation, mais il n’en est pas toujours suivi: ainsi nos organes intérieurs possèdent la nervimotilité, ils éprouvent la nervimotion; mais il n’en résulte point de sensation, comme cela a lieu pour nos organes extérieurs; ceci tient à des secrets particuliers de la vie. Cette distinction étant une fois bien établie entre les phénomènes moraux et les phénomènes physiques, la science de la vie devient plus simple et plus facile; elle peut même devenir une science exacte. Il était impossible d’appliquer des mesures à la sensibilité et à la sensation, tandis que la nervimotilité et la nervimotion sont susceptibles de mesures, comme tous les phénomènes physiques. Je le répète, ce n’est qu’en bannissant de la physiologie toutes les expressions qui n’éveillent que des idées morales, qu’on se mettra sur la voie de lui faire faire de nouveaux progrès. La nature de la sensibilité, comme celle de la sensation, est totalement inaccessible à notre investigation. Notre faculté de sentir est celle à l’aide de laquelle nous connaissons, il nous est par conséquent impossible de la connaître elle-même. Il est donc contraire à la saine raison, à la bonne philosophie, de placer dans une science d’observation, telle que la physiologie, celui de tous les phénomènes de la nature qui est le plus nécessairement soustrait à nos recherches; l’étude de la sensibilité et de la sensation appartient exclusivement à la psychologie.

La vie, considérée dans l’ordre physique, n’est autre chose qu’un mouvement: la mort est la cessation de ce mouvement. Les êtres vivants nous offrent diverses facultés de mouvement; à leur tête est la nervimotilité, faculté d’éprouver certaines modifications, certains changements dans leur être, par l’influence de certains agents du dehors, ou des agents nervimoteurs. Ce premier mouvement, qui est invisible, est la source des mouvements visibles qu’exécutent les parties vivantes. La faculté d’exécuter ces mouvements qui déplacent les parties peut recevoir le nom de locomotilité : elle offre deux mouvements opposés, la contraction et la turgescence. Toutes ces facultés de mouvements se rattachent à une seule faculté générale, que je désigne sous le nom de motilité vitale: c’est la vie elle-même.

La motilité vitale nous offre, chez tous les êtres vivants, les mêmes phénomènes principaux. Partout il y a nervimotilité, et par conséquent nervimotion sous l’influence des agents nervimoteurs; partout aussi il y a locomotilité ou faculté de changer la position des parties. Les végétaux offrent, comme les animaux, ces deux facultés de mouvement; mais elles sont, chez eux, bien moins énergiques, bien moins développées. Il est fort peu de végétaux dont les parties soient susceptibles d’exécuter ces mouvements brusques, rapides qui, tels que ceux que l’on observe chez la sensitive, frappent d’étonnement par leur ressemblance avec les mouvements des animaux; mais tous les végétaux ont la faculté de donner une direction spéciale à leurs diverses parties, et cette faculté se rattache aux lois générales de la motilité vitale, ainsi que cela sera démontré dans le cours de cet ouvrage. L’étude des fois qui président à la motilité vitale est, chez les animaux, d’une difficulté peut-être insurmontable, à raison de l’extrême complication des causes, tant intérieures qu’extérieures, qui peuvent influer sur l’état de cette motilité. L’étude, à cet égard, se simplifie beaucoup chez les végétaux, et c’est probablement à eux seuls que l’on devra la solution des principaux problèmes de la science de la vie. Les secrets de cette science sont disséminés dans tout le règne organique; aucun être en particulier et même aucune classe d’êtres ne fournit les moyens faciles d’apercevoir tous ces secrets. Le physiologiste doit donc interroger tous les êtres vivants sans exception: chacun d’eux lui dira son mot; chacun d’eux soulèvera à ses yeux une portion particulière du voile dont la nature couvre ses mystères; et c’est de l’universalité de ces recherches que sortira la connaissance complète des phénomènes de la vie.


SECTION Ire.

Table des matières

OBSERVATIONS SUR L’ANATOMIE DES VÉGÉTAUX, ET SPÉCIALEMENT SUR L’ANATOMIE DE LA SENSITIVE ( mimosa pudica. L.).

