Kitabı oxu: «La vie et les oeuvres de Jean Lemaire de Belges»
Jean-Auguste Stecher
La vie et les oeuvres de Jean Lemaire de Belges

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066323257
Table des matières
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XIV.
XV.
XVI.
XVII.
XIX.
XX.
XXI.
XXII.
BIBLIOGRAPHIE
A.–MANUSCRITS.
B. ÉDITIONS IMPRIMÉES.
I.
Table des matières
Ce surnom de Belges a paru si étrange que, de nos jours encore, plus d’un s’obstine à écrire des Belges. Pourtant, quand Jean Lemaire signe Belga ou Belgien, il ne veut pas indiquer autre chose que sa naissance à Bavay, en1473. Bavay doit son nom de Belgis à une méprise de naïfs enthousiastes du moyen age:ils avaient fait une ville du Belgium de César.
Belgis (Bagacum Nerviorum), place d’armes, sinon de Boduognat, du moins des Romains, entre la mer, la Meuse et la Seine, était la rivale de Tongres et de Tournai, et comme un second Lyon d’Auguste et d’Agrippa. Une colonne milliaire indiquait le centre de la Belgique ancienne (non encore mutilée par les Français) et le point de départ de sept voies romaines. Lucius de Tongres les attribue à Bavo, cousin de Priam; d’autres, appelant Octavia la ville où Tibère fit une entrée triomphale, attribuent les chaussées soit au grand druide Brune-hald, soit à la reine Brunehault. Bavay-la-Cachie, comme la dénomma Jehan Le Bel, était célèbre par «la pierre aux sept coins», par les boves ou souterrains où l’auteur de Baudouin de Sebourg voyait «œuvre de payennie.» Les paysans y parlent encore des murs de layduct ou aqueducs des Sarrasins... de Rome. Malgré le sac des Vandales et les incendies signalés par les chroniqueurs du XIVe et du XVe siècles, Bavay, l’ancienne capitale des fiers Nerviens, devenus le s fidèles alliés des Romains, pouvait encore montrer ce que Lemaire appelle «des ruines merveilleuses». Dans son enfance sans doute vagabonde, le futur poète humaniste devait s’écrier comme Montaigne à Rome: «ruines d’espouentable machine». Avant les désastres accumulés par les Iconoclastes, puis par Turenne, on pouvait mieux encore que le jésuite Boucher (Belgium romanum) constater opus sane mirabile planeque romanum quod nos aliquoties diutiusque, magna animi voluptate nec minore admiratione consideravimus.
«Si Trêves, dit Schayes (II, 412) peut se vanter de posséder la seule basilique qui existe encore en deçà des Alpes, Bavay, à son tour, présente le seul cirque subsistant de nos jours dans toute l’étendue de l’ancienne Gaule.» Des traces de temples, de palais, d’aqueducs, de bains, d’hypocaustes, de murs en blocaille, de tours rondes, de tombeaux, des médailles, des monnaies, des inscriptions, des pierres gravées, des mosaïques, des vases, des tuiles, expliquent surabondament pourquoi tant de légendes hantaient ce pays. Si peu qu’il y ait vécu, Lemaire en a senti l’obsession, l’hypnotisme.
Ronsard (préface de sa Franciade) nous dit: «Tout homme dès le naistre reçoit en l’ame je ne scay quelles fatales impressions qui le constraignent suivre plustost son destin que sa volonté.» Mais ici destin et volonté se confondent, car tout nous permet d’affirmer que Lemaire, comme il aime à le redire, fut de bonne heure poussé vers les études romaines. Sans doute, c’est à Valenciennes qu’il les fit sous la conduite de Molinet, son oncle et son parrain, mais Valenciennes n’était qu’à trois lieues de Bavay et n’offrait pas moins de suggestions classiques. Avec un esprit tout imaginatif les ruines se relèvent et se repeuplent à miracle. Valenciennes, «bonne et franke ville d’Empire», ne lui rappelle que Valentia et l’empereur Valentinien. Le souvenir de l’indiciaire Chastelain, mort à la Salle-le-Comte en1475, s’harmonisait avec ces préoccupations de grandiose.
