Kitabı oxu: «Notice historique et bibliographique sur la bibliothèque de Draguignan, par Octave Teissier»

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Octave Teissier

Notice historique et bibliographique sur la bibliothèque de Draguignan, par Octave Teissier


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306458

Table des matières

NOTICE HISTORIQUE.

Les Bibliothécaires.

BIBLIOTHÉCAIRES.

MANUSCRITS & LIVRES RARES.

Manuscrits.

IMPRIMÉS.

Théologie.

Jurisprudence.

Sciences et Arts.

Belles Lettres.

Histoire.


NOTICE HISTORIQUE.

Table des matières

Il n’existait, en France, avant la Révolution, qu’un très petit nombre de bibliothèques publiques; mais chaque famille un peu aisée possédait une «librairie» plus ou moins importante. Lorsque cette ressource manquait, on avait recours aux bibliothèques des monastères, toujours ouvertes aux jeunes gens studieux. Les bibliophiles eux mêmes prétaient leurs livres. C’est ainsi que Grolier fut amené à adopter cette devise obligeante (ex-libris) GROLERII et AMICORUM.

Les plus belles bibliothèques, depuis celle de Grolier jusqu’aux riches collections du duc de La Vallière, ont été successivement dispersées; seules, les bibliothèques des maisons religieuses ont subsisté jusqu’à la Révolution. Mais au moment de la suppression des ordres religieux , ces dépôts précieux furent menacés d’une complète destruction. Il se trouva, heureusement, dans le comité de l’Assemblée Nationale chargé de faire procéder à la vente des biens ecclésiastiques, des hommes intelligents, qui prescrivirent les mesures nécessaires pour assurer la conservation des manuscrits, des livres et des objets d’art provenant des congrégations supprimées .

Des lettres patentes du 26 mars 1790, publiées en exécution de deux décrets de l’Assemblée Nationale , ordonnèrent aux officiers municipaux de se transporter dans toutes les maisons des religieux de leur territoire, et de dresser «un état ou description sommaire de l’argenterie, argent monnayé, effets de la sacristie, bibliothèque, livres, manuscrits, médailles, et du mobilier le plus précieux de la maison, en présence de tous les religieux ».

Tous ces objets furent mis sous les scellés. L’assemblée fit adresser aux autorités locales, des instructions détaillées pour la confection des inventaires ou catalogues; instructions qui avaient été rédigées, le 15 mai 1791, par Massieu, président du comité ecclésiastique; Despatis de Courteilles, secrétaire; De Larochefoucauld, président du comité d’aliénation, et Pougeard du Limbert, secrétaire.

L’année suivante, ces instructions, déjà exécutées en partie , furent renouvelées en ces termes par l’Assemblée Législative:

«L’Assemblée Nationale, considérant qu’il est utile à la propagation de la science de connaître exactement les richesses littéraires du royaume, pour pouvoir y faire participer, autant qu’il sera possible, tous les départements de l’empire, par une juste distribution; considérant qu’il importe de recueillir ce qui reste à recevoir de renseignements à cet égard, pour ne point laisser incomplet et inutile le travail commencé par l’Assemblée Constituante, décrète qu’il y a urgence. Les administrateurs de district feront continuer, sans interruption, les travaux ordonnés pour la confection des catalogues de livres provenant des maisons religieuses et autres établissements supprimés» (loi du 4 janvier 1792).

En invitant les directoires à se conformer exactement aux prescriptions de cette loi, le ministre de l’intérieur, B. C. Cahier, leur rappelle, le 14 janvier de la même année, les diverses dispositions législatives déjà notifiées et faisant connaître la manière d’effectuer ce travail .

Partout, dans le département du Var, on rédigea les catalogues demandés par le ministre; mais, ce travail une fois terminé, on ne s’occupa plus des ouvrages, imprimés ou manuscrits, qui furent entreposés dans divers locaux désignés, à cet effet, par les autorités du district.

L’organisation des bibliothèques publiques paraissait complètement délaissée, lorsqu’un député (Couppé de l’Oise), chargé d’examiner une proposition soumise à la Convention Nationale par des sociétés populaires, reprit la question et lut, dans la séance du 21 juin 1794, un rapport très remarquable, concluant à la création d’une bibliothèque dans chaque district.

