Kitabı oxu: «Les mémoires de mon coupé»
Robert de Nervo
Les mémoires de mon coupé

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066319854
Table des matières
LES DEUX BALCONS
I
II
III
IV
V
VI
LE MANUSCRIT DU GÉNÉRAL
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
LA MORTE VIVANTE
I
II
III
III
IV
LE THÉ VERT
I
LA BALEINE D’EZA
I
II
III
LE HASARD
I
II
LA COMTESSE DE CHATILLON
I
LE BEAU NICOLAS OCONITCKIKOFF
I
II
III
VERA LA JALOUSE
I
II
III
IV
V
POUR VOUS EMBRASSER COMBIEN?
JAMBE DE BOIS
I
II
III
IV
PAS LA MORT!
MADEMOISELLE ISABELLE
I
II
III
IV
V
VI
VII
A DEUX OU TROIS TEMPS?
LES
DEUX BALCONS
Table des matières
I
Table des matières
J’appartiens donc au prince d’O… –Je suis sa chose, sa moitié–son confident–l’écho et le témoin de tout ce qu’il fait et rêve–de toutes ses joies, de tous ses amours–amours nombreux, multiples, de couleurs et de qualités différentes–amours de tous les mondes, amours de Paris, amours de prince.
Mon maître m’attelle jour et nuit-il me promène partout, dans tous les quartiers, dans tous les boudoirs, dans tous les buen-retiros des belles petites.
–Il me confie le soin des plus jolies femmes.
Jamais coupé, sous ses stores de soie, n’a vu de plus jolis minois, de plus blanches épaules, de plus blanches mains, de plus petits pieds, de plus amoureux sourires.–Je ne suis plus un coupé, je suis un boudoir, le boudoir aux petits secrets–aux grandes tragédies–aux coups de poignard–aux duels d’amoureux; voyez plutôt et écoutez:
II
Table des matières
A la fin de janvier187., j’avais été attelé toute la journée, il neigeait et le soir vers onze heures, voilà qu’il me fallait aller avec mon prince, faire une visite, une visite amoureuse sans doute, au numéro… de la rue Auber.
Là, mon maître descendit et me laissa seul à la porte, avec le cocher et le pauvre cheval qui, la tête basse, semblaient se conformer à leur triste sort.
Il en est ainsi:–Pendant que le maître, bien encapuchonné dans sa fourrure, monte sur un moelleux tapis, les degrés d’un escalier bien chauffé; nous trois, le cocher, le cheval et moi, presque ensevelis sous la neige, nous réfléchissions.
Le prince était attendu, c’était un rendez-vous.
La déesse était seule:–son mari était sorti, il ne rentrait ordinairement de son cercle, que vers les trois heures de la nuit.–Il était un joueur, joueur heureux, gagnait souvent, et lorsqu’on gagne, on reste où l’on gagne.–Pauvre mari qui ne se doutait pas que lorsqu’il gagnait au cercle, il perdait ailleurs.
La femme de l’heureux joueur était une personne charmante.–Sans être du monde des belles petites, elle était de celui des femmes galantes.
La femme galante, à Paris, est mariée et baronne.–De son mari, elle n’a grande cure–s’il est joueur et il l’est ordinairement, il rapporte au logis ses bonheurs de jeu–c’est un métier lucratif et nécessaire.
La femme galante a de20à25mille livres de rente, elle en dépense100 mille.–Elle est jolie, coquette, provocante.
L’argent, l’élégance et l’amour jouent dans son existence un seul et même rôle–ils sont comme une trinité qui n’en fait qu’une seule et même passion, un seul et même besoin.
Le monde que voit la femme galante, sans être le monde vrai, n’est pas non plus le monde interlope, non.
–C’est le monde des artistes, le monde des théâtres, le monde des gens d’esprit.
Celle chez qui le prince avait rendez-vous, la baronne X… était presque une artiste.–D’un esprit fin, d’une conversation variée, primesautière, humoristique; elle chantait, fredonnait avec grâce ce que d’autres disent avec talent;–en un mot, elle plaisait,– elle faisait plus, elle charmait, et quand une femme a charmé, elle a tout dit.
