Kitabı oxu: «Ronce-les-Bains : Marennes et la côte saintongeaise»
J.-André Lételié
Ronce-les-Bains : Marennes et la côte saintongeaise

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066319748
Table des matières
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
APPENDICE
ÉMIGRÉS POSSESSEURS AUX ILES DE SAINTONGE.
LA SEUDRE ET LE PRIEUR DE SAINTE-GEMME.
LE MINISTRE JEAN BERNON.
L’ACADÉMICIEN OGIER DE GOMBAULD.
LA SEIGNEURIE DE BEAUREGARD.
APRÈS LA RÉVOCATION.
DIVISION ECCLÉSIASTIQUE DU PAYS ABONNÉ.
LÉGENDE DE LA CARTE DE L’ILE D’ARVERT.

I
Table des matières
LA PLAGE.
La plage, ainsi nommée parce qu’elle est le prolongement du banc de sable de Ronce, est le fait des érosions marines. Le vent d’ouest, soufflant avec violence, a progressivement miné le littoral, au point de transformer le coureau d’Oleron en une petite mer intérieure. Le fond, perpétuellement balayé par la vague, a été mis à nu; et sur la craie dont il se compose, et que recouvre une mince couche de bri ou de sable, vivent moules, sourdons, hérissons de mer, crabes, étoiles de mer et l’hippocampe ou cheval marin. A mesure que la plage allait s’élargissant et que les parties friables de la roche recevaient l’action des courants, une sorte de ravinement s’opérait: de là des canaux naturels qui restent seuls pleins d’eau aux marées de syzygies, tandis que les bancs de Barat, Bry, Auger, Ronce, Perquis, Bourgeois et autres, sont complètement découverts. L’un de ces ravins, et le plus ancien, longe la côte orientale de l’île d’Oleron, et il semble avoir été le premier canal d’alimentation de la Seudre — de ce côté-là du moins, — la Seudre étant elle-même le résultat d’un semblable travail sous-marin, et le dernier vestige de l’antique golfe des Santons. Ce ravin oleronnais, ce «fossé », conséquence de l’ouverture convulsive du pertuis de Maumusson, aurait donc formé, dans le principe, la ligne de démarcation de l’île et du continent. Il était si étroit «qu’on le sautoit avec un bâton», s’il faut s’en rapporter à une enquête du XIV° siècle, dans laquelle cent témoins affirment le fait. La Sauvagère va même plus loin. D’après une tradition dont il s’est fait l’écho, le seigneur de la Marlière aurait «traversé le pertuis de Maumusson à l’aide d’une carcasse de tête de cheval, pour ne pas se mouiller les pieds dans un courant d’eau qui y restait à marée basse .»
Quoi qu’il en soit de ces dires, il ne faut pas moins inférer que, de cette ligne de démarcation jusqu’à La Tremblade, c’étaient des terres arables, des laisses de mer, entrecoupées par les affluents de la Seudre dont les principaux sont le chenal de Disail, depuis quatre siècles sous les sables 1, ceux de Putet, de Brandelle, de la Pierre ou Péride. On arriva ainsi au VIe siècle sans que cet état de choses dût se modifier beaucoup. Mais, lorsque des profondeurs de l’Océan vinrent s’amonceler les sables, l’aspect des lieux changea. Les chartes du XIIe siècle, qui établissent la possession et la délimitation respectives des monastères de la Couronne et de la Garde, nous aideront à déterminer la topographie locale. Parlant de la «terre avec les brandes», qui est entre ces deux prieurés, elles nous disent que cette terre est «close par un ancien chemin qui, passant par le moulin de Disail, se dirige vers le pré de Maupertus (mauvais trou), va jusqu’à «la montagne du Roi», puis au «cap de la Vingasa, qui est au-dessous de la rège (rega, sillon) du Saut-au-Loup (fossé)», enfin «jusqu’à Palatreu». Ces noms, et beaucoup d’autres, ne nous ont pas été conservés, parce que les endroits qu’ils spécialisent sont couverts par les eaux ou sous les sables. Toutefois il faut en excepter Palatreu et la propriété des Brandes, traversée par le chemin qui mène à la plage.
