Kitabı oxu: «Tolstoï pour les enfants: 98 Contes et Fables (L'édition intégrale)»

Şrift:

Léon Tolstoï

Tolstoï pour les enfants: 98 Contes et Fables (L'édition intégrale)

Traducteur: Ely Halpérine-Kaminsky

e-artnow, 2021

EAN 4064066446291

Note éditoriale: Cet eBook suit le texte original.

Table des matières

POUR ÊTRE LU AVANT LE LIVRE

COMMENT EMMELKA POUGATCHEV ME DONNA UNE PIÈCE D’ARGENT

LE JUGE HABILE

COMMENT LE MOUJIK PARTAGEA L’OIE

TROIS AMIS

LE MOUJIK ET LE CHEVAL

LES RICHESSES QUE DIEU DONNE À L’HOMME

LE TZAR ET LA CHEMISE

DEUX MOUJIKS

LA PUCE ET LA MOUCHE

LE LOUP ET L’ÉCUREUIL

IL VAUT MIEUX MONTRER L’EXEMPLE QUE COMMANDER

L’HABIT NEUF DU TZAR

LE LION ET LE RENARD

L’INDIEN ET L’ANGLAIS

LES PÊCHES

POURQUOI UN MOUJIK AIMA SON FRÈRE AÎNÉ

LE PLUS BEL HÉRITAGE

LES TROIS VOLEURS

COMMENT UN VOLEUR SE TRAHIT

LES DEUX CAMARADES

LES PUNAISES

LES DEUX MARCHANDS

LE REQUIN

LE VIZIR ABDOUL

UN NOYAU

LA PETITE FILLE ET LES CHAMPIGNONS

LE MOUVEMENT PERPÉTUEL

COMMENT UN MOUJIK FIT DISPARAÎTRE UN BLOC DE PIERRE

LE GILET

LA RÉUSSITE

LE PARTAGE DE L’HÉRITAGE

UN FILS SAVANT

LA BABA ET LA POULE

LA PIERRE

LA VITESSE ET LA FORCE

CAMBYSE ET PSAMMÉNITE

UN PÈRE ET SES FILS

HISTOIRE D’UN MOINEAU

LE SAUT

UNE PUNITION SÉVÈRE

LE MOUJIK ET L’ESPRIT DES EAUX

E FRÈRE DU TZAR

L’AVEUGLE ET LE LAIT

LA SOURIS PETITE FILLE

LIPOUNIOUCHKA

LE RENARD ET LE BOUC

SOUDOMA

LA PRINCESSE AUX CHEVEUX D’OR

LES DEUX FRÈRES

LA COULEUVRE

LA VACHE ET LE BOUC

LE HÉRON, LES POISSONS ET L’ÉCREVISSE

LE CORBEAU ET LE RENARD

LE VEAU SUR LA GLACE

LES CHACALS ET L’ÉLÉPHANT

LES LIÈVRES ET LES GRENOUILLES

LA SOURIS DANS LA GRANGE

LE LOUP ET LA POUSSIÈRE

LE CHIEN ENRAGÉ

LE LION ET LE CHIEN

LE JEUNE CERF ET SON PÈRE

LE MOUJIK ET LE CHEVAL

LE LION, L’OURS ET LE RENARD

LA GRENOUILLE ET LE LION

L’ÉLÉPHANT

LE SINGE ET LE POIS

LE CERF

LE CHIEN ET LE LOUP

LE LOUP ET L’ARC

LE LOUP ET LE MOUJIK

COMMENT LE LOUP DRESSE SES PETITS

LE FAUCON ET LE COQ

LE MOINEAU ET LES HIRONDELLES

LA PIE ET LES PIGEONS

LE TZAR ET LE FAUCON

LE CHOUCAS

LE CANARD ET LA LUNE

LE LIÈVRE ET LES HIBOUX

LE CORBEAU ET SES PETITS

LA POULE ET SES POUSSINS

L’IMPÉRATRICE CHINOISE SILLINTCHY

COMMENT LES BOUKHARIENS APPRIRENT À ÉLEVER LE VER À SOIE

LES ESQUIMAUX

LA ROSÉE

L’ASSEMBLÉE L’A DÉCIDÉ

LES DEUX JUIFS

UN RICHE PAUVRE

LE RÔLE LE PLUS DIFFICILE

LES DEUX GELS

LE PLUS RICHE DES HOMMES

LA PREMIÈRE LOI

BELLE LA GAGNE, BELLE LA DÉPENSE

LE JUGEMENT DU RENARD

LE MOUJIK ET LE FLEUVE

LA SOURCE

LE SOLEIL ET LE VENT

LE PLUS INTELLIGENT DOIT CÉDER

SOUKMAN

POUR ÊTRE LU AVANT LE LIVRE

Table des matières

Ce livre contient, en même temps que la description d’événements qui se sont passés réellement, des fables, des légendes, des contes choisis parmi tous ceux que l’on a écrits pour moraliser les hommes.

Nous avons pris ceux que nous croyons conformés à la doctrine du Christ, et que, par cette raison, nous considérons comme bons et véridiques.

Beaucoup de personnes, et surtout les enfants, en lisant une histoire, un conte, une légende, une fable, se demandent, tout d’abord, si la chose est vraisemblable ; et souvent, s’ils voient que ce qu’on leur raconte n’a pu arriver, ils se disent alors : C’est une simple invention, ce n’est pas vrai !

Les gens qui jugent ainsi ont tort.

La vérité sera dévoilée, non pas à celui qui se contente de savoir si telle chose est arrivée ou peut arriver, mais à celui qui comprend ce que doit être la vie, selon la vérité de Dieu.

