Kitabı oxu: «Sur le maïs»
Nicolas François de Neufchâteau
Sur le maïs

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334529
Table des matières
PREMIÈRE PARTIE,
HOMMAGE
AVERTISSEMENT
§. I er .
§. II.
§. III
§. IV.
§. V.
§. VI.
§. VII.
§. VIII.
§. IX.
§ X.
§. XI.
§. XII.
§. XIII.
§. XIV.
§. XV.
§ XVI.
§. XVII.
§. XVIII.
§. XIX.
§. XX.
DEUXIÈME PARTIE,
§. XXI.
§. XXII.
§. XXIII.
1°. Lieux où le maïs croît de préférence.
2°. Manière de semer le maïs.
3°. Manière de conserver le maïs.
4°. Expérience de l’auteur du mémoire.
§. XXIV.
§. XXV.
§. XXVI.
§. XXVII.
§. XXVIII.
1°. Greniers des Hongrois pour la conservation du maïz.
2°. Usage des feuilles de maïs pour matelas.
§. XXIX.
§. XXX.
§. XXXI.
§. XXXII.
§. XXXIII.
§. XXXIV.
Espèces.
Variétés.
Terrain propre à la culture du maïs,
Préparation du terrain.
Choix de la semence.
Semailles.
Culture du maïs pendant sa végétation.
Végétaux semés dans les rangs vides.
Accidens et maladies du maïs pendant sa végétation.
Ressources du mais pendant qu’il végète; son étêtement.
Maïs - fourrage.
Récolte du maïs.
Triage du maïs.
Chaume ou dépouilles du maïs.
Manière d’égrener le maïs.
Emploi du maïz.
Observations générales.
§. XXXV.
Chapitre du maïz.
Recette pour préparer le pouding ordinaire, en usage dans l’Amérique-Septentrionale.
Pouding aux pommes séchées.
Règles générales pour faire des potages à bon marché.
§. XXXVI.
§. XXXVII.
Troisième année: Blé de Turquie ou maïz.
Usages pour la nourriture.
Mesures et prix de tous les grains.
Assolemens de la plaine de Bologne.
§. XXXVIII.
§. XXXIX.
Le maïz recommandé dans le département des Vosges.
Sur la culture du maïz, et sur son usage dans l’économie rurale et domestique.
§. XL.
Choix des espèces.
Choix des grains.
Préparation de la terre.
De la récolte et de la conservation du maïz.
Coupe d’un grenier pour les épis de maïz, vu du côté de la porte.
Égrenage du maïz.
Boulettes de maïz
Pain de froment et de maïz blanc.
Effet moral de la bouillie du maïz.
§. XLI.
§. XLII.
§. XLIII.
§. XLIV.
§. XLV.
§. XLVI.
§. I. — Du Maïz, pour les soupes aux légumes ou potages économiques.
§. II. — Du Pain de Maïz et du Biscuit.
§. III. — Du papeton du maïz, nommé charbon blanc dans les Landes.
§. XLVII.
§. XLVIII.
§. XLIX.
1°. Sur l’étêtement du maïz.
2°. Du papeton.
3°. Du sucre de maïz.
4°. Agrément de la culture du maïz.
5°. Du maïz dans le Piémont.
6°. Maïz confit au vinaigre. Culture du maïz pour cet usage.
7°. Avantages de l’emploi du maïz en bouillie.
8°. Du maïz en poudre alimentaire.
§. L.
§. LI.
Emploi du maïz dans le département de la Charente.
2°. Bouillie de maïz faite à l’eau.
3°. Galettes ou gâteaux de maïz.
4°. Tourteaux économiques faits avec la farine de maïz et la pulpe de pommes de terre.
5°. Pâte économique faite avec la farine de maïz.
6°. Amélioration de la farine de maïz.
7°. Friture de la bouillie de maïz.
8°. Beignets de maïz.
9°. Bouillie de maïz faite au lait.
10°. Amélioration dont la bouillie de maïz au lait est susceptible.
11°. Milloque de maïz.
12°. Comparaison générale du maïz avec la pomme de terre.
13°. Pain de maïz et de pommes de terre dans le département du Jura.
14°. et 15°. Expériences faites concernant la fabrication du pain avec le froment et le maïz ou les pommes de terre.
§. LII.
RÉCAPITULATION
1°. Le maïz n’est pas encore assez connu en France.
2°. Cependant les circonstances en avoient démontré le prix, même du temps de Louis XIV.
3°. Le maïz figuroit, dès ce temps - là, dans les potages économiques.
4°. On ne conçoit pas comment on n’a pas fait entrer le maïz dans les soupes économiques, lorsqu’elles ont été renouvelées par M. de Rumford.
5°. Moyen de faire cultiver le maïz d’une manière plus commode pour les propriétaires, en le plaçant dans les jachères et en l’associant à la parmentière ou pomme de terre.
6°. Nous avons besoin de rechercher les meilleures variétés de maïz et d’en renouveler la semence.
7°. L’emploi du maïz, réduit en gruau, ou grossièrement concassé, est sur-tout important pour les hommes, et en fourrage pour le bétail.
8°. Les usages du maïz peuvent recevoir autant de perfection et d’extension que ceux de la parmentière ou de la pomme de terre.
9°. Tableau abrégé de la récolte et des avantages du maïz dans le département du Jura.
10°. Tableau de l’égrenage du maïz dans le midi de la France.

PREMIÈRE PARTIE,
Table des matières
Contenant les notions sur cette plante antérieures à la publication du mémoire de M. PARMENTIER, et qui ont pu lui échapper.
HOMMAGE
Table des matières
A la mémoire D’A. - A. PARMENTIER.
L’honneur est au premier qui remplit la carrière:
PARMENTIER la fournit entière;
Mais à ses grands travaux trop foible associé,
Ce qu’il put laisser en arrière,
Je le glane. A dessein l’avoit-il oublié ?
Peut-être! mais enfin de ce double hémisphère
Le Maïz et la Parmentière
Nourrissent au moins la moitié.
A ce riche banquet (ma jeunesse en fut fière),
PARMENTIER m’avoit convié.
Il n’est plus. Je rapporte à cette ombre si chère
Les miettes que j’ai dû ramasser pour lui plaire
A la table de l’amitié.
AVERTISSEMENT
Table des matières
Sur les Pièces qui suivent.
Nous avions conçu le plan de nouvelles recherches et de nouvelles expériences sur le maïs ( ou plutôt maïz, comme on le verra ci-après ), avant que notre cher confrère et respectable ami, feu M. Parmentier, eût donné, en 1812, la seconde édition de son mémoire sur cette plante, imprimé à Bordeaux en 1785. Nous comptions lui dédier le résultat de ce travail, que nous ne considérions que comme un appendice à son traité. Nous avons eu la douleur de perdre M. Parmentier avant qu’il nous eût été possible de rédiger les corollaires des matériaux que nous avions rassemblés uniquement pour lui en faire hommage.
Qui dit supplément, ne dit pas toujours complément. Quand un ouvrage est de main de maître, comme celui de M. Parmentier, les additions qu’on veut y faire n’y ajoutent souvent rien, nous ne l’ignorons pas; mais nous croyons pourtant que les diverses notions que nous avons recueillies et rangées par ordre chronologique, peuvent être considérées d’abord comme les pièces justificatives de l’histoire du maïz, par M. Parmentier; qu’elles présentent en outre les indications qui peuvent perfectionner la culture de cette plante qu’il a tant préconisée et en étendre les avantages, ce qui étoit un de ses vœux les plus ardens en faveur de l’humanité. Si nous ne pouvons continuer son génie, on nous excusera du moins de chercher à suivre ses intentions.
Ces recherches se divisent naturellement en deux périodes.
La première partie comprend un extrait de ce qui s’étoit publié de mieux sur le maïz, depuis l’année 1750 jusqu’à celle de 1785, date de l’impression du grand mémoire de M. Parmentier, couronné à Bordeaux en 1784. Ce sont des détails positifs, dont la connoissance peut être utile sous plusieurs rapports, non-seulement pour la bibliographie agronomique du maïz, mais pour montrer aussi le point d’où M. Parmentier étoit parti à l’égard de cette plante, et faire ressortir le terme où il est arrivé. Nous n’avons pas remonté au-delà de 1750, parce que M. Parmentier a dépouillé avec soin ce qu’avoient dit du maïz, avant cette époque, les récits des historiens, les relations des voyageurs et les mémoires des Académies; mais nous avons saisi cette occasion d’annoncer le grand travail de M. Mouton-Fontenille sur la synonymie des plantes, en donnant celle du maïz, qu’il a bien voulu nous adresser. Le public nous saura aussi quelque gré de lui faire connoître le mémoire de M. Amoreux, qui concourut dans le temps avec celui de M. Parmentier, et qui n’a pas été imprimé quoiqu’il eût dû l’être. Nous remercions MM. Mouton-Fontenille et Amoreux de leur confiance, et de l’intérêt que leurs lettres donnent à cette première partie de nos recherches.
La seconde partie contient l’analyse de ce qu’on a fait au sujet du maïz, depuis le mémoire de M. Parmentier, et d’après l’impulsion nouvelle qu’il avoit donnée à cette culture.
Ce supplément à son mémoire sur le maïz, et celui que nous pourrons donner également à son traité classique sur la pomme de terre, ou plutôt sur la parmentière, sont des offrandes que nous déposons sur la tombe de cet excellent homme. Si ces recherches et ces expériences peuvent offrir quelque chose d’utile, l’auteur dira, comme dans la Henriade:
C’est à vous, ombre illustre, à vous que je le dois! ou comme dans Virgile:
His saltem accumulem donis, et fungar inani Munere!
§. Ier.
Table des matières
Lettre de M. MOUTON-FONTENILLE, professeur d’histoire naturelle à l’Académie de Lyon, à M. le comte FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, 1°. sur la synonymie botanique du Maïz ou Maïs; 2°. sur la manière d’orthographier le mot de maïs.
Monsieur le comte, je m’empresse de répondre aux deux questions que vous me faites sur le maïs:
1°. Vous pensez avec raison que la monographie d’une plante quelconque devroit commencer par la synonymie botanique de cette plante.
2°. Vous me faites, M. le comte, beaucoup trop d’honneur en me demandant mon avis sur l’orthographe du mot maiz, mays. Un littérateur aussi distingué que vous peut bien décider la question; mais puisque vous désirez connoître mon sentiment, voici ce que je pense.
Il me paroît plus naturel d’écrire mayz par un z final que par une s finale. Dans ce dernier cas, on l’écrit comme on prononce et comme on dit lys, amaryllis, etc.
On a écrit maiz ou mays de cinq manières différentes, ainsi que vous pouvez en juger par la note (n°. 2), dans laquelle j’ai réuni les citations d’un assez grand nombre d’auteurs dont je possède les ouvrages, et de laquelle il résulte que cinq auteurs ont écrit maiz ou mayz; vingt-un, mays; cinq, maïs; deux, mais; et un seul, maitz: la pluralité est pour mays.
J’ai pensé que ce petit résumé de l’orthographe du mays ou mayz pouvoit vous faire connoître la manière la plus générale d’écrire ce mot, qui, ayant été adopté par Tournefort comme nom générique, et par Linné comme nom spécifique, a été écrit de la même manière par les botanistes qui les ont suivis.
Je désire, M. le comte, que le travail que j’ai l’honneur de vous adresser puisse mériter votre approbation, et enrichir d’une synonymie botanique l’important ouvrage que vous vous proposez de publier.
Je suis avec respect, M. le comte, etc.
MOUTON-FONTENILLE.
Première note sur la lettre précédente, ou synonymie botanique du maïz ou maïs.
ZEA MAYS, LINNÉ.
Synonymie du genre.
Blé de Turquie. TOURNEF., Elém. de hot., pag. 422, pl. 303, 304 et 305.
Mays. TOURNEF., Inst., pag. 531, tab. 303, 304 et 305.
Mays. GOERTNER, tom. I, pag. 6, tab. 1, fig. 9.
Zea. LAMARK, tab. encyclop., pl. 739.
Zea. NECKER, tom. III, pag. 229, n°. 1613, tab. 45.
Zea. VENTENAT, tab. du Règ. végét., tom. 2, pag. 111, pl. 3, fig. 3.
Zea. JEAUMES ST.-HIL., tom. I, pag. 88, tab. 14, sect. 10.
Synonymie de l’espèce.
Turcicum frumentum. FUCHS, Hist., édit. in-fol. de 1542, pag. 824 et 825, avec une figure sur bois.
Turcicum frumentum. TRAGUS, éd. in-4°. de 1552 de Kyberus, pag. 651, avec une figure sur bois.
Frumentum turcicum. LONICER, Hist., édit. in-fol. de 1551, tom. I, pag. 253, avec une figure sur bois.
Frumentum indicum. MATTHIOLE, édit. latine in-fol. de 1565, à grandes figures sur bois, pag. 393.
Frumentum indicum. MATTH., édit. lat. in-fol. de 1583, à grandes figures sur bois, tom. I, pag. 356.
Formento indiano. MATTH., édit. ital. in-fol. de 1568, à grandes figures sur bois, tom. I, pag. 416 et 417.
Frumentum indicum. CAMERARIUS, Epist., édit. in-4°. de 1586, pag. 186, avec une figure sur bois.
Frumentum turcicum, DODOEUS frum. Edit. in-12 de 1566, pag. 74, avec une figure sur bois.
Frumentum turcicum sive maizium. DOD., Pempt., édit. in-fol. de 1616, pag. 509, avec la figure déjà citée des frumentorum.
Milium indicum plinianum, vel mais occidentalium et frumentum turcicum. LOBEL, Icon., édit. in-4°. oblong, tom. I, pag. 39, avec une figure sur bois qui est celle de Dodoeus. Cet auteur décrit trois variétés de mays; savoir:
1°. Milium indicum rubrum. Icon., pag. 40;
2°. Milium indicum flavum. Icon., pag. 40;
3°. Aliud milium indicum magnum. Icon., pag. 40.
Triticum indicum, Fuchsio turcicum. DALECHAMP, Hist. gén. plant., édit. lat. in-fol. de 1587, tom. I, pag. 382, avec une figure sur bois qui est celle de Fuchs, réduite.
Triticum indicum Matthioli. DALECH., Hist., tom. I, pag. 382, avec une figure sur bois qui est celle de Matthiole., réduite.
Froment d’Indie; de Turquie, selon Pline. DALECH., Hist. gén. des plant., édit. française in-fol. de 1653, tom. I, pag. 321, avec la figure sur bois de l’édition latine.
Froment d’Indie de Matthiole. DALECH., Hist., tom. I, pag. 321, avec la figure sur bois de l’édition latine.
Frumentum turcicum. TABERNAMONTANUS, Hist., édit. latine in-fol. de 1687, publiée par G. Bauh., tom. I, pag. 616, avec une figure sur bois. Cet auteur donne quatre variétés de mays; savoir:
Frumentum indicum,1°. rubrum; 20. purpureum; 3°. luteum; 4°. album.
Frumentum indicum: TABERNAM., Hist., tom. I, pag. 617, avec une figure sur bois. Cet auteur donne six variétés de mays à grains de couleur simple;savoir:
Frumentum indicum, 1°. luteum; 2°. spadiceum; 3°. album; 4°. nigrum; 5°. violaceum; 6°. aureum; et quatre variétés à grains de couleur composée, savoir:
Frumentum indicum, 1°. spadiceum et cæruleum; 2°. rubrum et spadiceum; 3°. aureum et album; 4°. luteum album et punctulis cæruleis pictum, toutes avec figures. Elles sont répétées dans les Icones du même auteur, édit. latine in-4°. de 1590, format oblong, tom. 1, pag. 263 à 273.
Frumentum asiaticum. GERARD, Herb., édit. anglaise in-fol. de 1633, pag. 81, avec une figure sur bois.
Frumentum turcicum. GERARD, Herb., pag. 81, avec une figure sur bois, et celle de l’épi au bas de la page. Cet auteur donne trois variétés de mays; savoir:
Frumentum indicum, 1°. luteum; 2°. rubrum; 3°. cæruleum. La figure de la troisième variété est celle de Tabernamontanus; celles des deux premières sont copiées de Lobel.
Milium indicum maximum Mayz dictum sive Frumentum indicum vel turcicum. PARKINSON, Théât., édit. anglaise in-fol. de 1640, pag. 1138, avec une figure sur bois copiée de Dodoeus. Cet auteur indique une variété sans figure, sous le nom de Frumentum indicum alterum sive minus.