Tels sont donc les bouleversements géologiques successifs qu’a subis ce point de la côte sainton-geaise, et tel était son aspect il y a une trentaine d’années. Aucun chemin viable n’y accédait: on était obligé de s’ouvrir une voie à travers la forêt, d’escalader les dunes pour arriver à la mer. Comme les plages maritimes étaient recherchées, quelques personnes d’initiative pensèrent que le moment était venu de faire valoir celle de Ronce. L’idée était bonne, mais elle n’était réalisable qu’avec le concours des propriétaires riverains, sur les terrains desquels il fallait construire. Fort heureusement le grand massif de dunes qui s’étend de la Seudre à la forêt de l’État, et dont la plage s’est formée à son détriment, appartenait à M. Edouard Perraudeau de Beaufief, très favorable à l’entreprise. Cette circonstance en assura le succès. Non seulement M. Perraudeau concéda généreusement des terrains, il traça en outre la grande artère, dite «allée Gabrielle» ; et, perpendiculairement à cette allée, d’autres chemins débouchant un peu partout. Les parties dénudées furent boisées, une place publique délimitée. Il se faisait en quelque sorte le créateur de la station dont il dessinait l’ébauche. De son côté, l’administration municipale, à la tête de laquelle était M. Emile Bargeau, entra dans les vues des organisateurs et fit construire un chemin de grande vicinalité, reliant La Tremblade à la plage. Tout était prêt pour que la «truelle», suivant une expression stéréotypée, «marchât bien». Effectivement, les premières assises du grand châlet furent jetées; et sur la ligne littorale d’autres châlets furent édifiés. Un enthousiasme fébrile régnait alors.
Toute cette activité, il faut le reconnaître, fût restée à peu près stérile sans l’intervention d’un praticien intelligent, un compatriote. Le docteur Brochard, par un simple examen des lieux, se rendit compte des ressources hygiéniques offertes, surtout à l’enfance, par une plage de plusieurs kilomètres d’étendue, à pente extrêmement douce, que la mer baigne deux fois le jour, et facilement réchauffée par le soleil. Les senteurs balsamiques des pins, un air salin vivifiant, une température qui permet à divers spécimens de la flore du midi de croître spontanément: il ne lui en fallait pas davantage pour le confirmer dans l’idée qu’il avait sous la main tous les éléments réunis pour une station balnéaire. Il fut compris; les plus hésitants se rassurèrent, et le docteur Brochard écrivit sa brochure: Des bains de mer de la Tremblade.
En toute entreprise, fonder n’est pas petite besogne lorsque, à un ardent désir, manque le «nerf des affaires», l’argent. A défaut de numéraire, on organisa des fêtes, on fit de la réclame. Survinrent les événements de 1870, qui modifièrent un peu les hommes et les choses. La paix rétablie, on oublia vite les angoisses de la veille, et les bains de mer reprirent partout faveur. On créa, de-ci de-là, des stations nouvelles: dès lors pourquoi ne mettrait-on pas à profit les conseils du docteur Brochard, et ne donnerait-on pas un renouveau de vie à Ronce? On se remit à l’œuvre. Mais à phase nouvelle hommes nouveaux; — surtout une personnalité qui voulut bien, sans trop compter avec sa peine, s’associer à l’œuvre de ses devanciers et la faire progresser. Cette personnalité se trouva, et M. Georges Dières-Monplaisir devint un précieux auxiliaire. Grâce à ses relations sociales et à son infatigable activité, il amena les étrangers à bâtir; les habitants, encouragés, firent de même. Et actuellement, aux quelques châlets qui bordaient la falaise, au Grand Châlet très agrandi, qui fut le premier jalon planté sur cette grève, il s’en est joint une foule d’autres, permettant à deux cents baigneurs de se livrer aux plaisirs d’une agréable villégiature. Les besoins religieux et matériels n’ont pas été oubliés: il y a chapelle et marché.
Maintenant que l’élan a été donné, que les familles ont pu apprécier la sécurité de la plage, que les enfants peuvent être abandonnés sans péril à leurs amusements, qu’on a à discrétion les produits de la mer, et qu’on peut se livrer à des promenades nautiques, à la chasse dans la forêt, la station de Ronce-les-Bains ne saurait que s’accroître et devenir le séjour privilégié des personnes qui fuient les exigences mondaines, et recherchent avant tout l’isolement, la tranquillité, le repos et la santé.
«Par son étendue, par sa beauté, par la sûreté qu’elle offre aux baigneurs, même aux enfants, et aussi par la disposition topographique de ses environs, cette plage, dit le docteur Brochard, dans l’ouvrage cité, réunit tout ce que le malade le plus soucieux de sa santé, tout ce que le médecin le plus exigeant peuvent désirer sous le double rapport de l’agrément, de l’hygiène et de la salubrité. » — «La chaleur relative qui caractérise le climat de cette partie du littoral du département de la Charente-Inférieure, a, depuis longtemps, frappé les observateurs.» — «A La Tremblade, bien plus facilement que sur beaucoup d’autres plages, le baigneur pourra observer les règles de l’hygiène la mieux entendue et suivre le régime le plus convenable à sa santé.» — «De tous les exercices auxquels il convient le plus de se livrer sur les bords de l’Océan, la promenade est selon moi le plus agréable et le plus facile, surtout à La Tremblade. La plage est tellement unie que l’on peut en suivre les contours pendant des heures entières, à la marée haute comme à la marée basse, avec la plus grande sécurité. Lorsque l’on fera ces promenades que je regarde comme très salutaires et que l’on aura des enfants avec soi, je ne saurais trop recommander aux parents de les laisser marcher dans l’eau. Ces courses, dans lesquelles les enfants ont de l’eau tantôt jusqu’aux chevilles, tantôt jusqu’aux genoux, les amusent beaucoup et donnent à leur organisme une force étonnante.» — «Les personnes naturellement faibles, celles dont la constitution aura été momentanément affaiblie par un motif quelconque, toutes celles enfin qui auront besoin de respirer l’air chaud et réparateur du bord de la mer, pourront se rendre sur cette plage, assurées qu’elles seront d’en éprouver un bien-être certain. Dans cette classe de malades si nombreuse, si intéressante, se trouvent beaucoup d’enfants fatigués par la croissance, la plupart des femmes du monde épuisées par les veilles, par le séjour des grandes villes, et un grand nombre d’hommes de cabinet. Car si le travail et l’étude sont deux amis qui ne trompent jamais et sur lesquels on peut toujours compter, il faut bien reconnaître qu’ils fatiguent quelquefois ceux-là mêmes qui les aiment avec passion. »
C’est de Nogent-le-Rotrou, où il exerçait la médecine, que, le 15 juin 1862, le docteur Brochard a daté sa brochure des Bains de mer de La Tremblade. Il y a bientôt trente ans, et depuis les faits sont venus confirmer son appréciation, ses éloges, ses conseils. «Connue seulement des marins, des pêcheurs et des habitants de la localité, qui allaient souvent y prendre des bains ou y faire des parties de plaisir, cette plage était naguère encore tout à fait déserte.» Ainsi écrivait-il après l’avoir parcourue, visitée dans ses détails. Et c’est avec bien plus de vérité encore qu’il lui serait permis d’ajouter aujourd’hui, si la mort ne l’avait pas ravi à la science et à ses amis: «Elle est maintenant couverte de cabanes de baigneurs. » 2.
II
Table des matières
LA TREMBLADE.
Les cités ont généralement pris naissance à l’ombre d’un manoir féodal ou d’un monastère; et La Tremblade ne devait pas déroger à cette loi de groupement qui pousse les travailleurs à chercher une protection. Elle doit son existence à deux prieurés, celui de la Garde et celui de la Couronne.
Le prieuré de Notre-Dame de la Garde et le prieuré de Notre-Dame de la Petite Couronne en Arvert ou de Disail, qui relevait de l’abbaye de la Grande Couronne près d’Angoulême, ont été fondés à peu près à la même époque, au XIIe siècle. Voisins l’un de l’autre, leurs intérêts se sont trouvés mêlés, et il en est résulté des discussions dont les chartes nous ont conservé les incidents .