La vérité sera dévoilée non pas par celui-là qui dira comment telle chose s’est passée, ce qu’a fait celui-ci ou celui-là, mais par celui qui montrera comment les hommes agissent bien, c’est-à-dire, selon la volonté de Dieu, ou mal, c’est-à-dire, contre la volonté de Dieu.

La vérité, c’est la voie ! Le Christ a dit :

— Je suis la voie, la vérité et la vie !

Donc, ce n’est pas l’homme qui regarde à ses pieds qui découvrira la vérité, mais celui qui suit sa route, en prenant pour guide le soleil.

Toutes les œuvres écrites sont bonnes et utiles, non quand elles décrivent ce qui est, mais quand elles enseignent ce qui doit être ; non quand elles racontent comment vivent les hommes, mais quand elles distinguent le bien du mal, quand elles montrent la seule route droite, conforme à la volonté de Dieu, qui conduit à la vie.

Et pour montrer cette route, il ne suffit pas de décrire ce qui existe dans le monde, car le monde s’agite dans le mal et dans la tentation. Si tu décris le monde tel qu’il existe, tout ce que tu diras ne sera que mensonge, et la vérité ne sera point dans tes paroles. Pour que la vérité éclate dans tes écrits, il te faut dépeindre non pas ce qui est, mais ce qui doit être ; non pas la réalité telle qu’elle est, mais la vérité du royaume de Dieu, vers laquelle nous devons tendre, bien qu’elle nous dépasse encore bien souvent.

Voilà pourquoi il y a des montagnes de livres où l’on vous entretient de ce qui est arrivé ou de ce qui peut arriver ; mais ces livres ne sont que mensonges, si ceux qui les écrivent ignorent eux-mêmes ce qui est bon, ce qui est mauvais, et ne savent pas montrer l’unique voie qui conduit au royaume de Dieu. Il arrive au contraire qu’on trouve des contes, des fables, des allégories, des légendes où sont décrites des choses merveilleuses qui ne se sont jamais passées et qui ne se passeront jamais, et qui cependant sont vraies, parce qu’elles montrent en quoi consiste la volonté de Dieu et où réside la vérité du royaume de Dieu.

Sans doute il doit exister des livres et beaucoup de romans, d’histoires où l’on décrit comment l’homme vit pour ses passions, souffre, fais souffrir, court des dangers, connaît le besoin, ruse, lutte, parvient à sortir de la misère, finit par se réunir à l’objet de son amour et devient riche, puissant, heureux.

De tels livres, quand bien même ils ne renfermeraient rien qui ne se fût réellement passé, — ce qui n’aurait rien d’invraisemblable, — seraient cependant mensongers et faux, car l’homme qui vit pour lui, pour ses passions, possédât-il la plus belle femme du monde, fût-il aussi riche, aussi puissant qu’on puisse l’être, ne peut pas se dire heureux.

D’autre part, il peut exister une légende ou l’on raconte que le Christ et les apôtres parcourant le monde entrèrent un jour chez un riche qui ne voulut point les recevoir, puis chez une pauvre veuve qui les accueillit ; et il ordonna alors à un tonneau d’or de rouler vers le riche et envoya chez la pauvre veuve un loup qui mangea son dernier veau ; cependant la veuve se trouva heureuse malgré tout, tandis que le riche ne le fût point.

Une pareille histoire est tout à fait invraisemblable, car rien de tout cela ne s’est jamais passé, n’a pas pu se passer ; néanmoins, elle est la vérité, car on y montre ce qui doit être toujours notre règle de conduite, ce qui est bien, ce qui est mal, et où doit tendre l’homme pour accomplir la volonté de Dieu.

Qu’importe donc le caractère merveilleux d’un récit ! Laissons le fauve emprunter la langage de l’homme, et les êtres humains obéir à des forces invisibles ; quoique invraisemblables, ces légendes, ces allégories et ces contes seront cependant toujours la vérité, s’ils recèlent la vérité du royaume de Dieu.

Mais si cette vérité ne s’y trouve pas, bien que tout ce qu’ils renferment soit déclaré vrai, ils ne seront toujours que mensonges, parce que la vérité de Dieu n’y est pas.

Le Christ lui-même s’exprimait en paraboles qui sont restées pour toujours la vérité ; il ajoutait seulement :

— Donc, observez comme vous m’entendez !

COMMENT EMMELKA POUGATCHEV
ME DONNA UNE PIÈCE D’ARGENT

HISTOIRE VRAIE

Table des matières

J’avais alors huit ans, et nous habitions notre propriété située dans le gouvernement de Kazan.

Je me rappelle que mon père et ma mère étaient très-inquiets et parlaient souvent de Pougatchev, mais ce n’est que plus tard que j’appris ce qu’était ce brigand de Pougatchev. Il se faisait passer pour le tzar Pierre III ; il avait réuni une grande quantité de bandits sous ses ordres, et ceux-ci pendaient les nobles, tandis qu’ils libéraient les serfs. On disait qu’il était déjà avec sa bande tout près de chez nous. Mon père avait l’intention de partir à Kazan, sans nous emmener, nous autres enfants, car on était en novembre, le froid était très-vif et les routes dangereuses. Mes parents firent donc leurs préparatifs de voyage, en promettant de ramener des Cosaques de la ville pour nous protéger.

Ils partirent, et nous restâmes seules, ma sœur et moi, avec notre niania, Anna Trofimovna ; mais, pendant leur absence, nous logeâmes toutes dans la même chambre, au rez-de-chaussée.

