Kitabı oxu: «Tablettes anglaises»

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Joseph-Hippolyte de Santo-Domingo

Tablettes anglaises


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066303426

Table des matières

AVANT-PROPOS.

ARRIVÉE.

UNE PREMIÈRE JOURNÉE.

REMARQUES.

DOWNING-STREET.

PONT DE WATERLOO.

LES RUES DE LONDRES.

SQUARES.

HYDE-PARK, LE DIMANCHE.

TRAITS DISTINCTIFS DES ANGLAIS.

ABBAYE DE WESTMINSTER.

CHAMBRE DES COMMUNES.

LES ÉLECTIONS ET UN MEMBRE DU PARLEMENT.

L’ARMÉE ANGLAISE.

SUR LES MODES.

UNE FOIRE ANGLAISE.

VENTE DE FEMMES A LONDRES.

UN DINER.

DE LA RELIGION.

SUR LES BARBES ET LES RASOIRS.

SOCIÉTÉS PHILANTHROPIQUES.

DE LA LIBERTÉ EN ANGLETERRE.

DE L’INÉGALITÉ.

DE LA LÉGISLATION ANGLAISE.

SUR QUELQUES FORTUNES ANGLAISES.

LES BANQUIERS.

LES MENDIANS.

DE QUELQUES COUTUMES.

SWEET-HEART, ou AMANT, AMANTE.

SUR LES PARIS ET LES COURSES DE CHEVAUX.

LES RADICAUX.

LES CHEVALIERS D’INSDUSTRIE.

DE L’ARCHITECTURE.

DES PROMENADES ET DES JARDINS PUBLICS. .

DE LA PEINTURE ET DES EXPOSITIONS; DE LA GRAVURE ET DES ESTAMPES.

DE LA MUSIQUE.

DE LA LITTÉRATURE ET DES THÉATRES.

DU LANGAGE.

L’AUTOMNE A LONDRES.

CONCLUSION.

AVANT-PROPOS.

Table des matières

Un des écrivains qui s’est le plus signalé récemment dans l’art difficile de plaire en mordant, c’est sans contredit l’auteur des Tablettes Romaines. Sa peinture de Rome moderne est un de ces coups de pinceau hardis qui décèlent le grand maître, et c’est à juste titre qu’il a pu s’écrier: Et moi aussi, je suis peintre. Peu d’ouvrages ont eu un succès aussi prononcé et aussi soutenu. C’est à tel point que, les libraires seraient tentés de dire à un auteur, quand ils le rencontrent: «Monsieur, faites-nous donc des Tablettes romaines,» comme ils disaient dans le temps «faites-nous des Lettres persannes,» lorsque l’illustre Montesquieu eut lançé dans le public ce charmant ouvrage qui conserve encore aujourd’hui toute sa fraîcheur.

Les Tablettes Romaines de M. Santo-Domingo, et les Tablettes Parisiennes, nous ont inspiré le désir de publier une suite à ces deux ouvrages, si bien appropriés au goût de la généralité des lecteurs, en donnant, sous le même titre de Tablettes, des peintures de mœurs de différentes nations, puisées dans les écrits les plus estimés en ce genre. Nous commençons par les Tablettes Anglaises, dont les sujets nous ont été fournis par quelques bons écrivains, notamment par les auteurs du Diorama de Londres, de l’Hermite à Londres, etc. Il n’y a que peu d’années que nous possédons sur le peuple anglais, des détails que l’on pourrait appeler domestiques, et nous les devons à quelques hommes de lettres qui ont eu depuis la paix la curiosité de franchir le bras de mer, ce terrible strait of Dover qui a tant taquiné le moderne conquérant. Nous espérons que nos Tablettes Anglaises, en attendant celles de plusieurs autres peuples non moins intéressans à connaître, produiront le salutaire effet de diminuer cet engouement qu’on appelle anglomanie, qui se renouvelle de temps en temps pour une nation qui a sans doute des droits à l’estime et même à l’admiration des autres, sous quelques points de vue, mais aussi des droits qui sont loin d’être aussi exclusifs que certaines gens voudraient nous le persuader. Il ne faut que voir les héros en déshabillé pour dissiper beaucoup d’illusions.

TABLETTES
ANGLAISES.

Table des matières

ARRIVÉE.

Table des matières

Quelle autre cité, s’écrièrent-ils, en voyant la fumée qui s’élevait au-dessus de ses murailles, quelle autre cité fut égale à cette grande cité!

Apocalypse.

Un jour mon ami Amirau vint me voir pour me décider à effectuer un voyage projeté depuis fort long-temps, mais d’une manière vague. Après avoir combattu pour son pays, Amirau a quitté l’épée pour la robe, et la théorie pour le code. Avocat à la cour royale de Paris, il s’est chargé plusieurs fois de la défense des causes politiques; dernièrement, il prit si fort à cœur l’intérêt d’un de ses cliens, qu’il se fit interdire pour six mois; il était donc condamné au repos, moi je n’avais pas grand’chose qui me retînt à Paris; le plaisir de voyager avec lui me détermina presque autant que le désir de voir l’Angleterre.

L’expédition de nos passeports retarda notre départ de quelques jours. Le mien fut prêt tout de suite: cela n’est pas surprenant; ni les commissaires, ni le préfet de police n’avaient entendu parler de moi avant cette époque. Celui d’Amirau éprouva plus de difficultés. Enfin le conseil de discipline intervint auprès des autorités, parce qu’il calcula, dans l’intérêt du licencié, que pendant que la parole lui serait interdite, il pourrait composer des mémoires à consulter et se mettre encore plus mal dans les papiers de la cour.

Nous partîmes enfin; et, au bout de trente-six heures, nous fûmes en Angleterre.

Et vite! et vite! dis-je à mon compagnon de voyage, en l’aidant à descendre du lit où les angoisses du vomissement l’avaient confiné; venez, saluer le rocher de Douvres et les côtes de l’Angleterre.–Que le diable l’emporte avec tous ses paquebots! me répondit-il d’abord; et cependant comme la douleur n’avait pas tout-à-fait amorti sa curiosité, il monta avec moi sur le tillac où la fraîcheur de l’air et la modération du roulis le mirent bientôt à même d’observer à son aise ce qu’on découvrait sur les côtes et ce qui se passait auprès de nous. A bord tout était plus vivant et plus animé que de coutume: les manœuvres se succédaient avec rapidité, les matelots chantaient pour les exécuter avec ensemble, tandis que le capitaine jurait dans son portevoix. Ceux des passagers (et c’était le plus grand nombre) qui rentraient dans leur pays après une absence de trois ou quatre ans, avaient oublié tout-à-coup le flegme britannique qui leur avait fait garder le silence et le repos pendant toute la traversée. En apercevant le château de Douvres, leurs yeux étaient devenus brillans, leurs gestes animés; ils se le montraient les uns aux autres, ou le décrivaient à leurs enfans qui étaient trop jeunes pour se souvenir de ce qu’ils avaient vu en partant. En approchant de leur terre natale, l’enthousiasme les avait rendus bavards et grimaciers comme des Italiens.

Les femmes qui étaient à bord, faisaient une toilette im-promptu pour emporter sur elles les chapeaux de paille, les plumes, les bonnets garnis de fleurs, les robes, et les autres chiffons de fabrique française sur lesquels il y a des droits équivalens à une prohibition complète. Plusieurs profitaient de ce moment pour cacher sous leurs jupons ou dans la forme de leurs chapeaux, des gants ou quelques aunes d’étoffes de soie qu’elles voulaient passer en contrebande.

Quand on arrive pour la première fois dans un pays étranger, et surtout dans un pays qui diffère autant que l’Angleterre de la France, les premières heures du séjour fournissent aux yeux et aux oreilles une telle quantité d’impressions neuves, que l’esprit n’a le temps d’en enregistrer qu’une bien faible partie. Les pertes que nous faisions en ce genre nous étaient peu sensibles, parce que nous étions sûrs de nous dédommager amplement aussitôt après notre arrivée à Londres. Nous ne fîmes donc attention ni à la forme des maisons de Douvres, ni à la manière dont ses rues sont éclairées, ni à la voix des crieurs de nuit, ni à la manière dont le souper fut composé et servi. Nous nous inquiétâmes peu d’être pris pour les plus sauvages de tous les Français, par la demoiselle de la maison, dont les yeux agaçans sont célèbres à Londres et par la servante de l’auberge, qui souhaite à tous les voyageurs des bonsoirs d’une longueur étonnante. Mais nous ne pûmes, soit dit par anticipation, nous empêcher de remarquer la différence prodigieuse qu’il y a entre la valeur de l’argent français et celle de la monnaie anglaise.

Après avoir dormi tant bien que mal sur des lits plus durs que le tillac du paquebot, nous allâmes faire une promenade matinale sur le rocher de Douvres; et, parvenus à la hauteur du château, nous jouîmes de la vue des côtes de France. Que cet espace est étroit! me disait mon ami en fixant ses regards sur la Manche; et cependant qu’il est difficile de le franchir, lorsqu’il est défendu par la haine entre les deux nations.–Mon cher ami, dis-je en serrant la main du licencié, je pense comme vous; mais nous avons encore plusieurs choses à faire avant de partir. Nous avons passe la Manche, et nous prétendons arriver à Londres avant la fin de ce jour: ne nous laissons pas arrêter par un obstacle aussi misérable que le château de Douvres ou les chicanes des douaniers. Nous voici près d’un escalier creusé dans le roc et d’une quarantaine de toises de profondeur, qui nous fera descendre verticalement au niveau de la ville, et non loin du bureau de la douane... Descendons.

