Kitabı oxu: «Les bonnes idées de Mlle Rose»

Şrift:

Jacques Lermont

Les bonnes idées de Mlle Rose

Suivi de Les enfants au ballon élastique


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066317720

Table des matières

PRÉFACE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

LES ENFANTS AU BALLON ÉLASTIQUE


PRÉFACE

Table des matières

Les mamans des petites filles qui liront Les Bonnes Idées de Mademoiselle Rose ont peut-être, étant elles-mêmes petites filles, connu une certaine mademoiselle Rose qui fleurissait dans un délicieux album de P.-J. Stahl, le maître en psychologie fine, celui qui transforma en France la littérature enfantine et à qui les bébés doivent, depuis trente ans, tout ce qui a été fait pour eux.

La mademoiselle Rose que nous offrons au public est la même, en effet, qui, dans l’intervalle, est devenue anglaise, son histoire et les illustrations de Detaille, qui sont de véritables bijoux, ayant à leur tour charmé les petits Anglais. Dans ce récit, bien plus important que l’album d’autrefois, quelques épisodes lui sont restés de son passage en Angleterre, mais si l’auteur du Grand Anniversaire de Naissance peut en revendiquer quelques pages, pour sa petite Abeille active, toutes les bonnes idées de Mlle Rose, et, par le fait, le livre entier est vraiment l’oeuvre de notre très regretté Maître et vénéré Ami, et nous n’avons fait, pour notre part, dans cette collaboration émue, que développer le caractère de son héroïne en restituant au public français, sous une forme moins concise, la mignonne petite Mlle Rose, dont P.-J. Stahl avait si spirituellement noté les bonnes idées.

Jacques LERMONT.

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LES BONBONS D’ARGENT

La marraine de Rose Desprez avait été bien inspirée en lui donnant ce joli nom, car jamais bébé blond et rose n’évoqua mieux l’idée d’une églantine, délicatement teintée, mais Rose répondait encore à un autre nom, que sa maman, qui la connaissait bien, lui avait donné, et ce nom était Petit Frelon. Jamais frelon, dans les prés fleuris, ne fut plus affairé, plus bruyant, plus remuant, que notre petite Rose, toujours en mouvement, toujours dansant, sautant, agissant, sans réflexion, hélas! comme les bourdons et les frelons. Ce n’était pourtant point faute d’avoir des pensées, sur toutes choses, mais les pensées semblaient, dans la petite cervelle de Mlle Rose, faire comme elle-même, danser, jouer, s’agiter, vives et impatientes d’être mises en action, et Mlle Rose, qui n’y voyait pas beaucoup plus loin que le bout de son petit nez retroussé, se hâtait tellement de mettre à exécution les bonnes idées qui lui passaient par la tête qu’elle en avait souvent sur les doigts, détruisant en un instant le long travail des autres.

«Petit frelon, petit frelon, lui disait sa maman, quand donc apprendras-tu à réfléchir? Je ne serai pas toujours auprès de toi pour réparer tes sottises et penser à ta place. Au lieu d’être un petit frelon babillard qui tournoie autour de mille fleurs pour le seul plaisir de faire du bruit et du mouvement, imite l’abeille laborieuse qui, de ces mêmes fleurs, obtient, par son travail, ce bon miel que tu aimes tant. Les frelons, ayant fait beaucoup de bruit et peu de besogne, s’introduisent dans les ruches où, comme ma Rose, ils causent de grands dégâts. Corrige-toi, mon pauvre petit frelon, à la fois étourdi et présomptueux... »

Ainsi parlait maman, mais Rose était convaincue qu’elle était déjà maintenant une sage petite abeille. Que désirait-elle toujours? Rendre service, être utile, être bonne. Malheureusement les résultats ne répondaient que rarement à ses bonnes intentions, et cela parce que... mais vous verrez bientôt pourquoi sans qu’il soit besoin de vous le dire.

NOMBREUSES ÉTAIENT LES MÉDITATIONS DE ROSE A CE SUJET. (PAGE 11.)


