Kitabı oxu: «La route des Alpes françaises»
Henri Ferrand
La route des Alpes françaises

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306069
Table des matières
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
VI
VII
VIII
IX
CHAPITRE X
XI
XII
SERVICES AUTOMOBILES DE LA C IE P.L.M.

CHAPITRE PREMIER
Table des matières
LA COTE D’AZUR
Nice. — Jardin Albert Ier, Jetée-Promenade et monument du Centenaire.

Nice et ses environs. - Ses rivales.
LA COTE D’AZUR! Ce nom si harmonieux évoque bien l’image d’un beau pays.
Celui qui y arrive pour la première fois ne peut manquer d’être frappé d’un vif étonnement. Il ressent une émotion profonde et délicieuse de se trouver en face d’une réalité qui satisfait si bien ses aspirations intimes, qui traduit si parfaitement en lignes et en couleurs l’idée qu’il se faisait des beautés de la nature.
Pour le voyageur parti le soir de Paris, le coup de théâtre se produit surtout en débouchant sur la baie d’Agay. Sous la magie du soleil levant le tableau parfait que forment la mer bleue donnant de ses franges d’écume l’assaut aux rochers rouges, les pins sombres balançant leur ondoyant panache dans une lumière à la fois douce et vibrante, est une puissante révélation qui captive d’emblée les facultés humaines. Tout au long de cette Corniche d’Or si bien nommée, l’acuité des sensations se maintient et se renouvelle. A la pointe d’Antèore, au cap Roux, aux rochers du Trayas, l’enthousiasme s’excite de plus en plus, il arrive à son comble à la Pointe de l’Esquillon, puis il s’apaise doucement dans le site ravissant de Théoule, et l’on a recueilli la quintessence du plaisir que distillent tous les points de la côte.
Saint-Tropez.

Ailleurs la végétation exubérante devient la tonalité principale, et l’on se croirait transporté dans un rêve d’Orient.
Ce pays est si bien doué que même quand le soleil, son grand artisan, lui fait défaut, il exhale encore un charme différent. Sous un ciel plombé où court en escadrons pressés la cavalerie des nuages éparpillés par le mistral, on y voit l’image poignante d’une révolte de la nature. Le conflit s’anime entre les vagues monstrueuses qui escaladent les rocs et qui s’y brisent, et les pins secoués, tordus, sifflant, qui viennent balayer la mer de leur chevelure. Au Lavandou, à Cavalaire, au pourtour de l’Ile Saint-Honorat, ce sont spectacles fréquents qui s’impriment fortement dans les âmes.
Les calanques du Trayas.

De cette région heureuse, Nice la Jolie se targue d’être la capitale. Le langage habituel est venu préparer cette royauté en désignant sous le nom expressif de Baie des Anges le rivage auprès duquel elle s’allonge. Émanation de la romaine Cemenelum (Cimiez) l’agglomération niçoise végéta pendant le temps où les yeux des hommes restaient fermés aux beautés pittoresques. En vain les ducs de Savoie, puis les rois sardes, ses maîtres, lui prodiguaient-ils leurs faveurs; en vain pour la galvaniser par le commerce avaient-ils fait creuser et aménager son port Lympia, elle s’engourdissait sur la rive gauche de son fleuve le Paillon, et ne laissait aux rares voyageurs qui la traversaient, même à Topffer, qu’une assez piètre impression.
Le retour à la famille française fut le coup de baguette qui la réveilla, et l’arrivée de la voie ferrée lui donna l’impulsion régénératrice. On ne saurait pour elle comme pour Saint Raphaël ou pour Cannes citer l’initiateur de sa vogue.
Ce fut le public, dès qu’il put y venir.
Une administration intelligente et avisée sut profiter de l’impulsion et la favoriser. Elle amorça au bord de mer cette enchanteresse Promenade des Anglais, que chaque décade allonge, et qui se poursuit maintenant de l’embouchure du Paillon à celle du Var. Sur ce fleuve torrentiel dont es galets affligeaient la vue, elle jeta la magie du Casino et de la Place Masséna, et sur un plan judicieusement tracé les maisons, les hôtels, les villas et les jardins tissèrent bien vite une toile d’araignée réunissant la gare à la ville.
Comme il arrive toujours en pareil cas, en raison des facilités qu’on leur offrait, les visiteurs firent boule de neige. La ville déborda sur ses alentours, les jardins disparurent sous les constructions nouvelles, et maintenant la plaine tout entière est couverte, et l’admirable ceinture de collines que lui forme la couronne de Vénus est assaillie à son tour par l’impétueux élan des habitations de plaisance.
Terrasse de Monte-Carlo.

