Kitabı oxu: «Le temple des muses»
Jean Capart
Le temple des muses

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305048
Table des matières
LES MUSÉES SOUS LA DIRECTION D’EUGÈNE VAN OVERLOOP ()
LE DÉVELOPPEMENT DES MUSÉES
I
II
III
IV
V
VI
APERÇU HISTORIQUE SUR LES MUSÉES
LES MUSÉES EN 1930
L’INAUGURATION DE LA GALERIE ALBERT-ÉLISABETH, DÉCEMBRE 1930
LE RÔLE SOCIAL DES MUSÉES
UN ESSAI DE COMMUNISME
APPELS AU PUBLIC ()
LA RÉORGANISATION DES MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE ()
APPENDICES
La Conquête des Dix Mille .
L’utilité des Musées Royaux d’Art et d’Histoire () .
BIBLIOGRAPHIE
BUT ET ACTIVITÉ DU SERVICE ÉDUCATIF DES MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE

LES MUSÉES SOUS LA DIRECTION D’EUGÈNE VAN OVERLOOP ()
Table des matières
MES premières paroles seront un chaleureux merci à toutes les personnes dont les généreuses contributions nous permettent de commémorer, dans ce musée, la mémoire d’Eugène van Overloop.
Les visiteurs de notre admirable section d’Industries d’Art pourraient difficilement se faire une idée de l’état chaotique des Musées Royaux du Cinquantenaire, au moment où le Ministre De Bruyn en confiait la direction à l’homme dont j’ai le privilège de rappeler aujourd’hui les mérites. La transformation s’est faite lentement, presqu’en cachette, et seuls ceux qui en ont suivi attentivement les étapes sont à même de mesurer avec exactitude tout le chemin parcouru.
J’ai recueilli des lèvres du prédécesseur de van Overloop une anecdote bien caractéristique: le jour où le Ministre appelait le baron de Hauleville à la direction des Musées Royaux du Cinquantenaire, il répondait aux remerciements que lui adressait le nouveau Conservateur en Chef, par ces mots qui étaient un programme: «Maintenant que je vous ai fait une situation, j’espère que vous ne me demanderez plus rien.» C’est ce qui explique qu’au moment où van Overloop entrait en fonctions en 1898, au lendemain de l’exposition de 1897, dont il avait organisé, avec un succès retentissant, la section des Sciences, il avait tout à demander, tout à obtenir.
Qui pourra jamais dire, par quel miracle d’habileté patiente et de sage diplomatie, il réussit à transformer l’état des esprits dans les milieux officiels, au point de pouvoir franchir nettement les premières étapes qui devaient être les plus difficiles?
Pour conserver des antiquités, pièces rares ou curieuses, dignes d’éveiller, à l’occasion, l’attention des badauds, il semblait alors qu’un seul homme pût suffire à la tâche, quitte à lui supposer une égale compétence en archéologie préhistorique, en art classique, autant qu’en histoire de l’art de la Renaissance et des temps modernes. Van Overloop, qui considéra, dès le début, le musée comme un centre de recherches et de documentation scientifiques, se consacra, sans tarder, à la constitution d’un cadre de personnel technique. Il dut et sut, à merveille, pratiquer la politique du possible, acceptant de partager entre plusieurs conservateurs et attachés les sommes dérisoires que le budget mettait à sa disposition. Dès qu’il avait réussi à attacher à sa maison un nouveau collaborateur, il lui montrait si clairement l’idéal à réaliser, qu’il n’eut presque jamais de défection parmi ceux auxquels il avait confié l’un ou l’autre département.
EUGÈNE VAN OVERLOOP
Conservateur en Chef de 1898 à 1925.

En ce qui me concerne, j’ai connu la section préhistorique limitée à quelques vitrines, occupant approximativement quarante mètres carrés. A l’heure actuelle, notre collection de la Belgique Ancienne fait l’admiration de tous les connaisseurs. Ses richesses ont été patiemment réunies par les soins du baron de Loë qui trouva dans la générosité du comte Cavens, d’une part, et dans le Service des Fouilles, d’autre part, les ressources indispensables à la réalisation d’une œuvre que van Overloop suivit pas à pas, avec une sympathie aussi active que compétente.
Rappelons ses publications sur la préhistoire, auxquelles se rattache son important mémoire sur l’hydrographie de l’Escaut et ses études philosophiques sur l’origine de l’art.