Frumentum indicum Mays dictum. G. BAUHIN, Pin., pag. 25, n°. 3.
Frumentum indicum Mays dictum alterum. G. BAUHIN, Pin., pag. 26, n°. 4. Cet auteur en donne deux variétés; savoir:
1°. Frumentum indicum grano avellanæ magnitudine. Pin., pag. 25, n°. 2; 2°. Frumentum indicum Mays dictum minus. Pin., pag. 26, n°. 5.
Frumentum indicum Mays dictum. G. BAUH., Théât. bot., édit. lat. in-fol. de 1658, pag. 490 et 491, avec les figures sur bois de Tabernamontanus.
Frumentum indicum Mays dictum alterum. G. BAUH., Théât., pag. 498 et 499, avec les figures sur bois de Tabernamontanus. Cet auteur cite une variété de mays; savoir:
Frumentum indicum mays dictum minus. Théât., pag. 501, sans figure.
Triticum indicum. J. BAUHIN, Hist. plant., édit. lat. in-fol. de 1651, tom. II, pag. 453, avec une figure sur bois imitée de Matthiole. Cet auteur donne quatre variétés de mays, dont une avec la figure de l’épi sous le nom de triticum peruvianum album longum; les autres avec la figure d’un seul grain.
Triticum turcicum vel indianum. CHABROEUS, stirp. Icon., édit. lat. in-fol. de 1666,pag. 174, avec la figure de l’historia de J. Bauhin.
Triticum peruvianum, Frumentum indicum, Milium indicum, Mays dictum. CHABR., stirp. Icon., pag. 174, avec la figure de l’historia de J. Bauhin.
Frumentum indicum spicâ divisâ, seu polystachites. BOCCONE, Icon., édit. lat. in-4°. de 1674, pag. 32, tab. 16, fig. 1 sur cuivre. Cette figure présente un épi de mays divisé en cinq branches.
Frumentum indicum Mays dictum. MORISON, Hist. plant., édit. lat. in-fol. de 1715, tom. III, pag. 248, sect. 8, tab. 13, fig. 1 sur cuivre. Cet auteur cite quatre variétés de mays, dont deux avec figures; savoir:
1°. Frumentum indicum majus granis irregulariblis, sect. 8, tab. 13, fig. 2; 2°. Frumentum indicum Mays dictum,spicâ divisâ, sive polystachites, sect. 8, tab. 13. Cette dernière variété est celle de Boccone, mais la figure de Morison est différente.
Frumentum indicum seu turcicum. Hist. des plantes de l’Europe, vulgairement appelée le petit Bauhin, édit. in-12 de 1707, tom. I, pag. 32, avec une très-petite figure sur bois.
Frumentum indicum majus dictum. MERIAN, recueil de plantes, édit. de 1770, pl. 350, fig. 7 et 8 sur cuivre, imitées de Tabernamontanus.
Frumentum indicum majus dictum alterum. MERIAN, recueil de pl., pl. 350, fig. 9, et pl. 351, fig. 1, imitées de Tabernamontanus.
Le Mays, blé de Turquie. GILIBERT, Hist. des pl. d’Europe, édit. française in-12 de 1798, tom. I, pag. 347, avec la figure sur bois du petit Bauhin.
Le Mays, blé de Turquie, Zea Mays. GILIB., Hist. crit. des pl. d’Europe, édit. française in-8°. de 1806, tom. III, pag. 52, n°. 2233, avec la figure sur bois du petit Bauhin.
Deuxième note sur la lettre précédente, sur l’orthographe du mot maïs.
MAIZ, vel MAYZ.
Mayz. COESALPIN, Syst., pag. 181.
Mays, seu Frumentum indicum. RAI, Methodus, pag. 130.
Maïzio, seu Mays. HERMANN, hort. acad. Lugd. Bat. Catalog., pag. 262 et 410.
Mayz. MAGNOL, cité dans le Classes plant. de Linné,pag. 384, clas. 2, sect. 4, genr. 7.
Mayz. PONTEDERA, Anthol., pag. 126.
MAYS, vel ZEA.
Mays. TOURNEFORT, Elém. de bot., tom. I.
Zea Mays, DURANDE, Flore de Bourg., tom. II, pag. 268, n°. 1080; détails sur ses usages.
Zea Mays. LINNÉ, dans ses divers ouvrages.
Zea Mays. THUMBERG, Flor. Japon., pag. 37; cité comme plante du Japon, où il pense qu’il a été apporté par les Chinois.
Zea Mays. REICHARD, Syst. plant., tom. IV, pag. 96.
Zea Mays. ROEUSCHEL, Nomencl. bot., pag. 268, n°. 167.
Zea Mays. ZINN., Catalog. plant, hort. et ag. Gottin., pag. 73.
Zea Mays, CRANTZ, Inst. rei herb., tom. I, pag. 393, genr. 376.
Mays. RUPPIUS, cité dans le Class. plant, de Linné, pag. 257, clas. 15, genr. 14.
Mays. BOERHAAVE, cité dans le Class. plant, de Linné, pag. 191, clas. 29, sect. 5, genr. r.
Mays. LUDWIG, Défin. gen. plant., pag. 441, genr. 1099.
Zea Mays. SAUVAGES, Méthod fol., pag. 40, n°. 105.
Zea Mays. ST.-GERMAIN, Manuel des végét., pag. 272, n°. 1488.
Mays. BUC’HOZ, Manuel alim. des pl., pag. 126; avec des détails sur ses usages.
Zea Mays. Dict. des pl. alim., tom. I, pag. 195; avec des détails sur ses usages.
Zea May s. WITMANN, Sum. plant., tom. V, pag. 294.
Zea Mays. PETAGNA, Inst. bot., tom. V, pag. 1758.
Zea Mays. GOUAN, hort. reg., pag. 481.
Zea Mays. JACQUIN, ind. reg. végét., n°. 7795.
Zea Mays. JEAUMES ST.-HIL., Exposit. des fam. nat., tom. I, pag. 88, rapporte la synonymie de Linné qui écrit mays, et celle de Jussieu qui écrit maïs.
Mays. ORTEGA, contin. de la Flora espan., tom. 5, pag. 407, cite comme synonymes les noms officinaux de mays, maiz, mayzium, etc.
MAÏS.
Maïs. JUSSIEU, gen. plant.
Maïs. ADANSON, fam. des plant., 2e. partie ou tom. II, pag. 39.
Maïs. WILLEMET, phyt. encyclop., tom. III, pag. 1123; avec des détails sur ses usages.
Maïs. DECANDOLLE, Flore franc., tom. III, pag. 98; avec quelques détails sur ses usages.
Maïs. Hist. nat. de St.-Doming., pag. 265.
MAIS.
Mais. JOLYCLER, Syst. des végét., pag. 663, écrit aussi zea mays.
Mais. Diction. des pl. usuel., tom. V, pag. 5, par GARSAULT.
MAITZ.
CAMERARIUS, Epitome, pag. 186, cite maitz.
§. II.
Table des matières
Culture et usage du maïs dans l’Amérique septentrionale, par KALM, naturaliste suédois, en 1752.
(Article extrait de la Collection académique, tome XI, page 362 et suiv.).
«Cette plante aime la terre sablonneuse; elle vient mal dans l’argile. On voit souvent en Amérique des terrains si secs et si maigres qu’ils semblent incapables de produire, et qui portent de très-beau maïs. La terre trop grasse le fait luxurier.
» Pour le grand maïs, la distance est de 4 à 6 pieds; pour le petit maïs (ou maïs de trois mois), moitié moins.
» L’engrais fait bien lorsqu’il est suivi de pluie; mais la sécheresse le rend nuisible.
» Les habitans de la Nouvelle-York font usage d’une espèce de hareng dont ils mettent un ou deux dans chaque angle destiné au grain.
» On sème, lorsqu’on n’a plus de gelée à craindre.
«Le maïs résiste à la gelée. On a vu en Albanie et ailleurs ce grain gelé en terre jusqu’à deux fois et donner une très-belle moisson.
» On sème quatre ou cinq grains à l’intersection des sillons. On les recouvre de deux ou trois travers de doigt de terre. Il vient ordinairement deux ou trois tiges au même angle.
» Les sauvages plantent quelques semaines après des pois avec le maïs, ou des tournesols.
» Le maïs suspendu et gardé à l’air se conserve plusieurs années et est encore fécond.
» Les sauvages conservent les épis de maïs en terre. Ils font une fosse profonde en terrain sec, et étendent par-dessus une couche d’herbe sèche (andropogon). Le maïs s’y conserve plusieurs années; mais il ne faut pas que les rats y pénètrent.
» Ce grain est plus abondant que tous les autres. On a compté dans un seul épi six cent cinquante grains bien mûrs, et chaque tige porte ordinairement deux ou trois épis. Il n’y en a presque pas qui n’aient au moins trois cents grains... On a en Amérique une année de disette, lorsque le maïs ne rend pas deux cents fois la semence; et l’expérience y fait voir que 2 boisseaux produisent la subsistance d’une famille nombreuse pendant une année.
» Si on fait bouillir dans l’eau les feuilles coupées vertes et séchées, les bestiaux la boivent avidement.
» Pour en faire du pain dans les colonies anglaises, l’usage le plus ordinaire est de le mêler au seigle. Il fait aussi de très-bon pain lorsqu’il est joint au froment.
» On attribue au maïs une vertu laxative.
» On joint quelquefois au maïs toutes sortes de courges, et on en fait du pain très-beau et très-doux.
» Il faut alors ôter soigneusement tout le son de la farine, cuire les courges et pétrir le tout ensemble. (Page 366.)
» Lorsqu’on veut faire du pain de maïs et de seigle, on fait une bouillie avec la farine de maïs. Lorsqu’elle est froide, on y pétrit la farine de seigle.
» On fait de la bière avec le maïs. On en fait aussi avec le pain de maïs. Enfin on en tire de bonne eau-de-vie.
» Quelques Américains ne sèment le maïs bleu que pour en faire de la bière. Outre cette propriété, il a celle de mûrir une ou deux semaines plus tôt que les autres variétés.
» Le cataplasme de farine de maïs et de lait s’applique avec succès sur les enflures.
» Lorsque l’on transplante ce grain sous un ciel plus froid, il mûrit d’abord difficilement; mais il se fait ensuite au climat.
» Pour empêcher les animaux de toucher au grain semé, on fait une décoction de racine d’ellébore blanc. Lorsqu’elle est froide, on y met tremper le maïs depuis le soir jusqu’au matin; ensuite on le met en terre. Lorsqu’un animal en a mangé un ou deux grains, il est ivre, il tourne, il se débat et épouvante tous les autres. Quant au grain trempé de la sorte, il n’en reçoit ni dommage, ni propriété nuisible. (Page 363.)
§. III
Table des matières
Pain de farine de riz. — Usage du blé de Turquie.
(Article extrait du Journal économique du mois de mai 1752, pages 97 — 106. )
Quoiqu’il soit question plus spécialement du pain de farine de riz, il est cependant nécessaire de transcrire en partie ce qui a rapport à ce pain, puisque l’auteur assure ensuite que le maïs peut être absolument traité de la même manière.
Voici d’abord son préambule.
«Le Dictionnaire de Chomel dit que l’on peut faire du pain avec du riz, et s’en tient à cette simple énonciation. La Maison rustique va un peu plus loin, et apprend que ce pain se fait en mettant ensemble de la farine de seigle et de riz. Mais le premier de ces livres est censé ne rien dire, puisqu’il n’enseigne point la façon de faire ce pain, ouvrage dont on ne viendroit pas à bout si l’on travailloit la farine de riz, qui est sèche comme de la cendre ou du sablon, ainsi que l’on fait de celle de froment; et le second ne remédie qu’en apparence au besoin dans lequel on peut se trouver. En effet, quand on n’a point de seigle, on ne peut, selon lui, faire du pain avec du riz, puisqu’il y fait nécessairement entrer moitié de farine de seigle, etc. (Page 97.)
» L’auteur de cet article croit devoir en bon citoyen suppléer au défaut essentiel de ces deux livres, et déposer, dans un journal qui lui paroît consacré spécialement à l’utilité publique, la manière de faire du pain excellent avec la seule farine de riz, comme il l’a appris des naturels de l’Amérique. Il en résultera, selon lui, deux biens: l’un que, dans les disettes qui, depuis un certain nombre d’années, deviennent assez et trop communes en France, quantité de personnes peuvent se procurer un pain très-bon et très-nourrissant; l’autre, que notre amour-propre sera utilement mortifié, étant forcé de reconnoître que ses lumières, quelque grandes qu’il les imagine, sont encore bien bornées, puisque des peuples, que nous traitons de sauvages, sont capables de nous donner une leçon si importante. (Page 98. )
» La première façon que l’on donne au riz est de le réduire en farine, ce qui se fait par le moyen d’un moulin, ou, quand on n’en a pas, de la manière suivante. On fait chauffer de l’eau dans une marmite ou chaudière; lorsqu’elle est prête à bouillir, on y jette du riz en grain à discrétion. On retire aussitôt le vaisseau de dessus le feu, et on laisse tremper le riz du soir au matin. Le riz tombe au fond; on jette l’eau qui le surnage, et on le met pour égoutter sur une petite table, que l’on a soin auparavant de disposer en pente. Lorsqu’il est sec, on le pile, et on le réduit en farine, que l’on passe par le tamis le plus fin que l’on peut avoir. (Page 99. )
» On prend de cette farine ce que l’on juge à propos, et on la met dans le coffre qui sert ordinairement à faire le pain, et que l’on nomme, suivant les lieux, huche, met ou pétrin. En même temps, on fait chauffer une quantité d’eau suffisante dans une chaudière, où l’on jette quatre parties de riz en grain, que l’on fait bouillir et crever. Lorsque cette matière gluante et épaisse est un peu refroidie, on la verse sur la farine, et on pétrit le tout ensemble, en y ajoutant du sel et du levain. On le couvre ensuite de linges chauds, et on laisse lever la pâte. Dans la fermentation cette pâte, de ferme qu’elle étoit, devient liquide comme de la bouillie, et paroît ne pouvoir être utilement employée pour faire du pain; mais voici de quelle façon on doit se conduire.
» Pendant que la pâte lève, on a soin de faire chauffer le four; et, lorsqu’il est convenablement chaud, on prend une casserole étamée, emmanchée dans une perche assez longue pour qu’elle puisse atteindre jusqu’au fond du four. On met un peu d’eau dans cette casserole; on la remplit ensuite de pâte, et on la couvre de feuilles de chou ou d’autres grandes feuilles, ou d’une feuille de papier. Les choses étant ainsi disposées, on enfourne la casserole; et, lorsqu’elle est dans le four à la place où l’on veut mettre le pain, on la renverse promptement; la chaleur du four saisit la pâte, l’empêche de s’étendre, et lui conserve la forme que la casserole lui a donnée.
» C’est ainsi que se fait le pain de riz pur, qui sort du four aussi jaune et aussi beau que les pâtisseries que l’on a dorées avec le jaune d’œuf. Il est d’aussi bon goût qu’il est appétissant à l’œil, et se trempe dans le bouillon de même que le pain de froment. Cependant je dois avertir que sa bonne qualité diminue considérablement lorsqu’il est rassis. (Pages 99, 100 et 101. )
» L’auteur ajoute aussi que le mauvais pain et la pâte que l’on fait en France avec le blé de Turquie, l’oblige de dire que ce grain, pour être employé utilement, veut être traité comme le riz; et que l’on s’en servira ainsi avec agrément, non-seulement pour la boulangerie, mais encore pour la pâtisserie. (Page 105.)
» L’auteur croit devoir dire encore que, lorsqu’on a tamisé la farine du blé de Turquie, on peut tirer un bon parti du son. Jetez ce son dans l’eau, et elle blanchira la farine qui y reste attachée; passez cette eau avec un linge fin, pour en séparer le son pur; mettez ensuite cette eau blanche sur un bon feu, y ajoutant du lait ou du beurre, et tournez dans le poêlon ou chaudron avec une cuiller de bois, comme on a coutume en faisant de la bouillie ordinaire: vous en aurez une plus fine et plus excellente que celle qui seroit faite avec la plus belle fleur de froment. (Pages 105 et 106. )»
§. IV.
Table des matières
Culture du maïz, par M. ***
(Extrait du Journal économique du mois de juillet 1753.)
«Il y en a de différentes couleurs, comme rouge, blanc, jaune, bleu, olive, verdâtre, tacheté, rayé, etc., qui se trouvent quelquefois dans le même champ et sur le même épi; mais le blanc et le jaune sont les plus communs. (Page 36.)