Gombaud, seigneur de Mornac, et Audéarde, son épouse, avaient établi dans la forêt de Salis, au lieu appelé la Garde, les frères de Grandmont. La donation faite en leur faveur fut confirmée en 1195, par Geoffroi Martel, fils et héritier de Gombaud. Quant aux clôtures et aux tenances dont ils jouissaient sur les forêts, les prés, les marais, et ailleurs, ils les posséderont désormais sans conteste des frères de la Couronne, lesquels admettront les frères de la Garde au droit de mouture dans leur moulin de Disait. Et en vue, sans doute, d’éviter tout procès, les religieux de l’un et l’autre ordre ne pourront rien acheter réciproquement depuis la levée dudit moulin jusqu’à la montagne de Pierre.
Le moulin de Disail appartenait aux frères de la Couronne, en vertu du droit de posséder sur l’étier de Disail, que leur avait reconnu, en 1197, Geoffroi Martel, «pour le repos de son âme et de celle de ses parents.» Cet étier aboutit au bras de mer (la Seudre), in esterio Disal quod tendit ad brachium maris. En outre, il leur avait été permis de murer ledit moulin, situé, dit la charte, «sur le ruisson qui passe auprès.» — «Moi et mes héritiers, avait ajouté Geoffroi Martel, serons les tuteurs et les défenseurs de ce moulin, de l’église de la Couronne contre toute personne, et notamment contre les frères de Grandmont.» Cette clause n’empêcha pas, entre les deux monastères, un long procès dans lequel intervint le pape Innocent III, dans la personne de son légat «Robert, serviteur de la croix du Christ, cardinal-prêtre de Saint-Etienne du Mont Cœlius.»
Ce bienfaiteur ne ménagea pas ses libéralités aux frères de Grandmont. Du consentement de Philippe, sa femme, et de ses deux fils Robert et Foulques, il leur cède, en 1221, tous ses droits de propriété sur la Grande Saline, in grandi Satina, de la Garde, et dans toute la forêt, avec la brande, cum brandario, le tout suivant les confrontations que nous avons indiquées plus haut. Cette saline est maintenant sous les sables. Enfin, les mêmes donateurs font abandon, en 1226, du fossé du Petit-Pont, avec faculté de construire des moulins à blé et à drap, «autant qu’ils voudront», avec prise d’eau dans l’étang de Barbareu. Le droit attaché à cette donation consiste dans le prélèvement d’un quart seulement, «laissant l’autre quart pour aider à la dépense de journées d’hommes et d’ouvriers pour la teinture des vêtements. » Deux ans après, 1228, Robert de Sableuil informe que Michel Gombaud lui a déclaré qu’il a abandonné aux frères de la Garde tous les droits qu’il pouvait prétendre sur le moulin des Fossés. Notre Maine - au - Fossat rappelle cet ancien fief qui a perdu complètement son premier aspect.
Les enfants de Geoffroi Martel héritèrent des sentiments de leur père. En effet, le même Robert de Sableuil, seigneur de Matha, avec le consentement de Mathe, son épouse, concède aux frères de la Couronne, en 1235, sur tout l’étang de Barbareu, in toto stagno de Barbareu, le droit de construire un ou plusieurs moulins, jusqu’à la «nouvelle gueule, ad gulam novam». Cette «nouvelle gueule», qui suppose un déversoir antérieur, n’est autre que le canal ou «fossé » du Petit-Pont, déjà occupé par les moulins des frères de la Garde. Robert se réserve toutefois le droit de construire un moulin «dans la partie de l’étang qui est vers les Mathes, que est versus Les Mathes.» Ce que l’on nomme les mottes et les prés de la rivière occupe l’emplacement de cet étang.
La même année, le même seigneur leur permet aussi d’établir, «partout où ils voudront», du milieu jusqu’à l’endroit appelé «Sternusson», un vivier, et d’y mettre les poissons de leur choix. Les vestiges de ce «vivier» subsistent encore, bien que les dunes l’aient en partie envahi; l’eau y séjourne, et les oiseaux aquatiques s’y réfugient dans les grands froids. Les habitants disent «aller en Ternusson».
