Kitabı oxu: «L'Impeccable Théophile Gautier et les sacrilèges romantiques»

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Louis Nicolardot

L'Impeccable Théophile Gautier et les sacrilèges romantiques


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066080631

Table des matières

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII


L'IMPECCABLE

THÉOPHILE GAUTIER

ET

LES SACRILÈGES ROMANTIQUES

I

Table des matières

héophile Gautier a obtenu une voix, un jour d'élection à l'Académie. Ce bulletin que la presse attribua à Lamartine était de Sainte-Beuve. C'était tout naturel. Gautier n'a jamais parlé de son père qui est devenu directeur d'un bureau d'octroi, comme l'avait été M. de Sainte-Beuve, le père de Sainte-Beuve; il est incontestablement le fils unique de Joseph Delorme.

Gautier avait commencé les visites d'usage pour chaque candidat d'un fauteuil d'immortel; il dut les cesser. Les dominateurs de l'Académie le reçurent froidement, comme un inconnu et feignirent d'ignorer ses titres. C'est que parmi ses ouvrages figure un roman dont le genre est un prétexte d'exclusion.

L'Académie a ouvert ses bras à Littré et à Renan, mais elle se pique de respecter la morale: c'est là une inconséquence. Qu'est-ce que la morale sans la religion?

Gautier obtint à son tour un disciple. Baudelaire le vénéra comme un maître impeccable. Or, un disciple n'est pas au-dessus du maître. Le thermomètre doit baisser de Sainte-Beuve à Baudelaire et descendre à la glace. Chez Baudelaire tout fut étude; ses traits annonçaient plus de contention d'esprit que de chaleur naturelle; il était toujours d'une propreté recherchée, mais il ne décorait rien de tout ce qu'il portait; sa parole était nette, claire, argentine, mais froide; très poli, mais sans familiarité, sans abandon, sans excentricité; s'il faisait rire, c'était souvent à ses dépens, car il était évident qu'il avait préparé ses conversations pour les visites et les dîners; à la moindre contradiction il était tout désorienté. Il m'a toujours semblé un don Juan systématique. Pour mieux poser, il se donnait à ses amis comme le fils d'un prêtre et d'une religieuse, chose très fausse.

Pour qui l'a hanté ou lu, ce volcan de passions est tout simplement du givre; il en a l'éclat et la frigidité. Le givre ne plaît que parce qu'il rompt la monotonie des jours de brouillards et de neige. La neige a son utilité dans l'hiver; mais le givre?

La camaraderie est venue en grossissant toujours après Baudelaire. Gautier a eu son apothéose; grâce à une souscription, un monument est consacré à sa mémoire.

La publication si précoce d'un ouvrage comme Mademoiselle de Maupin décèle le tempérament et le style. Un pareil début annonce une prédestination à l'impuissance. Gautier et Sainte-Beuve sont morts à peu près au même âge, peu après la soixantième année. Ils sont entrés de bonne heure dans cette Légion de la Bedaine dont j'ai parlé dans la Confession de Sainte-Beuve. Né avec une organisation plus frêle, Sainte-Beuve a été forcé plus tôt de discontinuer ses expérimentations de la volupté; la conscience de sa laideur a doublé la faiblesse de sa constitution; mais une curiosité infatigable le portait à toucher à toutes les branches de l'arbre de la science du bien et du mal; il a dévoré les moralistes les plus rigides du Jansénisme avec la même avidité que les poésies érotiques. Il a suivi tous les succès, mais en restant sur la réserve, parce qu'il n'a presque travaillé que pour la presse, obligée de respecter plus de convenances que le livre.

Gautier avait une belle figure et surtout une chevelure d'un Jupiter Olympien; il faisait honneur à toutes les modes du temps et se sentait attiré vers le beau dans tous les genres; mais sa physionomie manquait d'expression. Sa dernière maladie a prouvé qu'il devait être impuissant, depuis plusieurs années. Il avait à peine passé la cinquantaine qu'il se disait franchement arrivé à l'heureux âge de l'impuissance. Essentiellement lymphatique, il n'a connu ni les transports ni les tourments des passions. Il a pu être libertin, mais jamais voluptueux. S'il fut immoral, ce fut plus par système que par besoin. Paresseux avec délices, il a écrit plus par nécessité que par enthousiasme et conviction; il a maintes fois cédé à ses amis le souci de faire ses articles, car son Pégase avait toujours besoin de quelque coup d'éperon pour finir la copie. Indifférent au bien et au mal, il n'a mérité ni ennemis acharnés, ni amis dévoués, comme certains journalistes. Au fond ce n'était qu'un bon compagnon; impossible de lui reprocher de ces basses vengeances, de ces trahisons qui pèsent sur la mémoire de Sainte-Beuve.

