Kitabı oxu: «Les Porcelaines de Sèvres de Mme du Barry»
Jean-Charles Davillier
Les Porcelaines de Sèvres de Mme du Barry

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333690
Table des matières
CAISSES A FLEURS, POTS-POURRIS, SEAUX, CORBEILLES, ETC.
DÉJEUNERS, CABARETS, ÉCUELLES, ETC.
TASSES, ETC.
ASSIETTES.
OBJETS DIVERS.
BISCUITS.
MEUBLES ORNÉS DE PORCELAINES DE SÈVRES.
PORCELAINES ORNÉES D’ÉMAUX.
FLEURS DE PORCELAINE.
SERVICES, ETC., OFFERTS EN PRÉSENT.
SERVICE DU PRINCE DE ROHAN
LIVRÉ A MONSEIGNEUR LE PRINCE LOUIS DE ROHAN
MANUFACTURE DE SÈVES
LIVRÉ A M me LA COMTESSE DU BARRY PAR LA MANUFACTURE DES PORCELAINES DU ROY
LIVRÉ A M me LA COMTESSE DU BARRY
ANNÉE 1772.
ANNÉE 1774.
BUSTE DE MADAME DU BARRY

LA porcelaine de Sèvres est sans contredit la plus belle qui existe, comme elle est aussi la plus chère et la plus recherchée des amateurs. Sa réputation date de loin: dès le milieu du siècle dernier elle était déjà répandue dans toute l’Europe. On sait combien Mme de Pompadour prenait d’intérêt aux progrès de la fabrique naissante, qui devint bientôt, grâce à son influence, la Manufacture royale. C’est pendant son règne que fut employé pour la première fois ce beau rose auquel on a donné son nom. Il faut placer entre les années 1757 et 1762 la plus belle époque de la fabrication de ces pièces en rose; un assez grand nombre ne portent pas de date. Parmi les vases de ce genre les plus remarquables, on peut citer le vaisseau à mât et le vase à têtes d’éléphant, dit vase Duplessis. La forme de ce dernier est d’une élégance remarquable.
La célèbre marquise fit plus d’une fois servir aux intérêts de sa politique les élégants produits de Sèvres, qu’elle donnait en présent à des personnes qu’elle voulait gagner. En outre, elle faisait pour son usage des achats considérables. Dans un état de ses biens, dressé de sa main, les porcelaines figuraient pour 150,000 livres, somme considérable pour le temps, et qui représente à peu près un demi-million d’aujourd’hui.
Mme Du Barry montra un goût tout aussi vif pour les porcelaines de Sèvres, comme en font foi les mémoires qu’on trouvera plus loin. Ces mémoires ne mentionnent, du reste, qu’une partie de celles que possédait la favorite: au temps de sa faveur, et même après la mort de Louis XV, de nombreux cadeaux de ce genre vinrent embellir son délicieux pavillon de Luciennes. Dans le salon, on voyait sur la cheminée une magnifique pendule à colonnes, ornée de figures de porcelaine; au milieu, une superbe table ornée de porcelaines de France : le dessus, qui était le morceau principal, représentait un tableau en miniature d’après Leprince; une belle commode, richement garnie de bronzes dorés au mat, était ornée de cinq panneaux de Sèvres. On voyait dans la chambre à coucher une autre commode plus belle encore, ornée de tableaux de porcelaine d’après Watteau et Vanloo, — sans doute celle dont le roi avait fait présent à la favorite, et qu’on disait avoir coûté 80,000 livres. Plus loin, c’était un secrétaire en armoire orné de porcelaines de Sèvres fond vert, à fleurs, et dont les bronzes étaient merveilleusement finis. Sur des meubles ciselés par Gouthière, on voyait deux cuvettes à mettre des fleurs, fond vert, à miniatures représentant des marines, et trois autres, fond gros-bleu caillouté d’or, décorées de sujets d’après Téniers.
La cheminée du cabinet était ornée d’une pendule à vase et serpent en bronze doré d’or moulu, à cadran tournant, dont le pied était garni de porcelaine de Sèvres. On admirait dans la même pièce une très-jolie table à gradins, également en Sèvres, fond vert à cartouches de fleurs, sans compter un thermomètre et un baromètre de Passement très-richement montés en bronze, et enrichis de panneaux de même porcelaine décorés d’enfants en miniature.
Toutes ces richesses furent malheureusement dispersées à l’époque de la Révolution: la plus grande partie des porcelaines de Mme du Barry furent volées ou vendues; quelques pièces seulement restèrent en France. Parmi celles que j’ai pu voir, figurent des assiettes provenant d’un des services de la comtesse et portant au centre son chiffre, formé des lettres D B entrelacées, chiffre qui figurait sur la plupart de ses objets: ciselures, bijoux, porcelaines, etc. M. L. Double, qui possède plusieurs centaines d’assiettes d’ancienne porcelaine tendre de Sèvres de décors variés, a bien voulu me permettre de faire graver, d’après une des pièces de cette collection unique en son genre, le chiffre qui figure sur le titre de cet ouvrage .
Disons ici quelques mots de la manière dont se vendaient autrefois les porcelaines de Sèvres; outre les ventes qui avaient lieu à la manufacture, contre l’argent du public, il faut mentionner celles qui se faisaient à Versailles, et qui fournissaient aux grands l’occasion de faire leur cour au roi en achetant les produits de la manufacture royale.