En attendant notre tour de visite, nous échangeâmes à l’Alien–Office nos passeports contre des certificats, sur lesquels, outre plusieurs locutions françaises que nous n’avions jamais entendues en France, mon ami me fit remarquer que l’on avait changé la couleur de mes yeux, c’est-à-dire, que le commis avait traduit le mot français bleu par black, qui veut dire noir en anglais. Enfin, nos effets furent visités, nous retournâmes à l’hôtel de Paris pour déjeûner, et nous restâmes tranquillement à table jusqu’à ce que le piétinement des chevaux et le bruit d’une diligence qui s’arrêtait à la porte, nous eussent avertis qu’il était temps de compter avec l’hôte.

Ce fut alors que nous apprîmes quid valeat nummus, quem prœbeat usum. Je passe sous silence ce que l’on nous fit payer pour les deux repas que nous avions pris à l’hôtel et pour notre lit; c’était à peu près le triple de ce qu’on demande dans les auberges françaises où les voyageurs sont écorchés; mais des Anglais qui étaient avec nous, nous assurèrent que c’était extrêmement modéré. Le compte du mouvement des effets était la partie la plus curieuse. Un portefaix, qui tenait le haut de l’échelle quand nous étions sortis du paquebot, était porté pour un schelling; la même somme était allouée à un autre qui avait transporté les effets du paquebot à la douane; encore un schelling pour un portefaix qui avait transporté les effets de la douane à l’hôtel; et comme c’était un schelling, par paquet, qu’il fallait payer, le licencié eut à payer double tous les frais de mouvement, parce qu’outre un petit porte-manteau, il avait un carton ficelé dans lequel était renfermé son chapeau. Il fallut payer un autre schelling à une espèce d’officieux à perruque rousse, parlant moitié français, moitié anglais, qui était venu à l’hôtel pour voir si nous savions le chemin de la douane. Un schelling fut encore donné à chacun des domestiques de l’hôtel, et nous ne cessâmes enfin d’en débourser que lorsque nous eûmes payé des pionniers qui servaient la diligence, et qui aidèrent le cocher à y placer nos bagages. Si l’on fait attention à la nature des services que nous étions obligés de rétribuer d’un schelling, on verra que cette pièce de monnaie, qui ne vaut pas aujourd’hui moins de vingt-cinq sols de France, ne fait pas en Angleterre plus d’effet que cinq sols au-delà de la Manche.

Plaie d’argent n’est pas mortelle, dit-on, aussi nous résignons-nous sans murmure! nous avions entendu dire que les dépenses étaient énormes dans ce pays! Que sont quelques schellings en comparaison des guinées que nous allons semer dans la capitale de l’Angleterre! mais nous aurons vu Londres, nous pourrons parler de cette ville si grande, si extraordinaire! nous roulons sur le chemin qui y conduit, et ce soir dans quelques heures nous boirons de l’eau de la Tamise, nous parcourrons des rues éclairées par le gaz hydrogène!

Nous traversons Cantorbéry si rapidement que nous avons à peine le temps d’entrer dans sa cathédrale, et de visiter la chapelle où sont les armes du Prince Noir; nous la reverrons à Paris: le Diorama sera ouvert à notre retour.....Nous avalons à Rochester un dîner passablement bon et passablement cher.... Du pont qui sépare cette ville de Chatam, nous apercevons une quarantaine de vaisseaux de ligne désarmés et enduits d’une peinture jaune qui doit les garantir de la pourriture. Ils dorment dans la rivière Medway, comme les baleines à la surface de l’Océan boréal; et, comme elles, ils se réveilleront et déploieront leurs forces au moindre trouble qui se fera sentir sur la mer. Quarante gros vaisseaux! cela vaut la peine d’être vu; mais il y en a des milliers à Londres, de toutes les grandeurs et de tous les pays; d’ailleurs, on est si bien dans cette diligence! elle est suspendue à merveille, et ses quatre chevaux nous entraînent aussi prompts que les vents!

Le pays change d’aspect; une plaine a succédé aux collines qui séparent la vallée de la Medway, de celle de la Tamise; j’entends nommer le parc de Greenwich; nous ne sommes plus qu’à six milles du pavillon qui flotte sur Mansion-House... Le soleil est couché, le crépuscule du soir ne nous permet plus de distinguer, que vaguement, les objets que nous traversons... Enfin, il est nuit close quand nous arrivons aux premières maisons du bourg de Southwarck!

Mais l’obscurité ne se fait pas sentir dans cette partie de la ville: des flots d’une lumière vive et scintillante brillent de l’un et de l’autre côté de la rue. Depuis l’obélisque routier jusqu’à London-Bridge, c’est-à-dire, pendant une demi-lieue de chemin, le gaz hydrogène brule et dans les lanternes de la rue et dans les lampes qui éclairent les boutiques.

Quand même on n’aurait jamais entendu vanter la capitale de l’Angleterre, du moment qu’on y est entré, et à quelqu’endroit qu’on s’arrête, l’idée de sa richesse, de son immensité, arrive à l’esprit par tous les sens à la fois. L’air, imprégné des vapeurs du charbon, répand, pour ainsi dire, une odeur manufacturière; heurté, poussé et coudoyé sans cesse, on s’étonne de reconnaître pour le mouvement ordinaire de la circulation, ce qu’on avait d’abord été tenté de prendre pour une foule attirée par une curiosité momentanée. Si le fracas assourdissant des voitures cesse un moment, le même bruit se fait entendre au loin, confus et monotone comme celui des vagues de l’Océan. L’idée qu’un étranger prendra de Paris sera bien différente, selon la barrière par laquelle il entrera. Par quelque côté qu’il arrive dans Londres, il se sent tout de suite dans la capitale la plus vaste, la plus peuplée et la plus industrieuse du monde.

Certes, ce ne fut pas le même jour de notre arrivée que nous pûmes asseoir un pareil jugement. Il nous a fallu bien du temps pour visiter tous les environs de la ville, et rentrer par les principaux Turn-Pikes. Excepté ce que nous pûmes recueillir de l’intérieur de la diligence, nos observations furent très-bornées durant la première soirée que nous passâmes dans Londres. Le licencié était si fâché d’avoir été déposé à l’hôtel de la diligence, dans une petite rue de la Cité, que j’eus toutes les peines du monde à le décider à ne pas aller se coucher sans faire un tour de promenade dans Cheapside, pour digérer les pommes de terre et le beefsteak qu’on nous avait servis à souper.

UNE PREMIÈRE JOURNÉE.

Table des matières

Pour ne rien perdre on aurait besoin, comme Mercier, de penser dans la rue et décrire sur la borne.

Il y a loin de Cheapside chez le libraire du Strand où nous devons acheter la carte de Londres. Nous croyant sûrs de notre route, après nous l’être fait indiquer par le garçon de l’auberge, nous partons avec confiance; mais à peine arrivés auprès de Saint-Paul, nous reconnaissons que le cicerone a été si confus, ou que nous l’avons si mal compris, que nous sommes obligés de redemander notre chemin.

La foule qui passait sur les trottoirs où nous étions, était tout à coup devenue si considérable, qu’il eût été difficile d’aller dans un autre sens qu’elle; ainsi, moitié violence, moitié persuasion, nous nous laissâmes entraîner.

Malgré tout ce que nous avions entendu dire de l’immense population de Londres, et particulièrement de la foule qu’on rencontrait sur les trottoirs du Strand ou des environs, il était aisé de voir, à la direction uniforme qu’elle prenait, à la qualité des personnes qui la composaient, et aux propos qui se croisaient dans presque toutes les bouches, qu’elle était mue par une curiosité momentanée. La rue était encombrée à peu près comme celles qui conduisent à la Grève le sont à Paris, une heure avant une exécution. Je soupçonnai que c’était vers un spectacle de ce genre que la canaille de Londres se portait. Au bout d’un quart-d heure il n’y eut plus moyen d’en douter: il n’y avait plus de courant régulier dans la foule, elle était seulement agitée de quelques ondulations en sens divers, autour d’un échafaud, surmonté de deux poteaux réunis ensemble par une traverse, d’où pendaient deux cordes à nœud coulant. Il était élevé au niveau de l’entresol d’un édifice, qu’à son aspect sévère, à l’épaisseur de ses murs noircis par le temps et par la fumée, et aux barreaux de fer qui grillaient toutes ses fenêtres, il était impossible de ne pas reconnaître pour une prison. Un de nos voisins, homme de très-bonne mine et d’un très-grand flegme, nous apprit, en rassurant sur son nez une paire de bésicles montées en écaille brune, que nous étions devant la prison de Newgate et qu’on allait pendre deux voleurs. J’avais une certaine répugnance à assister à un spectacle pareil; mais, outre qu’il eût été impossible de nous éloigner de l’endroit où nous nous trouvions engagés, il fallait mettre à profit l’occasion d’observer en grand les sentimens du peuple de Londres. L’avocat voulut la faire tourner également à son instruction dans la jurisprudence criminelle d’Angleterre; il demanda à notre voisin flegmatique l’exposition de la tragédie dont le hazard nous forçait à voir la catastrophe.