Le prince avait remarqué cette femme à l’Opéra, où elle avait sa loge, entre les colonnes: loge sans cesse remplie de fleurs, et de tous ceux qui les offraient, et ils étaient nombreux.
A la première vue de cette personne, si entourée, si élégante, si désirable, le prince avait senti comme quelque chose qui l’avait frappé, là où l’on sait; avait senti la blessure qui ne se cicatrise que par la possession;–il se fit présenter, il était pris.
De là à une, à deux, à des visites plus fréquentes, il n’y avait qu’un pas, et bientôt (plus tôt même que cela n’eût dû être), le prince était plus que l’ami.
–Enfin, le soir où nous le voyons quitter son coupé, monter l’escalier et entrer dans le sanctuaire, il avait galant rendez-vous chez la belle.
Un rendez-vous, à onze heures, chez une femme, lorsque son mari est absent, absent pour toute la nuit est chose grave–on y joue ordinairement son cœur, quelquefois sa bourse, quelquefois aussi sa vie!
Ce fut le dernier enjeu que le prince y jouait.
III
Table des matières
Dans le boudoir parfumé qui n’est point à décrire–(les boudoirs sont tous parfumés de la même odeur, celle d’une jolie femme),–le prince trouva la déesse attendant son bonheur, ce bonheur qui allait être troublé d’une si dramatique manière.
Ce que se dirent, ce que se confièrent les deux amoureux durant ces premières heures, on le devine; mais ce que nul d’entre eux ne pouvait soupçonner, c’est ce qu’apportait vers deux heures la rentrée de celui qu’on n’attendait pas.
Ce soir-là, la grande partie s’était engagée au cercle vers les minuit.– Le mari de la déesse avait d’abord été heureux, plus qu’heureux, il avait gagné près de200mille francs; puis tout à coup la chance avait tourné, et de point en point, l’heureux joueur avait tout reperdu, de plus, ce qu’il avait sur lui.
Emporté par le désir de la revanche, il avait alors sauté dans une voiture, remonté quatre à quatre son escalier et il rentrait pour ressortir après avoir repris quelque argent, lorsqu’il lui avait semblé entendre quelque chose, quelque bruit dans la chambre voisine de celle de sa femme; dans son boudoir.
Il prêta l’oreille, crut se tromper– puis s’y reprit–puis s’y reprit encore; puis presque sûr, quoique doutant encore, il appela sa femme,–elle se nommait Hortense–«Hortense, lui dit-il, vous ne dormez pas?»
Hortense ne dit mot:–troublée, éperdue, surprise, la tête presque sous l’oreiller: «Fuyez, dit-elle au prince, fuyez par le balcon!»
Fuir par le balcon, c’était chose plus facile à dire qu’à faire–cependant, il n’y avait point à hésiter:–le mari était là, il allait entrer, faire une esclandre,–tuer l’amant peut-être!
Que faire?
Le prince n’hésita point, il rassembla comme il put ses vêtements et hardiment, par la fenêtre du boudoir, il s’engagea sur le balcon.
Là, il se rajusta, se couvrit de son mieux et chercha quelque issue, quelque fenêtre, quelque porte, quelque escalier, pour sortir, et aller rejoindre son coupé qui l’attendait toujours dans la rue.
Une fois donc sur ce balcon, le prince cherchait toujours, lorsque soudain, il se sentit arrêté par une barre de fer.
C’était la séparation qui existait entre deux appartements contigus.– Cette séparation, cette grille était haute d’un mètre, le prince la franchit vivement, redescendit de l’autre côté et se crut sauvé.
Dans quel pays nouveau se trouvait-il? Chez qui était-il?… à cette heure de la nuit?
IV
Table des matières
Le balcon sur lequel le prince avait émigré était celui d’un autre ménage.
Cette fois, ce ménage n’était pas celui d’une femme galante.–Le pays était un pays honnête, connu, blasonné.