L’anatomie végétale, étudiée avec le plus grand soin par les observateurs les plus exercés, est certainement arrivée au dernier degré de perfection auquel il soit possible de la conduire par les moyens mis en usage pour cette étude. Que pourrait-on, en effet, attendre de nouveau de l’observation microscopique des organes des végétaux, après les recherches de Leuwenhoeck, de Grew, de Malpighi, d’Hedwig; après les travaux récents de messieurs Mirbel, Link, Tréviranus, Sprengel, etc.? On doit penser qu’après de pareils observateurs il y a bien peu de chose à faire, à moins que l’on ne trouve de nouveaux moyens d’investigation. Bien persuadé de cette vérité, j’ai cherché, par des essais nombreux, à rendre plus facile qu’elle ne l’a été jusqu’à ce jour l’étude de l’anatomie végétale, et j’y suis parvenu au moyen d’un procédé bien simple. Le plus grand obstacle que la nature ait mis à l’étude des organes intérieurs des végétaux n’est pas leur extrême petitesse; c’est la difficulté d’isoler ces petits organes les uns des autres pour les étudier séparément. Leur forte adhérence mutuelle rend cet isolement presque impossible; de plus, ces organes sont opaques pour la plupart, ce qui augmente la difficulté de leur observation, qu’on ne peut faire qu’avec le secours du microscope. J’ai essayé divers moyens pour remédier à ce double inconvénient, et j’en ai trouvé un qui a parfaitement rempli le but que je me proposais. Je place un fragment du végétal que je veux étudier dans une petite fiole remplie d’acide nitrique, et je plonge cette fiole dans l’eau bouillante. Par cette opération, les parties qui composent le tissu végétal perdent leur agrégation et deviennent transparentes, ce qui facilite singulièrement leur étude. En même temps les trachées et les autres vaisseaux se remplissent d’un fluide aériforme, ce qui leur donne au microscope un aspect tout particulier, et fournit un nouveau moyen pour les observer. On sent qu’il ne faut pas que cette opération soit poussée trop loin, car le tissu végétal serait tout-à-fait désorganisé : c’est à l’observateur à limiter le temps que le végétal doit rester dans l’acide nitrique, et cela selon la délicatesse plus ou moins grande de son tissu. Moins l’ébullition est prolongée, mieux cela vaut: en général, il ne faut pas attendre que le tissu végétal soit devenu tout-à-fait transparent, et qu’il se divise spontanément. Avant cette époque de dissolution, il est déjà devenu facile à déchirer dans l’eau avec des pinces, et ses éléments organiques dissociés sont devenus très faciles à étudier. Pour faire cette observation, je place dans l’eau, contenue dans un cristal de montre, des fragments aussi petits qu’il est possible de se les procurer par la division mécanique, et je les soumets au microscope.

C’est le désir de connaître l’anatomie particulière de la sensitive ( mimosa pudica L.) qui m’a engagé dans ces recherches, que j’ai étendues ensuite à beaucoup d’autres végétaux. Ce sera donc l’anatomie de cette plante qui me servira de texte. J’y rattacherai des considérations sur l’organisation des autres végétaux, lorsque cela me paraîtra nécessaire pour éclaicir des points obscurs, et résoudre certaines questions.

Je commencerai l’étude anatomique de la sensitive par l’examen de la moelle. Elle est, comme celle de tous les végétaux, entièrement composée de tissu cellulaire. Les cellules qui la composent offrent une forme hexagonale assez régulière dans quelques endroits, et, dans d’autres, leur forme est tout-à-fait irrégulière; en général, elles sont disposées en séries longitudinales. Grew a comparé le tissu cellulaire à l’écume d’une liqueur en fermentation, et M. Mirbel adopte cette comparaison, qui s’accorde parfaitement avec la manière dont il considère le tissu cellulaire. En effet, il admet que les cellules ont une paroi commune là où elles se touchent, en sorte qu’elles seraient pratiquées dans un tissu membraneux continu; mais l’observation infirme cette assertion. En effet, lorsqu’on soumet à l’ébullition dans l’acide nitrique la moelle de la sensitive ou celle de tout autre végétal, on voit toutes les cellules se séparer les unes des autres, et se présenter comme autant de vésicules complètes qui conservent leur forme, laquelle leur avait été donnée par la compression que les cellules voisines exerçaient sur elles: ainsi, partout où deux cellules se touchent, la paroi qui les sépare offre une double membrane. On voit d’après cela que la comparaison du tissu cellulaire à l’écume manque tout-à-fait de justesse. /