Le climat, qui lui permet de cultiver les bois d’orangers en pleine terre, a fait de Nice l’hôtellerie hivernale de tous les frileux d’Europe. Si les Anglais, très volontiers voyageurs, furent ses premiers clients, leur nombre fut bien vite égalé et dépassé par l’afflux cosmopolite. Les Français eux-mêmes, si lents à connaître et à apprécier ce qu’ils ont sous la main, se sont pris d’engouement pour elle et Paris possède la majorité de ses nids de verdure. Il y a apporté l’indéniable cachet de son bon goût, il a peuplé de ses resplendissants magasins les principales artères. Il n’est pas de grande maison parisienne de modes, de couture, de joaillerie, etc... qui n’ait sa succursale Avenue de la Victoire ou Avenue de Verdun.
Entraînée par ce mouvement constant, Nice a continué sa couverture du Paillon et a créé sur ses grèves cet éblouissant jardin Albert Ier où s’élève la colonne commémorative de sa réunion à la France et près duquel se trouve l’original Palais de la Jetée Promenade.
Cannes. — Promenade de la Croisette.

Mieux que de grands et vastes monuments, la cité niçoise sait se parer de ses attraits naturels, son château est un séduisant belvèder animé par la cascade de la Vésubie, son Montboron a ses jardins parfumés, et sa colline de Cimiez ses parcs et ses villas. Elle évoque aussi ses souvenirs et ses gloires par ses arènes et sa vieille abbaye de Cimiez par son palais des Lascaris. par ses statues de Masséna, de Garibaldi, de Gambetta. etc...
Reine de la Côte d’Azur, elle s’entoure d’un cortège de dames d’honneur qui sont aussi parfois des rivales.
Cannes, qui n’était il y a moins d’un siècle qu’une bourgade de pêcheurs et qui n’a dû la faveur anglaise qu’à une mésaventure de lord Brougham, en a si bien profité qu’elle est devenue une des stations les plus élégantes de la Côte. Son agglomération est continuée au loin par une multitude de jardins, de villas, d’hôtels et de châteaux. Contournant à l’orient son Mont-Chevalier, de silhouette si caractéristique, elle se prolonge par sa plage presque jusqu’à la Bocca, et à l’Est, elle a envahi et dépassé la Pointe de la Croisette. Reconnaissante envers son fondateur et ses hôtes, elle a élevé au milieu des palmiers une statue à lord Brougham et plus récemment à Édouard VII.
Monaco, si superbement planté sur son rocher pittoresque aurait paru moins accessible à la vogue; mais il s’est doublé de Monte-Carlo, qui en outre de l’attraction spéciale des jeux est favorisé par une situation incomparable, et ce nouveau centre débordant de toutes parts, après avoir occupé par la Condamine tout l’espace qui le séparait du rocher princier, a projeté hors des limites de la principauté le rutilant Beau-Soleil. Il respire de tout son ensemble le luxe et l’opulence.
Menton, vers les confins de la terre de France n’exerce pas une moindre attraction. Les derniers contreforts des Alpes qui l’enserrent lui assurent une protection si efficace contre les vents qu’elle jouit comme Beaulieu d’une végétation tropicale. Ses bois de citronniers parfument l’atmosphère, et son développement s’étend maintenant sur plus de trois kilomètres de plage: de l’embouchure couverte du Borigo jusqu’au pont Saint-Louis au-delà de Garavan.
Toutes ces cités séductrices et bien d’autres auprès d’elles empruntent leur charme au climat bienfaisant que le soleil dispense si généreusement, que la mer complète et que les fleurs embaument: un seul nom les groupe et les caractérise, c’est la COTE D’AZUR.
Menton.

