Kitabı oxu: «Pensées et fragments inédits de Montesquieu»

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Montesquieu

Pensées et fragments inédits de Montesquieu


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066327514

Table des matières

AVANT-PROPOS

PRÉFACE ET DESCRIPTION DES MANUSCRITS PUBLIÉS DANS CET OUVRAGE

PRÉFACE

I

II

III

IV

V

VI

VII

DESCRIPTION DES MANUSCRITS PUBLIÉS DANS CET OUVRAGE

AVERTISSEMENT

I MONTESQUIEU

I.–CARACTÈRE DE MONTESQUIEU.

II.–VIE DE MONTESQUIEU

III.–FAMILLE DE MONTESQUIEU.

IV.–LECTURES DE MONTESQUIEU. 15

V.–ÉCRITS DE MONTESQUIEU.

II OEUVRES CONNUES DE MONTESQUIEU

I.–ÉPIGRAPHES.

II. LETTRES PERSANES.

III.–DIALOGUE DE SYLLA.

IV.–DIALOGUE DE XANTIPPE.

V.–DE LA CONSIDÉRATION.

VI.–LETTRES DE XÉNOCRATE.

VII.–DISCOURS DE RÉCEPTION A L’ACADÉMIE FRANÇAISE.

VIII.–RÉFLEXIONS SUR LES HABITANTS. DE ROME.

IX.–CONSIDÉRATIONS SUR LA GRANDEUR DES ROMAINS.

X.–ESSAI SUR LES CAUSES QUI PEUVENT AFFECTER LES ESPRITS.

XI.–DE L’ESPRIT DES LOIX.

XII. DÉFENSE DE L’«ESPRIT DES LOIX»

XIII. LYSIMAQUE

XIV. ESSAI SUR LE GOUT

XV. ARSACE ET ISMÉNIE

III OEUVRES ET FRAGMENTS D’OEUVRES INÉDITES DE MONTESQUIEU

I. TRAGÉDIE

II. DIALOGUES

III. LETTRES DE KANTI

IV. HISTOIRE D’UNE ILE

V. LE CASUISTE

VI. MOTS

VII. LETTRES

VIII. CITATIONS

IX. DISCOURS

X. PRÉFACES

XI. SUR LA LITTÉRATURE.

XII. SUR LA CRITIQUE.

III. SUR LE BONHEUR.

XIV. SUR LA JALOUSIE.

XV. OPUSCULES HISTORIQUES.

XVI. SUR L’«HISTOIRE DU COMTE DE BOULAINVILLIERS.

XVII. SUR LE «TESTAMENT POLITIQUE» DE RICHELIEU.

XVIII. SUR L’HISTOIRE DE FRANCE.

XIX. PENSÉES MORALES.

XX. DES DEVOIRS.

XXI. MAXIMES GÉNÉRALES DE POLITIQUE.

XXII. DE LA LIBERTÉ POLITIQUE.

XXIII. LES PRINCES

XXIV. RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES.

XXV. DOUTES.

IV SCIENCE ET INDUSTRIE

I. MATHÉMATIQUES.

5II. SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES.

III. HYGIÈNE ET MÉDECINE.

IV. DÉCOUVERTES ET INVENTIONS.

V. GÉOGRAPHIE.


BORDEAUX

IMPRIMERIE G. GOUNOUILHOU

11, rue Guiraude, 11

M. DCCC. XCIX.


AVANT-PROPOS

Table des matières

Ce volume renferme la suite des œuvres inédites de Montesquieu, mon bisaïeul. Après les Mélangeset les Voyages, publiés par deux de mes frères, voici les Pensées du Président.

Jusqu’ici, on n’en connaissait qu’une très faible partie. Le recueil intégral, qui paraîtra en deux tomes, permettra d’apprécier le labeur immense auquel l’auteur s’est livré pendant la seconde moitié de sa vie. Mais surtout on pourra y suivre l’élargissement progressif de ses conceptions. A mesure qu’il voit, qu’il lit et qu’il réfléchit davantage, les problèmes qu’il se pose se compliquent, s’agrandissent et s’élèvent. Des Lettres Persanes, il monte jusqu’à l’Esprit des Lois.

C’est encore avec le concours de la Société des Bibliophiles de Guyenne que cette publication est éditée. M.H. Barckhausen, professeur de droit à l’Université de Bordeaux et corres pondant de l’Institut, a transcrit, classé et collationné le texte des Pensées. Il en a aussi rédigé la préface. Enfin, il s’est occupé de la correction des épreuves avec M.R. Dezeimeris, correspondant de l’Institut, et a préparé les notes avec M. Dezeimeris et M.R. Céleste, bibliothécaire de la ville de Bordeaux.