Dans la moelle de la sensitive, chaque cellule porte plusieurs corpuscules arrondis, opaques dans leurs bords, et transparents dans leur milieu. (Fig. 1.) Ces petits corps à demi opaques, et percés, en’apparence, dans leur milieu, ont été observés dans le tissu cellulaire de beaucoup de végétaux par M. Mirbel: il les considère comme des pores environnés d’un bourrelet opaque et saillant. L’observation de la moelle de la sensitive ne me permettait guère d’admettre cette assertion; en effet, le tissu cellulaire dont elle est composée est incolore et d’une transparence parfaite, tandis que le trou prétendu qui est au centre des petits corps dont il est ici question transmet à l’œil une lumière verdâtre. Il me parut que ces petits corps n’étaient autre chose que des petites cellules globuleuses, remplies d’une matière verdâtre transparente, lesquelles, en leur qualité de corps sphériques transparents, rassemblaient les rayons lumineux dans un foyer central, et devaient, par conséquent, paraître opaques dans leur pourtour. Chacun sait que tel est l’effet de la réfraction des rayons lumineux par les corps transparents sphériques ou lenticulaires. Ce soupçon s’est changé en certitude par l’observation de l’effet que produit l’acide nitrique sur ces corpuscules transparents: en effet, lorsqu’on fait chauffer la moelle de la sensitive dans cet acide, les cellules acquièrent une grande transparence, et les corpuscules dont il est ici question deviennent complètement opaques; leur centre ne transmet plus aucun rayon de lumière. Cette observation prouve d’une manière incontestable que les petits corps qui sont situés sur les parois des cellules ne sont pas des pores environnés d’un bourrelet opaque, comme le pense M. Mirbel, mais que ce sont véritablement des petites cellules globuleuses, remplies d’un fluide qui est concrété et rendu opaque par l’acide nitrique. On sait que les fluides qui ont été concrétés par les acides sont ordinairement dissous et fluidifiés de nouveau par les alkalis. Il était important de savoir si ce phénomène chimique se manifesterait par rapport aux corpuscules concrétés de la moelle de la sensitive. J’ai donc placé sur une lame de verre quelques fragments de cette moelle dont les corpuscules étaient devenus opaques par l’action de l’acide nitrique; je les ai couverts d’une grosse goutte de solution aqueuse de potasse caustique, et j’ai présenté la lame de verre avec précaution à la flamme d’une lampe à esprit de vin, afin que la chaleur favorisât la dissolution. Au bout de quelques minutes, ayant examiné ce tissu cellulaire au microscope, j’ai trouvé tous les corpuscules transparents dans leur milieu, avec une teinte verdâtre, comme cela avait lieu dans l’état naturel: ainsi il est évident que l’alkali avait dissous et rendu transparent le fluide que l’acide avait concrété et rendu opaque. Cette double expérience, qui sera répétée souvent dans la suite de cet ouvrage, ne permet donc plus de douter que les corpuscules arrondis dont il est ici question ne soient, comme je l’ai dit plus haut, de petites cellules globuleuses remplies d’un fluide concrescible par les acides et soluble dans les alkalis. Il n’y a point de végétal dont le tissu cellulaire ne soit muni avec plus ou moins d’abondance de ces petites cellules globuleuses, qui sont situées dans l’épaisseur des parois des grandes cellules; nous verrons plus bas qu’on les trouve aussi à la surface de certains tubes végétaux. Quelle est la nature, quels sont les usages de ces corpuscules globuleux vésiculaires? c’est ce qu’il est impossible de déterminer par l’étude des seuls végétaux. Ce n’est que l’étude comparée de la structure intime des animaux qui peut ici nous fournir des lumières. Les recherches microscopiques de plusieurs observateurs, recherches qui seront exposées plus bas, ont appris que tous les organes des animaux sont composés de corpuscules globuleux agglomérés. Il est évident que ces corpuscules sont les analogues de ceux que nous venons d’observer dans le tissu organique des végétaux, chez lesquels ils sont infiniment