Je me rappelle qu’un soir, la niania berçait ma sœur dans ses bras, et marchait de long en large ; la petite avait mal au ventre, et moi, j’habillais ma poupée.

Notre fille de service, Paracha, et la femme du sacristain étaient assises près de la table et s’entretenaient de Pougatchev, en prenant du thé. J’écoutais, tout en habillant ma poupée, les horreurs qu’elles racontaient.

— Je me souviens, disait la femme, du sacristain, que Pougatchev vint un jour à quarante lieues de chez nous, pendit le barine à la porte cochère, et tua tous les enfants.

— Mais, comment ces assassins pouvaient-ils tuer ces enfants ? demanda Paracha.

— Ah ! voilà, ma petite mère : ils prenaient les enfants par les pieds et les frappaient contre le mur.

— Assez donc ! Raconter de pareilles horreurs devant un enfant ! Va donc, Katinka, va dormir, c’est l’heure.

Et j’allais aller me coucher, quand tout à coup nous entendîmes frapper à la porte cochère ; les chiens aboyèrent, et des voix crièrent.

La conteuse et Paracha coururent pour voir et revinrent aussitôt, en criant :

— C’est lui ! c’est lui !

La niania oublia que ma petite sœur avait mal au ventre ; elle la jeta sur le lit et fouilla les malles. Elle en retira d’abord un petit sarafan, me déshabilla complètement, me déguisa en paysanne et me mit un mouchoir sur la tête ; puis elle me dit :

— Écoute ! si l’on te demande qui tu es, dis que tu es ma fille, entends-tu ?

À peine fus-je habillée que nous entendîmes, en haut, un bruit de bottes, comme si plusieurs personnes marchaient.

La conteuse accourut :

— C’est lui ! c’est lui qui est venu ! Il ordonne qu’on tue des brebis, et il réclame du vin et des liqueurs.

Anna Trofimovna répondit : — Donne tout, mais ne dis pas que ce sont les enfants du barine, dis qu’ils sont tous partis, et que celle-ci est ma fille.

On ne dormit pas de la nuit, des Cosaques entraient à chaque instant chez nous.

Mais Anna Trofimovna n’avait pas peur d’eux ; aussitôt qu’il en entrait un, elle lui disait :

— Que te faut-il, mon pigeon ? nous n’avons rien ; il n’y a ici que des petits enfants et moi, vieille femme.

Vers le matin, je m’endormis, et lorsque je me réveillai, j’aperçus un Cosaque dans une pelisse de velours vert, et Anna Trofimovna qui lui faisait de grands saluts.

Il montra ma sœur et demanda :

— À qui cette enfant ?

Anna Trofimovna répondit :

— C’est l’enfant de ma fille. En partant avec mes maîtres, elle me l’a confiée.

— Et celle-ci ? reprit-il en me désignant.

— C’est aussi ma petite-fille.

De la main, il me fit signe d’approcher. J’eus peur ! Mais voilà qu’Anna Trofi-movna me dit :

— Va, Katiouchka [1], n’aie pas peur !

Je m’approchai ; il prit ma joue et dit à Anna :

— Vois-tu, comme elle est blanche et quelle beauté ce sera !

Il tira de sa poche une poignée de pièces blanches, en prit une de dix kopeks et me la donna.

— Voilà, dit-il, garde-la en souvenir du Tzar. Et il sortit.

Il resta chez nous encore deux jours, mangeant, buvant, cassant tout, mais ne brûlant rien ; enfin il partit.

Lorsque mes parents revinrent, ils ne surent comment remercier la bonne Anna Trofimovna. Ils lui offrirent de l’affranchir ; mais elle refusa et resta jusqu’à sa dernière heure avec nous.

Pour moi, on m’appela depuis ce temps la fiancée de Pougatchev.

Quant à la pièce qu’il me donna, je l’ai gardée, et lorsque je la contemple, je me souviens de mon jeune âge et de la bonne Anna Trofimovna.

1. Diminutif de Katherine

LE JUGE HABILE

CONTE

Table des matières

L’émir d’Alger, Baouakas, voulut se rendre compte par lui-même si l’on n’exagérait pas, en lui affirmant que dans une ville de la province se trouvait un juge d’une habileté extraordinaire qui reconnaissait infailliblement la vérité, au point que pas un fripon ne pouvait lui donner le change.

Baouakas se déguisa donc en marchand, et se rendit dans la ville où habitait le juge.

À l’entrée de cette ville, un estropié s’approcha de l’émir et lui demanda l’aumône.

Baouakas lui donna quelque chose et allait continuer sa route, lorsque l’estropié le saisit par les vêtements.

— Que veux-tu ? lui demanda l’émir ; est-ce que je ne t’ai pas fait l’aumône ?

— Tu m’as bien fait l’aumône, reprit le mendiant, mais fais-moi encore la grâce de m’emmener sur ton cheval jusqu’à la place de la ville, car les chameaux et les chevaux pourraient m’écraser.

Baouakas prit en croupe le mendiant, et ils arrivèrent ainsi sur la place.

Là, il arrêta son cheval, mais le mendiant ne descendit pas.

— Pourquoi restes-tu là ? lui demanda l’émir ; descends, nous sommes arrivés.

— Et pourquoi descendrais-je ? reprit le mendiant, ce cheval est à moi. Si tu ne veux pas me le laisser de plein gré, allons trouver le juge.

La foule se formait autour d’eux ; on écoutait leur discussion.

— Allez chez le juge ! leur criait-on, il vous mettra d’accord.