«Votre comité, dit-il, m’a chargé de venir appeler votre attention sur les bibliothèques nationales. Des sociétés populaires expriment un vœu, qui devient général, d’établir, dans chaque district, une bibliothèque publique. Les fonds en sont amassés depuis des siècles et ils sont dignes de l’envie de toute l’Europe. Les cloîtres ont sauvé de la destruction de l’Empire romain et de la barbarie ce qu’il a été possible, des productions savantes de l’antiquité ; ils y ont ajouté celles des siècles suivants, et les temps d’ignorance et d’erreur n’ont pas été les moins féconds.—Ces antiques dépôts se grossissent encore de bibliothèques particulières délaissées par les émigrés.

«Ces trésors littéraires, ainsi amassés et répandus dans chaque département, restent encore la plupart entassées sans ordre, comme des matériaux bruts; ils dépérissent ou sont exposés aux dilapidations. Il est temps de les disposer pour une grande destination et d’en faire jouir tous les citoyens.

«La loi sur la vente du mobilier des émigrés ordonne que leurs bibliothèques seront transportées au chef-lieu du département; une autre lui ordonne aussi d’y transporter les bibliothèques des maisons religieuses, pour y former une bibliothèque départementale: ce n’est pas assez.

«Dans la même ville il existe souvent plusieurs bibliothèques. Il n’est pas de district qui n’en compte plusieurs, soit dans les ci-devant maisons religieuses, soit dans celles des émigrés.

«Ce sont ces différentes collections littéraires que votre comité d’instruction publique vous propose de rapprocher, et d’en composer une bibliothèque dans chaque district, afin de mettre, autant que possible, tous les citoyens à portée de s’instruire.»

C’est à la suite de ce rapport, et en exécution des mesures ordonnées par la Convention Nationale, que furent instituées les premières bibliothèques ouvertes au public dans les départements.

Le 17 germinal an II (6 avril 1794), le Directoire du district de Draguignan prit l’arrêté suivant, pour proposer au département d’installer la bibliothèque de ce district dans l’ancien couvent des Doctrinaires:

«Considérant que l’article 2 du décret du 8 pluviôse an II, porte que, dans l’arrondissement de chaque district, il sera établi une bibliothèque publique dans laquelle on déposera tous les livres, les objets d’histoire naturelle, les instruments de physique, de mécanique, les antiques, les médailles, pierres gravées, tableaux, etc., etc.;

«Considérant que l’administration doit proposer un emplacement parmi les édifices nationaux, pour y établir la bibliothèque publique;

«Arrête: la maison des ci-devant Doctrinaires sera proposée au département, pour le local qui recevra les livres et tous les objets désignés dans l’article ci-dessus».

Le 8 vendémiaire an III (29 septembre 1794), la bibliothèque publique n’était pas encore installée, parce que le local que le district avait proposé venait d’être affecté à un hospice. Les administrateurs du district en choisirent un autre: «Considérant que la maison des Doctrinaires, disaient-ils, a été convertie en hospice militaire; considérant qu’il est urgent de rassembler incessamment tous les livres, instruments et tableaux qui peuvent servir aux arts et à l’instruction publique: arrêtent, oui l’agent national, que la maison de Villeneuve sera le local où sera établi la bibliothèque publique, conformément à la loi du 8 pluviôse dernier. — Signé : Pierre Poulle, François Hermelin et Joseph Barbaroux ».

Hélas! ce deuxième local n’était pas plus disponible que le premier. Il fut reconnu que la maison Villeneuve n’appartenait pas à l’émigré de ce nom, mais à sa mère qui l’avait réclamée. Il fallut chercher un autre immeuble; on le trouva et, par un arrêté en date du 4 nivôse an III (24 décembre 1794), on affecta définitivement à la bibliothèque publique la maison Jouffrey: «Considérant que la maison Jouffrey, occupée par les détenus, présente toutes les commodités propres à cet usage; arrête que ladite maison sera le local où sera établi la bibliothèque publique, que tous les livres, tableaux et instruments qui peuvent servir aux arts et à l’instruction publique provenant des maisons ci-devant religieuses et des émigrés, y seront rassemblés dans le plus bref délai; charge Audibert et François-Dominique Muraire du récolement».