Touët de Beuil, et la vallée du Var.

CHAPITRE II
Table des matières
LA VALLÉE DU VAR
La Mescla. - Touët de Beuil et les Gorges du Cians. Puget-Théniers. - Entrevaux et le Pont de Gueydan.
Merveilleux début! La Route des Alpes suit d’abord la Promenade des Anglais. Pendant ce parcours de plus de cinq kilomètres au long de la mer caressante, la vue sur la côte orientale change et se modifie à chaque tour de roue. On dirait un diorama mouvant: c’est d’abord l’échiné du Mont-Boron qui s’allonge, puis derrière elle, la presqu’île de Saint-Jean qui révèle peu à peu ses villas et ses hôtels, plus loin le Cap Martin avec ses belles futaies, plus loin encore l’au delà-de Menton, les Rochers Rouges et Bordighera, chaque langue de terre s’avançant à son tour pour renouveler la joie des yeux.
Aux abords de l’Hippodrome, la route quitte la plage, coupe un instant la plaine en passant sous la ligne du chemin de fer et vient s’asseoir sur la digue gauche du Var.
La Mescla.

On a perdu de vue la mer, et le décor des Alpes se présente aux regards: à droite, des coteaux cultivés s’étageant graduellement, à gauche, des collines plus abruptes au pied du majestueux escarpement du Baou de St-Jeannet, puis au milieu, la sombre fissure par laquelle s’échappe le fleuve et qui va servir d’accès. Ce fond de tableau s’approche avec rapidité, les remparts latéraux se resserrent, et on se trouve emporté dans un large corridor où la route voisine avec la voie du chemin de fer Sud-France qui vient la rejoindre par un tunnel.
Au pied du Baou de St-Jeannet, qui maintenant paraît formidable, on voit se dédoubler la ligne ferrée, l’une de ses branches traversant le fleuve et remontant sur sa rive droite vers le village de Gattière dont les maisons s’éparpillent sur la pente et plus loin vers la vieille ville de Vence, l’ancien évêché du poète Godeu.
A Saint-Martin-du-Var, quelques usines ternissent un moment le paysage qu’anime d’autre part le confluent de l’Estéron: le vallon commence à prendre des allures de gorge, et des routes aux lacets pressés arrivent de part et d’autre, à droite de la Roquette, à gauche par le pont Charles Albert de Roquestéron, tous deux noms éloquents témoignant de la prédominance des roches.
Vieille porte à Vence.

Puget-Théniers.

Le spectacle ambiant devient plus borné et plus sévère: subitement la paroi de droite s’entr’ouvre et laisse passer le flot de la Vésubie, c’est la rencontre de deux gorges étroites, aux murailles escarpées, aux flots mugissants. Un pont de quatre arches permet de franchir l’affluent, puis deux routes divergent: l’une, à l’Est, remonte la Vésubie et conduit, suivie d’une voie ferrée, à St-Jean-de-la-Rivière, à Lantosque et à Saint-Martin-de-Vésubie. L’autre, notre Route des Alpes, toujours accompagnée de la ligne du Sud-France pénètre dans les Gorges inférieures du Var au défilé du Ciaudan.
Dès lors, sa chaussée va être à chaque instant portée sur des travaux d’art. L’étroite fente, sciée par le travail millénaire des eaux, laissait à peine le passage du Var et la route aussi bien que le chemin de fer ont dû s’ouvrir le leur à force de tunnels et de viaducs.
Lavoir public à Puget-Théniers.