Le département des Antiquités Classiques s’est transformé de collection d’amateur en un véritable musée, grâce aux efforts conjugués de Franz Cumont et de Jean De Mot, auxquels le Conservateur en Chef s’ingéniait à procurer les ressources indispensables. Je me bornerai à citer l’achat mémorable de la collection Mystho et des pièces capitales de la collection Somzée.
Nos Industries d’Art possédaient, grâce à la libéralité de Mme Montefiore, quelques belles dentelles. Le Conservateur en Chef, soucieux de donner à nos collections nationales un département de la dentelle, tourna vers ce but, pendant plusieurs années, la plus grande partie de ses études et nous pouvons saisir, tout particulièrement dans ce cas, quelle était sa manière de procéder. D’abord l’outillage technique: M. Montefiore lui assura les ressources nécessaires pour constituer une bibliothèque spéciale plus riche sans doute que toute autre; van Overloop en a publié le catalogue raisonné. Ensuite, il fallait trouver, au dehors, des sympathies agissantes: Mme Kéfer-Mali, Mme Paulis, M. Georges Moens, le Comité des Amies de la Dentelle s’employèrent à découvrir, acheter, mettre en valeur des pièces de choix. Le mouvement une fois créé, les dons affluèrent; on nous confia en dépôt des pièces importantes. Et van Overloop se trouva bientôt en mesure de publier, sur les dentelles de nos musées et sur les pièces belges de grandes collections étrangères, des travaux qui font autorité dans le monde entier. Un ouvrage de premier ordre, publié par un spécialiste d’Allemagne, lui était venu, il y a quelques années, avec la dédicace: «Au meilleur connaisseur en dentelles anciennes.»
Rappelons également l’acquisition de la célèbre collection Michotte qui nous dotait d’emblée d’un riche département d’art d’Extrême-Orient, de la visite duquel le public reste, hélas! privé, par manque de locaux.
A ce point de vue, Eugène van Overloop en suivant les directives de notre grand roi Léopold II, sut également faire franchir à nos musées l’étape décisive.
C’est en 1889 qu’Auguste Beernaert décida le transfert, de la Porte de Hal au Cinquantenaire, de nos séries d’antiquités qui furent placées temporairement dans les halls d’exposition à l’aile droite de ce palais.
Lorsque van Overloop en assuma la direction, on discutait, depuis longtemps, l’installation définitive dans des bâtiments appropriés, à l’aile sud, qui, d’après les vues exprimées formellement par Léopold II, devait être réservée aux Musées Royaux du Cinquantenaire. Le temps pressait: de riches collectionneurs, Vermeersch et Evenepoel, qui avaient exprimé d’abord leur intention de léguer au pays leurs trésors, hésitaient devant le retard apporté à la construction du palais destiné à les abriter. Enfin, les Chambres accordèrent les premiers millions nécessaires; Vermeersch et Evenepoel, faisant crédit au Conservateur en Chef qui était devenu leur ami, lui confiaient leurs séries qui actuellement font l’admiration des plus riches musées étrangers.
Un trait permet de montrer combien van Overloop savait conquérir la sympathie de ceux qui entraient en rapports avec lui. Lorsque Hélène Godtschalck léguait à l’État Belge sa fortune pour instituer un hospice pour les vieux marins, et ses collections pour nos musées, c’est le Conservateur en Chef des Musées qu’elle avait désigné en qualité d’exécuteur testamentaire.
Un personnel technique, des collections, des locaux, tout cela ne suffisait pas encore à faire un musée complet. Il fallait créer ces organes de vie active que constituent les services généraux. Ici, de nouveau, l’évolution se fit sagement, en profitant de toutes les circonstances qui s’offraient, en utilisant les maigres économies qu’il y avait moyen de faire sur des budgets manifestement trop étroits. Il y a trente ans, nos musées possédaient quelques livres, assemblés par hasard dans quelques vitrines fermées, dans une salle sombre que l’on décorait pompeusement du nom de bibliothèque. Aujourd’hui nous avons plus de 50.000 volumes que le public peut consulter librement dans des salles gaies et spacieuses.
Notre service des moulages, dont la vie était restreinte par les conditions d’un monopole étroit concédé à un particulier, a conquis sa liberté et a pris un nouvel essor, depuis l’armistice, grâce à la gestion personnelle du Conservateur en Chef.
