Kitabı oxu: «Marcel Proust»

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Paul Souday

Marcel Proust


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066356606

Table des matières

I

II

A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS

III

LE CÔTÉ DE GUERMANTES

IV

LE CÔTÉ DE GUERMANTES II

V

SODOME ET GOMORRHE

VI

LA MORT DE MARCEL PROUST

VII

LA PRISONNIÈRE

VIII

LES PLAISIRS ET LES JOURS

IX

ALBERTINE DISPARUE

X

SOUVENIRS SUR MARCEL PROUST

XI

MARCEL PROUST ET LA CRITIQUE

I

Table des matières

DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN 1

10 décembre 1913.

M. Marcel Proust, bien connu des admirateurs de Ruskin pour ses remarquables traductions de la Bible d'Amiens et de Sésame et les Lys, nous donne le premier volume d'un grand ouvrage original: A la recherche du temps perdu, qui en comprendra trois au moins, puisque deux autres sont annoncés et doivent paraître l'an prochain. Le premier comporte déjà cinq cent vingt pages de texte serré. Quel est donc ce vaste et grave sujet qui entraîne de pareils développements? M. Marcel Proust embrasse-t-il dans son grand ouvrage l'histoire de l'humanité ou du moins celle d'un siècle? Non point. Il nous conte ses souvenirs d'enfance. Son enfance a donc été remplie par une foule d'événements extraordinaires? En aucune façon: il ne lui est rien arrivé de particulier. Des promenades de vacances, des jeux aux Champs-Élysées constituent le fond du récit. On dit que peu importe la matière et que tout l'intérêt d'un livre réside dans l'art de l'écrivain. C'est entendu. Cependant on se demande combien M. Marcel Proust entasserait d'in-folios et remplirait de bibliothèques s'il venait à raconter toute sa vie.

Note 1: (retour) A la recherche du temps perdu: Du côté de chez Swann, 1 vol. Bernard Grasset.

D'autre part, ce volume si long ne se lit point aisément. Il est non seulement compacte, mais souvent obscur. Cette obscurité, à vrai dire, tient moins à la profondeur de la pensée qu'à l'embarras de l'élocution. M. Marcel Proust use d'une écriture surchargée à plaisir, et certaines de ses périodes, incroyablement encombrées d'incidentes, rappellent la célèbre phrase du chapeau, dans laquelle M. Patin, en son vivant secrétaire perpétuel de l'Académie française, se surpassa pour la joie de plusieurs générations d'écoliers. M. Marcel Proust dira: «Ce doit être délicieux, soupira mon grand-père dans l'esprit de qui la nature avait malheureusement aussi complètement omis d'inclure la possibilité de s'intéresser passionnément aux coopératives suédoises ou à la composition des rôles de Maubant, qu'elle avait oublié de fournir celui des soeurs de ma grand-mère du petit grain de sel qu'il faut ajouter soi-même, pour y trouver quelque saveur, à un récit sur la vie intime de Molé ou du comte de Paris.» Ou encore: J'allais m'asseoir près de la pompe et de son auge, souvent ornée, comme un font gothique, d'une salamandre, qui sculptait sur la pierre fruste le relief mobile de son corps allégorique et fuselé, sur le banc sans dossier ombragé d'un lilas, dans ce petit coin du jardin qui s'ouvrait par une porte de service sur la rue du Saint-Esprit et de la terre peu soignée de laquelle (?) s'élevait par deux degrés, en saillie de la maison et comme une construction indépendante, l'arrière-cuisine.» J'ai choisi ces exemples parmi les plus courts.