Le jeune poète romanise son nom, tantôt Mairius, tantôt Marius, quelquefois Major, à moins qu’il ne signe Eriamel par anagramme. S’il concourt aux ballades du Puy de l’Assomption (N.D. de Valenciennes), il cherche déjà comme le lui reproche Palsgrave, les mots de Renaissance. On dirait que le puy lui rappelle le podium des Césars. Son état d’âme ne se ressent à Valenciennes d’aucun des grands souvenirs du moyen-âge, ni de la chanson des Loherains, ni de Baudouin IX, ni de Henri VII, ni de Beaumont, le parangon de chevalerie, ni d’Artevelde, éloquent dans les deux langues du pays.
Lui, en sait deux aussi, mais c’est le latin et le français. Plus tard, il connaîtra toutes les finesses de l’italien. Bien qu’il reconnaisse que la Belgique est à la fois «Thyoise et Vualonne» (comme il écrit malgré la prononciation française), il ne paraît pas avoir su beaucoup de flamand. Sans doute, son protecteur Maximilien recommandait cette langue, par exemple pour l’éducation de Charles Quint. Lemaire lui-même, en sa Chronique, était obligé de constater que c’était, en Flandre, la langue officielle des serments solennels. Néanmoins, comme on verra, l’influence française fut trop profonde pour n’être pas absorbante et exclusive. Peut-être a-t-on supposé sa connaissance du flamand, en croyant devoir lui appliquer ce que Guichardin (Descrizione de Paësi Bassi, 1567) dit à propos de Bavais Vallone: «La plus part des hennuiers apprennent aussy la langue flamande de leurs voisins.» (trad. du XVIe s.)
II.
Table des matières
A la Salle-le-Comte de Valenciennes, bâtie par Baudouin IV comte de Flandre et de Hainaut, Jean Molinet, alors indiciaire de Bourgogne (vers1485), chanoine et agrégé du Puy de Rhétorique aimait à régenter le plus jeune de ses neveux qui devait être «son loingtain imitateur». L’autre, qui mourut dans la guerre de Gueldre, ne reçut qu’une éducation militaire. Jean, qui avait le feu sacré, s’exerça avec une précocité dangereuse aux plus subtiles inventions rythmiques recommandées par Molinet dans son Petit traictée compillé à l’instruction de ceulx qui veulent apprendre l’art de rhétorique (B.N. fr. 2375).
Le puy de Valenciennes presque aussi ancien que celui d’Arras, chef d’ordre de la Flandre, avait dû populariser les «patrons, exemples, couleurs, figures et tailles de dictiers» comme on les paragonnait déjà dans les traités d’Eustache Deschamps et de Henri de Croy. Rondeaux de toute facture, virelais, fatrasies, baguenaudes, ballades aux rimes les plus insensées, servantois, chants royaux aux épithètes les plus ronflantes, voilà ce que le jeune disciple dut pratiquer pour complaire à son protecteur Molinet «tant la fleur comme la farine, telle quil a seu tourner entre ses meulles.»
Un ami de Molinet, Guillaume Cretin (le Raminagrobis de Rabelais?) atteste cette éducation minutieuse dans ces vers:
Dont Molinet qui tavoue à parent
Acquiert honneur, bruyt et loz apparent
Veu que soubz luy tu as si bien appris
Que ton labeur vault estre mys à prix.
Cet «art de rhetoricque vulgaire ou rigmicque» fut pour le jeune vuallon, comme il aimait à dire, une seconde fatalité, une autre hantise. Il faut lui en tenir compte à la lecture de ses œuvres de jeunesse ou de sénilité. Ne pas oublier, non plus, quand il balbutie sa critique des origines troyennes, que Rabelais, Bonaventure, Desperriers et Sorel lui reprochent avec tant de malice, que l’impressionnable écolier de Valenciennes a dévoré le roman pseudo-historique de Jacques de Guyse, soit dans le manuscrit latin conservé aux Frères Mineurs, soit dans la traduction bourguignonne de Simon Norkart. Il a été comme ensorcelé par ce titre: Illustrations de la Gaule Belgique, antiquitez du pays de Hay nau et de la grand cité de Belges, à present dicte Bavay dont procèdent les chaussées de Brunehault.