moins nombreux qu’ils ne le sont chez les animaux. Cette observation nous montre une certaine analogie de structure organique entre les végétaux et les animaux, mais elle ne nous éclaire point sur les fonctions de ces petits organes globuleux. Comme ils composent tous les organes des animaux, cela prouve que ce n’est point de leur forme qu’il faut tirer des inductions pour déterminer leurs fonctions; mais, chez les animaux, la nature chimique de ces corpuscules globuleux n’est point partout la même. Ainsi, ceux qui composent les muscles sont solubles dans les acides, tandis que ceux qui composent le système nerveux sont insolubles dans ces mêmes acides, mais seulement solubles dans les alkalis. Or, telle est aussi la nature chimique des corpuscules globuleux que l’on observe dans les végétaux, ainsi que nous venons de l’exposer. Ceci peut donc autoriser à penser que ces corpuscules globuleux sont des organes nerveux, ou plutôt que ce sont les éléments épars d’un système nerveux diffus, ou qui n’est point réuni en masses, comme il l’est chez les animaux. Cette considération, appuyée sur l’analogie de la nature chimique des corpuscules globuleux, est encore fortifiée par l’observation de la structure intime du système nerveux de certains animaux: ainsi, chez les mollusques gastéropodes, la substance médullaire du cerveau est composée de cellules globuleuses agglomérées, sur les parois desquelles il existe une grande quantité de corpuscules globuleux ou ovoïdes, comme on le voit dans la figure 20. Ces corpuscules, de couleur blanche, sont évidemment de très petites cellules remplies de substance médullaire nerveuse; elles sont situées sur les parois des grandes cellules qui contiennent une substance demi-transparente. La similitude de cette organisation avec celle du tissu cellulaire médullaire des végétaux est évidente: nous voyons ici de même de petites cellules globuleuses, remplies de substance concrescible par les acides, et situées sur les parois des grandes cellules. Cette analogie très remarquable de structure qui existe entre le tissu cellulaire médullaire des végétaux et la substance du cerveau des mollusques est donc une analogie de plus, qui sert à étayer l’opinion que nous venons d’émettre sur la nature et sur les fonctions des corpuscules végétaux que nous considérerons comme des molécules nerveuses éparses sur les parois des cellules; et, en effet, les phénomènes singuliers que présentent les végétaux irritables ne permettent guère de douter qu’il n’y ait chez eux quelque chose d’analogue aux fonctions que remplit le système nerveux chez les animaux. Ces phénomènes tendent, par conséquent, à prouver qu’il y a chez les plantes, sinon un système nerveux, au moins quelques éléments de ce système. On sent qu’il serait impossible de trouver un plus grand nombre de preuves tirées de l’analogie entre les animaux et les végétaux, pour établir, chez ces derniers, l’existence des éléments du système nerveux. L’immense distance qui sépare ces deux classes d’êtres ne laisse subsister entre elles aucune de ces analogies empruntées de la forme générale et de la position des masses qui nous servent, dans l’anatomie comparée des animaux, à déterminer la nature des organes. Déjà ces analogies ont disparu graduellement chez les zoophytes; il ne reste, chez les végétaux, lorsqu’on veut les comparer aux animaux, que les analogies empruntées de la forme, de la position, et de la nature chimique des particules qui composent le tissu organique. Lors donc que nous avons saisi ces analogies des particules, nous avons saisi tout ce qu’il y a de comparable dans la structure organique des végétaux et des animaux. Fondé sur les observations qui viennent d’être exposées, je n’hésiterai donc point à considérer les corpuscules globuleux de nature concrescible qui sont situés dans les parois des cellules des végétaux, comme des corpuscules nerveux; je les désignerai dorénavant sous ce nom, que l’on devra considérer comme une expression abrégée qui signifie une cellule globuleuse microscopique, remplie de substance nerveuse.