» Les Indiens septentrionaux, qui habitent fort avant dans les terres, en ont une espèce qui a la tige beaucoup plus courte. ( Page ibid. )
» La tige est remplie d’un suc doux comme celui des cannes à sucre; on peut en tirer un sirop aussi doux que le sucre, et l’on a souvent éprouvé qu’il produit précisément le même effet, de sorte que l’on ne peut distinguer son goût d’avec celui du sucre. (ibid.)
» On le sème depuis le milieu de mars jusqu’au commencement de juin; mais plus communément depuis le milieu d’avril jusqu’au milieu de mai. (Page 37.)
» Il y en a dans les cantons les plus septentrionaux une espèce particulière appelée mohaukscorn, qui, quoique plantée au mois de juin, mûrit fort bien dans la saison. Cette espèce a la tige plus courte. (Page ibid. )
» On le plante à égale distance en tout sens, par touffes, à 5 ou 6 pieds les unes des autres. Pour cet effet, ou ouvre la terre avec un hoyau, et on enlève la surface à 3 ou 4 pouces de profondeur et de la largeur du hoyau; ensuite on y met quatre ou cinq grains de maïz, à quelque distance les uns des autres, et on les recouvre de terre. Pourvu qu’il en pousse deux ou trois, cela suffit; car les oiseaux, les souris et les écureuils en détruisent quelques-uns.
» Les Anglais se sont attachés à une nouvelle manière de le planter; ils font dans la terre, avec la charrue, des sillons tout le long du champ, à environ 6 pieds de distance les uns des autres; ensuite ils en font d’autres en travers et à la même distance. Les endroits où les sillons se croisent sont précisément ceux où ils mettent le blé, et ils le recouvrent avec le hoyau ou en faisant un autre sillon avec la charrue. Lorsque les herbes commencent à surmonter le blé, ils labourent la terre entre les sillons plantés, et ainsi retournent les mauvaises herbes. Cette opération se répète, etc. (Pages 38 et 39. )
» Quand le terrain est mauvais et usé, les Indiens ont coutume de mettre dessous ou auprès de chaque touffe de blé deux ou trois poissons qu’ils appellent aloofes; et il leur est arrivé plusieurs fois de récolter le double de blé de ce que leur terrain leur en eût donné sans cela. (Page ibid.)
» Les Indiens, ainsi que quelques Anglais, plantent souvent à chaque touffe de blé, sur-tout dans les bons terrains, une espèce de pois de Turquie ou haricots de France, à qui les tiges de blé servent de rameau, et ils plantent dans les espaces intermédiaires des courges ou des espèces de melons. Bien des gens, après avoir arraché les mauvaises herbes pour la dernière fois, sèment de la graine de navets entre le maïz, de sorte qu’après la récolte du blé ils ont une bonne récolte de navets. (Pages 39 et 40.)
» Quand la récolte est faite, la terre est presque aussi bien disposée pour recevoir du blé d’Europe ou des graines de mars, que si on lui eût donné un bon labour d’été. (Page 39.)
» Les Indiens se nourrissent de ce blé, qu’ils accommodent de différentes manières. Tantôt ils le font bouillir jusqu’à ce qu’il renfle et devienne tendre; et, dans cet état, ils le mangent, au lieu de pain, seul ou avec de la viande ou du poisson; tantôt ils le pilent dans des mortiers, et le font bouillir dans l’eau; mais plus communément ils le font griller sur les cendres chaudes, et savent si bien le retourner, qu’il s’attendrit sans se brûler et devient blanc et en farine. Ils en ôtent bien les cendres, et le broyent dans des mortiers de bois avec une grosse pierre qui leur sert de pilon. Ils en font leur nourriture habituelle chez eux, et en portent souvent dans un sac pour leurs voyages; par ce moyen, il est toujours prêt à être mangé, et ils trouvent que c’est une nourriture extrêmement saine. ( Pages 40 et 41.)
» Les Indiens font encore avec ce blé une autre sorte de provision qu’ils appellent du blé doux. Quand le blé qui est dans l’épi est plein et encore vert, il a un goût fort agréable. Ils en coupent alors une certaine quantité qu’ils font bouillir et sécher. Dans cet état, ils le mettent dans des sacs pour s’en servir au besoin; et ils le font encore bien cuire dans son entier, ou broyé grossièrement, lorsqu’ils veulent le manger soit seul, ou avec du poisson, de la venaison, du castor, ou quelque autre viande; ce qu’ils regardent comme un mets fort délicat. (Page 41.)
» Quelquefois ils font rôtir ces épis vers et doux devant le feu ou dans les cendres, et ils en mangent le blé ; par ce moyen, quand leur provision de blé seroit épuisée, ils auroient suffisamment de quoi se nourrir. (Page ibid. )
» Les Anglais font de bon pain avec le maïz moulu; mais on ne le fabrique pas comme le pain de blé ordinaire. Il est beaucoup meilleur lorsque la pâte est fort molle, et on le met cuire dans un four bien chaud, où on le laisse une journée ou une nuit entière; mais comme cette pâte s’étend beaucoup en la mettant au four, on en remet une seconde couche sur la première; et, par ce moyen, on en fait autant de pains, qui, quand ils sont cuits suffisamment, ont une couleur jaunâtre brune, sans quoi ils seroient tout blancs. (Pages 41 et 42. )
» La meilleure nourriture que les Anglais tirent de ce blé est un mets appelé samp: après l’avoir d’abord fait tremper pendant une demi-heure et l’avoir broyé dans un mortier, ou l’avoir concassé de la grosseur de grains de riz, ils en tamisent la fleur et en ôtent la paille avec un van: ensuite ils le font bouillir doucement jusqu’à ce qu’il soit attendri; et, y mêlant du lait, ou du beurre, ou du sucre, ils font un manger délicat et fort sain. (Pages 42 et 43. )
» On remarque que les Indiens qui consomment beaucoup de ce blé, sont rarement attaqués de la pierre. (Page 43. )
» Les Anglais ont trouvé une méthode de faire de bonne bière avec ce grain, soit avec le pain, soit avec le grain même. (Page 43.)
» La manière de faire la bière avec le pain consiste à le couper par morceaux de la grosseur du poignet; ensuite à l’écraser et à s’en servir comme de drêche pour fabriquer la bière avec et sans houblon. (Page ibid.)
» Il y a une manière particulière pour faire de bonne drêche avec le maïz même. Les plus habiles faiseurs de drêche ont tenté inutilement de faire de bonne drêche par la méthode ordinaire; car on a trouvé par expérience que ce blé, avant que d’être en drêche, doit germer beaucoup par les deux bouts, c’est-à-dire par la racine et par le tuyau. Pour cet effet, il faut le laisser en tas un temps raisonnable; mais, d’un côté, si on le met d’une épaisseur convenable pour germer, il s’échauffera promptement et moisira, et les germes tendres seront tellement embarrassés que, pour peu que l’on ouvre le tas, ils se casseront, ce qui empêchera le grain de se réduire comme il faut en drêche; d’un autre côté, si on le remue et que l’on ouvre le tas pour empêcher la graine de s’échauffer trop, les germes qui auront commencé à pousser cesseront de croître, et par conséquent le blé ne pourra point acquérir cette qualité moelleuse nécessaire à la drêche. Pour remédier à ces inconvéniens, on a essayé avec succès la méthode suivante.
» Creusez de deux ou trois pouces la surface de la terre dans un jardin ou dans un champ, et jetez la moitié de cette terre d’un côté et la moitié de l’autre; ensuite mettez sur ce terrain le blé que vous destinez à faire de la drêche, et recouvrez-le avec cette terre. Laissez-le dans cet état jusqu’à ce que vous voyiez tout ce contour de terre comme un champ vert couvert de feuilles de blé ; ce qui arrivera au dix ou quinzième jour, suivant la saison. Ensuite levez-le de terre, nettoyez-le et le faites sécher. Les racines seront tellement embarrassées les unes dans les autres, que l’on pourroit enlever de grands morceaux. Pour le bien nettoyer, il faut le laver et le faire sécher promptement sur un four ou au soleil; de cette manière tout le grain qui est bon se développera, deviendra fondant, moelleux, fort doux, et la bière qu’on en fera sera saine, agréable, d’une belle couleur brune. (Pages 43, 44 et 45.)
» Cependant la bière faite avec le pain, comme nous l’avons dit ci-dessus, est aussi colorée, aussi saine et aussi agréable, et se garde plus long-temps; aussi c’est celle dont on se sert le plus communément. (Page 45.)»
§. V.
Table des matières
Lettre sur le maïz, en 1753.
L’article que l’on vient de lire donna lien dans le temps à une lettre qui se trouve dans le Journal économique pour le mois de septembre 1753. Cette lettre est écrite par un homme qui dit avoir passé bien des années en Amérique, et avoir cultivé du maïz plus de douze dans son habitation. Il paroît que c’étoit à la Louisiane, près de la Nouvelle-Orléans. J’extrairai de cette critique quelques passages curieux.
«Il est vrai qu’on peut faire du sucre avec le pied du maïz; mais c’est perdre le blé, parce que, pour cela, il faut le prendre avant le temps de la fleur, autrement il n’auroit plus de séve. (Page 37.)
» On le sème dans les mois de février, mars, avril, mai et jusqu’au 15 juin. (Page ibid. )
» Il n’est pas nécessaire de labourer le terrain avant que de le semer. (Page ibid.)
» On fait germer ou renfler le grain dans l’eau; et, après avoir pratiqué des trous dans la terre à 3 pieds de distance en tout sens, un ouvrier jette cinq ou six grains de maïz dans chaque, et un autre qui le suit remplit le trou en jetant la terre par-dessus. Quand le maïz a été ainsi trempé, il lève ordinairement au bout de trois jours. (Page ibid. )
» Après la dernière façon, on peut semer autour de chaque tige des féves de quarante jours, qui se soutiennent aux tiges du maïz, ou bien des féves apalaches, qui rampent comme le chiendent. D’autres y plantent des melons d’eau ou des giraumons. Ces plantes empêchent les mauvaises herbes de pousser. (Pages 37 et 38. )
» Ce blé est très-bon pour faire du pain, et les Indiens ont au moins quarante - deux façons de l’accommoder.»
§. VI.
Table des matières
De la culture du maïs, ou blé de Turquie.
(Extrait du Traité de la culture des terres, suivant les principes de Tull, par Duhamel-du - Monceau, tome III, in-12, 1754.)
«On commence pardonner à la terre deux bons labours dans le mois de mars.
» Il réussit mieux dans une terre légère et sablonneuse que dans une terre forte et argileuse. Ce grain ne peut se passer de fûmier; on en répand donc sur la terre; et vers la fin d’avril on forme des sillons, en donnant un troisième labour, après lequel on écrase les mottes avec des maillets de bois et des râteaux, les sillons empêchant qu’on ne se serve de la herse. Dans le mois de mai, par un beau jour, on sème le maïs, en formant au fond des sillons, avec un piochon ou un sarcloir, de petites fosses dans lesquelles on met deux grains de maïs. On a soin que les pieds de maïs soient à un pied et demi de distance en tout sens. Ils font une espèce de quinconce. Quand le maïs est levé, on arrache le pied le plus foible dans les terres où les deux grains ont levé, et l’on sème deux nouveaux grains dans ceux où il ne paroît point de pieds. (En Bresse, on repique les pieds qui manquent, suivant Varenne de Fenille.) Vers le 15 de juin, on donne, avec le même instrument qui a servi à faire les fosses, un léger labour autour de chaque pied; et comme ils sont au fond d’un sillon, la terre qui se rabat les rechausse un peu. Vers la fin de juillet, on donne un petit labour qui est le dernier, et on a l’attention de rechausser les pieds du maïs. Au 15 d’août, on coupe les panicules des fleurs mâles aux pieds dont les enveloppes de l’épi paroissent renflées. Ces panicules fournissent une nourriture excellente aux boeufs. A-peu-près dans le même temps on retranche toutes les feuilles des tiges, tous les épis charbonnés et ceux qui ont coulé. L’on prétend que si on les laissoit attachés à la tige, les bons épis n’acquerroient pas tant de grosseur, et que les grains ne seroient pas aussi bien nourris. Toutes ces feuilles et les épis sont encore ramassés pour les bœufs, qui mangent les épis charbonnés avec plus d’avidité que tout le reste. On fait la récolte vers la fin de septembre. La méthode d’égrener les épis, qui est la plus usitée, se pratique de la manière suivante: le laboureur passe un morceau de fer plat, et c’est ordinairement la queue de quelque poêle, sur une chaise, et s’assied dessus. Il tient de la main gauche l’épi de maïs fortement saisi contre la queue de la poêle; de la main droite il tire en haut l’épi, ce qui sépare très-bien les grains du noyau ou de l’âme de l’épi: on donne encore ces épluchures aux bœufs. Dès que les épis sont recueillis, on arrache les pieds de maïs; ils fournissent du fourrage aux bœufs pendant l’hiver. Ensuite on se hâte de passer la charrue dans le champ, parce qu’on est dans l’opinion que sans cela les racines de maïs continuent toujours à sucer la substance de la terre. Le maïs se conserve mieux quand il est égrené que lorsqu’il est en épi. Lorsque les grains sont attachés à la tige, les charançons les attaquent beaucoup plus que lorsqu’ils en sont séparés: il se peut que cette tige qui est sucrée les attire plus que le grain même. On ajoute ordinairement à sept parties de blé-froment ou de seigle une huitième partie de blé de Turquie, qui rend le pain plus savoureux: le pain de maïs seul est indigeste, et sa pâte fermente peu. Cependant le peuple en a mangé pendant des années entières sans en être incommodé. C’est ce qu’on a vu en 1738, année où la grêle avoit ravagé toute la Guienne: c’est ce qu’on a encore vu en 1748, pendant la grande disette des grains. On donne les grains entiers à la grosse volaille; mais pour les jeunes on a soin de les broyer grossièrement.
» Le maïs épuise beaucoup la terre.
» M. Aymen, médecin à Bordeaux, a observé, 1°. qu’il est important de semer le maïs plutôt au commencement de mai qu’à la fin de ce mois. Dans le maïs semé trop tard on remarque des épis échaudés, ou en partie stériles. Les tiges des premiers sont plus vigoureuses, leurs épis plus gros et plus garnis; 2°. que l’on fait beaucoup de tort aux épis de maïs quand on coupe trop tard les panicules; il est nécessaire de les couper avant que les étamines soient ouvertes: en observant de laisser de 20 en 20 pieds une plante garnie de ses épis mâles, tous les pieds femelles seront fécondés. M. Aymen confirme cette dernière observation par des expériences décisives et curieuses.
» L’usage avoit appris aux laboureurs de la Guienne que, pour obtenir une récolte abondante de maïs, il faut que les pieds soient éloignés les uns des autres d’environ un pied
. M. Aymen, voulant savoir s’il étoit absolument nécessaire de laisser une aussi grande distance, fit l’expérience suivante: au mois d’avril 1753 il fit préparer trois planches, chacune de 60 pieds de longueur sur 5
de largeur, formant 156 pieds de roi carrés. Le 3 mai, une de ces planches fut semée en maïs suivant la méthode usitée dans le pays, et l’on y employa une once un gros de semence. Le même jour, il fit mettre de pareil grain dans la seconde planche, mais en plus grande quantité. Ces grains n’étoient éloignés les uns des autres que d’un pied. On y employa 2 onces 2 gros de semence. Le même jour, on sema plus épais encore une autre planche: on ne laissa que 6 pouces d’intervalle entre les grains, et on employa à cette opération 4 onces
de maïs. La première planche, semée avec une once un gros de maïs, produisit 18 livres 4 onces. La deuxième, semée avec 2 onces 2 gros, produisit 15 livres 7 onces. La troisième, semée encore plus dru avec 4 onces
, ne produisit que 11 livres 2 onces.» (Pages 210-212. )
Il ne paroît pas que M. Aymen ait eu l’idée d’essayer ce que produiroit le maïs semé à une distance plus grande que celle d’un pied et demi usitée en Guienne. Mais, sur le détail de ses expériences, Duhamel dit qu’il seroit bon d’essayer de cultiver le maïs avec une petite charrue qu’il appeloit cultivateur. Il faudroit pour cela, dit-il, mettre 2 pieds d’intervalle d’une rangée à l’autre, placer les grains à 12 ou 14 pouces dans les rangées, ensuite donner tous les labours avec le cultivateur attelé d’un seul cheval. Je crois, ajoute-t-il, que le maïs en viendroit mieux, et que la terre en seroit plus disposée à recevoir d’autres grains. (Pages 189-190.)
Voilà un des premiers détails bien circonstanciés que l’agriculture française ait eus sur la culture de cette plante intéressante. Il est curieux et utile de la rapprocher des détails qui ont été donnés depuis.
D’après l’avis de Duhamel, on essaya la culture du maïs par rangées. Voici ce qu’il en dit dans un des volumes suivans:
«Les rangées simples de blé de Turquie n’ont pas produit par proportion autant d’épis que les rangées doubles. Cependant il est plus facile de buter les pieds des deux côtés avec la charrue, lorsque les rangées sont uniques.» ( Tome V, page 128.)
§. VII.
Table des matières
Culture du maïs et de la pomme de terre, en 1754.
Nous avons rappelé souvent les obligations de notre agriculture envers l’illustre Duhamel, et spécialement ce qu’il a fait pour le maïs. Voici ce que nous avons dit dans l’Art de multiplier les grains, en parlant du maïs et de la solanée parmentière, ou pomme de terre. (Pag. 255, tom. 2.)
«Ce qu’il y a de remarquable relativement aux deux plantes qui nous sont venues d’Amérique, c’est qu’elles joignent leurs bienfaits, et qu’elles gagnent, l’une et l’autre, à croître dans le même champ.
» Le maïs, ou blé de Turquie, est un des meilleurs végétaux de l’agriculture moderne, dans les climats qui peuvent admettre sa culture. Tout en est profitable; car, outre son grain excellent, il faut savoir que l’eau dans laquelle ont bouilli ses feuilles vertes ou sèches, procure aux bestiaux le meilleur des breuvages. C’est une de ces plantes dont l’Angleterre envie avec raison le privilége à l’agriculture française; mais, pour en obtenir lès résultats les plus heureux, il faut en espacer les pieds à de grandes distances, et associer leur culture à celle des pommes de terre, suivant l’expérience qui fut faite en Champagne, du temps de Duhamel, et dont il rend compte en ces termes:
» Au mois d’avril 1754, M. de Villiers fit planter du maïs et des pommes de terre dans quatre journaux distribués en planches de 5 pieds. Il plaçoit entre les sillons un très-long cordeau, qui avoit des noeuds de distance en distance, et vis-à-vis chaque nœud, on enfonçoit avec la main deux grains dans les sillons que l’on recouvroit ensuite, en poussant un peu de la terre du bord. Lorsque les pieds de maïs ne sont qu’à de petites distances, ils ne produisent qu’un épi, au lieu de deux et trois bien gros lorsqu’ils sont éloignés. C’est surtout le côté du levant qu’il est indispensable de buter. (Traité de la culture des terres, déjà cité. )
» Les effets de cette culture furent très-fructueux.
» On avoit long-temps oublié cet essai curieux, lorsque M. Chancey et d’autres ont répété l’expérience, et ont prouvé que rien n’étoit plus abondant, et ne préparoit mieux la terre qu’une culture bien soignée, et faite simultanément, de maïs, disposé sur des sillons alternatifs, avec d’autres rangées emplantées de pommes de terre.»
C’est ce que nous nous proposons de développer en détail, quand nous en serons à l’époque de ces nouveaux essais, qui sont venus long-temps après la publication du mémoire de M. Parmentier, et ne doivent trouver leur place que dans la seconde partie du supplément à ce mémoire.
§. VIII.
Table des matières
Poudres alimenteuses de maïs, proposées en 1754.
( Extrait de la grande Encyclopédie, article farine et farineux, par Venel, t. VI, in-fol., publié en 1756; et du Dictionnaire de l’industrie, par Duchesne et Macquer, en 1776.)
«Dès 1754, Venel observoit dans l’Encyclopédie que ce sont des substances farineuses qui fournissent l’aliment principal, le fond de la nourriture de tous les peuples de la terre, et d’un grand nombre d’animaux tant domestiques que sauvages. Les hommes ont multiplié, disoit-il, et vraisemblablement amélioré par la culture, celles des plantes graminées qui portent les plus grosses semences, et dont on peut par conséquent retirer la farine plus abondamment et plus facilement. Le froment, le seigle, l’orge, l’avoine, le riz, sont les principales de ces semences; nous les appelons céréales ou fromentacées. Le maïs ou blé de Turquie leur a été substitué avec avantage, dans les pays stériles où les fromens croissoient difficilement. Les peuples de plusieurs contrées de l’Europe, une grande partie de ceux de l’Amérique et de l’Afrique, font leur nourriture ordinaire de la farine de maïs.
» Venel ajoute que la poudre alimenteuse proposée par M. Bouëb, chirurgien - major du régiment de Salis, qui nourrit un adulte, et le mit en état de soutenir des travaux pénibles, à la dose de six onces par jour, selon les épreuves authentiques qui en ont été faites à l’hôtel royal des Invalides, au mois d’octobre 1754, n’est ou ne doit être qu’un farineux pur et simple, sans autre préparation que d’être réduit eu poudre plus ou moins grossière. Je dis doit être; car s’il est rôti, comme le soupçonne l’auteur de la lettre insérée à ce sujet dans le Journal économique, octobre 1754, c’est tant pis, suivant Venel: la qualité nourrissante est détruite, dit-il, par cette opération. Au reste, six onces d’une farine quelconque, j’entends de celles dont on fait communément usage, nourrissent très-bien un manoeuvre, un paysan, un voyageur pendant vingt-quatre heures. Il ne faut pas six onces de riz ou de farine de riz ou de maïs, pour vivre pendant une journée entière, et être en état de faire un certain exercice.»
A ces détails donnés dans l’Encyclopédie par le docteur Venel, il convient d’ajouter ici ceux qui ont été consignés par Duchesne et Macquer, dans le Dictionnaire de l’industrie, à l’article intitulé, Poudre alimenteuse.
«Le sieur Bombe, disent-ils ( c’est Bouëb, et non Bombe qu’il falloit dire ), chirurgien-major du régiment de Salis, a composé une poudre alimenteuse, dont six onces par jour dans un demi-setier d’eau environ suffisent pour nourrir un homme à trois onces par repas.
» On en a fait l’expérience sur plusieurs soldats, la plupart jeunes, vigoureux et de bon appétit, qu’on a nourris pendant quinze jours de cette poudre alimenteuse. Ces soldats ont fait pendant ce régime plusieurs exercices, ne se sont nullement sentis d’aucune incommodité d’un aliment si nouveau, ne désiroient point autre chose, et quelquefois même ne prenoient point leur portion entière.
» M. Morand, docteur en médecine, par le simple examen qu’il a fait au coup-d’oeil de cette poudre, a pensé qu’elle n’étoit composée que de blé de Turquie, rôti, broyé ensuite, et mêlé avec du sel marin, dont il distinguoit les cristaux à la loupe.
» Cette poudre alimenteuse pouvoit être d’une grande ressource à l’armée dans les marches forcées, dans les voyages de long cours sur mer, dans les sièges, et même dans des hôpitaux.
» On voit, ajoutent les auteurs, les sauvages et les naturels de l’Amérique faire usage à-peu-près d’une semblable nourriture; car dans leurs chasses ou les longues marches qu’ils sont obligés de faire pour aller combattre leurs ennemis, ils n’ont rien autre chose pour subsistance qu’un peu de farine faite de blé d’Inde; et après avoir vécu pendant des semaines, et même des mois entiers, sans autre aliment que cette farine, ils se trouvent non-seulement vigoureux et pleins de santé, mais même les blessures qu’ils ont reçues se guérissent avec une facilité merveilleuse.
» Enfin les mêmes auteurs observent que les anciens Bretons, et les Ecossais modernes, font usage d’une poudre alimenteuse, qu’ils préparent avec une truffe noire, nommée karemèle, qu’on pense être le lathyrus radice tuberosâ esculentâ, c’est-à-dire la gesse tubéreuse, nommée aussi macuson ou gland de terre. En effet la farine en est sucrée; mais c’est une foible ressource en comparaison du maïs.»
M. Parmentier a parlé de ces poudres alimentaires de maïs, et les a améliorées avec son biscuit de maïs. Ensuite, il avoit composé lui-même une autre poudre nutritive, avec du pain coupé, séché, moulu, séché de nouveau, etc. Enfin, sur la fin de sa carrière, il étoit revenu à l’idée de faire une sorte de biscuit du mélange de diverses farines avec celle de maïs. C’est le sujet d’une note particulière, insérée dans la nouvelle édition de son Traité sur le maïs, pag. 234 et 235, et que nous rappellerons dans la seconde partie de ce supplément, quand nous serons parvenus à l’époque de la publication de cette nouvelle édition, ou à l’année 1812.»
§. IX.
Table des matières
Avis économiques sur les qualités, l’usage et la culture du blé de Turquie.
(Extrait du Journal économique du mois de juillet 1758.
«L’Auteur, qui paroît avoir écrit dans la Guienne, et que je crois être Goyon de la Plombanie, commence par dire que l’on nomme cette denrée blé de Turquie, sans doute parce qu’elle est venue de Turquie en Europe. Quelques provinces du royaume de France la nomment blé de Naples, parce que la première graine leur a été apportée de ce pays-là. Mais le Périgord et presque toute la Guienne, qui l’ont tirée de l’Espagne, l’appellent blé d’Espagne; et, dans beaucoup d’autres endroits, on l’appelle maïz. (Page 298.)
» Cette plante est une des plus abondantes en production. Il vient quelquefois sur une seule tige jusqu’à quatre épis beaux et bien nourris; mais communément deux ou trois. Lorsqu’on leur donne une culture convenable dans une bonne terre, un seul grain en peut produire plus de deux mille. ( Ibid. )
» Les animaux sont les premiers qui ont appris aux hommes à connoître les plantes propres à la nourriture. Le blé de Turquie doit être assurément une des meilleures, si l’on en juge par l’instinct des animaux; car tous en général en mangent le grain avec plaisir; et toutes les bêtes qui broutent, sont friandes de sa tige et de ses feuilles. ( Ibid. )
» De la méthode ancienne ou ordinaire de cultiver le blé de Turquie, et de ses défauts. Le blé de Turquie se cultive à-peu-près de même par-tout. Mais cette méthode générale est vicieuse et sujette à de grands inconvéniens, dont les principaux sont de ruiner les terres et de causer un préjudice considérable aux autres blés qu’on y sème ensuite. Tous ceux qui possèdent des fonds dans les provinces où la culture de ce grain s’est introduite, maudissent le moment qui l’a fait connoître; mais les peuples y sont habitués, et ne peuvent plus s’en passer. ( Page 299. )
» Le mal ne vient que de la culture ordinaire: 1°. on ne laboure pas assez les terres, ni en temps convenable; 2°. on ne donne pas assez de distance aux tiges de blé de Turquie, ce qui empêche de les biner; 3°. on choisit les meilleures terres, qu’on est encore obligé de surcharger de fumier; 4°. le froment qu’on sème après le blé de Turquie a le double de blé charbonné ou niellé, ce qui infecte peu-à-peu les récoltes, etc. (Pages 299, 300 et 301.)
» Nouvelle méthode de cultiver le blé de Turquie, et ses avantages. Comme les plus grands inconvéniens de l’ancienne manière de cultiver le blé de Turquie sont l’épuisement des terres et le préjudice qu’en reçoivent les autres blés qui y viennent ensuite, la principale attention doit être de choisir et ménager le terrain, de façon que le blé de Turquie y puisse venir dans toute sa beauté, sans être nuisible aux terres, ni aux grains qui doivent lui succéder. ( Page 301. )
» Du choix des terres propres. Les terres sablonneuses, qui ont beaucoup de sucs et qui ne sont pas trop sèches, y sont les plus propres. (Ibid.) Les expériences de l’auteur ont été faites dans un champ à chenevière de la meilleure qualité. (Page 307.)
» Des premiers labours. C’est par le moyen des labours qu’on mettra les terres en état d’être ensemencées et de produire. Le premier et le principal défaut de l’ancienne manière de cultiver le blé de Turquie, consistoit en ce qu’on ne faisoit pas les labours assez profonds, en nombre et dans des temps convenables.
» On devroit commencer le premier labour sur la fin du mois d’octobre, aussitôt après les semailles des blés, avec une grande charrue, attelée de deux paires de bœufs ou du double de chevaux qu’on emploie aux labours ordinaires, afin de creuser et de défoncer la terre à la profondeur de 15 à 16 pouces pour le moins. On disposera la terre en planches de 6 pieds; on bêchera ensuite cette terre, afin d’en briser ou diviser les mottes, et on la laissera reposer tout l’hiver.
» Vers le milieu ou à la fin de février, c’est-à- dire après les grandes gelées; on apportera un peu de fumier bien pouri dans le fond de ces planches ou gros sillons. On répandra ce fumier sur la largeur d’environ 2 pieds de côté et d’autre; ensuite on donnera à la terre un second labour, avec la même charrue et à la même profondeur que le premier, en traçant ce nouveau sillon au milieu de la largeur des planches, et jetant la terre dans le fond des premiers sillons pour y couvrir le fumier.
» Au 15 de mars on donnera un troisième labour, mais moins profond que les deux premiers, et on retournera la terre dans le sens qu’on l’avoit labourée la première fois, c’est-à-dire qu’on creusera le sillon dans l’endroit où on aura jeté le fumier.
» Enfin, quand on voudra semer le blé de Turquie, on fera un labour semblable au troisième, en jetant toujours la terre dans le même sens, et creusant dans le sillon qui aura été fumé. (Pages 301, 302.)
» De la manière de planter le blé de Turquie. Pour éviter les inconvéniens de l’ancienne méthode de semer ce grain, on en plantera toujours les grains dans des trous séparés avec un plantoir, à la distance d’un pied les uns des autres, dans les rangées éloignées de 6 pieds entre elles; et on observera de ne les pas planter tout-à-fait dans le plus bas fond du sillon, mais à demi-côte sur les planches. On mettra cette graine deux à deux, ou trois à trois dans chaque trou, en les recouvrant avec la terre.
» On observera de ne planter ces graines que par le plus beau temps qu’on pourra choisir dans la saison. S’il venoit à pleuvoir avant que la terre fût ressuyée, elle se pileroit ensuite au soleil, de manière que les jeunes plantes ne pourroient la pénétrer, et les graines seroient perdues. (Page 312.)
» Il vaut mieux tarder quelques jours que de planter cette graine trop tôt, et l’exposer par-là aux gelées du printemps auxquelles elle est très-sujette. (Ibid.)
» Un autre danger dont il faudra avoir soin de la garantir dans ces premiers temps, c’est contre les pigeons, les corbeaux et les autres oiseaux, qui la mangent sitôt qu’elle veut germer. Les pigeons sur-tout en sont si friands, qu’ils ne manquent pas de la déterrer avec leur bec, et de tout détruire, si l’on ne fait pas garder le champ pendant plusieurs jours. (Ibid.)
» Des labours appelés binages. Lorsque les graines ont poussé deux feuilles ou trois au plus, on les bine pour la première fois, c’est-à-dire qu’on donne à la terre un labour léger avec la houe ou une large binette. On prend, à un pied de chaque côté, avec la houe, de la terre qu’on rapproche des jeunes tiges pour les réchauffer, en même temps qu’on retourne bien tout le terrain. (Ibid.)
» Quinze jours après on attend l’occasion d’une petite pluie pour faire un pareil binage, dans lequel on chausse de même, le plus que l’on peut, les plantes avec la terre. Ce qu’on fait de plus dans ce second binage, c’est qu’on a soin d’arracher toutes les tiges qui sont de trop, en n’en laissant à chaque trou qu’une seule, la plus vigoureuse et de la plus belle apparence. Les tiges menues par le bas, qui ont les feuilles allongées, d’un vert foncé, sont les plus estimées. Celles qu’on sacrifie, on les arrache pour les donner aux bestiaux. (Ibid.)
» Des derniers labours et autres soins de la culture. Il ne faut pas perdre de vue que les terres où l’on plante le blé de Turquie sont destinées ordinairement à porter l’année suivante d’autres blés; et que, comme celui-là épuise si fort le terrain, on doit avoir attention, pendant sa culture, d’entretenir et de ménager tellement le terrain, qu’il soit en état de recevoir ensuite l’autre semence, et de la faire fructifier avantageusement.
» Pour y parvenir, après le second binage, on labourera avec la charrue les intervalles entre les rangées de blé de Turquie, faisant en sorte que l’oreille de la charrue verse la terre tout proche les pieds de ce blé. Il y aura suffisamment de place dans les intervalles des rangées à 6 pieds de distance, pour que la charrue puisse y passer facilement. (Page 302.)
» Quinze jours ou trois semaines après, si l’on observe qu’il fasse de la rosée, on donne encore à la terre un second labour pareil avec la charrue, en faisant toujours verser la terre du côté des rangées du blé. (Page 303. )
» Quand les bouquets de fleurs qui viennent au haut des épis sont passés, on casse les tiges dans le noeud qui est au-dessus du premier filet. Cette opération se fait avec la main, en empoignant la tige de façon que le petit doigt soit presque sur le nœud; et, en ployant ensuite la plante d’un tour de main, la tige se casse net dans le noeud. (Ibid.)
» Lorsque les épis sont bien formés, que le grain commence à paroître, et que la saison est avancée, c’est-à-dire vers le 25 d’août, on ôte toutes les grandes feuilles pendantes. Ces feuilles se donnent tout de suite aux bestiaux, ou, après être séchées, forment du fourrage pour l’hiver. On ne fait cette opération que quand on voit ces feuilles commencer à jaunir ou changer de couleur. (Ibid. )
» Vers le 10 ou 12 de septembre, si l’on s’aperçoit que la trop grande quantité de terre autour des plantes en entretient trop long-temps la séve, et que les grains n’en mûrissent pas assez vite, on fera encore un gros labour avec la grosse charrue, en jetant la terre dans le sens contraire à celui dont on l’a jeté dans les deux labours précédens. (Ibid.)
» Ces soins ne sont nécessaires que dans les terres froides et paresseuses; car dans les sables, le grain mûrit toujours assez tôt. (Ibid.)
» Comment, après la récolte du blé de Turquie, on achève de nettoyer le champ, et de le préparer pour d’autres blés. En même temps que les femmes et les enfans s’acquitteront du soin de cueillir les épis du blé de Turquie, les hommes, avec la serpe ou quelque autre outil, en couperont toutes les côtes et les tiges, et les mettront sur la terre labourée qui est dans l’entre-deux des sillons. Ils observeront néanmoins de ne mettre les côtes de deux rangées que d’un côté et sur une seule planche, en laissant l’autre vide.
» Ces côtes se sécheront ainsi en peu de temps sur la terre, avant d’en être enlevées: elles seront très-bonnes à donner à manger aux bestiaux pendant l’hiver. Il faut pour cet usage avoir soin de les hacher bien menues, à chaque fois que l’on voudra les donner aux bestiaux.
» Il faut encore observer d’éparpiller ces côtes sur des meules de foin et de paille qui seront à couvert, pour qu’elles puissent se conserver jusqu’à l’hiver; car si on les laissoit par tas, elles se gâteroient et ne vaudroient plus rien. (Page 304.)
«Les côtes, coupées et rangées sur le champ, comme on vient de le dire, laisseront à la charrue la liberté de labourer les mottes ou plates-bandes de terre qui contiennent encore les tronçons des tiges.
» A mesure que la charrue dans le labour arrachera ou déterrera ces tronçons, il y aura des hommes qui tireront avec des crocs toutes ces souches pour les mettre sur la planche vide qui sera à côté, en observant de bien secouer la terre qu’elles auront à leurs racines.
» Quand on aura arraché ces souches dans toute l’étendue du champ, on les y laissera, pendant quelques jours, sécher à l’air et au soleil; après quoi, on les ramassera par petits tas, de 6 pieds en 6 pieds dans le fond des plates-bandes, et on y mettra le feu dans le champ même. Les cendres qui en proviendront seront éparpillées avec soin sur la partie de la terre qui aura produit ce grain, et par ce moyen, la terre se trouvera purgée de tous les vestiges du blé de Turquie. Il ne faudra rien laisser sans être brûlé ; car ceux qui se négligent sur cela, éprouvent le tort qui en arrive au froment de la récolte suivante. (Page 304.)
» Après que les souches seront brûlées, il faudra donner deux traits de charrue, l’un à droite et l’autre à gauche du fond des plates-bandes, pour les combler avec de la terre que l’oreille de la charrue y jettera; ensuite, on labourera légèrement tout le champ en travers, et on le hersera bien. Il sera alors en état d’être ensemencé en froment ou en autre blé, comme s’il n’avoit jamais produit de blé de Turquie. (Page 305. )
» Estimation du produit de la nouvelle méthode, comparé avec celui de l’ancienne. L’auteur assure par sa propre expérience, qu’en suivant cette méthode, il a recueilli communément 21 setiers, mesure de Paris, dans le même arpent où l’on n’en avoit eu que 9 setiers du même blé les années précédentes, en le cultivant suivant l’ancien usage, ce qui est dans la proportion de 3 à 7, c’est-à-dire deux tiers ou 12 setiers de plus. (Page 306. )
» Le prix du blé de Turquie suit toujours celui du blé-froment, à un tiers au-dessous; de façon que si le setier de froment ne vaut que 15 livres, celui de Turquie en vaut 10. (Ibid. )
» En suivant ce prix, qui étoit le prix ordinaire dans le temps où l’auteur écrivoit, les 12 setiers en sus se montoient à une somme de 120 liv.; sur quoi déduisant 16 francs, excédant de dépense, pour cinq labours et un tiers de labour de plus que nécessitoit la nouvelle méthode, il restoit encore 104 livres de gain. (Ibid.)
» D’ailleurs, on n’avoit employé que le tiers des fumiers que l’on met ordinairement, ne les ayant répandus que sur la partie destinée à la nourriture du grain, ce qui avoit conservé le surplus des fumiers pour les autres terres de la métairie. Quoiqu’on n’eût mis que ce tiers de fumier dans le champ, le froment y étoit venu l’année suivante plus beau que par le passé, et presque point niellé. (Ibid.)
» Réflexions sur la nouvelle méthode de cultiver le blé de Turquie. D’après toutes les observations et les expériences ci-dessus, l’auteur croit qu’on peut se rassurer contre le préjugé que le blé de Turquie a causé dans le pays où on le cultive depuis long temps, et rendre justice à cette plante. Ce préjudice vient plus de la manière de le cultiver que de la plante même. Si l’on veut suivre cette méthode, on y trouvera un avantage qui égalera celui de la culture ordinaire du froment dans les meilleures terres, puisqu’il est constant par l’expérience que les terres les plus excellentes, telles que celles de Dammartin et de Gonesse près Paris, qui sont les plus vantées du royaume pour le froment, ne donnent, dans les meilleures années, que 10 à 11 setiers de froment par arpent. (Page 307. )
» De l’emploi du blé de Turquie pour les hommes. On le mêle ordinairement avec d’autres grains pour en faire du pain. Mais comme sa farine, semblable à celle du millet, a beaucoup de gruau, la pâte en est peu liante, et le levain qu’on y met pour la faire fermenter s’en échappe comme au travers du sable. Ce pain massif n’est pas aisé à digérer comme celui de froment, il est de difficile digestion; de là vient qu’on apprête plus souvent sa farine en bouillie que de toute autre façon. ( Page 299.)
» Quelques curieux ont essayé de faire bouillir dans l’eau des grains de blé de Turquie bien mûrs presque à leur cuisson; ensuite de les exposer à l’air pour les faire sécher de façon à pouvoir être moulus, ce qui a achevé de diviser les molécules de ces grains déjà ébranlées par l’action du feu et de l’eau. La farine s’en est trouvée plus douce; mais elle avoit perdu dans cette cuisson une partie de ses sels. Pour les lui rendre, on s’est servi de l’eau dans laquelle on avoit fait bouillir les grains, ou encore mieux d’une autre eau où on avoit fait bouillir de même de nouveaux grains. Cette eau qu’on a employée à faire la pâte, lui a rendu ou communiqué ses sels. Le pain s’en est presque aussi bien façonné que celui de froment, avec de petits yeux sans nombre. Il s’est trouvé léger, de bon goût et d’une digestion facile. (Ibid.)
» On a poussé les recherches encore plus loin et avec le même succès. Dans l’eau qui avoit déjà servi à faire bouillir des grains de blé de Turquie, on a jeté du son de froment qu’on y a fait encore bouillir. On l’a passé ensuite dans un linge fin, et de l’eau blanche qui en est sortie on a pétri la farine du blé de Turquie. Cette nouvelle manière a donné un pain excellent, d’un goût agréable, et préférable peut-être à tous les autres pour la santé. (Ibid.)
» De la culture du blé de Turquie, pour le donner en verdure aux bestiaux. Les laboureurs des provinces méridionales ont coutume de destiner, à la portée des étables ou des écuries, un certain terrain qu’ils consacrent à la culture des jeunes plantes de blé de Turquie, pour en faire du fourrage à leurs bestiaux et les rafraîchir pendant l’été.
» Au mois d’avril, dans le temps convenable à la semence, on sème du blé de Turquie dans le quart seulement du terrain préparé et fumé à cet effet. Un mois après on en sème un autre quart, et ainsi de mois en mois, jusqu’à ce que toute la terre en ait été couverte; afin que les jeunes plantes destinées au fourrage se succèdent toujours nouvelles et tendres. On sème alors les grains de blé de Turquie à la main, et ils se trouvent sur la terre à peu-près à 3 pouces de distance les uns des autres en tout sens. Si la terre est fraîche, on les couvre avec une herse; mais si elle est sèche, on se sert d’une charrue légère qui l’enfonce davantage. Au bout d’un mois les tiges sont de la hauteur d’une personne, et assez fortes pour être données aux bestiaux. On coupe ces tiges tout près de la terre, et quand les bœufs et les chevaux sont revenus de la charrue, après leur avoir fait manger un peu de foin, on leur donne une brassée de ces tiges nouvellement coupées, qu’ils mangent avec avidité.
» On consacre ordinairement un quart d’arpent de blé de Turquie par chaque paire de boeufs, pour le leur donner ainsi en verdure pendant les chaleurs de l’été.» ( Pages 307 et 308. )
§ X.
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Culture du mais chez les Hurons.
( Article extrait du Voyageur français, tome IX, en 1763. )
«Les femmes Huronnes, comme celles des Iroquois, se sont réservé les travaux de la campagne. Le grain qu’elles sèment est le maïs, autrement dit le blé d’Inde ou de Turquie. Il fait la nourriture principale de toutes les nations sédentaires, d’un bout à l’autre de l’Amérique. Dès que les neiges sont fondues, elles commencent leur labour. La première façon qu’elles donnent aux champs, c’est de ramasser le chaume et de le brûler; elles remuent ensuite la terre, pour la disposer à recevoir le grain que l’on doit y jeter. Elles ne se servent ni de la charrue, ni de quantité d’autres instrumens de labourage, dont l’usage ne leur est ni nécessaire, ni connu. Il leur suffit d’un morceau de bois recourbé, avec lequel elles soulèvent la terre, et la remuent légèrement. Elles la disposent en petites mottes rondes de 3 pieds de diamètre, et font, dans chacune, neuf ou dix trous, où elles jettent quelques grains de maïs, qu’elles couvrent sur-le-champ de la même terre qu’elles ont tirée pour faire ces trous..... Elles plantent des fèves à côté du blé de Turquie, dont la tige leur sert d’appui. Le missionnaire prétend que c’est de nous que les sauvages tiennent ce légume..... Ces mêmes femmes ont soin de tenir leurs champs propres, et d’en écarter les mauvaises herbes jusqu’au temps de la récolte....
» Ils ont une espèce particulière de maïs, qu’on appelle du blé fleuri, parce qu’il éclate dès qu’il a senti le feu, et s’épanouit comme une fleur. Ils en font un régal aux personnes qu’ils veulent distinguer.»
§. XI.
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Le mais, en botanique et en agriculture.
( Extrait de deux articles de M. de Jaucourt, dans la grande Encyclopédie, tome IX, in-folio, en 1765; et qui sont répétés et détaillés par Béguillet, dans l’article maïs du Supplément à l’Encyclopédie, en 1772. )
«MAIS ( botan.), et plus communément en français blé de Turquie, parce qu’une bonne partie de la Turquie s’en nourrit.
» C’est le frumentum turcicum, frumentum indicum, triticum indicum de nos botanistes. Maïs, maiz, mays, comme on voudra l’écrire , est le nom qu’on donne en Amérique à ce genre de plante, si utile et si curieuse.
» Cette plante qui vient naturellement dans l’Amérique, se trouve dans presque toutes les contrées de cette partie du monde, d’où elle a été transportée en Afrique, en Asie et en Europe; mais c’est au Chili que régnoient autrefois, dans le jardin des Incas, les plus beaux maïs du monde.
» MAIS (agricult. ). C’est de toutes les plantes celle dont la culture intéresse le plus de monde, puisque toute l’Amérique, une partie de l’Asie, de l’Afrique et de la Turquie, ne vivent que de maïs. On en sème beaucoup dans quelques pays chauds de l’Europe, comme en Espagne, et on devroit le cultiver en France plus qu’on ne fait.
» Cependant le maïs, quoique effectivement nécessaire à la vie de tant de peuples, est sujet à des accidens. Il ne mûrit dans plusieurs lieux de l’Amérique que vers la fin de septembre, de sorte que souvent les pluies qui viennent alors le pourissent sur tige, et les oiseaux le mangent quand il est tendre. Il est vrai que la nature l’a revêtu d’une peau épaisse qui le garantit long-temps contre la pluie; mais les oiseaux dont il est difficile de se parer, en dévorent une grande quantité à travers cette peau.
» Les Indiens sauvages qui ne connoissent rien de notre division d’année par mois, se guident pour la semaille de cette plante sur le temps où certains arbres de leurs contrées commencent à bourgeonner, ou sur la venue de certains poissons dans leurs rivières.
» La manière de planter le blé d’Inde, pratiquée par les Anglais en Amérique, est de former des sillons égaux dans toute l’étendue d’un champ, à environ 5 ou 6 pieds de distance, de labourer en travers d’autres sillons à la même distance, et de semer la graine dans les endroits où les sillons se croisent et se rencontrent. Ils couvrent de terre la semaille avec la bêche, ou bien en forment avec la charrue un autre sillon par derrière, qui renverse la terre par-dessus. Quand les mauvaises terres commencent à faire du tort au blé d’Inde, ils labourent de nouveau le terrain où elles se trouvent, les coupent, les détruisent, et favorisent puissamment la végétation par ces divers labours.
» C’est, pour le dire en passant, cette belle méthode, employée depuis long-temps par les Anglais d’Amérique, que M. Tull a adoptée, et a appliquée de nos jours avec tant de succès à la culture du blé .
» D’abord que la tige du maïs a acquis quelque force, les cultivateurs la soutiennent par de la terre qu’ils amoncèlent tout autour, et continuent de l’étayer ainsi, jusqu’à ce qu’elle ait poussé des épis; alors ils augmentent le petit coteau et l’élèvent davantage, ensuite ils n’y touchent plus jusqu’à la récolte. Les Indiens, pour animer ces mottes de terre sous lesquelles le maïs est semé, y mettent deux ou trois poissons du genre qu’ils appellent aloof; ce poisson échauffe, engraisse et fertilise ce petit tertre au point de lui faire produire le double. Les Anglais ont goûté cette pratique des Indiens dans leurs établissemens où le poisson ne coûte que le transport. Ils y emploient, avec un succès admirable, des têtes et des tripes de merlus.
» Les espaces qui ont été labourés à dessein de détruire les mauvaises herbes, ne sont pas perdus. On y cultive des féveroles qui, croissant avec le maïs, s’attachent à ses tiges, et y trouvent appui. Dans le milieu qui est vide, on y met des pompions, qui viennent à merveille, ou bien après le dernier labour, on y sème des graines de navet qu’on recueille en abondance pour l’hiver quand la moisson du blé d’Inde est faite.
» Lorsque le maïs est mûr, il s’agit d’en profiter. Les uns dépouillent sur-le-champ la tige de son grain; les autres mettent les épis en bottes, et les pendent dans quelques endroits pour les conserver tout l’hiver. Mais une des meilleures méthodes est de le coucher sur terre, qu’on couvre de mottes, de gazons et de terreau par-dessus. Les Indiens avisés ont cette pratique, et s’en trouvent fort bien.
» Les médecins du Mexique composent avec le blé d’Inde des tisanes à leurs malades, et cette idée n’est point mauvaise.
» Les Américains ne tirent pas seulement parti du grain, mais encore de toute la plante: ils fendent les tiges quand elles sont sèches, les taillent en plusieurs filamens, dont ils font des paniers et des corbeilles de différentes formes et grandeurs.»
§. XII.
Table des matières
Culture du maïs, proposée en Armagnac, en 1766.
( Gazette d’Agriculture, du 19 août 1766. )
«Le blé d’Espagne résiste à la grêle. On proposoit d’en semer beaucoup en Armagnac, pour éviter une partie des dommages fréquens que cause ce météore.
» On assuroit avoir fait l’épreuve qu’un homme peut vivre, avec la farine de maïs, au moyen de quinze deniers par jour.»
§. XIII.
Table des matières
Le maïs attaqué en Franche- Comté, en 1766.
( Extrait du Journal d’Agriculture, du Commerce et des finances, octobre 1766, pag. 66.)
On vient de voir M. de Jaucourt articuler précisément, en 1765, le reproche que le maïs n’étoit pas cultivé en France autant qu’il devoit l’être. Ensuite, un anonyme offroit cette culture aux habitans de l’Armagnac, comme une des plus fructueuses et des plus importantes qu’ils pussent essayer ( §§. XI et XII ci-dessus ). Et voici, au contraire, une voix qui s’élève avec force, en 1766, contre l’extension de cette culture.
Dans un Mémoire sur quelques objets d’agriculture et autres, relatifs au bien public, par M. le marquis de Montrichard, on trouve le paragraphe suivant:
«§. 2e. Mais ou blé de Turquie.
» Malgré un préjugé trop accrédité chez le peuple, on croit la culture du maïs, inconnue dans une grande partie du royaume, et très-moderne en Franche-Comté, pernicieuse. Ce grain épuise prodigieusement la terre, par la substance nécessaire pour nourrir les hautes et grosses cannes qui le portent; ces cannes ne donnent presque aucune nourriture pour les bestiaux. Le maïs mûrit ordinairement très-tard; et comme il est d’usage de semer le froment après le maïs, du moins dans la moitié des terrains, le froment semé si tard a peine à lever avant les gelées et les neiges; il en périt beaucoup, le surplus produit peu: on n’a pas le temps de tout semer; et la récolte qui devient foible, se faisant plus tard que de coutume, est plus long-temps exposée aux orages, et aux grêles, fréquentes dans la province.
» Le maïs ne se conserve point; s’il est égrené et mis en tas dans des greniers, quoiqu’à l’air, il est d’abord échauffé ; le seul moyen de le conserver, est de le tenir suspendu en grappe, à couvert: pour cela, il faudroit des halles que personne n’a, et dont la dépense excéderoit beaucoup le profit. Dans ce cas-là même, le grain se sèche, diminue de volume; les rats qui en sont très-friands, y accourent de toutes parts. Ainsi, dans les années d’abondance, on ne peut le mettre en réserve pour celles de stérilité, et il est régulièrement toujours totalement consommé, avant la maturité de celui de l’année suivante.
» Ce qui entraîne le peuple à cette culture si peu profitable, est la pauvreté. La semence du maïs coûte peu; on n’en emploie qu’un peu plus d’un boisseau pour ensemencer un terrain pour lequel il eût fallu cinq boisseaux de froment. Le maïs d’ailleurs demande peu ou point d’engrais, de sorte qu’il devient nécessairement la culture des pauvres; mais aussi c’est une pauvre culture.
» Dans nombre de cantons, le peuple ne vit presque que de maïs. Cela est triste à savoir, et cela seroit dangereux à ignorer. On ne peut en faire du pain; l’usage est d’en faire seulement quelques gâteaux très-lourds et très-indigestes, et une espèce de bouillie nommée gaudes. C’est à l’usage de cette foible et mauvaise nourriture, que l’on doit attribuer la foiblesse et la diminution de la taille des hommes, dans les cantons où ils sont réduits à vivre de maïs. Il n’en est pas de même dans nos montagnes, où le maïs ne peut mûrir, et sur-tout où l’âpreté naturelle du climat a garanti les peuples de la plus redoutable cause d’appauvrissement, qui dans beaucoup d’endroits est l’apparence des richesses. On y mange du pain et du laitage. C’est là que l’on trouve de grands hommes et vigoureux, des descendans de ces anciens Bourguigons qu’un auteur, que je crois être Sidonius Apollinaris, évêque de Clermont à la fin du cinquième siècle, appelle dans un de ses poëmes, burgundiò septipes.»
§. XIV.
Table des matières
Défense du maïs contre l’attaque précédente.
( Extrait du Journal d’Agriculture, du Commerce et des Finances, février 1767.)
Examen du mémoire de M. le M. de M., inséré dans le Journal d’Agriculture, du Commerce et des Finances, du mois d’octobre 1766; par M. PUR.....
§. II, page 30. Maïs ou Blé de Turquie.
«Sa culture, dit M. de M., est pernicieuse; elle épuise prodigieusement la terre, par la substance nécessaire pour nourrir les hautes et grosses cannes qui le portent; ces cannes ne donnent presque point de nourriture pour les bestiaux. Le maïs ne se conserve point; s’il est égrené et mis en tas, il est d’abord échauffé ; le seul moyen de le conserver, est de le suspendre en grappe à couvert: il faudroit des halles que personne n’a, etc.... Il ajoute qu’il n’y a que la pauvreté qui entraîne le peuple à cette culture, qui lui sert de nourriture dans nombre de cantons; qu’elle est mauvaise, vérité triste à savoir, et qu’il seroit dangereux d’ignorer.»
Depuis quarante ans que j’habite cette province dont j’ai parcouru différentes contrées, j’y ai toujours vu cultiver le maïs, qui y étoit déjà d’un usage commun, et ce n’étoit pas la misère qui avoit alors engagé les habitans à cette culture.
Ce n’est pas seulement dans la campagne qu’on se nourrit de maïs, on s’en sert encore dans les villes, mais il y est plus rare. La preuve que son usage n’est pas aussi pernicieux qu’on voudroit nous l’assurer, c’est que les médecins de notre canton l’ordonnent aux malades. Les dames de la première distinction, celles même dont le tempérament est le plus délicat, le prennent à leur déjeuner et le préfèrent au café. Les gens de la campagne qui mangent des gaudes, depuis le mois d’octobre jusqu’au mois de mai, jouissent de la santé la plus parfaite. Pendant les chaleurs ils cessent d’en faire usage, parce que cette nourriture leur occasionne une légère incommodité qu’ils nomment le brûle-col.
Qu’on ne s’imagine pas que la culture du maïs fasse négliger celle du blé ; on sème le maïs sur les jachères; un laboureur qui cultive 45 à 50 journaux de terre n’en semera qu’un en maïs; cette quantité lui fournit le secours dont il a besoin pour lui, sa famille et son domestique; le sol qui a produit cette plante seroit resté en repos sans cette culture.
On ne doit pas craindre que le maïs enlève tout l’engrais qu’on auroit mis dans le terrain où il est venu; il en reste toujours une partie, parce que cette plante ne tire de la terre que les sucs qui lui sont propres, et qui ne conviennent point au blé. Après la récolte du maïs, il suffit de labourer, remettre un peu d’engrais, donner un nouveau labour, et la terre est en état de recevoir le blé qu’on veut y semer.
Lorsque le maïs est parvenu à une certaine hauteur, on peut le couper pour le donner aux boeufs et aux vaches. A l’égard des tiges qui ont porté leurs épis, il faut les arracher après la récolte, les faire, sécher au soleil, et les brûler sur le terrain même, afin que les cendres qui en proviennent servent d’engrais à la terre.
Aucun laboureur n’est embarrassée pour conserver le grain du maïs.
1°. Ils n’en cultivent que pour leur usage, ou pour faire la bouillie connue sous le nom de gaudes. Ils sont obligés de sécher ce grain au four; mais cette préparation faite, soit qu’ils la mettent en tas, soit qu’ils l’enferment dans des sacs, on ne doit pas craindre qu’il s’échauffe.
2°. Il n’est pas besoin de halles pour conserver celui qu’on se propose d’ensemencer l’année suivante; il en faut très-peu, et M. de M. en convient. Il n’y a point de laboureur qui ne soit en état de suspendre les épis qu’il met en réserve dans son habitation; aussi voit-on par-tout leurs cuisines et leurs chambres ornées de ces épis.
On les conserve de même en Alsace, pays où cette culture est beaucoup plus considérable qu’en Franche-Comté, où ce grain ne sert pas de nourriture aux hommes, et où on ne l’emploie que pour engraisser les porcs et la volaille.
3°. Il ne faut point appréhender que la culture du maïs nuise à celle du blé, parce que les façons que le premier exige demanderoient trop de monde: on se borne donc à n’en cultiver qu’en proportion de la force des familles ou des domestiques; rarement un laboureur en cultive plus d’un journal, beaucoup en cultivent moins.
4°. Lorsqu’il en reste, on l’emploie utilement à engraisser les porcs, la volaille, et à nourrir des pigeons.
Il n’est pas étonnant que M. de M. n’ait pas été exactement informé de tout ce qui concerne cette plante: on se flatte qu’il ne trouvera pas mauvais les observations qu’on vient de faire, quelque contraires qu’elles soient à ce qu’il a avancé dans son mémoire.
§. XV.
Table des matières
Le maïs accusé et justifié dans le Maine, en 1769.
( Extrait du Traité sur l’art de multiplier les grains, tome II, page 249.)
Du maïs et de la pomme de terre.
«On a reproché au maïs, ainsi qu’à la pomme-de-terre, d’épuiser le sol destiné à la culture préférable des plantes appelées par excellence céréales; savoir, le froment et le seigle. Ces reproches sont mal fondés, ou ne le sont que sur une culture vicieuse et mal entendue de ces deux végétaux.
» En 1766, le maïs fut attaqué violemment, d’abord dans le Journal du Commerce, c’est ce qu’on vient de lire §. XIII, et ensuite par un mémoire présenté au Bureau d’Agriculture du Mans. On présentoit cette culture comme énervant les terres pour un grain inutile, et une espèce de poison pour l’homme et pour les animaux, etc. On demandoit que le Gouvernement proscrivît le maïs.
» Les gazettes d’Agriculture, du mardi 6 janvier 1769, et suivantes, contiennent: 1°. des observations sur les propriétés du maïs; 2°. la comparaison de la plantation du maïs avec la semence de seigle, en sol égal, sablonneux et médiocre, pour prouver, par une démonstration pratique et géométrique, que le maïs altère moins le terrain que le seigle.
» On y apprend que le maïs a commencé à être cultivé dans le Maine, vers 1736. Il a été substitué au sarrasin qu’on semoit après les seigles; il est d’un plus grand rapport que le sarrasin et le seigle lui-même au premier guéret.
» Cette plante, dit-on, réussit dans toutes les sortes de terrains; elle a l’avantage de donner de plus fortes productions que toutes les autres espèces de grains que l’on sème dans les terrains médiocres des sables du Haut-Maine.
» Le maïs se plante au piquet, grain à grain, à 15 et 18 pouces, dans les meilleurs fonds. Dans 36 pieds carrés de superficie, il entre quarante-deux grains de seigle par pied carré, et quinze cent douze dans la toise, les grains à 2 pouces de distance. Le maïs, à 12 pouces, ne donne qu’un grain par pied carré, et trente-six grains dans la superficie d’une toise.
» Le laboureur jette dans un journal du Maine (de 66 perches 2 tiers de 25 pieds chacune), 120 livres de seigle, qui comprennent douze millions deux cent douze mille huit cents grains. On n’emploie, dans le même journal, que 10 livres pesant de maïs, qui ne comprennent que deux cent cinquante-quatre mille six cents grains.
» La culture du maïs a l’avantage de se faire dans des temps où les gens de la campagne ne sont pas occupés à d’autres travaux, après les semailles de mars, des orges, des avoines, et après les guérets des chanvres. La seconde culture du maïs précède la récolte des foins. La troisième se fait après la récolte des seigles; la récolte, après celle des chanvres et des sarrasins. Ainsi cette culture ne fait aucun tort aux autres.
» On démontre, par un calcul fidèle, que sa production l’emporte sur celle du seigle, en terrain médiocre et égal.
» Le quart d’un boisseau de 60 livres suffit pour la semence d’un journal, à un pied de distance. Il en faut moins, à proportion, dans un bon fonds où il est à 18 pouces.
La production du journal de maïs est de trente à quarante boisseaux de grain; année commune, trente-cinq boisseaux, à trente sous, outre trois charretées de fourrage en vert et en sec. Dans les bons fonds, il rend davantage. Et l’on sème entre le maïs, des féves blanches, qui donnent six boisseaux à 3 ou 4 livres.
» En seigle, il faut 2 boisseaux de semence: la production est de huit pour un. Les 16 boisseaux se vendent, au prix moyen, 50 sous le boisseau. Il y a de plus deux charretées, ou deux cent soixante bottes de paille, à 6 livres la charretée, et une charretée de chaume à 4 livres.
» Toute dépense déduite, l’avantage du maïs sur le seigle est de 23 livres 7 sous 6 deniers par journal.
» D’ailleurs, le maïs altère moins les terres; sa végétation s’achève dans un temps plus court, et emprunte beaucoup de la chaleur de l’air, des météores, etc.»
§ XVI.
Table des matières
Du blé d’Espagne, ou maïs, dans les Landes.
(Extrait du Mémoire sur la meilleure manière de tirer parti des Landes de Bordeaux, quant à la culture et à la population, qui a remporté le prix en 1776, au jugement de l’Académie royale des belles-lettres, sciences et arts de Bordeaux; par M. Desbiey, entrepreneur et receveur des fermes du Roi, à la Teste. )
Ce Mémoire est divisé en trois parties. La première décrit l’état des Landes de Bordeaux, au moment où l’auteur écrivoit. Il dit que ce qu’il y avoit d’inculte dans les grandes Landes, dans les petites, et dans celle du pays de Médoc, n’alloit pas à moins de 400 grandes lieues carrées, en donnant à la lieue courante 3000 toises courantes. (page 56.) Quelle magnifique province à conquérir! et ce n’est pas la seule en France!
La seconde- partie traite des moyens généraux qu’il seroit à propos d’employer pour remplir le but du programme.
La troisième en développe les moyens particuliers.
«Selon M. Desbiey, la culture des bois de pin, de liége et de chêne, devroit être la plus considérable dans le défrichement de ces vastes Landes. Elle devroit occu per les deux tiers du terrain vide que laisseroient les chemins et les canaux, par la construction desquels il faudroit commencer. L’autre tiers devroit être distribué en deux mille huit cents domaines, de 600 journaux d’étendue (le journal des Landes est de 1936 toises carrées: les 600 journaux proposés pour chaque domaine équivaudront à 1400 journaux bordelais, page 56 ). La portion de ces domaines qui seroit consacrée à la culture des grains, admettroit, suivant l’auteur, d’abord le seigle, ensuite le maïs. Pour entendre ce qu’il dit du dernier de ces grains, il est nécessaire de voir aussi ce qu’il dit du premier, et de la préparation du sol pour recevoir l’un et l’autre.
» En ouvrant les fossés mitoyens des domaines, on jetteroit sur les deux bords les terres qui en seroient extraites, et on les y laisseroit reposer pendant deux hivers. On féroit transporter sur les carrés profondément bêchés, et destinés à la culture des grains, ces terres extraites, après que les gelées et les pluies de deux hivers en auroient divisé les parties les plus compactes, et les auroient réduites à des molécules plus atténuées.
» Ces terres ainsi préparées ne demanderoient ni charrue, ni semoir, ni procédés extraordinaires. Attentif à n’y semer que les espèces de grains qu’elles pourroient nourrir avec le moins d’efforts, le laboureur les trouveroit toujours dociles, si, en les travaillant et les ensemençant à propos, il leur rendoit dans les temps convenables, par les engrais et de profond labours, les sucs qu’une production continuelle ne cesseroit de leur enlever.
