Kitabı oxu: «Essai sur Talleyrand»
Henry Lytton Bulwer Baron Dalling and Bulwer
Essai sur Talleyrand

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066079642
Table des matières
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
DEUXIÈME PARTIE DE LA FÊTE DU 14 JUILLET A LA FERMETURE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
TROISIÈME PARTIE DE LA FERMETURE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE AU CONSULAT.
I
II
III
IV DÉCLARATION DE M. DE TALLEYRAND
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
QUATRIÈME PARTIE LE CONSULAT ET L'EMPIRE.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
CINQUIÈME PARTIE DE LA CHUTE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON, EN 1814, A LA FIN DE L'ADMINISTRATION DE M. DE TALLEYRAND, EN SEPTEMBRE 1815.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
SIXIÈME PARTIE DEPUIS LA RETRAITE DE M. DE TALLEYRAND JUSQU'A LA RÉVOLUTION DE 1830
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
APPENDICE
I
Table des matières
Différents types d'hommes.—M. de Talleyrand, homme politique.—Caractère du dix-huitième siècle qui l'avait formé.—Sa naissance, le caractère de sa personne, son entrée dans l'Église.—Causes de la révolution.—États généraux.—L'influence de Talleyrand sur le clergé; sur la décision relative aux instructions des membres de l'Assemblée et à la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme.—Son courage dans les moments de danger.—Ses connaissances en matière de finance.—Ses propositions relatives aux biens de l'Église.—Discrédit où il tombe auprès du parti de la royauté.—Sa popularité auprès de l'Assemblée.—Il est chargé de rédiger ses manifestes à la nation.—Son projet sur l'uniformité des poids et mesures.
Il y a dans tous les temps beaucoup d'hommes qui s'emploient activement aux affaires publiques; mais très-peu de ces hommes peuvent être appelés des «hommes d'action.» Les rares individus qui ont le droit de prétendre à ce titre, et dont l'existence exerce une si importante influence sur le siècle dans lequel ils paraissent, doivent posséder, à un degré peu ordinaire, l'intelligence, l'énergie et le jugement; mais on trouve ces qualités mêlées à des degrés divers dans les différentes classes ou les différents types d'hommes qui, comme soldats, souverains ou hommes d'État, commandent aux destinées de leur époque.
Ceux qui possèdent, dans une mesure égale, une intelligence supérieure, l'énergie et le jugement, gravissent d'un pas ferme et rapide les pentes les plus escarpées et les plus hautes de l'ambition, et s'établissent sur les hauteurs où ils sont parvenus d'un pas assuré. Des hommes de cette trempe poursuivent habituellement avec une rigoureuse circonspection et une persévérance indomptable quelque plan fixe ou quelque idée prédominante, adaptant leurs moyens à leur but, mais ne perdant jamais de vue ce même but, et ne dépassant jamais dans cette poursuite la ligne qui sépare les difficultés des impossibilités. Le cardinal de Richelieu en France, et Guillaume III, en Angleterre, sont des types de cette race héroïque.
D'un autre côté, ceux chez qui le jugement, quoique grand, n'est pas suffisant pour contenir l'énergie et gouverner l'intelligence qui surexcite leur nature, brillent d'un vif éclat, comme des météores, dans l'histoire, mais excitent l'étonnement et l'admiration de leurs contemporains plutôt qu'ils ne laissent derrière eux des résultats permanents. Leurs exploits surpassent de beaucoup ceux des autres hommes et se revêtent pour un moment d'une apparence presque surnaturelle; mais comme leur élévation est d'ordinaire soudaine et prodigieuse, ainsi de même leur ruine est fréquemment brusque et totale. Poussé en avant par une force sur laquelle graduellement ils perdent tout contrôle, emporté d'un acte audacieux à un autre plus téméraire encore, leur génie est à la disposition du vent ainsi qu'un vaisseau surchargé de voiles, et périt à la fin dans quelque violente et soudaine tempête. Charles XII de Suède en fut un exemple dans le siècle dernier, et Napoléon Bonaparte, considéré simplement comme conquérant, en est, de nos jours, un exemple plus frappant encore.