–Rien de plus simple, nous répondit celui-ci. Les deux hommes qu’on va pendre, sont nés, ont vécu, et mourront ensemble. Ils sont cousins, et depuis plusieurs années ils étaient associés pour exploiter les poches et les goussets dans les rues de Londres. Ils ont voulu s’aviser de porter plus haut leur ambition; ils sont entrés chez un banquier, pour s’approprier des billets de banque et des guinées. Ils ont été condamnés à mort, parce qu’il a été prouvé qu’ils avaient volé, chacun, plus de5livres sterling à la fois.–5livres sterling! répétai-je avec étonnement; comment, l’on pend pour5livres sterling!–Non pas pour5livres seulement, mais pour5livres et un schelling. Zounds! et que deviendrions-nous sans cela? Que deviendrait surtout notre gouvernement? Les voleurs se multiplieraient outre mesure, et le gouvernement se ruinerait pour les nourrir ou les faire transporter à Botany-Bay. Savez-vous qu’il en coûte au Roi deux cents livres sterling pour chacun de ses sujets qu’on déporte! et cependant il y a des jurisconsultes assez fous pour vouloir étendre jusqu’au vol de25livres sterling le bénéfice de la déportation. Qu’arriverait-il si on suivait leur avis? Les vols se multiplieraient par la perspective de l’impunité ou d’une punition trop-douce. Botany-Bay deviendrait de plus en plus populeux, et lorsque notre Roi se serait ruiné pour cela, la colonie, suivant le scandaleux exemple des Américains, se révolterait un beau jour, battrait nos troupes de débarquement, élèverait une marine rivale de la nôtre, et ces fiers républicains, ci-devant filous, prendraient insolemment le titre d’esquire, comme les plus respectables gentlemen.

A ces mots, il assura de nouveau ses lunettes, que les ondées de la foule avaient de nouveau dérangées, et nous engagea à tourner nos regards du côté de l’échafaud: la porte de l’entresol de Newgate était ouverte et les condamnés sortirent lentement, entre deux files de constables et de guichetiers. Ils étaient tous deux blonds et paraissaient fort jeunes; leur figure était intéressante; leurs traits, au moins autant que nous pouvions en juger à la distance où nous étions, étaient assez distingués. Leur maintien n’avait ni l’effronterie révoltante, ni la lâche humilité qu’offre généralement celui des malfaiteurs. Les voleurs anglais sont si accoutumés à l’idée de la mort, par la fréquence des supplices, ou bien par la froideur nationale du caractère, qu’ils vont tous à l’échafaud avec indifférence. Les moyens mécaniques employés dans l’exécution, ne ressemblent pas non plus à ceux usités sur le continent. A Londres, le bourreau ne donne pas le croc en jambe au patient; il ne le lance pas du haut d’une échelle, pour le laisser suspendu à une potence; il né lui danse pas sur les épaules, pour lui disloquer les vertèbres du cou... Aussitôt que les deux jeunes condamnés eurent reçu les dernières exhortations des ministres qui les avaient accompagnés, on leur passa au cou le nœud coulant qui pendait au niveau de leur poitrine; à un signal donné une trappe glissa sous leurs pieds, et aussitôt qu’ils furent demeurés suspendus, en tombant verticalement, le bourreau leur mit sur la tête un bonnet de coton blanc et l’enfonça jusqu’au menton, pour dérober au peuple les convulsions horribles qui agitent quelquefois les traits de la face pendant l’agonie des suppliciés.

La foule ne tarda pas à se dissiper aussitôt que l’exécution fut finie et nous pûmes bientôt nous remettre en route, pour arriver chez le marchand de cartes. L’Anglais aux besicles nous remit complaisamment dans notre chemin. Il avait affaire au Temple (c’est l’école de droit de Londres), nous descendîmes avec lui les rues de Old Bailey et de Ludgate Hill. Il nous laissa enfin au bout de Fleet Street près d’une espèce d’arc de triomphe qu’on nomme Temple-Bar, et qui forme la limite entre la cité de Londres et la ville de Westminster.

Le Strand est une des rues dont nous avions le plus entendu parler. Ce n’est ni par sa largeur, ni par la beauté des maisons qu’elle est célèbre, c’est par l’active industrie dont elle est le foyer; c’est par le mouvement qu’on y voit sans cesse. Peut-être quelques parties de la Cité le surpassent-elles pour l’activité mercantile; le luxe de ses boutiques n’est certainement pas égal à celui d’Oxford-row, de Piccadilly, de Bond Street, mais il réunit autant que possible les avantages de ces deux quartiers et a de plus celui de sa position centrale. Par le nombre infini de traverses qui y aboutissent, et par ses deux extrémités, il établit la communication entre les trois grandes divisions dont une capitale se compose toujours, le quartier du luxe, le quartier de l’industrie, et celui des classes moyennes.

On voit, d’après cela, que le Strand est cependant notre rue Saint-Honoré. On trouvera la ressemblance parfaite, si j’ajoute que c’est la partie de Londres où l’on rencontre le plus de voleurs et de filles; les uns et les autres y sont si effrontés, qu’ils exercent leur industrie en plein jour.

Il était déjà trois heures quand nous eûmes fait emplette de la carte de Londres: comme le licencié éprouvait depuis quelques momens que notre déjeuner avait été fort léger, nous entrâmes dans un Beefsteak house de Charings-Cross où, pour nos sept schellings, nous fîmes un dînera l’anglaise. En France, un lord pourrait pour ce prix dîner chez Very ou chez les Provençaux. Dans Londres on ne peut, avec si peu d’argent, se présenter que dans une gargote. A la vérité, bien des gens ne font pas fi des gargotes anglaises. Elles brillent peu par les apparences, mais l’on y peut concilier l’abondance et la bonne qualité des viandes avec l’économie. Plus d’un Ecossais jouissant de25ou30,000 francs de rente, va dîner dans les Beefsteak house en attendant que, devenu membre ministériel du parlement britannique, il ait son couvert mis tous les jours ou chez les ministres, ou chez l’orateur de la Chambre des communes.

Aussitôt qu’on eût desservi notre table, j’y déployai la carte que nous avions achetée; et nous nous remîmes en marche après avoir suffisamment étudié la route qui devait nous conduire à Hyde-Park, à travers le beau quartier de Londres, et ensuite nous reconduire vers notre auberge, en passant par un des théâtres royaux, où nous comptions finir notre soirée. Ce n’est pas ici le lieu de décrire l’effet que produisit en nous la vue de Hyde-Park, nous lui consacrerons un chapitre à part.

Nous arrivâmes au théâtre qui n’était pas encore ouvert: le nombre des personnes qui attendaient à la porte était encore très-borné; mais la foule ne tarda pas à arriver. Quoiqu’il n’y eût ni gendarmes pour maintenir l’ordre, ni barrières pour faire former la queue, les poussées, les coups de coudes et les coups de poing n’étaient pas plus fréquens qu’à la porte de nos théâtres, un jour de représentation suivie. La foule était considérable et compacte; les portes étaient étroites; l’on donnait une tragédie de Shakespeare et cependant aucune femme n’eut les côtes enfoncées, aucun homme n’eut les bras cassés, ou les yeux pochés! Tout le monde entra, et, qui plus est, trouva à se placer dans la salle, parce que l’administration a la délicatesse de ne faire distribuer juste qu’autant de billets qu’il y a de places dans le théâtre. Mais ce qui nous surprit bien plus que le bon ordre qu’on avait observé, ce fut d’entendre un constable placé à la porte, crier à chaque instant: Beware of your pockets, gentlemen; there are thieves in the crowd; «prenez garde à vos poches, il y a des voleurs dans la foule!» Quand ce cri frappa nos oreilles pour la première fois, notre premier mouvement fut de saisir les basques de nos habits, le second de regarder autour de nous pour chercher les voleurs que le constable venait de nous dénoncer. Il n’y avait encore que deux dames et quatre ou cinq jeunes gens qu’à leur mine on ne pouvait pas certainement prendre pour des filous. C’est donc nous qu’il veut désigner, me dit vivement le licencié! Peut-être les Anglais sont les seuls auxquels il s’adresse, en disant gentlemen! sautons sur son bâton pour le faire expliquer!... Un jeune homme placé a côté de nous, et qui sans doute comprenait le français, l’arrêta, et lui fit entendre que l’avertissement qui nous avait tant choqués, ne signifiait rien! que c’était une des mille et une vieilles coutumes auxquelles on n’avait pas encore renoncé en Angleterre. C’est abominable! lui répondit-il après l’avoir remercié des éclaircissemens qu’il nous avait donnés. C’est une des choses qui sont les plus faites pour déconsidérer les mœurs anglaises aux yeux des étrangers. Quelle opinion voulez-vous que nous ayons de vous, puisque toutes les fois que nous sommes dans un rassemblement, un magistrat vient nous avertir de nous défier de nos voisins? Comment vos législateurs ont-ils pu oublier que si l’intérêt de la morale et de la société exige qu’on punisse les criminels, l’erreur la plus dangereuse pour toutes les deux, est celle qui tend à faire croire que le nombre des crimes est plus grand qu’il ne l’est en réalité? Les voleurs sont la plaie des grandes villes et des grands chemins, mais à quoi bon en parler toujours? S’ils sont effrayés par les cris du constable, ils se dérobent aux poursuites de la justice; s’ils volent malgré les menaces, et, pour ainsi dire, sous ses yeux, ils se pervertissent davantage, puisqu’ils pêchent avec plus de préméditation et ajoutent le mépris à la faute. Les théâtres de Londres sont si chers, que la foule qui se presse à leurs portes, ne peut jamais être composée des classes infimes de la société. Si néanmoins il y a réellement des voleurs dans cette foule, il vaudrait bien mieux que les officiers de police gardassent le silence, pour les surveiller et les arrêter plus sûrement.... Ce beware of your pockets nous avait tellement étonnés, et, disons mieux, avait à tel point soulevé notre indignation, qu’en arrivant au parterre, nous fûmes plus occupés de le discuter que d’observer la salle. La voix glapissante du constable l’avait crié si fort à notre oreille, que moitié assourdissement, moitié difficulté de comprendre le langage qui se parlait sur la scène, nous n’entendîmes presque rien de la tragédie qu’on représentait, ce dont nous demandâmes pardon au divin Shakespeare, comme l’appellent les Anglais.

