Kitabı oxu: «La Sylvie du sieur Mairet»
Jean Mairet
La Sylvie du sieur Mairet . Tragi-comédie pastorale

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066322809
Table des matières
A MONSEIGNEUR DE MONTMORENCY, Duc, Pair, & grand Admiral de France, & c.
ADVERTISSEMENT AU LECTEUR.
LA SYLVIE DU SIEUR MAIRET.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE. FLORESTAN Prince de Candie, THYRSIS.
SCENE II. SYLVIE. PHILENE.
SCENE III. MELIPHILE. THELAME. SYLVIE.
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE. DAMON. MACEE.
SCENE II. DAMON. MACEE. PHILENE. SYLVIE.
SCENE III. DAMON. SYLVIE. MACEE.
ACTE TROISIESME.
SCENE PREMIERE. PHILENE. DORISE.
SCENE II. SYLVIE. PHILENE.
SCENE III. THELAME. DORISE. SYLVIE. PHIL.
SCENE III. SYLVIE. DORISE.
ACTE QUATRIESME.
SCENE PREMIERE. LE ROY. CHANCELIER. TIMAPHERE
SCENE II. THELAME. SYLVIE.
SCENE III. PHIL. SYLV. THIM. THEL. DORISE.
ACTE CINQUIESME.
SCENE PREMIERE. FLORESTAN. DORISE. PHI
SCENE II. LE ROY. PAGE. THELAME FLOREST. SYLV. MELIPH.
SCENE III. PHILENE. DORISE. THIM. LE ROY.
A MONSEIGNEUR DE MONTMORENCY, Duc, Pair, & grand Admiral de France, & c.
Table des matières

ONSEIGNEUR,
Quand je n’aurois pas l’honneur d’estre à vous, comme je l’ay, & que le don que je vous y fait de moy du jour que mon affection & mon bonheur m’attacherent à vostre service, ne m’eust pas osté la liberté de disposer de mes actions ; je ne sçais point de Seigneur en France à qui plus justement qu’à vous je puisse presenter comme je fais les premiers fruicts de mon Estude. Si j’estois asseuré de leur bonté, je ne douterois point qu’ils vous fussent agréables, & n’importunerois pas vostre Grandeur en la priant de les recevoir : la facilité qu’elle a tousjours euë à pratiquer les bonnes choses est rune marque infaillible de son inclination à les aimer. J’oseray dire, MONSEIGNEUR, sans vous flatter, que vous estes peut estre le seul de vostre condition en qui l’on remarque aujourd’huy plus de perfections & moins de defauts, & de qui les honnestes gens ont tousjours eu plus de sujet de se loüer. Je laisse à part les actions de courage, qu’on ne sçauroit mieux relever que par la comparaison de celles de vos Ancestres. Ou treuvera-t’on un Seigneur apres vous qui dans la corruption du siecle ait conservé de l’amour pour les bonnes lettres, jusqu’au point de leur establir des pensons sur le plus clair de son revenu ? Toute la France est tesmoin de ce que vous avez faict pour un de ses plus beaux Esprits, à qui vostre seule protection a donné lieu de tesmoigner son innocence. Il a plustost manqué de vie que de recognoissance : & je m’asseure que le plus grand regret qu’il ait encor dans le tombeau, c’est de n’avoir pas laissé dans ses Escrits de quoy repousser la calomnie de ceux qui voudroient l’accuser d’ingratitude en vostre endroit. De moy qui cheris sa memoire parfaitement, plustost que de souffrir qu’on l’obscurcisse d’une si noire tache, je mesteray son interest avec le mien, & m’efforceray de tout mon pouvoir de m’acquitter d’une debte commune, que la mort ne luy permit pas de vous payer. Cependant recevez s’il vous plaist ces premices de ma jeunesse : c’est tout ce que je puis rendre aujourd’huy à vostre Grandeur, en recognoissance de tant de bien-faits que j’ay receu d’elle depuis deux ans que j’ay la gloire d’estre,
MONSEIGNEUR,
Vostre tres-humble, tres-obeïssant
& tres-obligé serviteur, MAIRET.
