Kitabı oxu: «Essai théorique et pratique sur les batailles»
Philippe-Henri de Grimoard
Essai théorique et pratique sur les batailles

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066303723
Table des matières
PRÉFACE.
PREMIÈRE PARTIE. Principes généraux des Batailles.
CHAPITRE PREMIER. Des Batailles en général.
CHAPITRE SECOND. Raisons pour combattre.
CHAPITRE TROISIÈME. Raisons pour éviter la bataille.
CHAPITRE QUATRIÈME, Moyens d’obliger l’ennemi à combattre.
CHAPITRE CINQUIÈME. Précautions à prendre avant la bataille.
SECONDE PARTIE. Des Dispositions.
CHAPITRE PREMIER. Des Dispositions en général.
CHAPITRE SECOND. Principes à suivre dans les dispositions.
CHAPITRE TROISIÈME. Des dispositions proposées par Vègèce .
CHAPITRE QUATRIÈME. De l’Ordre direct ou parallèle.
CHAPITRE CINQUIÈME. De l’Ordre oblique.
CHAPITRE SIXIÈME. Des actions dans les pays de montagnes .
TROISIÈME PARTIE De l’Action.
PRÉFACE.
Table des matières
DE TOUTES les opérations de la guerre, les Batailles sont celles qui peuvent avoir les suites les plus heureuses ou les plus funestes. La recherche des principes propres à en assurer le succès est donc de la dernière importance. Il n’y a cependant pour l’ordinaire dans les ouvrages sur la sience militaire qu’un petit nombre de pages consacrées à traiter des Batailles; de forte que tout officier qui desire s’instruire à fond sur cette matière, manque de moyens quant aux livres. J’ai pensé qu’un ouvrage où on trouverait les principes des Batailles développés avec l’étendue nécessaire, serait utile; c’est ce qui m’a engagé à composer celui ci.
J’avais commencé par vouloir rassembler les maximes (sur les Batailles) répandues dans les meilleurs auteurs; mais n’y ayant guère trouvé que des préceptes très généraux& même en petit nombre, il m’a fallu changer de méthode. J’ai imaginé que la meilleure de toute était de méditer attentivement plusieurs Batailles livrées par les plus habiles généraux &de réduire en principes les motifs de leur conduite. Ce travail a été la bâse de la théorie donnée dans cet Essai.
Comme on doit toujours soumettre la pratique des opérations militaires aux régies de la théorie&que le succès des armes dépend d’un rapport exact entre ces deux parties, on a fait en sorte d’établir les principes des Batailles sur des exemples frappants. Les anciens &les modernes ont été mis à contribution. On a cru devoir puiser chez les anciens, parce qu’on y trouve des ressources infinies,&quoique l’invention des armes à feu ait fait changer la constitution&les manœuvres particulières des troupes, les principes généraux de la Tactique sont toujours les mêmes. Aux dispositions qui ont été faites pour les Batailles, j’en ai joint d’hypothétiques; elles répandent beaucoup de clarté sur les préceptes qu’on donne en ce qu’elles s’y rapportent parfaitement. Quoique le hazard ne faste peut être jamais rencontrer les diverses circonstances suposées, il est des cas où elles se trouvent à peu près semblables; d’ailleurs, il est toujours avantageux de faire voir les mêmes choses sous des aspects différents. Les dispositions idéales donnent aux militaires cet esprit de combinaison si utile à la guerre, avec la facilité d’appliquer promptement les principes aux circonstances. Cette aptitude ne peut s’acquérir que par un travail long&assidu. Il n’est cependant pas rare d’entendre même d’anciens officiers (imbus de faux préjugés &remplis d’aversion pour les livres), assûrer que la feule pratique de la guerre suffit pour apprendre cette sience; ce qui est une erreur grossière&dangereuse qu’il importe de démasquer. Un grand Prince admiré de toute l’Europe dit, que l’expérience qu’il a acquise dans la guerre, lui a appris qu’on ne peut approfondir cet art qu’en l’étudiant avec application.
Cet Essai est divisé en trois parties.
La première renferme les principes généraux des Batailles&sert d’introduction aux deux autres.
La seconde partie qui doit être considérée comme le corps de l’ouvrage, traite des dispositions. Je les ai réduites à deux génériques ou principales: savoir l’Ordre direct ou parallèle &l’Oblique. On trouve ensuite les principes de leur formation&ceux d’après lesquels on peut les varier selon les circonstances. Pour faciliter l’intelligence de cette seconde partie, on y a joint un grand nombre de plans. Dans les ouvrages de la nature de celui ci il est également nécessaire de parler à l’esprit&aux yeux.
La troisième partie traite de l’action.
Je desire que cet Ouvrage soit utile aux Militaires. J’y expose par tout avec liberté mon sentiment; mais j’entends si peu qu’il fasse autorité que j’y joins toujours mes raisons afin qu’on me juge. Quand même mes idées seraient mauvaises, elles peuvent en faire naître de bonnes&alors je n’aurai pas perdu mon temps. Ma qualité d’homme me défendant de prétendre à l’infaillibilité je verrai sans peine porter une sentence même mortelle contre cet Essai, si elle est prononcée avec le même esprit qui m’a engagé à l’écrire. Mon unique but est de contribuer en quelque chose aux progrès d’une sience que je cultive par état&par goût.
PREMIÈRE PARTIE. Principes généraux des Batailles.
Table des matières
CHAPITRE PREMIER. Des Batailles en général.
Table des matières
ON APPELLE Bataille l’action dans laquelle une armée charge en totalité ou en partie celle qui lui est opposée.
Les batailles sont les actions les plus éclatantes de la guerre: elles donnent&ôtent les couronnes, dit Montécuculli, décident entre les souverains sans appel, finissent la guerre,&immortalisent le vainqueur. On va attaquer l’ennemi, on l’attend, ou bien on le rencontre en marche,&on le combat. Lorsqu’une des deux armées est postée, elle reçoit forcément la bataille; ce qu’on regarde avec raison comme un grand désavantage; car quelques fermes &aguéries que soient des troupes, elles sont presque toujours intimidées à l’aspect de celles qui viennent les attaquer; c’est tout le contraire si on les mène à la charge: elles n’ont pas le temps de réfléchir au danger. On ne doit donc jamais attendre l’ennemi dans un poste, à moins qu’il ne soit très avantageux&important à conserver. On évite encore soigneusement de se laisser réduire à combattre lorsqu’il plaît à l’ennemi,&on fait son possible pour l’obliger à recevoir la bataille dans une position défavorable. Il est des occasions où un général n’a pas le choix de chercher ou d’éviter un engagement.
Il saut épuiser tous les autres moyens de vaincre avant d’en venir à une action. Les habiles généraux cherchent moins à livrer des combats où les deux partis risquent également, qu’à ruiner l’ennemi par d’autres voies. Cependant quelque meurtrière que soit une bataille, elle l’est beaucoup moins qu’une longue guerre qui épuise peu à peu les trésors&la population d’un état.
Les batailles préméditées sont celles qui peuvent devenir les plus avantageuses; il y en a qui peuvent aussi l’être beaucoup quoiqu’imprévues; c’est lorsqu’une manœuvre inconsidérée ou une marche faite avec négligence expose évidemment l’ennemi à être défait.
Les actions qui s’engagent pour un poste que les deux armées veulent occuper, qui commencent par une escarmouche,&deviennent générales par les secours que l’on envoie aux combattants, sont les plus dangereuses, parce qu’il n’est guère possible alors de former un plan d’attaque ou de défense exactement relatif aux circonstances.
Dans ces sortes d’occasions comme dans toutes les autres, un général fécond en expédients, ne désespère jamais du succès d’une bataille pour quelques avantages remportés d’abord par l’ennemi; mais c’est alors qu’il importe d’opposer au mal un remède efficace&prompt.
L’évènement des batailles est décisif ou peu important; leurs suites dépendent des circonstances&du temps où on les livre. Celles qui se donnent au commencement d’une campagne, sont les plus dangereuses, parce qu’elles influent presque toujours sur les opérations du reste de l’année,& souvent de toute la guerre. Celles qui se livrent dans l’arrière saison, sont pour l’ordinaire de moindre conséquence, vû l’impossibilité où est l’ennemi de profiter longtemps de la supériorité qu’il a acquis par fa victoire.
Une bataille gagnée est un bien peu solide, si elle ne contrarie le projet de campagne du général que son a en tête; les principaux avantages qu’elle peut procurer sont:
1. La diminution des forces de l’ennemi.
2. Le découragement de ses troupes.
3. Ses pertes en chevaux, en artillerie&en munitions de toute espèce.
4. De répandre la terreur dans ses états.
5. De produire la défection de ses alliés.
6. D’inspirer de la confiance aux troupes.
7. D’être le maître de la campagne,&d’avoir la facilité d’assiéger une place dont la prise entraîne la perte d’une province ou d’une grande étendue de pays.