Il est juste que ceux qui ont été à la peine soient aussi à l’honneur.

Je tiens donc à ajouter ici que toute ma collaboration a consisté à fournir les matériaux, et qu’à ces messieurs seuls revient le mérite de les avoir étudiés et présentés sous la forme la plus propre à donner à cette publication toute sa valeur.

Aussi, comme l’a déjà fait mon frère dans l’avant-propos des Voyages, au nom de toute ma famille, comme en mon nom personnel, je veux les remercier ici de nouveau de leur si puissant et si précieux concours.


PRÉFACE
ET
DESCRIPTION DES MANUSCRITS
PUBLIÉS DANS CET OUVRAGE

Table des matières


PRÉFACE

Table des matières

Bien que nous donnions aux volumes qu’on va lire le titre de Pensées et Fragments inédits de Montesquieu, plusieurs des morceaux qui s’y trouvent sont déjà connus. Dans les recueils des Œuvres (soi-disant) complètes de l’Auteur, on rencontre, en effet, un nombre variable d’extraits plus ou moins étendus des manuscrits que nous allons publier intégralement. Mais les plus riches ne reproduisent pas même un vingtième du contenu des trois gros volumes auxquels ils font des emprunts. De plus, les textes y ont été imprimés sur des transcriptions hâtives, pas toujours exactes. Enfin, beaucoup des réflexions de Montesquieu sont rapprochées arbitrairement les unes des autres, ou bien isolées de l’ensemble qui en fixe le sens et la valeur.

A la lecture des quelques pages dont nous parlons, nul n’aurait imaginé que l’auteur de l’Esprit des Lois eût laissé une riche mine de documents, pleins de détails précieux sur toute sa vie intellectuelle ou littéraire, et particulièrement sur la seconde moitié.

Il en est, cependant, ainsi.

Si les Voyages de Montesquieu indiquent, presque jour par jour, ses étapes à travers l’Empire d’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas, en1728et1729, le recueil complet de ses Pensées, par ce qu’il nous révèle sur la genèse de ses idées et de ses œuvres, permet de le suivre, pendant une trentaine d’années, dans sa marche laborieuse à la découverte des vérités morales et politiques.

Nous espérons donc qu’on ne contestera point que nous apportons un livre vraiment nouveau au public qu’intéressent les choses de la littérature, de l’histoire et de la philosophie.

I

Table des matières

Montesquieu possédait une série de volumes in-4o, solidement reliés et composés de feuilles toutes blanches primitivement. De l’un d’eux, il n’a utilisé que quelques pages, pour y consigner les corrections qu’il voulut, d’abord, introduire dans son traité sur la Grandeur des Romains. Mais les autres étaient appelés à lui rendre des services plus variés et plus durables.

Tantôt il y inscrivait lui-même et tantôt il y faisait inscrire des notes relatives à des faits curieux, ou des extraits de ses lectures, ou encore l’expression de ses idées personnelles, résumées en courtes formules ou plus ou moins longuement développées. Dans celui de ces registres qui nous semble être le plus ancien, et qui est intitulé Spicilegium, on trouve surtout des notes; au besoin, des recettes médicales. C’est, au contraire, à des analyses de livres qu’étaient réservés presque exclusivement six à huit tomes environ, dont un seul nous est parvenu, mais dont chacun était affecté à un ordre spécial d’études, tel que le Droit, la Politique, la Géographie, etc. Enfin, trois volumes, autrement précieux que le reste, constituent un recueil où des réflexions détachées sont mêlées à de petites œuvres inédites ou à des fragments inédits d’œuvres que l’auteur de l’Esprit des Lois n’a jamais terminées ou n’a terminées qu’en en retranchant des parties plus ou moins importantes. C’est à la publication de ce recueil que nous consacrons le présent ouvrage.

Le premier des trois volumes dont nous parlons semble avoir été commencé après l’impression des Lettres Persanes; le second, après celle des Considérations sur la Grandeur des Romains; et le troisième, après celle de l’Esprit des Lois.

Mais il s’en faut bien qu’on puisse induire sûrement de ce qu’un morceau se trouve à la suite d’un autre, qu’il n’ait pas été transcrit avant lui dans le registre où il figure. Les intercalations sont visibles dans une foule d’endroits. C’est même par dizaines, sinon par centaines, que l’on compte dans les tomes II et III, entre les pages écrites, celles qui sont demeurées en blanc, et qui, sans doute, étaient destinées à recevoir des pièces ayant quelques rapports avec les fragments qu’elles auraient immédiatement suivis.

