Kitabı oxu: «Topographie médicale du Sahara de la province d'Oran»

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Louis Léon Cyrille Armieux

Topographie médicale du Sahara de la province d'Oran


Publié par Good Press, 2022

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EAN 4064066326036

Table des matières

INTRODUCTION.

GÉOGRAPHIE.

GÉOLOGIE.

ANTIQUITÉS.

ZOOLOGIE.

MAMMIFÈRES.

QUADRUPÈDES SAUVAGES.

OISEAUX.

REPTILES.

POISSONS

ANIMAUX ARTICULÉS.

BOTANIQUE.

MÉTÉOROLOGIE.

HYGIÈNE.

PATHOGÉNIE.

HYGIÈNE ET MALADIES DES INDIGÈNES.

RÉSUMÉ.

CONCLUSION.

INTRODUCTION.

Table des matières

Il y a trente-deux ans, la France, en mettant le pied en Algérie, renversait un gouvernement barbare et faisait cesser un spectacle scandaleux et humiliant pour l’Europe civilisée. Après une longue lutte contre un climat inhospitalier et des populations fanatiques et hostiles, la France a affermi sa domination . En étudiant le pays, elle a appris à en éviter les dangers, à en utiliser les richesses en faisant éclater sa force, sa justice, sa magnanimité, elle a fait supporter et bénir son joug. Puis, tranquille au dedans, elle a jeté les yeux autour de sa conquête, elle a poussé plus avant ses investigations, un intérêt puissant l’attire vers les régions du Sud. Il y a là une conquête à faire sur le domaine de l’inconnu.

Les besoins actuels de la politique, les besoins futurs du commerce de l’intérieur de l’Afrique se sont réunis pour servir la science. On a pénétré dans ce Sahara redouté, on a sondé les profondeurs de cette contrée mystérieuse, qui semble un défi jeté à notre curiosité, et qui, placée à nos portes, est moins bien connue que la lune, située à 360,000 lieues de nous, suivant l’expression de M. Babinet.

Plusieurs, n’écoutant que leur ardeur, se sont précipités en avant, quelques-uns ont péri victimes d’un dévoûment glorieux dont nous recueillerons les fruits; d’autres ont interrogé patiemment des nomades, des pèlerins, des nègres, des voyageurs, des commerçants indigènes, et ont fait des livres où ils ont peint avec exactitude un pays qu’ils n’avaient point vu.

La littérature, la peinture ont déjà donné un reflet original du désert entrevu par quelques artistes.

D’autres, la sonde de l’ingénieur à la main, ont renouvelé le miracle de Moïse; ils ont fait jaillir des sources abondantes, aux applaudissements des populations reconnaissantes; ils ont fait naître la vie et l’abondance où régnaient la misère et la mort.

D’autres ont conduit sans accidents des expéditions dans des régions où l’on pensait que des êtres humains pouvaient à peine vivre.

J’ai fait partie d’une de ces expéditions, où tout ce que la prudence et le savoir pouvaient inspirer de soins et de prévisions avait été réuni, et j’ai assisté au curieux spectacle d’une petite armée bravant, pendant quatre mois, les influences climatériques les plus extrêmes, et vivant de la vie précaire du désert, soutenue par la confiance dans le chef, l’attrait de l’inconnu, l’audace et l’insouciance qui sont les traits saillants du caractère français.

La topographie médicale de l’Algérie n’a été qu’esquissée, celle du Sahara algérien est à faire. En attendant des ouvrages plus étendus sur ce sujet si intéressant, j’apporte une pierre à l’édifice.

La partie du Sahara que j’ai étudiée est la plus intéressante de l’Algérie, parce qu’elle est le chemin le plus court et le plus facile pour pénétrer dans l’intérieur de l’Afrique. Elle mérite une description particulière par sa physionomie spéciale, ses limites bien déterminées, son altitude, sa configuration, son climat, ses produits.

C’est une vue d’ensemble que je me propose de donner, et j’aurai ainsi posé les jalons de l’étude plus complète, plus approfondie, d’un pays curieux à plus d’un titre, et dont les phénomènes naturels sont féconds en surprises et en enseignements.