Baouakas et le mendiant se rendirent donc chez le juge.

La foule se pressait au tribunal ; le juge appelait à tour de rôle tous ceux qu’il devait juger.

Avant que le tour de l’émir vînt, le juge appela devant lui un savant et un moujik. Tous deux disputaient à propos d’une femme.

Le moujik affirmait que c’était sa femme, et le savant prétendait que c’était la sienne.

Le juge, après les avoir entendus, garda un instant le silence, puis il dit :

— Laissez la femme chez moi, et vous, revenez demain.

Quand ceux-ci furent partis, entrèrent un boucher et un marchand d’huile. Le boucher était tout couvert de sang, et le marchand portait des taches d’huile.

Le boucher tenait dans sa main de l’argent, et, le marchand tenait la main du boucher.

Le boucher disait :

— J’ai acheté de l’huile chez cet homme, et je tirais ma bourse pour le payer, lorsqu’il me saisit la main pour me voler de l’argent, et nous sommes venus devant toi, moi tenant ma bourse et lui me tenant la main.

— Non, l’argent m’appartient, et lui, c’est un voleur !

— Ce n’est pas vrai ! répondit le marchand d’huile ; le boucher vint m’acheter de l’huile, et il me demanda de lui changer une pièce d’or ; je pris l’argent et je le mis sur le comptoir, il s’en empara et allait s’enfuir, alors je le saisis par la main et l’amenai ici.

Après un silence, le juge répondit :

— Laissez l’argent chez moi, et revenez demain.

Quand le tour de Baouakas et du mendiant arriva, l’émir raconta comment la chose s’était passée ; le juge l’écouta, puis il demanda au mendiant de s’expliquer.

— Tout cela n’est pas vrai, reprit celui-ci. Moi, j’étais à cheval et je traversais la ville, quand il me demanda de le prendre en croupe et de le conduire sur la place. Je le fis monter sur mon cheval et je le conduisis là où il voulait se rendre ; mais il refusa de descendre, en disant que le cheval était à lui ; ce qui n’est pas vrai !

Après un nouveau silence, le juge dit :

— Laissez le cheval chez moi, et revenez demain.

Le lendemain, une grande foule se réunit pour connaître les décisions du juge.

Le savant et le moujik s’approchèrent les premiers.

— Prends la femme ! dit le juge au savant, et qu’on donne au moujik cinquante coups de bâton.

Le savant prit sa femme, et le moujik subit sa punition devant tout le monde.

Puis le juge appela le boucher.

— L’argent est à toi, lui dit-il, et, désignant le marchand d’huile : Qu’on lui donne cinquante coups de bâton, ajouta-t-il.

Alors vint le tour de Baouakas et de l’estropié.

— Reconnaîtrais-tu ton cheval entre vingt autres ? demanda le juge à l’émir.

— Je le reconnaîtrais.

— Et toi ?

— Moi aussi, dit l’estropié.

— Suis-moi, fit le juge à Baouakas.

Ils se rendirent à l’écurie ; l’émir reconnut aussitôt son cheval parmi vingt autres.

Puis, le juge appela l’estropié dans l’écurie et lui ordonna de désigner le cheval.

Le mendiant reconnut le cheval et le désigna. Alors, le juge revint à sa place, et dit à Baouakas :

— Le cheval est à toi, prends-le !

Puis il fit donner cinquante coups de bâton au mendiant.

Après cette dernière exécution, le juge s’en retourna chez lui, et Baouakas le suivit.

— Que me veux-tu ? lui demanda le juge. Serais-tu mécontent de mon jugement ?

— Du tout, j’en suis fort satisfait, répondit l’émir ; seulement je voudrais savoir comment tu as su que la femme était au savant et non pas au moujik, que l’argent était au boucher plutôt qu’au marchand d’huile, et que le cheval m’appartenait.

— Voilà comment j’ai su la vérité quant à la femme du savant : je l’appelai le matin chez moi et je lui dis : « Verse de l’encre dans mon encrier. » Elle prit l’encrier, le nettoya vivement et adroitement, et l’emplit d’encre ; donc, elle était habituée à cette besogne. Si elle eût été la femme du moujik, elle n’eût pas su s’y prendre. Je jugeai par là que le savant avait raison.

Quant à l’argent, voilà comment j’appris la vérité. J’ai mis l’argent dans une cuvette pleine d’eau et j’ai regardé ce matin s’il surnageait de l’huile. Or si l’argent avait appartenu au marchand d’huile, celui-ci l’aurait taché au contact de ses mains huileuses ; comme l’eau restait claire, l’argent était au boucher.

Pour le cheval, c’était plus difficile. Le mendiant reconnut aussi vite que toi son cheval parmi les vingt autres. D’ailleurs, je ne vous ai soumis tous deux à cette épreuve que pour voir lequel de vous le cheval reconnaîtrait. Quand tu t’es approché de ton cheval, il a tourné la tête de ton côté, tandis que lorsque le mendiant l’a touché, il a baissé l’oreille et levé une jambe. Voilà comment j’ai reconnu que tu étais le vrai propriétaire du cheval.

Alors Baouakas lui dit :

— Je ne suis pas un marchand, je suis l’émir Baouakas. Je suis venu ici pour voir si ce que l’on dit de toi est vrai. Je vois, maintenant, que tu es un sage et habile juge. Demande-moi ce que tu voudras, je te l’accorderai.

— Je n’ai pas besoin de récompense, répondit le juge ; je suis assez heureux, déjà, des compliments de mon émir.