ADVERTISSEMENT AU LECTEUR.
Table des matières
A My Lecteur, tu treuveras deux sortes de fautes en ce Livre, que la curiosité de mes amis fait voir au jour malgré moy, n’ayant jamais eu dessein de rendre mon ignorance publique : les unes sont de l’Imprimeur, & les autres viennent de moy ; pour celles-cy je les abandonne d’aussi bon cœur à ta censure, que je te prie de pardonner à celles-là, & d’en remettre le chastiment à la seconde Edition.
LA SYLVIE
DU SIEUR
MAIRET.
Table des matières
ACTE PREMIER.
Table des matières
SCENE PREMIERE. FLORESTAN Prince de Candie, THYRSIS.
Table des matières
FLORESTAN.

OY qu’un noble desir d’esprouver ton courage
En tous les accidents du Martial orage,
A tenu si long temps absent de cette Cour,
Où tu viens fraischement de faire ton retour,
Dans la diversité des Terres estrangeres,
Où l’honneur a porté tes armes passageres,
Thyrsis, laissaint part tout’ autre nouveauté,
Dy moy, n’as-tu point veu quelque rare beauté
Tu sçais que nos humeurs conformes à nos âges
Par dessus toute chose aiment les beaux visages
THYRSIS.
Donnez vous seulement tant soit peu de loisir
Et je rendray content vostre jeune desir,
Entretenant plustost vos yeux que vos oreilles.
Page, revenez tost, vous verrez des merveilles
Qui veritablement vous feront avoüer
Qu’on ne sçauroit assez les voir ny les loüer.
FLORESTAN.
Que le desir de voir ce miracle me presse,
Mais ce Page desia n’a que trop de paresse,
Il est long à venir.
THYRSIS.
Ne vous tourmentez pas,
Le voicy de retour qui s’avance à grands pas.
Ha ! que vous allez voir sous cette couverture
Un grand combat l’Art avec que la Nature
Tout ce que l’Univers eut jamais de plus beau
Se presente à vos yeux dans ce petit Tableau.
FLORESTAN.
Cet ouvrage est l’effect d’une dextre sçavante
Plustost que le portrait d’une Beauté vivante,
Du Peintre qui l’a faict l’industrieuse main
Ne le tira jamais sur un modele humain :
Ou si c’est le tableau d’une beauté non feinte,
C’est donc avec excez de grace qu’elle est peinte.
THYRSIS.
Comme on peint le Soleil avecque du charbon.
FLORESTAN.
Vous estes un mocqueur.
THYRSIS.
Je parle tout de bon,
Ce n’est point un rapport, c’est chose que j’ay veuë
FLORESTAN.
Que fait l’original si son image tuë ?
Tu n’en as que trop dit, Thyrsis, je suis vaincu,
J’ay treuvé quelque charme en ce fatalescu,
Je sens que ce Portrait de plus en plus m’inspire
Certains feux violents qui ne se peuvent dire
Helas ! donne à ma playe un premier appareil,
Apprens-moy le climat où luit ce beau Soleil,
Surtout fais moy sçavoir son no & sa naissance,
Et tu m’obligeras à la recognoissance.
THYRSIS.
La Sicile est aimable & fortuné sejour
Où ce bel Astre donne & respire le jour,
Ceux qui sçavent son nom l’appellent Meliphile,
Fille unique du Roy de la mesme Sicile.
FLORESTAN.
Maintenant je souspire avec contentement
Sçachant que j’ay le bien d’aimer si hautement,
Puis qu’elle est comme moy d’une Royale tyge
L’honneur à la servir davantage m’oblige.
Mais crois tu que les Dieux me voudrot accorder
La gloire de la voir & de la posseder ?
THYRSIS.
A la moindre Ambassade elle vous est acquise.
FLORESTAN.
Cette Legation qu’à moy seul n’est permise,
Un Dieu tacitement me force de partir,
En vain tous les mortels voudroient me divertir
De ce nouveau dessein.