Sainte-Beuve n'a jamais fumé et fut toujours très sobre; il n'avait d'appétit de Gargantua que pour les livres et croyait toujours ne rien savoir; il restait sous l'impression de sa dernière lecture. Gautier mangeait beaucoup et fumait toujours; mais de tous les livres, ceux qu'il préférait c'étaient les lexiques. Tous ceux qui l'ont le plus hanté s'accordent à lui reconnaître cette manie dont ses lecteurs ne se douteront pas, comme on verra.

C'est parce qu'on lui fait l'honneur de l'estimer comme un linguiste que l'idée m'est venue de l'étudier. Je laisse de côté tout ce qu'il a composé; je n'entreprendrai d'examiner que les deux volumes de ses Poésies complètes, publiées par la librairie Charpentier.

Ayant toujours préféré la poésie parfaite à la prose parfaite, et ne m'étant jamais donné la peine de commettre de mauvais vers, je puis me flatter de n'avoir aucun préjugé pour examiner ces deux volumes; j'espère les juger sans fanatisme comme sans envie, puisque je n'ai point connu Gautier et que j'ai une bonne provision de sympathie à la disposition de quiconque l'admire.

Ce qui m'a suggéré l'idée de consacrer une étude à ces deux volumes, c'est la grande importance qu'ils ont rapportée à l'auteur, avant et après sa mort.

Depuis le sacre ou le mariage des rois et la naissance des dauphins ou des princes du sang, aucun événement n'a été l'occasion d'une éruption de vers comparable à celle dont le décès de Gautier devint le sujet. Ce fut comme un grand concours d'Élégies. Tous ceux qui se donnent la peine de faire des vers, se mirent en grand deuil; ils en auraient perdu les cheveux, s'il leur en était resté; s'ils ne sont point morts de chagrin, c'est seulement pour ne pas augmenter le désespoir d'une calamité publique. La librairie s'est hâtée de recueillir et de cristalliser toutes ces larmes si précieuses; elle en a construit le Tombeau de Gautier. Comme le livre est beau, tous ceux qui ont pleuré des vers se consolent dans la pensée d'avoir laissé de belles lamentations à la tendresse de la postérité.

Cette unanimité de témoignages dont aucun écrivain n'avait jamais joui, prouve: 1o que les poètes ne sont maintenant plus envieux;—2o que les poètes n'ont aucun doute sur l'immortalité de l'âme à laquelle ils sacrifient publiquement tant de vers;—et 3o que le métier de courtisan n'était pas absolument abject sous la monarchie, puisque les républicains de la veille ou du lendemain, de principes ou d'intérêts, ont mis tant de zèle à le rétablir. Ces trois choses sont dignes de louanges.

Tous ceux qui se donnent la peine de faire des vers, ont cru devoir cette marque publique de reconnaissance à la mémoire de Gautier. Le premier il a dit et redit que tout le monde peut faire des vers, et que c'est le travail et non l'inspiration, qui fait le mérite de la versification. C'était rétablir la corvée des mots au détriment des facultés natives. Autrefois on enseignait que, pour être poète, il fallait être né poète. Gautier a changé cela. Aussi tous ceux qui sont en état d'observer les règles de la prosodie affirment, avec la foi de Trissotin, qu'ils sont des poètes. Tant pis pour l'expérience, si elle rejette ce sophisme, si fanfaron de sa hardiesse et de sa nouveauté!

Il y avait bien quelque chose comme cela dans la prose et les vers de Victor Hugo, mais pas à l'état de symbole. Il jouissait du droit d'aînesse et du droit du plus fort; on ne songea point à lui disputer le premier rang. Mais on reconnut Gautier comme le second poète; c'était Dieu et Mahomet, son prophète. Donc on adora et on pria, en esprit et en vérité, Victor Hugo comme le Père éternel de la Poésie; pareillement on adora et on pria, en esprit et en vérité, Théophile Gautier comme le Fils Unique du Dieu de la Poésie. De tous ceux qui se condamnent à la corvée des vers, il n'y en a pas un qui ne croie procéder du Père et du Fils, et ne se regarde comme l'Esprit de la Trinité Poétique. Ceci explique pourquoi les poètes qui abusent de tout, laissent le Saint-Esprit assez tranquille; Béranger avait affirmé que l'Esprit est de trop dans la Trinité.

Pour consacrer l'invention de cette érudition des mots qui doit, dans l'avenir, remplacer l'âme du poète et le cerveau du penseur, tous ceux qui se donnent la peine de faire des vers acclamèrent Gautier poète impeccable.

Cet adjectif qualificatif, essentiellement catholique, n'avait jamais été appliqué à un homme, ni à plus forte raison à un écrivain. L'Eglise Romaine allait proclamer solennellement, en plein concile, le dogme de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge: de là l'idée de retirer le mot impeccable de sa retraite, si rarement troublée, et de le graver sur le front d'un poète. Il est digne de remarque que tous les prosateurs et poètes, qui ont précédé et suivi le mouvement révolutionnaire de 1830, se sont ingéniés à jouer le rôle de Tartuffes par l'affectation exclusive et permanente de tous les substantifs, verbes et adjectifs, créés ou consacrés par la Religion et respectés par l'usage. Au moyen de cette hypocrisie de mots, ils se sont insinués dans les familles chrétiennes et chez tous les honnêtes gens pour y déposer le germe du scepticisme qu'ils ont tenu bien caché, suivant leurs intérêts, mais qu'ils n'ont pas manqué de professer et d'étaler dès que leur fortune le leur permit, sans courir aucun risque. Ils ont recours à l'enterrement civil pour se venger de la longue contrainte de leur passé de saltimbanque. Par cette manifestation ne se rendent-ils pas la justice qu'ils ne méritent que le néant et l'oubli pour avoir autant tartufié que versifié?

Le titre d'impeccable décerné et maintenu à Gautier, mérite attention. Aussi c'est comme linguiste que je me propose de le prendre. Toute l'Ecole romantique viendra lui tenir compagnie dans cette étude de linguistique à propos de vers, bâclés à coup de dictionnaire, pour justifier la théorie que la Poésie n'est après tout qu'une fabrique de vers à laquelle on ne doit demander que le tapage d'une musique tambourine, le charivari de tous les mots à vent.

Cette étude de mots nous donnera toute l'histoire des sacrilèges romantiques.

L'office du Saint-Sacrement défie la Critique. Depuis Fontenelle, c'est un fait reconnu en littérature que l'Imitation de Jésus-Christ est le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes; jadis Corneille l'a traduit en vers; de nos jours Lamennais l'a traduit en prose; le chapitre cinquième du troisième livre est consacré à l'Amour; c'est encore ce qu'on peut trouver de plus complet sur ce sujet. Tout le quatrième livre est relatif à l'Eucharistie; c'est le chef-d'œuvre de l'ouvrage.

Après la Transfiguration, de Raphaël, et le Jugement dernier, de Michel-Ange, les artistes ont toujours placé au premier rang la Dispute du saint sacrement par Raphaël, la Cène de Jésus-Christ avec les Apôtres, par Léonard de Vinci, la Communion de S. Jérome, par le Dominiquin.

Ce que Bossuet a écrit de plus original, de plus hardi, de plus étonnant, ce sont ses Méditations sur la Cène; les romantiques qui aiment tant la difficulté vaincue, n'ont rien produit de comparable à la dix-huitième et à la vingt-quatrième, comme tour de force dans notre langue.

Se souvient-on des négations de Spinosa qui n'aimait que les mouches et les araignées, quand on voit les tableaux que la Messe, la Fête-Dieu, la Communion ont inspirés à Chateaubriand? Osera-t-on comparer aux taquineries de Bayle qui n'a jamais aimé que les marionnettes, ce Traité sur les sacrifices que Joseph de Maistre composa pour développer et justifier la page consacrée à la Communion dans les Soirées de Saint-Pétersbourg?

Après l'Essai sur l'Indifférence en matière de Religion par l'abbé de Lamennais, l'ouvrage le plus remarquable que notre siècle doive à un prêtre, ce sont les Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique par l'abbé Gerbet, mort évêque de Perpignan. Au commencement de l'empire, Sainte-Beuve en a rendu compte et ne lui a reproché que le défaut d'être trop court. L'auteur n'aurait rien laissé à désirer, s'il avait mieux connu l'Histoire ecclésiastique.

Dans une station à Dijon, sous la République, le R. P. Lacordaire prêchait sur l'Eucharistie; il devint si éblouissant, si pathétique qu'un général transporté d'admiration, se leva subitement et s'écria: «F..... que c'est beau!» Personne ne se scandalisa parce que cette exaltation exprimait le sentiment de tout l'auditoire ravi, comme un seul homme, jusqu'aux lèvres du prêtre.

Napoléon a été enivré de toutes les jouissances humaines; il avoua, un jour, à ses maréchaux éblouis de sa gloire, que c'était le jour de sa première communion qu'il regardait comme le plus beau de sa vie. A Sainte-Hélène, il s'humilia sous les verges du Dieu des Armées, confessa ses fautes et mourut muni des sacrements de l'Église, en désirant que ses restes fussent un jour portés dans l'Église des Invalides.

Sous la Commune, la première communion se fit à Paris, comme d'habitude, mais avec moins de pompe. On a nommé dans le temps les chefs de la Commune qui ont assisté, vivement émus, à la première communion de leurs enfants. Il y a eu des Églises qui n'ont pas été profanées, comme on s'y attendait, parce qu'elles ont eu pour protecteurs de ces pères dont les enfants venaient d'y faire la première communion.

Le plus auguste des sacrements est devenu pour les romantiques le plus habituel sujet de profanations. Depuis Michelet jusqu'au romancier, le mot de communion est étendu à tout; c'est la famille, c'est le mariage, c'est le concubinage, c'est le viol, c'est même une cohue.

Sainte-Beuve a consacré une partie de sa vie à étudier l'histoire de Port-Royal, il n'a pas hésité à scruter les mystères de la théologie que les docteurs de l'Eglise n'ont abordés qu'en tremblant. Aussi lui est-il arrivé de laisser pour définitions des images qui font la risée des théologiens et des écrivains aussi bien chez les protestants que chez les catholiques. Il n'a pas même compris le sens des mots latins les plus simples, les plus clairs pour quiconque se donne la peine d'ouvrir un dictionnaire latin-français.

Feu M. Hector de Saint-Maur a publié en 1865, chez Douniol, libraire du Correspondant, une traduction en vers du Psautier, qui a eu tout le succès qu'elle mérite. Il s'agit de rendre le cinquième verset du quatrième Psaume qui se chante aux Complies du Dimanche: Irascimini et nolite peccare. La pensée de David n'inspire que ce vers:

Blasphémez et criez, oui,—mais ne péchez plus.

Le Dante que le traducteur a dû lire, n'a pas laissé les blasphémateurs impunis; dans son Enfer, ch. XI, il les plonge dans le même cercle de douleurs que les usuriers et les sodomites. Dans son Histoire des Français de divers états, Monteil a eu soin de rappeler tous les châtiments auxquels les blasphémateurs furent condamnés, depuis Philippe-Auguste jusqu'à la Révolution.

Il faut être romantique pour ne pas qualifier le blasphème de péché! Un écolier de huitième traduira ainsi les mots latins précités: Fâchez-vous et gardez-vous de pécher. Il est clair comme le jour qu'il s'agit ici d'une colère qui est un mérite, et non l'un des sept péchés capitaux. C'est la colère de Jacob contre Ruben, l'aîné de ses enfants, qui a souillé sa couche. C'est la colère de Moïse, brisant les tables de la loi en voyant l'idolatrie de son peuple. C'est la colère de saint Pierre, reprochant leur hypocrisie à Ananie et à sa femme Saphire. C'est la colère de Jésus-Christ, chassant du Temple tous ces marchands qui font de la maison de la prière une caverne de voleurs.

Lorsque je fis ces observations à M. de Saint-Maur, il eut honte de son ignorance et de sa bévue. Ses lecteurs comme ses critiques, ne s'en étaient pas aperçus.

Dans la Chute d'un Ange, les traits de Lackmi réunissent à la fois femme, enfant, démon, ange. Ainsi nous avons sous les yeux les deux âges, les deux sexes, le bien et le mal, la félicité et le désespoir, la charité et le blasphème, le paradis et l'enfer, et la terre par-dessus le marché! Il faudra reléguer la Philosophie à la Salpêtrière, si elle ne va plus loin que Bacon, Descartes, Malebranche et Leibnitz.

Les romantiques ont accablé d'injures M. Désiré Nisard pour avoir protesté contre la littérature facile. Que deviendra notre langue pour les Français et les étrangers, si l'on continue de ne tenir aucun compte du sens des mots?

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