REMARQUES.

Table des matières

Il faut s’identifier au pays qu’on habite: si je finissais mes jours à Siam, je mourrais une queue de vache à la main.

VOLTAIRE.

En rentrant à l’auberge, le licencié trouva une lettre d’un de ses anciens amis de collége qui habitait Londres depuis quelques mois. Il fallut toute la confiance que j’avais dans Amirau pour l’en croire sur parole lorsqu’il m’assura que l’auteur de cette lettre avait été élevé en France, et, qui plus est, y avait publié plusieurs ouvrages assez bien écrits. Tous les mots en étaient français, mais les tournures de phrases étaient tellement anglaises, qu’on eût dit qu’elle avait été composée d’abord en anglais, et puis traduite mot pour mot en français. Le Docteur Dublason, tel était le titre et le nom du personnage, écrivait à son condisciple qu’il se sentait vraiment heureux de le savoir dans Londres, et que, pour le rapprocher de lui autant que possible, il avait été assez fortuné pour trouver dans la même maison où il logeait, un appartement qu’il jugeait devoir être à sa convenance. D’ailleurs, ajoutait-il, vous êtes sans doute pressé de vivre dans une partie respectable de la ville. Mettez demain matin vos effets dans un hackney-coach, et gagnez le no7de Great Russel Street, Covent-Garden. Pardieu, me dit Amirau, après avoir beaucoup ri du style du docteur, je ne savais comment quitter ce taudis; voilà un logement tout trouvé. Je suis sûr qu’il ne sera pas trop cher: le docteur est rangé; de toutes ses bonnes qualités, l’économie est la dernière que l’Angleterre pourra pervertir.

Le lendemain, aussitôt que nous fûmes réveillés, nous fîmes nos paquets, réglâmes les comptes avec l’hôte et nous nous mîmes en route vers Great Russel Street.

Les fiacres ne vont guère plus vite dans Londres que dans Paris. Dès que nous fûmes arrivés devant le numéro que le docteur nous avait indiqué, je m’élançai hors de la voiture, et j’allai frapper à la porte. Un long intervalle s’écoula et personne ne vint ouvrir. Le cocher qui s’impatientait en voyant que nous étions si longs à le payer et à retirer nos effets, s’approcha alors de la porte, et saisissant le marteau à pleine main, frappa à coups redoublés et de manière à ébranler la maison. Une domestique vint ouvrir aussitôt, et nous fit entrer au parloir où le docteur nous attendait. Amirau s’élançait vers lui pour l’embrasser; il le retint doucement à distance, et se contenta de lui tendre la main et de la secouer à plusieurs reprises.–De grâce, mon cher ami, lui dit-il, renoncez à cette habitude française d’embrasser des personnes du même sexe que vous. Ici l’on ne baise que sur la bouche, c’est pourquoi les baisers ne sont que pour les femmes. Les Anglais et les Anglaises seraient scandalisés s’ils voyaient deux hommes s’embrasser. Alors il s’avança vers moi, et me fit la même cérémonie, après toutefois que le licencié m’eût présenté à lui en forme, c’est-à-dire, lui eût décliné mon nom, mes titres et ma profession.

Je suis trop poli pour commencer mon entrevue par une querelle, reprit Amirau, en s’asseyant au coin du feu; je renvoie à un autre jour la discussion relative aux baisers masculins et aux idées anglaises à ce sujet. Pour le moment, je veux vous demander une explication et vous serez, je l’espère, à même de me la fournir, tant vous êtes initié à tous les mystères des coutumes britanniques. Vous devez avoir entendu frapper à trois reprises différentes. D’où vient, s’il vous plaît, que la domestique n’est venue ouvrir qu’après avoir été appelée trois fois.–La raison en est bien simple, répondit le docteur. La première et la seconde fois vous avez frappé comme des domestiques, ce n’est qu’à la suivante que vous avez frappé en gens comme il faut.–Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que c’est le cocher de notre fiacre qui a frappé cette troisième fois.– C’est en votre nom qu’il en agissait ainsi. Pour lui-même il se serait bien gardé de le faire, sous peine d’être rudement rabroué par la personne qui lui aurait ouvert. Il y a en Angleterre trois espèces de coups de marteau; l’un, qui est simple, est celui des domestiques et de tous les gens de boutique; l’autre, qui est double, est celui de la poste aux lettres; enfin le troisième, qui est celui du gentry et de la noblesse, est au moins d’une douzaine de coups forts et précipités. Les domestiques de la maison où l’on frappe se hâtent en proportion du nombre des coups qu’ils ont entendus.–On m’avait parlé de cet usage, dit Amirau en riant et haussant les épaules; je l’avais lu dans les livres qu’on a écrits sur l’Angleterre; j’avais pris tout cela pour des mensonges de voyageurs. Je ne voulais pas croire qu’un peuple libre poussât jusqu’à de pareilles minuties la manie des distinctions.– Allons, vous voilà encore avec vos idées françaises d’égalité. Voudriez-vous, par hasard, qu’on fit attendre un homme comme il faut, comme un domestique et comme un garçon boutiquier.– Je voudrais qu’on les introduisit tous avec une égale promptitude. Les affaires pour lesquelles ces derniers courent ordinairement sont plus pressantes que celles des premiers, et leurs épaules ne sont pas moins sensibles à la pluie, leur nez pas moins sensible au froid, leurs yeux ne sont pas plus agréablement affectés par la vive clarté du soleil, quand il y a du soleil dans Londres.– Zounds! mon ami, avec quelles dispositions vous arrivez en Angleterre! je parie cependant qu’avec la meilleure envie de quereller, vous n’aurez rien à dire contre ce que je prétends vous montrer aujourd’hui. Allons déjeûner à un Coffee-Room, qui est près d’ici et nous irons ensuite nous promener pour voir les chevaux et les équipages.

Le docteur ne nous avait pas trop promis, en nous assurant que nous admirerions sans restriction et les équipages et les chevaux anglais. Amirau lui-même, le difficile Amirau, en fut si charmé, qu’il porta la complaisance pour son ami, jusqu’à lui en faire l’éloge.

Nous sommes accoutumés en France à voir dans la valeur, ou la beauté des chevaux, une différence correspondante à la condition de leurs maîtres. En Angleterre, à moins qu’on ne soit un maquignon très-habile, l’égalité la plus parfaite paraît régner entre tous. Tous paraissent également beaux et bons: chevaux de selle ou de voiture, de diligence ou de charrette, tous sont vigoureux et de race excellente. Jamais ils ne sont empâtés de graisse, ils conservent toujours des formes sveltes et nerveuses. Les chevaux qui transportent le charbon de la rivière dans les rues de Londres, n’ont pas, je crois, leurs pareils dans le monde; nos chevaux de brasseur seraient des pygmées auprès d’eux. Les chevaux de poste furent ceux qui nous étonnèrent le plus, par rapport aux souvenirs que nous avions conservés de leurs pareils en France.

Les voitures anglaises sont toutes dignes des chevaux qui y sont attelés. Les Parisiens peuvent chaque jour en voir quelques échantillons, dans le bois de Boulogne ou aux Champs-Élysées; mais ce dont je voudrais pouvoir leur donner une idée, ce sont les diligences qui font le service des grandes routes de l’Angleterre, de la ville de Londres et de sa banlieue. Comme ils seraient dégoûtés de leurs lourdes guimbardes! L’espace est on ne peut mieux employé dans une diligence anglaise, puisqu’elle porte jusqu’à vingt et vingt-quatre personnes; mais on la construit d’une manière si industrieuse, qu’elle réunit l’élégance à la solidité. Il y a dans Londres, un très-grand nombre de stage-coaches ou stages qui, toute la journée, traversent la ville dans divers sens, ou qui vont du centre vers les divers points de la circonférence et vers les villages environnans. Le trajet par ces stages est de beaucoup moins cher que par les fiacres, et il est bien autrement rapide. En général, tout ce qui concerne les moyens de transport est poussé en Angleterre à un degré étonnant de perfection. L’abondance du fer et l’excellente trempe qu’on y sait donner, a permis d’appliquer partout la suspension sur des ressorts. Charrettes de maçons, fourgons d’écurie, voitures de pionniers, tout est suspendu.

Le cocher d’une diligence et le charbonnier, ne sont pas moins fiers de la toilette de leurs chevaux, que le palfrenier d’un grand seigneur, ou le domestique qui s’assied dans le tilbury de son maître.

Dans un pays où les chevaux sont si beaux et si nombreux, le goût de l’équitation ne peut qu’être généralement répandu: quiconque a des revenus suffisans pour fournir à l’entretien d’un cheval, ne tarde pas a se le donner. Les marchands en tiennent toujours de louage à la disposition des personnes qui ne peuvent pas en avoir toute l’année, et qui pourtant veulent chevaucher de temps en temps. C’est un plaisir que les calicos de Londres se donnent tous les dimanches, comme ceux de Paris. On voit beaucoup de vieillards et de vieilles femmes qui vont à cheval pour conserver leur santé. Beaucoup de gens de moyen âge ont un cheval, comme ils vont aux eaux de Cheltenham, parcequ’ils ne savent que faire et s’ennuient quand ils demeurent chez eux. Un élégant ne peut se dispenser d’avoir un cheval, dût-il se ruiner, ou ruiner sa maîtresse pour l’acheter et le changer dix fois par an. Tous les jours, après l’heure de la parade, les officiers de la garde royale, infanterie ou cavalerie, dépouillent l’habit rouge et couverts d’un riding-coat ou d’un great-coat, ils vont chevaucher dans Hyde-Park, à cote des héritières qu’ils lorgnent, ou des ladies auxquelles ils font leur cour. Les héritiers des grandes familles, qui, par le crédit de leurs parens, ont été nommés membres du parlement à dix-neuf ans, se rendent à cheval à la Chambre des communes et vont siéger sur les bancs ministériels en veste de chasse, en éperons et la cravache à la main. Le recteur d’une riche paroisse ou l’évêque vont se promener dans St.-James-Park avec toute leur famille.