COMMENT LE MOUJIK PARTAGEA L’OIE

CONTE

Table des matières

Un pauvre moujik n’avait plus de pain ; il se décida à demander quelque chose au barine.

Pour ne pas se présenter devant lui les mains vides, il prit une oie, la fit rôtir et la lui porta.

Le barine prit l’oie et dit au moujik :

— Je te remercie, moujik, de cette oie ; seulement je ne sais pas comment la partager. J’ai une femme, deux fils et deux filles. Comment s’arranger pour que chacun soit content ?

Le moujik dit :

— C’est moi qui vais faire le partage.

Il prit le couteau, coupa la tête et dit au barine :

— Tu es la tête de la maison, prends la tête.

Puis, coupant le derrière de l’oie, il le donna à la barinia :

— Tu dois, dit-il, t’asseoir et rester à la maison ; c’est à toi que revient ce morceau.

Après, il coupa les deux pattes, les donna aux deux fils, et leur dit :

— Vous êtes les pieds, vous devez marcher sur les traces de votre père.

Et coupant les ailes, il les offrit aux deux filles et ajouta :

— Quant à vous, voici les ailes, car vous vous envolerez bientôt de la maison.

Et désignant ce qui restait, il dit : « Ceci est pour moi ! »

Le barine sourit, et donna au moujik du pain et de l’argent.

Un riche moujik, apprenant que le barine avait donné de l’argent et du pain à un moujik pour une oie, fit rôtir cinq oies et les porta au barine.

Le barine dit :

— Merci pour les oies ! mais je suis bien embarrassé, car avec ma femme et mes enfants, nous sommes six ; comment partager ces cinq oies entre nous ?

Le riche moujik réfléchissait et ne pouvait rien trouver.

Le barine envoya chercher le pauvre moujik, et lui ordonna de faire le partage.

Le pauvre moujik prit une oie pour le barine et la barinia, et dit :

— Vous voilà trois ensemble avec cette oie.

Il en donna une autre aux fils, et leur dit :

— Vous serez trois avec cette oie.

Puis, il donna l’autre aux filles.

— Et vous aussi, dit-il, vous serez trois.

Alors il prit les deux oies qui restaient et ajouta :

— Et nous aussi, nous restons trois !

Le barine sourit, donna encore de l’argent au pauvre moujik, et renvoya le riche.

TROIS AMIS

Table des matières

Un homme avait trois amis : son argent, sa femme et ses bienfaits. Étant sur le point de mourir, il les envoya chercher tous les trois pour leur faire ses adieux.

Il dit au premier qui se présenta :

— Adieu, ami, je meurs !

L’ami lui répondit :

— Adieu ; lorsque tu seras mort, je ferai brûler un cierge pour le repos de ton âme.

Le deuxième vint, lui fit ses adieux et lui promit de l’accompagner jusqu’à la tombe.

Enfin, le troisième arriva.

— Je meurs ! lui dit le mourant, adieu !

— Ne dis pas adieu, lui répondit l’ami, je ne me séparerai pas de toi : si tu vis, je vivrai ; si tu meurs, je te suivrai !

L’homme mourut ; l’argent lui donna un cierge, sa femme l’accompagna jusqu’à la tombe, et ses bienfaits le suivirent dans la vie et dans la mort.

LE MOUJIK ET LE CHEVAL

Table des matières

C’était pendant la guerre ; on fuyait devant l’ennemi.

Un moujik alla dans la prairie et dit à son cheval :

— Suis-moi bien vite, ou les ennemis te prendront.

— Je ne te suivrai pas, répondit le cheval, je ne serai pas plus mal chez les ennemis : il m’est indifférent de travailler pour toi ou pour eux.

LES RICHESSES QUE DIEU DONNE
À L’HOMME

Table des matières

Un homme, mécontent de son sort, se plaignait de Dieu : — Le bon Dieu, disait-il, envoie aux autres des richesses, et à moi ne me donne rien ! Comment puis-je débuter dans la vie, ne possédant rien ?

Un vieillard entendit ces paroles et lui dit :

— Es-tu aussi pauvre que tu crois ? Dieu ne t’a-t-il pas donné la jeunesse et la santé ?

— Je ne dis pas non, et je puis être fier de ma force et de ma jeunesse.

Le vieillard prit alors la main droite de l’homme et lui demanda :

— Voudrais-tu te laisser couper cette main pour mille roubles ?

— Non, je ne le voudrais certes pas !

— Et la main gauche ?

— Celle-là non plus !

— Et consentirais-tu à devenir aveugle pour dix mille roubles ?

— Que Dieu m’en préserve ! je ne voudrais pas donner un œil pour la plus forte somme !

— Vois, ajouta le vieillard, quelles richesses Dieu te donne, et cependant tu te plains !

LE TZAR ET LA CHEMISE

Table des matières

Un tzar, se trouvant malade, dit :

— Je donnerai la moitié de mon royaume à celui qui me guérira !

Alors, tous les sages se réunirent et se concertèrent pour guérir le tzar, mais ils ne trouvèrent aucun moyen.

Un d’entre eux, cependant, déclara qu’on pouvait guérir le tzar.

— Si l’on trouve sur terre un homme heureux, dit-il, qu’on lui enlève sa chemise et que le tzar la mette, il sera guéri.

Le tzar fit rechercher dans le monde un homme heureux. Les envoyés du tzar se répandirent par tout le royaume, mais ne découvrirent pas celui qu’ils cherchaient. Il ne se trouva pas un homme qui fût content.

L’un était riche, mais malade ; l’autre était bien portant, mais pauvre ; un troisième, riche et bien portant, se plaignait de sa femme ; celui-ci, de ses enfants ; tous désiraient quelque chose.