Trois ans après, 1238, c’est au tour des frères de la Garde. Concession leur est faite, par ledit Robert, «de tout le marais de Brajard, Brajardo, Bréjat, excepté les marais des moines de Cluny et du sieur Alard de Forât; plus l’exploit et le chauffage dans la forêt de Salis.» Et comme il faut abréger, — le 12 décembre 1330, Robert de Matha, par lettres revêtues de son sceau, «délivre au prieur de la Garde en Arvert le moulin appelé le moulin de la Garde, assis devant la Tublerie de la Garde en Arvert, et voulons qu’il le tienne perpétuellement... » De même, en 1405, un autre seigneur de Matha et de Mornac, du même nom de Robert, désirant prévenir des discussions «prêtes à s’élever » entre Geoffroi de Cravans et le prieur de la Couronne, à propos de certains droits d’usage exercés par ce dernier dans la forêt de Salis, décide, dans un traité passé entre lui et Denis, archiprêtre d’Arvert, que ledit prieur continuera à prendre du bois pour le four à tuiles, ad furnum tegularem, et tout ce qui est nécessaire pour les clôtures et la maison dudit prieuré, dans les endroits ou cantonnements nommés le Taillis, Allamilla, Verc et Secha, sans en excepter les arbres qui regardent le fief du Forestier. Tous ces noms ont disparu; peut-être dans le cantonnement de Verc trouverait-on l’origine de notre Terrier vert. Les signataires de cette importante charte sont: Guillaume Pierre, chevalier, prieur de Coux; frère Aymeric, correcteur de la Garde en Arvert Philippe, recteur de l’église de Dirée; Geoftroi Blanchard et Hélie Vital, prêtres; Jehan Parry et Robert de L’Ile; Ramnulfe, recteur de l’église de Saint-Étienne d’Arvert, agissant pour Denis, archiprêtre.
Tous ces seigneurs de Mornac, qui présidèrent à la formation de nos paroisses, appartenaient à la maison de Matha. Après eux viendront les comtes de Périgord, les sires de Pons, et les autres.
Lorsque, après les troubles du XVIe siècle, les moines étant dispersés, il ne resta plus que le temporel proprement dit des prieurés de la Couronne et de la Garde, ce temporel fut successivement affermé par les bénéficiaires. Ainsi, en 1644, Henry de Forgues, prieur de la Couronne, afferme 800 livres les revenus de son prieuré à Jehan Michel, seigneur de Chassagne . En 1653, Pierre Trébuchet en est le fermier, moyennant 750 livres. En 1678, l’abbé Raymond de Forgues de Lavedan, chanoine prébendé de la cathédrale d’Angoulême, et prieur, passa contrat avec Jehan Germon, marchand, pour 450 livres, par une sorte de substitution à Jacques Bression, sieur de Saint-Bris, qui venait de mourir. Enfin, en 1744, Jehan Teynier, chanoine régulier de Saint-Augustin, titulaire, traite avec Charles Amiot de Vincelotte des Isles, au prix de 600 livres; lequel cède son bail, en 1751, à André Roy, son beau-frère déjà fermier du prieuré de la Garde. André Roy avait remplacé sa mère, Jeanne Beau, veuve de Léonard Roy, marchand, qui payait 120 livres de ferme à dom Regné-François-Pierre de la Guérinière, 1er aumônier du roi, abbé de l’abbaye de Grandmont, chef général de tout l’ordre; et cette même ferme lui fut renouvelée le 1er mai 1756, par «dom François-Xavier, second de la maison Rouge (sic), abbé chef et gérant de tout l’ordre de Grandmont.» Par lettres patentes du roi, l’ordre de Grandmont fut supprimé en France en 1769.
En quel endroit précis était situé le monastère de la Garde? Dans un terrier de 1750, qui existe aux archives départementales de la Charente-Inférieure, article 19, on lit: «Une pièce de terre sableuse actuellement en pinèdres, contenant un journal, située à la Garde, appellée Gasle-Bourse, joignant d’un côté du levant au chemin qui conduit au Rivau, d’autre côté le chemin ou sentier qui conduit où étoit bastie l’église du prieuré de la Garde, d’autre côté du midi au grand chemin qui conduit au Monard, et d’autre côté du septentrion à la vigne de la veuve Audouin, et pinèdre du sieur Cerclé.» 3. Depuis lors les lieux n’ont pas changé d’aspect; le sentier subsiste toujours: c’est le premier à droite du grand chemin du Monard, aussitôt après la bifurcation du chemin du Rivau. Ce sentier aboutit à une vigne appartenant à M. Chardavoine-Vieulle; et cette vigne, où des tessons de tuiles surabondent, est l’emplacement de l’église.