Une nouvelle fissure, un nouveau torrent qui s’en échappe, la Tinée, apportant au Var les écoulements des plus hauts pics de la frontière! Ce confluent, dont l’aspect est particulièrement grandiose a reçu le nom expressif de la Mescla. Là aussi une route et une ligne ferrée annexe ont été tracées par l’industrie des hommes, remontant vers Clans et Saint-Sauveur. La route principale franchit le Var et s’incruste désormais sur sa rive droite, dans la continuation toujours aussi sauvage et grandiose du défilé des Gorges du Var. La direction qui depuis l’Hippodrome était toujours vers le Nord, s’incurve à l’Ouest à partir de la Mescla (100 m.).
Les gorges du Cians.

Bientôt les murailles abruptes, qui encaissaient la route, s’adoucissent, et aux escarpements succèdent des pentes moins accentuées. Une route stratégique traverse le fleuve et monte en lacets au fort de Picciarvet (600 m. environ), puis après un nouvel étranglement, qui oblige la gorge et la route à un double contour, la vallée s’élargit et le site du pont de Malaussène annonce une sorte de petite plaine allongée qui fut jadis un ancien lac. Le berceau qui s’étend à l’Ouest offre un coup d’œil agréable, occupé par la culture et encadré de vignes parsemées de figuiers. A une certaine hauteur, sur la droite, on aperçoit le village de Touèt de Beuil, curieusement perché sur une corniche abrupte, avec un rocher en forme d’auvent qui semble le recouvrir. Son unique rue, passant parfois sous les maisons, commence à être désertée et les habitants sont descendus au pied de la pente-fonder le Touèt du Var, qui, pourvu d’un bon hôtel, sert de point de départ pour l’excursion des gorges du Cians.
Eglise de Puget-Téniers.

A moins d’un kilomètre, en effet, les pentes septentrionales sont coupées par une échancrure qui livre passage à l’impétuosité du Cians. Parmi toutes les longues gorges auxquelles a donné naissance le travail des eaux sur des roches analogues, celle du Cians est une des plus curieuses. Sur une longueur de 20 kilomètres, à deux reprises, elle entaille à près de 400 mètres de profondeur le plateau calcaire, et la partie supérieure, celle qui atteint le village de Beuil, est à la fois la plus étroite et celle qui est forée dans les roches aux plus vives couleurs. Au-dessus de Beuil, elle s’irradie en berceau dont les pentes ne sont pas compatibles avec le prolongement d’une voie carrossable. Elle est donc une impasse qui ne peut se greffer sur le trajet de la Route des Alpes, mais c’est une des plus belles excursions d’auto-car du rayon de Nice.
En amont de l’entrée des gorges du Cians, la vallée du Var s’ouvre assez largement et la route se prolonge dans un paysage sans grand caractère jusqu’à Puget-Théniers qui offre aux visiteurs les restes d’une vieille église bâtie dit-on par les Templiers, et un château fort en ruines.
Entrevaux.

Le berceau qui s’était ouvert après les gorges du Cians, consacré à la culture des vignes, des oliviers et des amandiers, se resserre, et à l’entrée d’un défilé rocheux la route se heurte à l’étrange décor d’Entrevaux.
Sentinelle chargée de monter la garde au débouché des vallons supérieurs du Var, Entrevaux constituait une citadelle imprenable à l’époque des projectiles à courte portée. Entourée de murs crénelés qui remontent de chaque côté jusqu’au château sommital, trouée de rues enchevêtrées dont l’étroitesse est inaccessible aux voitures, reliée seulement à la rive droite par un pont fortifié muni de deux herses, elle formait un camp retranché dédaigneux des assauts.
La route continue à suivre la direction de l’Ouest, et à 8 kilomètres d’Entrevaux parvient au Pont de Gueydan, carrefour où divergent la Route des Alpes d’été et la Route d’hiver.
Porte d’Entrevaux.

Pont de Gueydan.