Les cellules de la moelle ne contiennent que de l’air dans les tiges de la sensitive un peu âgées; mais lorsque ces tiges sont naissantes, comme elles le sont aux extrémités des rameaux, les cellules de la moelle contiennent un fluide diaphane concrescible par la chaleur et par les acides, et soluble cependant dans ces derniers. Pour voir cela, il faut couper une tranche de moelle extrêmement mince, et la mettre dans un peu d’eau. Cette tranche transparente, observée au microscope, ne fait apercevoir que des cellules diaphanes dans les parois desquelles on distingue une grande quantité de corpuscules nerveux; mais si l’on trempe cette tranche dans l’acide nitrique froid pendant une ou deux minutes, on voit que plusieurs de ces cellules deviennent opaques, tandis que les autres conservent leur transparence, comme on le voit dans la figure 2. C’est spécialement auprès de l’étui médullaire que ces, cellules opaques sont nombreuses. Cette observation prouve que ces cellules contiennent, dans l’état naturel, un fluide diaphane qui est concrété par l’action à froid de l’acide nitrique. Si l’on fait chauffer dans cet acide la petite tranche dont il vient d’être question, toutes les cellules qui étaient devenues opaques reprennent leur transparence; il y a dissolution complète de la substance concrétée qu’elles contenaient.