» Les seigles sont, de tous les grains de première nécessité, ceux que Desbiey croit convenir le mieux aux terres légères et sablonneuses des Landes. Ce seroit se faire illusion, dit-il, que d’imaginer pouvoir avec succès cultiver le froment dans les fonds ordinaires de ces contrées. Les fonds des hautes Landes ne sauroient en produire qu’à force d’engrais et de soins, qui les rendroient trop coûteux aux cultivateurs. (Il faudroit voir ce que produiront les essais du blé de mars, qui sont tentés aujourd’hui dans ce pays, d’après mes vues énoncées dans l’Art de multiplier les grains. )
» L’usage des jachères n’est pas connu dans le peu de terrain mis en culture dans les Landes; et Desbiey est bien éloigné de le conseiller dans le plan des nouveaux établissemens qu’il propose. Les terres destinées à la culture des grains n’y reposent jamais. L’expérience avoit même prouvé à Fauteur que les terres de l’espèce de celle des Landes se perdent entièrement par l’usage des jachères. Le chiendent et les autres plantes de mauvaise qualité s’y multiplient alors au point qu’il faut les défricher à nouveaux frais, avant de les remettre en rapport. Jamais ces terres ne sont mieux disposées à produire que quand, ensemencées de quelque grain utile, elles forcent, pour ainsi dire, le laboureur à les sarcler, à les purger de toutes les plantes étrangères et nuisibles à la réçolte qu’il attend. Celles de ces terres sur lesquelles on n’a pu répandre des engrais, portent au moins une fois chaque année ou du seigle, ou quelques autres menus grains. Les autres, munies d’engrais suffisans au moment où les seigles vont être semés, donnent deux récoltes annuellement, l’une de seigle, l’autre de blé d’Espagne, de panis ou de millet. Quelques-unes rapportent même jusqu’à trois fois dans la même année; c’est-à-dire, du seigle au mois de juin, des petites féves vers la mi-septembre, du blé d’Espagne, du panis ou du millet à la fin du même mois, ou au commencement d’octobre. Ce système d’agriculture, particulier aux habitans des Landes, est justifié par une expérience immémoriale, et par des succès toujours constans. ( Page 51. )
» Parmi les grains de première nécessité, le blé d’Espagne, connu en certains lieux sous les dénominations de maïs, de blé d’Inde et de blé de Turquie, est, après le seigle, celui qui mérite le mieux l’attention des laboureurs. ( Ibid. )
» Un préjugé, qui subsistoit encore en 1757 dans le canton des Landes, que Desbiey habitoit alors, et où il cultivoit une portion de l’héritage de ses pères, avoit tellement borné la culture de ce grain, qu’il n’étoit semé que dans les meilleurs fonds, et dans l’unique objet d’avoir du vert pour les chevaux et les boeufs de labour. S’il étoit cultivé pour en recueillir le grain, ce n’étoit que par une espèce de luxe ou de curiosité, dans quelques carreaux seulement des jardins les plus frais de MM. les curés et des principaux propriétaires.
» Desbiey n’avoit pas oublié qu’il en avoit vu autrefois semer en plein champ dans les palus et les terres fortes de la Chalosse et de l’Armagnac. Il savoit que les Basques avoient également réussi à le naturaliser sur le sol pierreux qu’ils habitent. Il conçut le dessein de le naturaliser aussi dans les Landes, si l’essai qu’il projetait pouvoit être couronné de quelques succès.
» Il avoit dans un champ d’une assez grande étendue une pièce de terre d’un mauvais sablon, de la contenance d’un journal et demi (le journal de 48 cannes carrées, la canne de 48 caneaux, le carreau de 5 pieds et demi à chacun de ses cotés, donnant chacun 3o pieds un quart de superficie ). Malgré tous les soins de l’auteur et le secours des engrais, l’ancienne culture du millet avoit tellement amaigri cette pièce de terre, que le seigle y étoit toujours très-bas, fort laid, et ne portant que des épis très-petits, et très-peu fournis de grains. Au lieu de l’ensemencer en seigle, comme c’étoit l’usage, Desbiey se borna à la faire labourer deux fois bien profondément pendant l’hiver de 1757. Les gelées et les pluies des mois de novembre et décembre passèrent sur l’un et l’autre labourage. Au printemps suivant, lorsqu’il se détermina à essayer si le blé d’Espagne réussiroit en plein champ dans les terres sablonneuses des Landes, il fit ameublir sa pièce de terre, en la faisant couper au vif et en travers, à menus sillons, et en la faisant herser ensuite pour en tirer le chiendent et les autres mauvaises herbes qu’il fit brûler avec soin. Il fit tailler ensuite de grands sillons à 30 pouces, c’est-à-dire à la véritable largeur de la rège du journal. Cette méthode parut extraordinaire à ses voisins. L’usage du pays réduisoit alors le sillon à 20 pouces de largeur, et même au-dessous. Desbiey avoit observé que les seigles ne produisoient pas proportionnellement à l’étendue du terrain, parce que les premières chaleurs du printemps absorboient l’humidité qui vivifie les plantes. Il imagina qu’en donnant plus de terre à la crête des sillons, les chaleurs les pénétreroient moins; que les chaleurs de l’hiver ne décharneroient pas autant les seigles, et que par conséquent les blés y auroient, jusqu’à leur maturité, l’humidité nécessaire à leur végétation. Un araire et un soc exécutés conformément à son idée, formèrent des sillons dont la profondeur de la cave procuroit toute la terre nécessaire pour garnir et relever leur crête.
» Ses sillons étant ainsi tracés avec cet araire, il prit deux femmes avec lui, et afin de pouvoir mieux juger de son essai, il voulut présider au travail qu’il leur expliqua. L’une d’elles, en travaillant à reculons, pratiquoit, à grands coups de sarcloir, au fond de la cave du sillon, des creux de 3 ou 4 pouces, et à la distance à-peu-près d’un pied et demi l’un de l’autre. L’autre femme entroit dans le sillon à mesure que les creux y étoient faits, et, munie d’un panier plein de fumier haché bien menu, elle en jetoit une poignée dans chaque fosse. Desbiey venoit ensuite: il laissoit tomber dans chaque creux deux ou trois grains de blé d’Espagne, et d’un coup de pied il les recouvroit de terre. L’exécution d’un sillon apprit à ces femmes la manière d’ensemencer les autres. Il augmenta leur nombre, et il atteste que ce travail n’est ni trop long, ni trop coûteux, à en considérer le résultat.
» Les pluies du printemps de 1758 furent malheureusement très-abondantes, et elles entraînèrent tant de sable dans les sillons, que toutes les fosses où étoient semés les grains de blé d’Espagne en furent comblées. N’en voyant sortir aucune pousse après un temps qui lui avoit déjà paru bien long, il eut la curiosité d’examiner le travail de ces grains dans une des fosses. Il écarta avec les doigts la terre et le sable qui les avoient comblées; il trouva que le blé avoit germé, que le développement de ses feuilles étoit déjà commencé ; mais qu’ayant été surprises au moment de la pousse, par l’abondance et la rapidité des eaux pluviales, ses feuilles avoient été couchées par le poids des sables roulés avec les eaux, sans avoir eu la force de se relever. Des femmes furent aussitôt mandées; l’auteur leur montra la manière dont il vouloit qu’elles s’y prissent pour dégager ces pousses naissantes dans chacune des fosses, et elles l’exécutèrent parfaitement.
Deux de ces fosses seulement furent laissées par ses ordres dans le même état où les sables entraînés par les pluies les avoient mises, ayant eu l’attention de vérifier auparavant que les feuilles du blé d’Espagne y étoient couchées, et d’une couleur jaune pâle, comme il l’avoit observé dans toutes les autres.
» Tous les grains de ces deux fosses périrent; il n’en parut pas une seule pousse.
» Les autres, au contraire, acquirent tant de vigueur dans l’espace de huit jours, que l’auteur commença dès-lors à faire abattre un peu de terre de la crête des sillons pour en chausser les jeunes cannes. A mesure qu’elles prirent de la consistance, il leur fit continuer la même opération, et à quatre différentes reprises, jusqu’à ce que la crête des sillons se trouvât presque entièrement renversée à leur pied. Ce semis devint admirable par la beauté des cannes, et par celle des épis. Il produisit tant en fourrage qu’en grain une récolte qui, au jugement des connoisseurs, égaloit celle des meilleures terres de la Chalosse. ( Pages 52, 53 et 54. )
» L’intention de l’auteur n’étoit pas de laisser reposer cette terre. Il s’abstint cependant de la faire labourer, et se borna à la faire herser, dans le même automne de 1758, deux jours avant de l’ensemencer en seigle. Toutes les cannes d’Inde furent soigneusement arrachées et couchées dans le même alignement où elles avoient pris naissance. L’auteur y fit répandre la même quantité de fumier qu’on étoit dans l’usage d’y employer ci-devant; on sema le seigle, et il fit former ensuite de grands sillons de 3o pouces, de manière que la cave des anciens sillons devint la base de la crête des nouveaux, et que les cannes se trouvèrent couvertes par les terres qui s’élevèrent des nouvelles caves.
» Cette portion de champ donna du seigle si beau en 1759, que la paille surpassoit de 4 à 5 pouces en hauteur celle de tous les seigles qui l’entouroient. (Page 54. )
» Cet exemple invita les voisins de l’auteur, et successivement tous les habitans de sa paroisse et de quelques autres paroisses des environs, à semer du blé d’Espagne en plein champ, et à donner plus de largeur aux sillons de leurs terres labourables. La culture du millet commença. à devenir plus rare, on y substitua celle du blé d’Inde; et on ne tarda pas à s’apercevoir qu’en produisant un grain plus précieux, cette dernière culture amaigrissoit aussi beaucoup moins les terres. ( Page 54. )
» L’introduction de cette nouvelle culture produisit encore un avantage bien consolant pour l’humanité. Elle fut l’époque d’une heureuse révolution dans le tempérament des laboureurs de cette partie des Landes. L’épilepsie étoit une des maladies les plus communes dans ce canton, où la caudelée, ou la cruchade, faite avec la farine de millet, étoit la principale nourriture des habitans. Depuis que la farine de blé d’Espagne a remplacé celle de millet, pour faire cette espèce de bouillie, le nombre des épileptiques a diminué sensiblement, au point même qu’ils y sont très-rares aujourd’hui. ( Ibid. )»
N. B. M. Parmentier, qui a cité de mémoire cette observation de M. Desbiey dit par erreur que l’usage du maïs avoit délivré les habitans de la Gascogne des apoplexies auxquelles ils étoient très-sujets auparavant. Desbiey n’a pas parlé d’apoplexies, mais d’épilepsie.
§. XVII.
Table des matières
Culture du blé d’Espagne dans l’Angoumois, décrite en 1779.
(Extrait de l’Essai d’une méthode générale propre à étendre les connoissances des voyageurs, ou Recueil d’observations relatives à l’histoire, à la répartition des impôts, etc.; par M. MUNIER, inspecteur des ponts et chaussées, et associé libre de la Société royale d’Agriculture de Limoges . Paris, 1779).
Culture du blé d’Espagne.
«On ne connoît en Angoumois le blé d’Inde, blé de Turquie ou maïs, que depuis le commencement du 17e. siècle; il y est seulement désigné sous le nom de blé d’Espagne. Ce grain est abondant et très-estimé. Sa quantité et sa valeur égalent à-peu-près celles de la bailliarge. Les uns labourent trois fois la terre avant de le semer, les autres deux fois seulement. Le blé d’Espagne veut être semé fort clair; il n’en faut qu’environ une mesure et un quart pour un journal de terrain; le semeur en laisse tomber les grains environ à la distance d’un pied les uns des autres dans la raie formée par le soc de la charrue, et le versoir les recouvre de terre. Le paysan a soin de faire un labour un peu plus profond que pour les autres grains; il sait que la tige de cette plante étant fort grosse veut être bien enracinée, et que la terre bien préparée ne donne pas autant de peine à remuer dans les différentes façons qu’on est obligé de lui donner. La première consiste à casser les mottes, et à préparer à-peu-près la surface du champ comme celle du jardin, avant que le grain ait commencé à germer. On a soin d’aplatir un peu les sillons et de les élargir, pour en diminuer la convexité. On donne une seconde façon au blé d’Espagne lorsqu’il a deux ou trois feuilles; elle consiste à labourer toute la terre avec une tranche, et à détruire les herbes qui végètent avec lui. S’il est trop épais, on arrache les tiges qui seroient trop serrées; on a soin de n’en laisser jamais deux l’une contre l’autre, et de les espacer toutes d’environ un pied et demi ou 2 pieds. Les cultivateurs les plus attentifs répètent encore ce labour pendant le cours du mois de juin; mais plusieurs le négligent. La troisième façon se donne en juillet, et autant qu’il est possible avant l’ouverture de la moisson. Elle consiste à ramasser la terre avec une tranche autour de la tige, pour y former de petites mottes qui servent à entretenir sa fraîcheur et à la soutenir contre les coups de vent. Si les pluies d’orages ou autres accidens viennent à coucher la plante, malgré les mottes destinées à la soutenir, on a grand soin de l’étayer de nouveau; elle ne pourroit parvenir à sa maturité sans cette précaution. Les gourmands ou rejetons qui sortent du pied doivent être arrachés soigneusement; ils ne manqueroient pas d’altérer le maître grain, au lieu qu’ils tournent à profit en les destinant au bétail que cette tendre nourriture rafraîchit avec succès pendant les chaleurs.
» Lorsque le blé d’Espagne a passé fleur, ce qui arrive dans le courant du mois d’août, on en supprime les têtes pour les faire manger aux bœufs. Cette suppression fait refluer les sucs nourriciers dans le grain qu’ils grossissent. Le nombre des épis que porte chaque tige est variable depuis zéro jusqu’à cinq. Les pieds qui n’en ont point, ce qui est rare lorsque la saison est favorable, s’appellent cannes on femelles; on les arrache en même temps que l’on étête les autres.
» Le blé d’Espagne est mûr dans le courant du mois d’octobre; on en coupe d’abord les épis et on revient ensuite couper les tiges, pour les serrer dans les granges où elles sèchent et servent pendant l’hiver à la nourriture des bœufs: mais ils ne peuvent manger que la feuille de la plante desséchée; les grosses tiges sont transportées ensuite dans les cours et dans les chemins, pour les faire pourir et en former des engrais.
» Lorsque le blé d’Espagne est cueilli, l’enveloppe du grain sert encore à la nourriture du bétail: les épis sont ensuite répandus dans un grenier bien aéré, de manière qu’ils ne soient entassés les uns sur les autres que le moins qu’il est possible, afin qu’ils puissent sécher. Il est convenable de les remuer à la pelle au moins deux fois chaque semaine, et de séparer ceux qui seroient altérés, ils ne sont propres alors que pour la volaille ou les cochons. Les soirées d’hiver sont employées à égrener le blé d’Espagne lorsqu’il est bien sec.
» Les épis dépouillés du grain qu’ils conte-noient sont bons à brûler. La récolte du blé d’Espagne se consomme entièrement dans la même année; on ne doit même convertir en farine, chaque semaine, que la quantité qui est nécessaire pour faire du pain; elle est si humide par sa nature, qu’elle peut se gâter en moins de huit jours. On la gardera néanmoins pendant six semaines ou deux mois, si on a l’attention de lui enlever cette humidité en passant le grain au four avant de le porter au moulin, et d’étendre la farine dans un lieu sec.
» Lorsque le blé d’Espagne est moulu, les paysans en séparent le son pour le donner à la volaille et aux cochons. Le plus grand et le meilleur usage que l’on fasse de la farine, en l’employant seule, est de la convertir en bouillie. Le paysan la mange seulement à l’eau et au sel; mais cette préparation rustique peut être bonne et convenir aux personnes délicates, si elle est faite avec du lait et du sucre. On fait rarement du pain avec la farine seule de blé d’Espagne, on la mêle ordinairement avec parties égales de froment et de bailliarge. C’est encore au maïs que l’on doit attribuer la qualité de la volaille, et sur-tout des dindes fines de l’Angoumois.
» Le paysan de cette province fait usage du blé d’Espagne aussitôt qu’il est cueilli, il hâte sa dessiccation en l’exposant au soleil; il n’est donc pas étonnant qu’il soit attaché à cette culture; les ressources variées qu’elle lui présente, la petite quantité de semence qu’elle exige et son grand produit, le séduisent davantage que tous les raisonnemens qu’il seroit possible de faire pour prouver qu’elle appauvrit les terres labourables, et que les façons qu’elle exige entraînent une perte de temps considérable qui pourroit être mieux employé.
» Les bordiers et les manœuvres, qui n’ont pas de propriétés, sollicitent la culture de ce blé au tiers ou à moitié, suivant la qualité du sol et l’usage établi dans chaque canton. Les propriétaires sont chargés de préparer la terre pour la rendre en état de recevoir le grain, ils en payent les impositions royales; le paysan sème et prend soin de la plante depuis ce moment jusqu’à ce qu’elle soit prête à être partagée.
» Les façons du blé d’Espagne sont souvent retardées ou accélérées selon les chaleurs et les sécheresses qui ne permettent pas de travailler à la terre. Leur dépense est encore relative à la ténacité et à la qualité du sol; il y a des terres qui produisent, sur-tout dans les années pluvieuses, quantité d’herbes qui obligent à multiplier les labours. On sème le blé d’Espagne de préférence dans celles qui sont fortes, ou ordinairement remplies de mauvaises plantes. Les différentes façons que cette culture exige fournissent l’occasion de les détruire; elle nettoie donc beaucoup les terres, et les dispose à un bon guéret pour l’année suivante. Il suffit même de les labourer une fois avant de les ensemencer en froment, il y réussit très-bien, sur-tout lorsqu’on a soin de fortifier sa végétation par le rapport de quelques engrais.