Nos volumes n’en fournissent pas moins des renseignements chronologiques; mais il est parfois délicat de les en tirer.

Ajoutons que, bien qu’ils comprissent, outre un millier de courtes réflexions, des œuvres ou fragments d’œuvres de plus longue haleine, Montesquieu, lui-même, les désignait ordinairement sous le titre de Mes Pensées. Nous suivrons son exemple. En parlant des manuscrits que nous éditons, nous les appellerons tome I, II ou III des Pensées ou encore des Pensées (manuscrites) de Montesquieu.

II

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Il serait fort difficile d’énumérer ici les divers sujets abordés par Montesquieu dans ses Pensées (manuscrites). Le grand curieux qu’il était s’intéressait plus ou moins à tout. Une seule branche des connaissances humaines semble lui être restée vraiment étrangère: les mathématiques; et visiblement il leur en voulait de ne pas lui être accessibles.

Cette lacune, bien entendu, n’empêche pas notre recueil d’être singulièrement mêlé. Aussi, dans une courte préface, ne peut-on le considérer que d’ensemble; en insistant, tout au plus, sur quelques points essentiels.

Nous ferons donc remarquer, d’abord, que le tome Ier des Pensées ne fut commencé qu’à l’époque où l’Auteur renonça presque aux sciences physiques et naturelles, pour se consacrer de préférence aux études morales et politiques. De là vient que les sciences n’occupent qu’une place très restreinte dans les trois volumes dont nous éditons le texte. Il est même assez curieux de constater qu’on y chercherait vainement, sur deux mille deux cent et quelques articles, plus de douze à quinze ayant trait, peut-être, à l’Histoire de la Terre ancienne et moderne dont «M. de Montesquieu, président au Parlement de Guyenne, à Bordeaux», avait inséré une sorte de prospectus dans les journaux de1719.

Nous regrettons davantage l’absence, dans les manuscrits que nous publions, d’un plus grand nombre de détails sur la vie proprement dite de l’Auteur. Le peu qu’ils nous apprennent à cet égard est même très vague, le plus souvent. Presque tout, d’ailleurs, en est relatif moins à l’homme qu’à l’écrivain.

Dans le tome II, par exemple, nous trouvons la harangue que Montesquieu adressa au roi Louis XV, le3juin1739, en qualité de directeur de l’Académie française. Il y félicite le Prince de la paix qu’il venait de conclure à Vienne, avec l’Empereur d’Allemagne. Nous savons par lui-même qu’il fut très ému en s’acquittant de sa tâche.

Un autre sentiment pénible qu’il avoue, c’est l’irritation que lui causaient les critiques superficielles dirigées contre ses ouvrages.

Il s’en vengeait cruellement! De sa propre main, il écrivait une épigramme acérée sur une page quelconque de l’un de ces in-quartos intimes, dont nous indiquions tout à l’heure l’emploi. Puis, il l’y laissait dormir. Sa rancune était assouvie. Et même, quand l’épigramme était trop vive, il la biffait soigneusement et la rendait presque indéchiffrable.

En parlant de lui, le père Castel pouvait bien dire qu’il n’avait jamais connu de plus belle âme!

Ne s’est-elle pas révélée, avec toute sa noblesse, dans ce précepte touchant et vraiment évangélique: «Il faut plaindre les gens malheureux, même ceux qui ont mérité de l’être, quand ce ne seroit que par ce qu’ils ont mérité de l’être?»

Mais (répétons-le) ce n’est point l’homme que les Pensées (manuscrites) font surtout connaître; c’est le phi losophe et l’auteur: le philosophe, avec ses méthodes et ses principes; et l’auteur, avec ses théories littéraires et ses productions successives, allant de l’ébauche en vers, jusqu’au chef-d’œuvre en prose.

III

Table des matières

Quant aux méthodes du philosophe, nous relèverons un seul point, mais capital.

Montesquieu s’était appliqué trop sérieusement aux sciences physiques et naturelles pour méconnaître le rôle des observations ou des expériences rigoureuses dans la découverte de la vérité. A ce point de vue, il est instructif de lire sa note sur la peste et la manière de la combattre. Mais, précisément, comme il se rendait bien compte des conditions sous lesquelles l’induction est légitime, il se défiait des applications qu’on voudrait en faire aux études politiques et sociales. Ce n’est que lorsqu’elles portent sur des phénomènes semblables que les généralisations sont fécondes. Avec des éléments divers, n’ayant que de l’analogie, on ne fonde point de vraies sciences.

