Kitabı oxu: «La chambre obscure»
Hildebrand
La chambre obscure

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066079031
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
TYPES HOLLANDAIS.
ÉPILOGUE
AVANT-PROPOS
Il y a lieu de s'étonner que la France, qui, depuis si longtemps, accueille si généreusement les productions littéraires de l'Allemagne, n'ait jusqu'ici fait, en quelque sorte, aucun emprunt au génie néerlandais. Cependant la littérature hollandaise suit de près, si elle ne les égale pas, les littératures allemande et anglaise, sans parler de la bonhomie pleine de malice et de bon sens de Cats, de Vondel, ce génie dramatique dans le Lucifer duquel Milton a peut-être taillé son Paradis perdu.—Le Hooft, ce Tacite du XVIe siècle,—le Bilderdyk, ce génie qui s'est éteint la même année que Gœthe, et qui était aussi universel et peut-être aussi puissant que le patriarche de Weimar; sans parler de tant de poëtes si dignes d'être connus et étudiés, la Hollande et la Flandre comptent, aujourd'hui encore nombre d'écrivains éminents qui mériteraient leurs lettres de naturalisation en France. Nous ne citerons que mademoiselle Toussaint, chez laquelle la plus exquise délicatesse de sentiment s'unit à une étonnante profondeur d'observation; M. Van Lennep, romancier d'un ordre supérieur, le Walter Scott de son pays, et dont les œuvres peuvent être placées, sans trop redouter la comparaison, à côté de celles du célèbre conteur écossais; et enfin l'écrivain dont nous voudrions signaler aujourd'hui au public français l'une des plus remarquables productions.
Il y a plusieurs années déjà que parut en Hollande, sous le titre de Camera obscura, un livre qui ne tarda pas à obtenir un succès considérable. Les deux premières éditions se succédèrent à six mois d'intervalle; les deux dernières datent de 1853 et 1854. Dans celles-ci surtout, l'œuvre primitive s'est accrue de pages nouvelles, et a un tiers environ de plus que lors de sa première apparition. Camera obscura renferme une série de tableaux de mœurs, de croquis, de fantaisies empruntés à la vie hollandaise. Le livre est signé Hildebrand, pseudonyme sous lequel se cache (ce n'est un mystère pour personne) un des plus grands poëtes de la Hollande, et le livre même nous autorise à ajouter, un des observateurs les plus fins, un des esprits les plus délicats de la grande famille littéraire: M. Nicolas Beets. Il naquit à Harlem, le 13 septembre 1814. Son père était un chimiste qui eut de la réputation et écrivit sur la science qui était sa spécialité divers ouvrages intéressants. Nicolas Beets a eu une existence calme, paisible et peu accidentée. Après avoir fait ses études à l'université de Leyde, il fut promu au doctorat en théologie, et l'année suivante s'accomplirent pour lui deux événements importants: il épousa mademoiselle Adélaïde de Foreest, petite-fille, par son père, de l'illustre Van der Palm, l'une des gloires de l'université de Leyde, un des hommes les plus éloquents de son siècle, et le dernier prosateur vraiment classique de la littérature néerlandaise. La même année, M. Beets fut nommé pasteur à Heemstede, village considérable situé dans les riants environs de Harlem; il y demeura pendant près de quatorze années, s'occupant avec un zèle vraiment évangélique des devoirs de sa charge. Il passa ensuite en la même qualité à Middelbourg, et c'est là que lui fut offerte, à deux reprises différentes, la chaire de théologie de Stellenbrek, au cap de Bonne-Espérance. Il refusa chaque fois cette mission, et fut nommé en 1854 pasteur à Utrecht, fonctions qu'il occupe encore à l'heure qu'il est.
M. Beets débuta de bonne heure dans la vie littéraire. Dès l'âge de vingt ans, il publiait un volume, intitulé José, dans lequel il imite la manière de lord Byron, et qui, tout en se ressentant de la jeunesse de l'auteur, renferme déjà de grandes qualités. Plusieurs autres poëmes suivirent ce premier essai, de 1834 à 1840. La plupart de ces poëmes, parmi lesquels on remarque surtout Guy le Flamand, Kuser et Ada de Hollande, après avoir obtenu séparément l'honneur de plusieurs éditions, ont été réunis par l'auteur en un volume, il y a quelques années. M. Beets a publié, en outre, deux recueils de poésies intimes, l'un simplement intitulé Poésies, l'autre tout récent, quoiqu'il en soit déjà à sa seconde édition, les Bleuets. On doit encore au révérend pasteur d'Utrecht un nombre considérable de sermons, de volumes et de brochures ayant trait à la religion, à la littérature, à l'instruction publique. Nous n'avons pas à nous occuper ici du talent poétique de M. Beets; il nous suffira de dire qu'il est placé au premier rang par ses compatriotes, et nous nous hâtons d'en revenir à Camera obscura, qui forme une œuvre tout à fait à part et des plus originales.
Hildebrand (gardons-lui ce nom, puisqu'il ne l'a pas abdiqué officiellement) fait précéder son ouvrage des lignes suivantes qu'il emprunte, dit-il, au livre inédit d'un anonyme.
«Les ombres et les apparences qu'évoquent la méditation, le souvenir et l'imagination, tombent dans l'âme comme dans une chambre obscure, et quelques-unes sont si frappantes, si séduisantes, qu'on trouve plaisir à les dessiner, et, en les ornant un peu, les coloriant et les groupant, à en faire de petits tableaux qui peuvent être envoyés aux grandes expositions, où un petit coin leur suffit. On ne doit cependant pas y chercher des portraits: car non-seulement il arrive cent fois qu'un nez de souvenir s'y adapte à un visage d'imagination, mais aussi l'expression de la physionomie est si peu déterminée, que souvent une même figure ressemble à cent personnes différentes.»
Ceci posé, caractérisons rapidement la manière et les procédés d'Hildebrand.
On s'est beaucoup occupé, depuis vingt-cinq ou trente ans, de l'art pour l'art; on s'est demandé jusqu'à quel point l'art doit réfléchir la réalité, et tout récemment encore, le réalisme s'est réveillé en France, aussi bien dans le domaine des arts que dans celui de la littérature. M. Beets est un réaliste, mais un réaliste tellement à part, que nous aurions peine à trouver à qui le comparer. Il rend la nature telle qu'elle est, mais sans parti pris, absolument à la manière de la Chambre obscure, dont il invoque le nom, avec une surprenante fidélité, sans faire grâce du moindre détail et avec la coopération si peu sensible, au premier abord, de la main de l'artiste, qu'on croirait qu'elle n'a pas touché à ces portraits pris sur le vif. Peu de livres répondent mieux à leur titre que Camera obscura; les personnages qui y apparaissent sont pleins de vie; ils marchent, ils sentent, ils pensent sous vos yeux;—vous les connaissez; ils sont autour de vous; il n'en est pas un que vous n'ayez rencontré et auquel vous ne puissiez appliquer un nom; car, si ces personnages sont vêtus à la hollandaise et ont les mœurs de leur pays, l'homme domine toujours en eux; il perce sous l'enveloppe des coutumes et des habitudes locales et en fait des types cosmopolites, universels, dont les originaux se rencontrent partout. Si les héros mis en scène par Hildebrand portent ce cachet de vérité tellement saisissante qu'on les sent vivre au premier coup d'œil, il n'y a pas moins d'art dans la façon dont ils se groupent, se rencontrent, agissent, se combattent ou sympathisent: le jeu de leurs passions et de leurs intérêts est le calque fidèle de la vie réelle. Les scènes se déroulent, se succèdent naturellement, sans effort, sans recherche; l'imagination semble n'être pour rien dans leur agencement, tant il est simple et facile. De tous les tableaux qui composent Camera obscura, il n'en est pas un seul auquel puisse s'appliquer, je ne dirai pas le nom de roman, mais même la qualification plus humble et plus vague de nouvelle. Ce sont de simples calques de la réalité, qui la reproduisent avec une fidélité dégagée de tout ornement, et où l'on ne trouve ni ces combinaisons péniblement amenées, ni ces coups de théâtre imprévus, ni ces types exceptionnels, excentriques et si souvent faux, qu'on rencontre à chaque pas dans les compositions littéraires à la mode et si rarement dans le monde tel qu'il est. La Hollande telle qu'elle est, les hommes tels qu'ils sont, voilà ce qu'on trouve dans Camera obscura; la Hollande décrite avec une finesse de touche et une profondeur d'observation telles qu'on ne les rencontre presque jamais dans aucun voyageur, si délicat et si profond observateur qu'il soit;—les hommes peints avec une vérité frappante et naïve qu'on retrouve chez bien peu d'écrivains moralistes. J'ajouterai qu'on y voit l'auteur lui-même, Hildebrand, jouant son rôle dans les scènes qu'il décrit; je n'ai pas besoin de dire que c'est une véritable bonne fortune. Esprit fin, caustique et pénétrant,—humour incisif et du meilleur aloi,—sentiments nobles et touchants, voilà ce qui caractérise l'homme et ne peut manquer de lui attirer les sympathies du lecteur.
Un mot encore: les Hollandais sont-ils flattés dans Camera obscura? demandera-t-on peut-être. Nous avons dit que les portraits sont ressemblants, ressemblants comme l'image qui se peint au fond d'une chambre obscure. Un portrait ressemblant flatte bien rarement, mais un portrait au daguerréotype a-t-il jamais flatté personne? Quoi qu'il en soit, nous empruntons à la préface de la seconde édition de Camera obscura la constatation de l'effet produit sur les amis et les connaissances des modèles par l'œuvre de l'artiste, et nous ne serions pas étonnés que la même impression se renouvelât en France, car ces portraits ont le rare privilège de ressembler à tout le monde et de ne ressembler à personne. Voici comment s'exprime Hildebrand dans son avertissement:
«On s'est beaucoup ingénié à désigner les originaux des personnages que j'ai mis en scène, et j'ai vu, à ma grande satisfaction, que, dans chaque ville, que j'y sois jamais allé ou non, on a su nommer six ou sept personnes qu'on affirmait très-formellement avoir posé pour tel ou tel de mes portraits. Je ne croyais vraiment pas que, dans ce bas monde, tant de Nurks et de Stastok exhibassent leurs aimables qualités, et suis étonné du zèle obligeant qu'on met à les montrer du doigt. Toutefois, je ne puis interdire ce petit plaisir au bon public, ni m'en formaliser; mais je prends la liberté de rappeler les paroles de l'anonyme dans son livre toujours inédit, et de déclarer en conscience que ma Chambre obscure est toujours placée sans intention malicieuse, que je ne la tourne ou ne la retourne et ne lui imprime jamais le moindre mouvement avec le dessein de la pointer d'une façon indiscrète. Que je n'aie encore pu l'installer au sommet du Godesberg ni sur le dôme de Milan, j'en suis particulièrement fâché pour ceux qui aiment les choses grandioses et étrangères; mais il est évident pour moi que le plus grand nombre s'est trouvé satisfait de mes petits tableaux, de mes tableaux hollandais. Il faut savoir que, grâce aux vivants et aux morts, nous connaissons si bien les étrangers, que ç'a été une chose toute charmante de faire un peu attention à nous-mêmes, à titre de changement.»
Les lignes qui précèdent étaient destinées à servir de préface à un volume renfermant la traduction de quelques-uns des principaux épisodes de Camera obscura. Ce volume a paru, il y a deux ans, sous le titre de Scènes de la vie hollandaise. Les petits tableaux de Hildebrand ont été fort visités et appréciés dans le petit coin de la grande exposition qui leur était ouverte, et l'on a bien voulu oublier un instant pour eux les choses grandioses et étrangères. C'est ce qui nous décide à compléter notre travail en offrant au lecteur dans le présent volume la seconde partie de Camera obscura.
LA CHAMBRE OBSCURE
Table des matières
I
LES PETITS GARÇONS.
Qu'on est heureux quand l'habit de l'enfance
Vous flotte encore sur les épaules!
Jamais le méchant temps ne le calomnie;
On est toujours gai et content.
Le sabre de bois du hussard
Amuse le jeune garçon,
Et la toupie et le bâton
Sur lequel il va à califourchon.
Et lorsqu'il lance dans l'air bleu
La balle aux raies bigarrées,
Il ne pense pas an parfum des fleurs,
Ni à l'alouette, ni au rossignol.
Rien n'attriste, rien dans le monde entier,
Son visage serein et radieux,
Que quand son édifice tombe à l'eau
Ou que son sabre se brise.
L'enfant joue et court
Pendant tout le long du jour
À travers le jardin et les champs verts,
À la poursuite des papillons;
Bientôt tu transpireras
Non plus toujours content,
Et apprendras dans le gros Cicéron
Du latin moisi.
La pièce originale est de Holtz, qui en a fait beaucoup de jolies; et il est fâcheux que les jeunes poëtes se laissent aller à en faire des traductions non hollandaises; moi, au moins, j'en ai une de ces jolis vers, qui conviendrait mieux sous le titre de Jeux d'enfant, que dans la traduction d'un tas de jeunes Hollandais. Et vraiment, les petits garçons hollandais sont une gentille race. Je ne dis pas cela par négligence et encore moins par mépris des petits garçons allemands, français et anglais, puisque je n'ai le plaisir de connaître que les hollandais. Je croirai tout ce que Potgieter dit dans sa deuxième partie du Nord, sur les Suédois, et ce que Wap dira sur les Italiens dans son Voyage à Rome; mais aussi longtemps qu'ils se taisent, je tiens pour mes propres garçons, bien bâtis, aux joues rouges, et, malgré la loi contre les Belges, pour la plupart spes patriœ en blouse bleue.
Les petits garçons hollandais... Mais avant tout, madame, je dois vous dire que je ne parle pas de votre fils unique, au nez pâle, avec des cercles bleus sous les yeux, car, avec tout le merveilleux de son développement précoce, je ne lui en fais pas mon compliment. D'abord, vous vous préoccupez beaucoup trop de ses cheveux, que vous faites toujours friser; et d'un autre côté, vous êtes trop sentimentale dans le choix de sa casquette, qui est uniquement faite pour saluer son oncle et sa tante, mais qui est parfaitement incommode et intolérable pour chasser aux papillons et pour jouer à la guerre, deux jeux favoris, madame, que vous trouvez trop sauvages. En troisième lieu, vous avez, je crois, trop de livres sur l'éducation pour bien élever un seul enfant. En quatrième lieu, vous faites apprendre au vôtre à coller des boîtes, et à faire d'insignifiantes choses. En cinquième lieu, il sait sept choses de trop, et en sixième lieu, vous le grondez quand il a les mains sales et que ses genoux viennent regarder par les jambes du pantalon; mais comment ferait-il des progrès au jeu de billes? Calculez la différence qu'il y a entre un sarcloir et un soufflet. Je vous assure, madame, qu'il mange ses ongles, et il continuera de le faire;—qu'est-ce que la société peut attendre d'un homme qui mange ses ongles? Il porte aussi des bas bleus avec des souliers bas, c'est inouï! Savez-vous, madame, ce que vous faites de votre Frantz? 1° un espion, 2° un rapporteur, 3° un pinceur, 4° un lâche, 5°... Oh! chère dame, donnez à votre petit garçon une autre casquette, un pantalon avec de profondes poches, de bonnes bottes fortes, et ne le laissez jamais paraître aux yeux des gens sans une bosse ou une écorchure, et il deviendra un grand homme.
Le petit garçon hollandais est pesant et lourd; il a des genoux solides, des os solides. Il est blanc de peau et coloré de sang. Son regard est franc mais brutal. Il porte de préférence ses oreilles hors de sa casquette. Ses cheveux sont, depuis le dimanche matin jusqu'au samedi soir quand il va au lit, tout à fait en désordre. Le reste de la semaine, ils sont bien. Il n'a ordinairement pas de boucles. Cheveux bouclés, esprit de travers. Mais il n'a pas non plus les cheveux plats; les cheveux plats sont bons pour les avares et les cœurs oppressés; cela ne se trouve pas chez les petits garçons; on n'a de cheveux plats, je crois, qu'à sa quarantième année. Le petit garçon hollandais porte de préférence sa cravate comme une corde et il préfère encore n'en pas porter du tout,—une blouse bleue ou à carreaux écossais, et un pantalon retourné; ce dernier vêtement s'use vite. Dans ce pantalon, il porte successivement tout ce que le temps lui donne, cela varie: des billes, des balles, un clou, une pomme à demi mangée, une jambette, un bout de corde, trois cents, une boulette de pâte à amorcer le poisson, une châtaigne sèche, un morceau d'élastique de la bretelle de son frère aîné, un suceur en cuir pour tirer des pierres du sol, un serpenteau, un sac de sucreries, une touche, un bouton de cuivre pour le faire chauffer, un morceau de miroir, etc., etc.; le tout bourré et maintenu par un mouchoir de couleur.
Le petit garçon hollandais fait au printemps une collection d'œufs; dans la prise des nids, il donne des preuves de force et d'adresse, et peut-être de dispositions pour la carrière maritime, vocation propre à notre peuple; dans l'achat des sortes étrangères, il donne des preuves d'une inébranlable bonne foi, et dans l'échange de ses doubles, un esprit précoce et commercial hollandais. Le petit garçon hollandais frappe ses boucs ferme, et pour donner du pain de seigle à ses animaux, il n'a pas son pareil. Le petit garçon hollandais est beaucoup moins imbu de la doctrine des princes que le maître d'école hollandais; mais, en ce qui regarde l'éducation des colleurs et des cocons, il pourrait passer un examen de premier rang. Il est fou du marché aux chevaux et se promène à la parade devant les tambours en tournant le dos aux beaux hommes. Le petit garçon hollandais s'encanaille facilement et puise de bonne heure dans un dictionnaire qui ne plaît pas aux mères; mais il a peu de présomption vis à vis des domestiques. Il est ordinairement rouge foncé; et lorsqu'il doit entrer et demander à son oncle ou à sa tante comment ils se portent, il dit à peine quelques mots dans cette circonstance; mais il est moins avare de paroles et moins embarrassé au milieu de ses égaux, et il n'a pas peur d'exprimer son sentiment. Il hait les lâches et les rapporteurs, d'une haine parfaite; il tendra assez vite son petit poing, mais il ménage son adversaire; il a une tache d'encre perpétuelle sur son col rabattu, et un peu de penchant à marcher de travers dans ses souliers; il soutient à son père qu'on peut patiner sur une glace d'une nuit, et dispose de la gelée et du dégel selon son bon plaisir; il mange toujours une tartine de maïs et apprend une leçon de plus, selon qu'il en a le goût; il lance une pierre dix lois plus loin que vous et moi, et tourne trois fois sur sa tête sans avoir de vertiges.
Salut! salut, joyeux et sain, gai et robuste compagnon; salut, salut, toi le florissant espoir de la patrie! Mon cœur s'ouvre quand je te vois, dans ta joie, dans tes jeux, dans ton laisser aller, dans ta simplicité, dans ton téméraire courage. Mon cœur bat quand je pense à ce que tu deviendras: mordras-tu toujours une bouchée à la même pomme, et dans les années qui suivront, n'apprendras-tu pas qu'il est nécessaire de prendre la pomme dans le coin et de la manger seul, et même d'en mettre la pelure à part et d'en semer les grains pour ta postérité? Aujourd'hui, tu prêtes ton dos robuste à ton ami plus leste, qui s'élève sur tes épaules pour chercher, au sommet de l'arbre, le nid de sansonnet; l'expérience t'apprendra-t-elle un jour qu'il vaut mieux prendre une échelle et aller chercher le nid soi-même, que de rendre un bon service et d'en attendre la récompense? C'est le monde! Mais en toi ainsi sont les semences de beaucoup de malheurs et de chagrins! Ta passion exagérée, ton innocente tendresse, ta légèreté, ton ambition, ta vivacité et ton sentiment de l'indépendance porté jusqu'à l'incrédulité! Oh l si dans tes années postérieures tu regardes en arrière vers ton enfance, ce sera la joie que tu envies le plus et cependant que tu goûtes le moins, parce que tu es aussi peu méchant que tu es plus innocent, même dans le mal. Le ciel vous bénisse tous, bons petits garçons que je connais! Quand je regarde autour de moi, que j'aime à vous voir longtemps et joyeusement jouer! et lorsque je vois venir le sérieux de la vie, qu'il vous donne aussi des cœurs sérieux pour la comprendre, mais qu'il vous laisse, jusqu'à votre dernier soupir, garder quelque chose d'enfantin et de jeune! Qu'il vous prodigue, dans votre pleine fraîcheur, les sentiments qui aident le jeune homme à marcher purement dans sa voie, et qui font l'ornement de l'homme, afin que, devenant aussi hommes par l'intelligence, vous restiez enfants pour la méchanceté! C'est mon unique vœu, mes chers amis, car je ne veux pas vous distraire un instant de la toupie et du cerceau sans vous donner pour la durée de cette joie, autre chose ... qu'un vœu.