THYRSIS.
Monsieur, s’il est possible
Gardez vous d’entreprendre, un voyage penible
Est bien plus danger eux que vous ne croyez pas.
FLORESTAN.
Les périls en amour me sont autant d’appas,
Un timide guerrier que le combat estonne
Ombrage rarement son front d’une couronne.
THYRSIS.
Quoy que puisse arriver cet amoureux départ
Ne sera pas si tost.
FLORESTAN.
Dans deux jours au plus tard,
Je voudrois seulement partir a l’heure mesme.
THYRSIS.
Estrange effect d’amour, impatience extreme !
Si vous n’aimiez pas tant vous redouteriez plus
Le perfide sujet du flus & du reflus,
Où mesme en pleine paix les vaisseaux ont la guerre
Avecque les rochers, les vents, l’air, & la terre.
FLORESTAN.
Toutes les mers du monde où vont les matelots
Pour esteindre mo feu n’ont point assez de flots,
L’eau ne m’estonne pas, si je dois rendre l’ame
Dedans quelque element, ce sera dans la flame :
Adieu, je vais moy mesme au port voir les vaisseaux,
Et choisir le plus propre à courir sur les eaux.
SCENE II. SYLVIE. PHILENE.
Table des matières
SYLVIE.
APres beaucoup d’ennuis en fin l’heure est venuë
Que sans rendre ma flame ou suspecte ou cognuë
le puis entretenir ces rochers d’alentour
Des plaisirs innocens que me donne l’Amour :
Amour, bal que ce mot sensiblement me touche,
Qu’il plaist à mon esprit, qu’il est doux à ma bouche,
Et que je fus heureuse alors qu’il décocha
Ce traict d’or qui mon cœur si vivement toucha,
Versant d’un mesme coup dans le sein de Thelame
Une pareille ardeur à l’ardeur qui m’enflame.
Dieux ! que depuis mes jours sot doucemet coulez,
Que de plaisirs se sont à a mes souspirs meslez
Et que j’ay bien gousté sans crime & sans envie
Les plus aimables fruits de l’amoureuse vie !
Une simple le Bergere asservir sous sa loy
Un qui peut commander en qualité de Roy,
Au seul ressentiment d’une faveur si rare
Mon esprit de merveille & de plaisir s’esgare,
Je forme des pensers à ma confusion,
Et croy que mon bonheur n’est rien qu’illusion.
Mais parmy ce discours dont mon ame est flatte
Le front du jour naissant visiblement esclatte,
Et les petits oyseaux des forests & des champs
Avecque la clarté renouvellent leurs chants ;
Ce bois qui de mon heur fut la cause premiere
Sera tantost forcé des traicts de la lumiere :
Vrayment si mon Berger oublioit de venir
Nous perdrions un beau jour à nous entretenir ;
De De la peur que j’en ay to’ mes écrits s’affligent :
A propos la coustume & le devoir m’obligent
De luy faire un bouquet, avant que les chaleurs
De leurs ardans baisers facent mourir les fleurs ;
Il me faut despescher, car desia de l’haleine
Des chevaux du Soleil fume toute la plaine :
Là bas dans un vallon où deux petits ruisseaux
Se coulent dans un gré tout bordé d’arbrisseaux,
Nature bien souvet produit des fleurs nouvelles,
Ç’est là que je pourray faire chois des plus belles :
Bons Dieux ! le bel esmail, certes à cette fois
Mes yeux perdront icy la liberté du chois.
Deesse du Printemps, Flore à qui la Nature
Des jardins & des prez a donné la peinture,
De grace pousse encor de ton humide sein
Quelque nouvelle fleur qui soit faicte à dessein,
Dont le teint à celuy de mon Amant ressemble,
Où son nom & le mien se puissent lire ensemble,
Mesme s’il est possible où soit representé
L’inviolable vœu de ma fidelité :
Ainsi tousjours Zephir pour ta beauté souspire,
Ainsi jamais l’Hyver n’efface ton empire,
Et jamais les chaleurs. Mais n’apperçois-je pas
Quelqu’un dans ce taillis qui guide icy ses pas ?