GÉOGRAPHIE.

Table des matières

Lorsqu’on s’avance vers le Sud de nos possessions algériennes, et lorsqu’on a gravi les derniers sommets de l’Atlas qui dominent le Tell, on arrive à une région étrange, particulière, et qui sert de transition entre les pays peuplés et cultivés et le grand désert, ou mer de sable.

Celte région se nomme le Sahara. On a donné diverses étymologies du mot Sahara. Je pense qu’on doit placer son origine dans l’expression arabe Sarahh (), qui signifie pasteur (J.-J. Marcel, Vocabulaire arabe, Paris, 1837)

Le Sahara est divisé en trois portions qui correspondent aux trois provinces du Tell. Je ne m’occuperai, dans ce Travail, que du Sahara d’Oran, ou de l’Ouest, qui est le plus méridional des trois et aussi le plus élevé. Cette altitude augmente encore dans le Maroc, où il existe, sous les mêmes latitudes, des montagnes couvertes de neiges éternelles.

La forme générale du pays que je vais décrire est celle d’un grand bassin, élevé au-dessus du niveau de la mer, parallèle à la côte, et borné au Nord et au Midi par deux massifs montagneux.

Sa limite nord est formée par une ligne accidentée qui suit le sommet de l’Atlas, là où finissent les cultures et la végétation arborescente; cette ligne est jalonnée par des postes militaires, occupés depuis longtemps, et qui sont, en partant de l’Ouest, Sebdou, au Sud de Tlemcen, Daya, au Sud de Sidi-bel-Abbès Saïda, au Sud de Mascara, Tiaret, au Sud de Mestaganem. De bonnes routes relient tous ces postes entr’eux et avec les villes de l’intérieur et de la côte.

La limite ouest du Sahara d’Oran est la frontière fictive qui sépare le Maroc de l’Algérie. Cette frontière passe au milieu du Chott-et-Gherbi, et elle descend ensuite au Sud, en s’infléchissant un peu vers l’Est.

La limite est sépare le Sahara d’Oran de celui d’Alger. La limite sud n’a rien de bien déterminé ; cependant elle est indiquée par les dernières pentes des montagnes des Ksour, et les oasis qui n’ont devant elles que les vastes espaces sans habitations fixes, sans routes et sans eau. On peut la figurer par une ligne parallèle à la côte, partant d’El Aghouat, province d’Alger, pour aboutir à Figuig, réunion d’oasis qui appartiennent au Maroc.

La région qui nous occupe forme une espèce de parallélogramme compris entre les 34°, 30 et 32°, 30 de latitude Nord, entre les méridiens 0° et 4°, 20 de longitude Ouest.

Sa largeur moyenne, de l’Est à l’Ouest, est d’environ 100 lieues; sa profondeur, du Nord au Sud, de 50 à 60 lieues. On peut donc évaluer sa superficie à 5,000 lieues, ou 800 myriamètres carrés.

Cet espace comprend trois régions parallèles, qui sont, en partant du Nord, les hauts plateaux, au centre, les chott, au Sud, les montagnes des Ksour.

Les hauts plateaux succèdent aux derniers sommets de l’Atlas; ils sont d’un aspect monotone, incultes, rocailleux, légèrement accidentés, en longues ondulations de terrain; ils possèdent quelques sources, et des torrents sinueux, à sec presque toute l’année.

Des hauts plateaux, dont la largeur varie de dix à quinze lieues, on arrive à de vastes plaines, véritables steppes sablonneuses, couvertes d’une végétation maigre, rabougrie, uniforme, servant de pâturages à de nombreux troupeaux.

Ces plaines bordent les Chott au Nord et au Sud; elles possèdent quelques sources, quelques puits saumâtres, des oued sans eau, qui versent dans les bas-fonds des Chott les pluies de l’hiver.

