Kitabı oxu: «Un palais chaldéen, d'après les découvertes de M. de Sarzec»
Léon Heuzey
Un palais chaldéen, d'après les découvertes de M. de Sarzec

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306779
Table des matières
L’ARCHITECTURE CHALDÉENNE ET LES DÉCOUVERTES DE M. DE SARZEC
I
II
LE BASSIN SCULPTÉ DU PALAIS DE TELLO
I
II

A LA MÉMOIRE
DE
LOUIS DE RONCHAUD
Le temps n’est pas encore venu de reconstruire un palais chaldéen avec le crayon et avec la plume, comme on l’a tenté pour les palais assyriens de Nimroud et de Khorsabad. Les fouilles de M. de Sarzec à Tello ont cependant fait avancer la question d’un grand pas.
Je voudrais seulement ici donner au lecteur curieux des choses de la haute antiquité quelque idée de ce que pouvaient être, d’après ces récentes découvertes, les palais de la vieille Chaldée. Dans une première partie, qui n’est que la publication d’une conférence que j’ai faite au Congrès des Architectes français, j’examine surtout ce qui a trait à la construction. La seconde partie est consacrée à l’étude d’un remarquable exemple de décoration sculpturale provenant des mêmes fouilles.
C’est mon ami profondément regretté, M. de Ronchaud, qui m’a engagé à réunir les deux notices sous un même titre, pour la collection de petits traités archéologiques publiés sous sa direction. Ceux qui connaissent les éminents services que cet homme d’intelligence et de cœur a rendus à l’étude des antiquités asiatiques, d’abord comme Secrétaire général des Beaux-Arts, puis comme Directeur des Musées nationaux, la part qu’il a prise à l’acquisition des monuments chaldéens de M. de Sarzec, la persistance avec laquelle il a poursuivi la création au Louvre de la Conservation des Antiquités orientales, enfin le dévouement qu’il n’a cessé de mettre, jusqu’au dernier jour, à encourager les travaux de la Mission de Susiane, ne s’étonneront pas que j’inscrive son nom en tête de ces pages. Ainsi les anciens Orientaux plaçaient volontiers l’image des génies bienfaisants aux portes de leurs demeures, à la fois pour les orner et pour les défendre.
LÉON HEUZEY.
Paris, 15 novembre 1887.
PLANCHE I
. — Tablette, avec règle graduée, placée sur les genoux d’une statue assise du patési Goudéa.

. — Tablette, avec plan gravé, placée sur les genoux d’une autre statue assise de Goudéa.


L’ARCHITECTURE CHALDÉENNE ET LES DÉCOUVERTES DE M. DE SARZEC
Table des matières
Conférence faite au Congrès des Architectes français de l’année 1886
MESSIEURS,
LES archéologues doivent toujours avoir grand’peur de parler d’architecture devant les architectes. Pour moi, j’ai aujourd’hui plus que jamais cette peur-là. Je professe que, pour les archéologues, le commencement de la sagesse, initium sapientiæ, c’est la crainte des architectes. Il ne saurait être question, bien entendu, que de cette crainte, faite de respect et de sympathie, que l’on éprouve devant des juges et devant des maîtres.
Aussi, Messieurs, n’attendez pas de moi que je cherche à vous apporter des théories savantes sur le grand art que vous pratiquez. C’est là un terrain qui vous est réservé, un domaine où seuls peuvent pénétrer avec vous des artistes tels que celui qui vous parlait hier à cette place , des hommes qui après avoir profondément médité sur tous les arts, ont réalisé dans leur propre carrière l’idéal de l’unité de l’art.
Tout ce que je me propose de faire, pour répondre à l’invitation, si aimable et si flatteuse pour moi, que vous m’avez adressée, c’est d’abord de vous offrir un livre, puis de vous soumettre un plan et quelques détails levés sur le terrain, qui contiennent des faits d’une grande nouveauté pour l’histoire de l’architecture.
Ces faits viennent de nous être révélés par les fouilles récemment faites en Chaldée, au berceau même de l’art et de la civilisation asiatiques, par un de nos consuls, M. Ernest de Sarzec. Le nom de M. de Sarzec doit dominer toute cette communication: mon rôle se réduira surtout à exposer les résultats obtenus par ses courageux et intelligents efforts.
