Kitabı oxu: «Le Robinson suisse ou Histoire d'une famille suisse naufragée»
Johann David Wyss
Le Robinson suisse ou Histoire d'une famille suisse naufragée

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066086046
Table des matières
Préface
TOME I
CHAPITRE I
Tempête.—Naufrage.—Corsets natatoires.—Bateau de cuves.
CHAPITRE II
Chargement du radeau.—Personnel de la famille.—Débarquement—Premières dispositions.—Le homard.—Le sel.—Excursions de Fritz.—L'agouti.—La nuit à terre.
CHAPITRE III
Voyage de découverte.—Les noix de coco.—Les calebassiers.—La canne à sucre.—Les singes.
CHAPITRE IV
Retour.—Capture d'un singe.—Alarme nocturne.—Les chacals.
CHAPITRE V
Voyage au navire.—Commencement du pillage.
CHAPITRE VI
Le troupeau à la nage.—Le requin.—Second débarquement.
CHAPITRE VII
Récit de ma femme.—Colliers des chiens—L'outarde.—Les œufs de tortue.—Les arbres gigantesques.
CHAPITRE VIII
Le pont.
CHAPITRE IX
Départ.—Nouvelle demeure.—Le porc-épic.—Le chat sauvage.
CHAPITRE X
Premier établissement.—Le flamant,—L'échelle de bambou.
CHAPITRE XI
Construction du château aérien.—Première nuit sur l'arbre.—Le dimanche.—Les ortolans.
CHAPITRE XII
La promenade.—Nouvelles découvertes.—Dénomination de divers lieux.—La pomme de terre.—La cochenille.
CHAPITRE XIII
La claie.—La poudre à canon.—Visite à Zelt-Heim. Le kanguroo.—La mascarade.
CHAPITRE XIV
Second voyage au vaisseau.—Pillage général.—La tortue.—Le manioc.
CHAPITRE XV
Voyage au vaisseau.—Les pingouins.—Le manioc et sa préparation.—La cassave.
CHAPITRE XVI
La pinasse.—La machine infernale.—Le jardin potager.
CHAPITRE XVII
Encore un dimanche.—Le lazo .—Excursion au bois des Calebassiers.—Le crabe de terre.—L'iguane.
CHAPITRE XVIII
Nouvelle excursion.—Le coq de bruyère.—L'arbre à cire.—La colonie d'oiseaux.—Le caoutchouc.—Le sagoutier.
CHAPITRE XIX
Les bougies.—Le beurre.—Embellissement de Zelt-Heim. Dernier voyage au vaisseau.—L'arsenal.
CHAPITRE XX
Voyage dans l'intérieur.—Le vin de palmier.—Fuite de l'âne.—Les buffles.
CHAPITRE XXI
Le jeune chacal.—L'aigle du Malabar.—Le vermicelle.
CHAPITRE XXII
Les greffes.—La ruche.—Les abeilles.
CHAPITRE XXIII
L'escalier.—Éducation du buffle, du singe, de l'aigle.—Canal de bambous.
CHAPITRE XXIV
L'onagre.—Le phormium tenax.—Les pluies.
CHAPITRE XXV
La grotte à sel.—Habitation d'hiver.—Les harengs.—Les chiens marins.
CHAPITRE XXVI
Le plâtre.—Les saumons.—Les esturgeons.—Le caviar.—Le coton.
CHAPITRE XXVII
La maison de campagne.—Les fraises—L'ornithorynque.
CHAPITRE XXVIII
La pirogue.—Travaux à la grotte.
CHAPITRE XXIX
Anniversaire de la délivrance.—Exercices gymnastiques.—Distribution des prix.
CHAPITRE XXX
L'anis.—Le ginseng.
CHAPITRE XXXI
Gluau.—Grande chasse aux singes.—Les pigeons des Moluques.
CHAPITRE XXXII
Le pigeonnier.
CHAPITRE XXXIII
Aventure de Jack.
TOME II
CHAPITRE I
Second hiver.
CHAPITRE II
Première sortie après les pluies.—La baleine.—Le corail.
CHAPITRE III
Dépècement de la baleine.
CHAPITRE IV
L'huile de baleine.—Visite à la métairie.—La tortue géante.