Ces Chott, ou lacs salés, n’ont pas d’eau à la surface, ce sont de vastes espaces anfractueux, unis, composés de sable et de sel, qui se détrempent lorsque les pluies sont abondantes, mais dont l’eau s’évapore rapidement et laisse à la surface une couche cristallisée de sulfate de chaux. Les Choit ont leurs passages, leurs gués, où le terrain est ferme et solide; dans d’autres endroits il existe des fondrières fort dangereuses.

Il y a deux Chott dans le Sahara d’Oran: le Chott Gharbi de l’Ouest), et le Chott Chergui (de l’Est).

Le Chott El-Gharbi est divisé en deux parties par un terrain ferme, sur lequel passe la frontière du Maroc. Il est séparé par un vaste espace solide du Chott Ech-Chergui, lequel est aussi divisé en deux bassins par un isthme étroit (debdeb). Ces Chott occupent une étendue de soixante lieues de l’Est à l’Ouest; ils ont une largeur moyenne de cinq à six lieues.

Au Sud des Chott, les plaines se continuent jusqu’au pied des montagnes qui forment la chaîne des Ksour; elles séparent le Sahara du Grand-Désert.

Cette chaîne est composée d’une foule d’élévations isolées les unes des autres, sans ordre, sans direction, comme un troupeau de moutons paissant en liberté ; leur ensemble forme pourtant un système orographique bien déterminé, qui, partant du Maroc, vient se souder au massif puissant du Djebel-Amour et des Ouled-Naïl, qui domine le poste de Laghouat.

Le point le plus élevé de la chaîne méridionale du Sahara d’Oran est le Djebel-Ksel (1,950 mètres), sur le versant nord duquel est situé Géryville, à 1,307 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Ces montagnes abruptes, aux flancs ravinés, aux crêtes dentelées, sont séparées par des vallées étroites et des gorges rétrécies.

Quelquefois, dans l’espace laissé libre entre elles, se développe une plaine d’un ou deux kilomètres au plus de largeur. C’est au pied de ces montagnes, dans quelque pli de terrain abrité des vents, dans des anfractuosités de rochers, où coule une source abondante, que se trouvent nichées les oasis verdoyantes, protégées par un village fortifié (Ksar).

Un chaînon isolé part du Sud et vient aboutir vis-à-vis la séparation des deux Chott: c’est le Djebel-Antar. A l’Ouest, la chaîne des Ksour laisse une coupure qui conduit vers Figuig.

Une ramification parallèle au Djebel-Antar descend vers le Nord, en longeant la frontière du Maroc: c’est le Djebel-Guettar. La plaine qui s’étend au-delà n’a pas de maîtres; c’est le pays du fusil (blad el mokhala), qui appartient au plus fort.

Le profil du Sahara donne les altitudes suivantes, d’après M. le docteur Paul Marès: Saïda, 828 mètres; ligne de partage des eaux entre le Tell et le Sahara, 1,100 mètres; grande plaine au nord des Chott, 1,050 mètres; surface des Chott, 1,000 mètres; plaine au sud des Chott, 1,100 mètres; ligne de partage entre le Grand et le Petit-Désert, 1,150 à 1,200 mètres. Cette altitude diminue bien vite en s’avançant dans le Sud; et à 40 lieues de Brézina, dans la région des dunes (areg), qui coupent la roule du Désert sous le 31 30’, M. Paul Marès n’a plus trouvé que 400 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le Grand-Désert et le centre de l’Afrique seraient donc un pays assez bas. Le Sahara de Constantine est déjà au niveau de la mer. Mais nous savons qu’on rencontre dans le Sud des chaînes de montagne élevées, telles que le Djebel-Hoggar, qu’habitent les pirates de la mer de Sable, les terribles Touareg.

Les oued, qui coulent dans le Sahara sont à sec une grande partie de l’année. Ce sont des torrents éphémères aux lits rocailleux et ravinés par les eaux. Les uns se jettent dans les Chott; ils partent des hauts plateaux et des versants nord des montagnes des Ksour. Les premiers sont peu importants: ce sont l’oued Fallel et l’oued Maïj, au sud de Saïda; ils se jettent dans le Chott Ech-Chergui; l’oued El-Hammam, au sud de Sebdou, est tributaire du Chott El-Gharbi.