Troisièmement, il y a des hommes dont l'énergie et l'intelligence sont plutôt subtiles et étendues, et qui sont attirés par l'utile bien plus que par le sublime.
Habiles et prudents, ces hommes profitent des circonstances plutôt qu'ils ne les créent. Tourner un obstacle, prévoir un événement, saisir une occasion, voilà le talent qui leur est particulier. Ils sont sans passions, mais la pénétration et l'intérêt propre réunis leur donnent une force égale à celle de la passion.
Le succès qu'ils obtiennent leur est procuré par des efforts qui ne dépassent pas ceux d'autres candidats à la renommée et aux honneurs publics, candidats qui bien que possédant en apparence des talents égaux, poursuivent cependant en vain la fortune; la seule différence est que les efforts des premiers sont faits au moment le plus propice, et de la manière la plus heureuse.
Un tact exquis et un jugement clairvoyant sont les qualités dominantes de ces politiques.
Ils se préoccupent rarement de ce qui est juste en principe: ils font habituellement ce qui est le mieux au moment actuel.
Ils ne jouent jamais le premier rôle parmi leurs contemporains: ils en jouent presque toujours un grand; et sans parvenir à ces positions extraordinaires auxquelles aspirent de plus aventureux, ils jouissent généralement d'une importance considérable, même au milieu des circonstances les plus changeantes, et ils conservent très-ordinairement dans la retraite ou la disgrâce une grande part de la considération qu'ils ont acquise au pouvoir. Pendant les années d'intrigues et d'agitations qui précédèrent la chute des Stuarts, on vit en Angleterre un remarquable homme d'État du caractère que je viens de décrire, et une comparaison pourrait parfaitement être établie entre l'habile et brillant Halifax et le personnage adroit et accompli dont le nom est inscrit en tête de ces pages.
Mais bien que ces deux célèbres avocats de l'à-propos eussent beaucoup des mêmes qualités (le caractère, l'esprit, la science, la pénétration qui distinguaient l'un distinguaient également l'autre), néanmoins l'Anglais, quoique orateur plus habile dans les assemblées publiques, n'avait pas dans l'action le courage calme, ni dans le conseil la ferme et prompte décision qui distinguaient le Français; aussi son nom n'est-il pas gravé en caractères aussi ineffaçables dans les annales de son pays, ni lié à d'aussi grands et merveilleux événements.
Et cependant, malgré l'étendue, la grandeur du théâtre sur lequel parut M. de Talleyrand, et l'importance des rôles qu'il y joua pendant plus d'un demi-siècle, j'ose douter que son caractère ait jamais été bien décrit, ou soit en ce moment même justement apprécié; et ceci n'est pas tout à fait surprenant.
Dans une vie si longue, si brillante et si variée, il faut s'attendre à trouver une diversité d'impressions se remplaçant et s'effaçant les unes les autres; et quelques-uns de ceux qui ont admiré le brillant causeur, et qui se sont sentis saisis de respect devant l'habile ministre des affaires étrangères, ignoraient que l'homme d'esprit célèbre, que le sagace diplomate avait montré un goût exquis en matière de lettres, et une profonde connaissance de la législation et des finances. De plus, quoique cela puisse paraître singulier, il demeure vrai que ces hommes publics qui sont le plus tolérants pour les opinions contraires, et le moins portés aux inimitiés personnelles, sont ceux-là même qui, souvent, provoquent autour de leur nom, au moins pour un temps, le blâme le plus sévère et les plus terribles reproches. La raison en est simple: de tels hommes ne sont eux-mêmes sous l'empire d'aucune affection prédominante ni d'aucune théorie favorite. Calmes et impartiaux, ils sont doux et indulgents.
D'un autre côté, les hommes qui aiment passionnément les choses ou qui les vénèrent profondément, méprisent ceux qui abandonnent les objets de leur adoration ou de leur respect, et détestent ceux qui s'y opposent.