Deux ans après, nouveau transfert; les ouvrages déposés dans la maison Jouffrey, sont transportés définitivement dans l’ancien couvent des Doctrinaires, devenu libre sans doute, par suite de l’installation de l’hôpital militaire dans un autre local (arrêté du 8 brumaire an V.— 29 octobre 1796).

Pendant ces déplacements successifs, les ouvrages, renfermés dans des caisses, ne furent l’objet d’aucun classement, et lorsque M. Fauchet, nommé préfet du Var, voulut organiser une bibliothèque publique dans le chef-lieu de son département, il réunit à ces collections non classées tous les livres qui se trouvaient encore dispersés dans des maisons particulières. Rendant compte de cette situation, le préfet écrivait au Ministre de l’intérieur, le 11 septembre 1801:

«C’est avec infiniment de peine et beaucoup de dépenses que je parviens à tirer de la poussière des greniers des ouvrages que, dans les temps malheureux de la Révolution, on a pillés, dépareillés et laissés ronger par les vers. — Je pourrai rendre bientôt publiques trois bibliothèques dans ce département, une à Toulon, une autre à Grasse et une troisième à Draguignan.

«Dans une de mes tournées, dernièrement, j’ai trouvé un magnifique manuscrit du Roman de la Rose. Il est déposé à la bibliothèque de Draguignan, que j’ai formée des débrits épars dans un grand nombre de communes ».

Cette dernière bibliothèque avait été mise, depuis le 30 mars, à la disposition de la Société d’émulation, fondée par M. Fauchet ; elle ne fut ouverte au public qu’en 1802 .

Les plus belles collections qui avaient concouru à former la bibliothèque de Draguignan, étaient celles des Prêcheurs et des Capucins de Saint-Maximin: les premiers possédaient 5,953 volumes imprimés et 11 manuscrits; et la seconde 2,458 volumes; venaient ensuite les Minimes de Toulon: 2,600 volumes; les Capucins de Brignoles: 1,346; ceux de la Seyne, 1051; les Chartreux de Laverne 903 volumes. Les chateaux des Valbelle et des Vintimille du Luc avaient fourni les ouvrages de luxe; ceux du château de Tourves, réunis par le comte Alphonse de Valbelle, sont reconnaissables par la richesse des reliures et souvent par les armes de cette famille gravées sur les plats.

Les Bibliothécaires.

Table des matières

Le premier titulaire, chargé d’organiser la bibliothèque publique de Draguignan, fut M. Turrel, membre de la Société d’émulation. Il était délégué, le 11 janvier 1803, par le conseil municipal de cette ville, pour aller à Toulon, recevoir des ouvrages provenant de la bibliothèque de l’école centrale .

L’année suivante, la direction de la bibliothèque était confiée à M. de Jouffrey. Cela résulte d’une délibération du conseil municipal, du 15 février 1804, par laquelle: «le conseil confirme le citoyen François-Auguste-Pierre-Antoine-Balthazard-Gaspard-Melchior Jouffrey, pour bibliothécaire et lui alloue une somme de 1000 francs, à la charge par lui de payer le garçon de peine qu’il emploie ».

Deux ans après, M. de Jouffrey était appelé à d’autres fonctions et remplacé, le 17 janvier 1806, par M. Pierrugues, aîné, (Emmanuel-Pierre), avocat, ingénieur des ponts et chaussées, membre de la Société d’émulation du Var . L’arrêté qui le nommait lui imposait l’obligation «de faire dresser un inventaire de tous les ouvrages réunis dans ce dépôt public».

A peine installé dans ses fonctions, M. Pierrugues demanda au préfet le concours de M. Doublier qui déjà avait été attaché à la bibliothèque: «En prenant le soin de la bibliothèque de la ville, lui écrivait-il, le 12 février 1806, j’ai vivement senti le besoin qu’a cet établissement de posséder M. Doublier, que mes prédécesseurs avaient adjoint à leurs travaux. La Société d’émulation a reconnu elle-même combien il est important de le conserver, et lui a donné récemment des témoignages de son estime et de son affection. Je vous prie de permettre qu’il rejoigne son poste à la bibliothèque, et, comme vous avez eu la bonté de l’employer dans vos bureaux en qualité d’archiviste, de nous le céder pour remplir des fonctions dont il est très capable».

M. Pierrugues ne fit pas un service régulier; il était titulaire, mais M. Doublier qui avait été appelé, dès la formation de la bibliothèque, à s’occuper de la rédaction du catalogue, donnait tout son temps à ce travail préparatoire, indispensable pour pouvoir livrer au public les nombreuses collections d’ouvrages que le préfet Fauchet avait réunis depuis longtemps et qui n’avaient jamais été classés.

Le vrai organisateur de la bibliothèque de Draguignan est donc M. Doublier, qui l’installa et en opéra le classement méthodique, sous la direction de divers titulaires remplis de bonne volonté, mais peu aptes à établir un catalogue bibliographique. Dès 1807, M. Doublier remplissait, par interim, les fonctions de bibliothécaire pendant l’absence de M. Pierrugues , qui cherchait une situation plus en rapport avec son activité.

En 1808, M. Doublier était désigné, dans une délibération du conseil municipal comme titulaire de l’emploi de conservateur de la bibliothèque .

Titulaire ou adjoint, M. Esprit-Félix Doublier se consacrait entièrement à la mission qui lui avait été confiée dès l’ouverture de cet établissement. Nous lisons dans un rapport adressé au préfet du Var, par M. Roque, faisant fonction de maire, le 20 janvier 1813, quelques détails intéressants sur ses travaux: «Le bibliothécaire, écrivait M. Roque, s’est constamment occupé, depuis 1801 jusqu’en 1811, de la confection du catalogue; il a adopté le systême bibliographique de Debure».

Ce catalogue, transcrit avec soin dans un registre grand in-folio de 750 pages, comprend 7,432 volumes imprimés, et 5 manuscrits. Si les successeurs de M. Doublier avaient tenu son travail au courant, nous posséderions aujourd’hui un inventaire complet des acquisitions faites depuis cette époque, et la bibliothèque n’aurait pas été privée de catalogue, comme elle l’a été pendant plus de cinquante ans; mais, après le départ de M. Doublier on fit de vains efforts pour rediger un nouveau catalogue, qui est encore à établir.

La révolution de 1830 devait priver la bibliothèque de Draguignan des services si distingués de M. Doublier, qui fut destitué par un arrêté du 13 décembre de cette année. Le Ministre de l’Intérieur n’approuva cette décision que le 9 mai suivant. Les mêmes décisious appelèrent M. Jacques Espitalier aux fonctions de bibliothécaire et M. Noël Pascalis à celles d’adjoint.

M. Espitalier, nommé juge de paix du canton de Draguignan, donna sa démission le 23 févrir 1833 et fut remplacé par M. Noël Pascalis, qui eut pour adjoint M. Edouard-Vincent Nouvel.

M. Pascalis étant mort l’année suivante, fut remplacé, le 29 avril 1834, par M. Joseph Guérin, ancien principal du collège de Draguignan; M. Nouvel conserva l’emploi d’adjoint qu’il avait déjà rempli avec M. Espitalier.

Le 22 octobre 1839 , M. Guérin se rendit à Paris, en vertu d’un congé. Il demanda, le 8 mars 1840, une prolongation de ce congé, espérant rentrer à son poste dans un délai de quelques mois; mais il mourut à Paris le 16 mars 1841.

Par une délibération du 14 mai 1841, le conseil municipal décida que M. Guérin serait remplacé par M. Nouvel, adjoint, et ce dernier proposa pour lui être attaché en qualité de suppléant, M. Clément (Pierre), fils de François.

M. Nouvel conserva la direction du service pendant 10 ans. Il était seul, et ne pouvait pas s’absenter sans être obligé de fermer la bibliothèque. L’administration municipale voulant assurer l’ouverture de cet etablissement d’une manière régulière, crut devoir associer au conservateur M. Bompard, par un arrêté en date du 27 février 1851 .

M. Nouvel donna sa démission le 20 février 1852; il fut remplacé, le même jour, par M. Gros (Athanase), homme de lettres résidant à Paris (.

Très instruit et rempli de dévouement, M. Gros consacra, pendant plus de 17, ans toutes ses journées, toutes ses veilles, à la bonne administration et à l’accroissement de la bibliothèque qui lui était confiée. Bibliophile érudit, il annota tous les ouvrages qui passèrent sous ses yeux, en ayant soin de consigner ses observations sur des feuilles volantes ou sur les gardes des volumes, de manière à ne pas toucher au texte. Il abusa un peu, il faut bien le reconnaître, de cet esprit critique, et, projetant toujours de rédiger un catalogue modèle, il ne parvint jamais à mener à bonne fin un travail quelconque. Il a laissé des notes, des dissertations sur toutes les questions de bibliographie; il a prouvé ainsi qu’il était capable de bien faire; mais, nous l’avons dit, il n’a jamais rien terminé.

A côté de cette hésitation, de ces nombreux essais non suivis d’exécution, il avait une qualité maîtresse, c’était l’amour de ses fonctions. Il fut un conservateur modéle, veillant au bon entretien de la bibliothèque et ne négligeant rien pour en augmenter l’importance. Ses démarches constantes ont contribué puissamment aux dons réitérés de l’Etat, qui sont venus enrichir nos collections. Quelques acquisitions heureuses, faites avec économie, ont aussi favorisé ce développement, mais dans une mesure des plus modestes, les crédits affectés à cet objet étant presque toujours absorbés par les abonnements aux Revues et par les frais de reliure.

M. Gros avait sous sa surveillance les objets d’art qui constituent le Musée de notre ville, objets peu nombreux, mais dont quelques-uns ont une valeur exceptionnelle. On a souvent rappelé, pour les blâmer, certains projets de vente de l’armure historique et des quatre vases, en porcelaine de Chine, qui étaient convoités par les marchands d’antiquités. Bien avant l’époque oû une proposition ferme fut soumise aux délibérations du conseil municipal, un courtier avait cru devoir s’adresser à M. Gros, pour obtenir, par son intermédiaire, la cession de ces objets précieux. L’échange de lettres qui eut lieu, à cette occasion, entre M. Gros et le courtier «d’un richissime amateur» est assez curieuse et mérite d’être conservée. — Nous la transcrivons ci-après:

«Marseille, jeudi, 13 décembre 1866.

«Je suis chargé auprès de vous, Monsieur, d’une mission difficile et délicate. Permettez-moi d’aborder la question sans périphrases. Un richissime personnage désire quelques objets de votre Musée: la belle armure et les quatre vases de Chine. Il a dû déjà vous être fait des offres plus ou moins belles. Mais, sans les connaître, je suis certain de les dépasser grandement.

«J’aurai l’honneur d’aller vous voir la semaine prochaine. Si pourtant vous pensez qu’aucun prix ne puisse tenter votre conseil municipal, en un mot, que la ville ne veuille absolument pas se dessaisir de ces objets, je vous serais mille fois obligé de vouloir bien me l’écrire, pour m’éviter un voyage inutile.

«En attendant, veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération.

«Henry SÉNÉGON.»

M. Gros, blessé des mots: difficile et délicate, employés pour lui proposer une affaire qui ne demandait aucun mystère, répondit aussitôt par un refus formel de s’en occuper:

Draguignan, le 14 décembre 1866.

«Monsieur, c’est avec raison que vous qualifiez de difficile et délicate la mission dont vous vous êtes chargé, au sujet de quelques objets précieux de notre Musée. Il ne s’agit de rien moins, en effet, que de proposer à notre conseil municipal de vendre, avec eux, son honneur et celui de la ville, argent comptant.

«Vous pouvez donc, Monsieur, considérer d’avance votre voyage à Draguignan comme fait en pure perte, s’il n’a pas d’autre but.

«Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération.

«Signé : Gros.»

M. Sénégon, qui était, croyons nous, le courtier le plus souvent employé par le duc d’Aumale , trouva la lettre de M. Gros un peu vive, et crut devoir y répondre en ces termes: «Permettez moi de ne pas partager votre opinion, qui met l’honneur d’une ville dans des vases de Chine. Bien des villes, Lyon entre autres, ont parfois vendu les objets de leur Musée, et si Draguignan suivait ces exemples, il n’en demeurerait pas moins, aux yeux de tous, [les brocanteurs] une ville parfaitement honorable.»

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4064066306458
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