Notre service photographique a réuni des collections d’une importance exceptionnelle pour l’inventaire de nos trésors d’art. Quelques mois après la mort de van Overloop, le Gouvernement consentit à donner une suite favorable à une proposition qui lui avait tenu particulièrement au cœur: l’acquisition des 10,000 clichés, exécutés par les Allemands pendant l’occupation de la Belgique, et qui forment un répertoire absolument sans rival.
Obligé à la retraite à l’âge de soixante-dix-huit ans, à un moment où il donnait encore à son musée une activité que bien des jeunes lui eussent enviée, il consacra les derniers mois de sa vie à mettre au point l’organisation du service de documentation artistique. Cet organisme, peu connu encore des travailleurs, promet d’occuper une place importante dans le cadre de nos musées. Le Comité du Mémorial van Overloop a voulu que cette dernière création pût trouver, dans la générosité des souscripteurs, des ressources destinées à lui donner un nouvel essor. Nous pouvons compter, à l’heure présente, sur un capital de plus de trente mille francs.
Ainsi, le souvenir de van Overloop sera doublement fixé à cette maison, où il a donné le meilleur de son intelligence et de son cœur, pendant plus d’un quart de siècle. Le monument que nous devons à MM. Jules Berchmans et Henry Lacoste est incorporé pour toujours dans les pierres mêmes de l’édifice, où nos collections sont définitivement fixées. Le développement du service de documentation aura comme résultat d’unir en même temps le nom de notre ancien Conservateur en Chef à l’une des créations auxquelles il accordait le plus grand prix.
Nous pouvons être assurés que dans cette maison ne s’effacera pas, de longtemps, le souvenir de cet homme de bien, consciencieusement appliqué à sa tâche, ignorant les jours de repos comme les périodes de vacances, désireux de ne rien négliger, même les détails les plus infimes dont il aurait pu cependant remettre le soin à d’autres, préoccupé pardessus tout de dissimuler son action féconde lorsque des résultats brillants étaient acquis. A l’entendre, il ne savait rien sur aucune chose. Et cependant, lorsqu’on lui demandait conseil sur les problèmes techniques les plus divers, on sortait de son cabinet plus riche des remarques précieuses et des observations judicieuses qu’il avait présentées.
Seuls, ceux qui ont travaillé à ses côtés savent combien d’infortunés et de malheureux ont trouvé chez lui, non seulement un secours matériel, mais des raisons nouvelles de croire et d’espérer en un avenir meilleur.
La place même où se trouve gravé le monument van Overloop a pour nous la valeur d’un symbole. La guerre, en venant empêcher le développement progressif de nos constructions, ne permit pas à notre regretté Conservateur en Chef de voir ses plans réalisés. C’est à ce mur que son effort s’est arrêté. C’est au delà que doivent s’élever, dans un avenir prochain, les nouvelles galeries où nous pourrons enfin mettre en valeur toutes les riches collections rassemblées sous son impulsion.
Certes, lorsqu’il fut nommé Conservateur en Chef, van Overloop recueillait un précieux héritage, dont nous devons faire honneur à ses devanciers. Mais c’était un capital mort, comparable au trésor d’un avare. Van Overloop a su l’accroître, le faire vivre. Avant tout autre, il a doté nos musées de cours d’archéologie, il a largement ouvert nos salles aux conférences d’extension universitaire, il a organisé continuellement des expositions temporaires, dont le souvenir est conservé dans les quatorze volumes du Bulletin des Musées Royaux. Dans les dernières années de sa vie, il a encouragé de toutes manières la création et le développement de notre Service Éducatif.
Puis-je me permettre, en terminant, une comparaison? De ce trésor d’avare, van Overloop a fait l’apport de fondation d’un vaste établissement. L’or enterré sous les dalles a été remplacé par un superbe bâtiment, conçu comme la première partie d’un ensemble grandiose. La clientèle grandit tous les jours, et d’année en année, nous pouvons distribuer des dividendes intellectuels plus importants. Nous sommes en route pour faire une brillante fortune. Mais, quels que soient les résultats que l’avenir nous réserve, nous les devrons à l’homme clairvoyant, prudent ou audacieux suivant les circonstances, qui avait vu, dès la première heure, la véritable destination du trésor qui lui était échu et que personne, avant lui, n’avait su mettre en valeur au bénéfice du plus grand nombre.