CHAPITRE III
Table des matières
LES GORGES DE DALUIS
Guillaume et son château. - Le Val d’Entraunes.
Le Col de la Cayolle et le Vallon du Bachelard.
Barcelonnette.
L’axe général de la vallée est continué dans la direction de l’Ouest, mais par un caprice géographique, ce n’est plus que le lit d’un affluent. La paroi septentrionale, très escarpée, est brusquement ouverte par une coupure de la roche, et de cette porte étroite jaillit un cours d’eau dans lequel on s’accorde à reconnaître le Var supérieur, tandis que le torrent direct est désigné sous le nom de la Vaire. Dans l’une et l’autre vallée sont tracées des routes, mais la ligne du Sud-France, se dirigeant vers Digne, ne remonte que le vallon de la Vaire: un simple tramway se poursuit dans l’autre direction jusqu’à Guillaumes.
Gorges de Daluis.

Au point inférieur, où elle a été usée par le Var, la Porte est franchie par deux ponts: l’un ancien, en dos d’âne, presque ruiné, qui fut celui de l’ancien chemin, l’autre moderne et à voûte surbaissée qui donne passage à la route: encore ne l’atteint-elle que par un court tunnel.
A la tête du pont sur la rive droite, se présente le carrefour des deux voies. Celle de gauche fut d’abord l’itinéraire de la Route des Alpes par le col d’Allos avant l’ouverture du col de la Cayolle. C’est celle de droite qui est maintenant fréquentée par les auto-cars.
Le Pont de Gueydan franchi, la route tourne au Nord, remontant la rive droite du Var dans un paysage fort élargi mais sévère et déboisé. A l’horizon, quelques grands sommets commencent à se montrer: le fond du val est ravagé par les divagations du fleuve. Un assez court trajet en palier amène au village de Daluis (633 m.), après lequel la chaussée se relève. On avance vers le fond de ce berceau, et on voit les deux rives opposées très rocheuses et escarpées se rapprocher pour ne laisser entre leurs murailles qu’une étroite et sombre ouverture d’où sortent les eaux. La route qui a continué à monter arrive au sommet de cette fissure (840 m.) et alors se déroule un des enchantements majeurs du trajet. Sur un parcours d’environ huit kilomètres on est suspendu à 150 mètres au-dessus du niveau de la gorge. La faille n’est pas rectiligne et ses sinuosités, souvent coupées par des tunnels ou raccordées par des ponts, font à chaque inflexion modifier le décor. Tantôt la paroi opposée s’offre dans toute sa hauteur, laissant apercevoir les eaux vertes du Var qui se brisent au fond du gouffre, rejaillissent en écume blanche, et hurlent comme un géant captif: tantôt on est si rapproché que la vue se borne à quelques strates discordantes. Des couleurs intenses, avivées par la lumière méridionale, ajoutent à l’impression, et un tableau étrange se forme, du rouge des roches, du vert des eaux et du bléu du ciel se heurtant dans la pènombre de l’abîme. Ces gorges du Var, que l’on appelle communément gorges de Daluis du nom du village près duquel elles commencent, et pour les distinguer des gorges inférieures, sont une des plus sensationnelles merveilles des Alpes Maritimes.
Les Gorges de Daluis et le Pont des Roberts.

Troupeau à Guillaumes.

Ancien château de Guillaumes.

Guillaumes.

Comme toujours à ce défilé succède un évasement où la route s’incline pour revenir au niveau du torrent, qu’elle passe au Pont des Roberts (750 mètres d’altitude). Le vallon assez bien cultivé est tout entouré de collines verdoyantes, et bientôt on voit se dessiner sur l’horizon l’imposante silhouette du château de Guillaumes.
Marché de tout le val d’Entraunes, assis au confluent du Var et de la Tuëbi, le bourg de Guillaumes était jadis une place de guerre, fortifiée au XIe siècle par GUILLAUME II, comte de Provence, qui lui donna son nom. Le château qui le domine fut souvent habité par les successeurs de ce prince. Aujourd’hui le donjon est en ruines, il ne reste plus que quelques pans de murs des remparts, et la crainte des inondations préoccupe plus les habitants que celle des pillages. On part de là pour visiter le curieux village de Péone et pour gravir l’Observatoire du Mont Monnier (2818 mètres), mais il est peu probable que ce chef-lieu de canton devienne jamais un centre de villégiature.
La vallée du Var, en amont de Guillaumes.