L’oued Taguin, au sud de Tiaret, fait exception; il prend sa source dans le Djebel-Amour et coule vers le Nord; il contourne le Chott et tombe dans le Tell par une coupure de montagnes pour former le Chéliff, le principal cours d’eau de l’Algérie.

Les oued qui viennent du Sud vers les Chott sont peu considérables; ce sont l’oued Taouessera, l’oued Chareffa l’oued Naceur, etc.

Les eaux, qui du Sahara se jettent dans le Sud, traversent des défilés étroits nommés Khaneg, qui sont les vraies portes du Désert. Ces eaux dérivent de trois bassins principaux, qui sont: 1° le bassin de Tyout, comprenant les eaux d’Aïn-Sefra, d’Ain-Sefissifa, de l’oued Tyout, qui, sous le nom d’oued Selam, reçoit l’oued Moghrar, et, sous le nom d’oued Namous, se perd dans les dunes de sable (areg). Les eaux du deuxième bassin viennent d’Asla, de Chellala, des Arba, d’Et-Abiod; elles se réunissent à Bou-Semghoun, et, sous le nom d’oued Gharbi, vont se perdre aussi dans les sables.

Troisième bassin: les eaux de Russoul et Brézina forment l’oued Segguer, qui coule parallèlement à l’oued Gharbi.

Ces oued forment l’amorce des routes que suivent les caravanes pour se rendre à Gourara, dans le Touat, et de là dans le pays des Nègres. Ils débouchent dans les plaines du Sud, qu’ils ravinent profondément, en laissant des berges et des îlots coupés à pic. Ils se perdent dans la mer de Sable, reparaissent parfois à la surface, pour disparaître de nouveau, absorbés par un sol profondément perméable et altéré. Leur direction est indiquée par un sillon de verdure plus accentuée, entretenue par l’humidité du terrain. Ce sont ces lignes d’eau qui servent de routes, parce que les animaux y trouvent toujours une nourriture suffisante, et que, en creusant un peu dans le lit des oued desséchés, on rencontre presque toujours de l’eau à une petite profondeur. D’ailleurs, longtemps après les pluies, sur les fonds moins perméables des torrents ou des plaines, on rencontre des flaques d’eau persistantes nommées redirs par les Sahariens. Ces redirs sont une ressource précieuse pour les convois altérés; mais leur existence éphémère trompe souvent l’attente des voyageurs, de là leur nom de redirs, qui signifie traître.

Les lignes d’eau du Sahara d’Oran se terminent, dans le Sud, par de petits lacs salés (Daya), échelonnés en forme de chapelets au pied des dunes de sable (Areg) qui couvrent le Désert, à une distance d’environ 200 kilomètres des Ksour, et qu’il faut traverser péniblement pour se rendre directement au Touat.

Plus à l’Ouest, le bassin de Figuig fournit un oued qui contourne les Areg et forme une route continue de plus de 150 lieues, formé de puits et de redirs, et par laquelle on peut atteindre facilement ie Touat.

Plus à l’Est, l’oued Zergoum vient d’El-Maïa et se perd aussi dans les Daya du Sud.

Au sud d’El-Aghouat, l’oued En N’sa forme une ligne d’eau qui, parallèle à l’oued M’zab, s’incline à l’Est et conduit à Ouergla, d’où on peut gagner le Touat, en passant au sud des Areg. C’est le chemin que prennent les caravanes qui viennent de la province d’Alger. Le voyage est long et périlleux, et sans grande chance de trouver de l’eau. La route à travers les Areg est la plus courte, mais la plus pénible, à cause des longues traversées au milieu des sables mouvants des dunes.

Le moyen le plus facile et par lequel on est le plus sûr de ne pas manquer d’eau, c’est de prendre au sud de Figuig; on arrive par là dans le Touat, vaste réunion d’oasis, qui s’étend sur une ligne d’eau presque superficielle de plus de 100 lieues de longueur, du Nord au Sud, et de l’extrémité de laquelle les caravanes se lancent dans l’espace qui les sépare du centre de l’Afrique.