Était-il encore à Valenciennes, au retour de Marguerite d’Autriche (13juin1493) lorsque les corps de «stiles et mestiers» reçurent, avec tant de processions, de jeux historiés et de «mistères» la blonde dauphine que la politique française venait de faire répudier? Qu’il y fût ou non, Lemaire avait, dès sa prime enfance, appris à vénérer «la très superillustre princesse, fille unique de Cesarauguste Maximilian.» C’est ce qu’il convient de retenir quand on rencontre en ses écrits tant de locutions apothéotiques. Qui sait, d’ailleurs, si les élans césariens de l’Enéide, son premier livre de chevet, n’ont pas achevé de le griser d’hyperboles?
III.
Table des matières
Dans sa Chronique, Lemaire rappelle que Henri de Berghes, évêque de Cambrai et, chancelier de la Toison d’or, lui donna la simple tonsure. C’était vers1493. L’évêque avait alors Erasme pour secrétaire. Molinet qui, sans doute, avait étudié à Paris, y envoya son disciple, très heureux, plus tard, de célébrer cette alma mater, nourricière des grandes écoles dEurope: «De laquelle jay principallement sucé tout le tant, combien que peu, du lait de littérature qui vivifie mon esprit.» (Illustrat. III).
C’est probablement au bout de deux ans de philosophie qu’il obtint le bonnet de maître-ès-arts. Parmi les artiens, il appartenait à la Nation de Picardie (2e province: Cambrai, Liège, Utrecht, Tournai).
Le livret des Juvenilia (B.N. no4061des Nouv. Acq. franç.) nous le montre à Villefranche en1498. Peut-être était-il dès 1496dans la capitale du Beaujolais, à la suite d’une recommandation de Molinet à Cretin, à Jean Perréal, peintre valet de chambre de Charles VIII on plutôt à Jean Robertet, secrétaire du Roi et du duc de Bourbon et grand admirateur de Chastelain. Lemaire, nommé clerc des finances au service de Pierre II, époux d’Anne de Beaujeu, était par là-même au service du roi de France. On sait l’importance politique de Madame la Grande, comme l’appelait le peuple.Le duc Pierre, frère du prince-évêque de Liège, Louis de Bourbon, était, malgré la polique, un grand zélateur des lettres nouvelles, comme les Robertet qui l’entouraient.Il aimait aussi les artistes qui, à travers la Renaissance subissaient l’influence flamande. Elle leur venait peut-être de la Franche-Comté, par la Saône qui séparait le Beaujolais royal du Beaujolais «en la part de l’Empire.»
Ce beau pays séduisit tout d’abord le jeune poète. Encore en 1509, il écrivait à Marguerite d’Autriche:
«Là, ès marches circonvoisines du Bourgoigne, cest assavoir Lyonnois et Bourbonnois, où ma petitesse s’est premièrement eslevée, jay tousjours trouvé amistié, crédit, faveur, recueil et humanité, autant ou plus que nul autre jeune estrangier.» On dirait qu’il a inspiré à Marot, l’un de ses disciples, ce quatrain enthousiaste:
C’est un grand cas voir le mont Pelion
Ou davoir veu les ruynes de Troye,
Mais qui ne voit la ville de Lyon,
Aucun plaisir à ses yeux il n’octroye.
IV.
Table des matières
A quelques lieues de Villefranche, était Lyon, vraie rivale alors de Paris. C’était un centre plus à portée de l’Italie, nécessaire foyer de la Renaissance. «Si le centre du monde civilisé, dit Elisée Reclus, était resté en Italie, Lyon aurait probablement gardé son rang de ville principale des Gaules.» Les Allemands y avaient fait prospérer l’art de l’imprimerie, les Italiens celui des tissus de soie. Cette ville, un peu cosmopolite, accueillante, hospitalière, prodiguait les fêtes dispendieuses, comme bientôt Anvers allait le faire. Louis XII en vint même à redouter cette prodigalité.