CHAPITRE V
Le métier à tisser.—Les vitres.—Les paniers.—Le palanquin.—Aventure d'Ernest.—Le boa.
CHAPITRE VI
Mort de l'âne et du boa.—Entretien sur les serpents venimeux.
CHAPITRE VII
Le boa empaillé.—La terre à foulon.—La grotte de cristal.
CHAPITRE VIII
Voyage à l'écluse.—Le cabiai.—L'ondatra.—La civette et le musc.—La cannelle.
CHAPITRE IX
Le champ de cannes à sucre.—Les pécaris.—Le rôti de Taïti.—Le ravensara.—Le bambou.
CHAPITRE X
Arrivée à l'écluse.—Excursion dans la savane. L'autruche.—La tortue de terre.
CHAPITRE XI
La prairie.—Terreur d'Ernest.—Combat contre les ours.—La terre de porcelaine.—Le condor et l'urubu.
CHAPITRE XII
Préparation de la chair de l'ours.—Le poivre.—Excursion dans la savane.—Le lapin angora.—L'antilope royale.—L'oiseau aux abeilles et le verre fossile.
CHAPITRE XIII
Capture d'une autruche.—La vanille.—L'euphorbe et les œufs d'autruche.
CHAPITRE XIV
Éducation de l'autruche.—L'hydromel.—La tannerie et la chapellerie.
CHAPITRE XV
La poterie.—Construction du caïak.—La gelée d'algues marines.—La garenne.
CHAPITRE XVI
Le moulin à gruau.—Le caïak.—La vache marine.
CHAPITRE XVII
L'orage.—Les clous de girofle.—Le pont-levis.—Le lèche-sel.—Le pemmikan.—Les pigeons messagers.—L'hyène.
CHAPITRE XVIII
Retour du pigeon messager.—La chasse aux cygnes.—Le héron et le tapir.—La grue.—Le moenura superba.—Grande déroute des singes.—Ravage des éléphants à Zuckertop.—Arrivée à l'Écluse.
CHAPITRE XIX
Le cacao.—Les bananes.—La poule sultane.—L'hippopotame.—Le thé et le câprier.—La grenouille géante.—Terreur de Jack.—L'édifice de Falken-Horst.—Le corps de garde dans l'île aux Requins.
CHAPITRE XX
Coup d'œil général sur la colonie et ses dépendances.—La basse-cour.—Les arbres et le bétail.—Les machines et les magasins.
CHAPITRE XXI
Nouvelles découvertes à l'occident.—Heureuse expédition de Fritz.—Les dents de veau marin.—La baie des Perles.—La loutre de mer.—L'albatros.—Retour à Felsen-Heim.
CHAPITRE XXII
Les nids d'hirondelles.—Les perles fausses.—La pêche des perles.—Le sanglier d'Afrique.—Danger de Jack.—La truffe.
CHAPITRE XXIII
Visite au sanglier.—Le coton de Nankin.—Le lion.—Mort de Bill.—Un nouvel hiver.
CHAPITRE XXIV
Le navire européen.—Le mécanicien et sa famille.—Préparatifs de retour en Europe.—Séparation.—Conclusion.
FIN
Préface
Table des matières
Moins populaire que le livre de Daniel De Foe, parce qu'il n'a pas servi à l'amusement et à l'instruction d'un aussi grand nombre de générations, le Robinson suisse est destiné à prendre place à côté du Robinson anglais lorsqu'il sera mieux connu, et que la haute idée morale qui s'y trouve si dramatiquement développée aura été plus sérieusement et plus fréquemment appréciée.
Daniel De Foe n'a mis en scène qu'un homme isolé, sans expérience et sans connaissance du monde, tandis que Wyss a raconté les travaux, les efforts de toute une famille, pour se créer des moyens d'existence avec les ressources de la nature et celles que donnent au chef de cette famille les lumières de la civilisation. Les personnages eux-mêmes intéressent davantage les jeunes lecteurs auxquels ce livre est destiné. Ce sont, comme eux, des enfants de différents âges et de caractères variés, qui, par leurs dialogues naïfs, rompent agréablement la monotonie du récit individuel, défaut que l'admirable talent de l'auteur anglais n'a pas toujours pu éviter. Le style de Wyss, dans sa simplicité et dans la puérilité apparente des détails, est merveilleusement approprié à l'esprit de ses lecteurs; un enfant, dans ses premières compositions, ne penserait pas autrement. Prier Dieu, s'occuper des repas que la prévoyance de ses parents lui a préparés, se livrer à des amusements variés, n'est-ce pas tout l'emploi du temps de l'enfance? C'est là, n'en doutons pas, une des principales causes du vif plaisir que procure la lecture du Robinson suisse, même à des hommes faits qui ne s'en sont jamais rendu raison.