LE DÉVELOPPEMENT DES MUSÉES
Table des matières
La situation en 1926 et les projets d’avenir ().
I
Table des matières
ALLO! ALLO! Ici les Musées Royaux du Cinquantenaire. Mais non, ne déposez pas votre casque, je n’ai pas l’intention de vous parler aujourd’hui de questions très savantes et que vous jugeriez d’avance ennuyeuses...
J’ai à vous annoncer une heureuse nouvelle: je veux que vous sachiez que vous avez fait un très riche héritage... Ne vous est-il jamais arrivé de devenir rêveur, après avoir lu dans un journal qu’un richissime américain venait de mourir, laissant, à ses héritiers, des collections d’antiquités et d’objets d’art, représentant une valeur de plusieurs centaines de millions? Eh bien, vous ne vous en doutez certainement pas, mais vous aussi, vous êtes les héritiers d’une pareille collection: vous êtes, dans toute l’acception du terme, les propriétaires d’un merveilleux trésor, de nature à faire pâlir d’envie les plus riches collectionneurs, fussent-ils des milliardaires américains. Ce trésor est constitué par les belles collections de nos Musées Royaux du Cinquantenaire.
Mais, chose étrange, les légitimes propriétaires du trésor semblent ignorer son existence même, ou s’ils en ont vaguement entendu parler, ont négligé d’aller en prendre possession.
J’ai connu, en Haute-Egypte, un merveilleux jardin tout rempli de fleurs et embaumé des parfums les plus suaves. Des jardiniers diligents l’entretiennent depuis des années dans un ordre parfait, bien que le maître ne vienne jamais occuper la petite maison charmante qui se trouve au centre de ce paradis. On se borne à le montrer aux touristes et à le leur faire admirer. Ceux-ci partent souvent avec un sentiment d’envie à l’égard du propriétaire, qu’une peine de cœur a banni depuis longtemps de ce jardin de rêve. Moi-même, en le visitant, je n’ai pu m’empêcher de penser à notre beau Musée du Cinquantenaire, délaissé par ses vrais propriétaires et que parcourent surtout les étrangers qui, après une trop brève visite, ne peuvent manquer de s’étonner de ce que les Belges possèdent un semblable trésor archéologique et artistique.
Je n’ai pas l’intention de vous raconter, dans tous ses détails, l’histoire de nos musées. Il n’est pas inutile, cependant, que vous sachiez que leur fondation remonte à 1835. Depuis bientôt un siècle donc, l’État dans une certaine mesure, mais plus largement encore, des Belges à idées généreuses ont rassemblé à l’intention du public des collections de prix. Je vous citerai — une autre fois — les noms de quelques-uns de ces collectionneurs de grande race qui, après avoir consacré toute leur vie et la majeure partie de leur fortune, à réunir autour d’eux des objets rares et précieux, n’ont pas voulu qu’à leur mort leurs collections fussent dispersées, mais ont préféré les donner, sans réserve, à la collectivité, persuadés qu’elles constitueraient pour celle-ci une source féconde de jouissances supérieures et d’éducation.
N’est-il pas regrettable alors de constater que ceux que j’appelle des «héritiers» ne retirent aucun fruit de telles libéralités, par indifférence, ou simplement par ignorance? Je tiens à vous citer deux exemples récents: je passais, en tramway, le long du nouveau bâtiment de l’avenue des Nerviens et je me risquai à demander au receveur qui se trouvait à côté de moi sur la plate-forme, s’il avait déjà visité ce beau musée. Il me répondit d’un ton bourru: «Des musées, encore une invention pour donner des places bien payées à des fainéants.» Naturellement, cet homme ne se doutait pas que les soi-disant fainéants étaient les jardiniers diligents du beau domaine dont il était le propriétaire.
Un autre jour, je surprends la conversation de deux messieurs qui regardent vers le musée: «Tiens, qu’y a-t-il donc dans ce bâtiment? — Probablement les bureaux d’une administration.» Je voudrais que le hasard permît que les trois personnes auxquelles je fais allusion soient parmi mes auditeurs et que j’aie ainsi la bonne fortune de leur faire découvrir leurs richesses, dont elles ne se doutaient guère.