Le livre ou plutôt le commencement de livre que j’ai l’honneur de vous remettre pour votre bibliothèque est la première livraison des Découvertes en Chaldée du même explorateur, ouvrage dont je me suis chargé de diriger la publication, regardant ce travail comme un devoir étroitement lié à mes fonctions de Conservateur des Antiquités Orientales au Musée du Louvre .
M. de Sarzec est avant tout un homme d’action. On trouverait dans sa conversation et dans sa correspondance dix fois plus de faits, d’esprit et d’idées qu’il n’en faut pour faire ce qu’on appelle un livre; mais ses amis savent que ce livre, il n’aurait peut-être jamais eu la patience de l’écrire jusqu’au bout. Il était donc urgent de l’amener, par une pression affectueuse, à nous donner d’abord une relation de ses fouilles, contenant tous les détails utiles. Cette description personnelle est la base de notre commune publication. Je me suis contenté d’y joindre quelques notes explicatives et divers renseignements recueillis pendant que nous reprenions ensemble l’étude des résultats obtenus. Ensuite trouveront place les indications archéologiques que j’ai tirées de l’examen des monuments et des innombrables débris dont le Louvre s’est enrichi à la suite de cette incomparable découverte.
Dans de telles conditions de collaboration étroite et confidentielle, tout ce qui a pu être dit ou écrit jusqu’à ce jour sur la partie architectonique des fouilles de Tello ne saurait être qu’un emprunt aux parties publiées de l’ouvrage de M. de Sarzec. C’est comme un prélèvement fait sur la communication dont je m’étais toujours proposé de donner la primeur à la Société Centrale des Architectes, le jour où les fruits de notre travail seraient assez mûrs pour lui être présentés.
Quant au plan à grande échelle que vous avez sous les yeux et qui représente le palais de Tello, le principal édifice déblayé par les fouilles, on peut dire également qu’il est l’œuvre de M. de Sarzec. C’est notre consul qui, sans être ni architecte ni ingénieur, a su, à force d’application et de patience, en relever toutes les mesures et toutes les directions. De retour en France, il a fait exécuter sur ces données une première esquisse, qui manquait seulement de l’aspect et du relief qui pouvaient la rendre facilement lisible. C’est alors que j’ai appelé à notre secours mon ami M. Daumet: il s’est souvenu qu’autrefois nous avions fouillé tous les deux, en Macédoine, un autre palais, un palais grec, plus élégant sans doute, mais beaucoup moins antique que celui de Tello. Non seulement il nous a guidés de ses conseils, mais encore, grâce à sa recommandation, un de ses élèves, M. Murcier, a bien voulu se charger, avec autant d’amabilité que de dévouement, de donner la forme à notre plan et aux autres tracés d’architecture qui doivent me servir pour la présente étude.
Un archéologue éminent, Adrien de Longpérier, dont la dernière joie scientifique a été la vue des monuments rapportés par M. de Sarzec, disait, peu de temps avant de mourir, que c’était la plus grande découverte archéologique de notre temps. Pourtant elle n’est comparable, ni par l’étendue des fouilles ni par le nombre et la grandeur des monuments retrouvés, aux découvertes qui nous ont révélé l’antiquité assyrienne et qui ont fait sortir de terre les palais mêmes des rois d’Assyrie avec leurs immenses suites de sculptures décoratives. Ce qui fait cependant la supériorité des fouilles chaldéennes, c’est qu’elles nous ouvrent une antiquité beaucoup plus reculée. Elles nous transportent aux origines de l’histoire, au milieu de ces populations de la Chaldée dont la civilisation ne paraît avoir été ni moins ancienne ni moins originale que celle des Egyptiens. Or, cette très antique culture, on commençait à désespérer de la connaître. On pouvait craindre que les Chaldéens, tout occupés de travaux utiles, détournés par la première application des sciences à la vie pratique, n’eussent pas laissé derrière eux beaucoup de monuments capables de nous donner la vue d’une aussi haute antiquité et de nous la faire toucher du doigt.