En quittant Guillaumes, la route continue de remonter la rive gauche du Var qui se tourne vers l’Ouest; la partie supérieure de la vallée prend alors le nom de Val d’Entraunes. L’alternance de berceaux et de gorges que nous avons observée depuis Colomas cesse désormais et fait place à la physionomie ordinaire d’un vallon de montagne plus capricieusement mameloné. Après le détour de la Barlatte on traverse Villeneuve d’Entraunes (940 m.) puis on passe le torrent pour venir en suivre la rive droite. On arrive bientôt à St-Martin d’Entraunes (1055 m.) dont les maisons se perdent au milieu des noyers. Il faut, au passage, donner un coup d’œil à l’église assez ancienne, ornée d’un cadran solaire portant la curieuse inscription: Me sol, vos pastor regit. Sur la porte sont gravées les armes des Templiers. L’intérieur renferme une curieuse chaire rustique, et un tableau sur bois d’un primitif niçois.
Le paysage de cette partie de la vallée est gracieux, et les pentes qui avoisinent St-Martin sont plus boisées que celles de la région inférieure.
La route se poursuit sur la rive droite avec d’agréables aperçus vers les cimes qui commencent à grandir, on découvre le clocher d’Entraunes, et en 7 kilomètres de St-Martin, on atteint ce centre important d’Alpinisme et de villégiature (1280 m.). Admirablement situé au confluent du Var et du torrent de Bourdou, dans un site des plus verdoyants, il fournit à ses visiteurs une ample moisson de promenades, d’excursions et d’ascensions. Il sert de point de départ pour gravir les difficiles Aiguilles de Pélens (2685 m.), la Tête de l’Encombrette (2832 m.), la Roche Grande (2751 m.), la Cime de l’Aspre, etc., on en rayonne par le Col des Champs vers Colmars, par le Col de Pal vers St-Étienne de Tinée, aussi est-il l’objet d’une vogue sans cesse grandissante.
Eglise de Saint-Martin d’Entraunes: Retable par Bréa.

En amont d’Entraunes le profil général de la vallée prend une pente plus accentuée et la route décrit de nombreux contours pour s’élever jusqu’à la terrasse sur laquelle est perché le hameau du Villard: elle était passée sur la rive gauche par le pont de Crouas, elle y longe une belle forêt de mélèzes, puis elle reprend par le pont St-Roch la rive droite où elle décrit un grand lacet pour compenser les rapides et cascades du Var.
On côtoie les chalets de St-Sauveur. ou Esteng-le-Bas: à l’Ouest on admire la belle cascade de l’Eiglière qui se précipited’une notable hauteur, venant de la Grande Tour du lac d’Allos.
La route, en continuant à s’élever, vient toucher au village de l’Esteng (1780 m.) étagé sur le versant méridional d’un mamelon herbeux. C’est l’agglomération pérenne la plus élevée de la région, et elle ne comprend qu’une quinzaine de maisons. Encore une forêt de mélèzes, la dernière de ce versant, puis auprès de la chapelle de la Trinité (1789 m.) on entre dans la région pastorale. La vue devient plus étendue et plus intéressante pour l’alpiniste.
Certains contours dans de belles prairies fournissent un spectacle admirable sur les grandes cimes rocheuses qui encadrent la naissance de la vallée.
De ci, de là, divers plissements, divers vallons supérieurs se sont ramifiés à droite et à gauche apportant chacun son tribut au cours d’eau, mais vers l’altitude de 1800, on arrive à la divergence principale considérée comme formant la source du Var. Dans un replat, au pied de la Tête de Gorgias le ruisseau du Garret se joint à celui du Colombier qui dégringole du Col de Sanguinières (2597 m.) et s’est grossi d’une fontaine abondante auprès des chalets des Sanguinières. Le sentier qui remonte à ce col ouvrirait entre la Tête de la Sanguinière et le Pic (2712 m.) un accès supplémentaire vers Bayasse. Les lacets de la route se prononcent au contraire dans le vallon de Garret: le site devient plus ingrat, plus sauvage, et au 137me kilomètre on se trouve sur le Col de la Cayolle (2352 m.).
Entraunes.