Rose a tout ce qu’il faut pour être heureuse, dans la grande belle maison qu’elle habite à la campagne, en un joli pays de collines boisées et de champs qui sont, au printemps, de vrais bouquets de fleurs Comment Rose ne serait-elle pas heureuse avec un si bon papa et une si douce petite mère? Et quoiqu’elle n’ait ni frères, ni sœurs, comment s’ennuierait-elle avec une chambre pleine de joujoux à son usage, et, dans le grand jardin, un petit jardin uniquement à elle, pour y faire tout ce qu’elle veut? Elle a une bêche et un râteau, un arrosoir et une brouette et elle se donne une peine infinie pour mener à bien son jardin. Dix fois plus de peine que Jean, le jardinier, dit-elle étonnée de voir si rarement le résultat répondre à ses efforts. Elle arrose constamment, tant pour le plaisir de manier son arrosoir que pour satisfaire la soif de ses fleurs. Elle bêche, et transplante sans cesse ses boutures comme pour les dédommager de ne pouvoir à elles seules changer de place. — C’est si ennuyeux de ne jamais bouger, pense-t-elle. Et, quand elle a semé quelques graines, elle est si pressée de les voir pousser qu’elle gratte la terre avec ses petits doigts pour voir où elles en sont de leur travail souterrain.

Bien ou. mal, il faut toujours que Mlle Rose fasse quelque chose.

Les poupées en voient de dures avec elle. Elle n’a pas moins de quatre filles: Angélina, Virginie, Lily et Suzanne, et un garçon, Zouzou, un beau zouave en caoutchouc aux brillantes couleurs, mais c’est Lily sa préférée.

«Drôle de goût,» pensait sa bonne Gertrude.

Lily, pauvre victime de l’affection de Rose, était dans un état à faire pitié : ses deux yeux n’existaient plus et il ne lui restait qu’une jambe. Quant à ses cheveux, Rose les avait tant et tant tirés en la coiffant que la malheureuse Lily eût poussé de beaux cris si elle avait eu l’usage de la parole et que, les cheveux tombés de mesdemoiselles les poupées ne repoussant pas, Rose voyait disparaître à vue d’œil le reste de cette chevelure, jadis luxuriante. Nombreuses étaient les méditations de Rose à ce sujet. Elle eut l’idée d’y appliquer d’abord de la pommade, et puis des lotions d’eau froide, mais les cheveux de Lily diminuant toujours, Rose songea à une petite cousine à elle, qu’on avait rasée après une grande maladie. Le remède était, dit-on, souverain.

Aussitôt pensé, aussitôt exécuté. Faute de rasoir, Rose employa des ciseaux à broder pour taillader à tort et à travers la chevelure de Lily. Des bouts de mèches se dressèrent alors de tous côtés et c’était si laid que la petite maman se hâta de confectionner à sa Lily bien-aimée, pour cacher sa tête chauve, un petit bonnet orné de nœuds couleur vert choux, que Lily fut condamnée à porter nuit et jour en attendant qu’elle eût retrouvé ses boucles blondes d’antan.

Telle quelle, et justement parce qu’elle était laide et souffrante, Lily était la préférée de sa petite maman qui ne savait qu’imaginer pour la consoler de ses infortunes.

Ceci vous donne un exemple de ce que pouvait faire Mlle Rose, avec les meilleures intentions du monde, faute de consulter des personnes d’âge et d’expérience; mais Mlle Rose ne doutait de rien et elle se croyait bien suffisamment âgée et instruite pour se tirer d’affaire sans le conseil de personne. D’ailleurs, comme elle était très surveillée par sa maman, rien de bien grave ne lui était arrivé jusqu’à un certain moment où, Mme Desprez se trouvant malade et chacun très absorbé par cette maladie, Rose fut livrée à elle-même un peu plus qu’il ne l’eût fallu pour elle et pour son entourage.

Que c’est triste de voir malades ceux que l’on aime! Mme Desprez aurait dû se soigner plus tôt. C’était l’avis du vieux docteur. Mlle Rose l’entendit de ses propres oreilles le dire à son papa: Quelques précautions préviennent bien des maladies. Mme Desprez avait eu des maux de tête, de la fièvre, avant de se décider à prendre le lit. Que ne s’était-elle soignée à temps?