L’une des fenêtres était à demi éclairée–derrière la persienne fermée, une veilleuse jetait ses lueurs mystérieuses.–Un silence complet régnait, celui du sommeil, sans doute, lorsque tout à coup, le prince sembla entendre comme des pas, comme quelqu’un qui montait un escalier.– Il était deux heures et demie du matin.
–Puis les pas s’arrêtèrent, puis il entendit comme une clef qui entrait dans une serrure, puis une porte se refermait, puis, après quelques minutes, un bruit de voix, de deux voix sembla s’élever.
Ces deux voix n’étaient pas du même sexe:–Il y avait une voix d’homme, voix de reproche, de colère– puis une voix de femme, voix de douceur, de larmes.
On accusait et on se défendait.
Le mari,–car c’était un mari– était rentré, avait trouvé de la lumière dans la chambre de sa femme,–en avait demandé la raison et, cherchant, furetant partout, s’était imaginé– jaloux qu’il était,–que sa femme n’était point seule dans son appartement.
Sa femme, la comtesse de X… très connue à Paris dans le monde, était une personne aussi charmante qu’irréprochable.
On avait bien dit sur elle, comme sur toutes les jolies femmes, quelques-unes de ces petites indiscrétions, de ces petites fables qui tombent d’elles-mêmes, mais qui ont le très grave inconvénient d’allumer dans le cœur des maris l’une de ces jalousies qui deviennent une véritable folie.
M. le comte de X… était donc ce mari jaloux,–jaloux de tout et de tous–jaloux au bal–jaloux à dîner, à souper, à l’Opéra, aux courses;–jaloux du moindre ruban, de la moindre dentelle que portait sa femme;–jaloux, un jour par exemple–de certaine ombrelle rouge qui, selon lui, devait être quelque signe convenu:–un jaloux féroce en un mot!
Surprendre sa femme en faute,– en faute de pensée, de parole ou d’action, était chez ce mari la seule occupation, le seul but de sa vie.
Or, arriver la nuit à l’improviste– trouver une lampe allumée–sa femme non endormie; il y avait là, il devait y avoir là quelque chose:–de là, la dispute, de là, le mari qui accuse, et la femme qui se défend–de là, les recherches du mari, partout, sous le lit, dans tous les cabinets, sous tous les fauteuils, derrière tous les rideaux! –Vaines recherches!
La femme avait beau jurer de son innocence, rien n’arrêtait le jaloux; lorsque soudain, il crut entendre un bruit au dehors, sur le balcon, un pas.–Il y avait quelqu’un sur le balcon!
La femme nia, le jaloux persista et aussitôt, sa petite lanterne à la main, (celle qu’il laissait chaque nuit chez le portier pour rentrer chez lui, ) il ouvrit la fenêtre et là, se trouva nez à nez avec un individu, le chapeau rabattu sur les yeux,–l’air inquiet, ahuri, désolé.
«Que faites-vous ici? lui dit-il.– Qui êtes-vous? répondez.»
–«Je ne suis point ce que vous croyez, repartit le prince, je suis égaré sur ce balcon–je ne demande qu’à descendre, qu’à sortir–laissez-moi aller, de grâce, je vous en prie!»
–«Comment, répliqua le jaloux, vous êtes ici, à cette heure, pour entrer chez moi, d’où vous sortez peut-être,–d’où vous sortez, n’est-ce pas? avouez-le, et vous voulez que je vous laisse aller, jamais!»
«Oui, vous êtes un voleur, un voleur que je vais faire arrêter, oui, je vais crier au voleur!»
Puis, lui mettant sous les yeux sa lanterne et reconnaissant le prince, (si connu de tout le monde).
«Comment, c’est vous, monseigneur, qui vous introduisez ainsi chez la femme des autres, et vous voulez que je vous laisse aller, jamais, jamais, et si vous êtes un gentilhomme, demain....!»