Ah! disait le docteur, en soupirant et montrant du doigt la voiture d’un médecin du Roi, qui passait en ce moment la barrière de Piccadilly, pour aller à l’hôpital de St.-Georges, si vous saviez avec quelle facilité la fortune se laisse prendre en Angleterre, aussitôt qu’on peut la poursuivre en carosse! Si vous saviez surtout quelle considération accompagne les marques distinctives des titres nobiliaires, vous vous étonneriez moins de la tendresse que j’éprouve pour la Grande-Bretagne! Un marquis de nos compatriotes fut obligé, durant son émigration, de se donner une industrie pour vivre. L’art de faire la salade était inconnu ici; il alla dans les grandes maisons pour enseigner cet art, et chaque salade qu’il fit lui fut d’abord payée 5schellings. Un de ses amis, qui était fort riche, lui prêta sa voiture pour faire ses courses, et tout-à-coup, le prix de ses salades fut porté à une guinée, et de plus on l’invita à dîner dans toutes les maisons où il accommodait la laitue, la romaine ou la chicorée. Comme il ne pouvait dîner trente fois par jour, il prit le parti de ne dîner que dans la dernière maison, where he dressed the salad. S’il eût été natif d’Angleterre, les honneurs et les cordons n’auraient pas manque d’accompagner ces avantages pécuniaires et gastronomiques.

DOWNING-STREET.

Table des matières

La bureaucratie est une puissance en France; c’est le ver rongeur du budjet. Elle finira par ruiner l’Etat, en frais de bureaux.

Discours de M. CAMLEY.

En France, tout voyageur doit un tribut à la gendarmerie. Ce corps respectable y exerce la surveillance la plus rigoureuse et la plus étendue. Les gendarmes veillent à la tranquillité des spectacles et à la sûreté des grandes routes. On les rencontre à la porte d’un bal, devant un monument public, ou dans l’enceinte des tribunaux; ils escortent les prisonniers et précèdent les processions; enfin ces messieurs se glissent partout, et l’on ne peut faire un pas sans être victime de leur obséquieuse sollicitude.

N’est-il pas ridicule, de ne pouvoir faire quatre lieues en France sans que des légions de gendarmes viennent demander, viser, parapher et enregistrer votre passeport? Donné, au nom du roi, par un de ses ministres, revêtu de la signature d’une autre excellence, il ne vous servirait à rien à vingt-cinq lieues de la capitale, si un brigadier de la gendarmerie n’y avoit apposé son visa, et un commissaire de police son cachet. Vive l’Angleterre pour n’y point sentir l’influence de la bureaucratie, et le despotisme de la police! Si l’on en excepte la tyrannie des douaniers et les premières formalités de l’arrivée, un étranger peut rester dix ans à Londres sans se douter qu’il existe une police dans les trois royaumes. Lord Sidmouth, chargé de ce soin, n’en laisse apercevoir que tout juste ce qu’il en faut pour tranquilliser ses concitoyens, et conserver son ministère.

En débarquant à Douvres, on remet à chaque voyageur une espèce de passe passe sur une longue bande de papier, en lui enjoignant, sous peine de quinze jours de prison, de l’aller montrer à Londres, à l’Alien-Office, ou bureau des étrangers.

Le jeune L*** était à Londres depuis un mois, et n’avait point songé à son permis de séjour. En jetant les yeux sur le petit avertissement qui était en marge de son certificate d’arrival, il se crut déjà dans les prisons anglaises; il jugea donc prudent de se présenter à l’Alien-Office; mais comme il redoutait d’y aller seul, il vint me faire part de son embarras. «N’ayez aucune crainte, lui dis-je, le commis auquel vous avez affaire est un honnête homme, chargé d’une nombreuse famille; il recevra facilement vos excuses, si vous les accompagnez d’une légère indemnité, dont le total ne doit pas excéder un écu (crown).–Vous me parlez du garçon de bureau?–Non, c’est du chef. Les nôtres sont de meilleure composition que les commis de votre pays. On fait de grands frais en France pour séduire le plus mince employé; on relève la modicité du cadeau qu’on hasarde par une foule d’attentions qui ménagent la délicatesse de celui qu’on achète. Ce raffinement de corruption est inconnu chez nous; aussi les services y sont-ils à meilleur marché: le commis ne rougit pas de vendre sa protection à un homme qui, dans une autre circonstance, lui vendra la sienne à son tour. D’ailleurs, les personnages élevés lui donnent l’exemple d’un pareil commerce: la conduite est la même chez tous, ils ne diffèrent que sur le prix. Celui auquel vous allez adresser votre réclamation est un des plus modestes, il ne se surfait pas.»

J’offris d’accompagner le jeune L***. Il me refusa honnêtement, en me disant que je l’avais pleinement rassuré sur les moyens d’éviter les quinze jours de prison dont il était menacé, et que d’ailleurs il se rendrait à l’Alien-Office avec un autre voyageur français de ses amis qui n’avait rien à redouter de la sévérité anglaise. Je le priai de me faire connaître le résultat de sa démarche; et le lendemain il le fit en ces termes:

«Nous nous acheminâmes, mon compatriote et moi, vers Withehall, C’est là, dans une ruelle au fond de laquelle est une petite porte d’allée, que se trouve la préfecture de police de Londres. Un homme d’une quarantaine d’années recevait les étrangers dans une chambre où quinze personnes auraient eu de la peine à tenir. Nous lui présentâmes en même tems nos deux passeports: il jeta un coup d’œil dédaigneux sur celui qui était en règle, et parut satisfait d’en trouver un qui ne l’était pas. «Qui de vous deux est à Londres depuis un mois? nous demanda-t-il en mauvais français, affectant une sévérité dont il aurait pu se dispenser--Moi, répliquai-je, en glissant la mai droite dans mon gousset. » Il me regarda du coin de l’œil, et radoucissant un peu sa voix: «Vous avez été bien négligent, mais enfi nous tâcherons d’arranger cela.» Sur sa première interpellation, j’avais pris une douzaine de schellings dans ma main; le ton poli qu’il employa pour me répondre fit que j’en laissai retomber trois ou quatre dans mon gousset. Ce son argentin flattait une oreille habituée à l’entendre, et notre homme était loin de se douter de mon calcul économique; le pauvre diable n’imaginait pas ce que lui coûtait sa politesse. Plus ses attentions augmentaient, plus la part que je lui destinais diminuait; je ne sais pas ce qu’elle serait devenue s’il ne se fût empressé de me remettre mon passeport visé. Je lui glissai quatre schellings dans la main; il les serra dans sa poche sans les compter, et me reconduisit jusqu’à la porte de son bureau. Quant à mon compagnon, qui, se trouvant en règle, n’avait pas besoin de racheter sa négligence, le chef le traita avec la justice la plus scrupuleuse. L’heure du visa étant passée, il le remit assez sèchement au lendemain. D’après ce qui m’était arrivé, mon compatriote se décida à ne retourner à l’Alien–Office qu’au bout de trois semaines.»

» Il devait partir pour l’Écosse dès que les affaires qui réclamaient sa présence à Londres seraient terminées. Un chef de bureau du ministère des affaires étrangères était chargé de lui remettre pour Edimbourg des lettres de recommandation qu’il voulut aller prendre. Je sollicitai de mon compatriote la faveur de le suivre. J’étais impatient de voir ces hommes fameux, ce ministère étonnant qui, du fond de ses bureaux, organise la paix ou la guerre, gouverne l’Europe, divise les peuples, soumet les rois et dont la vaste politique exploite à son bénéfice l’or, la gloire et l’industrie des deux mondes.

» Nous demandâmes à un Anglais que nous rencontrâmes en sortant de l’Alien-Office, où était situé l’hôtel du ministère. Nous en étions à deux pas, et, au détour de la rue, nous trouvâmes Downing–Street. Au bout d’une rue courte et étroite, assez semblable à un cul-de-sac, est un bâtiment carré, d’une assez médiocre dimension, formé par la réunion de quatre à cinq petites maisons bourgeoises que l’on a baptisées du nom d’hôtels. Cette collection de maisons réunit tous les ministères de la Grande-Bretagne. Celui des affaires étrangères, où nous entrâmes, ne se distingue des autres que par une porte avec une espèce de perron composé de trois marches. Un vestibule obscur sert de salle à deux ou trois garçons de bureau, occupés à cacheter des lettres ou à classer des paquets.

» Sur la porte était un homme en habit bleu, causant avec un bourgeois d’un certain âge, vêtu de noir. Je m’avançai, et demandai à ce dernier où était le bureau de la personne à laquelle nous avions affaire. Le bourgeois de Londres, trop préoccupé pour me répondre, se contenta de nous indiquer du doigt un garçon de bureau qui, sur ce geste, s’empressa de venir au devant de nous. Il nous fit traverser un corridor obscur pour arriver à une petite chambre, ou il nous laissa avec un monsieur qui, nous montrant la seule chaise et le tabouret qui se trouvaient dans cette pièce, nous invita à nous asseoir en attendant qu’il eût terminé une petite affaire très-pressée qu’on venait de lui remettre à l’instant même.