C’était un grand tort.

Les mamans, les maîtresses de maison doivent faire grande attention à leur santé et prendre soin d’elles-mêmes, pour les autres encore plus que pour elles: on a tant besoin d’elles! Cela donna à réfléchir à notre Rose.

ROSE EN PREND QUATRE. (PAGE 14.)


«C’est très ennuyeux de prendre les remèdes de M. le Docteur; j’en sais quelque chose les jours d’huile de ricin, mais c’est encore plus ennuyeux de rester dans son lit et de prendre des tas de médecines amères et «nézabondes», comme dit maman. Que deviendrais-je si j’étais malade comme ma pauvre chère petite maman! Mon jardin serait plein de mauvaises herbes... Et qui donc prendrait soin de Suzanne, d’Angélina, de Virginie et de Lily? Et de Zouzou surtout: les garçons font toujours tant de bêtises quand on les laisse seuls...»

Non, Rose ne pouvait se permettre d’être malade! Et, justement, la veille, elle avait eu mal à la tête et Gertrude avait constaté que ses mains étaient brûlantes. Tout comme sa mère.

Il est vrai que le mal de tête provenait d’une bosse que Rose s’était faite en tombant et que, si elle avait les mains brûlantes, c’était d’avoir trop couru au soleil, mais Rose n’y regardait pas de si près. Elle était dans les conditions voulues pour se soigner à temps; elle n’y manquerait point. Justement la boîte aux pilules était sur le buffet. Rose en prend quatre et les croque consciencieusement. Si cela eût été meilleur, elle en aurait pris davantage, mais c’est très amer, les pilules, quoique cela ressemble à de jolis petits bonbons en argent.

Sûre de se bien porter maintenant, grâce à ses quatre pilules, Rose remit la boîte à sa place en se félicitant de sa sagesse, mais elle n’eut garde de rien dire de ce qu’elle avait fait à Gertrude, car Gertrude avait la manie de l’appeler Mademoiselle Touche-à-Tout, et de ne pas être en admiration le moins du monde devant les bonnes idées de Mlle Rose. Les grandes personnes ont de ces manies avec les enfants.

Gertrude n’avait besoin de rien savoir. Elle constateraitseulement les résultats et, cette fois, elle ne marchanderait pas les éloges à Rose, car, éviter une maladie, ce n’est pas peu de chose et Gertrude se verrait épargner par ce fait bien des soucis.

Malheureusement, l’idée de Rose était infiniment moins bonne qu’elle ne le croyait et Gertrude apprit bientôt toute l’histoire sans même qu’il y eût besoin de la lui raconter en détail. Les pilules, et, du reste, tous les médicaments des docteurs, ne sont point faits pour les personnes bien portantes, et, rien qu’à voir l’attitude de Rose dans le grand fauteuil où elle s’était réfugiée aux premières atteintes du mal qui l’étreignit bientôt, Gertrude s’écria:

«Qu’avez-vous mangé, Mademoiselle Rose; des groseilles vertes pour le moins?»

Rose, tout à fait souffrante, désigna du doigt la boîte ronde sur le buffet et murmura, dolente:

«Ce ne peut pas être ça, Gertrude, les pilules, c’est pour guérir les gens; ce n’est pas pour les rendre malades!...»

Hélas! c’était ça, pourtant! Gertrude, les bras en l’air, s’exclamait, puis se précipitait, préparait du thé bien chaud, et soignait de son mieux la pauvre Rose, qui était de plus en plus souffrante.

Jetons un voile sur ces tristes événements.

Rose fut malade plusieurs jours pour avoir voulu éviter de l’être et pendant ce temps ses enfants furent forcément négligés ainsi que son jardin, mais Lily, sur l’oreiller à côté d’elle, lui tint fidèle compagnie et Rose la dorlotait plus que jamais pour lui faire oublier la maladie forcée qu’elle avait donnée à sa préférée afin d’avoir un prétexte à ses propres yeux pour lui faire prendre le lit.