Dans ses Pensées, l’auteur de l’Esprit des Lois met en garde, à plusieurs reprises, contre les illusions que se font certaines gens; et notamment dans le passage qui suit:

«Les politiques ont beau étudier leur Tacite; ils n’y trouveront que des réflexions subtiles sur des faits qui auroient besoin de l’éternité du Monde, pour revenir dans les mêmes circonstances.»

Est-ce à dire que toute généralisation soit stérile en ces matières? Nullement! Une philosophie prudente peut arriver à des conclusions vraies et utiles par l’examen de ce qu’il y a de permanent dans l’histoire. Or qu’y trouve-t-on partout et toujours? L’Homme, avec ses facultés, ses instincts et ses passions, causes intimes et éternelles de toutes les vicissitudes des Peuples.

C’est parce qu’ils sont (comme les Lettres Persanes) l’œuvre d’un moraliste, d’un moraliste hors ligne, que l’Esprit des Lois et les Considérations sur la Grandeur des Romains ne cesseront point d’exciter l’admiration des penseurs à venir.

IV

Table des matières

Les fragments que nous publions permettront aussi de mieux comprendre les idées fondamentales de Montesquieu, telles qu’elles ressortent de ses œuvres antérieurement connues. Ils nous en découvrent quelquefois l’origine, et souvent en montrent le développement graduel. On assiste (comme nous l’avons déjà dit) au travail qui s’est fait, pendant trente et quelques années, dans un des plus grands esprits dont l’Humanité s’honore.

Spécialement, les Pensées doivent nous empêcher de confondre ce que nous appellerons le rêve, rêve idyllique, de l’Auteur avec ses théories proprement dites.

Un certain état social peut lui paraître supérieur aux autres pour assurer aux habitants de la Terre ce qu’il juge être leur vrai bonheur. Mais jamais il n’eut la naïveté de croire qu’un législateur quelconque pût imposer ce bonheur à une vieille société, ni même en garantir la durée dans une société qu’il fonderait et constituerait. A ses yeux, rien n’est précaire comme les régimes les meilleurs et les plus nobles. Ils ne subsistent que par un concours de vertus fatalement rare. Les Troglodytes se lassent de n’obéir qu’à leur conscience trop rigide et secouent le joug d’une liberté que les mœurs seules restreignent.

Nous touchons ici à la conception centrale de Montesquieu, à sa conception de l’Homme, pauvre être médiocre pour le bien et même pour le mal.

Dans tous ses écrits, il insiste sur le sentiment de notre faiblesse. Aussi n’est-il point de vertu qu’il recommande plus fortement que la modestie. Il en définit ainsi la forme la plus parfaite:

«L’humilité chrétienne n’est pas moins un dogme de philosophie que de religion. Elle ne signifie pas qu’un homme vertueux doive se croire plus malhonnête homme qu’un fripon, ni qu’un homme qui a du génie doive croire qu’il n’en a pas; parce que c’est un jugement qu’il est impossible à l’esprit de former. Elle consiste à nous faire envisager la réalité de nos vices et les imperfections de nos vertus.»

Depuis l’époque où il rédigeait son premier chef-d’œuvre, jusqu’à la veille de sa mort, Montesquieu est sans cesse revenu sur l’éloge de la modestie et sur la condamnation de l’orgueil, qu’il distingue avec soin d’une juste fierté, pure de dédain.

Usbek écrit dans la144e Lettre Persane:

«Hommes modestes, venez, que je vous embrasse! Vous faites la douceur et le charme de la vie. Vous croyez que vous n’avez rien; et, moi, je vous dis que vous avez tout.» Un article du Traité des Devoirs est conçu en ces termes:

«Une âme basse orgueilleuse est descendue au seul point de bassesse où elle pouvoit descendre. Une grande âme qui s’abaisse est au plus haut point de la grandeur.»

Enfin, dans les conseils A mon Petit-Fils, nous détachons cette phrase:

«Sachez aussi que rien n’approche plus des sentiments bas que l’orgueil, et que rien n’est plus près des sentiments élevés que la modestie.»

Nous ne continuerons point nos citations: celles que nous venons de faire permettront de saisir le lien intime qui rattache la politique de Montesquieu à sa morale.

Si l’Homme est un être médiocre, rien d’extrême ne lui convient.

Pour les particuliers, il n’est pas bon qu’ils disposent d’une liberté absolue ou de richesses immenses.

C’est un danger pour des autorités publiques que d’avoir une puissance à laquelle des lois fixes et les attributions d’autres magistrats n’assignent point de limites.

Et, pour les états eux-mêmes, les grandes conquêtes, les extensions indéfinies sont, tôt ou tard, une cause de ruine.