L’étui médullaire de la sensitive est composé d’une assez grande quantité de trachées qui, dans l’état naturel, ne se déroulent point; elles sont extrêmement petites. Lorsqu’on fait bouillir la lige de cette plante dans l’acide nitrique, les trachées se remplissent d’air; on les voit alors très facilement, d’autant plus que le tissu végétal environnant a acquis de la transparence. La propriété de l’acide nitrique à chaud étant de détruire l’agrégation des organes qui composent les végétaux, il en résulte que par ce moyen les trachées s’isolent tout-à-fait, du tissu végétal environnant, et qu’elles deviennent plus faciles à dérouler qu’elles ne l’étaient auparavant. J’espérais, par ce moyen, obtenir le déroulement des trachées de la sensiitve; cependant, quoique je leur eusse fait subir une ébullition de dix minutes, elles refusèrent de se dérouler: on pourrait penser, d’après cela, que ce ne sont point des trachées. On sait que M. Mirbel a admis chez les végétaux des fausses trachées, c’est-à-dire des tubes qui, par leur aspect, ressemblent extérieurement aux trachées, mais qui en diffèrent parce qu’ils ne se déroulent point comme elles: mais tels ne sont point les vaisseaux de la sensitive dont il vient d’être question; car, en les faisant bouillir pendant long-temps dans l’acide nitrique, ils finissent par devenir susceptibles de se dérouler. Ainsi, l’impossibilité qu’il y avait de dérouler ces trachées dans l’état naturel provenait de l’adhérence mutuelle de leurs spires qui était plus forte que la ténacité du fil spiral, en sorte que celui-ci se rompait plutôt que de quitter l’adhérence qui l’unissait aux spires voisines. Une longue ébullition dans l’acide nitrique détruit cette adhérence, et alors les apparentes fausses trachées se trouvent être des trachées véritables. M. Link, dans ses Recherches sur l’anatomie des plantes , a fait mention de ces trachées qui ne se déroulent point; il les nomme vaisseaux en spirale soudée. Au reste, j’ai observé que les spires des trachées sont unies entre elles par une membrane transparente qui se déchire lorsqu’on déroule le fil spiral; cela se voit avec facilité lorsque, par l’ébullition dans l’acide nitrique, on a complètement isolé des trachées qui se trouvent remplies d’air, et dont les spires sont un peu éloignées les unes des autres. L’un des végétaux qui se prête le mieux à ce genre d’observations est le solanum tuberosum. Les pétioles des feuilles de cette plante contiennent des trachées très grosses et plongées dans un tissu très délicat, ce qui rend leur observation très facile, surtout à l’aide de l’acide nitrique. On peut, sur ce végétal, voir avec facilité la membrane qui unit entre elles les spires des cachées. M. Mirbel a fait mention de cette membrane dans son Traité d’anatomie et de physiologie végétale; car il dit positivement que la trachée, en se déroulant, présente quelquefois deux filets réunis par une membrane intermédiaire. Il dit un peu plus bas: On peut conjecturer avec quelque apparence de raison que, dans beaucoup de cas, les trachées ne se déroulent que parce qu’on déchire les membranes qui unissent les spires entre elles Mais, quittant bientôt cette manière de voir, qui ne s’accordait pas avec sa théorie, M. Mirbel considère les trachées comme formées d’une lame roulée en spirale, bordée souvent de petits bourrelets calleux; à l’appui de cette opinion, il donne la figure très grossie d’une portion de trachée, figure dont je reproduis ici l’analogue (fig. 3, a). Dans l’explication que M. Mirbel donne de cette figure, il considère la trachée comme ayant des fentes transversales bordées en dessus et en dessous par le bourrelet ou cordon saillant que l’on voit ici de chaque côté de la lame qu’a formée la trachée en se déroulant. D’abord je dois faire observer que la forme de trachée représentée ici est assez rare; je ne l’ai observée que dans quelques trachées du sureau (sambucus nigra). Ici la trachée est composée de deux fils spiraux juxtaposés et formant une lame opaque par leur réunion; cette lame est roulée en spirale dont les spires sont écartées les unes des autres, et leurs intervalles sont remplis par une membrane transparente c. Lorsqu’ on essaie de dérouler cette trachée, le déroulement s’opère par la séparation des deux fils qui forment la lame opaque, en sorte que la membrane transparente qui remplissait les intervalles des spires se trouve rester intacte et bordée de chaque côté par un fil opaque, qui est la moitié de la lame opaque qui composait la spire de la trachée avant son déroulement. J’ai représenté la continuation de cette trachée non déroulée en b. Cette figure fera voir, mieux que l’explication que j’en pourrais donner, l’erreur où est tombé M. Mirbel, en prenant pour une lame spirale de trachée ce qui n’est dans le fait que la membrane intermédiaire aux spires, bordée de chaque côté par un des deux fils spiraux qui forment cette lame par leur réunion. L’adhérence mutuelle de ces deux fils étant moins forte que ne l’est la résistance de la membrane intermédiaire aux spires, il en résulte que le déroulement de la trachée s’opère seulement par la séparation de ces deux fils qui, dans l’état naturel, ne sont point séparés par une fente comme l’admet M. Mirbel. Au reste, on sait que les trachées, qui souvent n’ont qu’un seul fil spiral, en possèdent quelquefois deux, trois et quatre, ainsi que je l’ai observé moi-même; M. Link en a compté jusqu’à sept. Ces fils spiraux, qui se suivent parallèlement, forment, par leur assemblage, une lame en spirale plus ou moins large; et la réunion de ces fils, opérée par une membrane intermédiaire quelquefois apercevable, ne laisse point subsister de fentes entre eux. Ainsi les trachées n’ont point de fentes transversales en spirale, comme le pense M. Mirbel, qui trouve dans ces fentes et dans les bourrelets prétendus qui les bordent, une transition heureuse pour passer des trachées aux fausses trachées, dans lesquelles il a cru reconnaître des fentes transversales bordées de bourrelets, tentes qui, selon lui, ne diffèrent que par leur forme alongée, des pores, également bordés d’un bourrelet. Nous avons prouvé plus haut que ces prétendus pores n’existent point dans le tissa cellulaire; nous verrons tout à l’heure qu’ils n’existent point non plus sur les tubes que M. Mirbel appelle poreux. Nous venons de voir que les trachées n’ont point de fentes transversales en spirale; nous verrons dans un instant que les fausses trachées ne sont point non plus fendues transversalement.

Les trachées sont, en général, des tubes dont la longueur est considérable; la manière dont ils se terminent n’a point encore été observée. M. Mirbel prétend que ces tubes se métamorphosent vers leurs extrémités en tissu cellulaire, et qu’il en est de même des autres tubes végétaux. Cette assertion est encore infirmée par l’observation. J’ai vu dans les pétioles des feuilles du noyer (juglans regia ), et dans l’étui médullaire du sureau ( sambucus nigra ), que les trachées se terminent en devenant des spirales coniques dont la pointe devient très aiguë, comme on le voit dans la figure 4; j’ai vu que cette terminaison des trachées étai; la même en haut et en bas, c’est-à-dire à la base et au sommet de ces tubes spiraux.

Janr və etiketlər

Yaş həddi:
0+
Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
Həcm:
221 səh. 3 illustrasiyalar
ISBN:
4064066337445
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
Yükləmə formatı: