Kitabı oxu: «Histoire politique de la monarchie anglo-saxonne (449-1066)»

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Hubert Pierquin

Histoire politique de la monarchie anglo-saxonne (449-1066)


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066321864

Table des matières

PRÉFACE

LIVRE PREMIER

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

LIVRE II

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

LIVRE III

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

APPENDICE

L’ANGLETERRE ET LE PAYS DE GALLES AVANT LA CONQUETE NORMANDE

I

GÉNÉALOGIE DES FILS DE WODEN

II

GÉNÉALOGIE DES ROIS DU KENT.

III

GENÉALOGIE DES ROIS DU WESSEX, DE WODEN A ECGBERGT.

IV

GÉNÉALOGIE DES ROIS DE L’ANGLIA ORIENTALE

V

GÉNÉALOGIE DES ROIS DE L’ESSEX

VI

GÉNÉALOGIE DES ROIS DE BERNICIA

VII

GÉNÉALOGIE DES ROIS DE DEIRA

VIII

GÉNEALOGIE DÉS ROIS DE MERCIE

IX

GÉNÉALOGIE DES PRINCES DES LINDIS-FARAS, OU HABITANTS DE LINDSEY, TERRITOIRE AUTOUR DE LINCOLN

X

GÉNÉALOGIE DES ROIS DU WESSEX

XI

GÉNÉALOGIE DES ROIS ANGLO-DANOIS 1 .

XII

GÉNÉALOGUE DE LA FAMILLE GODWINE

PRÉFACE

Table des matières

Cette étude embrasse une période obscure et troublée de l’Histoire d’Angleterre. A l’effort civilisateur des Romains; à l’influence de leur génie modérateur; à l’unité nationale déjà réalisée par les Bretons, succèdent pendant des siècles, les invasions des barbares, leur domination précaire et tyrannique, leurs constantes révolutions.

Ce ne sont que guerres intestines, morcellements et partages arbitraires d’états et de provinces, que leur situation, leur histoire et leurs mœurs avaient autrefois unis. Le christianisme seul, mêle quelque douceur à l’agitation de ces temps lointains. Aussi le conquérant peut-il à peine jouir de sa victoire en Angleterre, puisque d’autres barbares l’y menacent sans cesse, de leurs forces grandissantes. Les domaines de l’envahisseur sont emportés par l’invasion, et lorsque l’ennemi du dehors est venu troubler sa conquête, le roi étranger s’est tourné dans un élan de confiance vers ce peuple anglais qu’il avait asservi, mais qu’il pouvait appeler aux armes, puisqu’il incarnait pour lui, les luttes et l’espoir de sa patrie. Car souvent, le peuple l’a élu, pour son courage et ses vertus. C’est Alfred, Athelstan et Cnut qu’il adopta, quand ceux-ci eurent voulu la grandeur de leur patrie nouvelle, et porté au delà des mers, le nom anglais. La volonté du peuple et son amour loyal, les sacraient une seconde fois.

Avec ces maîtres incertains, qu’ils fussent saxons ou danois, le peuple anglais se sentait uni et fort, sous la rude conduite qui le disciplinait, et jamais la conquête, ni l’invasion ne parvinrent à ébranler sa foi, dans la gloire de ses futures destinées.

Mars 1907-Octobre 1912.

LIVRE PREMIER

Table des matières

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

La très ancienne population de la Bretagne. — Les Cimmériens et les Celtes. — Leur établissement en Bretagne. — Les traditions galloises. — Les anciens Bretons. — L’invasion de la Bretagne par Jules César. — Sa conquête définitive par les Romains.

L’origine des populations de l’Europe, en général, a toujours été pour l’historien, l’objet de conjectures, souvent aventureuses. La Grande-Bretagne n’a pas échappé à de pareilles investigations, au cours desquelles, le document authentique ne se différencie guère du jugement personnel de l’auteur, et où l’intuition supplée, dans l’examen de périodes historiques aussi reculées, à l’insuffisance, ou à l’obscurité des sources critiques.

Le phénomène de la population s’explique en tout pays, par l’émigration de tribus, se détachant de quelque établissement primitif. Ainsi, des peuples se sont-ils formés, hors du sein de nations préexistantes, du fait de l’émigration voulue, ou de quelque séparation fortuite, commandée par les nécessités des conquêtes, ou des échanges commerciaux; et combien de tribus s’aventurant sur les mers, ont été poussées, au gré des flots, vers la destination imprévue, où devait se développer leur effort colonisateur.

Le docteur Percy, en Angleterre, fut le premier qui, en 1770, distingua clairement les tribus celtiques des tribus gothiques: il établissait, ainsi, une base historique certaine, pour l’étude de l’Europe antique, en y comprenant encore les éléments slaves ou sarmates Ce sont là, semble-t-il, les trois grands courants d’où dérivent principalement les diverses nations des parties occidentales de l’Europe, successivement peuplée, à des intervalles assez distincts, pour que les différences de langage des populations, les caractérise pleinement. La première période de ces migrations comprend les races cimmériennes et celtiques; la seconde, les tribus des Scythes, des Goths, et des Germains, qui donnèrent naissance à la plupart des nations de l’Europe occidentale. Enfin, la troisième période embrasse l’évolution des Slaves et des Sarmates, alors que ceux-ci débordent sur les frontières des premières tribus, qui se sont étendues sur toute la Germanie. C’est des deux premiers éléments des populations de l’Europe que descendirent les plus anciens immigrants d’Angleterre .

Les Cimmériens s’établirent en Europe, vraisemblablement, avant les tribus des Scythes. Hérodote rapporte que les Cimmériens possédaient, autrefois, ces régions d’Europe, dont les Scythes les avaient chassés, et que ceux-ci gardaient encore, au temps où il écrivait , puisqu’ils s’étendaient, alors, du Danube vers la Baltique, et vers le Nord.

Il est difficile de préciser le temps où les Cimmériens quittèrent l’Asie, mais on peut avancer qu’ils s’étaient fixés en Europe, à l’âge homérique, puisqu’ils sont cités par deux fois, dans l’Odyssée . Et le fait, qu’Homère ait pu connaître la situation des établissements des Cimmériens, dans les parties nord-sud de l’Europe, est affirmé, à trois reprises, par Strabon .

C’est 700 ans avant l’ère chrétienne, que les Cimmériens furent attaqués par les Scythes, dans leurs positions . Sous cette invasion, les Cimmériens s’éloignèrent d’Europe en Asie-Mineure, dont ils dévastèrent les côtes: Homère et les Ioniens partageaient la croyance légendaire, qu’ils étaient sortis des régions infernales .

La population Cimmérienne, ainsi attaquée par les Scythes, occupait alors la Chersonèse Cimmérienne. Elle se répandit en Asie-Mineure, mais ne parait pas s’être étendue, au delà de la région des côtes: elle était commandée par Lygdamis qui pénétra en Lydie et en Ionie, prit Sardes, et mourut en Cilicie . Cette incursion réussit, sans doute, par ce qu’elle était inattendue, et mention en est faite par Hérodote, Callisthène, et Strabon . Les Cimmériens furent chassés plus tard, d’Asie-Mineure par le père de Crœsus .

Quand les Scythes les attaquèrent pour la première fois, sur la partie européenne du Bosphore, les tribus des Cimmériens tinrent conseil: les chefs et l’aristocratie voulaient résister aux envahisseurs, mais d’autres préféraient à ce parti, l’émigration volontaire . La divergence de vues provoqua une bataille, dont les survivants abandonnèrent le pays aux Scythes. Mais tandis qu’une partie des Cimmériens se dirigeait vers l’Asie, sous la conduite de Lygdamis, l’autre, plus belliqueuse et plus nombreuse, marchait vers les régions les plus reculées de l’Europe, et s’étendait jusqu’ au rivage de la mer germanique. «Ici, rapporte Plutarque, ils vivent dans une contrée sombre et boisée, où l’on voit rarement le soleil, que cachent des arbres magnifiques et pleins d’ombre, qui couvrent, très avant, les terres sur une étendue, pareille à celle de la forêt Hercynienne...» Mais il est difficile de savoir si l’établissement des Cimmériens en Germanie, fut la conséquence de l’attaque des Scythes, ou si elle la précéda.

L’histoire des Cimmériens demeure incertaine, depuis leur départ du Bosphore oriental, pour la Chersonèse des Cimbres, sur la Baltique. On admet, généralement, que les premiers émigrants s’établirent dans les régions voisines de Naples, où la mythologie place l’entrée des Enfers . Là, ils vivaient comme les nomades, de pillage et de rapines, selon Posidonius, qui rapporte leurs incursions fréquentes chez les populations environnantes .

Dans le siècle antérieur à César, les Cimmériens furent connus des Romains, sous le nom contracté de Cimbres , lors des guerres où Marius les combattit. A cette époque, nombre d’entre eux quittèrent leurs positions de la Baltique, et se joignant à d’autres tribus, pénétrèrent dans la grande forêt Hercynienne, qui couvrait, alors, la plus large partie de l’ancienne Germanie. Repoussés par les. Boïens, ils descendirent vers le Danube, et envahissant le Norique et l’Illyrique, ils mirent en déroute le consul romain, Narbon. A quelques années de distance, ils envoyèrent des ambassadeurs à Rome, pour solliciter du Sénat, que des terres leur fussent assignées et reconnues, et ils offraient en retour, leur alliance aux Romains, dans leurs guerres. Mais leurs propositions furent repoussées, et par quatre fois, ils furent victorieux des consuls, et pénétrèrent en Gaule, où ils dévastèrent toutes les régions entre le Rhône et les Pyrénées. Puis, ils tentèrent vainement d’attaquer l’Espagne, dont ils furent chassés par les Celtibères. Revenus en France, ils se joignirent aux Teutons, errants sur les bords de la Baltique, pour envahir l’Italie, et pour y être arrêtés, par le génie victorieux de Marius et de Sylla .

La majeure partie des Cimbres fut décimée, en ces guerres meurtrières, au cours desquelles, la tradition rapporte que les Romains anéantirent deux à trois cent mille de ces barbares, en deux batailles... Les Cimbres, demeurés sur le continent, ne connurent plus qu’un établissement précaire et troublé. Strabon parle d’eux, en son siècle, comme vivant sur les bords de la Baltique ; et Pline se contente de les mentionner, en deux courts passages . Selon ces auteurs, les Cimbres s’étaient fixés sur les côtes nord-ouest d’Europe, ou de la mer de Germanie, sur laquelle les Saxons et les Danois devaient s’aventurer, par la suite, pour leurs expéditions, en Bretagne.

Quand Tacite parle des Cimbres qui, en son siècle, s’étaient retirés dans la péninsule du Jutland, il les mentionne en ces termes, qui rappellent leur ancienne puissance, et leur renommée: «C’est maintenant un petit État, mais la gloire en fut grande: les marques de leur ancien renom se retrouvent au loin, aux rives de l’Elbe...». Et la tradition de la gloire des Scythes se maintient, jusqu’au siècle de Claudien .

On s’accorde, généralement, à reconnaître que les plus anciens habitants de la Bretagne furent appelés Cymry (se prononçant Kumri), et il est à remarquer que leurs premiers descendants, les Gallois, se sont toujours eux-mêmes qualifiés de Cymry, nom qu’on retrouve dans les très anciens monuments de la littérature anglo-saxonne.

Si l’on admet que les Kɩµµεpɩoɩ ou Cimbri occupèrent les côtes du nord de la mer de Germanie, et tentèrent la fortune des expéditions lointaines, on peut soutenir avec quelque vraisemblance, que les Cymri de Bretagne durent tirer leur origine, des Cimmériens du continent . Et cette présomption se fortifie du fait, que dans le nord de l’Angleterre, une partie de l’ancienne nation bretonne s’était établie dans une région nommée Cumbria, nom d’où est dérivée la forme moderne, Cumberland.

Les traditions danoises des expéditions en Bretagne, venues du Jutland, et que rapporte Saxo Grammaticus, peuvent être prises en considération. Quelque incertaine que soit la tradition sur laquelle elles se fondent, et sans présenter le caractère de faits historiques positifs, elles s’ajoutent encore aux probabilités diverses, qui militent en faveur des migrations primitives dans les Iles Britanniques.

Les données traditionnelles des triades galloises, fortifient également cette hypothèse. Elles établissent que les Cymry furent les premiers habitants de la Bretagne, et qu’avant leur arrivée, le pays était peuplé de troupeaux d’ours, de loups et d’aurochs . Elles ajoutent qu’Hu Cadarn, ou Hu le Fort, ou le Puissant, fit traverser à la nation des Cymry l’Hazy, ou Océan Germanique, pour les conduire en Bretagne, alors qu’ils venaient des parties orientales de l’Europe . Les Cymry seraient donc venus des bords du Bosphore Cimmérien, vers la mer du Nord. Ceux-ci paraissent avoir eu les mœurs qui ont été rapportées des peuplades primitives, en migration. Ephore dit des Cimmériens qu’ils habitaient des demeures souterraines, séparées par des sortes de fossés. Leur nom était argillas, et il est curieux de remarquer que dans la langue des Cymry ou Bretons. le mot argel, signifie couverture, abri, maison couverte . Ce genre d’habitation semble avoir été celui de tous les barbares, dans leur établissement primitif. On rapporte que les Troglodytes d’Asie vivaient dans des souterrains, et Tacite cite le même détail en parlant des tribus germaines, les plus sauvages... Les Cymry juraient par un taureau d airain, qui suivait l’armée. Dans les batailles, ils apparaissaient, avec des casques et des enseignes représentant des bêtes féroces et menaçantes, ou quelques figures étranges. Ils portaient des boucliers blancs et brillants; des cottes de mailles de fer, et des haches de batailles, ou de longs et lourds glaives. Ils jugeaient honteux de mourir de maladie, et ils souhaitaient que leur fin fut héroïque. Comme pour la plupart des nations barbares, Callimaque rapporte des Cymry, qu’ils buvaient le lait des cavales, comme l’Arabe du désert, celui des chamelles.... Les rites religieux des Cimmériens comportaient, parfois, des sacrifices humains, et Strabon rapporte des Cimbres, que leurs femmes les accompagnaient à la guerre, avec un cortège de prêtresses sauvages, vêtues de blanc, et les pieds nus. Celles-ci, glaives en main, cherchaient les captifs par toute l’armée, et les faisaient jeter dans une immense chaudière, de la dimension de vingt grandes amphores. Alors, sur les bords de cette gigantesque coupe, une prêtresse poignardait les victimes, une à une, et éjaculait ses prédictions, d’après la manière dont le sang coulait, à l’intérieur du récipient. Dans les combats, les Cimbres frappaient sur des peaux tendues sur leurs charriots de guerre, et faisaient entendre un son terrible . Dans les guerres de Marius, Plutarque rapporte que les femmes furent placées sur les chars, derrière l’armée, et que quand elles virent céder les leurs, elles tuèrent indistinctement tous les fuyards, frères, époux, parents, ou alliés: elles étranglèrent, également, leurs enfants en bas âge, les jetant sous les roues des chars, et se tuèrent, enfin, elles-mêmes, ne voulant point survivre à leur défaite. Ces détails peuvent être utilement comparés à ceux que donne Tacite, sur les Bretons, lors de l’invasion romaine. Il dépeint, en effet, les femmes, agitant des torches enflammées, et courant comme des furies, parmi l’armée des Bretons. Il ajoute qu’elles répandaient sur les autels, le sang des captifs, et qu’elles consultaient les oracles, par l’examen des viscères humains. Il rappelle encore que des femmes, avant la destruction de la colonie de Camelodunum, chantèrent, animées d’un délire prophétique, la ruine prochaine de leur patrie .

Mais un autre peuple, mêlé aux origines de la Grande-Bretagne, les Celtes, étaient établis, au début historique de la Grèce, dans les régions occidentales de l’Europe. On les appelait Kɛλτoɩ, puis Γαλαταɩ et César dit d’eux qu’ils se qualifiaient de Celtae, ou Keltae, bien que les Romains leur eussent donné l’appellation générale de Galli .

Les Celtes paraissent avoir formé une race, issue de la famille cimmérienne. Car le terme cimmérien, n’était qu’une appellation générique, et chaque peuple, détaché du groupe primitif, gardait sa dénomination particulière. Ainsi, une partie des Cimmériens qui avaient envahi l’Asie, sous Lygdamis, étaient appelés, également, Trerones, ou Treres. Arrien affirme, par deux fois, que les Celtes étaient Cimmériens, et Diodore soutient en termes précis, la même hypothèse.

Alors que les Cimmériens traversaient le nord de l’Europe, du sud à l’ouest, les Celtes semblent s’être étendus vers le sud, et le sud-ouest. Quelques géographes, avant Plutarque, ont étendu les régions occupées par les Celtes, jusqu’à la mer d’Azof. Ephore fait rentrer l’Espagne dans l’empire celtique, et divisant le monde en quatre parties, il fait habiter l’une d’elle, vers l’ouest, par les Celtes . Ces données, tout incertaines qu’elles soient, prouvent l’importance territoriale qu’on attribuait aux Celtes. De plus, tous les auteurs classiques qui font mention des Celtes, les représentent, comme peuplant les régions occidentales de l’Europe. Tandis que les Cimmériens pénétraient en Europe, de l’extrémité orientale de celle-ci, jusqu’à sa plus lointaine péninsule, au nord-ouest, la branche celtique se répandait sur les côtes du sud-ouest.

Au temps d’Hérodote, les Celtes étaient établis sur les côtes ouest de l’Europe. Il rapporte que ce peuple s’était fixé, sur les parties ouest de l’Europe, les plus distantes ; et ailleurs, il écrit que les Celtes vivaient au delà des colonnes d’Hercule, et qu’ils s’étaient arrêtés à l’embouchure du Danube .

Aristote, fait souvent mention des Celtes. Il les représente comme ne craignant ni les tremblements de terre, ni les inondations; il les montre se précipitant, tout armés, dans les flots, ou plongeant les nouveau-nés dans l’eau glacée, ou les revêtant de haillons. Il situe la Celtique au-dessus de l’Ibérie, et quelqu’incertaines que soient les notions d’Aristote, sur les Celtes, elles prouvent toutefois qu’il avait une vague connaissance de l’étendue de leur empire ... Les Boïens et les Helvètes étaient regardés comme Celtes, dans l’antiquité .

César, après Hérodote et Aristote, établit que les Celtes vivaient dans les parties occidentales de l’Europe, en Gaule et en Espagne. Quand il écrivait, les hordes germaines ou scythes avaient incorporé, ou chassé devant elles, les races plus anciennes fixées dans les régions qu’elles envahissaient.

En pénétrant dans la Gaule, César trouva les Celtes qui en possédaient la meilleure part, avec les régions maritimes: la Seine et la Marne, selon lui, séparaient les Celtes des Belges, et la Garonne, des Aquitains . Et si l’on admet que les Celtes occupaient les côtes de la Gaule, de la Seine à la Garonne, et qu’ils avaient été refoulés vers la Seine, par les invasions du Nord, — on doit convenir qu’ils se trouvaient dans une position très favorable, pour passer en Bretagne — ; de même que les Bretons qui, en retour, vinrent chercher, plus tard, un refuge sur les côtes gauloises, en fuyant devant les Saxons.

Avant le siècle de César, les Celtes avaient menacé les puissances grecque et romaine, de leurs dangereuses invasions. Vers 600, avant l’ère chrétienne, ils occupent les Gaules, et le nombre de ’leur population s’y accroît en de telles proportions, que leurs chefs leur font passer les Alpes, pour envahir l’Italie. Une armée nombreuse vint défaire les Toscans, et les vainqueurs fondèrent, ensuite, Milan; l’autre partie des Celtes s’établit près de Vérone, et rayonna, de là, dans les districts environnants .

Le second mouvement des Celtes, en Italie, eut lieu 180 ans après leur première invasion: Brennus les dirigeait contre Rome elle-même, dont ils devinrent maîtres jusqu’à ce que Camille eût sauvé la république en péril, de ses conquérants barbares .

Cent dix ans, après ces événements, la Grèce subit les attaques de ce peuple formidable. Les Celtes accoururent d’Illyrie, en Macédoine et en Thrace; puis, ils se répandirent en Thessalie, et tentèrent d’attaquer Delphes que protégea le respect religieux, et qui arrêta, ainsi, ce flot d’envahisseurs, en 280 avant J.-C. .

Après ces faits, l’histoire antique rapporte encore une tentative des Celtes en Asie-Mineure, alors que ceux-ci servaient dans les armées, de Ptolémée et d’Antigone: ils eurent avec les Romains de nombreuses rencontres, toujours marquées par des défaites: et Quintus Fabius Maximus, dans une bataille, que César rappelait aux Gaulois en révolte, extermina, au dire de Strabon, 200.000 combattants celtiques .

Sur les mœurs des Celtes, Strabon remarque qu’ils couchaient sur la terre, comme les Ibères; qu’ils se servaient de vases de cire; qu’ils pratiquaient les sacrifices humains que les Romains leur interdirent; qu’ils rapportaient les têtes de leurs ennemis, pour les fixer aux portes de leurs villes, et qu’ils furent plus facilement conquis que les Espagnols, parce qu’ils combattaient en masses serrées.

Si l’on considère, et l’esprit d’aventure et de conquête d’une population si nombreuse, et sa puissance dans la Gaule, avec son voisinage de la Bretagne, il semble que l’on puisse conclure que les Celtes durent traverser la mer, pour aller coloniser ce dernier pays. César rapporte en termes exprès, que l’un des rois celtes, en Gaule, Diviaticus, avait réduit la Bretagne sous sa domination ; que les Celtes de l’Armorique appelèrent à leur aide, quelques-unes des tribus bretonnes, contre les Romains, et que l’une des raisons qu’il eut d’attaquer la Bretagne, fut l’assistance même qu’elle avait prêtée contre lui, aux Gaulois celtiques . César mentionne également, la venue des trafiquants celtes, en Bretagne, et avant d’envahir celle-ci, il envoya aux Bretons un des princes de race celte; dont il avait fait un roi, pour leur persuader de garder la paix avec les Romains, et il ajoute que ce chef jouissait d’un grand renom, en Bretagne. On trouve donc, ainsi, dans César, des preuves suffisantes des échanges commerciaux et des relations militaires, qui existaient entre les Celtes et les Bretons.

La plupart des historiens sont d’accord sur ce point, que des colonies de race celtique, vinrent se fonder de la Gaule, dans les Iles-Britanniques. Et la tradition galloise fait venir de Gaule, en Bretagne, avec quelque vraisemblance, deux colonies d’origine cimmérienne: l’une, partie de l’Armorique; l’autre, de Gascogne . L’émigration armoricaine était celle d’une tribu appelée Brython , nom qui rappelle que Pline avait trouvé un peuple, établi en Bretagne, lorsqu’il écrivait, et dont les habitants étaient nommés, Britanni. Les colons venus de Gascogne, étaient les Lloegrwys: ils occupaient la plus large partie de l’Angleterre, qui a été toujours nommée Lloegr, par les poètes, et par les chroniqueurs gallois . Tacite croit formellement que les Gaulois peuplèrent la Bretagne, et Bède soutient que les premiers colons de l’Angleterre, vinrent de l’Armorique . L’établissement de la Grèce, avec les Phocéens, à Marseille, vers 540 avant J.-C,, ne fut pas sans influence sur la colonisation de la Bretagne: les Phocéens s’établirent, en ce dernier pays, dans plusieurs régions celtiques, et ce fait, ajouté à ceux qui précèdent, montre assez la descendance cimmérienne et celtique, de la population primitive de l’Angleterre .

Les îles bretonnes furent, sans doute, visitées par les Phéniciens et les Carthaginois, mais il est difficile d’établir ces faits, par des documents positifs, devant les récits contradictoires des historiens de l’antiquité , et les conjectures fabuleuses de la Bretagne, colonie troyenne ou grecque.

Quand César envahit la Bretagne, les Commentaires nous apprennent qu’il en ignorait, et l’étendue, et la population: on ne savait, alors, si ces terres, nouvellement connues, étaient un continent, ou une île. Mais après la conquête de la nation celtique de la Gaule, et de ses envahisseurs germains, ce fut l’ambition de César, que de tenter la découverte, et la soumission de la Bretagne.

L’incertitude même où l’on était, de ces peuples et de ces régions inconnues, constituait un nouvel attrait pour son génie conquérant. Il fit équiper une flotte légère, pour explorer les côtes de Bretagne, et il résolut de pénétrer à l’intérieur des terres, avec les forces qu’il pouvait détacher, des armées de Gaule: c’est ainsi qu’il voulait imposer la domination romaine à des régions qui avaient échappé, jusque-là, aux atteintes des conquérants de l’ancien monde.

Quand César envahit la Bretagne, celle-ci semblait avoir été peuplée par diverses races, barbares, venues successivement s’y établir; elles s’étaient mêlées entre elles, avec les siècles, et avaient subi la lente pénétration, d’une civilisation primitive. Les habitants de la Bretagne étaient divisés en nombreuses tribus, dont quarante-cinq, environ, avaient des appellations .

Parmi celles-ci, les Belges, selon César, semblent s’être fixés dans l’île, après leurs victoires, et avoir occupé les côtes britanniques. Le même auteur cite les Cantii, ou peuple de Kent, comme ayant un degré de civilisation beaucoup plus avancée que les autres tribus, et comme ne différant pas des populations de la Gaule. Les Belges pratiquaient l’agriculture, mais la plupart des tribus de l’intérieur de l’île, vivaient de lait et de viande, — de leurs chasses, — ou à l’état pastoral .

Tous les Bretons se teignaient le corps en bleu, avec la guède, ce qui leur donnait un terrible aspect, dans la bataille . Leur population apparut très nombreuse, aux Romains.

Ce n’était à leurs yeux, qu’une succession de forêts, de lacs, de grands fleuves, et ces terres, dans leur fertilité inculte, ne semblaient destinées qu’à l’entretien des troupeaux nombreux, seule richesse apparente de ce peuple encore sauvage . Ce dernier point de vue est confirmé dans une lettre de Cicéron à Atticus (lib. IV, ep. 17), où il dit: «C’est un fait notoire qu’il n’y a point dans l’île, le moindre numéraire; et il n’y a d’espoir de butin que dans les esclaves...» .

Des guerres incessantes divisaient ces peuplades qui n’étaient point établies, dans l’indépendance, sur des régions déterminées, et que les besoins de défense détournaient, toujours, des travaux de la civilisation. Le jeune Breton, moins grand que le Gaulois, étonnait encore la plèbe, à Rome, dans les triomphes, où il dépassait d’un demi-pied, la taille ordinaire du Romain. Sa chevelure était moins blonde que celle du Gaulois: le Silure, aux joues rouge pâle, avait la chevelure frisée, et l’habitant de la Calédonie était roux. Comme les Belges, en Gaule, portaient les braies, et une cotte à manches, au lieu de tunique, avec le sagum, on peut supposer que leurs colons, en Bretagne, avaient le même costume. Tous les Bretons, indistinctement, portaient un anneau d’or, au médius .

Les maisons des Bretons étaient de bois, ou de roseaux: elles étaient nombreuses, comme celles des Gaulois, et placées, pour les besoins de la défense, au cœur des forêts, entourées de fossés et de troncs d’arbres. Les maisons ainsi assemblées, formaient les premières villes .

Autour de celles-ci paissaient les troupeaux des tribus, et les Bretons ne cultivaient que la quantité de blé qui leur était nécessaire. Ils se servaient peu de monnaie, et n’em ployaient à cet effet, que des anneaux de cuivre ou de fer, d’un poids déterminé .

La force militaire des Bretons, résidait principalement dans leur infanterie, mais ils combattaient encore à cheval, et plus souvent, sur des chariots, armés de faux , , d’où ils décochaient des flèches, de tous côtés. L’ennemi était parfois démoralisé par la crainte des chevaux, et étourdi par le bruit des roues. Quand les Bretons se trouvaient dans la mêlée, ils s’élançaient hors des chars, et combattaient à pied. Les conducteurs des chars se retiraient alors de la ligne de bataille, pour recevoir leurs combattants, si ceux-ci étaient, soudain, pressés par le nombre de leurs adversaires: les Bretons unissaient, de la sorte la rapidité de mouvements de la cavalerie, à la puissance de l’infanterie. Et Diodore, jugeant ce peuple, concluait avec impartialité, en ces ter mes: «.... Il y a dans leurs mœurs, une simplicité bien dif férente du luxe qui nous est offert, en ces jours. Ils se contentent d’une vie frugale, et redoutent la corruption des richesses ».

La religion des Bretons était semblable à celle des Gaulois, et comportait des rites sanguinaires. Les druides présidaient aux sacrifices humains, votifs, ou expiatoires, précédant ou suivant les batailles. Les criminels de droit commun, en étaient les victimes désignées, mais à leur défaut, des innocents étaient sacrifiés, pendant que les femmes des tribus, autour des bûchers, dansaient, nues, et le corps teint en couleurs sombres .

Les Celtes, également, pratiquaient les sacrifices humains, dans le culte de leur divinité, appelée par les Grecs, Kronos, et par les Latins, Saturne . La superstition druidique la plus gracieuse, était celle du gui, poussant sur le chêne sacré, dont l’origine était regardée comme divine. Au sixième jour qui suivait la pleine lune, jour fatidique, et qui marquait le commencement des mois de l’année nouvelle, les druides se rendaient, en cortège, vers le chêne qu’ils observaient, recueillant toutes les végétations qui le recouvraient, puis ils préparaient, sous l’arbre vénéré, le sacrifice de deux taureaux blancs, après que les dernières pousses de gui étaient tombées, sous leur faucille d’or. Couronnés de chêne, ils appelaient, alors, les bénédictions du ciel, sur le gui qu’ils distribuaient au peuple, et qui devenait pour ceux qui le recevaient, le gage de l’abondance, sur la terre .

Les druides, au temps de César, assistaient à toutes les cérémonies religieuses; à tous les sacrifices, publics ou privés, et ils procédaient à toutes les formes de la divination. La vénération qui les entourait, leur faisait connaître de tous les conflits privés, et de toutes causes touchant au meurtre, aux héritages, ou aux délimitations des biens. Quiconque désobéissait à leur ordre, ou à leur sentence, était déclaré impie, et exclu des sacrifices... Les druides n’obéissaient qu’à un pontife suprême, et à la mort de celui-ci, il avait pour successeur, le prêtre, dont la dignité était la première, après la sienne En cas de compétition, l’assemblée des druides exprimait son suffrage, et l’on vit, parfois, l’issue du conflit, remise au sort des armes .

Le collège des druides était exempté d’impôts, et de toutes charges militaires. Les postulants à ce sacerdoce, devaient subir de longues épreuves, et des initiations d’une durée de vingt ans, ainsi que la tradition le rapporte. Le dogme et le secret des rites, se transmettaient, oralement, entre les druides, qui enseignaient, et l’immortalité de l’âme, et la métempsychose . Ils enveloppaient de mystère, leurs notions sur les astres, et sur la géographie du monde; sur la force, et sur l’immortelle puissance des dieux. Il semble difficile d’admettre que les druides, philosophes et théologiens , aient eu pour origine la Bretagne et la Gaule, encore sauvages. Leur culture étendue, leur intuition religieuse et mystique, la jalouse conservation de leurs secrets rituels, paraissent avoir été les produits d’une civilisation plus raffinée.

Ceux qui dominaient ainsi le peuple, par leur science, devaient avoir reçu, — et c’est, là, une simple hypothèse, — leur initiation primordiale de quelque prêtre venu de l’Orient, et sous sa discipline, avait pu se fonder cet ordre druidique, dont l’influence religieuse devait se fortifier de toute l’étendue des attributions judiciaires et politiques, qui appartinrent en fait, et avec le temps, à ce collège sacerdotal.

Après sa conquête de la Gaule, et une expédition en Germanie, César résolut de pénétrer en Bretagne . C’était là, un projet qu’il caressait de longue date: la Bretagne lui apparaissait comme un continent nouveau, peu connu même de ses voisins, les Celtes. César interrogea, d’abord, les marchands de Gaule, qui avaient coutume de visiter l’île: il s’enquit auprès d’eux, de l’étendue de celle-ci; de ses ports, et des peuples divers qui l’habitaient N’ayant obtenu que de vagues réponses, il ordonna qu’une expédition fût préparée, à l’effet d’explorer les côtes de la Bretagne: cette nouvelle parvint jusqu’à certaines tribus, qui envoyèrent à César, des messages de paix. La première expédition romaine, en Bretagne, ne fut qu’une reconnaissance. Le premier engagement des Romains, avec les Bretons, fut assez meurtrier pour les légions de César, qui refoulèrent les Bretons, mais sans les poursuivre, à l’intérieur des terres. Car, après le succès de ses armées, César résolut brusquement, de quitter l’ile, à minuit. Il rattache son départ à l’approche de l’équinoxe d’automne, mais le prétexte semble assez vain, et la vérité doit être cherchée dans ce fait, que les forces dont disposait César, étaient, peut-être, suffisantes pour repousser les Bretons, mais non pour les soumettre, ou pour les poursuivre .

L’été suivant, les forces qui devaient envahir la Bretagne, furent plus considérables. Elles se composaient de cinq légions, formidablement armées; de deux mille cavaliers, et au total, de trente mille hommes, admirablement disciplinés, et tous, vétérans des guerres de Gaule. Le débarquement des Romains s’effectua avec facilité, et César put s’avancer, sans rencontrer de résistance, jusqu’à douze milles, à l’intérieur des terres. A ce point, il subit une attaque qu’il repoussa, et revint s’assurer du sort de ses vaisseaux. Dix jours après, il regagna ses positions primitives, et fut aussitôt assailli par quelques-unes des tribus bretonnes qui s’étaient groupées, sous le commandement temporaire de Cassivellaun; elles furent vaincues, dans leurs attaques successives. Après ces défaites, les alliés bretons abandonnèrent Cassivellaun, et César, informé de ces nouvelles, s’avança jusqu’ à la Tamise, aux frontières mêmes des états du roi breton. Des gués que les Romains rencontrèrent, avaient été fortifiés, par des pieux entrecroisés, fichés dans les eaux, jusqu’aux rives. Les indigènes, en voyant les Romains s’engager victorieusement dans le fleuve, se retirèrent en hâte. Et Cassivellaun, ne gardant avec lui que quatre mille chariots, se contenta de harceler les envahisseurs.

César sut alors profiter des dissensions qui divisaient les tribus bretonnes: les Trinobantes qui comprenaient Londres, dans leur territoire, appelèrent les Romains au secours de leur chef Mandubratius, ou Androgorus, contre Cassivellaun; et cinq autres tribus envoyèrent à César, leur soumission. Celui-ci fut encore attaqué par quatre rois du Kent, Cingetorix, Carnilius, Taximagulus, et Segonax qui, tous, échouèrent dans leur entreprise, et Cassivellaun, lui-même, résolut d’envoyer une ambassade, pour solliciter la paix romaine. César la lui accorda sur-le champ, demanda des otages, fixa le tribut de la Bretagne, se retira avec son armée, vers la côte, et de là, regagna la Gaule. Et pendant plusieurs années, les Romains semblèrent avoir oublié la Bretagne .

Auguste avait décidé une expédition en Bretagne, et il avait même pénétré en Gaule, pour réaliser ce dessein, lorsque les Bretons lui envoyèrent des ambassadeurs, pour demander la paix. Il se contenta d’imposer certains objets échangés, ou vendus, entre la Bretagne et la Gaule, — tels que l’ivoire, l’ambre, et les poteries de verre. Tibère ignora la Bretagne, et Caligula s’avançant, en Gaule, jusqu’à la mer, rangea son armée en bataille, fit sonner dans des conques marines, en signe de conquête, et se contenta de ce triomphe symbolique sur la Bretagne.

Celle-ci fut alors abandonnée à ses guerres intestines, et quelques rois bretons résolurent d’appeler les Romains . Claude envoya en Bretagne, Aulus Plautius, avec toute une armée, comprenant des auxiliaires germains, et des éléphants: Vespasien était au nombre des lieutenants d’Aulus. Le succès des armes romaines, amena Claude à prendre part à l’expédition de Bretagne. Il vint assister à la prise de Camalodunum, capitale du roi Cunobellin. Après avoir séjourné pendant soixante jours dans l’île, l’empereur, laissant à Aulus Plautius, le gouvernement de la Bretagne, revint à Rome, où il se décerna le triomphe, et prit le surnom de Britannicus.

Vespasien, dans l’intervalle, se distinguait en Bretagne. Il gagnait trente batailles, s’emparait de vingt villes, et soumettait l’île de Wight , tandis que Titus, tribun militaire sous les ordres de son propre père, se conduisait avec éclat, au cours de la même campagne .

Toutefois, l’état de fait qu’on observait en Bretagne, n’impliquait ni la conquête définitive de celle-ci, ni sa pacification. Sept années après ces événements, Ostorius, après plusieurs attaques des Bretons, doit établir une ligne de défense entre la Saverne et la Nen. Les Bretons du Nord et du Sud, et plus tard ceux du pays de Galles tentèrent une nouvelle offensive. Mais leur effort fut arrêté par la défaite et la capture de Caradawg, ou Caractacus , qui fortifia la domination romaine en Bretagne.

Après un intervalle de dix années, les Bretons tentèrent de reconquérir leur indépendance, sous la conduite de Boadicée, et leur soulèvement fut marqué par un massacre général des Romains. Le gouverneur romain, Suetonius réprima cette révolte avec une extrême rigueur, et l’emporta sur les forces combinées des Bretons. Boadicée s’empoisonna, et l’île presque entière fut bientôt pacifiée par la terreur .

L’avènement de Vespasien à l’empire, devait porter l’attention de l’ancien compagnon d’armes d’Aulus Plautius, sur la Bretagne. Il voulut étendre, en ce dernier pays, les conquêtes romaines, qui se heurtaient, après des fortunes diverses, à l’esprit d’indépendance, toujours renaissant chez les Bretons .

Dix-sept ans après la révolte de Boadicée, Agricola fut appelé à commander les forces romaines en Bretagne, et sous son commandement, la conquête de l’île fut achevée . Le chef romain s’efforça de faire pénétrer chez ces peuples encore barbares, les bienfaits de la civilisation, et peut-être y avait-il chez Agricola, quelque pensée de les amollir par le luxe. Il leur édifia des temples, des forums, des demeures plus spacieuses et plus riches. Il tenta, insensiblement, de leur donner le goût des lettres, et celui de la langue et des mœurs romaines, cependant que quatre légions tenaient garnison dans l’île. Il fit sillonner celle-ci de trois grandes voies militaires, avec des postes romains, espacés de proche en proche, pour en assurer la sécurité : sur ces routes, s’élevèrent les fondations de la plupart des villes les plus importantes de l’Angleterre. Les lois romaines réglèrent le statut des indigènes, et la Bretagne elle-même apparut dans la littérature latine , .

La Bretagne, un demi-siècle après la venue d’Agricola, fut visitée par l’empereur Adrien, qui fit élever des remparts à l’embouchure de la Tyne, comme frontières extrêmes des provinces romaines, en Bretagne. Sous le règne d’Antonin le Pieux, ces limites furent encore reculées, mais en 170, les Romains semblent avoir abandonné tout le pays, au nord de cette muraille d’Antonin .

Après cette période historique, les légions romaines en Bretagne, se mêlèrent aux luttes des compétitions à l’empire, et dans cet intervalle, deux nations insoumises du Nord de la Bretagne, les Calédoniens et les Méats, franchirent les lignes romaines, et envahirent les provinces. L’empereur Sévère vint réprimer en Bretagne, cette insurrection , et remplaça la faible barrière d’Adrien, par une immense muraille de pierre, haute de vingt pieds, — et de huit pieds d’épaisseur, fortifiée de tours, avec des garnisons de proche en proche. Cette muraille, autour de laquelle était creusé un fossé profond, et que suivait une voie militaire, s’élevait parallèlement à l’ancienne muraille d’Adrien.

Sévère mourut à York, et c’est peu après cette époque, que les Saxons envahirent la Bretagne.

CHAPITRE II

Table des matières

L’origine des Saxons. — Les régions occupées par les Saxons près de l’Elbe, avant leur invasion de la Bretagne. — Les expéditions sur mer, des Saxons; leur ligue avec les autres peuples, et leurs agrandissements sur le continent; — leur histoire, jusqu’à leur première tentative contre la Bretagne. — Les mœurs des anciens Saxons.

Au ve et au VIIe siècles, les Anglo-Saxons vinrent s’établir en Angleterre, après avoir quitté la péninsule des Cimbres qu’ils occupaient. Les Anglo-Saxons constituaient une branche distincte de la grande famille saxonne, qui de l’Elbe, s’était étendue jusqu’au Rhin. Les attaques de cette race formidable avaient longtemps désolé les régions occidentales de l’Europe, et quand les Goths s’emparèrent des plus riches provinces romaines, les Anglo-Saxons, du même coup, vinrent envahir la Bretagne, après que les Romains eurent définitivement quitté celle-ci. Les vaincus reculèrent devant l’ennemi, ou subirent son joug, et les institutions des Saxons, leurs lois, leurs langues, et leurs mœurs prévalurent, bientôt, par toute l’Angleterre, et même sur celles des autres peuples qui s’y étaient précédemment établis.

Au début le qualificatif saxon, impliquait un seul Etat, et non la confédération qu’il devait plus tard, désigner. Si les Romains ne s’inquiétèrent des Saxons qu’au second siècle de l’ère chrétienne, du moins Ptolémée, les mentionna-t-il, le premier, dans sa Géographie. Selon cet auteur , l’an 141, après J.-C., un peuple, appelé Saxones, était établi au nord de l’Elbe, et occupait trois petites îles, à l’embouchure de ce fleuve. La population saxonne était alors peu importante, puisque six autres nations occupaient, avec elle, ces territoires.

On peut remarquer avec quelque surprise, que Tacite, en écrivant une description particulière de la Germanie, bien des années avant Ptolémée, ait omis de nommer les Saxons. Quelques auteurs ont pensé que la nation à laquelle Tacite donne la dénomination de Fosi était composée de ces guerriers qui devaient s’illustrer, par la suite, sous le nom de Saxons. Mais il ne saurait y avoir plus de raison d’attribuer ce nom aux Saxons eux-mêmes qu’aux autres peuples omis par Tacite, dans la Germanie: aux Sigulones, aux Sabalingii, aux Cobandi, aux Chali, ou aux Phundisii . Le manque de renommée et de gloire des Saxons, suffit à expliquer le silence de Tacite, à leur endroit, car les Saxons n’avaient point, alors, attaqué Rome, ou quelque autre peuple puissant du continent.

Après la première occupation de l’Europe, par les Cimmériens et les Celtes, se forme un nouveau courant de tribus barbares, composées de Scythes, de Germains et de Goths: toutes étaient venues d’Asie. Les Celtes et les Cimmériens, pressés par ces nouveaux envahisseurs, se replièrent sur les parties occidentales et méridionales de l’Europe, où les Scythes les poursuivirent encore. Dans l’intervalle, ce dernier flot de peuples se répandait progressivement, sur les vastes espaces de l’Europe, jusqu’à ce que Tacite vint à comprendre tous ces barbares sous le nom de Germains, reconnaissant ainsi un état de fait. puisqu’à cette date, les Germains avaient non seulement, atteint le Rhin, mais avaient encore pénétré en France.

La première apparition des tribus des Scythes, en France, peut être placée, suivant Strabon au VIIIe siècle, ou d’après Hérodote, au VIIe siècle, avant l’ère chrétienne . Ce dernier établit que les Scythes étaient le peuple le plus jeune de ceux qu’il étudiait, puisqu’il ne comptait que mille ans entre le règne de leur premier roi, Targitaos, et les guerres que leur fit Darius. Le premier théâtre de l’action guerrière des Scythes, et du développement progressif de leur puissance; fut en Asie, le sud de l’Araxe. Pendant des siècles, ils y étendirent leurs territoires, qui demeuraient inconnus des peuples de l’Europe. Ils se nommaient entre eux, Scoloti, mais les Grecs leur donnaient la dénomination de Scuthoi, ou Nomades.

Avec les succès militaires d’un de leurs rois, les Scythes, selon Diodore de Sicile, ajoutèrent à leurs possessions, les régions montagneuses à l’entour du Caucase, avec les autres territoires, près du Tanaïs. De ces Scythes primitifs, les Sakai, les Massagètes, et les Arimaspoi tirèrent leur origine.

Les Massagètes semblent avoir formé la branche orientale de la race scythe. Des guerres éclatèrent entre eux et les autres tribus, comme le rapporte Hérodote, et ces circonstances déterminèrent leur émigration en Europe . Ce fut donc au VIIe siècle, que ces Seythes, passant l’Araxe, apparurent dans l’ancien monde. Ils s’y répandirent progressivement, et sous le règne de Darius, leurs colonies européennes se trouvaient assez nombreuses et prospères pour exciter la convoitise du roi des Perses, après sa conquête de la Babylonie. Mais ses attaques furent repoussées par les Scythes, et au temps d’Hérodote, ceux-ci occupaient en Europe, une situation que leurs succès militaires avaient définitivement fortifiée. Il semble qu’ils aient alors occupé les territoires du Tanaïs au Danube, et dans leurs migrations ultérieures, ils se dirigèrent vers l’occident; alors que leurs colonies, en Thrace, se développaient, d’un mouvement continu, vers le sud. Leur établissement le plus avancé, au nord de l’Europe, était représenté par les Roxolanes, qui s’étaient fixés au-dessus du Borysthène, ou moderne Dniéper.

En s’étendant à travers l’Europe, les Celtes et les Cimmériens se repliaient sur l’ouest et sur le sud, et les différentes tribus des Scythes, comme celles des Cimmériens et des Gaulois; avaient chacune, leur dénomination particulière.

Parmi les tribus des Scythes, les Sakai ou Sacae, paraissent avoir donné aux Saxons, leur descendance. Cette assertion n’a, ici, que la valeur d’une simple hypothèse, mais étymologiquement, Sakai-suna, ou fils des Sakai, a pu être abrégé en Saksun, qui donne le même son phonétique que Saxon: Les Sakai, appelés en latin, Sacae, constituaient une tribu importante, issue de la race des Scythes. Leur renom était tel, que les Perses qualifiaient tous les Scythes, de Sacae, et Pline parle d’eux, comme étant l’élite guerrière de ce peuple . Strabon situe les régions qu’ils occupaient, à l’ouest de la mer Caspienne, et il rapporte que les Sakai se livrèrent à de fréquentes attaques contre les Cimmériens et les Trères. Ils s’emparèrent, également, de la Bactriane et de la partie la plus fertile de l’Arménie, qui s’appela Sakasina, sous leur domination. Les Sakai sont nommés Sacassani, par Pline ; et ainsi connus des Romains, on peut supposer qu’ils purent traverser l’Europe, sous cette appellation qui leur demeurait, tout en subissant des contractions et des variations diverses, dans sa forme.

Il est admissible que les Sakai nomades, durent émigrer, insensiblement, vers les parties occidentales de l’Europe, où Ptolémée signale leur présence, et d’où ils harcelaient les provinces extrêmes de l’empire romain, au IIIe siècle de l’ère chrétienne. Ces Saxoi qu’Etienne de Byzance mentionne, comme établis sur le Pont-Euxin, semblent avoir tiré leur descendance d’Odin, à qui la tradition de l’Ynglinga Saga fait abandonner, une cité au sud du Tanaïs, du nom d’Asgard, et une région appelée Asaland, ou terre des Asae. Cette retraite avait été causée par les progrès des Romains, et Odin passe dans la fable, pour s’être retiré d’abord en Russie, et puis chez les Saxons, repoussé par les barbares eux-mêmes, que refoulaient nécessairement vers l’Europe, les guerres des Romains et de Mithridate.

Mais en laissant de côté les détails d’une tradition souvent fabuleuse, et les hypothèses quelque peu vaines qu’elle a pu suggérer, on remarque que certains mots de l’ancienne langue scythe, nous ont été conservés par l’histoire :


On apprend, d’après les mêmes sources historiques, que leurs dieux étaient au nombre de sept. Leurs caractères, et leur ressemblance avec les divinités de la mythologie grecque, ont été marqués par Hérodote:

Tabiti, divinité essentielle = Vesta.

Papaios = Jupiter.

Oitosuros = Apollon.

Artimpasa, ou Arippasa = Vénus.

Thamimasadas = Neptune.

Apia, femme de Papaios = La Terre.

Les Scythes avaient aussi une divinité guerrière dont le nom n’a pas survécu, et à laquelle ils élevaient des temples , et sacrifiaient annuellement, des chevaux, des moutons et des prisonniers. A la bataille, ils buvaient le sang du premier ennemi qu’ils renversaient, et ils faisaient des coupes, avec les crânes de leurs plus redoutables adversaires. Mais Homère et Eschyle ont rendu témoignagne à leur esprit de justice, et Strabon rappelle, non sans étonnement, leur détachement absolu des richesses.

Les Saxons, au temps de Ptolémée, étaient donc établis à l’ouest de l’Elbe, et leur situation même indiquait qu’ils l’avaient conquise, pendant la seconde grande émigration des tribus barbares, en Europe.

Quand les Saxons attirèrent l’attention des Romains, ils occupaient l’extrémité de la Chersonèse des Cimbres, avec trois îles inhabitées au temps de Ptolémée, et dénommées par la suite, Nord-Strand, Busen et Heiligland .

La première de ces îles qui fut sans doute détachée du sud du Jutland, par la violence des vagues, est située en face Hesum, et au-dessus de l’Eiderstede, dont elle est séparée par des bras de mer. L’Hever qui coule sur ses rives. est favorable à la navigation commerciale. Cette île, dont la population vivait d’agriculture et de pêche, était longue, au début de vingt lieues, et large de sept. Des inondations, au cours des années 1300, 1483, 1532 et 1615, en ont diminué de beaucoup, la superficie .

L’île de Busen est située au nord de l’embouchure de l’Elbe, à l’ouest de Ditmarsia: elle n’a guère que deux lieues de longueur, et trois de largeur . Mais l’île saxonne la plus célèbre, et la plus peuplée fut celle d’Heiligisland, littéralement, l’île sacrée. Au VIIIe et au XIe siècles, elle était désignées par deux autres noms, Fossetis-land et Farria, — dont l’orthographe a souvent varié.

Cette dernière île fut, sans doute, le centre des expéditions navales des Saxons. Au VIIIe siècle, un auteur la mentionne, comme étant le lieu, où l’idole Fosete était adorée . Au XIe siècle, elle est décrite en ces termes, par Adam de Bremen, sous le nom de Farria «... C’est la première île, écrit-il, que l’on rencontre dans l’océan. Elle possède un monastère, et est inhabitée. Sa terre est très fertile: riche en blé, elle nourrit les troupeaux et les oiseaux. Il y a là, une colline, et point d’arbres: l’île est entourée des rochers les plus abrupts, avec un seul défilé, où l’eau fraîche jaillit en cascade. C’est un lieu vénéré de tous les marins, et surtout, des pirates. D’où, son nom d’Heiligeland» .

L’île souffrit d’inondations, en 800, 1300 et 1500: celle de 1649, fut la plus destructive; mais toujours, Heiligisland, reçut dans son port, le pilote en détresse, ou le pirate, poursuivi sur les mers.

Le territoire que les Saxons occupaient, à l’origine, sur le continent, était situé sur la rive occidentale de la péninsule Cimbrique, entre l’Elbe et l’Eyder. Ce dernier fleuve est regardé comme la frontière du Danemark, et comme le point extrême des possessions germaniques . La région entre l’Eyder et l’Elbe, était nommée Nordalbingia, ou Eald Saexen, et divisée en trois districts, Ditmarsia, Stormaria et Holsatia . Les progrès des Slaves contribuèrent à former une quatrième division de ces territoires, dans la province de Wagria.

Le district de Ditmarsia est séparé, au nord, du Sleswig par l’Eyder, et du district de Stormaria, au sud, par la Stoer. Il fait face aux îles d’Heiligland et de Busen, et a une étendue de trente-sept lieues, avec une largeur de vingt-trois lieues. L’aspect général du sol est bas, et marécageux, et de fortes digues défendent l’île, contre l’assaut furieux des vagues. Les plaines du rivage sont propices à la culture, et à l’élevage, mais à l’intérieur des terres, on ne rencontre guère que des landes stériles, et des marais sauvages. Les habitants de l’île montrèrent, toujours, un instinct belliqueux très prononcé, avec des mœurs presque sauvages, et un désir constant d’indépendance qu’ils assuraient par les armes,

Au-dessous de Ditmarsia, s’étendait jusqu’à l’Elbe, le district de Stormaria, borné au Nord, par la Stoer. La province entière, ne présentait guère que l’aspect d’un vaste et sombre marais, d’une étendue de trente-trois lieues. Ces détails confirment bien les descriptions faites par les Romains, des régions inaccessibles, occupées par les Saxons .

Séparé du Sleswig par le Levesou, au nord, et borné, au sud, par la province de Wagria, le district d’Holsatia , étendait vers Ditmarsia ses régions forestières, et ses plaines susceptibles de culture.

Le travail et le courage, furent les conditions nécessaires à la subsistance et à la défense de ces peuples primitifs. Bien que ces derniers fussent encore dans un état de civilisation peu avancé, les chroniqueurs rapportent leur fidélité au serment, devenue proverbiale; et en dépit de leur goût du pillage, ils passaient pour hospitaliers, généreux à la guerre, et magnanimes envers leur ennemi, brave et vaincu . C’étaient ces peuples, perdus sur leurs territoires lointains, qui menaçaient, déjà, l’empire de César, et qui, en se répandant par les Gaules, la Germanie, et la Bretagne, devaient réaliser, en fait, la formidable unité barbare, bientôt victorieuse du nom romain.

Les Saxons, ainsi établis sur les côtes d’une partie de l’Europe, voisine de quelques riches provinces de l’empire et assez éloignée pour défier les poursuites des Romains, devaient s’efforcer de développer leur puissance maritime: les tribus, établies sur les bords de la mer, des embouchures du Rhin à la Baltique, s’étaient formées, depuis le siècle de César, aux expéditions maritimes. Les Romains avaient contribué à ces progrès, sans en mesurer les conséquences lointaines. Drusus avait équipé une flotte sur le Rhin, pour faire remonter l’Ems à son armée, et il avait donné l’ordre qu’on creusât un canal, pour permettre à ses troupes, de passer dans le Zuyderzée. A cette même époque, les Bructères, établis sur la rive gauche de l’Ems, étaient capables sur mer, de livrer bataille aux Romains. Sous le règne de Tibère, Germanicus fit construire et équiper mille vaisseaux sur le Rhin: il eut, alors, l’imprudence d’enseigner aux barbares attentifs, l’art et les secrets de la navigation , .

Après trente ans, les progrès maritimes de ces peuples, furent arrêtés par Germascus qui, à la tête des Chauques, et sur des bâtiments légers, se livrait à la piraterie, et désolait les côtes des provinces romaines. Comme la population entre le Rhin et l’Ems, s’accoutumait aux expéditions aventureuses sur mer, les Saxons se rapprochèrent d’elle, et se multiplièrent dans les îles, dont il a été précédemment question. Là, les Saxons vécurent entre la sombre horreur de leurs marais, et les rocs inaccessibles qui les entouraient, demandant leur subsistance à la pêche, sur la mer inclémente. Mais leur audace sur les flots s’étant fortifiée, avec de nouveaux progrès dans l’art de la navigation, ils se prirent à songer que les Romains invincibles sur terre ne l’étaient plus sur les flots, et ils voyaient dans le pillage des provinces lointaines, avec l’appât du butin, la satisfaction de leur goût naissant des aventures.

Dans les quelques années qui suivirent, les Saxons joints aux Francs, désolèrent à ce point les côtes, de la Belgique, de la Gaule, et de la Bretagne, que les Romains durent envoyer une flotte puissante, commandée par Carausius, Ce dernier, accusé de corruption, se révolta contre Rome, prit la pourpre et se fit reconnaître empereur, par les légions de Bretagne, l’an 287. Les guerres, sans cesse renaissantes aux confins de l’empire, favorisèrent son usurpation. Carausius se comporta en politique assez habile: il fit alliance avec les Germains, les Saxons, et les Francs, adoptant même, pour répondre aux besoins de sa cause, les coutumes et les mœurs de ces peuples. Afin de les rendre utiles à ses projets, il les dirigea vers les expéditions maritimes, leur donna des vaisseaux et de hardis pilotes. Tout peuple des côtes qui ne reconnaissait pas l’autorité de Carausius, était envahi, et dévasté par les barbares. Durant les sept années de l’usurpation de Caurausius, les Saxons purent se livrer, à l’envi, au pillage, avec des procédés de navigation plus sûrs, et avec la confiance que leur donnaient de constantes victoires .

Soixante ans après ces événements, Magnence ayantusurpé le trône de Constance qu’il avait assassiné, résolut d’affermir sa dignité précaire, par l’alliance défensive des Francs et des Saxons auxquels, il promettait, en retour, une protection dont ceux-ci n’avaient nul besoin. Ce fait consacrait l’importance déjà prise, par ces peuples indomptés que Tacite ignorait, et que Ptolémée nommait à peine: ils s’apprêtaient à s’emparer de la Bretagne romaine, et à y fonder des colonies nouvelles.

Au début du IVe siècle, les Saxons n’étaient pas seuls établis, sur les rivages de la mer: d’autres nations, au nord et au sud des propres territoires de ces derniers, étaient prêtes à agir de concert avec eux, animées du même esprit d’indépendance et de conquête. Grâce à ces appoints naturels, et avec l’accroissement constant d’une forte population, les Saxons multipliaient leurs flottes, et réparaient, sans cesse, les pertes qu’ils subissaient dans les combats. La ligue de tous les Saxons était réalisée; en fait, et ceux-ci imposant leur alliance, même par la force, aux autres peuples, on vit bientôt la plupart des nations établies au nord du Rhin, prendre le nom. saxon, et vouloir en assurer la prédominance. Au sud, les Chauques, entre l’Elbe et le Rhin, semblent s’être joints, les premiers, aux Saxons. L’appât du pillage fit suivre aux Frisons leur exemple, et l’alliance saxonne paraît avoir encore compris les Chamaves, et en dernier lieu, les Bataves, les Toxandres, et les Morins. Cette ligne formidable qui devait demeurer, entière, jusqu’à l’expédition Saxonne en Bretagne, et fut ensuite dissoute, s’accrut encore concours des Cimbres, des Jutes, des Angles, et de peuplades nombreuses dont les noms n’ont point été rapportés .

Ainsi unis, les états Saxons s’étendirent progressivement, de l’Elbe au Weser; du Weser, à l’Ems, et se répandirent, finalement, sur lesbords du Rhin, alors que les Francs; quittant ces régions, et la mer, marchaient sur les Gaules. Les Francs, étant, par leur situation géographique, les premiers exposés aux répressions des Romains, devaient nécessairement concentrer leur effort, et consolider leur force sur le continent, et abandonner ainsi, les expéditions maritimes, pour s’assurer contre un péril imminent. Ces circonstances influèrent singulièrement, sur l’extension maritime des Saxons, et plus on approche de l’invasion de la Bretagne par ces derniers, et moins on voit leur alliance étroite, avec les Francs. Des conflits armés éclatent même entre les deux nations, et quand les Francs se portent à la conquête de la Belgique et de la Gaule, les Saxons demeurent le seul peuple combattant avec succès sur mer, et s’y livrant avec impunité, à la piraterie. D’anciens alliés des Francs se joignirent à eux, par la suite, pour partager leur vie facile et aventureuse, et l’abondance de leur butin. Les Saxons, successivement vainqueurs, se répandirent en Germanie, où ils rangeaient sous leur domination, avec leurs anciennes possessions de l’Elbe à l’Eyder, les vastes territoires baignés par l’Elbe et le Rhin .

Mais les alliés immédiats des Saxons, dans leur invasion de la Bretagne, furent les Jutes et les Angles. Les Jutes étaient fixés, dans la partie sud du Jutland, et la première armée qui devait s’introduire en Angleterre, sous la conduite d’Hengist et d’Horsa, était composée de Jutes . Les Angles venaient des différentes parties du Nord de la Germanie. On a cru reconnaître leur capitale, par la similitude des noms, successivement, dans Engern, en Westphalie, et dans Angloen, en Poméranie. Mais l’opinion de Bède et du roi Alfred, adoptée par Camden, a prévalu: au temps de Tacite et de Ptolémée, les Angles ont pu être établis en Westplialie, mais au moment de l’invasion Saxonne, il semble bien qu’ils étaient fixés, dans le district d’Anglen, dépendant du moderne duché de Sleswig .

Quand au IVe siècle, les Saxons furent parvenus à l’apogée de leur puissance militaire, le voisinage de la Bretagne facile d’accès, et prospère, ne fut pas sans exciter leur convoitise. Ils associèrent à leur projet de conquêtes, les Pictes, les Scotes, et les Attacottes: l’an 368, après J.-C., ils massacrèrent, dans une invasion de la Bretagne, le gouverneur romain, Nectaridus. Les Romains ne purent se rendre maîtres des assaillants, qu’à l’arrivée de Théodose, désigné par l’empereur Valentinien, pour pacifier la Bretagne. Les Pictes et les tribus alliées dirigeaient leur attaque par le nord, alors que les Saxons et leurs auxiliaires investissaient les côtes de la mer. Parti de Bichborough, Théodose marcha sur Londres, et divisant son armée en deux corps, il opposa chacun de ceux-ci aux ennemis, qu’encombraient les nombreux bagages de l’armée. Le butin, repris aux barbares, fut restitué à ses possesseurs primitifs, et Théodose voulut achever les. succès qu’il avait remportés à la guerre, en divisant ses ennemis. Il proclama une amnistie pour les vaincus ; tout en poussant la guerre avec énergie, dans le nord de la Bretagne, encore insoumis. Les Saxons, après une vaine résistance sur mer , firent aux Romains leur soumission, et Théodose reçut le surnom de Saxonicus .

A la Bretagne romaine, il ajouta la province de Valentia, et rétablit des garnisons par toute l’île.

Tour à tour, vaincus et vainqueurs des Romains, les Saxons défirent Maxime, et arrêtèrent momentanément Stilichon, à là fin du IVe siècle . Après la mort de ce général, ils aidèrent les Armoricains révoltés, ouvrirent des hostilités contre les Francs, et étendant le champ de leurs conquêtes, ils menacèrent la Belgique, la Gaule, l’Italie et la Germanie. Mais la puissance des Savons du continent fut définitivement abaissée par Charlemagne, et ce peuple dut se contenter de jouer un rôle obscur, dans les événements qui se précipitèrent en Germanie.

Mais quels furent les caractères généraux, et les mœurs des premiers Saxons? Pirates férocement braves, guerriers aventureux, Orose parle de leur terrible courage, et l’empereur Julien qui s’était mesuré en mainte rencontre avec les tribus barbares, cite les Saxons, comme l’emportant sur leurs voisins, par leur ardeur à la guerre. Zosime porte sur eux le même jugement, en plaçant leur bravoure au-dessus de celle des peuples contemporains, même les plus belliqueux.

Cet instinct guerrier se développait sans cesse, chez les Saxons, par dé continuelles expéditions, qui n’avaient pour but, que le pillage. Les autres peuples redoutaient ces barbares comme un fléau, pour leurs agressions soudaines, pour leurs cruautés inutiles, et pour les ruines qu’ils laissaient derrière eux, sur ces rives qu’ils avaient pillées .

Insouciants dé la résistance possible des assaillants, les Saxons s’abandonnaient aux flots, pour aborder stir quelque rivage, même inconnu, qu’ils pussent dévaster, après l’avoir atteint . Ils bravaient les naufrages, en s’embarquant par les tempêtes, pour mieux surprendre leurs victimes par une attaque, que celles-ci pouvaient croire impossible, devant les éléments déchaînés. Les régions, à l’intériéur des terres, n’étaient pas à l’abri des invasions des Saxons. Ceux-ci remontaient le cours des fleuves, sur des barques de bois, recouvertes de peaux cousues les unes aux autres: et telles étaient l’habileté et l’audace des navigateurs saxons, qu’ils se hasardaient sur de pareils esquifs, même sur l’océan germanique . Les Romains leur avaient enseigné contre eux-mêmes, l’art de la navigation, et les Saxons avaient construit des flottes entières, grâce aux ressources inépuisables de bois, que leur gardaient les immenses forêts de la Germanie.

Au ve siècle, Sidoine Apollinaire , écrivait ainsi, des Saxons: «Vous voyez, parmi eux, autant de pirates que de rameurs, car tous apprennent et enseignent l’art du pillage; ils ne commandent, et n’obéissent que dans ce dessein... Ces ennemis sont plus redoutables qu’aucun autre: êtes-vous sans défense? ils vous attaquent; êtes-vous prêts? ils vous échappent. Ils craignent la défensive, et n’attaquent qu’inopinément.. S’ils poursuivent l’ennemi, c’est qu’ils doivent l’écraser; s’ils s’enfuient, ils échappent sûrement à qui les poursuit! Les naufrages les fortifient, sans les abattre,... et tous les dangers de la mer, leur sont familiers;...une tempête les favorise, car elle enlève toute appréhension à ceux qu’ils doivent assaillir... Parmi les vagues et les écueils, ils se réjouissent dans le péril, parce qu’ils espèrent surprendre leur ennemi...»

Et Zosime ajoute encore, en parlant des Saxons et de leurs alliés: «...ils se dispersaient en corps, pillaient la nuit, et le jour venu, ils se cachaient dans les bois, pour compter leur butin...»

Les Saxons ne pouvaient supporter la honte, ni l’esclavage, et Symmaque rapporte, que dans leur orgueil, vingt-neuf Saxons s’étranglèrent, plutôt que de figurer, à Rome, dans les jeux du cirque .

La taille des Saxons, était, généralement haute, et fiers de la beauté de leur race, ces barbares n’acceptaient point d’alliances avec d’autres tribus. Au IVe siècle, les Saxons se rasaient la tête , mais par la suite, ils portèrent des cheveux flottants sur les épaules , et une ancienne loi saxonne punissait l’homme qui en saisissait un autre par les cheveux .

Comme costume, les Saxons portaient une sorte de veste de toile, ornée de bordures aux nuances bigarrées . Sur celle-ci, était jeté le sagum ou manteau. Les Saxons portaient des sandales. Leurs femmes avaient d’amples tuniques, et des bijoux à la tête, aux bras, et au cou .

D’après Wittichind , les Saxons qui envahirent la Thuringe, au VIe siècle, étaient armés de petits boucliers, de longues lances, et de larges coutelas.

Un auteur du XVIe siècle, Fabricius, ajoute, en s’appuyant sur la seule tradition parvenue jusqu’à lui, que les Saxons avaient leurs boucliers suspendus à des chaînes; que leurs cavaliers brandissaient de lourds marteaux de forgeron, et qu’enfin, leur armure était très pesante... .

Chez les Saxons, comme chez tous les peuples primitifs, la première autorité dut être celle du père de famille; et par la suite, l’âge devint le titre essentiel à toute charge, ou fonction publique. Dans la langue saxonne, les mots désignant l’autorité, impliquent, aussi, la notion d’âge.

Dans la version saxonne des écritures, Joseph est cité, comme ayant été choisi pour gouverner l’Egypte, de préférence aux plus âgés. Le nom de César, y est accompagné de l’adjectif yldest, le plus âgé, le plus grand . Le chef militaire des Saxons était, en général, appelé ealdorman, l’homme âgé . Et le terme latin, satrapa, qu’emploie Bède, pour désigner le chef du district saxon, est rendu par ealdorman, dans la traduction d’Alfred . Dans la controverse des disciples du Christ, cherchant à savoir lequel d’entre eux serait le plus grand, ce dernier adjectif est exprimé en saxon, par yldest, le plus âgé . Les chefs primitifs des Saxons furent donc les hommes âgés; les termes rendant l’idée d’âge ou de vieillesse, sont synonymes d’âge ou de dignité, et gardent ce même sens, quand les charges publiques; par la suite, ne sont plus dévolues à la seule ancienneté.

La plus ancienne relation du gouvernement Saxon, sur le continent, est renfermée dans ce passage de Bède: «Les anciens Saxons n’ont pas de roi, écrit-il, mais plusieurs chefs qui, en présence des nécessités de la guêtre, tirent entre eux, au sort: ils obéissent, alors, à celui que la chance désigne; pendant toute la durée de la guerre. Quand celle-ci est terminée; tous les chefs reprennent un égal pouvoir ...» Ces données ont été confirmées; par d’autres autorités , et on les rencontre, déjà, avec les mêmes détails, dans César , parlant des chefs germains. On peut donc avancer, que quand les Anglo-Saxons pénétrèrent en Angleterre, ils y vinrent sous la conduite de rois, élus pour la guerre: ainsi s’expliquent le règne d’Hengist, et les dynasties de l’Octarchie. En fait, les Anglo-Saxons, par les guerres perpétuelles dont ils étaient menacés, durent maintenir au pouvoir ces rois temporaires, jusqu’à ce qu’un état de paix relatif, leur permît l’établissement d’une monarchie tempérée, et permanente. Dans ce système de gouvernement, les chefs, ou witena, conservèrent leur influence et leur pouvoir. Ils élisaient le roi, tout en le choisissant dans la famille même du monarque défunt, et leur consentement était nécessaire à tous les actes publics du royaume.

Sous les anciens Saxons, les hommes étaient divisés en trois classes: l’étheling, ou noble; l’homme libre, l’affranchi, et l’esclave. Les nobles se montraient jaloux de leur race et de leur rang. Ces ordres avaient, chacun, une existence distincte, sociale et juridique, et leurs membres ne s’alliaient qu’entre eux.

La législation des Saxons, à l’état païen, est imparfaitement connue: elle paraît avoir eu pour base, la compensation pécuniaire, comme mode général de punir les injures personnelles, et les crimes. La sévérité de la loi, dans la répression de l’adultère, fut extrême: si une femme manquait à son devoir d’épouse, on l’obligeait à se pendre; puis, son corps était brûlé, et sur ses cendres, on égorgeait le complice de l’adultère. D’autres fois, une troupe de femmes frappait la coupable, en la chassant de district en district; et la découvrant jusqu’à la ceinture, elles lui lacéraient les seins, à coups de stylet, jusqu’à ce que la mort s’en suivît .

Le mariage était permis, chez les Saxons, entre le fils, et sa belle-mère, et le frère pouvait épouser sa belle-sœur .

Les sanctuaires des Saxons étaient protégés par des pénalités, aussi terribles que celles qui frappaient la femme adultère. Une loi des Frisons renferme, à ce sujet, la disposition suivante: «Quiconque fait irruption dans un temple, et y vole des objets consacrés, sera conduit sur le rivage de la mer, et enfoncé dans le sable que doit recouvrir la marée montante... Là, on lui coupera les oreilles, on le mutilera, et il sera finalement immolé, aux dieux dont il aura violé les temples...» .

Il est difficile de donner une exacte notion de la religion des Saxons, trop imparfaitement connue. Seule, l’autorité de Bède permet d’avancer, que les Saxons, à leur arrivée en Bretagne, avaient des idoles, des autels, des temples, et des prêtres; que les temples étaient protégés par des enceintes, et qu’ils étaient profanés, si l’on jetait des lances dans celles-ci; qu’enfin, les prêtres ne pouvaient porter les armes, et qu’il ne leur était permis de monter que sur une cavale.

On peut retrouver, dans les jours de la semaine, les noms de quelques-unes des divinités saxonnes:

Sunday, ou Sunnan daey, — le jour du Soleil.

Monday, ou Monnan daey, — le jour de la Lune.

Tuesday, ou Tithes daey, — le jour de Tiw.

Wednesday, ou Wodnes daey, — le jour de Woden.

Thursday, ou Thunres daey, — le jour de Thunre.

Friday, ou Frige daey, — le jour de Friga.

Saturday, ou Seternes daey, — le jour de Saturne.

Le soleil, chez les Saxons, était regardé comme une divinité féminine; la lune était du sexe masculin ; on ne connaît guère du dieu Tiw, que le nom. Woden était l’ancêtre national, à la descendance duquel prétendaient les Saxons, qui la faisaient remonter au IIIe siècle. Les autres divinités sont demeurées inconnues. Bède a rapporté les noms de deux déesses saxonnes: Rheda, à qui l’on sacrifiait au mois de mars, et qu’on appelait Rhed-monath, pour cette raison; et Eostre, dont les fêtes étaient célébrées au mois d’avril, et qu’on nommait, par suite, Eostne-monath .

L’idole adorée dans l’île d’Heiligland, occupée, à l’origine,; par les Saxons, avait nom Fosete, et devint si célèbre que les lieux mêmes où se célébrait son culte, furent désignés par son nom, sous la forme, Fosetesland. Des temples furent élevés à Fosete, et la vénération qui l’entourait, était telle qu’on ne poursuivait point un animal, réfugié sur les, terres qui lui étaient consacrées, et qu’on ne puisait point d’eau à la source, qui coulait près des temples de ce dieu. Au VIIIe siècle, Willebrord, anglo-saxon converti au christianisme, et devenu missionnaire chez les Frisons, tenta de détruire chez ceux-ci, le culte de Fosete. Il y réussit, en dépit d’une résistance violente de Radbod, roi de l’île. Willebrord baptisa trois hommes dans la fontaine du temple, et tua, pour nourrir ses compagnons, un troupeau qui paissait sur le champ sacré, à l’étonnement des barbares, qui croyaient le voir frappé de mort, ou de folie .

On apprend dans Tacite , que les Angles avaient une déesse, nommée Hertha, Earth (la Terre), dont les fêtes joyeuses couvraient dans la paix. Les Saxons redoutaient un esprit du mal, nommé Faul .

Les elfes faisaient partie de leurs superstitions, et il est dit de Judith , dans le poème anglo-saxon qui porte ce nom, qu’elle «brillait comme un elfe». Les Saxons vénéraient encore les pierres, les grottes mystérieuses, et les fontaines qu’ils peuplaient de divinités douces et tutélaires; ils adoraient aussi Héra, génie de l’air, qui venait répandre l’abondance, en été .

Les idoles des Saxons semblent avoir été très nombreuses. Grégoire, au VIIIe siècle, exhorte les barbares à abandonner leurs idoles, d’or, d’argent, de bronze, ou de pierre .

Les sacrifices humains furent en vigueur chez les Saxons; ce fait est, déjà, rapporté par Tacite, et Sidoine Apollinaire atteste qu’à leur retour victorieux d’une guerre de pillage, les Saxons immolèrent à leurs dieux, la dixième partie de leurs prisonniers, après les avoir tirés au sort . Enfin, Ennodius confirme que les Saxons et les Francs apaisaient leurs divinités, par l’effusion du sang humain . Mais il est difficile d’établir, si ces sacrifices étaient occasionnels, ou périodiques.

L’idole la plus renommée des Saxons, fut Irminsula. Elle se dressait à Eresberg, sur une colonne de marbre. Le dieu tenait de la main droite, une rose rouge, et de la gauche, présentait une balance. Le cimier du casque était formé d’une figure de coq; sur sa poitrine, un ours était gravé, et sur un bouclier, pendant à ses épaules, était figuré un lion dans un champ semé de fleurs .

Selon Rolwinck, chroniqueur du XVe siècle, les prêtres d’Irminsula, avaient des attributions politiques et judiciaires, d’ailleurs incertaines. Aux jours de combat, ils sortaient l’idole, qu’ils promenaient sur le champ de bataille. A l’issue du conflit armé, les Saxons immolaient à l’effigie du dieu, et les captifs, et les lâches de leur propre armée. Meibomius ajoute à ces détails qu’à de certains jours solennels, les guerriers saxons s’avançaient en armes vers la statue du dieu, et qu’ils dansaient autour d’elle, en agitant des cestes d’airain, pour lui demander aide, et victoire .

En 772, cet objet de la superstition saxonne, fut détruit par Charlemagne. Pendant trois jours, une partie de l’armée impériale, procéda à la démolition du temple, tandis que l’autre, demeurait sous les armes. Les soldats de Charlemagne se partagèrent les dépouilles du temple, dont une partie fut attribuée à des œuvres de piété .

Mais la conception religieuse des Saxons, parut prendre, parfois, un caractère plus élevé. La notion abstraite de la divinité, n’échappa point à ces êtres primitifs, et le mot God, pris dans la double acception de bien et de dieu, sortit de leurs premières méditations, sur la nature divine. Ces derniers détails indiquent assez que les Saxons étaient prêts à subir l’influence nouvelle du christianisme, après avoir adoré les dieux sanglants de la victoire et de la mort.

CHAPITRE III

Table des matières

L’histoire de Bretagne, depuis la mort de Maxime, en 388, jusqu’au départ des Romains; — depuis le départ des Romains, jusqu’à l’invasion des Saxons. — L’arrivée d’Hengist en Bretagne; — ses guerres avec les Bretons, et son établissement définitif dans le Kent. — La venue d’Ella, dans le Sussex, en 477: il y fonde un royaume. — L’invasion de Cerdic, en 495; le royaume de Wessex. — Les batailles de ses successeurs avec les Bretons — 552-571. — Les traditions anciennes sur les batailles des Saxons et des Bretons; l’histoire d’Arthur. — L’établissement des Saxons dans l’Anglia du Sud, dans la Mercie, et dans l’Essex: — Arrivée d’Ida dans le Northumberland. — Les royaumes de Bernicia et de Deira. — L’Octarchie anglo-saxonne, jusqu’au début du VIIe siècle.

A la fin du IVe siècle, se produisit l’invasion de l’Angleterre par les Saxons, mais la période qui précède ce fait historique, est toute incertaine, et l’on ne possède sur elle, que quelques extraits de Gildas, de Bède, et de Nennius qui ne présentent qu’un intérêt et qu’une certitude relatifs.

Tandis que Gratien, en 333, gouvernait l’empire d’Occident, et Théodose, celui d’Orient, les légions de Bretagne, toujours prêtes à la sédition, se révoltèrent, et de concert avec les Bretons, choisirent pour empereur, Maxime, de naissance espagnole, et qui était entré dans les armées romaines. Son mérite parait avoir été éminent: il accepta la charge dont on le revêtait, peut-être malgré lui, et échappa, sans doute, à la mort, par l’acceptation de la pourpre . Maxime, pour confirmer l’usurpation de sa nouvelle dignité, forma un corps d’armée de jeunes Bretons, et passa avec ceux-ci, en Gaule. Un de ses officiers assassina Gratien dans la quinzième année de son règne, et Valentinien admit Maxime à la participation de l’empire. Ce dernier détint la puissance impériale, jusqu’à ce qu’il entrât en conflit avec Théodose, pour lui disputer l’empire du monde antique. Ce fut ainsi que Maxime trouva la mort à Aquilée: les soldats bretons furent décimés, après la mort de leur chef, et en 391, Théodose abandonna l’empire d’occident à Valentinien, qui marcha en Gaule, contre les Francs Il périt, assassiné, au moment où il allait renouer, avec ceux-ci, d’anciennes alliances. Ce fut alors qu’apparut un autre prétendant à l’empire, Eugenius, qui conclut de nouveaux traités avec les Francs et les Alamans, et vint défier Théodose lui-même, avec une forte armée: il mourut devant Aquilée, en 394.

Après la mort de Maxime, le chroniqueur Gildas , établit, avec quelque vraisemblance, que la Bretagne fut sensiblement dépeuplée, par suite de l’expédition de l’usurpateur, et livrée, presque sans défense, aux incursions des Pictes et des Scotes, au nord-ouest, et au nord. Cette assertion se retrouve chez d’autres auteurs: Sozomène rapporte que Maxime réunit une armée nombreuse en Gaule, en Bretagne, et en Germanie, pour marcher sur l’Italie. Les Francs profitèrent de son absence, pour envahir la Gaule, et les Saxons s’armèrent contre lui, avec succès .

Le fait que mentionne encore Gildas, est l’envoi parles Bretons, d’une ambassade à Rome, pour y demander des secours militaires . il ajoute avec une certaine vraisemblance, qu’une légion vint par mer, et purgea les côtes britanniques des hordes de pirates qui l’infestaient .

Chez les auteurs latins du Bas-Empire, on découvre que trois ans après la chute de Maxime, les deux empires furent gouvernés par Théodose, et celui-ci par un édit, rétablit en Bretagne, le statut qui la régissait, avant l’usurpation . Comme conséquence de cette mesure, un vicaire impérial, nommé Chrysanthus, fut envoyé par Théodose en Bretagne: il réunit en lui, tous les pouvoirs civils et militaires . Pendant la dernière partie du régne de Théodose, et sous son successeur, les forces militaire de l’empire d’occident furent aux mains de Stilichon, et dans l’histoire de Claudien, les victoires de ce général sur les Pictes et les Scotes, sont narrées avec quelque emphase .

Tandis que Stilichon combattait, en 400, Alaric sur le continent, et que la légion de Bretagne avait été rappelée pour grossir l’armée du général romain à Pollentia, Gildas rapporte, sans base historique aucune, que la Bretagne envoya une nouvelle ambassade à Rome, pour solliciter des secours avec instance. Ce fait, vraisemblable, sans doute, ne saurait présenter aucun degré de certitude. En 406, les troupes romaines de Bretagne, s’étant révoltées, avaient fait choix pour imperator, d’un soldat obscur, nommé Marcus, puis d’un certain Municeps (?). Ce dernier fut assassiné, après un règne de quatre mois, et la soldatesque bretonne acclama empereur, un certain Constantin, qui paraît avoir été assez digne de son élévation, et dont l’autorité fut reconnue en Gaule, et en Espagne . Constantin périt à Arles, vaincu par les troupes d’Honorius , .

Parmi ces rébellions successives, les provinces occidentales de l’empire romain servaient ainsi, de champs de bataille aux compétiteurs à la dignité impériale, morcelée et incertaine. Les cités de l’Angleterre furent très éprouvées: Honorius tremblait devant les barbares d’Alaric, et Constantin ne pouvait même protéger la Gaule.

Déjà, Honorius avait envoyé aux états bretons, des lettres invitant les indigènes à pourvoir à leur propre sécurité, quand il y eut soudain, en 409, chez les Bretons, comme un magnifique réveil de leur sentiment national. Aux accents héroïques des bardes, ils se souvinrent des gloires ancestrales, et de leur antique indépendance.

Animés du même esprit de liberté, ils secouèrent le joug romain; déposèrent les fonctionnaires impériaux, et proclamèrent l’indépendance de l’île. Dans leur impatience de la liberté qu’ils s’étaient promise, ils chassèrent les envahisseurs de leurs villes. Leur élan même emporta les Armoricains, qui trouvèrent dans leur ardent désir d’indépendance, la force de conquérir définitivement, celle-ci.

En l’année 410, Zosime mentionne la Bretagne, une dernière fois, dans son histoire, pour constater son état d’indépendance, vis-à-vis de Rome. La puissance publique devait être exercée dans l’île, par les cités, ou les districts territoriaux, avec lesquels les empereurs avaient coutume de communiquer directement. Le pouvoir municipal s’étendait donc, à cette date sur la Bretagne, que les Romains ne devaient plus reconquérir .

Sous la domination romaine, la Bretagne, comprenait deux municipes, neuf colonies, dix cités jouissant du jus italicum, douze civitates stipendariae, et nombre d’autres villes , . Les Romains avaient l’habitude de diviser les territoires conquis par eux, en districts appelés, civitates. En Gaule, pendant le ve siècle, le pays était divisé en cent cinquante civitates; chacune de celles-ci avait sa ville principale, son Sénat, et une étendue de juridiction à compétence réelle et personnelle, déterminée. Dans la dernière période de l’occupation romaine, la Bretagne était divisée en trente-trois civitates, dont trente étaient comprises dans l’Angleterre proprement dite, et dans le pays de Galles. Les villes principales étaient les suivantes:


Goloniae:

Londineium,

Camalodunum,

Rhutupis,

Thermae,

Isca Secunda,

Deva Getica,

Glevum,

Lindum,

Camboricum,

Italico jure donatae

Durnomagus,

Catarracton,

Cambodunum,

Coccium,

Luguballia,

Corinum,

Sorbiodonum.

Stipendariae;

Venta Silurum,

Venta Belgarum,

Venta Icenorum,

Segontium,

Muridunum,

Ragae,

Cantiopolis,

Durinum,

Isca,

Bremenium,

Vindonum,

Durobrovae.

Dans chacune de ces villes principales, c’étaient des charges et des offices locaux, dont les duumvirs, les sénateurs, les décurions, et les édiles étaient titulaires. Ces civitates étaient réparties en cinq provinces, dont deux étaient gouvernées par des personnages consulaires, et trois par des présides. Au-dessus de ces magistrats provinciaux était placé le vicaire impérial, dont l’autorité n’était subordonnée qu’à celle d’un préfet du prétoire, avec lequel l’empereur correspondait directement. Tous les administrateurs provinciaux étaient romains: ils ne pouvaient, eux, ou leurs enfants, s’allier aux indigènes; acquérir en Bretagne de propriété foncière, ou de droits réels . Le pouvoir des officiers principaux, était exclusivement territorial: d’où l’édit, portant que les duumvirs ne pouvaient exercer leur charge, en dehors des limites de la circonscription qui leur était assignée .

On peut, dès lors, se représenter l’Angleterre, et le pays de Galles au ve siècle, divisés en trente cités indépendantes, qui lors du départ des Romains, devaient, en fait, se diviser en trente états indépendants. La paix ne pouvait guère être maintenue entre ces trente états, où devaient bientôt se manifester des tendances séparatistes, sans pouvoir régulateur qui les centralisât. La discorde devait fatalement éclater, par les conflits de juridiction, d’intérêts, de personnes, et d’ambitions, et constituer l’état d’anarchie civile, si favorable à l’établissement d’une dictature militaire.

La situation intérieure de la Bretagne commandait nécessairement, l’invasion des Saxons: «Sur le pays, écrit Gildas, c’étaient les rois les plus cruels qui régnaient! Puis on les tuait, presque sans raison, et des hommes plus féroces qu’eux-mêmes, étaient élus à leur place...» Le chroniqueur traite ces rois de furciferi, de lupi; Constantin est appelé, le lionceau de la lionne du Devonshire; Vortiper, le stupide tyran du pays de Galles, et conducteur d’ours» ; Cuneglas, le dogue jaune; enfin Maglocune, le dragon de l’île . Saint-Jérôme parle de la Bretagne, «comme d’une province fertile en tyrans», et l’on trouve chez Procope la même assertion . On rencontre, dans les chroniques, des rois du Devonshire, de Cornouailles, du Kent, de Glastonbury; des rois dé Deira et de Bernicia, et d’autres, au nord et à l’ouest de l’Angleterre, à l’époque des Saxons .

Il y avait donc, en Bretagne, avec ces morcellements de la royauté, et les révolutions intérieures de la Bretagne, un champ ouvert aux invasions des Pictes et des Scotes, bien qu’un tyran breton semble avoir dominé les autres rois de l’île: son nom est rapporté par Gildas: c’est Gurthrigernus, que les triades galloises nomment, Gwrtheyrn .

La Bretagne devait attirer les barbares, car loin d’être dans l’état, où l’avaient trouvée les Romains, elle offrait partout les traces de la civilisation antique la plus avancée.

Elle était bien devenue la province romaine, où les maîtres de l’univers avaient marqué leur passage. Et au moment où le barbare saxon allait l’attaquer victorieusement, elle contenait avec ses richesses naturelles et ses édifices publics, vingt-huit cités que Bède qualifie de mubilissimae, et des places fortes sans nombre, innumera, dit le vénérable historien .

Trois vaisseaux saxons, venus de Germanie, abordèrent, en 449, sur les côtes bretonnes: ils portaient deux frères, Hengist et Horsa, dont la tradition faisait remonter l’origine à Woden. Nennius les regarde, comme des exilés fugitifs, et le nombre de leurs compagnons étant trop faible pour entreprendre une conquête par les armes, on peut supposer que leur venue ne fut qu’accidentelle, ou motivée par le seul appât du pillage.

Au dire des chroniqueurs, le nombre des assaillants Saxons, n’excéda guère trois cents guerriers. Et les vaisseaux eux-mêmes, purent être détachés de la flotte saxonne qui sillonnait la mer, pour venir en aide aux Armoricains.

Ces premiers saxons abordèrent à Ebbs-fleet , dans l’ile de Thanet, près de Richborough. A ce moment même, le roi et les chefs bretons délibéraient sur le meilleur moyen de repousser, les Irlandais et les Ecossais. L’assemblée fut d’avis d’appeler, comme auxiliaires , les hardis aventuriers saxons. On promettait, à ceux-ci, en retour, des vivres, une solde, et des vêtements. Les premières opérations des Saxons, furent dirigées, comme leurs engagements les y contraignaient, contre les Irlandais et les Pictes. Cette première expédition fut heureuse, mais les assaillants étant en trop grand nombre, contre les défenseurs de la Bretagne, ceux-ci résolurent, de l’avis des rois bretons, de demander des renforts nouveaux à la nation saxonne elle-même .

L’ambassade d’Hengist, à cet effet, eut sans doute, pour but, un appel à la jeunesse aventureuse du Jutland, avec la promesse des futures conquêtes, qu’il n’avait pu réaliser une première fois, faute d’une armée suffisante. Et comme le Saxon se ruait à la guerre de pillage, comme à un plaisir, il partit pour la Bretagne, à la suite d’Hengist, sachant seulement qu’il allait combattre et se livrer au pillage, sur une terre inconnue, après avoir déjà dévasté les côtes de la mer, de la Hollande au Danemark.

Les actes qui marquèrent le retour d’Hengist en Bretagne, sont assez peu rapportés, par les anciens chroniqueurs. Ce n’est guère qu’en 449, qu’Hengist fonda dans le Kent, son propre royaume . Il s’écoula donc un espace de six années entre ce fait historique, et le retour d’Hengist, en Bretagne. Cet intervalle fut rempli par des guerres avec les Pictes et les Scotes; par les alliances avec Gwrtheyrn et les Bretons; enfin, par les hostilités contre ces derniers, par la conquête finale du Kent, et son érection en royaume Saxon. Mais il est difficile de déterminer la durée de ces périodes, et de préciser le contenu de chacune d’elles.

C’était rassemblée, des rois et des chefs de toute la Bretagne, qui avait sollicité l’aide des Saxons que chacun ne tarda point à regretter, devant les desseins plus avoués des barbares. On n’avait d’abord songé qu’à opposer aux attaques des Piotes et des Irlandais, la résistance d’autres barbares, car Pictes et Saxons, apparaissaient également, aux Bretons encore dominés par l’influence romaine, comme des barbares qu’il était possible de réduire, en les opposant les uns aux autres. La pensée politique qui avait inspiré le premier appel aux Saxons, était assez sage, puisque, c’était détourner, en fait, l’invasion des barbares, et donner, temporairement à leurs armées, un autre champ de guerres, de conquêtes, et de pillage. Encore était-il difficile de prévoir que quelques centaines de Saxons, eussent pu commander l’exode successif, en Bretagne, de tous les Angles, de la majeure partie des Saxons du continent, et des Jutes.

Le reproche qui doive être adressé aux chefs bretons, ne saurait être celui d’imprévoyance, mais leur faute véritable fut, devant les intentions plus manifestes des barbares, de ne point s’unir entre eux, pour une suprême résistance. L’influence la plus dissolvante à cet égard, fut exercée par Gwrtheyrn, qui projetait de s’unir entièrement à Hengist, pour l’emporter sur ses rivaux bretons . Les exigences d’Hengist augmentaient en Bretagne, avec ses victoires sur les Pictes; sous prétexte de défendre l’île de Thanet, il fit venir du continent dix-sept vaisseaux, dont l’un portait sa propre fille, Rowena. Puis, ce fut son fils qui, avec quarante vaisseaux, vint piller les Orcades, et s’établir sur les côtes écossaises .

Cependant, une paix apparente régnait, à cette époque, entre Hengist, et les Bretons : la tradition rapporte que Gwrtheyrn fut invité par Hengist à un festin où Rowena, aux yeux céruléens, tendit une coupe au roi breton, et l’enivra d’amour. L’alliance du Saxon et de Gwrtheyrn fut ainsi, plus fortement scellée, et les Bretons ne tardèrent pas à s’alarmer du succès croissant des armées d’Hengist. Les barbares refusaient hautement de quitter ces terres, qu’ils avaient arrachées aux déprédations des Pictes; n’avaient-ils pas abandonné leur patrie, pour les dangers et l’appât d’une guerre lointaine? Leur établissement, en Angleterre, se fortifiait de leurs victoires, et au lieu d’annoncer leur départ à la population anxieuse, les Saxons levèrent sur celle-ci, de nouvelles contributions, en 455 . Il y eut à ces exactions une résistance illusoire, qui motiva, toutefois, une formidable répression d’Hengist, qui venait de conclure une paix avec les Pictes. Les Saxons ravagèrent tout le pays , rasant les édifices, tuant les rois et les prêtres; la population, surprise, se cachait au fond des monastères, on s’enfuyait dans les solitudes des montagnes et des forêts.

Mais l’instinct de leur propre défense dicta aux Bretons, le dessein que leur patriotisme n’avait pu leur faire suivre. Guortemir, fils de Gwrtheyrn organisa un vigoureux système de défense, et dans plusieurs rencontres avec Hengist et Horsa, la victoire fut entre eux, incertaine. Nennius affirme que par trois fois, Guortemir assiégea et vainquit Hengist et ses Jutes, qu’il chassa finalement, de l’île de Thanet, et de l’Angleterre. Il ajoute que, durant cinq années, les Saxons furent maintenus hors d’Angleterre, jusqu’à la mort de Guortemir : Gildas, à son tour, confirme que les envahisseurs quittèrent, soudain, l’Angleterre ; et Bède mentionne aussi ce fait, dans son histoire . Comme le règne d’Hengist, dans le Kent, ne s’ouvrit que six ans après son arrivée en Bretagne, il est difficile de ne pas admettre, pendant cet intervalle, et son absence d’Angleterre, et les succès réels des Bretons .

Les Bretons qui se liguaient ainsi contre la tyrannie d’Hengist, étaient commandés par les deux fils de Gwrtheyrn, Guortemir et Categirn. Dans un premier engagement, au Ford des Aigles, aujourd’hui, Aylesford, dans le Kent, Horsa trouva la mort, ainsi que Categirn, du côté des Bretons . Une troisième bataille fut livrée à Stonar, près de la mer, et les Saxons vaincus, s’enfuirent vers leurs vaisseaux .

Guortemir avait commandé, presque seul, le soulèvement britannique contre les Saxons: la légende s’empara de sa renommée, et Nennius le représente, fabuleusement armé d’un arbre déraciné, qu’il brandit comme une massue, et dont il tue Horsa, et ses compagnons .

A la mort de Guortemir, Hengist revint en Bretagne, avec des forces nouvelles et considérables, auxquelles les insulaires ne purent résister. Mais sa première victoire passe pour avoir été achetée au prix d’une trahison. Nennius rapporte, — peut-être avec quelque fondement, — qu’il massacra les chefs bretons, dans un banquet, auquel il les avait conviés , pour y discuter les conditions d’une paix nouvelle. Il avait, dit le chroniqueur, recommandé aux Saxons, de se rendre au festin, avec de courts glaives, sous leurs manteaux, et lorsqu’il s’écria: «Nimed eure saxes!», c’est-à-dire: «Tirez vos glaives!», ses compagnons massacrèrent tous les chefs présents, à l’exception du traître Gwrtheyrn.

Il est malaisé de discerner la part de vérité que comporte ce récit, en raison des exagérations familières au chroniqueur, mais il faut convenir qu’un pareil meurtre, répond bien à l’astuce et à la perfidie barbares.

La grande bataille qui, au dire des chroniqueurs saxons, assura la prédominance d’Hengist, dans le pays de Kent, fut livrée à Crayford, en 457. Les Bretons démoralisés, abandonnèrent le pays de Kent, et s’enfuirent jusqu’à Londres. Après un espace de huit années, les Bretons attaquèrent de nouveau Hengist, mais ils subirent ainsi, des pertes sensibles, et un échec renouvelé, en 473 .

Pendant les douze années qui suivirent la bataille de Wippeds Fleot, Hengist put jouir librement de ses conquêtes. Mais, en 465, un autre aventurier apparut en Bretagne: les Saxons changeaient alors de mœurs, et commençaient à préférer à l’incertitude du pillage, l’établissement définitif sur un sol nouvellement conquis. C’est ainsi que se préparait la conquête méthodique de la Bretagne.

Dans le Kent, Hengist eut pour successeur son fils, Æsc, qui régna vingt-quatre ans . Et ce petit royaume n’eut pas d’histoire, jusqu’à l’accession au trône, en 560, d’Ethelbyrhte, qui régna près d’un demi-siècle.

Ella fut le second chef saxon qui, vingt-huit ans après l’arrivée d’Hengist, envahit la Bretagne. Il vint s’établir avec ses trois fils dans le Sussex, dont il chassa aisément les Bretons ; puis il étendit progressivement, ses conquêtes sur la côte. Huit ans après son arrivée, il tenta de pénétrer plus avant, dans l’intérieur de la Bretagne, mais sa marche fut arrêtée sur les rives du fleuve Mercread, par les indigènes. Les Saxons ayant reçu de nouveaux renforts, vinrent assiéger Andredes Ceaster, cité très fortifiée. Les Bretons défendirent la place, avec quelque habileté : profitant du voisinage d’une forêt, un corps de Bretons harcelaient, de là, les Saxons, quand ceux-ci tentaient d’escalader les murs de la citadelle: pour repousser les Bretons, les Saxons devaient donc interrompre leur assaut. Mais cette tactique fut bientôt déjouée par Ella qui divisa son armée en deux corps, l’un pour attaquer la place; et l’autre, pour couvrir l’attaque .

L’opération réussit, et les Saxons se précipitèrent dans la citadelle, et y massacrèrent tous les habitants. C’est ainsi qu’Ella fonda le royaume de Sussex.

Dix-huit ans, après la venue d’Ella, une autre colonie de Saxons vint s’établir en Angleterre, sous la conduite de Cerdic, qui prétendait descendre de Woden . Cinq vaisseaux abordèrent sur les côtes de Bretagne, en 495, et les Saxons, commandés par ce nouveau chef, eurent bientôt conquis le Wessex; d’autres guerriers, tels que Stuf et Wihtgar, devaient tenter encore de conquérir des royaumes, en Angleterre, treize années après ces événements.

Ce fut dans les batailles avec Cerdic, que les Bretons opposèrent aux envahisseurs, une résistance véritablement nationale, qui se poursuivit pendant plusieurs années, avec des succès inégaux. Le royaume de Wessex n’est fondé par Cerdic, que vingt-quatre ans après son arrivée en Bretagne, c’est-à-dire, en 501 . Cerdic, en effet, envahissait l’île, quarante-six ans après Hengist, et se trouvait en présence d’une nouvelle génération de Bretons: les chefs qui, les premiers, avaient combattu les Saxons, n’étaient plus; et les indigènes étaient en possession de toute la Bretagne, à l’exception du Kent et du Sussex. Quand Cerdic les attaquait, les Bretons plus conscients de leurs forces, et plus unis, pouvaient opposer aux Saxons une résistance générale et combinée.

Le seul roi breton, qui soit mentionné, dans la Chronique Saxonne, avant l’établissement du royaume de Wessex, est Natanleod, qui succombe au cours d’une grande bataille, livrée en 508 . Avant celle-ci, comme pour une lutte suprême et décisive, Cerdic avait groupé sous ses ordres, toutes les forces saxonnes du Kent et du Sussex; de son côté, Natanleod avait assemblé la plus grande armée que les Bretons eussent jamais opposée à leurs envahisseurs. Le roi breton semble avoir voulu exercer, au début de la bataille, une vengeance personnelle: il fit porter toute l’attaque des siens, sur l’aile droite de l’armée saxonne, où commandait Cerdic, lui-même, et malgré son acharnement à la poursuite de son ennemi, il fut défait dans cette rencontre, où il perdit cinq mille soldats . Cette victoire, tout en fortifiant la situation de Cerdic en Bretagne, ne lui permit pas, cependant, d’y fonder, encore, un royaume.

Les batailles que Cerdic livra, par la suite, aux Bretons, sont peu nombreuses. En 519, avec son fils Cynric, il gagna la bataille de Cerdices-ford, date importante, puisque c’est à partir d’elle, que la Chronique Saxonne ouvre l’ère des rois saxons de l’ouest . En 528, on relève un autre conflit armé à Cerdices-leah, mais l’issue n’en est pas mentionnée, et en 530, Cerdic et son fils s’emparent de l’île de Wight, après un grand massacre. Cerdic meurt, en 534, et si l’on examine les détails de sa vie de conquêtes, on peut lui appliquer ainsi qu’à Hengist, cette conclusion, qu’il ne fit guère que se fortifier dans ses premières positions, que sa postérité seule devait étendre.

En 552, son fils Cynric défit les Bretons à Searobyrig, et quatre ans après cette bataille, à Beranbirig . Dans cette dernière rencontre, les Bretons réunirent tous leurs efforts, pour l’emporter sur les Saxons, et rivalisèrent de discipline, et de méthode. Ils se divisèrent en neuf corps: trois placés au front de bataille; trois, au centre; trois à l’arrière, pour servir de réserve; leurs archers et leur cavalerie étaient rangés en bataille, à la manière romaine. Les Saxons suivirent leurs mouvements, et adoptant une tactique contraire, se précipitèrent en un seul corps formidable, sur les lignes bretonnes qu’ils rompirent .

Ce fut Cealwin, troisième roi du Wessex, qui monté sur le trône en 560, remporta sur les Bretons, les succès les plus décisifs. Son frère défit les Bretons à Bedford, et leur enleva quatre villes, Lygeanburgh, Aegelesburh, Benningtun et Egonesham . Six ans après Cealwin lui-même, remportait une grande victoire à Deorham, sur trois rois bretons qui périrent dans la bataille: Conmail, Condidan et Farinmail. Ce fut là, le commencement de la division des forces bretonnes, et trois grandes cités, Gloucester, Cirencester et Bath, se soumettent au vainqueur. Cependant, après un intervalle de sept années, les Bretons, en 584, prirent encore les armes, à Fethanleagh: un fils de Cealwin succomba dans la lutte, et les Saxons se retirèrent, momentanément, en désordre. Mais leur roi les rallia, et vainquit les Bretons, sans pouvoir, néanmoins, se porter plus avant.

Tel est le résumé des batailles livrées par les Saxons, et qui contribuèrent à l’établissement du royaume de Wessex, qui ne devait comprendre Gloucester, Cirencester et Bath, que quatre-vingt-deux ans, après l’arrivée de Cerdic, en Bretagne.

La première conquête de Cerdic, fut celle du Hampshire. Son fils y ajouta celles du Wiltshire, de l’Oxfordshire et du Buckinghamshire, et son petit-fils s’emparait du Gloucestershire, et d’une partie du Somersetshire. Mais, en dépit de cet accroissement territorial, le nouvel Etat saxon se trouvait toujours resserré, à l’ouest, par les royaumes bretons de Cornouailles, de Devonshire, et d’une partie du Somersetshire; au nord-ouest, par les Gallois, et enfin, par les Etats bretons du nord, s’étendant du Gloucestershire à l’Ecosse. Au sud, et vers la mer, il pouvait s’appuyer sur les royaumes saxons de Sussex et de Kent. Mais si la nation des Angles, n’avait pas envahi la Bretagne, à la mort de Cerdic, pour s’étendre au sud et au centre du pays, les possessions des Saxons seraient demeurées précaires et restreintes . Ce furent les Angles seuls, venus du Sleswig, qui firent définitivement de la Bretagne, l’Angleterre.

Quelques-unes des batailles, mentionnées par les anciens chroniqueurs gallois, sont celles que Cerdic livra aux Bretons. Le combat le plus fameux est celui de Llongborth, en 530. Arthur commandait les forces bretonnes, avec Geraint ab Erbin, prince de Devonshire, qu’il avait su gagner à la cause de la résistance. Llywarch Hen, dans une élégie , dépeint les phases successives de la bataille: ce sont d’abord, les cris indistincts qu’il note, et l’obscurité qui investit l’armée, après le premier choc; puis l’âpreté de la lutte, les bruits des glaives, le sang qui couvre la plaine,... et les corbeaux s’abattant, sur le champ de bataille silencieux, que la mort seule emplit.

Le vaillant Geraint est massacré, «en frappant ses ennemis» , dit le barde, qui ne peut, en dépit de la subtilité de sa langue poétique, dissimuler l’étendue de la défaite bretonne.

Llyrwarch parle encore d’une autre bataille sur le Llawen , où Arthur apparaît à la tête de l’armée bretonne. Gwen, le fils bien-aimé du poète, est engagé dans la rencontre, qui a lieu au fort de Morlas. Le barde dépeint son fils, veillant anxieusement, à la veille du combat, le bouclier à l’épaule. Il compare son ardeur à la guerre, à l’attaque furieuse de l’aigle, et il pleure sa perte, comme celle du plus brave de ses enfants. «Comme il était mon fils, écrit-il, il ne recula pas!...» Sur l’issue elle-même de la bataille, on sait seulement qu’Arthur n’ordonna pas la retraite. Et des autres conflits armés qui éclatèrent, avant que le Wessex ne fût colonisé par les Saxons, on n’a d’autres détails que ceux qui touchent à la bataille de Bath.

Nennius fait de celle-ci, la douzième bataille d’Arthur, et Gildas avance que jusqu’à elle, les victoires successives des deux adversaires étaient demeurées incertaines. La défaite des Bretons paraît avoir été sanglante .

Arthur fut donc le chef breton qui résista le plus longtemps, aux progrès de Cerdic. Sa renommée est devenue légendaire, et la fable, et l’histoire l’ont exaltée, quoique son existence même ait été longtemps discutée. Les chroniqueurs ont répété, à l’envi, que toute l’humaine perfection était réalisée dans Arthur; qu’il avait exterminé des géants et des monstres; qu’il soumit des nations dont il ignorait l’existence, et qu’enfin, il avait fait le voyage de Jérusalem, pour y découvrir la croix du Calvaire . Mais en dépouillant la vie d’Arthur de ces conjectures, on parvient à établir, à un degré de certitude très relatif, les faits suivants:

Arthur est généralement regardé, comme ayant été le fils du roi Uther, et le chef de quelque état, sur les côtes orientales de la Bretagne. Dans les Vies des Saints Gallois , on lui fait rencontrer, dans le Glamorganshire, un prince inconnu, fuyant devant ses ennemis: Arthur songe à lui enlever son épouse, mais ses compagnons d’armes, Cei et Bedguir, lui conseillent de ne point perpétrer cette injustice, et d’aider, au contraire, le prince à regagner ses états. Par ailleurs, un chef breton, ayant tué quelques-uns de ses guerriers, Arthur le poursuit, ayant soif de vengeance. A la requête de saint Cadoc, Arthur soumet ses griefs aux chefs et aux prélats de Bretagne, qui lui accordent une compensation. On voit ensuite Arthur pillant un monastère, dans le pays de Galles, et justifiant la réputation de cruauté, que Nennius lui fait, dès l’enfance .

Caradoc de Llancarvan établit que Melva, roi du Somersetshire, enleva à Glastonbury, la femme d’Arthur. Ce dernier rassembla ses féaux de Cornouailles et du Devonshire, pour courir sus au ravisseur. Le clergé s’interposa dans ce conflit, et persuada à Melva, de rendre la princesse à la liberté. Arthur la reçut, et les deux princes récompensèrent généreusement les moines de leurs bons offices . D’autre part, Arthur soutint une guerre contre les Bretons, dans le nord de l’Angleterre, et il tua leur roi, Huel, se réjouissant fort de cette victoire, parce qu’il avait exterminé, dit Caradoc, son ennemi le plus puissant .

Il est difficile de faire sur ces premières données, un héros national d’Arthur qui, fauteur de guerres civiles, contribua autant aux progrès des Saxons, que s’il eût été leur propre allié. Et s’il livra, en fait, les douze batailles qui lui sont attribuées par Nennius, un grand nombre d’entre elles durent être dirigées contre les Bretons eux-mêmes ; et s’il attaqua les Saxons, après les avoir indirectement favorisés, il ne fit qu’imiter l’exemple de plusieurs rois bretons, que n’avaient point rendus fameux, leurs exploits dans les guerres civiles .

La bataille de Badon Hills, ou de Bath, est considérée comme le premier titre de gloire d’Arthur; et toutefois, il convient d’observer que la victoire ne fit qu’arrêter les progrès de Cerdic, et n’eut aucune conséquence effective et favorable, pour les Bretons. On ne rapporte point qu’Arthur ait poursuivi son ennemi; qu’il ait envahi le Hampshire, ou que la situation de Cerdic ait été compromise. Le Saxon, au contraire, marchait sur le pays de Galles, et sur la Mercie: la bataille de Bath, ne fit qu’arrêter, momentanément, les progrès de l’armée saxonne. Arthur, servi par le sort, se contenta de repousser l’ennemi: il n’eut ni les moyens, ni l’initiative de la poursuite . Il laissa même Cerdic, jouir en paix, de ses positions dans le Wessex, et après bien des conflits, il abandonna aux Saxons, les comtés de Southampton et de Somerset .

Les bardes gallois n’ont chanté Arthur qu’avec un enthousiasme modéré. Sa gloire n’est guère exaltée par Llywarch, son conseiller, qui jamais ne le dépeint, auréolé par la légende (Trioedd. 116, 74). Le barde dans la bataille de Llongborth, où commandait Arthur, n’a été frappé que du courage de Geraint, et le poème, dans son ensemble, a bien l’accent de la vérité. Llywarch parle d’Arthur avec respect, sinon avec admiration, tandis que la gloire de Geraint est exaltée, par tout le poème, où le héros est qualifié, «gloire de la Bretagne, — destructeur de l’ennemi, — fils renommé d’Erbin, — rude guerrier de Dyvnaint» (Llywarch, 3-7).

Après sa mort même, Arthur apparaît avec les mêmes traits, dans l’Afallenau de Myrddin, et dans Taliesin , car jamais, aux yeux des chroniqueurs exacts, et des bardes, il ne fut le libérateur du territoire breton: bien plus, les progrès des Saxons se poursuivirent, alors qu’il commandait. Arthur périt sans gloire, dans une guerre civile, contre Medrawd, son neveu, dont il avait surpris l’adultère, avec Gwenhyfar, sa femme. La rencontre eut lieu à Camlan, et les deux antagonistes succombèrent: Arthur, mortellement blessé, fut emporté du champ de bataille, et conduit de la côte de Cornouailles, dans le Somersetshire, où il expira, en 542 .

La mort d’Arthur fut bientôt entourée des mystères de la légende, et fut longtemps cachée au peuple, qui croyait que le guerrier avait été enlevé du monde, dans quelque retraite de la magie, d’où il devait sortir, pour conduire les Cymry à la victoire. Cette croyance subsista bien parmi le peuple, et il y a lieu de croire avec Mathieu de Westminster , qu’il voulut qu’on cachât sa mort, pour dérouter l’ennemi, et pour empêcher la destruction de sa propre armée.

L’histoire a peu de détails, sur la famille d’Arthur. Il eut deux fils, dit la tradition: Noë, et Llechau, dont la valeur est célébrée, chez les anciens auteurs. Sa sœur Anna épousa Llew, frère d’Urien, et fils de Cynvarch; Medrawd fut son fils . Le mariage d’Anna unit, ainsi, les rois des Bretons du Nord, à la race d’Arthur.

En l’année 1189, on chercha à découvrir les restes d’Arthur, dans le cimetière de l’abbaye de Glastonbury. Giraldus Cambrensis , a laissé de ces faits, une relation que recommande plutôt son caractère émouvant, que sa valeur historique.

Henri II, en visitant par deux fois le pays de Galles, apprit d’un barde breton très âgé, qu’Arthur avait été inhumé, à une grande profondeur du sol, afin que sa sépulture ne fût point profanée, par les Saxons. Les moines creusèrent, sur les conseils du barde, la terre qui se trouvait entre deux piliers, au milieu du cimetière abbatial. Ce fut d’abord l’inscription suivante, qu’on trouva sur une croix: «Hic jacet sepultus inclytus Rex Arthurus in insula Avallonia...» et seize pieds plus bas, la pioche heurta un cercueil de chêne, contenant des ossements démesurés. Le chroniqueur dit qu’il prit le chef d’Arthur, entre ses mains: le crâne portait les marques de dix blessures. En creusant plus avant on découvrit, encore, les ossements de l’une des femmes d’Arthur, dont les cheveux blonds restèrent, aux mains d’un moine qui les avait saisis.

Ces restes furent transportés eh grande pompe, dans l’église-cathédrale de Glastonbury, et enfouis dans une châsse magnifique, qu’on plaça sous le maitre-autel. En visitant Glastonbury avec sa reine, Edouard Ier fit ouvrir cette châsse, pour contempler les reliques d’Arthur: il médita longtemps devant elles, et les remit pieusement, dans leur enveloppe de soie...

Au cours des luttes de Cerdic et de son fils, avec Arthur, et les autres rois bretons, qui résistaient aux envahisseurs dans le Hampshire, des Angles, partis du Sleswig, vinrent s’établir sur les côtes orientales de la Bretagne, en 527 . Sans former, au début, de royaume, ces Saxons nouveaux, se joignirent aux armées de Cerdic, pour combattre lés Bretons.

Mais un corps de Saxons s’établit, en 530, dans l’Essex, et y fonda un petit royaume, protégé, au sud, par les Jutes du Kent, et au nord, par les Saxons de l’Anglia orientale. Ce petit Etat s’étendit jusqu’au Middlesex, et comprit dans son étendue, Londres, qui devait devenir la métropole des Jutes, des Saxons et des Angles.

Alors que les Bretons résistaient aux Saxons, et conservaient leur territoire jusqu’à l’Avon, à l’ouest, et au nord, jusqu’au Firth de Forth, — une invasion nouvelle et formidable, se produisit, en 547. A cette époque, Ida conduisit dans la région, entre la Tweed et le Firth de Forth, une flotte de quarante vaisseaux, portant des combattants angles, et douze de ses fils . Ida, qui prétendait descendre de Woden, comme Hengist, Cerdic et Ella, fut reconnu pour roi, par tous les chefs de l’armée.

Les régions de la Bretagne, entre l’Humber et la Clyde, étaient occupées par les indigènes, et divisées en de nombreux Etats. La partie la plus proche de l’Humber, était appelée Deifyr, par les Bretons, et ce nom devint, après la conquête saxonne, Deira. Au nord du Deifyr, s’étendait la province de Bryneich, dont l’appellation, prit la forme latine de Bernicia. Ces deux Etats se trouvaient, alors, sous la domination de trois chefs, Gall, Dyvedel et Ysgwnell.

Entre l’Humber et la Clyde, existait encore un Etat, dénommé Reged, que gouvernait le roi Urien. Dans les régions plus proches de la Clyde, on trouvait trois autres rois, Rhyderc, le Généreux, Gwallog, fils de Lleenog, et Morgant . Ces faits prouvent, que la majeure partie du territoire britannique était morcelée en petits Etats, qui rarement eurent conscience de l’unité nationale, qu’il eût été nécessaire de réaliser, pour repousser les Saxons.

Le chef breton de cette époque, le plus fameux après Arthur, semble avoir été Urien, roi de Regel, et fils de Cynvarc, l’ancien. Le barde Taliesin, l’appelle, avec quelque hyperbole, la tête du peuple; le bouclier des guerriers; le plus généreux des hommes; le tonnerre des Cymry. Il va, comparant ses attaques à la fureur des vagues, et noté sa présence dans bien des combats, parmi lesquels il ne dépeint que les batailles d’Argoed Lhvyfain, et de Gwenystrad . Ida fut l’adversaire acharné d’Urien, qui dut momentanément, lui reprendre la province de Bernicia .

Le barde rapporte, qu’un samedi, les envahisseurs, sous la conduite d’Ida, vinrent assiéger, en hâte, avec quatre armées, Goddeu et Reged, sièges du gouvernement d’Urien. Les Saxons s’étendaient d’Argoed à Arfynnydd, et demandèrent des otages aux Bretons, avec leur soumission. Owen, fils d’Urien, et son compagnon, Cenau, repoussèrent ces propositions. Et Urien exalta leur courage, comme l’écrit Taliesin:

«Elevons (s’écria le roi), nos étendards au-dessus des montagnes:

Levons nos lances sur la tête des guerriers:

Ruons-nous sur l’armée du Destructeur:

Et massacrons-le avec ses compagnons!...»

Un autre combat fut livré, à Gwenystrad, entre Urien et Ida. Les Bretons se groupèrent autour d’Urien, «le roi de victoire». Taliesin, parle de ce dernier, en ces termes :

«Quel est ce bruit? La terre tremble-t-elle?

Ou, est-ce le mugissement du flot?

Si des soupirs se font entendre sur la montagne,

N’est-ce pas Urien qui est vainqueur?...

Il n’est point de refuge, échappant à son atteinte...

Sa colère est la mort!...»

Urien fut encore célébré, par son compagnon d’armes, le barde Llywarch Hen, qui a composé sur lui, une élégie. Après avoir résisté bravement aux Saxons, il fut mêlé aux guerres civiles qui désolaient sa patrie, et périt, assassiné, à Holy-Island, par un émissaire de Morgant, l’un des chefs des Bretons du Nord .

Owen, l’un des fils d’Urien fut encore renommé, pour sa courageuse résistance aux Angles d’Ida, en 547. Taliesin loue sa valeur: il poursuivait l’ennemi, dit-il, comme le loup fond sur un troupeau! . Dans sa Chanson des Vents, le barde rappelle la défense des champs cultivés et des troupeaux, par Owen, dans sa province: il mentionne les batailles livrées par le même chef à Aclud, et en d’autres lieux : «Il y avait de la joie, ce jour-là, pour les corbeaux, s’écrie-t-il, quand les hommes poussèrent les clameurs des batailles, et le bouclier d’Owen ne reculait jamais!» Et le barde prétend qu’Ida périt de la main d’Owen.

Dans la très ancienne poésie anglaise, la bataille la plus fameuse entre Bretons et Saxons, fut celle de Cattraeth. Elle forme le sujet du Gododin d’Aneurin, poème qui valut à son auteur, parmi les bardes gallois, le titre de roi . Ce dernier vivait dans le nord de la Bretagne, au vie siècle, et fut tué d’un coug de hache, au cours d’une querelle, par un certain Eiddyn.

Cette bataille mit aux prises les Bretons du Nord, commandés par Mynyddawr d’Eiddyn, et les Saxons d’Ida, ou de son successeur. L’issue du combat fut fatale aux Bretons, et de trois cent soixante d’entre eux, portant des torques d’or, — signe de leur noblesse, — trois combattants, seulement, s’échappèrent . Ce désastre semble imputable à l’état d’ivresse, dans lequel se trouvaient les Bretons, avant la bataille. Celle-ci eut lieu à Cattraeth, et les peuples de Deira et de Bernicia, y prirent part .

Les progrès des Angles, dans le Nord, furent longs et difficiles, car, dans ces régions, les Bretons résistèrent avec plus d’énergie, que par ailleurs. Avec Urien et son fils, trois rois des Angles, Ryderthen, Guallawc et Morcant luttèrent, avec des fortunes diverses , contre les fils d’Ida. La mort de ce dernier, en 559, produisit des divisions, parmi ses alliés. Son fils, Adda, lui succéda; mais un autre chef saxon, nommé Ella, attaqua, en cherchant fortune, le royaume breton de Deifyr, et y fonda l’Etat angle de Deira, sur lequel il régna, pendant trente ans. Mais l’entière conquête de cette région fut longue, car ce ne fut que sous le règne du fils d’Ella, que Certic, le roi breton, fut chassé d’Elmet, partie importante du Yorkshire .

On trouve donc établie en Bretagne, l’an 560, une octarchie, composée des royaumes de Kent, de Sussex, de Wessex, d’Essex, de l’Anglia du Sud, de Bernicia et de Deira, auxquels s’ajoutait, après un espace de trente-six ans, le très puissant royaume de Mercie, en 586 .

Quand on considère les lents progrès de la conquête saxonne, et les occupations précaires des envahisseurs, on s’étonne de l’échec des armées bretonnes, et de l’inanité de leur résistance. Mais il faut chercher la véritable cause des victoires saxonnes, dans les divisions incessantes, qui naissaient entre les chefs bretons; dans leur rivalité, sans émulation, qui empêchaient, tour à tour de réaliser, et l’unité du commandement, et celle de la résistance.

On peut ainsi tracer, à l’époque, le tableau de l’occupation saxonne, en Angleterre, d’après Bède .

Les Jutes possédaient le Kent, l’île de Wight, et cette partie de la côte du Hampshire, qui lui fait face.

Les Saxons étaient ainsi établis en Bretagne: ceux du Sud, occupaient le Sussex, l’Essex, le Middlesex, et la partie sud de l’Hertfordshire.

Les Saxons de l’ouest peuplaient Surrey, Berks, Wilts, Dorset, Somerset, Devon, et cette partie de Cornouailles, que les Bretons ne purent conserver.

Les Angles étaient divisés, en:

1° Angles du Sud, dans le Norfolk, Suffolk, Cambridge, l’île d’Ely, et une partie du Bedfordshire.

Angles du Milieu, dans le Leicestershire, qui appartenait à la Mercie.

2° Merciens, qui se subdivisaient, eux-mêmes, en Merciens du Sud, dans les comtés de Lincoln, Northampton, Rutland, Huntingdon, les parties nord du Bedforshire et de l’Hertfordshire, — Bucks, Oxfordshire, Gloucestershiré, Warwickshire, Worcestershire, Herefordshire, Staffordshire, Shropshire; — et en Merciens du Nord, dans les comtés de Chester, Derby, et Nottingham.

3° Northumbriens qui se subdivisaient, en Deiri, dans le Lancaster, York, Westmoreland, Cumberland, Duram; — en Berniciens, dans le Northumberland, et le sud de l’Ecosse .

Les Anglo-Saxons, dans leurs conquêtes successives de la Bretagne, épargnèrent les populations indigènes: n’avaient-ils pas besoin d’agriculteurs et d’artisans, indispensables aux envahisseurs eux-mêmes? Par contre, pour s’affranchir du joug saxon, de nombreux Bretons émigrèrent, dans l’Armorique, dans le pays de Galles, ou de Cornouailles. Là, les bardes qui les avaient accompagnés, leur chantaient l’espoir des revanches prochaines. Ils s’exaltaient aux prédictions de Taliesin, et Myrddin, en ses vers enflammés, leur promettait un chef, et la victoire, au son d’un cor joyeux .

Longtemps après la mort d’Arthur, les Bretons, demeurés en Angleterre, luttèrent encore contre l’établissement du royaume de Wessex, notamment, à Bedford, contre le frère de Cealwin, et les Anglo-Saxons, à l’issue de cette guerre malheureuse aux Bretons, s’emparèrent, en se retirant sur le Wessex, des districts de Lygeanburh, d’Aylesbury, de Bensington et d’Ensham . Six années après cet événement, les Bretons, de nouveau, tentèrent de résister aux Saxons, et une grande bataille fut livrée à Derham. dans les Gloucestershire, avec le concours, semble-t-il, de plusieurs rois du pays de Galles: car trois souverains bretons, Conmail, Condidan, et Farinmail, périrent dans cette guerre. Les Saxons, pour prix de leur victoire, s’emparèrent des places si importantes, de Gloucester, Cirencester, et Bath .

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Yaş həddi:
0+
Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
Həcm:
337 səh. 29 illustrasiyalar
ISBN:
4064066321864
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
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