On peut critiquer, rejeter cette manière de voir, la juger mesquine et bourgeoise; on ne saurait en méconnaître l’unité rigoureuse et logique.

Notons qu’à la différence de tant de faux modestes, Montesquieu, en humiliant le Genre humain, ne crée point une catégorie d’hommes exceptionnels, dans laquelle il se rangerait naturellement.

V

Table des matières

Passons, maintenant, du philosophe à l’auteur.

Les Pensées et Fragments inédits découvrent dans Montesquieu un artiste très conscient de son art: de l’art qu’il apporte dans la construction de ses phrases, autant que dans la composition même de ses œuvres.

Pour bien apprécier le grand prosateur, il importe de lire ses écrits à haute voix, comme s’il s’agissait d’un poème, de La Divine Comédie, par exemple. Ce procédé a un double avantage. Une lecture ralentie permet de saisir plus aisément toutes les idées qui se suivent, drues et serrées, dans une langue parfois trop concise. Mais, surtout, on jouit mieux ainsi de l’œuvre littéraire. Un rythme harmonieux se dégage à la lecture d’une série d’alinéas, n’ayant que quelques lignes en général et formant comme autant de couplets, dont chacun flatte l’oreille.

La qualité que nous relevons ne distingue pas exclusivement ce qu’on pourrait appeler les morceaux de bravoure, tels que les portraits d’hommes illustres. Prenez, dans l’Esprit des Lois, les définitions par lesquelles le second livre commence. Qui ne discerne dans cette prose sévère un tour général, un mouvement ordonné?

Montesquieu se rendait compte des mérites de son style à cet égard. On lit, en effet, dans le tome Ier de ses Pensées: «Bien des gens, en France, surtout M. de La Motte, soutiennent qu’il n’y a pas d’harmonie. Je prouve qu’il y en a, comme Diogène prouvoit à Zénon qu’il y avoit du mouvement, en faisant un tour de chambre.»

C’est également à dessein que notre auteur disposait le sujet de ses œuvres d’une manière qui lui a valu le reproche d’impuissance. N’a-t-on pas dit qu’il avait l’intelligence «fragmentaire»? Lui qui a suivi constamment, dans un ordre rigoureux, une idée unique, à travers les trois à quatre volumes de l’Esprit des Lois!

Il est vrai qu’il lui répugnait de faire quelque chose d’analogue à une dissertation, à un traité doctoral. Sa nature le portait à suivre une méthode plus libre et plus dégagée. Non content d’éviter les transitions dans ses grands ouvrages, il se plaisait à couper encore les petits en morceaux.

Le portrait du Régent qu’il a esquissé dans les cinq Lettres de Xénocrate à Phérès n’en formait qu’une à l’origine.

Dans l’Esprit des Lois, il avait, d’abord, expliqué pourquoi il y insérait les livres XXVII et XXVIII. Il se ravisa ensuite, jugeant inutile de le dire. Ne s’imaginait-il point que, ce qu’il voyait clairement, lecteurs et critiques s’en rendraient compte de même? Illusion étrange, mais touchante! Elle était bien digne du génie qui se disait: «Il y a ordinairement si peu de différence d’homme à homme, qu’il n’y a guère sujet d’avoir de la vanité.»

Mais d’où pouvait lui venir sa haine des transitions et des expositions bien liées?

Il avait pour le pédantisme une aversion instinctive et réfléchie. Ennemi d’un sot orgueil, il voulut, sans doute, ressembler le moins possible aux cuistres de son temps, pauvres hères jugeant le Monde du sommet des minuties qu’ils savaient peut-être. C’est pourquoi il s’écarta avec soin, mais non sans excès, des procédés didactiques qui leur étaient habituels.

De plus, il sentait probablement qu’une prose très concise doit être très coupée, sous peine de fatiguer les lecteurs.

Quoi qu’il en soit, Montesquieu a fait, en ces termes, sa profession de foi littéraire:

«Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires: assez, pour n’être pas ennuyeux; pas trop, de peur de n’être pas entendu. Ce sont ces suppressions heureuses qui ont fait dire à M. Nicole que «tous les bons livres » étoient doubles».

Reconnaissons, toutefois, qu’on ne doit appliquer ce précepte que sous bénéfice d’inventaire. Il a nui certainement à notre auteur lui-même. Et d’abord, il a dérouté les esprits subtils qui mesurent la logique d’une œuvre au nombre et au poids des conjonctions qui s’y trouvent.

Yaş həddi:
0+
Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
Həcm:
491 səh. 2 illustrasiyalar
ISBN:
4064066327514
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
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