Mais nos musées ne doivent pas être considérés comme un précieux héritage seulement parce que leurs collections nous ont été léguées, en grande partie, par des citoyens généreux, mais encore et peut-être davantage, parce que l’on y trouve réunies ce qu’on pourrait appeler les lettres de noblesse de la famille belge.
J’aurai à revenir sur ce point, mais dès maintenant, il est bon de dire que c’est dans nos salles que l’on peut trouver la trace des efforts réalisés par nos lointains ancêtres, pour s’élever de la barbarie jusqu’à la civilisation, depuis l’âge des cavernes jusqu’à l’établissement de la royauté franque; c’est chez nous qu’on peut voir comment notre pays, sous l’influence de Rome, a réussi à s’assimiler la culture latine qui a déterminé le cours ultérieur du développement de sa civilisation.
PARC DU CINQUANTENAIRE.
ARCADE MONUMENTALE.

Au mur de nos salles, dans les vitrines de la section des Anciennes Industries d’Art, sont rassemblés les chefs-d’œuvre de nos bons artisans qui, si l’on veut, n’exerçaient que leur métier, mais cependant produisaient en masse des œuvres d’art: nos orfèvres, nos huchiers, nos ouvriers haute-lisseurs, nos ébénistes, nos potiers, dont la postérité oublieuse n’a pas souvent gardé les noms, nous ont enrichis de pièces de choix. Nous ne pourrions pas admettre que, seuls, les grands musées étrangers proclament, par leurs collections, l’éclat et la splendeur des anciennes industries d’art belge et que nous, les descendants de ces artistes bruxellois, anversois, liégeois, montois, dinantais, tournaisiens, wallons ou flamands, nous nous contentions de croire sur parole les manuels d’histoire qui enregistrent leur gloire. Notre devoir est de grouper, le plus possible, ces pièces de l’héritage que les guerres et les révolutions avaient dispersées à tous les coins du monde.
Lorsque la révolution de 1830 nous a rendu notre indépendance, notre pays, patrie de tant d’artistes, avait été dépossédé de leurs œuvres. A cette époque, nos grands voisins qui n’avaient pas accepté, sans hésitation, le rôle de parrains de la Nouvelle Belgique, ont oublié d’apporter, comme cadeau de baptême, quelques-uns des chefs-d’œuvre de notre passé, que nous sommes obligés d’aller admirer hors de nos frontières, dans tous les grands musées de l’Europe.
Et malgré cela, petit à petit, une pièce après l’autre est entrée dans nos collections, qui, à l’heure présente, font l’émerveillement de toutes les personnes compétentes qui viennent, parfois de loin, pour les admirer.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
LE JARDIN DU CLOITRE.

MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
LE CLOITRE.

Un jour, dans notre salle d’honneur, le directeur d’un grand musée étranger, arrêté devant nos pièces d’orfèvrerie mosane, me disait:
«Quand un musée possède une pièce semblable il en est fier; et vous en avez des vitrines entières!»
Les Américains qui se lamentent souvent de n’avoir pas de passé, font, depuis bientôt cinquante ans, des dépenses considérables pour assurer à leurs musées des collections d’antiquités et d’objets d’art. Nous nous plaignons parfois qu’ils emportent d’Europe, à coups de dollars, de précieux joyaux de notre patrimoine artistique. Ceux qui ont visité les musées américains et qui connaissent la manière dont on les fait servir à l’éducation générale, sont plutôt disposés à admirer la ténacité que mettent nos amis d’outre-Atlantique à réaliser pleinement ce qu’ils ont reconnu comme utile pour le développement intellectuel et artistique général.
Au lieu de les blâmer, nous ferions mieux de nous demander si, toutes proportions gardées, nous avons fait, dans les années de prospérité, le maximum possible en vue d’équiper nos musées du matériel scientifique et artistique indispensable pour qu’ils puissent remplir complètement leur mission.
En commençant, je m’étonnais du trop petit nombre de visiteurs du musée. On peut estimer que 5 p. c. seulement des habitants du grand-Bruxelles font une visite par an à leurs belles collections. Si je prenais, comme point de comparaison, une dizaine de villes américaines, dont la population est, soit inférieure, soit supérieure à la nôtre, nous constaterions que les Américains, que nous considérons comme beaucoup plus utilitaires que nous, visitent leurs musées dans une proportion quatorze fois plus grande qu’à Bruxelles. C’est ce qui me permet de dire qu’il manque au Cinquantenaire six cent cinquante mille visiteurs par an.