Ce ne sont pas les seuls établissements conventuels qui existaient dans l’île d’Arvert: on y comptait aussi les prieurés de Sainte-Catherine de Coux, ordre de Saint-Benoît, et de Notre-Dame des Oulmes, ordre de Saint-Augustin; malheureusement les documents font absolument défaut. Coux est un petit village sur la saline. Son prieur, dans une charte de 1213 relative au différend suscité par le moulin de Disait, signe et «appose sa clef en guise de sceau». D’après un pouillé, ses revenus, du XVIe au XVIIIe siècle, sont évalués 500 livres. Ils étaient de 600 livres en 1789. En 1619, Jehan de Bourran de Douzon, prieur, met en demeure ses tenanciers, dans la personne d’Hélye Thomas, Ezéchiel Chaillé, Monbeuil, Jacques Bargeau, et autres de lui payer la rente qu’ils avaient indûment versée entre les mains de Pierre Le Roy 4, qui s’était dit l’agent du précédent prieur, Antoine Murât. Pierre Le Roy était mort. Ses héritiers s’exécutent; et Michel de Lestrille, mandataire de l’abbé de Bourran, donne, le 22 octobre 1620, à Charles Le Roy, praticien, quittance finale de la somme de 25 livres 10 sols, dont restait débitrice sa mère, Persède Bonneteau. Le 20 mars 1646, c’est Jehan Taret, vicaire de La Tremblade, qui, «par certaynes considérations a desclaré à Hélye Daniel, pilotte de navires à La Tremblade, faisant pour messire André Des Movines, pryeur de Poulliat (Pauillac) en Médoc, et de Coux en Arvert, qu’il s’est désisté... de l’assignation qu’il a fait donner au sieur de Poulliat par Mre Germyn, prestre et curé de Chaillevette, par devant Mrs de la Primasse (Primatiale) de Bourdeaux....» Pierre Rivière, cluniste, était titulaire de ce prieuré en 1789.
Nous sommes encore plus pauvre de documents pour le prieuré des Oulmes, ou des Ormeaux. Nous savons seulement que, le 7 août 1605, frère Anthoine Transène, religieux de l’ordre de saint Dominique, vicaire d’Arvert, prend possession, au nom de Jehan Thibault, clerc tonsuré, «escollier estudiant en l’Université de Bourdeaux», du prieuré de Notre-Dame des Oulmes, «par l’antrée et sortie libre, tant au dedans ladicte églize, au son de la cloche d’icelle, action des manumissions dudict priouré, ouverture des portes. Et estant dans le jardrin planté de divers fruictiers, a cueilli en iceluy divers fruicts et faict tous autres actes de vray possesseur.» D’après les chartes du XIIIe siècle, il y avait un lieu dit de ce nom «avant Villeneuve», ad Elmetos ante Villam novam; et il semblerait qu’il en existait un autre dans la paroisse de Dirée, apud Ulmatam in parrochia de Direu, où il y aurait une passe, portant encore le nom Doulme, qui ferait communiquer ce petit centre avec la prairie. Aujourd’hui, les anciens centres religieux, à quelques-uns desquels nous venons de consacrer une sorte de mémorial, sont complètement oubliés. Personne assurément n’a jamais entendu parler des prieurés de Saint-Nicolas de Ruaux et de Notre-Dame de Riu, les deux en Arvert. Au sujet de ce dernier, l’abbé Cholet écrit: «L’origine devait être de Rivis .» En dehors du canal du Petit-Pont, nous ne voyons de ruisseaux nulle autre part, si ce n’est les ruissons alimentés par les nombreux étiers de la Seudre.
Parallèlement à l’action religieuse s’exerçait celle des seigneurs, dont le rôle, déjà grand, finit par devenir dominant dans la contrée. Nous y reviendrons plus loin.
Le littoral avançait beaucoup plus dans la mer; et tout le long, en forme d’arc, à partir du chenal de la Péride jusqu’à Breuillet, une immense forêt de chênes et pins, la forêt de Salis, où nous verrons les vassaux du seigneur d’Arvert revendiquer un droit d’exploit; au pied de la forêt de Salis, côté des terres, un étang d’eau douce, le Barbarellum, Barbareu de nos chartes, qui eut son premier déversoir dans la Gironde, et que les canaux du Petit-Pont et de Lamayre ont complètement desséchés. Ainsi ont été formés les prés-rivières d’Arvert et de La Tremblade. M. Georges Musset ne serait pas éloigné de voir dans cette prairie la cuvette d’une ancienne formation lacustre.
Nous avons dit plus haut ce qu’était le pertuis de Maumusson, et la faible distance qui aurait séparé l’île d’Oleron du continent.
C’est vers le VIe siècle que les sables se montrent, et c’est au XIe qu’ils deviendront un fléau véritablement destructeur.
Jusque-là, le monastère de Notre-Dame de la Garde se développa, et les moines défrichèrent la forêt de Salis, dont il prirent le nom, «frères de Salis.» Les religieux de Notre-Dame de la Couronne, établis près de l’embouchure de la Seudre, les aidèrent dans cette exploitation.
Les chartes nous représentent la période comprise entre le XIIe et le XVe siècle comme prospère. Le vide fait par les défrichements dans la forêt est promptement occupé. Des centres habités, que marque la construction d’une église, s’y forment; on plante la vigne et l’on sème le froment sans se douter que la cause de la création de tous ces foyers, et de la richesse agricole à laquelle on travaille, amoindrit les éléments de résistance contre le futur ennemi. Parallèlement à ce déploiement de l’activité humaine, on «bâtit» des marais salants dans les alluvions marines qui bordent la Seudre: travail gigantesque qui fit la fortune du pays tant que le pouvoir ne pressura pas les intéressés, mais qui fut une occasion de conflits et une source de désaffection, lorsque François Ier eut la malencontreuse idée d’imposer le sel. La Réforme arrivant par surcroît, c’en était assez pour qu’une scission religieuse prît ici des développements et une acuité qu’elle ne connut pas ailleurs.
L’invasion des sables d’un côté, les guerres religieuses de l’autre, que fallait-il de plus pour que l’île d’Arvert changeât d’aspect? Les prieurés de la Garde et de la Couronne furent entièrement ruinés; les villages et les exploitations rurales furent ensevelis sous les sables. Et là où l’activité la plus grande se manifestait naguère, on ne voyait plus que «des sommets allongés en dos de requins, arrondis en cônes, creusés en entonnoirs, à pente abrupte du côté des terres, rarement isolés, parfois contigus, ordinairement disposés en chaînes entrecoupées de cols et perpendiculaires aux vents dominants .» C’est-à-dire le désert, une miniature du Sahara algérien; en un mot, on avait les dunes, au boisement desquelles a largement coopéré l’intelligent forestier, M. de Vasselot de Régné, que nous venons de citer.
Elie Vinet, dans l’Antiquité de Bordeaux... 1565, et Claude Masse, ingénieur, dans son Mémoire géographique sur... le païs d’Aunis et Saintonge , 1715, ont parcouru ces lieux désolés, et ils en ont laissé cette description: «Je vi entr’autres choses, dit le premier,... une forest déjà la pluspart couverte de sable,... et vismes aussi plus près de la mer, au milieu de ces grandes montaignes de sable, des maisons que les gens du païs n’avoient onques veües... Et approchant plus près,... arrivasmes à la sime d’un mont qui de loin nous descouvroit quelque clocher: là nous trouvasmes un temple, ou pour mieus dire, les murailles d’un temple, dedans lequel il nous fut aisé d’entrer par là où avoit autrefois esté le toit...» — «J’ay remarqué en divers endroits, écrit l’autre, des vestiges de villages que le sable couvre de temps à autre... J’y vu les vestiges d’une église que l’on dit avoir esté proche de la pointe de la Coubre: elle s’appelle Notre-Dame de Buze.
«Le long de la Coubre, il y avait trois ou quatre paroisses qui sont englouties dans les sables, auss bien que la ville d’Ensogne.»
Cette ville d’Ensogne, c’est Anchoine, dont la tradition a perpétué le nom. Les Trembladais se prétendent les descendants d’Anchoine qui fut abandonnée par les habitants lorsqu’ils virent leur cité envahie par les sables. Et quand, il y a quelque trente ans, des substructions furent découvertes, à deux cents mètres de la plage, en pleins travaux de terrassement du chemin de Ronce-les-Bains, on admit sans conteste que ces vieux murs confirmaient cette tradition.