Depuis qu’un jour un loup me voulut faire outrage
Les objets les plus seurs me donent de l’ombrage,
C’est peut estre un Pasteur, il est vray c’en est un,
De tous le moins aimable & le plus importun :
Il vient pour m’aborder, que ne m’est-il loisible
D’eschapper, ou du moins de me redre inuisible,
PHILENE.
C’est elle, je la voy qui fait amas de fleurs
Dans ce pré tant de fois arrosé de mes pleurs :
A l’abord seulement de cet esprit farouche
Les mots comme, estouffez me meurent dans la bouche,
Je fremis, je paslis : mais c"est trop s’amurer,
L’Occassion eschappe à qui n’en sçait user.
DIALOGUE.
Beau sujet de mes feux & de mes infortunes,
Ce jour te soit plus doux & plus heureux qu’à moy.
SYLVIE.
Injurieux Berger qui tousjours m’importunes,
Je te rends ton souhait, & ne veux rien de toy.
PHILENE.
Comme avecque le temps toute chose se change,
De mesme ta rigueur un jour s’adoucira.
SYLVIE.
Ce sera donc alors que d’une course estrange
Ce ruisseau revolté contre sa source ira.
PHILENE.
Ce sera bien plustost lors que ta conscience
T’accusera d’un crime en m’oyant souspirer.
SYLVIE.
Tes discours ont besoin de trop de patience,
Adieu, le temps me presse, il me faut retirer.
PHILENE.
reste, mon Soleil, quoy ! ma longue poursuitte
Ne pourra m’obtenir le bien de te parler.
SYLVIE.
C’est en vain que tu veux interropre ma suitte.
Si je suis un Soleil je dois tousjours aller.
PHILENE.
Le Soleil interrompt ses courses vagabonde
Pour voir dessous les eaux les yeux de son soucy.
SYLVIE.
Et moy si je voyois Philene sous les ondes
Pour voir mourir son feu je le ferois aussi.
PHILENE.
Justes Dieux! se peut-il qu’une Bergere endu
Son Amant à ses pieds d’amour se consumer?
SYLVIE.
Mais plutost se peut-il que ta fureur te dure
Sçachant que je ne puis ny ne te veux aimer?
PHILENE.
Quelle est donc ton humeur, apprends le moy de grâce
Que je reclame en fin la mort ou ta pitié.
SYLVIE.
Tu le dois bien sçavoir, mo cœur est tout de glace,
Et mon ame insensible aux traicts de l’amitié.
HILENE.
Ha! si tu n’aimois rien ce bois sauvage&sombre
Ne te retiendroit pas dans son sein tout le jour.
SYLVIE.
Il est vray que je l’aime, a cause que son ombre
Conserve ma froideur contre les feux d’Amour.
PHILENE.
Mon tout, si ta rigueur me passe en repartie
Peut estre ma confiance en doit venir à bout.
SYLVIE.
De ce dont en n’a pas encor une partie
On est bien esloigné d’en posseder le tout.
PHILENE.
Et bien enseigne moy quelque nom quite plaise,
Et duquel je te puisse appeller desormais.
SYLVIE.
Appelle moy Sylvie, appelle moy mauvaise,
Mais de ces noms d’Amour ne m’en parle jamais.
PHILENE.
Que le Ciel me feroit un bien inestimable,
Si pour estre insensible il me faisoit rocher!
SYLVIE.
Philene en cet estat me seroit plus aimable,
Car je l’aimerois mieux de roche que de chair.
PHILENE.
Dieux! tout cotre le port je treuve plus d’orage,
Et plus d’aveuglement auprès de mon flambeau.
SYLVIE.
Pourquoy donc imprudent me suy-tu davantage
Si tu sçais que mon œil te met dans le tombeau?
PHILENE.
Ainsi veut le destin, ingrate, que je t’aime,
Me forçant par tes yeux à rechercher ma mort.
SYLVIE.
Doncques de ton malheur n’accuse que toy mesme
Ou commande à tes yeux d’en accuser le sort.