Je suis persuadé que, grâce à la radiophonie, le nombre des personnes qui viendront au Musée du Cinquantenaire, ne peut manquer d’augmenter dans des proportions notables; mais néanmoins, je ne me fais pas d’illusion: il se passera encore longtemps avant que nous ayons, en moyenne, plus de deux mille visiteurs par jour en semaine, et plus de cinq mille le dimanche.
Nous n’avons connu une telle affluence dans nos salles qu’à l’occasion de la Foire Commerciale et encore... beaucoup de visiteurs entraient chez nous par erreur et quelques-uns, assez nombreux même, faisaient rapidement demi-tour, quand ils s’apercevaient que ce n’était que le musée.
Néanmoins, à la suite de l’organisation, au Cinquantenaire, de la Foire Commerciale, nous avons pu constater que le nombre de visiteurs s’est accru légèrement et d’une manière permanente, car plusieurs Bruxellois, qui avaient ainsi découvert fortuitement le musée, y sont revenus dans la suite.
J’entends bien les objections que l’on fait, toutes les mauvaises raisons que l’on voudrait déclarer bonnes et qu’on invoque pour expliquer qu’on ne visite jamais nos collections.
Le Cinquantenaire est trop loin! Cela empêche-t-il nos concitoyens d’aller à la Foire Commerciale, ou au Concours Hippique ou au Salon de l’Automobile? Ne visite-t-on pas le Musée de Tervueren, la Tour Japonaise?
Je ne crois pas qu’il y ait à Bruxelles beaucoup de points qui soient mieux desservis en tramways que la porte de Tervueren, située à 500 mètres de notre entrée de l’avenue des Nerviens, à laquelle on accède en longeant la grille du parc, sur un trottoir bien pavé.
Mais il faut payer pour visiter le Musée! Hélas oui, et ce n’est que le dimanche, à partir de 13 h. 30, que l’entrée est gratuite. Le droit d’entrée, suivant les jours et les heures, est fixé à 50 centimes, 1 franc ou 2 francs. Mais je serais tenté de dire, sans ironie: «Qu’est-ce donc que 2 francs à présent?» Il existe une vieille plaisanterie bruxelloise au sujet de six cens et d’un verre de bière...; d’après les nouvelles qu’apportent les journaux ces jours-ci, il deviendra bientôt plus coûteux de boire un verre de bière que de visiter les musées. Je dirai encore: Est-ce qu’une question de prix empêcherait le public d’aller aux courses de chevaux, au théâtre, aux arènes de sports, ou tout simplement au cinéma? (Actuellement, l’entrée des musées est gratuite.)
Si vous pouviez me répondre, il est probable que vous diriez, à peu près tous en même temps, que ma comparaison est sans valeur et que si vous éprouvez du plaisir à payer, très cher même, votre entrée à ces spectacles, rien ne vous attire vers le musée dont l’enfilade de salles est ennuyeuse à visiter, et que d’ailleurs, peu de ces collections vous intéressent.
MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE.
LA CHAPELLE.

Je vous ai dit, tantôt, la raison de principe pour laquelle elles devaient vous intéresser: c’est qu’elles vous appartiennent et qu’elles constituent un héritage précieux. Mais il y a, à côté de ces raisons, que l’on pourrait appeler philosophiques sinon un peu tirées par les cheveux, d’autres raisons que je voudrais vous dire une prochaine fois et dont la principale est que, puisque vous êtes des êtres intelligents, il est impossible qu’il n’y ait pas, dans nos collections, des choses qui présenteraient, si vous les connaissiez, de l’intérêt pour chacun de vous.
En attendant, ne puis-je vous demander quelque chose?
Vous qui m’écoutez et qui n’avez jamais visité nos Musées du Cinquantenaire, ou qui n’y êtes pas venus dans ces trois dernières années, au cours desquelles ils se sont complètement transformés, ne voulez-vous pas m’écrire une simple carte postale (adresse: M. Capart, Musées Royaux du Cinquantenaire), pour me dire, le plus brièvement du monde, la raison pour laquelle vous n’avez pas visité le musée. Je vous répondrai par l’envoi d’une jolie carte illustrée, montrant un aspect de nos collections, et je résumerai les résultats de cette petite enquête au début de ma prochaine causerie.