Il est cependant un reproche qu'on peut adresser à Wyss, et que ne mérite pas son devancier. Robinson, dans son île, ne trouve que les animaux et les plantes qui peuvent naturellement s'y rencontrer d'après sa position géographique. Wyss, au contraire, a réuni dans l'île du naufragé suisse tous les animaux, tous les arbres, toutes les richesses végétales et minérales que la nature a répandues avec profusion dans les délicieuses îles de l'océan Pacifique; et cependant chaque contrée a sa part dans cette admirable distribution des faveurs de la Providence: les plantes, les animaux de la Nouvelle-Hollande ne sont pas ceux de la Nouvelle-Zélande et de Taïti. Le but de l'auteur a été de faire passer sous nos yeux, dans un cadre de peu d'étendue, les productions propres à tous les pays avec lesquels nous sommes peu familiarisés, ce qui excuse en quelque sorte cette réunion sur un seul point de l'Océan de tout ce qui ne se rencontre que dans une multitude d'îles diverses.
Les descriptions n'ont pas toujours l'exactitude réclamée par les naturalistes; dans quelques circonstances, la vérité a été sacrifiée à l'intérêt. C'est pour ne pas nuire à cet intérêt que nous n'avons rien changé aux descriptions, quoiqu'il nous eût été facile de les rectifier.
Mais combien ces taches ne sont-elles pas effacées par les leçons admirables de résignation, de courage et de ferme persévérance qu'on y trouve à chaque page! Vouloir, c'est pouvoir, a-t-on dit; jamais cette maxime n'avait été développée sous une forme plus heureuse et plus dramatique. Robinson avait déjà montré, il est vrai, comment on parvient à pourvoir aux premiers besoins de la vie solitaire. Ici, dès les premiers pas, ces cruelles nécessités n'existent plus; ce sont les jouissances de la vie sociale qu'il faut satisfaire et les persévérants efforts des naufragés pour arriver à ce but obtiennent un tel succès, qu'ils parviennent même à se créer un musée.
Comme dans son modèle, à chaque page Wyss a semé les enseignements sublimes de la morale évangélique; tout est rapporté par lui à l'auteur de toutes choses, et l'orgueil humain est constamment abaissé devant la grandeur et la bonté de Dieu. L'ouvrage a été écrit par un auteur protestant, mais avec une telle mesure, qu'il a suffi de quelques légères corrections pour le rendre tout à fait propre à des lecteurs catholiques.
Wyss a cru devoir se dispenser d'entrer dans des détails d'avant-scène; l'action commence au moment même du naufrage, et, semblable à un auteur dramatique, il ne nous fait connaître les acteurs que par leur langage et leurs actions. Ainsi que lui, nous renvoyons à la narration le lecteur, qui sera bientôt familiarisé avec les personnages.
Friedrich Muller.
TOME I
Table des matières
CHAPITRE I
Table des matières
Tempête.—Naufrage.—Corsets natatoires.—Bateau de cuves.
Table des matières
La tempête durait depuis six mortels jours, et, le septième, sa violence, au lieu de diminuer, semblait augmenter encore. Elle nous avait jetés vers le S.-O., si loin de notre route, que personne ne savait où nous nous trouvions. Les passagers, les matelots, les officiers étaient sans courage et sans force; les mâts, brisés, étaient tombés par-dessus le bord; le vaisseau, désemparé, ne manœuvrait plus, et les vagues irritées le poussaient ça et là. Les matelots se répandaient en longues prières et offraient au Ciel des vœux ardents; tout le monde était du reste dans la consternation, et ne s'occupait que des moyens de sauver ses jours.
«Enfants, dis-je à mes quatre fils effrayés et en pleurs, Dieu peut nous empêcher de périr s'il le veut; autrement soumettons-nous à sa volonté; car nous nous reverrons dans le ciel, où nous ne serons plus jamais séparés.»