Un soir, le fils du tzar, passant devant une pauvre chaumière, entendit quelqu’un s’écrier :

— Grâce à Dieu, j’ai bien travaillé, j’ai bien mangé, je vais me coucher ; que me manque-t-il ?

Le fils du tzar fut rempli de joie ; il ordonne qu’on aille tout de suite enlever la chemise de cet homme, qu’on lui accorde en échange tout l’argent qu’il exigera, et qu’on envoie sa chemise au tzar.

Les envoyés se rendirent en hâte chez cet homme heureux et voulurent lui enlever sa chemise, mais l’homme était si pauvre qu’il n’avait pas de chemise.

DEUX MOUJIKS

Table des matières

Deux moujiks se rencontrèrent ; l’un revenait de la ville, et l’autre s’y rendait.

Leurs traîneaux s’accrochèrent :

L’un d’eux cria : — Laisse-moi passer ! il faut que je me rende vite à la ville !

Et l’autre reprit :

— C’est toi qui dois me céder la place, il faut que je rentre à la maison.

Ils crièrent longtemps. Enfin un troisième moujik, témoin de leur querelle, leur dit :

— Celui de vous qui est le plus pressé doit se retirer en arrière.

LA PUCE ET LA MOUCHE

CONTE

Table des matières

La puce et la mouche se rencontrèrent ; la puce revenait de la campagne, et la mouche allait à la ville.

La puce regarda la mouche et ne la reconnut pas, toute sèche, le ventre plat et les pieds longs.

La mouche s’étonna aussi de l’état de la puce, tout aplatie et bossue.

— Bonjour, lui dit la puce, d’où viens-tu ?

— Je viens de la ville, répondit la mouche.

— Et pourquoi es-tu devenue si sèche ? ajouta la puce.

— Parce que, reprit la mouche, on ne vit pas bien là-bas.

— Et pourquoi cela ?

— On y est trop propre ; on entre dans une riche maison, et l’on se dit : Voilà où je vais bien me nourrir. Mais le repas terminé, deux domestiques arrivent qui enlèvent tout, en mangeant une partie, et ce qui reste sur la table est lavé, nettoyé. D’autres fois, on va chez un pauvre ; il n’a pas toujours de quoi manger pour lui-même, mais, malgré cela, il est propre : on lave chez lui la moindre chose. Alors, je me suis décidée à quitter la ville, je vais de nouveau à la campagne ; là du moins, si la nourriture est plus simple, la vaisselle n’est pas si bien lavée. Eh bien, et toi, petite tante, comment vis-tu là ?

— Oh ! répondit la puce, cela ne va pas non plus à la campagne ; les gens dorment peu et deviennent très-maigres ; on saute sur le banc, ou sur le poêle, et l’on ne trouve rien à manger ; si, par hasard, on mord sur quelque chose, vite les gens se lèvent, courent aux champs où ils passent parfois les nuits. Alors, je vais à la ville ; peut-être trouverai-je plus facilement à me nourrir là-bas.

— Va ! va ! ma petite, ce séjour convient à ta profession ; tu y trouveras des gens très-gras et qui dorment jusqu’à midi. Je me suis trouvée un jour avec une puce, elle avait tellement sucé la chair des barines qu’elle pouvait à peine se traîner.

— Alors, adieu ! dit la puce, j’aurai peut-être la même chance ; comment ne trouverais-je pas à bien vivre, là où il n’y a que des dormeurs ?

La puce sauta jusqu’à la ville, et la mouche vola du côté de la campagne.

LE LOUP ET L’ÉCUREUIL

FABLE

Table des matières

L’écureuil sautant d’une branche à l’autre tomba un jour sur un loup endormi.

Le loup le saisit et voulut le dévorer.

L’écureuil le supplia de l’épargner.

— C’est bien, dit le loup, je t’épargnerai, mais à la condition que tu me diras pourquoi vous êtes, vous, écureuils, toujours si gais. Moi, je m’ennuie toujours, tandis que vous, je vous vois jouer et sautiller sans cesse.

L’écureuil répondit :

— J’ai peur de toi, je n’ose parler ; laisse-moi sauter sur la branche, et je te le dirai.

Le loup le lâcha.

L’écureuil sauta sur l’arbre, et, de là, lui dit :

— Tu t’ennuies toujours, parce que tu es méchant, la cruauté dessèche le cœur. Nous, nous sommes gais parce que nous sommes bons, et que nous ne faisons de mal à personne.

IL VAUT MIEUX MONTRER L’EXEMPLE
QUE COMMANDER

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Un vieux moine demandait à l’archevêque s’il devait commander à ses frères qui vivaient avec lui dans la communauté.

— Non, répondit l’archevêque Pimen ; non, prêche par l’exemple, ils verront et ils obéiront d’eux-mêmes.

— Mais eux-mêmes désirent qu’à titre de doyen, je les commande.

— Je ne te le conseille pas, reprit l’archevêque ; sois pour eux l’exemple, et non le dictateur ; tout ira bien, tout sera ponctuellement exécuté ; et, malgré tous les obstacles, personne ne se plaindra.

L’HABIT NEUF DU TZAR

CONTE

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Un tzar aimait fort les habits somptueux et ne pensait qu’à se parer le mieux possible.

Un jour, deux tailleurs vinrent chez lui et lui dirent :

— Nous pouvons te faire un habit si beau que personne n’en a jamais possédé de pareil ; seulement, celui qui est sot ou qui n’est pas à la hauteur de ses fonctions ne peut pas distinguer notre habit. Celui qui est intelligent le verra parfaitement, tandis que celui qui est sot restera à côté sans le voir.