Ajoutez que les incorrections pullulent, que les participes de M. Proust ont, comme disait un personnage de Labiche, un fichu caractère, en d'autres termes qu'ils s'accordent mal; que ses subjonctifs ne sont pas plus conciliants ni plus disciplinés, et ne savent même pas se défendre contre les audacieux empiétements de l'indicatif. Exemple:... «Certains phénomènes de la nature se produisent assez lentement pour que... la sensation même du changement nous est (sic) épargnée.» Ou encore: «... Quoiqu'elle ne lui eût pas caché sa surprise qu'il habitait (sic) ce quartier...» 2 Le pauvre subjonctif est une des principales victimes de la crise du français; nombre d'auteurs, même réputés, n'en connaissent plus le maniement; des poètes joués dans les théâtres subventionnés et des critiques en exercice confondent fusse avec fus, eusse avec eus, bornât avec borna, et récemment, un de nos distingués confrères citait, pour s'en moquer comme d'un monument de cacographie, cette phrase du président du conseil, M. Doumergue, laquelle est irréprochable: «Je ne crois pas que l'honorable M. Barthou s'attendît à être renversé.» On ne se figure pas, à moins de les lire d'un bout à l'autre et avec attention, combien sont mal écrits la plupart des ouvrages nouveaux. Visiblement, les jeunes ne savent plus du tout le français. La langue se décompose, se mue en un patois informe et glisse à la barbarie. Il serait temps de réagir. On souriait naguère des efforts d'un directeur de revue qui relevait sur épreuves tous les solécismes de ses collaborateurs. Ce n'était point, paraît-il, une sinécure. On commence à regretter ce courageux grammairien. Et l'on souhaiterait que chaque maison d'édition s'attachât comme correcteur quelque vieil universitaire ferré sur la syntaxe.

Note 2: (retour) Évidemment, un écrivain aussi cultivé que Marcel Proust ne peut ignorer à ce point la grammaire, et ces grossiers solécismes sont, sans aucun doute, des fautes d'impression. Mais pourquoi M. Proust ne corrige-t-il pas ou ne fait-il pas corriger ses épreuves?

Cependant M. Marcel Proust a, sans aucun doute, beaucoup de talent. C'est précisément pourquoi l'on déplorera qu'il gâte de si beaux dons par tant d'erreurs. Il a une imagination luxuriante, une sensibilité très fine, l'amour des paysages et des arts, un sens aiguisé de l'observation réaliste et volontiers caricaturale. Il y a, dans ses copieuses narrations, du Ruskin et du Dickens. Il est souvent embarrassé par un excès de richesse. Cette surabondance de menus faits, cette insistance à en proposer des explications, se rencontrent fréquemment dans les romans anglais, où la sensation de la vie est produite par une sorte de cohabitation assidue avec les personnages. Français et Latins, nous préférons un procédé plus synthétique. Il nous semble que le gros volume de M. Marcel Proust n'est pas composé, et qu'il est aussi démesuré que chaotique, mais qu'il renferme des éléments précieux dont l'auteur aurait pu former un petit livre exquis.

Un enfant prodigieusement sensible a pour sa mère une adoration presque maladive. La solitude l'épouvante, et pour qu'il puisse au moins s'endormir, il faut que cette mère vienne l'embrasser dans son lit. Si elle ne peut ou ne veut venir, pour ne pas s'éloigner de ses invités, par exemple, c'est un vrai drame, presque une agonie. «Une fois dans ma chambre, il fallut boucher toutes les issues, fermer les volets, creuser mon propre tombeau, en défaisant mes couvertures, revêtir le suaire de ma chemise de nuit...» Mais cette curieuse nature d'enfant n'est étudiée que dans quelques pages assez pathétiques. Il ne sera presque plus question par la suite de ces terreurs nocturnes ni de cette tendresse filiale impérieuse et éperdue. D'autres souvenirs se pressent en foule, évoqués par la saveur d'une tasse de thé et d' «un de ces gâteaux courts et dodus appelés petites madeleines, qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques». Ce goût était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche, à Combray, la tante Léonie offrait au petit garçon, voilà bien des années.

La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Les formes--et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot--s'étaient abolies ou ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter, sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir... Et comme dans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis, et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend force et solidité est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

Ce n'est pas un cas d'association d'idées, ni même d'images, mais d'impressions purement sensorielles. Et M. Marcel Proust, comme tant d'autres écrivains contemporains, est avant tout un impressionniste. Mais il se distingue de beaucoup d'autres en ce qu'il n'est pas uniquement ni même principalement un visuel: c'est un nerveux, un sensuel et un rêveur. Sa tendance méditative lui joue parfois de mauvais tours. Il s'attarde en songeries infinies sur le caractère et sur la destinée d'êtres fort insignifiants, une vieille tante maniaque, férue de pepsine et d'eau de Vichy, une vieille bonne machiavélique et dévouée, un vieux curé ennemi des vitraux anciens et dépourvu de tout sentiment artistique. Quelques lignes auraient suffi pour croquer ces silhouettes. Certains épisodes troubles n'ont pas l'excuse d'être nécessaires. Que de coupes sombres M. Proust aurait pu avantageusement pratiquer dans ses cinq cents pages! Mais il y a de bien jolies descriptions qui ne se bornent presque jamais au rendu matériel et que magnifie le plus souvent une inspiration d'esthète ou de poète.