PHILENE.
Il est vray que tous deux me rendent miserable,
Mais le coup de la mort me vient de ta beauté.
SYLVIE.
Ainsi les imprudens font le Soleil coupable
De leur aveuglement que cause sa clarté.
PHILENE.
A la fin je voy bien qu’il faudra que je meure
Sans tesmoignage aucun que de ta cruauté.
SYLVIE.
Qui n’attend que la mort doit mourir de bonne heure,
En retarder le coup, c’est une lascheté.
PHILENE.
Quoy! tu n’auras donc pas pitié de la confiance
D’un pauvre cœur qui meurt de to amour espris.
SYLVIE.
S’il meurt c’est justement, il fait la penitence
Du crime qu’il a fait d’avoir trop entrepris.
PHILENE.
Tu veux bien pour le moins avant ma scpulture
D’un baiser seulement ma douleur appaiser.
SYLVIE.
Sans perdre en mesme temps l’un ou l’autre nature,
Les glaces&les feux ne se peuvent baiser.
PHILENE.
O cœur! mais bien rocher tousjours couvert d’orage,
Où mon amour se perd avec trop de rigueur!
SYLVIE.
On touche le rocher où l’on fait le naufrage,
Mais jamais ton amour ne m’a touché le cœur.
PHILENE.
Disons pour mieux parler d’une chose si rare,
Si ce n’est un rocher que c’est un diamant.
SYLVIE.
Ne t’estonne donc pas si ma rigeur avare
A cause de son prix le garde cherement.
PHILENE.
Au moins que ce bouquet fait de tes mains divines
Au defaut d’un baiser recompense ma foy.
SYLVIE.
Tu n’en peux esperer que les seules espines,
Car je garde les fleurs pour Un autre que toy.
PHILENE.
O Dieux! soyez tesmoins que je souffre un martyre
Qui fait fendre le tronc de ce chesne endurcy.
SYLVIE.
Il faut croire plustost qu’ils esclatte de rire
Oyant les sots discours que tu me fais icy.
PHILENE.
Tu t’en vas donc Sylvie., ô Sylvie, ô mon ames!
Est-ce là le loyer que merite ma flame?
Reviens belle, reviens, non pour me secourir,
Mais pour m’entêdre plaindre&pour me voir mourir.
Orgueilleuse Bergere, ingrate fugitive,
Puisque ta cruauté ne veut pas que je vive,
Je luy veux obeyr, arreste encore un peu,
Je n’ay plus à pousser qu’un petit traict de feu.
Mais c’est former en vain un discours à la nüe,
Elle est desia si loing que je la perds de veüe,
Et comme si ses pieds approuvoient son desdain
L’inhumaine s’enfuit plus legere qu’un dain.
Rochers, arbres, ruisseaux, belles fleurs, solitude,
Qui voyez ma confiance&son ingratitude,
Quel esprit aujourd’huy sous l’amoureuse loy
A moins de recompense&plus de mal que moy?
On a veu deux moissons depuis l’heure premiere
Quelle mit en ses fers mon ame prisonniere;
Depuis je n’ay cessé de luy faire la cour
Avec des compliments de respect&d’amour:
J’ay cent fois repoussé le loup de son herbage,
Cet fois j’ay pris le soin de lui faire un ombrage,
Tesmoin un cabinet tout tapissé de ver
Fait de mes propres mains pour la mettre à couvert,
Mesmes dernierement je luy fis une planche
En un certain passage où ce russeau s’espanche.
Mais pourquoy rapporter ces soins officieux,
Puisque sa cruante ne m’en traicte pas mieux mieux?
Au contraire on diroit que sa rigueur augmente
Lors que ma passion devient plus vehemente.
N’importe, si faut-il mourir en ce dessein,
Aussi bien je ne puis me l’arracher du sein:
Je croy que le bonheur suivra nostre esperance,
Et qu’elle aura pitié de ma perseverance:
En tout cas je verray ferme dans mon tourment
Jusques où le malheur peut pousser un Amant.