» On sème ordinairement les petits blés d’Espagne avant la fin de juin dans les terres où l’on a déjà fait une récolte ou d’orge de premier, ou d’autres grains qui mûrissent à bonne heure. Leur trop grande épaisseur, la courte durée de leur végétation et les chaleurs sont cause qu’ils ne produisent que très-peu d’épis; mais aussi le but qu’on se propose n’étant pas de recueillir du grain, le paysan est satisfait lorsqu’ils sont assez longs et assez épais pour fournir une nourriture abondante au bétail. Le décimateur n’y prend rien, parce qu’il a déjà perçu la dîme du même terrain; il ne la percevroit même pas dans la supposition où il n’y auroit pas eu d’autres grains; l’usage étant que tout ce qui est destiné et coupé pour la nourriture du bétail ne doit point la dîme. Si cependant le colon y recueilloit une certaine quantité d’épis, le décimateur seroit peut-être autorisé à y percevoir ses droits.
» On ne connoît en Angoumois que trois espèces de blé d’Espagne, savoir; le jaune, le blanc et le rouge: plusieurs personnes pensent que leur différence est seulement l’ouvrage de quelques métamorphoses occasionnées par les variations de qualités dans les terres; d’autres prétendent décider que ces grains diffèrent autant entre eux que les espèces d’orge ou de froment dont j’ai parlé. Le blé d’Espagne est le plus universellement répandu dans la province: il occupe presque seul le canton de Chabanois; le blanc s’est emparé des bords de la Lizonne, rivière qui sépare l’Angoumois du Périgord; il est encore le plus multiplié dans les environs de Barbezieux: on les retrouve tous les deux dans le centre de la province; souvent ils sont mêlés dans la même pièce de terre et dans le même épi. Le rouge est plus rare, tous les cultivateurs lui font la guerre et l’arrachent soigneusement; il fait un pain si noir et si mauvais, qu’on ne l’emploie pas à cet usage; on le réserve alors pour la volaille et les cochons. On pourroit encore le destiner aux apothicaires; on prétend qu’il peut être employé avec succès pour guérir la dyssenterie. Cette espèce se trouve plus ordinairement avec le jaune; on voit très-rarement des grains de blé d’Espagne rouge mêlés dans les épis blancs: il semble au contraire que le blanc et le jaune aiment à se rapprocher; leur mélange, sur-tout dans le même épi, donne à croire à plusieurs cultivateurs que ces espèces dégénèrent; ils prétendent n’avoir semé très-souvent que du blé d’Espagne blanc, et que, malgré cette attention, il s’en est trouvé une grande quantité de jaune lors de la récolte. Celui qui veut joindre la qualité de physicien à celle de cultivateur, attribue cette métamorphose à la communication des étamines des différentes espèces qui se trouvent dans le voisinage pendant le temps de la fleur; mais l’origine de ces variations est encore incertaine, et il faudra des observations bien suivies pour en constater la cause. En attendant ce travail, je conjecturerai avec le. paysan cultivateur que toutes ces variations ne sont que des jeux de la nature, occasionés par la différence de qualité des terres. Je n’ai pas encore fait assez d’expériences pour interpréter sa façon de penser d’une manière décisive et satisfaisante dans tous les cas; mais j’ai déjà rassemblé une assez grande quantité de faits pour asseoir au moins de fortes présomptions sur ce sujet.
» Le blé d’Espagne blanc de Barbezieux, semé dans un jardin d’Angoulême, a produit seulement quelques grains jaunes dans un petit nombre d’épis, tout le surplus étoit très-blanc. Le même grain, semé dans un jardin hors de la ville, de moindre qualité que le premier, a donné une quantité beaucoup plus grande de grains jaunes entremêlés parmi les blancs, qui dominoient néanmoins dans cette production.
» Le blé d’Espagne jaune des environs de Chabannois, transporté dans le jardin dont je viens de parler, a produit des épis dans lesquels il y avoit quelques grains blancs. Ces observations, combinées avec quelques réflexions sur la nature du sol dans les cantons où ces différentes espèces dominent, me déterminent à conclure que le blé d’Espagne vient naturellement blanc dans les terres fortes de la meilleure dualité ; voilà pourquoi il y en a tant à Barbezieux. Il devient jaune et blanc dans les terres de moyenne qualité, jaune seulement dans celles de la troisième qualité, et il est mêlé de tiges qui portent des épis entièrement rouges dans les terres de la dernière qualité ; voilà pourquoi l’on ne voit que du blé d’Espagne jaune sur les limites de l’Angoumois et du Limousin; c’est par cette même raison que le cultivateur y trouve, malgré lui, plus de grains ou un plus grand nombre d’épis entièrement rouges qu’ailleurs. Je ne suis plus étonné à présent qu’il y en ait dans les terres sablonneuses des environs d’Angoulême. Je conçois pourquoi les grains de blé d’Espagne blanc sont plus grands et mieux nourris que ceux des autres espèces: il est meilleur que le jaune, et celui-ci l’est plus que le rouge: ces qualités sont proportionnelles à celles de la terre-matrice dans laquelle ils végètent avec plus ou moins d’activité. Cette dégénération est graduée et successive. Il n’est pas ordinaire que le blé d’Espagne blanc se trouve mêlé avec le rouge; il y a un pas intermédiaire à franchir: le jaune est plus rapproché de sa constitution. D’où il résulte que je suis porté à croire que l’on pourroit faire devenir successivement le même blé d’Espagne, blanc, jaune et rouge; et ensuite rouge, jaune et blanc, en le faisant passer annuellement dans des terres convenables à ces différens états. Il me paroît même intéressant d’engager mon lecteur à observer soigneusement ce travail de la nature; il pourroit conduire à une découverte importante, qui consisteroit à classer et déterminer d’une manière précise les différentes qualités de terres végétales, et à reconnoître le blé d’Espagne comme le thermomètre de leurs variations. J’observerai, en passant, qu’on doit au moins conclure des observations ci-dessus, que les auteurs qui admettent le blé d’Espagne à grains jaunes pour le plus estimé, se trompent, c’est le blanc. On le recherche de préférence pour semer; il fait une pâte plus longue et plus liée, les boulangers le payent ordinairement 10 sous par boisseau plus que le jaune; ils en mêlent la farine avec celle du froment: ce mélange couvre d’autant mieux leur fraude, qu’il produit un pain qui séduit par sa blancheur, mais il lui donne en même temps plus de pesanteur; et c’est là en quoi consiste principalement le bénéfice du boulanger trop industrieux.»
§. XVIII.
Table des matières
Description du blé de Turquie, ses différentes espèces, ses propriétés sa culture, etc.
( Extrait de l’Ecole du Jardin potager, par M. de Combles. Paris, 1780, troisième édition.)
«Cette plante appartient plus à la pleine campagne qu’aux jardins; cependant, comme on l’apprête depuis peu, et qu’on la présente sur des tables, je lui donne rang parmi les plantes potagères.
» On l’appelle plus communément maïs dans les pays où il s’en fait de grandes plantations; d’autres le nomment blé d’Inde, parce qu’il tire son origine des Indes, d’où il fut apporté en Turquie, et de là, par succession, dans toutes les autres parties de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe: mais nous le connoissons mieux ici sous le nom que je lui donne.
» Cette plante pousse une grosse tige pleine d’une moelle blanche, qui a le goût sucré, et d’où on tire un miel par expression, quand elle est verte. Elle s’élève à 6 ou 7 pieds, et porte à son sommet des panicules longues de 8 à 9 pouces, grêles, éparses et partagées en un grand nombre d’épis penchés, chargés de fleurs stériles et séparées de la graine qui est le même fruit. Les fleurs sont semblables à celles du seigle, sans pétales, composées de quelques étamines, et renfermées dans un calice; tantôt elles sont blanches, tantôt jaunes, quelquefois de couleur pourpre, suivant que les épis qui portent les graines sont colorés; mais elles ne laissent point de fruits après elles.
» Les fruits sont séparés des fleurs, et naissent en forme d’épis des noeuds de la tige. Ces épis sont longs et gros, cylindriques, enveloppés étroitement de plusieurs feuilles ou tuniques membraneuses, qui servent comme de gaîne, du sommet desquels il sort de longs filets qui sont attachés chacun à un embryon de graine.
» Les feuilles sont semblables à celles du roseau, longues d’un pied jusqu’à 2, larges de 3 ou 4 pouces, veinées et rudes, coupantes sur les bords.
» L’épi, qui croît par degrés jusqu’à la grosseur du poignet et à la longueur d’un pied, écarte les tuniques qui l’enveloppent à mesure qu’il grossit, et montre son grain à découvert, ou du moins en plus grande partie, quand il est en maturité.
» Ce grain est de la grosseur d’un gros pois, un peu aplati, et de couleur jaune, rouge, violette, bleue, blanche ou marbrée, suivant l’espèce. La plus généralement cultivée, et celle qu’on a reconnue la meilleure, tant en France qu’en Italie et au Levant, c’est la jaune, dont la farine ne diffère pas pour cela des autres qui la rendent également blanche.
» Pour l’ordinaire, chaque tige ne produit qu’une grappe, quand cette plante est semée en plein champ; mais, quand elle est au large, elle en rapporte deux ou trois.
» Les avantages que l’humanité relire de ce grain sont infinis; l’on pourroit avancer que la moitié des hommes et des animaux privés, répandus sur la terre, en forme sa nourriture. Il est cultivé dans les quatre parties du Monde, et ce qui est surprenant, c’est qu’il le soit en si peu d’endroits en France; sur quoi, je ne puis m’empêcher de déplorer notre négligence. On auroit tort de penser que nos terres et notre climat ne lui soient pas propres; j’en sème tous les ans, et il vient aussi beau et aussi bon qu’en Italie: la Bourgogne, la Franche-Comté, la Bresse, en font de belles et fructueuses plantations. Si les gens de la campagne manquent de courage ou de moyens pour en commencer la culture, les seigneurs des paroisses ou autres personnes aisées ne pourroient-ils pas les animer et les faciliter par quelques avances, qui, en faisant le bien de leurs vassaux ou fermiers, ne manqueroient pas de procurer le leur, en ce que, par la suite, le produit de leurs terres augmenteroit infailliblement? Et si l’exemple de presque toutes les nations ne suffit pas pour lever les doutes que l’ignorance ou le préjugé nous auroit fait concevoir de l’utilité de ce grain, qu’on fasse attention à ses propriétés, que je détaillerai pour convaincre que l’on retireroit un grand avantage à en étendre la culture et à la rendre florissante.
» Les Indiens et autres peuples éloignés mangent le blé de Turquie en vert, comme en Italie on mange les petits pois, ou en sec grillé à la poêle, ou bouilli dans l’eau: d’autres nations s’en font une boisson, qu’elles convertissent aussi en vinaigre, en la gardant un certain temps. En beaucoup de pays, on en fait du pain; ailleurs, de la bouillie: mais je laisserai moins lieu à soupçonner mes détails, en m’abstenant de rapporter les usages infinis qu’en font les peuples éloignés, en parlant seulement des différentes manières dont nos voisins jouissent de ce riche présent de la terre.
» On s’en sert dans des provinces de France pour engraisser la volaille: elle profite à vue d’oeil avec cette seule nourriture; les chapons de Bresse, si fort en réputation, et qui pèsent jusqu’à 10 et 12 livres, en font preuve. On en nourrit les pigeons de volière; ce grain leur rend la chair blanche et tendre, et leur donne une graisse ferme et savoureuse. Rien n’est meilleur pour engraisser les cochons; ils en prennent un lard ferme et deux fois plus épais qu’avec tout autre engrais. Ces fameux cochons de Naples ne sont pas engraissés autrement; ils pèsent jusqu’à 500 livres. Ce poids paroîtra sans doute étonnant, et peut-être fabuleux, à ceux qui n’ont pas voyagé, ou qui n’en ont jamais ouï parler; mais je peux attester l’avoir vu de mes propres yeux. Pour les rendre tels, on les enferme simplement pendant deux mois dans une loge, où est une auge toujours pleine de ce grain, dont ils se rassasient en liberté. Les chevaux, lorsqu’ils y sont accoutumés, s’en trouvent également bien; il faut d’abord le mêler avec leur avoine pour leur en faire prendre le goût. Étant moulu, on en fait des gâteaux et des galettes dont le peuple se nourrit en beaucoup d’endroits. On en mêle aussi avec la farine de froment pour faire le pain, qui s’en accommode de même; cependant je dirai à cet égard, que ce pain n’est pas convenable aux estomacs foibles, s’ils n’y ont été accoutumés de jeunesse. Ce grain, qu’on ne sème qu’après l’hiver, réussit toujours, et fournit au défaut des autres: un peu de fadeur au goût seroit peut-être le seul défaut qu’on pourroit lui trouver; mais il est aussi nourrissant et aussi bienfaisant qu’aucun autre: je dirai plus, on a trouvé le moyen d’en faire un manger délicat. On prend les grappes, lorsqu’elles ne font que naître et qu’elles n’excèdent pas la grosseur du petit doigt; on les dépouille de leur bourre, on les fend en deux, et on les fait frire avec une pâte, comme les artichauts; on les confit aussi avec du vinaigre blanc, comme les cornichons, et alors ils sont même meilleurs et plus tendres. La plante, à mesure qu’on la dépouille de son fruit naissant, pour le manger ainsi en friture, ou pour le confire, en produit d’autres de nœud en nœud, qu’on a toujours soin de cueillir dès qu’ils sont formés, et elle en fournit pendant deux mois et plus.
» Pour les confire, on fait fondre une livre de sel dans une pinte d’eau chaude; on tire l’infusion au clair, on y joint une pinte de vinaigre, et on remplit le vaisseau de ces jeunes fruits, qui se trouvent confits et bons à manger un mois après: pour leur conserver la blancheur, on met par-dessus un lit d’estragon ou de perce-pierre, qui leur donne en même temps un goût plus agréable.
» La culture de cette plante n’est pas la même dans tous les pays: en Italie et en Espagne, on sème le grain à la charrue, comme le blé ordinaire; en d’autres lieux, à mesure qu’un sillon est fait, on l’y répand fort clair, et on recouvre en recommençant un autre sillon; ailleurs, on le sème au plantoir; mais la façon qui me paroît la meilleure, c’est de le semer par touffes, de la même manière qu’on sème les haricots: on en met quatre ou cinq dans chaque place, et, quand ils sont bien levés, on n’en laisse qu’un ou deux; on les chausse ensuite quand ils sont assez forts, et on les serfouit en même temps. Un mois environ après, lorsqu’ils sont élevés à 2 ou 3 pieds, on leur fait une butte tout autour du pied, de 12 à 15 pouces de hauteur, pour les soutenir contre les vents qui les renverseroient sans cette précaution: on doit disposer les rangs de manière que chaque touffe soit à 18 pouces de distance, en tous sens, l’un de l’autre. Quand il est arrivé à-peu-près à sa hauteur de 6 pieds environ, on lui coupe l’extrémité de sa tige et une partie de ses feuilles; le grain en profite mieux, et mûrit plus tôt; il n’y a pas d’autre façon à lui faire. Lorsqu’enfin il se trouve mûr, vers la fin de septembre, ce qui se connoît à son enveloppe qui sèche, on arrache toutes ses grappes, on les démaillotte; et, pour mettre le grain à l’air, on rebrousse toutes les feuilles qui servent à les lier par paquets, et à les attacher, soit à des planches, soit contre des murs, dans quelque endroit sec et aéré, où le grain achève d’acquérir sa perfection.
» C’est à la mi-avril qu’on doit le semer dans notre climat; chacun se réglera suivant le sien. Ce grain demande une terre grasse et bien fumée; cependant, avec l’aide du fumier, on le fait venir fort bien dans des terres médiocres, en observant de ne pas en semer deux fois de suite dans la même terre; il est à propos au contraire qu’elle soit occupée en autres grains pendant trois ans, avant d’en remettre de celui-ci. Il est bon à semer pendant deux ans; mais il lève encore plus sûrement la première année.
» On a une machine pour l’égrener, dans les pays où il s’en cultive beaucoup; mais, à défaut de cette machine, on le déchâsse avec les mains, quand il est bien sec; et ce doit être l’occupation des femmes et des enfans pendant l’hiver.
Pulsuz fraqment bitdi.