Rien n’autorise cette double hypothèse. D’abord nos chartes, où il est précisément parlé de La Tremblade, ne disent rien d’Anchoine, et ne font aucune allusion à celte ville. D’auire part, les substructions en question ont révélé l’époque de leur origine. En effet, on en a retiré deux colonnettes, à chapiteaux sculptés, datant du XIIe siècle . Devant ce silence de nos chartes, devant ces témoins irrécusables d’une date certainement postérieure aux faits invoqués, il semble plus rationnel d’inférer qu’Anchoine était une ville gallo-romaine, située au bord de l’Océan, et dont la destruction est le résultat d’une convulsion géologique coïncidant avec la première apparition des sables, au VIe siècle. Nous la placerions volontiers dans le voisinage de Maumusson, au point où le cadastre fait aboutir le «chemin de la ville d’Anchoine à Royan», s’il ne nous fallait pas tenir un peu compte de la tradition recueillie par Masse, venant dire qu’Ensogne — ou Putensogne — était «à 700 toises de la pointe de Terre-Nègre », — ce qui nous place au lieu des Combots; tradition d’ailleurs confirmée par un titre de 1744, avec plan à l’appui, portant cession «du terrain inculte et couvert de sable appelé vulgairement Ansoine», par le duc de Montmorency-Châtillon, marquis de Royan, dans la seigneurie duquel se trouvait la paroisse de Saint-Palais-sur-Mer .
Le grand fait industriel, agricole et professionnel qui domine dans la contrée est sans contredit la construction des marais salants, la fabrication du sel, et les vocations maritimes. C’est à la limite même de ce vaste champ d’exploitation, tout près du prieuré de la Garde, que les habitants de La Tremblade ont établi leurs foyers. La place Gambetta, — ci-devant place du Canton — est probablement le point initial vers lequel ont convergé, et d’où sont parties, les principales rues du bourg. La rue des Bains (ancienne rue des Sables), parallèle à la saline, mène à la plage de Mus-de-Loup, où le duc de Beaufort armait les vaisseaux du roi. La rue de la Seudre (ancienne rue des Coëts ou de Marennes), avec son annexe la rue du Centre (ci-devant rue du Port), reliées l’une à l’autre par la rue des Martelles (devenue par altération rue des Maltaises), pénètre dans les marais, et une route départementale la prolonge jusqu’à la Seudre. A la fin du XVIIIe siècle, cette voie s’arrêtait à l’une des sinuosités du chenal de la Lasse, dont on avait fait un port sous le nom de Grève-Ronde. De ce port à la Seudre, un arrêt du conseil du roi autorisa en 1775 le creusement d’un chenal de délestage, qu’il était réservé à notre siècle d’achever, jusqu’au port de l’Atelier. La rue Forant va du quai de l’Atelier au canton Gambetta, longeant un petit affluent, le Vivier, dont on fit aussi un port. Sur ce port, une société bordelaise, sous la direction de Léopold de Bonnay 5, construisit, au siècle dernier, une verrerie qui fut plus tard transférée un peu plus loin. Dansl’angle formé par le Vivier, les Vigier, seigneurs de Treslebois, n’hésitèrent pas à bâtir la maison occupée par M. de Vermont, nonobstant le peu de garantie offert par le sol, qui n’est qu’une alluvion marine, et les mauvaises conditions hygiéniques résultant de la nature même de ce sol. Tels étaient anciennement les ports de la Tremblade, les seuls du moins qu’il convient de citer. Celui qui a survécu à tous les autres est le port de l’Atelier où s’établirent, au XVIIe siècle, les principales maisons de commerce. La Grande rue, se dirigeant au sud-ouest, était la grande artère qui traversait les exploitations agricoles du Maine-au-Fossat, les Rouchards, le buisson de Bourefard, les Etaings, et reliait à La Tremblade Saint-Augustin, Saint-Palais, Vaux et Royan. C’était la grande route de Bordeaux par la Gironde. A gauche on côtoyait le fond asséché de l’étang de Barbareu, c’est-à-dire de riches prairies, source d’aisance des riverains. Enfin la rue du Rivau, — ou des Gorces — voie d’accès qui menait au prieuré de la Garde, distant de 800 mètres, et au Monard.