C’est par là qu’on peut espérer de joindre Timbectou et le Sénégal.

Les hauts plateaux et les plaines qui bordent les Chott sont parcourus par les tribus nomades des Harars, des Hamian-Gharabas et Cheragas. des Ouled-Yacoub, des Loghouat, des Trafi, etc. Les montagnes des Ksour servent de résidence, à l’Est, aux Beni-Amour; au centre et à l’Ouest, aux Quled-Sidi-Cheikh, tribu puissante de marabouts.

Les oasis et villages fortifiés (ksour) peuvent se diviser en quatre groupes principaux, qui sont: au sud de Tiaret, 1° Bou-Alem. Et-Macta, Et-Maïa, rarement visités; 2° Stitten, Rassoul et Brézina. Le colonel Géry, en 1845, visita pour la première fois, cette région. En 1853, le général Pelissier, revenant vainqueur de El-Aghouat, établit un poste militaire français près de Stitten, à Aïn-et-Beïod, et lui donna le nom de Géryville. Ce fort commande tout le Sahara d’Oran. Avant que l’on eût mis garnison à Tuggurt, Géryville était le point le plus méridional occupé par nos troupes.

Le troisième groupe d’oasis est celui qui comprend les deux Chellala, Bou-Semghroun, les Arba, El-Abiod-Sidi-Chikh. Le colonel Renault y fit une première expédition en 1846.

Le quatrième groupe est celui de Sefra, Sefissifa, Tyout, et les deux Moghar. il fut visité, en 1847, par le général Cavaignac et en 1849 par le général Pelissier. Je faisais partie de cette dernière expédition qui dura quatre mois, de mars en juillet. La colonne partit de Mascara, passa à Saïda, s’avança sur le Chott Ech-Chergui, établit un poste de ravitaillement à El-Kreider, et, après avoir séjourné au lac Nahma (de l’autruche) et à Tyout, passa jusqu’à Moghar-Tatani, sous le 30e degré de latitude.

A cette époque, ce point était le plus méridional que nos troupes eussent atteint. Depuis, en 1858, elles sont allées à Ouergla, ville située à l’extrémité sud du Sahara algérien.

En 1852, le commandant Deligny pacifia le Sahara d’Oran en obtenant la soumission de Si-Hamza, le chef puissant et vénéré des Ouled-Sidi-Cheikh.

En 1855, 400 cavaliers français et arabes firent une excursion à El-Abiod. Le docteur L. Leclerc les accompagnait. Ce médecin distingué, très versé dans la langue, l’histoire et les mœurs arabes, a donné une relation très intéressante de son voyage.

Mon regrettable ami et collègue, le docteur Félix Jacquot, était de l’expédition du général Cavaignac, en 1847. Il a publié des détails artistiques, humouristiques et scientifiques sur celle exploration.

En 1856, une excursion militaire rapide fut conduite par M. de Colomb, commandant supérieur de Géryville, jusqu’à 160 kilomètres au-delà de la frontière du Maroc, au sud du lac Tigri. M. le docteur Paul Marès l’accompagnait.

En 1856-57, MM. Paul Marès et E. Cosson explorèrent scientifiquement le Sahara d’Oran. J’ai puisé largement dans les communications intéressantes qu’ils ont faites, sur les sciences naturelles, à diverses sociétés savantes. Je me suis aidé également, pour la rédaction de ce travail, des notions recueillies sur les pays voisins par d’éminents observateurs.

Trois routes principales mènent du Tell dans le Sahara d’Oran; elles sont facilitées par les stations d’eau qui les jalonnent; ce sont: 1° par Sebdou: El-Aricha, Ben-Khelil, Taouessera, Ych et Sefissifa, d’où l’on va à Figuig, etc.; 2° par Saïda: Kreïder, El-Amra, Nahma, d’où, directement au Sud, on va à Tyout, Sefra et aux deux Moghar; ou bien, en appuyant un peu à l’Est, on trouve Asla. les deux Arba, les deux Chellala, Bou Semghroun. El-Abiod-Sidi-Chikh; 3° en partant de Saïda ou de Tiaret, on va à El-Maij, caravansérail et poste arabe établi sur le Chott pour garder la route; d’El-Maij on se rend à Géryville, et de là à Rassoul, Brézina, etc.