La haie (d'aubépines) formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir; au-dessous d'elles, le soleil posait à terre un quadrillage de clarté, comme s'il venait de traverser une verrière; leur parfum s'étendait aussi onctueux, aussi délimité en sa forme que si j'eusse été devant l'autel de la Vierge, et les fleurs, aussi parées, tenaient chacune d'un air distrait son étincelant bouquet d'étamines, fines et rayonnantes nervures de style flamboyant comme celles qui à l'église ajouraient la rampe du jubé ou les meneaux du vitrail et qui s'épanouissaient en blanche chair de fleur de fraisier.

Et cela est éminemment ruskinien. On aimera aussi les surprises et les émotions de l'enfant lorsqu'il voit pour la première fois en chair et en os la duchesse de Guermantes, dont la famille descend de Geneviève de Brabant, et qu'il s'était représentée jusque-là «avec les couleurs d'une tapisserie ou d'un vitrail, dans un autre siècle, d'une autre matière que les personnes vivantes...» Et voici l'explication du titre particulier à ce premier volume:

Il y avait autour de Combray (la petite ville où l'enfant et ses parents passent les vacances) deux côtés pour les promenades, et si opposés qu'on ne sortait pas en effet de chez nous par la même porte, quand on voulait aller d'un côté ou de l'autre: le côté de Méséglise-la-Vineuse, qu'on appelait aussi le côté de chez Swann parce qu'on passait devant la propriété de M. Swann pour aller par là, et le côté de Guermantes... Le côté de Méséglise, avec ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d'or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure des pays où j'aimerais vivre...

Mais après deux cents pages consacrées à ces souvenirs et aux anecdotes sur le grand-père, la grand'mère, les grand'tantes et les servantes, nous nous engageons décidément un peu trop «du côté de chez Swann»; un énorme épisode, occupant la bonne moitié du volume et rempli non plus d'impressions d'enfance, mais de faits que l'enfant ignorait en majeure partie et qui ont dû être reconstitués plus tard, nous expose minutieusement l'amour de ce M. Swann, fils d'agent de change, riche et très mondain, ami du comte de Paris et du prince de Galles, pour une femme galante dont il ne connaît pas le passé et qu'il croit longtemps vertueuse, avec une naïveté invraisemblable chez un Parisien de cette envergure. Elle le trompe, le torture, et finalement se fera épouser. Ce n'est pas positivement ennuyeux, mais un peu banal, malgré un certain abus de crudités, et malgré l'idée qu'a Swann de comparer cette maîtresse à la Séphora de Botticelli qui est à la chapelle Sixtine. Et que d'épisodes dans cet épisode! Quelle foule de comparses, mondains de toutes sortes et bohèmes ridicules, dont les sottises sont étalées avec une minutie et une prolixité excessives! Enfin la dernière partie nous montre le jeune héros de l'histoire follement amoureux de sa petite camarade des Champs-Élysées, Gilberte, fille de M. Swann (que les parents du petit garçon ne voient plus depuis son absurde mariage). C'est, je pense, l'amorce du tome qui va suivre et qu'on attend avec sympathie, avec l'espoir aussi d'y découvrir un peu plus d'ordre, de brièveté, et un style plus châtié. On goûtera la conclusion mélancolique du présent volume: une flânerie de l'auteur adulte, vingt ans après, au bois de Boulogne, où il ne retrouve rien de ce qui l'avait tant charmé jadis. Il a la nostalgie des attelages et des élégances anciennes; les automobiles et les robes entravées lui font horreur. «La réalité que j'avais connue n'existait plus... Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas! comme les années.»