Cette petite affaire était la cession de Parga, arrêtée en conseil par une note en marge du rapport du général Maitland. Tout en causant avec nous, le chef de bureau expédia l’exil de trente mille familles. Huit ou dix lignes, conçues et rédigées en moins d’un quart-d’heure, suffirent pour décider le sort d’un pays entier, et porter le désespoir dans l’ame de ceux qui l’habitaient. «Que de malédictions s’accumulent sur ma tête! murmura tout bas le chef de bureau en passant le blotting-paper (papier brouillard) sur le paraphe qui venait de clore sa décision; mais si les hommes d’État s’arrêtaient à de pareilles niaise«ries, ils reculeraient devant le plus léger obstacle...» Je fis compliment de la candeur et de la rapidité de la politique du cabinet de Saint-James à M. Camley. «Oui, me dit-il, nous expédions promptement les affaires chez nous; si nous nous apitoyions sur le sort de quelques milliers d’hommes, nous n’en finirions pas. L’intérêt des individus disparaît devant l’intérêt général; le sacrifice d’une population n’est rien quand il s’agit d’augmenter la puissance et la richesse d’un royaume. C’est pour cela que tout se décide chez nous avec promptitude et que jamais on ne s’écarte d’un principe adopté. Rien n’est ailleurs moins compliqué que ce que vous voyez ici. Quatre ou cinq bureaux composent le ministère des affaires étrangères, et l’on parle à notre ministre plus aisément qu’en France on ne parle aux com-mis. On est en quelque sorte obligé à cette simplicité dans un pays où le prince ne sort jamais qu’en voiture à deux chevaux, avec un seul domestique; elle exerce son influence sur toutes les classes de la nation, depuis Carlton-House jusque dans le bureau du plus mince banquier de la cité. Vous êtes dans le pays de la conséquence; vous trouverez souvent ici de la bizarrerie, jamais de contre-sens.

Je suis allé en France, nous dit M. Camley, et j’ai vu que, dans ce pays, on sacrifie beaucoup aux apparences ainsi qu’à l’ostentation. Vos ministres ont des hôtels, des suisses, des postes d’honneur, etc.; vos commis sont installés dans de vastes salons..; le nombre des employés est immense. La bureaucratie est une puissance en France: c’est le ver rongeur du budget; elle finira par ruiner l’État en frais de bureaux.» Tout en parlant ainsi, M. Camley venait de remettre au garçon le petit paquet qui renfermait l’arrêt des Parganiotes. Comme il devait dîner avec nous, nous sortîmes ensemble. Nous traversâmes, en moins de deux minutes, tous les bureaux des affaires étrangères. Les deux personnes que nous avions rencontrées sur le perron y étaient encore. Je demandai à M. Camley le nom du bourgeois de Londres qui chiffonnait entre ses doigts un bout de lettre.... «C’est, me dit-il, lord Castlereagh qui s’entretient avec M. Hamilton, le sous-secrétaire d’État. On dirait, à l’expression de leur physionomie, qu’il s’agit du bal donné par lord Fife avant-hier, ou de la soirée de lady Gersay; eh bien! il ne s’agit de rien moins que de l’indépendance du Nouveau-Monde. De cette seule conversation va résulter le départ de la flotte qui est en rade de Portsmouth, et que, depuis quelques années, on promet au roi d’Espagne de mettre à sa disposition. Sa grâce, lord Castlereagh cause là, dans la rue, parce que les ouvriers travaillent à réparer une cheminée dans le cabinet du ministre; et si la pluie, qui commence à tomber, ne les dérange pas, le sort du Nouveau–Monde pourrait bien être décidé sur le perron de l’hôtel.» » Je ne pouvais en croire mes yeux.... Le premier ministre de l’Angleterre, traitant les affaires de l’Europe dans la rue comme un courtier marron, était pour moi une chose miraculeuse. Nous sommes tellement habitués au luxe, nous autres Français, que nous ne pouvons pas penser qu’il existe un ministre sans habit brodé, un chef de bureau sans portefeuille de maroquin rouge.

» Dans un coin de la cour, un jokey monté tenait en bride un joli cheval simplement harnaché; le noble lord y monta lestement, et d’un air distrait, appuyé de la main droite sur la croupière, il continua quelques instans sa conversation avec M. Hamilton. Dans le moment arriva, à cheval, suivi d’un seul domestique, un gentlemen de bonne mine qui aborda cavalièrement lord Castlereagh; M. Camley nous apprit que c’était lord Bathurst, le secrétaire d’Etat de la guerre et des colonies. Leurs seigneuries s’entretinrent ensemble en caressant nonchalamment le museau de leur cheval avec le bout de leurs cravaches. Elles sortirent ensuite de Downing-Street, à côté l’une de l’autre. Elles se dirigèrent vers le parc Saint-James, décidant au trot, du destin de quelque rajah ou nabab de l’Inde. Peut-être qu’avant d’être arrivés au bout de la grande allée du parc, l’Angleterre avait, d’après les projets de ses ministres, ajouté à ses possessions asiatiques un ou deux royaumes.

» J’étais émerveillé de voir de si petits rouages faire mouvoir une si grande machine. Cette habitude de traiter si lestement les nations, et de conclure, chemin faisant, un marché de peuples, me parut le nec plus ultrà de la diplomatie européenne. Nous mettons plus de tems chez nous à examiner des affaires moins importantes; et, comme dit Beaumarchais, nos premiers commis s’enferment souvent des heures entières pour tailler des plumes. Je doute que nous adoptions jamais l’usage de discuter le sort des empires, au pied levé, dans une promenade ou dans une partie de cheval.

» Nous étions restés seuls sur la petite place de Downing-Street; mon compatriote avait affaire dans les bureaux de la chancellerie et M. Camley offrit de nous y conduire. Nous frappâmes trois coups à une petite porte en face de la maison des affaires étrangères. Une jeune bonne anglaise vint nous ouvrir. Nous traversâmes une salle à manger, dans laquelle on venait de dresser une table de quatre couverts, et nous arrivâmes dans une chambre où travaillaient trois commis. Nous étions chez le lord-chancelier. Il aurait fallu six mois en France pour mettre en règle des papiers qu’à la première vue le commis auquel nous nous adressâmes classa par ordre de matières. Il nous annonça que la créance de M..... (notre compagnon) était juste; et il se disposait à la mettre sous les yeux du chancelier, lorsque lord Eldon sortit de son cabinet. Le commis lui remit la liasse de papiers. Sa grâce les examina avec plus d’attention encore que son secrétaire; elle prit une mauvaise plume, et, après l’avoir essayée deux fois, elle signa, sur le coin du bureau, un ordre de paiement qui avait déjà coûté plus d’un an de démarches et de sollicitations. Nous prîmes congé de sa grâce, à qui la bonne vint annoncer qu’on avait servi.

» Eh quoi! dis-je à M. Camley, qui souriait de mon étonnement, voilà tout votre ministère.... Dans un coin de rue, où ne voudrait pas se loger le moins riche de nos banquiers de Paris, sont réunis les hôtels de vos ministres!.... Chacun d’eux emploie moins de commis que la plupart de nos maisons de commerce!… Et c’est dans ce petit carré de quelques toises que l’Angleterre a renfermé tous ses ateliers politiques; c’est là que se sont organisées ces coalitions qui ont bouleversé l’Europe; c’est de là que sont parties toutes ces combinaisons qui ont changé la face du monde; c’est là que se décident la chute des empires, la vie des nations, l’achat des conquêtes; et c’est contre ce petit tas de maisons réunies qu’est venue échouer la puissance du plus grand despote de l’univers!.... «Ne vous y trompez pas, me dit M. Camley, la force du levier d’Archimède est dans sa simplicité, et vous êtes dans le pays de Newton, qui ne demandait qu’un point d’appui pour remuer le monde.»

PONT DE WATERLOO.

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That great city which reigneth over the kings of the earth.

Révélation.

Ce pont, dont le parlement avait ordonné la construction par un bill, ne devait porter dans le principe que le nom modeste de la partie septentrionale de Londres avec laquelle on le destinait à ouvrir une communication, celui du Strand; mais un acte, émané du parlement en1816, ordonna qu’il serait nommé le pont de Waterloo.

Le18juin1817, jour anniversaire de la bataille de Waterloo, fut fixé pour celui de la fête d’inauguration pour l’ouverture de ce pont. Deux cents coups de canon furent tirés en commémoration du nombre de ceux qui tombèrent au pouvoir des vainqueurs.

Les Romains, lors de leurs triomphes, n’étalaient pas un plus fastueux appareil que le gouvernement anglais n’en déploya en cette occasion. Le prince-régent, accompagné du duc d’Yorck et de tous les grands officiers du palais, partit à trois heures de Whitehall, s’embarqua sur la Tamise, suivit la rive du fleuve du côté de Surrey, et vint avec son yacht passer, au milieu d’une multitude de barques, sous l’arche centrale du pont. On fit figurer dans cette cérémonie les gardes à pied et à cheval; leurs chapeaux étaient décorés de branches de lauriers; une banderole flottait au milieu d’eux: le héros britannique, le duc de Wellington était présent. On y remarquait aussi le lord-maire et toutes les corporations de la cité. La Tamise, couverte d’une innombrable quantité de gondoles et de batelets aussi élégamment que richement décorés, présentait un magnifique coup d’œil.

Le pont de Waterloo, à partir du Strand jusqu’à la route de Lambetts, a2,890pieds. Sa longueur, en y comprenant les culées, est de 1,240pieds; sa largeur totale est de42pieds. Des arches en briques soutiennent les tabliers à l’une et à l’autre extrémité. Celui du côté de Surrey a1,250pieds; celui du côté du Strand n’en a que400. La surface plane qu’on a obtenue en prolongeant les tabliers jusqu’au niveau des rues aboutissantes, produit une des perspectives les plus étendues qu’aucun pont puisse offrir en ligne directe. Celui-ci est supporté par neuf piles de vingt pieds d’épaisseur. Chacune d’elles est posée sur trois cent vingt pilotis de dix-neuf à vingt pieds de longueur. Les arches ont cent vingt pieds d’ouverture, et sont d’une hardiesse admirable. Mais ne doit-il point paraître étonnant que ce pont, construit à si grands frais, n’aboutisse à aucune rue directe de l’un ni de l’autre côté? On ne pouvait le placer plus mal.

Les promeneurs y jouissent d’un plaisir dont ils sont privés sur ceux de Londres et de Westminster à cause de la hauteur de leurs parapets. Ceux qui le traversent peuvent, lorsque la Tamise est dégagée de brouillards, porter leurs regards sur divers points éloignés. La balustrade qui le décore est en granit d’Alberden d’un beau grain. Quant à la corniche de couronnement, elle est aussi en granit, mais d’un grain plus grossier et qui ne paraît pas être en rapport avec celui de la balustrade. La hauteur du pont, à l’endroit où il vient s’unir au Strand, est de cinquante pieds au dessus du niveau de l’eau. La première pierre en ayant été posée le11octobre1811, et le passage en ayant été livré au public le18juin1817, sa construction a duré un peu moins de six ans.

Les sommes employées dans cette entreprise sont tellement considérables, qu’on assure qu’il s’écoulera quatre-vingt-neuf années avant que la compagnie qui en a avancé les fonds, touche rien au delà de l’intérêt de son argent, en supposant que le péage produise deux cents pounds (environ4,800fr.) par jour; mais il ne rapporte pas maintenant la dixième partie de cette somme. Il y a même des personnes qui assurent que le dividende annuel ne donnera pas aux actionnaires un schelling d’intérêt pour cent. L’acquisition seule des terrains et des maisons qui sont abattues ou qui doivent l’être a coûté44,000 livres sterling, plus d’un million de francs.

Tous les ans, au18juin, tous les soldats et les officiers de service à Londres, comme dans toutes les autres garnisons, mettent du laurier à leurs chapeaux. Il y a partout où la chose est possible, parade et revue extraordinaire. Le général qui gagna la bataille fameuse (après sa mort, le grand maître de l’artillerie aura à remplir les mêmes fonctions) ainsi que le commandant en chef de l’armée, tiennent chacun un lever extraordinaire.

Le soir, ce dernier assiste à un grand repas qui est donné par le général aux officiers les plus distingués de l’armée. Ce repas est lui-même une représentation allégorique de la bataille: les pièces de viande, le gibier quadrupède etc, représentent la cavalerie; les oiseaux représentent l’infanterie; les pâtés et les tourtes sont des forteresses ou des batteries. Le laurier fourni par les schakos des soldats qui ont monté une garde d’honneur à la porte de la maison où le festin a lieu, est employé à parfumer un immense plat de crême; (car c’est de laurier-cerise que les Anglais se servent en guise de laurier de victoire.) Cette crême, ainsi que les vins qui circulent sur la table, représentent les ruisseaux, les lacs ou les rivières qu’on a eu à franchir sur le champ de bataille.

A la fin du repas, la victoire est toujours aux Anglais. Il est bien évident que des guerriers, ayant bon appétit et armés de couteaux et de fourchettes, doivent toujours rester maîtres du champ de bataille et anéantir les ennemis qui osent s’y présenter.

L’anniversaire du18juin sera, selon toute apparence, fériée dans tous les siècles futurs de l’empire Britannique: outre les souvenirs qu’il réveille, il fournit à l’élite de l’armée l’occasion de signaler sa vaillance gastronomique. Celle-ci a l’avantage d’être toujours à l’abri des chances qui faillirent de convertir l’anniversaire glorieux en un anniversaire de désolation et de deuil

LES RUES DE LONDRES.

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Ætas parentum, pejor avis, tulit

Nos nequiores.

HOR.

Nos pères valaient moins que nos aïeux, et nous sommes pires que nos pères.

On a dit avec raison qu’aucune ville du inonde ne pouvait donner une idée de Londres; ses grandes et belles rues tirées au cordeau, ses trottoirs élégans et commodes, ses maisons d’une grande propreté, aussi remarquables par leur simplicité que par leur couleur, ornées de jolies petites portes décorées de colonnes et de frontons qui ne sont pas toujours d’un goût exquis, et sur-tout la quantité innombrable de ses magasins, qui semblent servir d’entrepôt général à toutes les marchandises du monde, donnent à la capitale de l’Angleterre un air de grandeur et d’originalité, de richesse et de simplicité qu’on ne trouve nulle part.

Je parcourais hier les trottoirs sans trop savoir où j’allais: tout chemin m’était indifférent, parce que je ne voulais que voir. Je lisais le nom des rues, je contemplais les enseignes, les étalages, enfin, je faisais le badaud. En moins de cinq minutes j’arrivai dans Piccadilly poussé et coudoyé par plus de mille personnes qui m’avaient forcé de faire ce chemin plus lestement que je ne le désirais

Il n’y a presque point d’étrangers qui n’aient entendu parler de Piccadilly comme d’un des plus beaux quartiers de Londres. Il en est peu, en effet, où l’on puisse voir une circulation plus rapide et une scène plus animée. Là, ce sont des diligences remplies de voyageurs qui arrivent des divers comtés de l’Angleterre; ici, d’élégans équipages transportent mollement des fashionables dans Hyde-Parck, sur le point où il est convenu que le beau monde doit paraître. Les cavaliers s’y mêlent aux voitures, et donnent au tableau plus de vie et de variété. Quant aux piétons qui se promènent sur les côtés, ils produisent le même effet que les personnages places par les peintres sur les plans inférieurs de leur composition.

Chemin faisant je rencontrai une connaissance du docteur devenue la mienne, et après les civités d’usageje proposai à l’honorable gentleman de m’accompagner, ce qu’il accepta. C’était un homme de bonne compagnie, mais d’un âge mûr et un peu entiché des vieilles coutumes.

Après avoir parcouru la belle rue de Piccadilly, nous allâmes voir la statue de Bonaparte, sculptée par le célèbre Canova, et qui devait orner en France, la salle des Maréchaux: elle est placée maintenant dans la partie du vestibule de l’hôtel de Marlborough, destinée aux valets. «Ce manque de goût, dis-je à mon compagnon, ne fait pas honneur aux connaissances que l’on a ici dans les arts.» Nous continuâmes notre trajet, moi en réfléchissant aux vicissitudes humaines, le gentleman, en se livrant à la causticité de son caractère à laquelle chaque passant servait d’aliment. Nous entrâmes un instant chez le pâtissier Hickson; sa boutique est la plus renommée de Londres. C’est le rendez-vous de la meilleure compagnie. Les flumket, les biscuits, les tartes, y sont variés à l’infini de forme et de goût; les gelées y sont passables, les glaces très-médiocres. Dans une salle basse, qui n’a pas toute la propreté anglaise, il y a deux ou trois tables de marbre, autour desquelles on prend place quand on peut. Le bon ton est de manger debout. Là, l’élite de la noblesse, les courtisans du prince, les dames du palais de la reine, se pressent avidement autour de quelques assiettes de pâtisserie, et se régalent d’une boisson assez insipide, mais fort à la mode depuis quelques années; on la nomme soda water (eau de soude); elle ressemble assez, pour le goût, à notre eau de Seltz, que nos médecins ont mise en faveur chez les gourmands; cette eau de soude, renfermée dans de petites bouteilles, fait lorsqu’on les débouche le bruit du vin de Champagne, avec lequel elle n’a pas d’autre rapport; elle est fort du goût des Anglais. Quelques dames, par un surcroit de bon ton, ne se donnent pas la peine de descendre de leurs équipages et font leur lounch dans la voiture, tandis que les laquais se grisent avec du gin chez le marchand de liqueurs et que le cocher caresse ses chevaux en lustrant leur poil avec son mouchoir de poche.

Nous terminâmes notre matinée par une promenade au Parc. Le voyageur qui d’abord a été choqué du peu de goût qui a présidé aux divers ornemens de la barrière, aperçoit tout-à-coup une spacieuse perspective sur deux parcs que sépare une large avenue. L’affluence des cavaliers et des équipages dans la plus vaste allée lui inspire aussitôt le désir de s’y promener. Je m’aperçus, en y arrivant, que mon compagnon semblait éprouver une suffocation d’idées et de paroles; et, en effet, à peine eûmes-nous pris le chemin de cette grande allée, qu’il me parla en ces termes:

«Vous me vantiez, me dit-il, les grandes améliorations qui ont eu lieu dans la ville de Londres. (Il y avait vingt ans qu’il n’y était venu, ayant passé tout ce temps dans sa terre.) J’en aperçois bien quelques-unes dans le matériel des choses, c’est-à-dire dans les rues, dans les bâtimens, mais je n’en vois aucune dans les habitations. Au contraire, j’y trouve une détérioration toujours croissante, une démoralisation qui fait tous les jours de nouveaux progrès. Que vois-je dans toutes les rues où je passe, dans tous les lieux publics que je fréquente? Des êtres qui ne sont ni hommes, ni femmes, ni singes, mais qui semblent réunir en eux les caractères distinctifs de ces trois espèces. On ne savait, de mon temps, ce que c’était qu’un dandy. Nous avions des élégans vêtus de riches étoffes de brocart, de velours, d’habits brodés, et portant l’épée au côté comme cela convient à un homme bien né. Il est vrai qu’ils donnaient deux cents livres de gages à un valet de chambre français, qui passait tous les jours quatre heures à faire leur toilette; mais, aujourd’hui, on en perd six à se faire lacer et serrer dans un corset, à arranger les plis d’une cravate qui vous étrangle comme si vous étiez au pilori, à se faire huiler la tête, à se peindre la figure, et tout cela pour ne pas avoir l’air d’un homme comme il faut. Vous conviendrez que cela est bien étrange!»

Je lui demandai s’il avait tout-à-fait oublié la poudre à la maréchale, la pommade et les odeurs?

«Fort bien, fort bien, me dit-il, mais, au bout du compte, on reconnaissait un homme de condition à son costume. Aujourd’hui, sa tête est semblable à celle de son jockey. Ses cheveux ressemblent à une brosse, son visage, enterré dans une énorme cravate bien empesée, est perché sur un cou si roide qu’il ne peut faire un mouvement sans effort; on croirait voir un âne alonger sa tête au-dessus d’un mur d’appui peint en blanc. Si vous portez ensuite les yeux sur la partie inférieure de cet être ridicule, vous apercevez des pantalons qui vous laissent le choix de le prendre pour un Turc, pour un laboureur, ou pour un matelot. Vous ne pouvez faire un pas sans risquer d’être renversé par quelqu’une de ces momies ambulantes dont toutes les jointures sont tellement serrées dans leurs vêtemens qu’il leur faut beaucoup de temps et de peine pour faire une révolution géométrique en se détournant d’un pas de la ligne droite.

» Que dire ensuite de ces dames à énormes chapeaux en appentis, qui vous crèvent quelquefois les yeux, où dont le petit parasol, toujours ouvert, même quand il ne fait ni pluie, ni soleil, accroche et renverse votre coiffure? Leurs yeux, leur nez, leur bouche sont cachés sous l’auvent qui les couvre, et si vous portez les yeux un peu plus bas, vous êtes forcé de rougir à la vue des nudités que vous apercevez. Quelques unes portent en main, comme nos facteurs de la poste aux lettres, un sac en velours, en satin et en soie, dont elles vous battent les jambes en passant; souvent un misérable chien qui les suit vous inquiète en aboyant, et vous devez vous estimer heureux s’il ne vous mord pas les jambes, ou s’il ne déchire pas votre habit.

» Combien n’est-il pas indécent de voir le laquais, de la taille d’un grenadier, qui suit sa maîtresse, dominer sur son dos et ses épaules entièrement découvertes, ou, s’il se baisse pour ramasser son gant, avoir, grâce au peu de longueur des vêtemens inférieurs, la vue d’un spectacle encore plus indécent! Tout est monstruosité de nos jours.

» Et vos roués, quelle différence entre eux et nos élégans d’autrefois! Cette production de votre temps est une espèce de race croisée, une sorte de mulet né dans vos écuries. Quelle foule de ces jeunes brutes infeste les rues de Londres! L’un, le corps penché en avant et se carrant les coudes, se pique de conduire mieux que son cocher sa barouche attelée de quatre chevaux; l’autre, conduisant un landaw, les yeux fixés entre les oreilles de son cheval n’est occupé qu’à exciter son ardeur pour redoubler la vitesse de sa course, et il est très-probable qu’il écrasera quelqu’un, ou qu’il renversera sa voiture ou celle d’un autre. Celui qui mène un tilbury est un peu plus modeste; il a ordinairement plus d’égards pour lui-même et pour autrui. Il a dans son cabriolet son jokey pour compagnon; on aperçoit la tête de son ami de cœur, c’est-à-dire d’un basset ou d’un barbet, qui, accroupi entre ses jambes, avertit en aboyant les passans de se déranger, et a en cela plus d’intelligence que son maître.

» Tous ces êtres sont au comble du bonheur et bouffis d’un ridicule orgueil lorsqu’ils peuvent parvenir à être membres du club des jockeys. Souvent ils ont à la bouche un cure-dent, une paille qu’ils ont ramassée dans leur écurie, ou, pour se donner un air militaire, un cigare allumée dont la fumée semble indiquer qu’il ne se trouve dans l’intérieur de leur tête que vide, vapeur et brouillard.

» Quelquefois vous voyez ces héros de taverne ou d’écurie, placés nonchalamment sur un cheval, fermant un œil et approchant une lorgnette de l’autre, ayant sous le bras un bâton tortu, emblème parfait de leur esprit, et tenant le manche d’un fouet dans leur poche, avec lequel leur main droite est enfoncée.

» D’autres fois, devenant piétons, cinq ou six d’entre eux se prennent par le bras, et entrelacés comme une botte d’oignons ils occupent tout le trottoir, et mettent obstacle à votre marche: zéros rangés l’un près de l’autre, et n’ayant aucune valeur parce qu’il ne se trouve pas un seul chiffre parmi eux, ils vous forcent à leur céder le pas, jettent dans la boue le vieillard et l’infirme, et font rougir par leurs regards effrontés la femme modeste qu’ils rencontrent, si par hasard ce phénix peut se trouver dans Saint-James-street, dans Pall-Mall ou dans Bond-street.

» Cette espèce d’êtres, que je ne sais comment qualifier, est si considérable, que beaucoup étant forces par leurs dettes de passer sur le continent, on ne s’aperçoit pas cependant qu’ils deviennent plus rares. Il est vrai qu’on en voit chaque jour paraître de nouveaux qui semblent croître comme des champignons, et qui remplissent toutes les rues de la ville, au grand détriment des gens raisonnables qui s’y trouvent encore. Restent-ils dans leur patrie, ils en sont le fardeau; s’ils la quittent, ils sont partout la risée de l’étranger.

Ainsi se termina la philippique de mon compagnon. Je la trouvai un peu sévère; mais elle peut donner une leçon salutaire aux jeunes fous à pied, à cheval, ou en voiture, qui infestent les rues, ou qui vont afficher leurs travers sur le continent.

SQUARES.

Table des matières

Les Squares sont une des grandes beautés de la ville de Londres, un ornement que l’on devrait imiter dans toutes les grandes villes pour l’agrément et la salubrité. Ces Squares sont des places ou carrés qui se trouvent à Londres en assez grand nombre, et auxquels viennent aboutir plusieurs rues. Les Squares sont coupés par compartimens, couverts de gazon et d’arbustes. Peu de personnes ont la liberté de se promener dans l’intérieur des grilles qui renferment le jardin; les familles seules qui habitent ces places ayant le droit d’avoir une clef pour y entrer.

Les plus remarquables de ces Squares sont ceux-ci:

Groswenor-Square le plus imposant par la magnificence des hôtels dont il est environné. Il est orné de la statue équestre de Géorge II.

Cavendish-Square où se trouve la statue équestre de Guillaume, duc de Cumberland, qui, quoiqu’elle soit dorée, n’en est pas meilleure pour cela. On lit sur le piedestal que cette statue est un hommage rendu à la vertu de ce duc par son ami le lieutenant-général Strade. L’amitié, trop favorablement prévenue, scrute rarement le fond du cœur, et l’écrivain impartial doit se garder d’adopter ses jugemens sans examen, car quelque brillans qu’aient pu être les services rendus à l’Angleterre par le duc de Cumberland, ils ne feront jamais excuser sa cruauté.

Soho-Square, plus remarquable par les souvenirs qui s’y rattachent, que par sa beauté. C’est là qu’est l’hôtel où demeura l’infortuné duc de Montmouth, décapité sous le règne de Charles II, le15juillet1795, à l’âge de35ans. Cette place porta d’abord le nom de ce seigneur. Il fut depuis changé par ses amis en celui de Soho, qui avait été le mot d’ordre à la bataille de Sedgemore, où Montmouth fut vaincu. On voit au coin de Greek-Street une maison qui fut autrefois le rendez-vous des premiers Fashionables de Londres, et le temple des plaisirs en tout genre, où la célèbre Cormelys attira pendant plusieurs années tout ce que la ville renfermait d’illustres personnages, Dans un autre coin de cette place une maison de très-simple apparence était la résidence d’un savant des plus renommés, sir Joseph Banks, le compagnon de l’immortel capitaine Cook dans un de ses voyages autour du monde. C’est là encore que l’on trouve le Bazar le plus fréquenté de la capitale de l’Angleterre. Le faiseur de caricatures qui se placerait à une certaine heure avec ses crayons à l’entrée de ce Bazar, aurait bientôt une ample moisson de figures telles qu’il ne s’en rencontre nulle part ailleurs, et capables de provoquer le rire inextinguible.

Leicester-Square, le palais royal de Londres, où l’on se promène de préférence le soir pour y admirer la variété des boutiques et pour y rencontrer ses connaissances. C’est là aussi que par un maintien d’une modestie affectée qui n’échappe pas aux connaisseurs, certaines beautés anglicanes, de celles qui font acheter un cher repentir, essaient à la lueur du gaz d’attirer leur proie par une vivacité de démarche qui semble avoir pour but de se dérober aux poursuites et qui n’est rien moins que cela; vivacité, pour le dire en passant, qui est bien démentie dans tout le reste, au dire des amateurs.

Enfin la place de Tower-Hill où doivent être décapités les nobles que la cour des pairs déclare coupable de haute trahison. L’usage d’y faire des exécutions remonte au15e siècle.

Tower-Hill, occupe l’espace qui se trouve entre Trinity-Square, et le large fossé qui défend l’accès de la Tour. Le terrain qu’elle occupe embrasse plus de douze acres, et le fossé dont elle est entourée a trois mille cent cinquante-six pieds de tour.

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Janr və etiketlər

Yaş həddi:
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Litresdə buraxılış tarixi:
11 oktyabr 2024
Həcm:
240 səh. 1 illustrasiya
ISBN:
4064066303426
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
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