Maintenant que nous connaissons bien la configuration générale du pays, étudions les détails de sa constitution intime.

GÉOLOGIE.

Table des matières

Sur les hauts plateaux, le vieil Atlas montre partout son squelette décharné. Le sol est rocailleux et composé de calcaire schisteux, divisé en parallèlipèdes réguliers qu’on dirait taillés pour une construction gigantesque. Puis le roc disparaît, une terre ocreuse, rougeâtre couvre ces immenses solitudes. A la surface gisent des détritus pierreux de diverses natures: grès, silex, quartz.

Le sous-sol est un banc de calcaire à couches horizontales, friable, sédimenteux, blanchâtre, espèce de travertin, dont quelques parties plus compactes sont du calcaire siliceux congloméré. Cette roche, dont la puissance varie de 1 à plusieurs mètres, repose sur une terre rougeâtre, argileuse, ou sur un tuf marneux d’une grande profondeur Ce n’est guère qu’à une quarantaine de mètres qu’on rencontre le roc et une couche d’eau non jaillissante.

Le puits qu’on a creusé à El-Maïj a 44 mètres. J’ai vu faire un puits à El-Kreider, au bord du Chott. Arrivé à 20 mètres, on s’arrêta; on n’avait trouvé que quelques infiltrations séléniteuses provenant du Chott.

Il existe, il est vrai, un grand nombre de puits peu profonds autour des grands lacs salés et même dans leur lit desséché ; mais ces puits n’offrent qu’une eau détestable, dont on ne pourrait faire, sans inconvénient, un usage prolongé. D’ailleurs, ces puits sont sujets à tarir avec rapidité. Ils ne sont destinés à abreuver que les hommes et les animaux qui ne font qu’un séjour temporaire dans leur voisinage.

A El Kreider, en creusant le puits, on trouva des couches de maine alternant avec des couches d’argile, de sable et de cailloux roulés.

Aux plateaux ondulés succèdent les grandes plaines, un peu déclives vers le Chott, qu’elles bordent au Nord et au Sud. Leur constitution géologique est la même que celle que je viens de décrire. La surface de la terre, siliceuse, rougeâtre, est moins compacte, et s’effrite pour former un sable fin qui devient le jouet des vents. Ces terrains sont très poreux, très absorbants; l’eau ne séjourne pas à leur surface, ou bien elle est évaporée rapidement.

Dans les endroits déclives, les eaux pluviales tracent des sillons profonds, qui deviennent pour quelques heures, des torrents impétueux, mais qui ne conservent jamais d’eau en dehors de ces crises diluviennes, Quelquefois le roc compacte est à nu et forme des réservoirs, dans lesquels les eaux du ciel se conservent pendant l’hiver et sont une puissante ressource pour les pasteurs nomades. Ces flaques d’eau sont nommées redirs; il en est d’assez permanentes pour avoir un nom sur les cartes.

Il n’y a pas de fossiles dans cette région.

Sur les grandes plaines et les hauts plateaux, il existe quelques sources rares, chétives, qui tarissent l’été et qui sont chargées d’une grande quantité de chlorure de sodium et de sulfate de chaux. Ces sels, déposés sur le bord des sources, laissent un couche de cristaux blancs, amorphes, efflorescents, résultant de l’évaporation de l’eau à la surface du sol.

Les Chott sont de grands espaces situés au centre du Sahara, dont le niveau est un peu plus bas de quelques mètres seulement que les plaines qui les environnent, et qui reçoivent toutes les eaux du grand bassin circonscrit par les montagnes du Nord et du Sud.