II
A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS

Table des matières

M. Marcel Proust a obtenu le prix Goncourt de 1919 pour son roman: «A l'ombre des jeunes filles en fleurs», tome second de la série qui avait commencé par Du côté de chez Swann. Dès 1913, à propos de ce premier volume, j'ai fait du talent de M. Marcel Proust un assez vif éloge, bien que tempéré de certaines réserves, pour n'avoir aujourd'hui qu'à me féliciter de ce jugement académique qui vient à l'appui du mien. Je dirais qu'une fois n'est pas coutume, s'il ne s'agissait de l'Académie Goncourt avec laquelle j'ai eu, non pas toujours, mais souvent, le plaisir de me trouver d'accord. Cependant je dois reconnaître que sa plus récente décision n'a pas eu en général une très bonne presse. Dans cette course, le grand favori a été battu sur le poteau: je veux dire que M. Roland Dorgelès a eu 4 voix et n'a été dépassé que d'une tête par M. Marcel Proust. Certes l'auteur des Croix de Bois eût été pleinement digne de remporter le prix: son roman est sans doute, avec le Feu de M. Henri Barbusse et La Vie des Martyrs de M. Georges Duhamel (autres lauréats Goncourt) l'un de nos trois meilleurs livres de guerre. Mais, après avoir couronné des livres de guerre pendant cinq ans, l'Académie des Dix a pensé qu'il était peut-être temps de revenir aux oeuvres de paix. Parmi ces dernières, on n'en voit pas qui méritât d'être préférée à celle de M. Marcel Proust. Ses détracteurs ont objecté qu'il ne réalisait pas les conditions voulues par le fondateur, étant trop âgé, trop riche et patronné par celui des membres de l'Académie qui est en même temps un homme politique. Il est vrai que M. Marcel Proust a 47 ans, (et non pas 50, ainsi qu'on l'a trop généralement affirmé). Comment prétendre qu'il ait cessé d'être un jeune, dans une époque où l'on a si heureusement prolongé la jeunesse, sinon la vie même? N'a-t-on pas vu au théâtre bien des jeunes premiers qui avaient passé l'âge réel de M. Marcel Proust, voire celui qu'on se hâtait trop de lui attribuer? D'ailleurs au point de vue littéraire et artistique, l'état civil n'est pas tout. Un jeune, c'est un débutant, qui peut avoir débuté tardivement, ou n'être parvenu que lentement au succès définitif. A cet égard, Musset à 25 ans avait cessé d'être un jeune, mais Jean-Jacques en était un encore à 40 ans. Debussy de même jusqu'à Pelléas et Edouard Lalo à soixante jusqu'au Roi d'Ys. Plusieurs gagnants du Prix Goncourt, entre autres M. Henri Barbusse et M. Léon Frapié avaient également dépassé la quarantaine.

M. Marcel Proust n'avait encore donné dans sa période de débuts, prolongée par sa mauvaise santé, que quelques essais et des traductions de Ruskin, par où il s'était recommandé à la sympathie des délicats et des amateurs d'art, mais non pas signalé à l'attention du grand public. A l'ombre des jeunes filles en fleurs n'est que son second roman et qui aurait été publié 4 ou 5 ans plus tôt s'il n'y avait eu la guerre. Ce n'est pas un romancier arrivé. Les volontés d'Edmond de Goncourt ne l'excluent pas de ce chef. Quant à sa fortune, je n'en sais pas le compte, mais il n'est pas un nouveau riche, ce qui suffit généralement par le temps qui court pour ressembler beaucoup à un nouveau pauvre. Enfin M. J.-H. Rosny aîné a déclaré, dans un article de Comedia, que celui de ses collègues auquel on a fait allusion, n'était même pas intervenu auprès de lui en faveur de M. Marcel Proust. L'eût-il fait que cela ne changerait rien à la question. Edmond de Goncourt détestait l'intrusion de la politique dans la littérature, mais la politique n'a joué aucun rôle dans la carrière de M. Marcel Proust, qui est un pur homme de lettres, et elle n'en joue aucun dans son livre, dont la valeur littéraire n'est pas niable. Quoi encore? On reproche à ce romancier d'être mondain. C'est son droit et le cas n'est pas prévu dans le testament du vieux Goncourt qui fréquentait lui-même quelques salons, notamment celui de la princesse Mathilde, et qui n'est pas seulement l'auteur de Germinie Lacerteux et de La Fille Elisa mais aussi de Chérie et de Renée Mauperin. Il serait aussi absurde de frapper d'ostracisme tel écrivain, parce qu'il va dans le monde, que tel autre (ou le même, car ce n'est pas incompatible), parce qu'il a gardé l'habitude d'aller au café.