Cependant ma courageuse femme essuyait une larme, et, plus tranquille que les enfants, qui se pressaient autour d'elle, elle s'efforçait de les rassurer, tandis que mon cœur, à moi, se brisait à l'idée du danger qui menaçait ces êtres bien-aimés. Nous tombâmes enfin tous à genoux, et les paroles échappées à mes enfants me prouvèrent qu'ils savaient aussi prier, et puiser le courage dans leurs prières. Je remarquai que Fritz demandait au Seigneur de sauver les jours de ses chers parents et de ses frères, sans parler de lui-même.
Cette occupation nous fit oublier pendant quelque temps le danger qui nous menaçait, et je sentis mon cœur se rassurer un peu à la vue de toutes ces petites têtes religieusement inclinées. Soudain nous entendîmes, au milieu du bruit des vagues, une voix crier: «Terre! terre!» et au même instant nous éprouvâmes un choc si violent, que nous en fûmes tous renversés, et que nous crûmes le navire en pièces; un craquement se fit entendre; nous avions touché. Aussitôt une voix que je reconnus pour celle du capitaine cria: «Nous sommes perdus! Mettez les chaloupes en mer!» Mon cœur frémit à ces funestes mots: Nous sommes perdus! Je résolus cependant de monter sur le pont, pour voir si nous n'avions plus rien à espérer. À peine y mettais-je le pied qu'une énorme vague le balaya et me renversa sans connaissance contre le mât. Lorsque je revins à moi, je vis le dernier de nos matelots sauter dans la chaloupe, et les embarcations les plus légères, pleines de monde, s'éloigner du navire. Je criai, je les suppliai de me recevoir, moi et les miens.... Le mugissement de la tempête les empêcha d'entendre ma voix, ou la fureur des vagues de venir nous chercher. Au milieu de mon désespoir, je remarquai cependant avec un sentiment de bonheur que l'eau ne pouvait atteindre jusqu'à la cabine que mes bien-aimés occupaient au-dessous de la chambre du capitaine; et, en regardant bien attentivement vers le S., je crus apercevoir par intervalles une terre qui, malgré son aspect sauvage, devint l'objet de tous mes vœux.
Je me hâtai donc de retourner vers ma famille; et, affectant un air de sécurité, j'annonçai que l'eau ne pouvait nous atteindre, et qu'au jour nous trouverions sans doute un moyen de gagner la terre. Cette nouvelle fut pour mes enfants un baume consolateur, et ils se tranquillisèrent bien vite. Ma femme, plus habituée à pénétrer ma pensée, ne prit pas le change; un signe de ma part lui avait fait comprendre notre abandon. Mais je sentis mon courage renaître en voyant que sa confiance en Dieu n'était point ébranlée; elle nous engagea à prendre quelque nourriture. Nous y consentîmes volontiers; et après ce petit repas les enfants s'endormirent, excepté Fritz, qui vint à moi et me dit: «J'ai pensé, mon père, que nous devrions faire, pour ma mère et mes frères, des corsets natatoires qui pussent les soutenir sur l'eau, et dont vous et moi n'avons nul besoin, car nous pouvons nager aisément jusqu'à la côte.» J'approuvai cette idée, et résolus de la mettre à profit. Nous cherchâmes partout dans la chambre de petits barils et des vases capables de soutenir le corps d'un homme. Nous les attachâmes ensuite solidement deux à deux, et nous les passâmes sous les bras de chacun de nous; puis nous étant munis de couteaux, de ficelles, de briquets et d'autres ustensiles de première nécessité, nous passâmes le reste de la nuit dans l'angoisse, craignant de voir le vaisseau s'entr'ouvrir à chaque instant. Fritz, cependant, s'endormit épuisé de fatigue.
L'aurore vint enfin nous rassurer un peu, en ramenant le calme sur les flots; je consolai mes enfants, épouvantés de leur abandon, et je les engageai à se mettre à la besogne pour tâcher de se sauver eux-mêmes. Nous nous dispersâmes alors dans le navire pour chercher ce que nous trouverions de plus utile. Fritz apporta deux fusils, de la poudre, du plomb et des balles; Ernest, des clous, des tenailles et des outils de charpentier; le petit Franz, une ligne et des hameçons. Je les félicitai tous trois de leur découverte.» Mais, dis-je à Jack, qui m'avait amené deux énormes dogues, quant à toi, que veux-tu que nous fassions de ta trouvaille?
—Bon, répondit-il, nous les ferons chasser quand nous serons à terre.
—Et comment y aller, petit étourdi? lui dis-je.
—Comment aller à terre? Dans des cuves, comme je le faisais sur l'étang à notre campagne.»
Cette idée fut pour moi un trait de lumière, je descendis dans la cale où j'avais vu des tonneaux; et, avec l'aide de mes fils, je les amenai sur le pont, quoiqu'ils fussent à demi submergés. Alors nous commençâmes avec le marteau, la scie, la hache et tous les instruments dont nous pouvions disposer, à les couper en deux, et je ne m'arrêtai que quand nous eûmes obtenu huit cuves de grandeur à peu près égale. Nous les regardions avec orgueil; ma femme seule ne partageait pas notre enthousiasme.
«Jamais, dit-elle, je ne consentirai à monter là dedans pour me risquer sur l'eau.
—Ne sois pas si prompte, chère femme, lui dis-je, et attends, pour juger mon ouvrage, qu'il soit achevé.»
Je pris alors une planche longue et flexible, sur laquelle j'assujettis mes huit cuves; deux autres planches furent jointes à la première, et, après des fatigues inouïes, je parvins à obtenir une sorte de bateau étroit et divisé en huit compartiments, dont la quille était formée par le simple prolongement des planches qui avaient servi à lier les cuves entre elles. J'avais ainsi une embarcation capable de nous porter sur une mer tranquille et pour une courte traversée; mais cette construction, toute frêle qu'elle était, se trouvait encore d'un poids trop au-dessus de nos forces pour que nous pussions la mettre à flot. Je demandai alors un cric, et, Fritz en ayant trouvé un, je l'appliquai à une des extrémités de mon canot, que je commençai à soulever, tandis que mes fils glissaient des rouleaux par-dessous. Mes enfants, Ernest surtout, étaient dans l'admiration en voyant les effets puissants de cette simple machine, dont je leur expliquai le mécanisme sans discontinuer mon ouvrage. Jack, l'étourdi, remarqua pourtant que le cric allait bien lentement.
«Mieux vaut lentement que pas du tout,» répondis-je.
Notre embarcation toucha enfin le bord et descendit dans l'eau, retenue près du navire par des câbles; mais elle tourna soudain et pencha tellement de côté que pas un de nous ne fut assez hardi pour y descendre.
Je me désespérais, quand il me vint à l'esprit que le lest seul manquait; je me hâtai de jeter au fond des cuves tous les objets pesants que le hasard plaça sous ma main, et, peu à peu, en effet, le bateau se redressa et se maintint en équilibre. Mes fils alors poussèrent des cris de joie, et se disputèrent à qui descendrait le premier. Craignant que leurs mouvements ne vinssent à déplacer le lest qui maintenait le radeau, je voulus y suppléer en établissant aux deux extrémités un balancier pareil à celui que je me souvenais d'avoir vu employer par quelques peuplades sauvages; je choisis à cet effet deux morceaux de vergue assez longs; je les fixai par une cheville de bois, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière du bateau, et aux deux extrémités j'attachai deux tonnes vides qui devaient naturellement se faire contre-poids.
Il ne restait plus qu'à sortir des débris et à rendre le passage libre. Des coups de hache donnés à propos à droite et à gauche eurent bientôt fait l'affaire. Mais le jour s'était écoulé au milieu de nos travaux, et il était maintenant impossible de pouvoir gagner la terre avant la nuit. Nous résolûmes donc de rester encore jusqu'au lendemain sur le navire, et nous nous mîmes à table avec d'autant plus de plaisir, qu'occupés de notre important travail, nous avions à peine pris dans toute la journée un verre de vin et un morceau de biscuit. Avant de nous livrer au sommeil, je recommandai à mes enfants de s'attacher leurs corsets natatoires, pour le cas où le navire viendrait à sombrer, et je conseillai à ma femme de prendre les mêmes précautions. Nous goûtâmes ensuite un repos bien mérité par le travail de la journée.