Ce n’est pas gai d’être malade par sa faute. Rose en fit la triste expérience ces jours-là. Sans compter que le vieux docteur ne lui épargna point les railleries. Il disait que si, habituellement, les petites filles ne se font pas prier pour croquer des bonbons, mais, pleureuses et rebelles en face de médecines nécessaires, font, quand elles sont malades, le désespoir de leur maman, il n’en était pas de même de Mlle Rose, et que, puisqu’elle avait un si drôle de goût (tous les goûts sont dans la nature), il lui enverrait au jour de l’an, en guise de boîtes de fondants et de sacs de chocolat à la crème, des pilules de toutes grosseurs et des fioles d’huile de ricin, d’huile de foie de morue, et autres vilaines choses de la connaissance de Rose et dont le seul nom la faisait fuir à l’autre bout de la chambre. Mais, pour ne pas inquiéter outre mesure Mme Desprez, on ne lui raconta pas les méfaits de sa fille, et Rose évita les «sermons» ou plutôt la conversation sérieuse en tête à tête avec une bonne maman qui lui eût fait comprendre toute la portée de son action. Il ne resta à Rose que la conviction absolue que les boîtes à pilules n’ont rien de commun avec les boîtes à bonbons. C’était quelque chose, mais ce n’était pas assez. Les petites filles ne doivent, sous aucun prétexte, toucher à tout ce qui vient de chez les pharmaciens: poudre, fioles ou pilules sont choses avec lesquelles on ne doit pas plus jouer qu’avec le feu, sous peine de causer de graves accidents et des malheurs trop souvent irréparables.

CHAPITRE II

Table des matières

CHEZ TANTE MARIE

Depuis sa mésaventure avec la boîte aux «bonbons d’argent» lesquels n’étaient rien moins que des bonbons, comme nous avons vu, Rose restait pâlotte et sa maman, toujours au lit, s’inquiétait de la fillette; ses jeux habituels ne l’intéressaient plus, les dominos et les briquettes en bois qui lui servaient autrefois à édifier de si belles constructions n’avaient plus de charme pour elle; ses poupées même étaient un peu négligées, et, toutes, comme leur petite maman, avaient tour à tour toutes les maladies imaginables: rougeole, coqueluche, scarlatine ou simple migraine, pour lesquelles Rose, devenue médecin, ordonnait invariablement la diète, la diète, rien que la diète; les pilules des pharmaciens sont trop dangereuses, on ne sait jamais quand il faut être assez malade pour en prendre, et, quand on n’est pas malade juste à point et qu’on en prend, elles vous font mal, ces vilaines pilules.

L’oncle Paul, installé au bord de la mer avec sa femme pour toute la saison, écrivit à Mme Desprez: «Envoie-nous donc ta Rose pour une quinzaine, cela la remettra tout à fait.»

Une quinzaine! une éternité, pour une maman qui n’avait jamais quitté sa fille d’un instant, mais la santé de Rose avant tout. Mme Desprez se résigna, non sans faire à la petite voyageuse mille recommandations: obéir à Gertrude, obéir à l’oncle, obéir à la tante. Ne jamais aller seule sur la grève, ne jamais s’éloigner des grandes personnes. Rose promit tout, avec la ferme intention, espérons-le, de tenir parole, mais elle était surtout occupée de ses préparatifs de départ: un premier voyage, songez donc! Quand sa maman lui annonça cette heureuse nouvelle, elle dansa de joie et courut à travers les chambres, le jardin et la basse-cour pour en faire part à tout le monde, très étonnée que, depuis le vieux Jean jusqu’à la mère Mathieu, une vieille mendiante à qui Rose portait régulièrement son aumône, chacun lui dise:

«Amusez-vous bien, mademoiselle Rose, mais qu’est-ce que nous allons faire sans vous? La maison va être vide.»

Comment une toute petite Rose pouvait-elle tenir tant de place dans une grande maison?

Elle eût voulu partir sur-le-champ, mais il n’y avait point de train à la disposition des petites filles impatientes et force lui était d’attendre.