Tous les ans, au mois de décembre, on exposait dans une salle du palais de Versailles les nouveaux produits de Sèvres. Plusieurs Mémoires du temps mentionnent ces expositions: une lettre du 2 janvier 1774, insérée dans l’Espion anglois, et faisant allusion à la considération que le commerce commençait à acquérir en France, nous montre «le Roi lui-même présidant à la Manufacture de Seve, étalant dans son Palais les galantes productions de ce lieu.... Au jour de l’an, on apporte dans la galerie de Versailles les porcelaines de Seve les plus belles, et S. M. en fait la distribution aux Seigneurs pour leur argent. Elle fixe le prix Elle-même, qui n’est pas à bon marché.»
Les anecdotes ne manquent pas au sujet des expositions de porcelaines qui avaient lieu à Versailles. Un jour Louis XV aperçoit le comte de *** qui prenait une jolie tasse et la mettait lestement dans sa poche; le lendemain, le comte voit arriver chez lui un employé de Sèvres qui lui présente, avec la facture, la soucoupe qu’il avait oubliée.
Une autre fois, c’est un abbé qui recule devant une acquisition dont le prix lui paraît trop élevé pour sa bourse; le roi, qui s’aperçoit de son hésitation, le décide en lui promettant un bénéfice. Ces deux anecdotes m’ont été racontées par M. Riocreux comme étant de tradition à la manufacture de Sèvres. En voici encore une qui figure dans un ouvrage du temps, et qui rappelle celle du comte de ***:
«Plusieurs pièces de porcelaine ont disparu, lors de l’exposition qui a été faite à Versailles, au jour de l’an 1786, des nouvelles productions de la manufacture de Sevre. Une dame entr‘autres en mit une dans sa poche, tandis que le commis tournoit la tête. Celui-ci, la soupçonnant, lui dit en lui présentant un petit écu: Pardon, Madame, je m’étois trompé, la tasse que je viens de vous vendre n’est que de 21 liv., je dois vous rendre cette pièce sur un louis.... La Dame, déconcertée de la finesse et de la présence d’esprit du marchand, s’empressa de le satisfaire.»
Les ventes de Versailles étaient, du reste, relativement peu importantes, comme en font foi les registres de Sèvres; on y trouve en revanche la mention de ventes considérables, soit au roi pour des cadeaux à des souverains ou pour sa maison, soit encore à des particuliers et à des marchands. Bien des noms connus se présentent parmi ceux des acheteurs: voici d’abord le prince Louis de Rohan, qui commande le beau «Dessert en bleu céleste oiseaux et chiffres» que nous avons récemment vu vendre, et dont on trouvera plus loin le mémoire original avec les prix d’aujourd’ hui, plus que décuplés; voici de grands amateurs de porcelaine: le duc et la duchesse de Villeroi, la duchesse de Mazarin et la comtesse de Valentinois, sa fille, célèbre par son carrosse à panneaux de porcelaine, qui rivalisait à Longchamps avec celui d’une petite actrice, Mlle Beaupré.
Voici la famille royale: le duc d’Orléans, le duc de Penthièvre, Mme Victoire, Mme Adélaïde, Mme la Dauphine, plus tard Marie-Antoinette; plus loin c’est le prince de Conti qui achète des porcelaines pour Mme de Boufflers; M. de Choiseul, la duchesse de Luynes, la princesse de Guéménée, Mlle d’Ossun, la comtesse de Strogonoff, Mme du Deffand, Mme Helvétius, et enfin «M. de Voltaire», qui vient acheter pour 120 liv. «2 Bustes de mondit sieur, en biscuit... » On trouve encore des étrangers, notamment des Anglais, qui font des achats importants, tels que «M. Morgan» et «M. Cocran» (Cochrane); quelquefois la mention se borne à ces mots: «vendu à des Anglois», ou bien «à des Mrs Anglois».
Mentionnons encore des ventes faites à des personnages plus modestes: «A M. le curé de Sèvres... A un capucin.... A un inconnu....» Bon nombre d’artistes de la manufacture figurent aussi, parmi lesquels les plus connus sont Bachelier, Duplessis, Gravant, Chanou, Dodin, etc.
Les «ventes faites par les marchands» qui avaient des dépôts des porcelaines de Sèvres occupent une place importante: quelques-uns, tels que Dulac et Ph. Poirier, étaient des marchands de curiosités; le mémoire de ce dernier atteint, pour l’année 1772, la somme de 72,747 liv. 10 s., et celui de Mme Lair 66,608 liv. 10 s. Outre ces dépôts, la manufacture en confiait aussi à des marchands de province, et la remise était ordinairement de 9 à 12 pour cent.
On sait combien de merveilleux objets furent portés à l’étranger à l’époque de la Révolution, et surtout pendant la Terreur. La plus grande partie de ces richesses passa en Angleterre; mais ce que nos voisins d’outre-Manche recherchaient par-dessus tout, c’était la porcelaine de Sèvres, qu’ils achetaient à vil prix, grâce à nos discordes civiles.
La Révolution de 1789 et les agitations des premières années de l’Empire, dit un auteur anglais, diminuèrent de beaucoup la valeur du vieux Sèvres en France; c’est alors qu’on en porta de grandes quantités en Angleterre. Les Anglais, nobles ou autres, que la guerre privait de la facilité de voyager sur le continent, achetèrent avec d’autant plus d’empressement tous les objets d’art qu’ils purent en faire venir. Les familles exilées firent expédier en Angleterre, pour y être vendus, leurs trésors cachés tels que porcelaines, meubles somptueux, etc.
Pulsuz fraqment bitdi.