Lyon était pour Lemaire «le second œil de France.» Il y était souvent appelé à la suite de son maître qui y visitait son frère, Charles, le Cardinal de Bourbon ou accompagnait le roi de France quand il préparait une campagne d’Italie. Grâce à Perréal, surnommé Jehan de Paris, l’homme de confiance du roi aussi bien que du consulat, le directeur de toutes les fêtes, l’organisateur de la corporation lyonnaise «des peintres, tailleurs d’imaiges et verriers», il fut facile au jeune belge d’avoir les relations les plus brillantes. On le vit d’abord comme enchanté par les femmes artistes et poètes, si nombreuses dans la patrie de Louise Labé:
Et ie qui fus, en temps de guerre et noise,
Né de Haynnau, païs enclin aux armes,
Vins de bien loing querre amour lyonnoise..
Cette double inspiration de la Rome dAuguste et de la Florence de Pétrarque qui fit aboutir la Renaissance, on la sentait ici plus vivement qu’ailleurs. Une académie de gallicans, d’humanistes, de protecteurs des arts et de poètes enthousiastes de l’Italie, s’était établie à Fourvière qu’on dérivait alors de Forum Veneris, aussi bien que du Forum Vetus de Trajan. Le goût des antiquités s’était réveillé au milieu de ces nobles ruines du palais de Claude. Plus dune merveille d’archéologie qu’on admire aujourd’hui au Musée des Antiques de Lyon vient de ces chercheurs enthousiastes. Le rêveur de Belgis fut accueilli à bras ouverts par Humbert de Villeneuve, les frères Hugues et Humbert Fournier, Symphorien Champier le vaniteux parent de Bayard, Claude Paterin, vice-chancelier de Milan, Benoît Court (Curtius) le grave commentateur des Arresta amorum, et tant d’autres originaux qui mêlaient les choses les plus hétéroclites, comme il arrive aux époques de fougueuse effervescence. Un autre belge faisait alors beaucoup parler de lui, le savant Badius (Van Assche) qui, dit Colonia (II, 588) tout en dirigeant les belles éditions classiques de Jean Trechsel, son beau-père, «mit dans le goût des humanitéz la jeune noblesse de cette ville. Il lui expliquait publiquement les anciens autheurs sur lesquels il composa de sçavans commentaires in-folio qui sont aujourd’hui fort recherchés. Ceux qu’il imprima sur Cicéron, sur Virgile, Horace. Salluste, Valère-Maxime, Juvénal, Aulu-Gelle et Lucain, sont un des ornemens de nos bibliothèques. Il éclaircit même par des notes les ouvrages de quelques modernes: tels que Laurent Valla, Politien et Jean-Baptiste Mantouan.» Ce dernier, dont le vrai nom était Battista Spagnuoli, était alors admiré comme un nouveau Virgile, et l’on voit par le Livret de1498combien Lemaire partageait cette admiration pour les nouvelles Bucoliques. On voit aussi par ses écrits qu’il profita de toutes les publications de son compatriote brabançon, l’ennemi du gothique encore ailleurs que dans les réformes de la typographie..
V.
Table des matières
Par tout ce qu’on vient de rappeler, il est facile de pressentir que le jeune clere de finances n’eut garde de se laisser absorber par les soucis de la comptabilité. A Villefranche comme à Lyon, il s’enivrait de plus en plus des promesses de la Renaissance. Dès1500, il y est formellement enrôlé, car il songe à construire un poème en prose, un peu comme Tite-Live émule de l’auteur de lEnéide, pour démontrer «avec la dignité de l’histoire «que tout vient de Troie par Rome. Il est temps de refondre les légendes du moyen âge. «Au moyen desdits escripts imparfaits et mal corrigez, s’est ensuivy, que toutes peintures et tapisseries modernes de quelque riche et coustengeuse estoffe quelles puissent estre, si elles sont faictes après le patron desdites corrompues histoires, perdent beaucoup de leur estime et reputation entre gens sçavans et entenduz. Laquelle chose doit trop desplaire a tous cœurs rempliz de generosité: attendu que la glorieuse resplendissance presques de tous les Princes qui dominent auiourd’huy sur les nations occidentalles, consiste en la rememoration véritable des haults gestes Troyens. «Ne croirait-on pas entendre le flamand Maerlant préludant, lui aussi, à sa critique naïve?