Pour l’occuper, Gertrude lui dit de l’aider à faire la malle. Il y avait bien des allées et venues à droite, à gauche pour apporter à Gertrude agenouillée devant la malle ouverte tous les objets dont une petite fille a besoin pendant quinze jours et Rose, enchantée d’être utile, déclara naïvement, en remettant à sa bonne la dernière paire de bas préparée sur le lit, qu’elle déferait bien volontiers la malle pour avoir le plaisir de la refaire. Gertrude n’était pas de cet avis et Rose, à qui il était défendu de trop rester dans la chambre de maman, parce que, selon Gertrude, un moulin à paroles comme elle était bon pour donner mal à la tête aux gens les moins malades, Rose recommença à s’ennuyer et à dire: «Est-ce que, demain ne sera pas bientôt aujourd’hui.»

Heureusement, il y avait ses enfants à elle qui réclamaient toute son attention. Elle eût voulu les emmener tous. Gertrude s’y opposa formellement.

«Emmenez Virginie ou Angélina, ce sont de jolies poupées qu’on n’a pas honte de mener dans le monde, mais Lily est par trop abîmée, elle n’est vraiment pas à prendre avec des pincettes. A votre place, il y a longtemps que je l’aurais jetée aux ordures.»

Rose poussa un cri d’horreur.

«Je l’aime mieux que toutes les autres.

— Eh bien, gardez-la, votre Lily, si vous y tenez tant, mais au moins ne la montrez à personne. D’ailleurs, en voyage, une seule poupée suffit bien. Pensez donc, si vous en aviez deux dans les bras et que vous en laissiez échapper une, quelle catastrophe. Il est infiniment plus prudent de n’en prendre qu’une et de laisser les autres ici, bien en sûreté.

— Alors, c’est Lily qui doit venir, déclara la petite mère éplorée. Puisqu’elle est malade, ma Lily, elle a besoin d’aller à la mer, c’est elle que je dois emmener si je ne peux en emmener qu’une.

— Elle est bien trop malade pour un aussi long voyage, dit Gertrude. Laissez-la avec Zouzou.

— Il lui fera du mal, Zouzou! Il est si méchant!

— Mais non, mais non. Mettez Zouzou en prison dans l’armoire, en punition de ses fautes passées, et chargez la cuisinière de veiller sur vos enfants; croyez-moi, une seule est bien assez.»

Pour une fois, Rose eut la sagesse de s’en rapporter aux autres. La cuisinière promit que rien n’arriverait aux enfants de Pose, et Virginie tout équipée, son chapeau sur la tête et son manteau sur le dos, attendit beaucoup plus patiemment que sa petite mère l’heure du départ.

Quand il fallut dire adieu à sa maman, Rose eut bonne envie de dire que tous les plaisirs que peut offrir un séjour à la mer chez une bonne tante et un bon oncle ne valent pas une quinzaine de séparation, mais son papa mit un doigt sur ses lèvres.

«Vite! vite, nous allons manquer le train...» et il prit Rose dans ses bras. Une fois en voiture, la fillette, très préoccupée de ces dernières paroles, ne pensa plus qu’à la possibilité de manquer ce train. Quel désappointement s’il leur fallait voir passer devant eux la locomotive, avec un grand panache de fumée blanche, et être obligés de revenir sur leurs pas, et de rentrer à la maison tandis que l’oncle et la tante attendraient en vain les hôtes annoncés!...

Ils entrèrent dans la cour de la gare bien à temps et c’était très amusant de voir décharger et enregistrer les bagages. Rose était rarement montée en wagon et jamais avec tous ces bagages. Quand elle entendit les coups de sifflet et qu’elle vit la locomotive s’avancer en soufflant, grondant, écumant, comme un monstre de fer, elle se serra contre son papa; elle avait un peu peur d’être emportée ainsi loin de lui, et la présence de Gertrude ne la rassurait qu’à demi. Mais des bonbons donnés au dernier moment par un papa prévoyant arrêtèrent une crise de larmes et bientôt, la fatigue aidant, Rose s’endormit pour ne plus ouvrir les yeux qu’à Damville le lendemain matin.

«Où sommes-nous! s’écria-t-elle, toute surprise, et encore mal éveillée.