Cette dépression rocailleuse, comprise entre le Sommet du Garret et l’Eschillon (2710 m.) s’ouvre sur l’arête qui sépare le bassin du Var de celui de l’Ubaye, et on en jouit vers le Sud d’une perspective très mouvementée s’étendant jusqu’aux abords de Guillaumes et de Daluis. La vue au Nord est plus sévère et ne porte que sur un berceau pierreux assez pauvre, dominé par les pointes du Chevalier (2889 m.) et de Cairebrun (2828 m.).
Cascade du Var.

La descente se prononce de suite dans ce cirque et quelques lacets pressés y amènent rapidement le voyageur. Au cours de ce trajet, certaines inflexions permettent de voir sur la gauche, comprise entre le Sommet du Garret et le Mont Pelat, l’échancrure du Col de la Petite Cayolle (2643 m.), qui conduirait à Allos par le vallon de Chadoulin.
Les crêtes rocheuses environnantes s’élèvent graduellement, l’empire des rocailles cède la place à la prairie et la route ayant toujours sa direction générale vers le Nord, passe à la cabane de l’Eschillon et arrive aux chalets de Juise (1890 m.). La descente s’est tracée au travers de mamelons herbeux entrecoupés de petits lacs qu’encadrent des pentes d’éboulis et des sommets escarpés dont les crêtes se maintiennent à l’altitude moyenne de 2800 mètres. Ce berceau original du vallon du Bachelard respire une austérité de haute montagne, et quand on se trouve vers le hameau de Bayasse (1797 m.) au point où le ravin descendant du Col de la Moustière se raccorde à celui de la Cayolle, on éprouve à la vue de ses maigres cultures un certain soulagement. Ce cirque supérieur du Bachelard accolé à celui de la Tinée et voisinant avec ceux du Lauzanier, se trouve à l’un des nœuds les plus tourmentés de la dorsale alpestre, non loin de la cime frontière de l’Enchastraye (2956 m.) et des pics les plus élevés de la région des Alpes Maritimes. Aussi le vallon qui en dérive est resserré comme dans un étau entre deux hautes murailles parallèles, celle du Midi courant du Cimet (3022 m.) au Pichs et au Cheval de Bois (2841 m.), celle du Nord passant au Signal de Ventebrun (2853 m. et 2755 m.) à celui de Terres Pleines (2778 m.), au Col de Fours (2319 m.), au Chapeau de Gendarme (2687 m.) et au Pain de Sucre (2563 m.).
Source du Var.

Cascade du Bachelard.

A partir de Bayasse, le vallon, sur la rive droite duquel se dessine la route, commence à s’infléchir vers l’Ouest et l’on rencontre de nombreux hameaux: les Cordiers, les Bellons, les Dauriers, les Ricouds, les Longs, les Girards, les Maurels, jusqu’à ce que l’on parvienne au chef-lieu de la commune, Fours St-Laurent, (1660 m.).
Toujours sur les pentes de la chaîne septentrionale, la route est tracée en dessous du Villard des Amauds, elle passe au Villard d’Abas, puis elle voit cesser la terrasse favorable aux cultures, et elle atteint une région plus étroite où les pentes garnies de forêts plongent jusqu’au lit du torrent. Quand elle a achevé de contourner la base du Pain de Sucre, la gorge s’infléchit à nouveau et reprend la direction du Nord. Sur la rive gauche on aperçoit à une grande hauteur le sillon de la route du col d’Allos, puis on approche du torrent et on retrouve les cultures au village d’Uvernet (1210 m.).
Pulsuz fraqment bitdi.