Le tzar se réjouit à cette proposition des tailleurs, et commanda l’habit.

On donna une pièce de drap aux tailleurs pour travailler, et on leur apporta du velours, de la soie, de l’or, enfin tout ce qu’il faut pour confectionner un habit.

Huit jours s’écoulèrent ; le tzar envoya son ministre s’informer si le nouvel habit était prêt.

Le ministre arriva et demanda l’habit aux tailleurs, qui lui répondirent qu’il était prêt, en lui désignant une place vide.

Le ministre, sachant que celui qui était sot et indigne de son emploi ne pouvait voir l’habit, feignit de le voir, et les complimenta.

Le tzar se fit apporter l’habit. On le lui apporta, et on lui désigna une place vide.

Le tzar feignit à son tour de voir le nouvel habit ; il ôta celui qu’il portait et ordonna qu’on le revêtit de ce riche habit.

Quand le tzar sortit pour se promener par la ville, tout le monde voyait que le souverain ne portait pas d’habit, mais chacun craignait de le dire, — sachant que les sots seuls n’avaient pas le don de voir le nouvel habit, — et chacun pensait que lui seul ne le voyait pas, mais que les autres plus heureux pouvaient le voir.

Ainsi se promenait le tzar, à travers la ville, et tous ses sujets admiraient son nouvel habit.

Tout à coup, un innocent aperçut le tzar et s’écria :

— Regardez ! Le tzar se promène, dans la ville, déshabillé !

Et le tzar sentit la honte le gagner, et tout le monde comprit qu’il n’avait réellement pas d’habit.

LE LION ET LE RENARD

CONTE

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Un lion, devenant vieux et ne pouvant plus chasser, eut recours à la ruse.

Il rentra dans sa tanière, feignit d’être malade, et fut bientôt visité par les animaux de la forêt.

Le premier qui pénétra dans la tanière fut dévoré par le lion.

Le renard comprit la ruse, se mit à l’entrée de la tanière, et dit au lion :

— Eh bien, lion, comment vas-tu ?

— Je ne vais pas bien, répondit le lion ; mais pourquoi n’entres-tu pas ?

— Je n’entre pas, dit le renard, parce que, si j’en juge par ces traces, beaucoup sont entrés, mais peu sont sortis.

L’INDIEN ET L’ANGLAIS

HISTOIRE VRAIE

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Les Indiens firent un jeune Anglais prisonnier ; ils l’attachèrent à un arbre et voulurent le tuer.

Un vieil Indien s’approcha et dit :

— Ne le tuez pas, donnez-le-moi !

On le lui laissa. Le vieil Indien détacha le jeune homme, l’emmena dans sa cabane, le fit manger, et lui donna l’hospitalité pour la nuit.

Le lendemain matin, l’Indien ordonna à l’Anglais de le suivre ; ils marchèrent longtemps, et lorsqu’ils furent près du camp anglais, l’Indien dit au jeune homme :

— Les tiens ont tué mon fils ; moi, je te sauve la vie ; retourne près d’eux. Va, et continuez de tuer les nôtres.

L’Anglais parut surpris et répondit :

— Pourquoi te moques-tu de moi ? je sais que les miens ont tué ton fils, tue-moi donc au plus vite !

L’Indien alors reprit :

— Quand on voulait le tuer, je me suis rappelé mon fils, et cela m’a ému ; je ne me joue donc pas de toi ; va chez les tiens, et tue-nous, si tu veux.

Et l’Indien laissa partir l’Anglais.

LES PÊCHES

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Le paysan Tikhon Kouzmitch, revenant de la ville, appela ses enfants.

— Regardez, mes enfants, leur dit-il, quel cadeau l’oncle Ephim vous envoie !

Les enfants accoururent, et le père ouvrit un petit paquet.

— Voyez les jolies pommes, s’écria Vania, jeune garçon de six ans ; regarde, maman, comme elles sont rouges !

— Non, ce ne sont probablement pas des pommes, dit Serguey, le fils aîné ; vois leur peau, on dirait qu’elle est recouverte de duvet.

— Ce sont des pêches, dit le père, vous n’avez pas encore vu de pareils fruits ; l’oncle Ephim les a cultivées dans la serre, car il prétend que les pêches ne poussent que dans les pays chauds, et que, chez nous, on ne peut les récolter que dans les serres.

— Et qu’est-ce qu’une serre ? demanda Volodia, le troisième fils de Tikhon.

— Une serre, c’est une grande maison dont les murs et le toit sont vitrés.

L’oncle Ephim m’a expliqué qu’on la construit ainsi pour que le soleil puisse réchauffer les plantes. L’hiver, au moyen d’un poêle particulier, on maintient la température au même degré.

Voilà pour toi, femme, la plus grosse pêche, et ces quatre-là sont à vous, enfants.

— Eh bien, demanda Tikhon, le soir même, comment trouvez-vous ces fruits ?

— Ils ont un goût si fin, si savoureux, répondit Serguey, que je veux planter le noyau dans un pot ; il en poussera peut-être un arbre qui se développera dans l’isba.

— Tu serais peut-être un bon jardinier ; voilà maintenant que tu songes à faire pousser des arbres, reprit le père.

— Et moi, reprit le petit Vania, je l’ai trouvée si bonne, la pêche, que j’ai demandé à maman la moitié de la sienne ; mais le noyau, je l’ai jeté !

— Toi, tu es encore tout jeune, dit le père.