— Nous allons arriver dans cinq minutes, mademoiselle Rose, réveillez-vous. Votre oncle et votre tante seront certainement sur le quai pour vous attendre. »

Ils y étaient en effet tous les deux, et Rose se trouva bientôt auprès de tante Marie, bavardant comme une petite pie, racontant que ses filles étaient restées dans l’armoire aux joujoux en compagnie de Zouzou, mais que la cuisinière prendrait soin d’eux tous, et que Virginie, qui avait été remarquablement sage pendant son voyage et avait dormi au moins aussi profondément que sa petite maman, ne ferait aucune sottise pendant son séjour chez tante Marie, car elle l’avait bien promis à Rose, tout comme maman avait la promesse de Rose elle-même à cet égard. Il s’agissait de prouver à tout le monde qu’on était des personnes très raisonnables, sachant fort bien se comporter en société.

L’oncle Paul et la tante Marie adoraient Rose. Tante Marie, mariée depuis peu, s’était toujours beaucoup occupée de sa nièce; nombreux avaient été les séjours faits par elle chez Mme Desprez avant son mariage, ainsi que les cadeaux envoyés à Mlle Rose ou aux enfants de Mlle Rose par la bonne tante Marie: c’était presque une seconde maman pour la fillette. Nul ne racontait des histoires aussi bien que tante Marie, nul ne savait faire danser et sauter Rose sur ses genoux comme l’oncle Paul. Nul ne confectionnait des crèmes au chocolat et des galettes de sarrazin comme Yvonne, la cuisinière de tante, à Damville, et Rose était là un vrai petit coq en pâte, ses joues devenant d’heure en heure, semblait-il, plus roses et plus rondes. Elle y prenait peine, car elle dévorait et, si bien qu’elle fît honneur aux repas, elle avait toujours de l’appétit pour les biscuits et les tartines emportées sur la plage pendant les longues stations qu’elle y faisait sous la garde de Gertrude lorsque l’oncle ou la tante n’habitaient pas la grande tente en coutil rayé rose et gris où ils passaient une partie de leur journée.

Quelle joie d’y vivre presque en robinsons! Des robinsons très civilisés et à qui rien ne manquait.

Rose trouvait sur la grève un champ pour son activité infatigable, et, quoiqu’elle fût seule pour s’amuser avec sa poupée Virginie, sans autres enfants de son âge, car Damville était un tout petit pays sans baigneurs et sans Parisiens, Rose n’eut pas une minute d’ennui pendant huit grands jours, et, pendant ces huit jours, on n’eut pas à lui reprocher la moindre désobéissance, la moindre frasque, comme disait l’oncle Paul que l’aventure des «bonbons d’argent» avait beaucoup amusé. N’ayant ni frères ni sœurs et vivant à la campagne, elle avait d’ailleurs l’habitude de s’amuser seule et la mer lui offrait des distractions à l’infini. Gertrude et le bon oncle l’aidaient de leurs conseils et parfois même lui prêtaient leur appui, car que ne fit-elle pas sur la plage avec sa pelle et son seau: des châteaux, des forteresses, des maisons, des jardins, des mares remplies à grand’peine avec son petit seau, des dessins avec un bâton ou un râteau, des mosaïques avec des galets et des coquillages! Sans compter les collections de coquillages et d’algues pour sa chère maman, des coquilles roses ou blanches qui lui semblaient des merveilles de beauté et dont le moindre défaut était d’être toutes semblables, et des algues, délicieusement roses, rouges ou vertes quand Rose les ramassait, mais qui, le lendemain, se changeaient, comme dans les contes de fées, en petits tas de filaments noirs et durs, jusqu’au moment où tante Marie enseigna à la fillette le moyen de conserver les belles couleurs des algues en les lavant à l’eau douce avant de les faire sécher.

Pulsuz fraqment bitdi.

3,94 ₼

Janr və etiketlər

Yaş həddi:
0+
Litresdə buraxılış tarixi:
15 yanvar 2025
Həcm:
95 səh. 26 illustrasiyalar
ISBN:
4064066317720
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
Yükləmə formatı: