Kitabı oxu: «La guerre artistique avec l'Allemagne : l'organisation de la victoire»

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Marius Vachon

La guerre artistique avec l'Allemagne : l'organisation de la victoire


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066330101

Table des matières

PRÉFACE

CHAPITRE PREMIER L’INVASION ARTISTIQUE DE LA FRANCE PAR L’ALLEMAGNE DE1882à1914.

I AU LENDEMAIN DE LA GUERRE DE1870.

II LES PREMIÈRES BATAILLES ET LES PREMIÈRES VICTOIRES ALLEMANDES.

III L’APOTHÉOSE DE L’ALLEMAGNE A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE1900.

IV L’ÉLOQUENCE BRUTALE DES CHIFFRES

CHAPITRE II L’ORGANISATION DES INDUSTRIES D’ART EN ALLEMAGNE

I ORGANISATION MILITAIRE

II LES BASES DE L’ORGANISATION

III LE PRINCIPE DE L’ASSOCIATION

IV LE PRINCIPE DE L’AUTONOMIE

V LES PRINCIPES DE LA DÉCENTRALISATION ET DE L’INITIATIVE CORPORATIVE ET PRIVÉE

VI PRÉOCCUPATIONS ET AMBITION D’UN ART NATIONAL ET D’UNE PRODUCTION SUPÉRIEURE

CHAPITRE III LES CAUSES DE LA CRISE DES INDUSTRIES D’ART FRANÇAISES

I ORIGINE DE LA CRISE

II UN CONCILE INVENTE UN ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE OFFICIEL ET INFAILLIBLE

III CE QUE LES INDUSTRIELS ET LES OUVRIERS D’ART PENSENT DE CET ENSEIGNEMENT OFFICIEL

IV UN NOUVEAU CONCILE INVENTE UN NOUVEL ENSEIGNEMENT, NON MOINS OFFICIEL ET INFAILLIBLE

V DES RAPPORTS DE L’ÉTAT AVEC LES INDUSTRIES D’ART

VI COMMENT LES ÉCOLES POUR LES INDUSTRIES D’ART SE TROUVENT DE LA TUTELLE DE L’ÉTAT

VII UNE LETTRE ÉMOUVANTE DE GALLÉ

VIII L’ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE DANS LES UNIVERSITÉS ET DANS LES ŒUVRES POST-SCOLAIRES

CHAPITRE IV OU EN EST, EN FRANCE, LE MUSÉE POUR LES INDUSTRIES D’ART

I LE FAMEUX MUSÉE DE L’UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS

II QUELQUES AUTRES MUSÉES DU MÊME GENRE

CHAPITRE V QUELQUES AUTRES CAUSES DE LA CRISE DES INDUSTRIES D’ART FRANÇAISES

I CAUSES D’ORDRE POLITIQUE

II COMMENT ON FAIT DE LA PUBLICITÉ OFFICIELLE AUX INDUSTRIES D’ART FRANÇAISES

III UNE EXPOSITION ALLEMANDE A PARIS, EN1911 ORGANISÉE PAR DES FRANÇAIS ET PATRONNÉE OFFICIELLEMENT!!

IV CAUSES D’ORDRE SOCIAL LA GUERRE A L’AME FRANÇAISE ET A LA TRADITION ARTISTIQUE NATIONALE

V L’IMPRESSIONNISME ET L’ART NOUVEAU SONT PROCLAMÉS L’ART OFFICIEL FRANÇAIS!

VI LE SABRE DE M. PRUD’HOMME

VII L’ASSOCIATION DANS LES INDUSTRIES D’ART

VIII LA PREMIÈRE SOCIÉTÉ D’ART INDUSTRIEL

IX L’UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS

X QUELQUES AUTRES SOCIÉTÉS D’ART INDUSTRIEL

XI LA SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS

XII DEUX ASPECTS DE LA QUESTION SOCIALE DANS LES INDUSTRIES D’ART

XIII LA CURIOSITÉ ET LE VIEUX-NEUF SONT DES FLÉAUX POUR LES INDUSTRIES D’ART

XIV INFLUENCE NÉFASTE DE L’ESTHÉTISME SUR LES INDUSTRIES D’ART

CHAPITRE VI LES LEÇONS DE L’HISTOIRE

I LA FRANCE ET L’ALLEMAGNE PENDANT LES XII e ET XIII e SIÈCLES

II LA FRANCE ET L’ALLEMAGNE PENDANT LES XVII e ET XVIII e SIÈCLES

CHAPITRE VII L’ORGANISATION DE LA VICTOIRE

I SUPPRESSION DE LA TUTELLE ARTISTIQUE DE L’ÉTAT

II LA LIBERTÉ DE L’ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE

III L’AUTONOMIE ADMINISTRATIVE DES INSTITUTIONS D’ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE

IV LE MUSÉE NATIONAL DES ARTS DÉCORATIFS

V LES ASSOCIATIONS POUR LES INDUSTRIES D’ART

VI UNE SEULE SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS UN SEUL SALON NATIONAL

POSTFACE

PRÉFACE

Table des matières

Quand la grande Guerre militaire actuelle sera terminée par la victoire des nations alliées pour la défense de la liberté des peuples, de la civilisation et de l’humanité, contre la barbarie et le despotisme germaniques, une Guerre nouvelle commencera, la Guerre artistique industrielle et commerciale, dans des conditions qui la feront également terrible et implacable.

La préparation parfaite de cette guerre est une des plus sérieuses et des plus instantes préoccupations de l’Entente. Personne ne veut s’exposer à se retrouver dans la situation tragique où nous étions tous, Français, Anglais et Russes, au moment de l’Invasion teutonne: les cruelles leçons de1914 ont porté leurs fruits.

L’Allemagne, de son côté, prend déjà toutes les dispositions et mesures imaginables pour essayer de compenser, dans la mesure des possibilités humaines, par les succès de ses artistes, de ses industriels et de ses commerçants, les défaites de ses généraux et de ses soldats. Et, dans cette tentative désespérée de revanche, elle apportera les méthodes supérieures d’organisation militaire, qui auraient amené notre écrasement, si l’idéal sublime et l’inébranlable héroïsme de nos armées n’avaient brisé sa ruée, et rendu ses crimes, ses horreurs et ses monstruosités stériles,–sinon pour elle d’une honte éternelle.

L’expression: «la Guerre artistique de demain» n’est pas une simple figure de rhétorique, employée dans la circonstance pour frapper l’imagination au moyen d’un titre sensationnel; elle détermine exactement la situation. C’est bel et bien une guerre, une guerre à mort, où ne peuvent espérer remporter une victoire définitive et décisive que les belligérants possédant les plus forts contingents de troupes, les plus puissamment armés, les mieux pourvus de munitions pour ainsi dire inépuisables, les plus résolument décidés à vaincre par leur vaillance, leur audace, leur esprit de sacrifice, leur endurance et leur ténacité.

Il ne saurait plus être question aujourd’hui de la concurrence artistique, industrielle et commerciale, telle qu’elle existait, il y a encore un demi-siècle, entre les nations civilisées, qui avaient établi, par la tradition et par l’usage, une sorte de code d’honneur, de loyauté et de courtoisie, ayant toute la valeur d’une convention internationale, universellement respectée. Les Allemands ont traité ce code-là comme un autre «chiffon de papier»; et, dans ce domaine nouveau de leur activité nationale, ils ont instinctivement apporté les principes, les idées, les habitudes et les mœurs de leur militarisme scientifiquement barbare.

Cette transformation de la concurrence traditionnelle en guerre moderne doit entraîner pour nos artistes et nos industriels d’art une transformation radicale de leur mentalité d’hier, où il semble bien qu’il entrait moins d’esprit de solidarité corporative que d’égoïsme individuel, plus de timidité que de hardiesse dans la lutte contre l’étranger, et surtout une trop grande confiance, souvent illimitée, dans la Tutelle de l’État, à qui l’on s’en remettait du soin d’aplanir toutes les difficultés, de résoudre tous les problèmes, et de faire la vie facile, agréable, douce, et fructueuse en bénéfices, honneurs et décorations.

L’opération sera d’autant plus aisée qu’en somme elle consistera dans la continuation pure et simple de la mentalité, autrement supérieure, acquise au cours de l’existence guerrière des tranchées.

Le titre de ce volume est ainsi parfaitement expliqué et hautement justifié.

Dans cette guerre nouvelle avec l’Allemagne, la Guerre artistique, il y aura aussi de la place et de la besogne pour tout le monde: sur le front, dans les tranchées, en seconde ligne, et à l’arrière. Chacun aura le devoir patriotique de faire tout ce qu’il pourra, de tout son cœur, de toute son âme, pour aider à la victoire finale et décisive. Personne, pour des raisons quelconques, à moins d’une invalidité complète, intellectuelle et physique, ne saurait s’y soustraire, sans être inculpé de désertion devant l’ennemi.

Depuis l’année1878, je me suis adonné spécialement à l’étude des questions concernant les Industries d’art. Pendant dix-huit ans, j’ai fait, pour le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, des missions d’enquêtes en France et dans tous les pays d’Europe, sur les institutions diverses créées pour le développement et la propagation de ces industries: écoles, musées et associations. A la suite de ces missions, ne me contentant point de la publication officielle–hélas! souvent platonique– des rapports de ces missions, j’en ai voulu faire connaître les principaux documents et informations, au moyen de conférences publiques, de meetings populaires, et d’entretiens particuliers avec les municipalités, les chambres de commerce, les chambres syndicales, les associations artistiques, et les bourses du travail, dans tous les grands centres industriels. Et, en même temps, je tentais d’appliquer, ici et là, dans des écoles et dans des musées de ces mêmes centres, les innovations et les progrès réalisés à l’étranger.

Il m’a semblé que, dans les graves circonstances présentes, j’avais le devoir de mettre au service de ceux qui préparent, et qui vont faire la Guerre artistique de demain avec l’Allemagne, l’expérience que j’ai pu acquérir, pendant plus d’un quart de siècle de travaux, qui ont tout au moins le mérite de l’indépendance la plus complète d’idées, d’opinions et de buts.

Dans ce livre, j’ai analysé, avec autant de précision que possible, le puissant organisme d’enseignement et de propagande pour les Industries d’art créé par les Allemands dès1881, et qui leur a servi à battre en brèche, pendant trente ans, la suprématie artistique séculaire de la France, et qui leur servira encore dans la Guerre nouvelle de demain, sans aucun doute renforcé, intensifié et perfectionné. Je me suis efforcé de détruire les légendes, les erreurs et les préjugés qui ont cours en France A ce propos, et que les défenseurs de la centralisation administrative et de la Tutelle de l’État omnipotent mettent machiavéliquement à profit pour étayer leurs désastreuses théories sociales. Il ne s’agit point, ici, de faire admirer béatement les institutions particulières de nos ennemis, non plus que de les proposer sottement en exemples à suivre, en toute hâte, sans se préoccuper des différences d’idéals, de tempéraments et de caractères, qui existent entre les deux races si dissemblables. L’unique objectif poursuivi,–et atteint, je l’espère,–a été de savoir, et faire connaître, avec le plus de précision possible, quels sont les éléments de cet organisme d’enseignement et de propagande, afin d’y découvrir ce qui peut être utilisé opportunément, par une adaptation intelligente à nos besoins, à nos mœurs, à nos idées, et à nos traditions.

Les Romains avaient un axiome politique et administratif, exprimé en leur style lapidaire: «Etsi ab hoste doceri» (Il y a apprendre même d’un ennemi). Certes, on ne peut suspecter ceux qui ont créé l’âme latine, dont nous avons hérité, d’avoir témoigné de la moindre vénération pour la mentalité germanique, définie si terriblement par Tacite, non plus que d’avoir jamais manqué d’orgueil national: Pourtant, ils n’ont jamais hésité à prendre chez l’ennemi traditionnel les idées, les inventions, les innovations, etc., qu’ils estimaient pouvoir leur être de quelque utilité.

Pour employer encore une comparaison d’ordre militaire, du fait que les Allemands avaient créé pour la Guerre actuelle une formidable artillerie lourde et à longue portée, devions-nous renoncer à leur en opposer une plus puissante encore ou tout au moins équivalente? Non, assurément. Pour l’avoir ignoré, sinon méconnu, nous nous sommes laissé devancer; et nous n’en n’avons pas moins dû en faire autant et avec précipitation, par conséquent dans de très mauvaises conditions. Il n’en serait pas différemment en matière d’organisation de nos Industries d’art.

Parallèlement j’ai fait un exposé impartial, mais non impassible, de la situation dangereuse d’infériorité de combat, faute de plans d’ensemble, de chefs, de soldats et de munitions, où nous nous sommes trouvés souvent vis-à-vis de l’ennemi. Ce double travail a été douloureux, mais il était nécessaire, indispensable. Avant de livrer une bataille, l’on doit connaître aussi exactement que possible le fort et le faible de l’adversaire, savoir quel est le chiffre des soldats qu’il peut mettre en ligne, la quantité de munitions dont il dispose, ses ressources financières, etc.; afin de pouvoir lui opposer des forces égales sinon supérieures.

De la comparaison que le lecteur fera instinctivement entre les deux méthodes de préparation et d’organisation, et entre les deux tactiques, employées dans la Guerre artistique, industrielle et commerciale, que nous déclarait, en1881, le Kronprinz, lors de l’inauguration du Musée impérial des Arts décoratifs de Berlin,–dont la Guerre de demain ne sera que la continuation formidable–, sortira la conclusion, naturelle et logique, des viriles et décisives résolutions à prendre pour organiser sûrement la victoire.

S’il était encore de mode de mettre des épigraphes aux livres, je choisirais volontiers, de nouveau, cette belle pensée de Guillaume le Taciturne: «Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer!»; ou bien encore cette autre du même personnage: «Il faut agir «comme si on pouvait tout, et se résigner comme «si on ne pouvait rien!»

CHAPITRE PREMIER
L’INVASION ARTISTIQUE DE LA FRANCE PAR L’ALLEMAGNE DE1882à1914.

Table des matières

I
AU LENDEMAIN DE LA GUERRE DE1870.

Table des matières

Après le traité de Francfort, qui arrache à la France l’Alsace et la Lorraine, qui lui impose une rançon de cinq millards, et la clause désastreuse de l’octroi perpétuel à l’Allemagne du traitement de la nation la plus favorisée dans tous les traités de commerce; après la Commune, qui est venue ajouter aux hécatombes des champs de bataille de la guerre celles des Journées de mai1871, vidant Paris et les grandes villes de milliers et milliers l’artistes du plus grand talent, nos ennemis, grisés par la gloire militaire et par l’orgueil de la victoire, avaient bien cru que nous ne nous relèverions jamais, sinon avant un très long temps, de nos défaites, de nos ruines et de nos pertes. Lorsqu’ils virent qu’en moins de trois ans s’était accomplie la libération du territoire, qu’il se manifestait, dans tous les domaines de l’activité nationale, une véritable Renaissance, leur colère égala leur stupéfaction: ils s’étaient trompés grossièrement dans leurs calculs, dans leurs prévisions et dans leurs espérances. Une nouvelle guerre leur apparut de toute nécessité pour nous réduire, et nous écraser définitivement. Hésitant à employer les armes, en présence des dispositions diplomatiques de l’Europe favorables à la France, ils décidèrent de nous faire une guerre industrielle et commerciale, qui ne serait ni moins bien organisée, ni menée avec plus de ménagements que ne l’aurait été la guerre militaire.

L’Exposition universelle de Philadelphie, en 1876, avait démontré à l’Allemagne qu’elle n’était pas en mesure de lutter avec des chances de succès contre la France, immédiatement, dans les conditions de son organisation économique. Le commissaire général allemand avait envoyé à son Gouvernement un rapport dans lequel, avec une franchise brutale mais saisissante, il déclarait évidente et lamentable l’infériorité de la section allemande sur toutes les autres sections étrangères. Etait-ce vrai? Y avait-il là un coup monté entre le Gouvernement et le commissaire, à la façon de la fameuse Dépêche d’Ems en1870, pour surexciter, et pousser aux manifestations extrêmes l’amour-propre germanique? Cette seconde hypothèse paraît très vraisemblable: elle est dans la tradition. Toujours est-il que le Gouvernement, bien loin de désavouer et de casser aux gages le commissaire–comme on l’aurait fait chez nous– s’empressa de donner au rapport la plus grande publicité, au rapporteur un avancement extraadministratif, qui fut considéré comme une récompense exceptionnelle de son ardent patriotisme, et le la justesse de son jugement, quelque douloureux qu’il ait pu être pour l’amour-propre germanique.

Et l’organisation de la nouvelle guerre contre la France, la guerre artistique industrielle et commerciale, fut aussitôt entreprise, avec toute la méthode, toute l’énergie, toute la ténacité et toute la rapidité que l’Allemagne aurait pu apporter à l’organisation d’une guerre militaire. Quand on fut prêt, en1881, à l’inauguration solennelle du Musée impérial des Arts décoratifs de Berlin, le Kronprinz, qui s’était consacré corps et âme à cette organisation, avec la collaboration précieuse de la princesse impériale pour la partie des Industries d’art, déclarait officiellement la guerre à la France en ces termes catégoriques: «Nous avons vaincu la France en1870sur les champs de bataille, nous voulons la vaincre désormais sur le terrain de l’industrie et du commerce».

Et, c’était bien, en effet, une guerre nouvelle qui allait commencer contre la France, guerre merveilleusement organisée, sous forme d’une invasion formidable, ayant toute la physionomie de la ruée teutonne traditionnelle, commandée par un puissant et énergique état-major, menée par une gigantesque armée d’industriels, d’artistes et d’ouvriers, éclairée par une nuée d’espions de tous sexes et de tous grades.

Cette déclaration de guerre ne fut pas entendue en France; à peine si deux ou trois journaux économiques la signalèrent incidemment. Le Gouvernement n’en fit aucune communication officielle aux chambres de commerce, aux associations corporatives, non plus qu’au Parlement, comme il semble pourtant que c’eût été son devoir le plus élémentaire.

II
LES PREMIÈRES BATAILLES ET LES PREMIÈRES VICTOIRES ALLEMANDES.

Table des matières

Dès1884, le tableau du commerce de la France accuse une dépression générale de991millions sur l’année précédente, et de10% sur la moyenne de la période quinquennale antérieure. Par contre, l’exportation générale de l’Allemagne avait progressé de près d’un milliard de marks, comparativement avec1872: 3,335millions, au lieu de 2,492millions.

La marine marchande allemande, qui, en1870, était au dernier rang de celles des grandes puissances mondiales, conquiert le troisième, immédiatement après l’Angleterre et les États-Unis, et devance la France. Les Anglais, eux-mêmes, constatent avec stupeur que l’Allemagne porte une atteinte sérieuse à la suprématie industrielle et commerciale de l’Angleterre. Dans un discours prononcé à la Chambre de commerce de Manchester, en1885, le ministre du Commerce anglais, M. Goschen, faisait cette nette déclaration: «Bien «que l’on fasse des progrès en Angleterre, on en «fait de plus rapides ailleurs.»

L’invasion allemande en France a commencé. En1881, on compte chez nous plus de80,000immigrés teutons, dont31,300habitent Paris! C’est l’avant-garde!

En1889, l’Allemagne se sent en mesure de nous concurrencer victorieusement à l’Exposition universelle; elle s’était prudemment abstenue de participer à celle de1878!

Tout entière hypnotisée et absorbée par le succès prodigieux de la Tour Eiffel, et de la «Cité bleue» du Champ-de-Mars, qui, pendant six mois, mettent Paris en fête et la France en agitation, la grande presse se garde bien de jeter dans ce brillant concert d’enthousiasme mondain la moindre note d’inquiétude. La consigne générale est la célébration joyeuse du centenaire de la prise de la Bastille!

De1889à1900, les Industries d’art allemandes ne cessent de progresser. Non seulement l’Allemagne nous enlève notre clientèle artistique sur tous les marchés du monde qu’elle envahit et domine de plus en plus, grâce au développement incessant de son immigration, qui lui assure partout des agents actifs de propagande; mais elle nous fait de plus concurrence chez nous et dans nos colonies.

Pendant l’année1898, les importations de l’Allemagne en produits de ses Industries d’art ont augmenté de16millions sur l’année1897, et de 17millions et demi sur l’année1896. Ces différences portent principalement sur la Céramique, la Verrerie, les Cristaux, les Livres, les Estampes, la Bimbeloterie (Articles de Paris!), l’Horlogerie et le Mobilier.

Dans une séance tenue le17décembre1898, la chambre syndicale de l’Ameublement de Paris déclare officiellement que la fabrication du meuble en France, et spécialement à Paris, est depuis quelques années dans une situation difficile, en raison de l’importation étrangère, surtout allemande.

La grande industrie parisienne de l’Orfèvrerie et de la Bijouterie, sans rivale au monde, jusqu’au milieu du XIXe siècle, est profondément atteinte. Les Allemands, en cette même année1898, exportent en France633kilos d’or de plus; et nous leur en envoyons700de moins!

Aussi, de1880à1896, le centre de l’Ameublement, le faubourg Saint-Antoine, à Paris, a-t-il perdu près de10,000ébénistes; le quartier du Marais, le même nombre de bronziers, d’orfèvres et de lapidaires; Belleville, Popincourt et Ménilmontant, plus de10,000ouvriers de la Maroquinerie et de l’Article de Paris.

Relativement à la situation de la Bijouterie, le directeur d’un journal professionnel écrira en ce temps:

«La Bijouterie allemande continue sa marche ascendante. Si elle va de ce train encore quelques années,–et je ne vois pas ce qui l’en empêchera,–les fabricants français auront pour unique et dernière ressource de devenir les dépositaires de leurs collègues d’outre-Rhin. On m’affirme que quelques-uns ont déjà pris ce parti. On m’a cité des noms; mais on comprend que je ne puisse les publier!»

Mais, alors, la France est en pleine agitation du Boulangisme, à laquelle succédera la guerre civile du Dreyfusisme. On ne pense guère à l’Allemagne, à son prodigieux développement artistique, industriel et commercial; on l’oublie complètement. L’activité de la nation semble se résumer dans l’organisation de l’Exposition universelle de1900, la grande Foire du monde, imaginée pour célébrer l’aurore du XXe siècle, et par laquelle il doit être fait surtout la démonstration, suivant le discours grandiloquent, prononcé par le ministre du Commerce, à son inauguration, que: «L’Humanité monte, monte sans cesse vers cette région lumineuse et sereine où doit, un jour, se réaliser l’idéal et parfait accord de la puissance, de la justice et de la bonté»!!??

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4064066330101
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