Le coup de clairon est donné; Mercure, le dieu des ingénieux trouveurs, déclare à Marguerite dAutriche: «en ce temps heureux, que toutes sciences sont plus esclarcies que iamais, ie stimulay et enhardis l’entendement de Iean le Maire de Belges, environ l’an XXVII. de son aage qui fut l’an de grace Mil cinq cens, à ce quil osast entreprendre ce labeur: et luy ay administré toutes choses à ce servans et conuenables par lespace de neuf ans.»
«Ce n’est pas son coup d’essay, dit l’abbé Sallier (Mém. de l’Acad. des Inscriptions. B.L. t. 13, p.595), mais le premier objet qu’il poursuit.» En vérité, on pourrait ajouter que c’est au fond l’objectif de toute sa vie. Est-ce qu’il n’entendait pas sans cesse son ami Champier parler «d’Austrasie ou France orientale?»
Si Lemaire se croit historien et critique, il se sont bien plus encore littérateur et styliste. Son opus majus ne prépare pas seulement la Franciade de Ronsard mais, comme le reconnait Dubellay, toutes les tentatives de la Pléiade. Il prétend donc «esclarcir en ce langage françois que les Italiens par leur mesprisance accoustumée appellent Barbare (mais non est) la tresvenerable antiquité du sang de nosdits Prince de Gaule tant Belgique comme Celtique.» En sorte que Les Illustrations ont en outre pour objet une œuvre pacifique et par là-même très humaniste: l’union des peuples issus de Troie. Le Belgien, venu d’un pays où Germains et Gaulois ont été associés depuis des siècles et des siècles. triomphe déjà dans ses rêves idylliques, en dépit de la sournoise diplomatie qui l’enveloppe. Il n’est pas seul d’ailleurs, à cette aube de la Renaissance, à mêler la poésie à la politique. Louis XII et Maximilien, au milieu des calculs les plus mesquins et des roueries les plus stupéfiantes, parlent d’une façon convaincue des origines troyennes et des fraternités chrétiennes. Pas un contrat à cette époque, dit Leglay, (Négociations diplomatiques, Préface) où l’on ne semble vouloir la paix uniquement pour faire la guerre européenne aux barbares de la Turquie.
Dès ses premiers efforts de plume Lemaire est en harmonie avec les idées dirigeantes du temps. Prêche-t-il la paix au milieu de la guerre et l’union en croisade des rivaux les plus acharnés, ce n’est rien de plus que ce que Marguerite d’Autriche écrit à son père: «Quant à faire la guerre contre les Turcs et Infidèles, dont èsdits articles est faict mencion, semble aussy, Monseigneur, que dès maintenant il se peult bien conclure, pour l’executer quant les princes chrestiens auront paix.» Il ne faut pas que cette balbutie d’une langue en transformation nous trompe: si les tournures paraissent enfantines, si l’enveloppe mythologique nous fait rire, le tout recouvre un fond très sérieux et très actuel.
Malheureusement l’homme ne valait pas l’artiste. La fermeté du caractère, le souci de l’ordre, la prudence la plus élémentaire même faisait défaut. Enfin, après bien des hésitations, le goût de l’étude l’emporta, et pour y être plus libre il quitta le service de Villefranche et se fit précepteur des deux enfants du seigneur de Saint-Julien au château de Balleure, non loin de Mâcon (Vers1501?). Claude, l’un de ces élèves, parla plus tard avec attendrissement des beaux livres que «son bon précepteur, maistre Jean»lui avait fait rassembler. Plus tard encore le fils de ce Claude, Pierre de St-Julien, Doyen de Chalon-sur-Saône et auteur de l’antiquité et origine des Bourgongnons, dit que Lemaire «homme de grande lecture et de très diligent labeur, avait laissé au château paternel plus d’un vieux roman.»On entrevoit la vie un peu incohérente d’un poète qui eût pu dire comme Marot:
Sur le printemps de ma jeunesse folle
Je ressemblois l’arondelle qui volle,
Puis ça, puis là.
Pulsuz fraqment bitdi.