SCENE III. MELIPHILE. THELAME. SYLVIE.
Table des matières
MELIPHILE.
VOicy l’heure à peu prés qu’en habit de bocage
Mon frere doit passer dedans ce jardinage,
La curiosité me presse grandement
De sçavoir le sujet de ce desguisement:
Son humeur depuis peu se plaist à la campane,
Sans vouloir toutefois souffrir qu’on l’accopagne,
Et contre sa coustume il ne fait que songer:
Je l’apperçois qui vient en habit de Berger,
Enfin je vous y prends, l’esta où je vous treuve
De vos intentions m’est une claire preuve,
L’esprit le moins rusé seroit trop esclaircy
De l’amoureux dessein qui vous amene icy;
Il n’en faut pas rougir, en de semblables choses
Amour fait bie souvet d’autres metamorphoses,
Bien long temps devant vous on nous dit que les Dieux
En habits empruntez font descendus des Cieux.
Non, non, ne craigne point d’enseigner un mystere
A qui sçait comme il faut&parler&se taire.
THELAME.
Come on permet le mal qu’on ne peut empescher
Il faut bien descouvrir ce qu’on ne peut cacher.
MELIPHILE.
Peut estre ma franchise un peu trop curieuse
Dedans sa privauté vous est injurieuse.
THELAME.
Nullement, tant s’en faut, que mon plus grand regret
Est de t’avoir caché si lontemps mon segret.
MELIPHILE.
Si vous me faictes part de cette confidence,
Croyez qu’asseuremet mes soins&ma prudece
Vous pourront servir, outre que deschargé
D’un secret important l’esprit est allégé.
THELAME.
Sçache donc, chere sœur, que ce cœur insensible,
Ce cœur qu’on a tenu si long temps invincible,
Que tant de beaux objects dont se pare la Cour
N’auroient peu redre encor susceptible d’amour,
De libre où il estoit incessamment souspire,
Esclave devenu de l’amoureux empire.
MELIPHILE.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ay deu me doute
Du sujet du discours que je viens d’escouter,
A voir les mouvemens de vostre inquietude,
Et comme vostre humeur aimoit la solitude,
Il estoit bien aisé de faire un jugement
Conforme à la raison de vostre changement.
Mais quelle est la Beauté qui se donne la gloire
De remporter sur vous une telle victoire ?
THELAME.
Une que tu pourvois a peine imaginer
Si tu n’es bien sçavante en l’art de deviner.
MELIPHILE.
Je ne sçay, mais au moins je croy que c’en est une
Digne de vostre amour & de vostre fortuné.
THELAME.
Asseurément.
MELIPHILE.
J’entends une qui soit de rang
Et de condition sortable à vostre sang.
THELAME.
Je ne te tiendray pas davantage en balance,
Icy ma passion implore ton silence,
Icy je te conjure au nom de l’amitié
De tenir ce depos plus cher de la moitié
Que ton propre interest, ou que ta propre vie.
O Dieux ! sans me pasmer puis-je nomer Sylvie !
C’est elle qui m’arreste en des liens dorez,
Qui mesme par un Dieu devroiet estre adorez :
Les dons d’ame & de corps dont elle est bien pourveuë
Charmet à mesme temps & l’esprit & la veuë,
Son visage où jamais ne s’appliqua le fard
Ignore les attraits qu’on emprunte de l’art,
On n’y voit point blanchir la ceruse & le plâtre
Comme en ceux qu’aujourdhui nostre Courido-latre :
Diane dans les bois, Arethuse dans l’eau,
N’euret jamais le teint ni plus frais ni plus beau,
C’est le plus noble cœur, l’humeur la plus docile,
Et le meilleur esprit qui soit en la Sicile :
Au reste s’il y a quelque souverain bien,
On ne le doit chercher que dans son entretien.
MELIPHILE.
Les belles qualitez qui la rendent aimable
Font que dans vostre chois vous n’estes point blâmable,
Il est certain qu’elle a des attraits assez doux
Pour oster la raison à tout autre qu’a à vous :
Mais de croire qu’un Prince aimât une Bergere
Si ce n’est d’un amour ou feinte ou passagere,
C’est ce qui de mon sens s’esloigne tellement ?
Que je n’oserois pas y songer seulement.
THELAME.
O ma sœur ! si ton cœur avoit une e estincelle
De ce nouveau brasier qu’au dedans je recelle,
Au lieu de censurer mes innocens desseins
On te verroit bien tost les sentimens plus sains,
Tu sçaurois que le nœud d’une amitié parfaitte
Assemble egalement le Sceptre à la Houllette,
Que des objects mortels ont faict plaindre les Dieux,
En un mot tu sçaurois que l’Amour n’a point d’yeux.
MELIPHILE.
Il est vray, mais aussi vous ne prenez pas garde
Qu’a son aveuglemet vostre honeur se hazarde,
Et qu’insensiblement il vous va préparant
Le triste evenement d’un danger apparent.
Vous cognoissez du Roy l’implacable cholere,
Il veut que tout le monde ait soucy de luy plaire.
Croyez-moy, vos projects seroient beaucoup meilleurs
Si suivant mon avis vous les tourniez ailleurs.
THELAME.
O Ciel ! sans me vanger puis-je oüyr ces blasphemest
Impitoyble sœur, est-ce ainsi que tu m’aimes ?
Conseillere importune, au lieu de me guerir
As-tu donc entrepris de me faire mourir ?
MELIPHILE.
Je ne m’estonne pas si votre esprit s’afflige,
Plus on veut vostre bien plus on vous desoblige.
THELAME.
Garde ce bien pour toy, m’en peut-il arriver
Un plus grad que celuy dont tu me veux priver ?
Tu me vas conseillant d’amortir une flame
Que je tiens mille fois plus chere que mon ame,
Tu me veux engager en une trahison,
Tu me veux faire enfin avaller du poison :
Est-ce là le moyen de me donner remede ?
Non, non, j’aime bien mieux que personne ne m’ayde.
MELIPHILE.
A ce conseil faudroit qu’on vous laissast perir.
THELAME.
Celle qui m’a blessé me sçaura bien guerir,
Ses beaux yeux ont assez de quoy rendre la vie,
Et de quoy la ravir quand ils en ont envie,
N’en sois point en souci, mais seulement permets
Que de leurs traicts ardans je brusle desormais.
MELIPHILE.
Puisque cette fureur est un mal necessaire,
Je croy que le meilleur est de vous laisser faire,
Cependant avisez de conduire si bien
Le cours de vos amours, que l’on rien sçache rien :
Vous sçavez que les Roys ont de bonnes oreilles.
THELAME.
Pourveu qu’à la seurté de nos plaisirs tu veilles,
Et que ton amitié nous assiste au besoins,
Nous n’aurons en cecy ny censeur ny tesmoin.
MELIPHILE.
Asseuré de ma foy sans reserve & sans doute,
Vous pouvez hardimet poursuivre vostre route
Rien ne choque si fort un amoureux desir,
Que de luy retarder les fruicts de son plaisir,
Vous rien faittes que trop icy l’experience.
THELAME.
Il est vray que mon cur avec impatience
Sçachant que sans faillir ma Bergere m’attend
Souspire apres le bien que son espoir luy tend.
Adieu, je suy l’aymat qui m’attire auprés d’elle,
Souviens-toy de m’aimer & de m’estre fidelle.
Non guere loing d’icy je descouvre le lieu
Qui chaque jour m’esleve à la gloire d’un Dieu,
Où dans un petit fonds que le fueillage couvre
Je voi des raretez qu’on ne voit point au Louvre.
Mais d’où vient que Sylvie est encor à venir.
Quel obstacle la peut si long temps retenir ?
Ma défiate humeur me voudrait faire accroire
Qu’elle manque aujourd’hui d’amour ou de memoire,
Je m’en desdis pourtant, je fais tort à sa foy,
Si je brusle pour elle, elle brusle pour moy.
SYLVIE sortant de derriere un buisson.