8. De lever des contributions dans le pays de l’ennemi,&d’y faire subsister l’armée.
9. De faire de grands progrès avant qu’il ait pû mettre sur pied de nouveaux soldats, former des magasins, effacer de l’esprit de ses troupes le souvenir des défaites précédentes,&y faire succéder le courage&la confiance.
Un général peut retirer les plus grands avantages de sa victoire, quand il a derrière lui un pays riche &abondant,&qui lui assure une communication libre avec les états de son souverain. S’il a été vaincu, il ne doit pas pour cela désespérer de vaincre;&pour y parvenir, il faut rendre la confiance aux troupes: on en vient à bout en ne formant aucune entreprise sans être assûré de réussir,
CHAPITRE SECOND.
Raisons pour combattre.
Table des matières
LES batailles pouvant décider du fort de la patrie, du prince&des citoyens, il ne faut pas les livrer sans examiner s’il y a une certitude morale de vaincre. Les raisons qui peuvent engager à combattre sont:
1. Quand il est possible de gagner plus qu’on ne peut perdre.
2. La supériorité en nombre&en qualité de troupes.
3. Pour entrer dans le pays de l’ennemi ou l’empêcher de pénétrer dans le vôtre.
4. La désunion entre ses généraux ou leur incapacité.
5. Leur peu de précaution dans les marches ou le choix des camps.
6. Lorsqu’il est affaibli par la division de ses forces.
7. La prochaine arrivée d’un renfort dont la jonction vous le rendrait superieur.
8. L’importance d’un poste dont il le faut chasser.
9. Lorsqu’il est encore fatigué d’une marche longue&pénible,&avant que ses malades soient rétablis,&les chevaux estropiés en état de servir,
10. S’il n’a pas encore eu le temps de reconnaître le terrein où il est posté,&de remédier aux obstacles qui gênent ou empêchent la communication des différents corps de son armée.
11. Pour profiter d’une de ses fautes.
12. Le secours d’une place de conséquence.
13. Pour intimider par une victoire les ennemis secrets,&les empêcher de se déclarer.
14. Si une partie de votre armée est composée de troupes d’une puissance qui doit vous abandonner bientôt.
15. Pour donner une nouvelle face aux affaires; comme par exemple, changer une guerre défensive en offensive.
16. Pour obliger un ennemi opiniâtre à faire la paix,&terminer la guerre qui ne finirait jamais sans les batailles.
17. Si l’on craint que la disette des vivres, des fourages ou de l’argent ne fasse débander les troupes.
18. Enfin lorsque pressé par la famine ou les maladies, ou qu’enveloppé de toute part, il faut vaincre ou subir la loi de l’ennemi.
CHAPITRE TROISIÈME.
Raisons pour éviter la bataille.
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On évite une bataille:
1. Quand on risque beaucoup plus par une défaite que l’on ne peut gagner par une victoire.
2. Lorsqu’on commande des troupes inférieures en nombre&en qualité.
3. Si l’on est affaibli par des détachements.
4. Quand on attend la jonction d’un renfort,
5. Si l’ennemi occupe un poste si avantageux qu’on ne puisse l’attaquer sans témérité,
6. S’il vous est plus difficile qu’à lui de rétablir votre armée après une défaite.
7. Si l’on est assuré de la prochaine défection d’un de ses alliés.
8. si l’armée est fatiguée d’une longue marche ou d’un autre travail.
9. Si une défaite vous obligeait à une longue retraite,&que l’ennemi n’eût que peu de chemin à faire pour se mettre en sûreté.
10. Enfin quand il se ruine lui même, ou qu’il y a lieu d’espérer qu’en temporisant son armée se ruinera, ou que votre constance le lassera.
CHAPITRE QUATRIÈME,
Moyens d’obliger l’ennemi à combattre.
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Si l’ennemi refusait de combattre, il y a un grand nombre de moyens pour l’y contraindre; mais comme ils dépendent tous de circonstances qu’il est impossible de prévoir, je ne rapporterai ici que les plus généraux. C’est:
I. De ravager le pays de l’ennemi.
2. De simuler le siège d’une place qui renferme ses magasins, ou qui lui est nécessaire pour assurer ses convois, ou couvrir une grande étendue de pays,&le faire réellement s’il persiste dans sa résolution.
3. De tomber sur ses quartiers, ou l’attaquer durant une marche, s’il néglige de prendre les sûretés&les précautions nécessaires en pareil cas.
4. De feindre soi même de ne vouloir pas combattre,&occuper en conséquence des positions avantageuses. Cette conduite propre à lui inspirer de la confiance, rengagera peut être à quitter son poste.