Ce doute qui pesait sur l’étude des origines de l’art en Orient, les monuments découverts par M. de Sarzec l’ont dissipé avec éclat. Ils ont apporté la certitude que l’antiquité chaldéenne se retrouvait presque intacte sous le sol de la Chaldée. Nous pouvons affirmer aujourd’hui que ce sol recouvre encore — des restes considérables et beaucoup plus variés qu’on ne le pensait d’une très antique architecture, — toute une sculpture originale, pleine de vérité et de force, dont la sculpture assyrienne n’a été que le reflet, je dirai presque la décadence, — enfin des inscriptions innombrables et des objets de toute sorte qui donnent l’outillage de la vie de ces hautes époques. Tout cela est conservé, pour l’instruction des générations présentes, sous les tells ou monticules qui se dressent au milieu des basses plaines voisines du confluent du Tigre et de l’Euphrate.
Les nombreux et remarquables restes de ces monuments chaldéens que M. de Sarzec a rapportés au Louvre nous font remonter au delà du vingtième, peut-être du trentième siècle avant notre ère, à une époque où les deux fleuves, aujourd’hui réunis, se jetaient séparément dans la mer, à plus de quarante lieues en arrière du point où se trouve actuellement leur commune embouchure. C’est dans cette région, sur les bords d’un canal intermédiaire, que M. de Sarzec a retrouvé les ruines d’une ville qui n’est pas nommée dans l’histoire. Cependant on ne peut douter que ce ne soit un des centres les plus antiques où la civilisation ait commencé de fleurir.
Ainsi, même en Orient, les arts n’ont pas pris naissance au milieu de vastes empires, réunissant d’immenses troupeaux d’hommes sous une seule main, comme seront plus tard les empires de Babylone et de Ninive. Ils ont eu pour multiple berceau des cités indépendantes et rivales, formant autant de petits états séparés. Ces conditions se rapprochent de celles où se sont trouvées la Grèce antique et l’Italie de la Renaissance. Il y a là une loi historique qui tend à se généraliser.
Ces villes placées dans les bouches du Tigre et de l’Euphrate étaient de véritables ports en rivière. Le reflux de la mer, remontant alors jusque-là, y apporta de bonne heure la grande activité de la navigation maritime et fluviale. Le mouvement devait y être comparable à celui des cités qui occupent de nos jours le cours inférieur des fleuves de l’Inde ou de la Chine.
Après avoir eu à l’origine des rois particuliers, la ville chaldéenne de Tello, à l’époque de son plus grand développement, est gouvernée par des chefs qui ne portent plus le titre royal, mais le titre de patési, dont les assyriologues ne s’expliquent pas encore la valeur exacte. A défaut d’explications, nous possédons les statues mêmes de ces personnages et principalement celles de Goudéa, qui fut le plus puissant de tous, comme le prouve la grandeur des travaux qu’il a fait exécuter. Interrogeons ces images: peut-être nous diront-elles quelque chose des hommes qu’elles représentent.
A voir leur attitude religieuse, leur tête avec la chevelure et la barbe complètement rasées, la simplicité de leur costume formé du seul châle à courtes franges, l’aspect rustique de la sellette de bois, sorte de banquette basse, sur laquelle ils sont assis, il est facile de reconnaître les indices d’une vie soumise aux règles d’une étiquette restrictive. C’est que les patési n’étaient pas des rois: il faut reconnaître en eux les chefs naturels de la classe sacerdotale et savante des Chaldéens. Tenant des brahmes de l’Inde et des lettrés de la Chine, instituteurs de la religion et des sciences sacrées, à la fois prêtres, astronomes, géomètres, ils furent naturellement les conducteurs des grands travaux qui ont aménagé dans ce pays les premiers centres de la culture humaine.
On s’est donc étonné à tort de trouver sur leurs genoux la tablette de l’architecte (sorte de planchette, enduite probablement d’argile crue), avec un plan déjà tracé, avec le stylet à dessiner ou à écrire, avec la règle graduée, qui est moins une mesure qu’un instrument de réduction . Ce sont bien là tout au contraire les insignes de leur gouvernement. Il n’est pas rare de rencontrer dans nos anciens monuments des figures de princes ou de rois tenant entre leurs mains les petits modèles des édifices commandés par eux; mais on n’est pas tenté de supposer, comme ici, qu’ils en aient eux-mêmes, la règle à la main, dessiné le plan et dirigé la construction.
J’ai fait mouler à part et restaurer avec soin cette précieuse règle, qui présentait déjà l’aspect et la disposition à la règle que vous employez, Messieurs, dans vos travaux. Je suis heureux d’en offrir, au nom de M. de Sarzec, le premier exemplaire à la Société Centrale des Architectes: un pareil hommage lui revient de droit.
Pulsuz fraqment bitdi.