Ainsi, le royaliste, prêt à sacrifier sa vie pour son souverain légitime; le républicain, se proposant la glorieuse imitation de l'ancienne Rome et de la Grèce; le soldat, dévoué au chef qui l'avait conduit de victoire en victoire, ne pouvaient parler qu'avec amertume et indignation de celui qui commença la Révolution contre Louis XVI, contribua pour sa part au renversement de la République française, et dicta la proscription du grand capitaine dont les armées triomphantes avaient pendant un moment parcouru toute l'Europe.
Les hommes les plus ardents et les plus violents de l'époque de M. de Talleyrand furent par conséquent les censeurs les plus amers et les plus violents de sa conduite; et celui qui parcourt les différents ouvrages où cette conduite est appréciée par des critiques insignifiants[3], sera tenté de répéter la remarque du grand homme du dix-huitième siècle: «C'est un terrible avantage que de n'avoir rien fait; mais il ne faut pas en abuser.»
Dans quelle mesure sont justifiés par les faits les reproches des écrivains auxquels nous faisons allusion, c'est ce que l'on verra plus ou moins dans les pages suivantes, qui ne sont pas écrites dans l'intention de faire un panégyrique ou de provoquer à l'imitation, mais simplement avec l'intention de faire connaître une remarquable classe d'hommes par un homme très-remarquable, qui se trouve avoir vécu dans une époque qui ne cessera jamais d'occuper et d'intéresser la postérité.
II
Table des matières
Charles-Maurice Talleyrand de Périgord naquit le 2 février 1754[4]. La maison de Périgord était l'une des plus nobles de France, et pendant les premiers âges de la monarchie, elle jouissait d'un pouvoir souverain. La principauté de Chalais était la seule qui existât, je crois, au temps de Louis XIV; car les autres personnages appelés princes à la cour de France prenaient ce titre comme princes des États-Romains ou de l'empire d'Allemagne, et occupaient un rang inférieur à celui des ducs français; or cette principauté passe pour avoir été, pendant huit siècles, l'apanage de cette famille. On pense que le nom de Talleyrand, habituellement joint à celui de Périgord, et anciennement écrit Tailleran, a été à l'origine une sorte de sobriquet dérivant des mots «tailler les rangs.» Ce nom fut porté par Hélie V, l'un des comtes souverains du Périgord, qui vécut en 1118; et de ce prince descendirent deux branches des Talleyrand-Périgord; l'une était éteinte avant l'époque de Louis XVI; l'autre, la plus jeune, était alors représentée par un comte de Périgord, capitaine des gardes et gouverneur des états de Languedoc. Un frère de ce comte de Périgord fut père de Charles-Maurice Talleyrand de Périgord, qui fera le sujet de cette étude. La mère de ce personnage, Éléonore de Damas, fille du marquis de Damas, était aussi d'une très-noble famille, et remarquable par sa beauté aussi bien que par ses vertus[5].
III
Table des matières
Le sceau qui marque notre destinée a ordinairement été imprimé à notre enfance; et la plupart des hommes, en regardant en arrière vers leur première jeunesse, peuvent se rappeler l'accident, le livre, la conversation, qui donna à leur caractère cette tournure particulière que les événements n'ont ensuite fait que développer.