5. De le resserrer dans ses fourages&ses quartiers.
6. Enfin, vous obligerés encore l’ennemi à combattre, dit le roi de Prusse, quand vous viendrés pur une marche forcée vous mettre sur ses derrières, &lui couper ses communications.
CHAPITRE CINQUIÈME.
Précautions à prendre avant la bataille.
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QUAND on prévoit le temps,&à peu près les lieux où l’on combattera, il faut:
1. Prendre les précautions nécessaires pour assurer la retraite de farinée si elle est vaincue.
2. Établir un dépôt de vivres sur la route par laquelle elle doit se retirer.
3. Remplir les magasins,&les mettre à couvert de toute entreprise.
4. Munir les places de manière qu’elles puissent faire assés de résistance si l’on est vaincu, pour donner le temps de rétablir l’armée,&de venir s’opposer aux progrès de l’ennemi.
5. Avoir soin que l’hôpital de l’armée,&ceux des places voisines, soient abondamment pourvus des choses nécessaires au pansement&au soulagement des blessés.
6. Renvoyer les équipages sur les derrières.
7. Faire conduire à l’armée les munitions de guerre&de bouche nécessaires pour le jour de l’action&ses suites.
8. Rassembler ses forces, afin d’être supérieur à l’ennemi, ou d’avoir plus de troupes à lui opposer.
9. Reconnaître avec soin, non seulement le champ de bataille qu’on a choisi, mais encore le pays des environs.
10. Ne pas faire combattre les troupes à jeun s’il est possible.
11. Que le général se représente les avantages qu’il se procurera s’il est vainqueur, les ressources qui lui resteront s’il est vaincu,&les changements qu’il fera à ses projets dans ces deux cas.
12. Qu’il mette en sûreté les lettres de son souverain&de ses ministres, ses instructions, ses ordres, la clé des chiffres&des caractères secrets, les lettres des personnes avec lesquelles il a des correspondances, soit dans l’armée, soit dans le pays de l’ennemi,&tous les autres papiers de conséquence.
13. Qu’il combine ses opérations de manière que si l’ennemi est vaincu, la bataille soit décisive pour lui;&que s’il est vainqueur, ses avantages se bornent uniquement au gain du champ de bataille.
14. Qu’il soit instruit au juste des forces&de la disposition de l’ennemi.
15. Qu’il ne négligé pas de gagner la confiance de l’année.
16. Enfin, qu’aux approches de la bataille, il ne laisse paraître ni tristesse ni inquiétude; il doit, au contraire, se garder avec soin de découvrir les diverses craintes dont il peut être agité: les troupes ne devant voir dans leur chef que fermeté& résolution.
SECONDE PARTIE. Des Dispositions.
Table des matières
CHAPITRE PREMIER.
Des Dispositions en général.
Table des matières
ON APPELLE Ordre de bataille, Dispositif ou Disposition d’armée, la manière dont on range les troupes pour combattre,
Soit qu’on donne ou qu’on reçoive la bataille, la victoire dépend du terrein&de la bonté du dispositif; il est donc indispensable de savoir profiter des différentes situations que la nature offre; car quelque favorable que soit le champ de bataille, &quelque grand que puisse être le nombre&le courage des troupes qui composent une armée, ces avantages deviennent inutiles, si celui qui la commande, ignore les moyens de les employer.
Il faut autant qu’il est possible, combattre sur un champ de bataille relatif à l’espèce&au nombre de vos troupes. Si vous êtes supérieur en nombre, choisissés un terrein assés vaste pour y déployer toutes vos forces. Si vous êtes inférieur à l’ennemi, cherchés au contraire un champ de bataille étroit, où il lui soit impossible de vous attaquer avec un front plus étendu que le vôtre, ou ce qui est la même chose qu’il ne puisse vous déborder. Passons à ce qui se pratique le plus fréquemment dans les dispositions.
PLANCHE I.
On range ordinairement une armée sur deux lignes1, 2, l’infanterie3au centre,&la cavalerie4 sur les aîles. On laisse entre les bataillons de la première ligne des intervalles plus ou moins grands, selon qu’on le juge à propos. Le roi de Prusse ne veut point d’intervalles entre les escadrons de la première ligne; c’est, dit-il, multiplier les flancs sans se procurer aucun avantage. Il convient cependant qu’en certaines occasions, l’on peut sans inconvénient laisser entre les flancs des escadrons, des distances de six à sept pas. Dans un pays coupé&difficile, il est d’usage de laisser un intervalle de douze ou quinze pas entre les escadrons.