Les bas-fonds des Chott sont constitués par une couche de sable argileux, mêlé de gypse. Le sulfate de chaux a été apporté en grande partie par les eaux qui ont lavé les terres et les montagnes environnantes; ce sel se dissout, en hiver, dans la nappe d’eau qui couvre le sable, et lorsque cette eau s’évapore aux ardeurs du soleil, elle laisse déposer, au fond de l’immense cuve, des cristaux lamelleux, brillants, d’une pureté et d’une blancheur éblouissantes.

La salure des eaux des Chott provient des gisements de sel gemme et peut-être aussi des dépôts de sels laissés par les eaux marines qui ont couvert ces régions. L’analyse dé ce sel, donnée par M. Dreyer (V. Mémoires de médecine militaire, 1861), vient à l’appui de celle opinion.

Les sables argileux, de couleur bleuâtre, qui forment le fonds des Chott, ont une grande profondeur. Le roc calcaire semble ne pas exister ici, et la croute solide, sur laquelle repose le banc de sable, est sans doute du grès. Les Chott ont des bords anfractueux, irréguliers, formant des anses arrondies, ou projetant des cornes dans l’intérieur des terres (Hang el Djemel, cou du chameau). Ils sont coupés par des détroits de terre ferme appelés debdeb et qui servent de routes en hiver pour les traverser. En été, les Sahariens pra tiquent certains gués, à travers lesquels on peut franchir les Chott sans enfoncer au-dessus de la cheville, les bêtes de somme en ont souvent jusqu’aux genoux. Ces gués sont favorisés par certains îlots qui s’élèvent au milieu des lacs et qui ont la solidité et la consistance des plaines du rivage.

Les bords des chott sont coupés à pic le plus souvent et présentent l’aspect de falaises médiocrement élevées. C’est du reste une des propriétés de la terre rouge siliceuse du Sahara d’offrir ainsi des arrachements verticaux, soit dans le lit des ravins, soit au pied des montagnes. M. Marès a observé celle disposition plus avant dans le désert, où les terres éboulées et dissoutes en sables mouvants par l’action des eaux disparues, ont laissé des témoins réguliers qui, de loin, ont l’aspect de ruines gigantesques. Ces témoins ont reçu des Arabes lenom de Gour, pluriel Gara, ils leur servent de repères pour se guider dans les vastes solitudes du désert. Les îlots des chott ne sont que des élévations de ce genre, qui ont perdu, par l’action prolongée des eaux, leur régularité et la rectitude de leurs parois.

Les rivages des chott, les îlots, les isthmes sont couverts de sables et de dunes, qui portent un peu de végétation, et dont les molécules ne sont pas purement siliceuses, mais mélangées de sels et de débris calcaires, qui leur donnent un aspect blanchâtre que n’ont pas les sables accumulés plus au Sud et dont nous parlerons tout à l’heure.

Au bord des chott, et même dans leur lit, sont creusés des puits nombreux, peu profonds, dont l’eau est généralement jaunâtre. Cette eau cuit imparfaitement les légumes, ne dissout pas le savon et ne désaltère nullement. Elle provient de couches d’eau qui imprègnent les sables argileux et gypseux du fonds des lacs.

Il y a quelques exceptions, cependant. A Nahma, par exemple, petit Chott perdu dans le Sud, il existe une agglomération de puits (ces agglomérations se nomment ogla dans le Sahara) qui, sous une croûte calcaire superficielle, à 2 ou 3 mètres au-dessous du sol, offrent une eau abondante, limpide, sans mauvais goût et possédant tous les caractères physiques d’une excellente eau potable. Nous en avons fait usage pendant quinze jours, et personne n’en fut incommodé. Celle eau provenait sans doute de terrains voisins, non gypseux, qui l’avaient absorbée, et elle se filtrait dans une couche de graviers et de cailloux roulés dont nous avons constaté l’existence géologique dans le sous-sol.

D’autrefois, ces puits sont empoisonnés par des détritus immondes, ou des cadavres d’animaux qui y sont jetés par imprudence ou avec une intention malveillante.

Il est plus rare d’y trouver des plantes en putréfaction, quoique la végétation soit plus active, plus vigoureuse sur leurs bords.