Ce qui a aussi fait du tort à M. Marcel Proust, et là il y a quelque peu de sa faute, c'est qu'il est vraiment d'une lecture difficile. Et il l'est de deux façons. D'abord matériellement par la longueur inusitée de ses ouvrages. Du Côté de chez Swann déjà n'en finissait pas: et ce n'était qu'une entrée en matière. A l'ombre des jeunes filles en fleurs comporte 450 pages d'un texte prodigieusement compact en tout petits caractères (44 lignes à la page) et presque d'un seul tenant, sans division en chapitres, à peu près sans alinéas. C'est un peu inhumain et décourageant pour les yeux qui veulent être ménagés ou simplement pour qui n'a pas beaucoup de loisirs. Le temps est passé des interminables romans, comme ceux des d'Urfé, des La Calprenède, des Scudéri ou des Richardson. M. Romain Rolland en a relevé la tradition, mais il avait pris la précaution de servir son Jean Christophe par petites tranches facilement digestives. A notre époque de gens pressés, absorbés par leurs travaux ou par d'autres plaisirs, la brièveté s'impose par élémentaire prudence si l'on veut être lu. Beaucoup de censeurs de M. Marcel Proust y ont visiblement renoncé et se sont vengés de n'avoir pu le suivre jusqu'au bout. Il est pénible à lire, en outre, non pas seulement à cause de son abondance insolite, mais de son style souvent précieux et embroussaillé. Ce n'est pas seulement l'oeuvre elle-même qui est longue, c'est aussi, trop souvent, chaque phrase prise à part qui s'amplifie, se complique, s'enchevêtre, se replie en volute et en queue de serpent. J'ai déjà été amené à poser M. Marcel Proust en rival de Patin, dont la phrase du chapeau était légendaire dans les facultés et collèges aux temps où l'on étudiait les Tragiques Grecs et où M. Gustave Lanson ne nous menaçait pas de la licence ès-lettres sans grec ni latin. M. Marcel Proust sur cet article n'a pas changé ses habitudes. A chaque instant, on perd le fil, et l'on est obligé de reprendre, ce qui n'abrège pas l'opération.

Mais M. Marcel Proust possède sur feu Patin un avantage admirable en soi, qui justifie son prix et le classe parmi les écrivains de race, tandis que l'ancien secrétaire perpétuel n'était qu'un honnête érudit et un excellent professeur. Ce n'est pas seulement la construction un peu démesurée et embarrassée qui arrête le lecteur dans les phrases de M. Marcel Proust, c'est aussi l'originalité presque continuelle de la pensée ou de la sensation, et de l'expression verbale. On l'a comparé à Saint Simon. Car il a aussi de chauds admirateurs. Ce n'est pas tout à fait cela. Il n'a pas la véhémence, l'intensité, la fièvre et le feu au ventre de l'auteur des Mémoires. Il fait songer à lui épisodiquement, par son souci extrême et un peu excessif des hiérarchies de caste, des préséances mondaines et autre élégances conventionnelles. Cela n'a pas une grande importance, surtout aujourd'hui, et serait un peu vain et même ennuyeux, jusque dans Saint Simon, s'il n'y avait la manière. M. Marcel Proust ressemble encore un peu à l'illustre duc et pair dans sa façon d'écrire à la diable, sans respect de la correction grammaticale 3, et surtout il est, lui aussi, essentiellement un sensitif. Mais, au lieu de se laisser furieusement emporter par un tourbillon, il a des impressions plus douces et il les savoure en gourmet, il raisonne à leur sujet avec des raffinements infinis. Il est moins violemment passionné et plus savamment dilettante. Avec lui on n'est pas secoué par un vent de tempête, mais entraîné dans les délicieux et paisibles méandres du plus subtil esthétisme contemplatif.

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Janr və etiketlər

Yaş həddi:
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Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
Həcm:
80 səh. 1 illustrasiya
ISBN:
4064066356606
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Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
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