Tu le peux bien jurer sans te rendre parivre
THELAME.
Ha ! mon Ange pardon je t’ay fait une injure ;
SYLVIE.
Voyez si je me plais à nourrir vos douleurs,
A Au lieu de vous punir je vous donne des fleurs.
THELAME.
Et moy qui m’en retiens les espines dans l’ame
Je te donne en revenche un baiser tout de flame
SYLVIE.
Si mon amant resveur solitaire & transsy
Voyoit les privautez que je vous souffre icy,
Ayant desia sujet comme il a de se plaindre,
Vrayment ce seroit bien pour l’achever de peindre.
THELAME.
Comment ? quelqu’un, Sylvie, ose-t’il desirer
Un bien pour qui moy seul ay droit de souspirer ?
SYLVIE.
Tantost comme j’estois seule dans la prairie
Laissant parmy les fleurs errer ma resverie,
Philene, qui me dit l’object de ses tourments,
M’a presque assassinee avec ses compliments.
THELAME.
Je croy que ce rival en sa poursuitte vaine
N’a rien gaigné sur toy.
SYLVIE.
Ne t’en mets point en peine
Tout autre que Thelame en vain preposeroit
De s’acquérir Sylvie.
THELAME. Un Dieu ne l’oseroit,
J’aime trop cherement un bien que possede,
Je perdray la lumiere avant que je le cede,
Mon ame asseure toy que tu verras un jour
Des merveilleux effects du fruit de mon amour.
SYLVIE.
Seigneur, vostre amitié me rend toute confuse,
J’ay peur qu’imprudemment en fin je n’en abuse,
Je ne mérité pas,
THELAME. Brisons là mon souci,
Si tu veux m’obliger ne parle plus ainsi
SYLVIE.
Pleust aux Dieux vissiez vous mo ame toute nuë
Pour juger de sa flame.
THELAME. Elle m’est trop cognuë,
J’aimerois beaucoup mieux. te voir le corps tout nu.
SYLVIE.
Je vous croyois vray’ment un peu plus retenu,
Mais à ce que je voy.
THELAME. J’ay beaucoup d’innocence
Pour avoir tant d’amour.
SYLYIE. Plustost trop de licence..
THELAME.
Je voy bien que c’en est, il faut que ta rigueur
Se plaise incessamment à me voir en langueur :
Mais desia le Soleil bien haut sur l’Hemisphere
N’a plus que la moitié de sa visite à faire,
Ce bocage prochain nous, invite à propos
A la commodité du frais & du repos-,
Couchons nous sur ces fleurs, l’herbe & la fueille verte
S’offrent à nous servir de lict & de couverte :
On diroit propremet que ces beaux mirthes verts
Aux pauvres amoureux tedent les bras ouverts ;
Voicy le mesme endroit et d’amour & de frachise
Où venus autresfois embrassoit son Anchise,
C’est icy que le Dieu qui preside aux combats
Le harnois despouillé vient prendre ses esbats ;
Icy le moindre object au plaisir nous conuie,
Icy les ennemis des douceurs de la vie
Ne viennet point troubler le repos d’un Amant.
SYLVIE.
Il est vray que voicy le lieu le plus charmant
Qui se puisse treuver
THELAME.
Loing de la complaisançe ;
Je croy que sa douceur luy vient de ta presence,
Que tes yeux seulement le font gay comme il est,
Que c’est par ta beauté que la sienne me plaist,
Que ce bois n’entretient son ameublemet sombre
Qu’à dessein de te faire un present de son ombre,
Que le fond verdissant de ces taillis fleuris
Ne tire son esclat sinon de tes sousris ;
Mesme que les zephirs du mont & de la plaine
Afin de t’escouter retiennent leur baleine ;
Que pour te resjoüyr parmy ces alisiers
Les petits rossignols exercent leurs gosiers ;
Bref il est asseuré que tout ce paysage
N’a d’embellissement que de ton beau visage.
SYLVIE.
Dis ce que tu voudras afin de me loüer,
Pulsuz fraqment bitdi.