— Vania a jeté le noyau, dit le second fils, Vassili ; moi, je l’ai ramassé et je l’ai cassé ; il était bien dur ; il y avait dedans une amande qui avait le goût de la noix, mais plus amer. Quant à ma pêche, je l’ai vendue dix kopeks ; elle ne valait d’ailleurs pas davantage.

Tikhon hocha la tête :

— C’est trop tôt pour toi de commencer à faire du commerce ; tu veux donc devenir un marchand ? Et toi, Yolodia, tu ne dis rien ! Pourquoi ? demanda Tikhon à son troisième fils qui se tenait à l’écart ; ta pêche avait-elle bon goût ?

— Je ne sais pas ! répondit Volodia ?

— Comment, tu ne sais pas ? reprit le père… tu ne l’as donc pas mangée ?

— Je l’ai portée à Gricha, répondit Volodia ; il est malade, je lui ai raconté ce que tu nous as dit à propos de ce fruit, et il ne faisait que contempler la pêche ; je la lui ai donnée, mais Gricha ne voulait pas la prendre ; alors, je l’ai posée près de lui, et je me suis enfui.

Le père mit la main sur la tête de son fils et lui dit :

— Dieu te la rendra.

POURQUOI
UN MOUJIK AIMA SON FRÈRE AÎNÉ

HISTOIRE VRAIE

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J’aimais déjà beaucoup mon frère aîné, mais je l’aime plus encore depuis qu’il m’a remplacé sous les drapeaux.

Voici comment la chose se passa : Nous tirâmes au sort pour savoir lequel de nous partirait, le sort me désigna, et il y avait à peine huit jours que j’étais marié.

J’étais très-affligé d’être obligé de laisser ainsi ma jeune femme.

Ma mère se mit à pleurer et dit :

— Comment Pétrouchka[1] pourra-t-il partir ? Il est si jeune !

Mais il n’y avait rien à faire ; on procéda aux préparatifs du départ.

Ma femme me fit des chemises, me donna de l’argent, car je devais me rendre le lendemain au bureau de recrutement.

Ma mère se désolait, et moi, quand je songeais qu’il fallait partir, je sentais mon cœur se serrer comme si je devais aller à la mort.

Le soir, nous étions tous réunis pour le souper ; personne ne mangeait ; mon frère aîné, Nicolaï, restait couché sur le fourneau et ne disait rien. Ma jeune femme pleurait, mon père restait sombre, et ma mère avait posé sur la table la kacha, mais personne n’y touchait. Ma mère commença à appeler Nicolaï pour souper.

Il descendit, fit un signe de croix, s’assit à table et dit :

— Ne pleure pas, ma mère, je remplacerai Petrouchka ; je suis plus âgé que lui, je ne serai peut-être pas perdu, je ferai mon temps, et je reviendrai à la maison. Quant à toi, Petr, pendant mon absence, protège mon père, ma mère, respecte ma femme !

Je devins très-gai à cette nouvelle, ma mère cessa de pleurer, et l’on commença les préparatifs du départ de Nicolaï.

Le lendemain, en m’éveillant, lorsque je songeai que mon frère allait partir pour moi, j’eus le cœur gros et je lui dis :

— Ne pars pas, Nicolas, c’est à moi de partir ; le sort l’a voulu !

Lui ne répondit rien et continua de se préparer. Moi, je me préparai aussi.

Nous partîmes tous deux pour la ville. Arrivés au bureau de recrutement, il se présenta et je me présentai aussi. Tous deux nous sommes de forts gaillards ; nous restons, et l’on ne nous exempte pas.

Mon frère aîné me regarda, sourit et dit :

— Assez donc, Petr, retourne à la maison, et ne vous ennuyez pas sans moi, je pars de ma propre volonté.

Je fondis en larmes, et je revins à la maison. Depuis, quand je songe à mon frère, je sens que je suis prêt à donner ma vie pour lui.

1. Diminutif de Petr (Pierre)

LE PLUS BEL HÉRITAGE

FABLE

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Un marchand avait deux fils : l’aîné était le préféré du père, qui voulait en faire son unique héritier.

La mère, qui déplorait l’injustice dont son fils cadet était victime, pria son mari de ne pas instruire ses fils de son intention. Elle voulait arriver à égaliser le sort des deux fils ; le marchand consentit et ne leur parla pas de son projet.

Un jour, la mère était assise près de la fenêtre et pleurait ; un pèlerin qui passait lui demanda la cause de ses larmes.

— Comment ne pleurerais-je pas ? lui dit-elle ; mes deux fils me sont également chers, mais leur père veut déshériter le cadet au profit de l’aîné. J’ai prié mon mari de ne pas en informer mes fils, espérant trouver un moyen de dédommager le cadet ; malheureusement, je ne possède rien et je ne sais comment m’y prendre.

— Cela n’est pas difficile, dit le pèlerin ; va déclarer à tes fils que l’aîné doit hériter de tout au préjudice de son frère ; le cadet n’aura rien, et ils seront pourtant aussi riches l’un que l’autre.

Lorsque le fils cadet sut qu’il n’avait rien à attendre, il partit pour l’étranger, où il apprit les sciences et différents métiers, tandis que l’aîné, restant auprès de son père, négligea de s’instruire, se sentant riche.

Lorsque le père mourut, son fils aîné, ne sachant rien faire, dissipa tout son bien, tandis que le cadet s’enrichit à l’étranger.

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Janr və etiketlər

Yaş həddi:
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Litresdə buraxılış tarixi:
27 fevral 2026
Həcm:
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ISBN:
4064066446291
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