M. de Talleyrand fut, dans son enfance, exilé de la maison paternelle; la fortune de ses parents n'était pas en rapport avec leur rang: son père[6], en vrai soldat, était toujours à la cour ou bien au camp; sa mère occupait une position dans la maison de la reine, à Versailles. Pour tous deux, un enfant était un embarras, et Maurice, immédiatement après sa naissance, fut envoyé en nourrice à la campagne; cela se faisait très-ordinairement à cette époque. Là, soit par accident, soit par suite de négligence, il fit une chute qui le rendit boiteux. Lorsque, à l'âge de douze ou treize ans, l'enfant, presque oublié jusqu'alors, fut conduit à Paris pour y recevoir une éducation un peu tardive, cette infirmité était devenue incurable; et dans un conseil de famille, il fut décidé que le plus jeune frère, le comte d'Archambaud (connu plus tard comme l'un des plus élégants et des plus beaux courtisans de Louis XVI, et que je puis me rappeler sous le titre de duc de Périgord, titre qui lui fut donné par Louis XVIII), serait considéré comme le frère aîné et voué à la profession des armes; tandis que le fils aîné, étant infirme, serait déclaré cadet et entrerait dans l'Église. A partir de ce moment, l'enfant,—jusqu'alors vif, paresseux et insouciant,—devint taciturne, studieux et réfléchi. Ses dispositions premières lui restèrent, car notre nature n'admet aucun changement radical; mais elles furent modifiées par le désappointement ou combattues par l'ambition. On retrouve des traces de gaieté dans l'homme du monde qui, bien que souriant rarement lui-même, trouvait toujours moyen de faire rire les autres;—des traces d'indolence chez l'homme d'État qui, quoique toujours occupé, ne faisait jamais plus que ce qui était strictement nécessaire;—des traces d'insouciance chez le joueur et l'homme politique qui, après avoir examiné les chances d'un coup d'œil pénétrant, était souvent disposé à risquer sa fortune ou sa carrière dans une spéculation d'argent ou de pouvoir: mais l'esprit avait été assombri, le cœur s'était endurci, et le jeune homme qui aurait accepté une destinée prospère avec une insouciante et brillante gaieté, fit ses premiers pas dans le monde avec la détermination bien arrêtée de lutter contre la mauvaise fortune.
Il n'avait à côté de lui ni les avis d'un père, ni la tendresse d'une mère pour modérer ou adoucir les dispositions dans lesquelles il s'affermissait ainsi. De chez sa nourrice, à la campagne, M. de Talleyrand fut transporté sans transition aucune au collége d'Harcourt, appelé depuis collége Saint-Louis. Il y entra plus ignorant, peut-être, qu'aucun enfant de son âge, mais il y remporta bientôt les premiers prix et en devint un des élèves les plus distingués. Au séminaire de Saint-Sulpice, où il entra en 1770, son talent pour la dissertation attira l'attention, et même quelques-unes de ses compositions furent longtemps retenues et citées par des contemporains. Tandis qu'il était à la Sorbonne, où il compléta ensuite ses études, ce rejeton de l'une des plus illustres maisons de France fut souvent désigné comme un jeune homme remarquablement intelligent, silencieux et viveur, qui ne cherchait point à dissimuler le dégoût que lui inspirait la profession qu'on lui avait choisie, mais qui arriverait certainement aux plus hautes situations dont elle pût ouvrir l'accès. Ce fut avec ces perspectives et dans ces dispositions que M. de Talleyrand entra, en 1773, dans l'Église gallicane.
IV
Table des matières
Représentons-nous maintenant le jeune ecclésiastique (qui avait alors pris le nom de Périgord), comme un gentilhomme d'environ vingt ans, très-élégant dans son habit clérical, et avec une figure qui, sans être belle, était singulièrement attrayante, à cause de son expression tout à la fois douce, impudente et spirituelle.
S'il faut ajouter foi aux chroniques de cette époque, il doit son premier avancement dans sa profession à l'un de ces bons mots par lesquels furent marqués les degrés suivants de sa carrière si variée.
Madame Du Barry avait réuni chez elle quelques jeunes gentilshommes, un peu libres dans leur conversation et excessifs dans leurs vanteries: aucune beauté ne s'était dérobée à leurs désirs, aucune vertu n'avait eu la force de résister à leurs attaques. Celui qui fait le sujet de cette étude était seul à se taire.
—Pourquoi êtes-vous si triste et si silencieux? demanda la maîtresse de la maison.
—Hélas! madame, je faisais une réflexion bien triste.
—Et laquelle?