Afin que les troupes de la seconde ligne puissent se mouvoir librement sans troubler la première, on l’en éloigne de120ou140toises au plus. Cette distance me paraît suffisante, parce que si la première ligne en est aux mains avec l’ennemi, la seconde est hors de la portée du fusil; d’ailleurs cet espace n’est pas assés considérable pour qu’elle ne puisse soutenir aisés tôt la première si elle en a besoin. Il est des cas où la nature du terrein, ou d’autres circonstances obligent à raprocher les lignes.
On observe aisés constamment dans les dispositions, que la première ligne soit la plus nombreuse en troupes; parce quelle a de plus grands efforts à faire&à soutenir que la seconde, dont le but est uniquement de renforcer ou remplacer par parties, les troupes de la première maltraitées par l’ennemi.
On couvre quelquefois les flancs de l’infanterìe par des bataillons5placés en potence. Cette coutume est excellente, en ce que, si la cavalerie est défaite, l’infanterie n’a rien à craindre, ayant ses flancs bien assurés. On ne doit jamais employer de l’infanterie pour couvrir les flancs de la cavalerie; parce que si celle-ci est poussée, l’infanterie devient la proie de l’ennemi. II ne faut sur les flancs de la cavalerie, que des dragons ou d’autres troupes légères. L’artillerie du parc6se répand ordinairement sur le front de la première ligne,&les pièces de campagne7se placent entre les bataillons.
Une armée en bataille est toujours soutenue par une ou plusieurs Réserves, qui sont des corps d’infanterie, de cavalerie ou de dragons, qu’on place le plus souvent en arrière de la seconde ligne. Elles ont deux objets: le premier est d’aller renforcer les parties que l’ennemi presse vivement,&d’empêcher la disposition générale de se rompre,&le second, de favoriser la retraite; c’est pour cela qu’il ne faut les employer pendant faction que le moins possible,&lorsqu’on ne peut s’en dispenser, ce doit être seulement pour faire un dernier effort. Sans les réserves, on serait obligé durant l’action, de tirer des troupes du corps de bataille, pour remplir le même objet,&l’ennemi pourrait alors tomber avec des forces supérieures sur les endroits dégarnis& y pénétrer; c’est pour cette raison qu’il vaut mieux étendre moins le front d’une armée pour lui ménager des réserves: le peu de profondeur de l’ordonnance moderne les rend indispensables: elles doivent être disposées de manière qu’on puisse les mener promptement au secours des parties menacées. Il faut alors observer, pour ne pas prendre le change, de ne les mettre en marche que quand l’ennemi aura entièrement décidé son point d’attaque. Si l’ordre de bataille occupe un grand front, il est d’usage de former trois réserves. La première8composée d’infanterie se place derrière le centre,&les deux autres9, 10de cavalerie ou de dragons derrière les aîles. Si au contraire la disposition est peu étendue, on se contente de poster une seule réserve pour soutenir le centre. On doit autant qu’il est possible, placer les réserves hors de la portée du canon,&les couvrir même par un village, un bois, une colline, ou bien les disposer vis-à-vis les intervalles de la seconde ligne s’il y en a. Ces différentes dispositions les empêchent de gêner les troupes dans leurs mouvements, d’être heurtées,& même entraînées par celles que l’ennemi peut contraindre à reculer,&les maintient fraîches& entières jusqu’au moment où on les veut faire agir; ce qui est un grand avantage; car, dit Montécuculli, celui qui conserve jusqu’au bout le plus de troupes entières, doit remporter la victoire.
Si les réserves des ailes ne sont destinées à tourner l’ennemi, ou à remplacer la seconde ligne si on remploie à quelque manœuvre, ou à augmenter le front de la première, je les crois peu utiles ; car si les deux lignes sont maltraitées, les réserves sont insuffisantes pour faire changer la face du combat, &elles les entraîneront si elles sont mises en fuite. Il est donc préférable de procurer des points d’appuis à la cavalerie pour se ralier; comme par exemple, des maisons ou des redoutes qu’on garnit d’infanterie. Ces postes rassurent la seconde ligne qui s’en voit couverte. Si la première est poussée, elle vient se ralier derrière,&l’infanterie qui les défend, empêche par son feu l’ennemi de la poursuivre. Les réserves doivent toujours être commandées par des officiers d’une fermeté à toute épreuve,& capables de prendre d’eux mêmes&d’exécuter uns résolution habile&vigoureuse.