Je ne voudrai pas dépoétiser le Désert dans l’esprit de ceux qui me lisent, mais je suis obligé d’avouer que je n’ai point constaté ces soins particuliers pris par les Nomades pour les puits du Désert, soins relatés avec détail dans des descriptions qui passent pour très-fidèles.

Creuser un puits dans le Désert, c’est créer un monument d’une incontestable utilité. Les Arabes négligents et paresseux, ne réparent pas même ceux qui se détériorent. Nonseulement il n’existe, au dehors des oasis, aucune margelle protectrice, comme les peintres se croient obligés d’en représenter, mais je n’ai jamais trouvé ces opercules remis religieusement en place, ni ces gobelets, ces seaux entretenus en bon état par les voyageurs qui se succèdent à l’abreuvoir. Il est vrai que les sables ne comblent pas ces puits aussi facilement qu’on a bien voulu le dire, et que les besoins pressants de la soif font rectifier parfois les avaries qu’auraient reçues la bouche, le calibre ou le fond du puits.

Quant aux impuretés, on s’en préoccupe peu: le Saharien ne connaît ni l’hygiène, ni le sybaritisme.

Il existe dans les chott d’Oran, des eaux jaillissantes thermales qui ont une certaine abondance et ne tarissent jamais. Une de ces sources se trouve à El Kreider; elle sort en bouillonnant du fond du lac, et les Arabes, qui habitaient cette localité, avaient bâti un grand bassin pour la réunir et la conduire, au moyen de canaux, dans les terrains sablonneux environnants que cette eau fertilisait. Ces canaux et ce bassin sont assez bien conservés, mais l’eau n’est plus utilisée et elle se perd dans le chott, où elle forme un vaste marais, couvert de roseaux et fréquenté par une foule d’oiseaux aquatiques.

L’eau d’El Kreider est légèrement saline, parfaitement appropriée aux usages domestiques et ne présentant aucun inconvénient pour la santé. La colonne dont je faisais partie a séjourné pendant plus d’un mois sur ses bords, et nous avons pu constater, par expérience, ses excellentes qualités. Sa température est de 38° en toute saison.

Des poissons et des anguilles vivent dans le bassin de Kreider.

Il existe une source jaillissante semblable, plus à l’Est, à un endroit nommé Sefissifa, au Sud du caravansérail d’El Maij, sur la route de Saïda à Géryville.

Les chott et les grandes plaines qui les entourent donnent lieu fréquemment au phénomène du mirage, par l’échauffement des couches d’air en contact avec une surface qui absorbe et concentre beaucoup de calorique.

Dans les steppes sahariennes, on se trouve, comme en pleine mer, au milieu d’un vaste cercle qui se déplace avec le voyageur, et dont la monotonie et la régularité ne sont interrompues, dans les temps calmes, que par les lignes bleuâtres des montagnes du Sud qui découpent l’horizon.

Un voyageur étranger serait incapable de trouver son chemin sur ce sol uniforme, sillonné d’un réseau inextricable de sentiers tracés par les troupeaux errants. Pour parer à cet inconvénient, on a fait jalonner les routes principales au moyen de pyramides de cailloux, blanchies à la chaux, hautes de 4 à 5 mètres, et placées à une lieue de distance les unes des autres.

De cette façon on risque moins de se perdre.

Mais lorsque les vents soufflent et soulèvent des tourbils lonsde sable, lorsque le mirage se produit, alors il n’y a plu-de repère possible, le cercle se rétrécit extrêmement, les ondulations de l’air échauffé et obscurci bornent l’horizon, les objets les plus simples prennent des formes ou des proportions fantastiques. L’esprit devient le jouet des illusions les plus étranges, les plus pénibles. Parfois, il semble qu’on s’avance vers des lacs semés d’îles verdoyantes; parfois on se croirait enfermé dans une sphère métallique chauffée à toute vapeur.

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Litresdə buraxılış tarixi:
17 yanvar 2025
Həcm:
157 səh. 46 illustrasiyalar
ISBN:
4064066326036
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
Yükləmə formatı:

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