—Ah! madame, que Paris est une ville dans laquelle il est bien plus aisé d'avoir des femmes que des abbayes.
Le mot (ainsi continue l'histoire), fut considéré comme charmant et répété à Louis XV. Il fut payé par ce monarque du bénéfice désiré. La carrière de l'abbé de Périgord, commencée ainsi, ne traîna pas longtemps. Environ cinq ans après être entré dans l'Église, il obtint, avec le secours de sa naissance et de ses talents (1780), la position distinguée d'agent général du clergé français. Cet agent était un personnage important qui administrait les revenus ecclésiastiques, alors immenses, sous le contrôle d'assemblées régulières.
C'est un curieux trait des mœurs de ce temps que, tandis qu'il occupait ce poste élevé comme ecclésiastique, l'abbé de Périgord armait un vaisseau comme corsaire; et, son intention étant de dépouiller les Anglais, il recevait du gouvernement français les canons qui lui étaient nécessaires pour un si pieux dessein[7]. Je ne puis dire quel succès couronna l'entreprise navale de M. de Talleyrand; mais lorsque, en 1785, il eut à rendre compte de son administration cléricale, il le fit avec tant de clarté et tellement à la façon d'un homme d'État, qu'il passa dans l'opinion du public de la position d'un homme d'esprit à celle d'un homme vraiment distingué. Et ce ne fut pas tout. La nature particulière des premiers devoirs publics qu'il eut ainsi à exercer, dirigea son esprit vers les questions que le déficit sans cesse croissant du Trésor public en France, et la nécessité reconnue de le combler, mettaient à la mode, car tous alors à Paris (dames, philosophes, hommes d'esprit et hommes du monde), parlaient finances. Peu de personnes, toutefois, se donnaient la peine d'acquérir aucune connaissance réelle, ni même aucune teinture d'une matière si aride. Mais M. de Talleyrand, opposé par nature à une étude continue et persévérante, suppléait à cette lacune de son caractère en recherchant toujours la société des hommes versés dans le genre d'affaires qu'il désirait connaître à fond.
De cette manière son instruction devint toute pratique, et la science qu'il acquit du détail des affaires, lui fournissant une variété de faits qu'il savait toujours citer à propos, lui attira l'attention et le patronage de M. de Calonne, alors à la tête du gouvernement français, personnage qui lui-même, aussi adonné au plaisir qu'aux affaires, n'était pas fâché de sanctionner la doctrine qu'un homme du monde peut aussi être un homme d'État.
Mais, quoique ainsi remarqué de bonne heure comme un personnage qui, suivant l'exemple de ses grands prédécesseurs ecclésiastiques, était fait pour monter jusqu'aux plus hautes dignités de l'Église et de l'État, l'abbé de Périgord montra un dédain voisin de l'ostentation pour les devoirs et le décorum de la profession qu'il avait été forcé d'embrasser. Il semblait même adopter ce genre de conduite comme une sorte de protestation contre la décision par laquelle son droit de naissance avait été mis de côté; il paraissait presque se glorifier du bruit que faisaient ses épigrammes profanes et ses aventures amoureuses, qui amusaient le monde, mais scandalisaient l'Église. Ainsi, chaque année, en augmentant sa réputation de talent, ajoutait aux récits par lesquels la rumeur publique exagérait son immoralité; et en 1788, lorsque l'évêché d'Autun, auquel il aspirait depuis quelque temps, devint vacant, Louis XVI ne voulut pas consentir à conférer la dignité de prélat à un ecclésiastique de mœurs aussi peu régulières. Pendant quatre mois le poste resta vacant. Mais le père de l'abbé de Périgord était alors mourant: il fut visité par le bon roi Louis, et demanda au monarque, comme dernière requête d'un fidèle serviteur qui allait mourir, d'accorder à son fils l'évêché en question. Le roi ne put repousser une telle prière faite en un tel moment, et l'abbé de Périgord fut consacré évêque d'Autun le 17 janvier 1789, quatre mois avant la convocation des états généraux.