Le prince eut beau affirmer que le mari se trompait, affirmer qu’il se trouvait là, sur ce balcon, par un hasard qu’il ne pouvait expliquer; le jaloux ne voulut rien voir, rien entendre; la querelle s’envenima, on se menaça, des mots on allait en venir aux mains, et le pauvre prince allait être arrêté et mené au poste, comme un vulgaire voleur, lorsque poussé à bout, et forcé de se défendre, il accepta la réparation qui lui était demandée et se mit à la disposition du jaloux, pour le lendemain.
Il était plus de trois heures lorsque, plus mort que vif, transi de froid et d’émotion, le prince regagna le coupé qui l’attendait depuis près de quatre heures à la porte du voisin, ou plutôt de cette voisine, chez laquelle il était entré comme un prince et d’où il était sorti comme un amoureux surpris, ou un malfaiteur–par ce double balcon, ce maudit balcon, qui allait être la cause d’une si tragique aventure.
V
Table des matières
Les témoins du prince furent bientôt trouvés, on ne les nomme pas– les amis du comte de X… en firent autant de leur côté, et le lendemain, moi, pauvre coupé, j’étais attelé et le cocher me conduisait au fond du bois de Boulogne–Il était neuf heures.
Nous n’allions jamais à cette heure au bois, ni surtout dans cette solitaire partie du bois qui est proche de Boulogne.–Là, sur un mot du prince, le cocher s’arrêta près d’un grand fourré et voici ce que vit le coupé:
Le prince et ses deux amis étant descendus y rencontrèrent un autre monsieur, avec deux autres personnes.
On se montra deux longs pistolets, on les chargea; puis on mesura des pas, puis on plaça mon maître à certaine distance, tandis que les autres faisaient de même;–puis à un signal donné, j’entendis deux coups de feu secs,–puis l’un des deux combattants tourna sur lui-même et tomba la face contre terre (ce n’était pas le prince). –Il était mort, mort sur le coup.
Alors le prince et ses amis remontèrent en voiture et ce fut fini.
Voilà, ce que moi, pauvre coupé, j’avais vu et entendu dans la sinistre nuit de janvier187.:–un rendez-vous amoureux troublé–une fuite du galant sur le balcon voisin–une querelle de mari jaloux–un duel et une mort d’homme!
Mais cette histoire ne devait pas finir ainsi.
VI
Table des matières
Le prince qui avait tué le mari, ignorait absolument pour qui il avait été obligé de se battre.
Quelle était cette personne, la cause innocente de cette grande jalousie?– Quelle était cette veuve ainsi privée à jamais de son mari d’une façon si étrange, et il faut le dire, si grotesque?
Était-elle jolie, laide, désolée?– toutes choses qu’on veut savoir, surtout quand on est la cause, même involontaire, d’un si terrible événement.
Le prince se mit immédiatement à la recherche de cette énigme.
Voici ce qu’il apprit:
La comtesse de X… était mariée depuis quelques années à peine. C’était un mariage d’arrangement, l’amour n’y était pour rien.
Ils avaient tous les deux de la fortune–Les deux familles se valaient; –même monde,–mêmes relations, –bonne noblesse des deux côtés.
La comtesse jeune et jolie,–nous l’avons dit,–aimait le monde. Elle y était fort entourée–son mari, le plus jaloux des maris,–nous l’avons dit aussi–ne la menait dans le monde qu’à regret,–toujours le premier au milieu du cotillon ou du souper, à vouloir rentrer;–enfin, vous savez, un de ces tristes et insupportables tyrans qui adorent leurs femmes, en essayant de les priver de tous les plaisirs permis, pour jouir seuls du cercle, du baccarat, et quelquefois de certains autres.
Ce ménage était donc de ceux qu’on peut appeler troublés, par les scènes continuelles d’une jalousie injurieuse et sans motifs.
Hélas! lorsqu’une semblable injure est faite à une femme, souvent elle lui donne des idées qu’elle n’aurait jamais eues, et on a vu les plus sages accusées de légèretés, ne devenir légères et coupables que par esprit de vengeance et de contradiction.
La comtesse était sur cette pente dangereuse, lorsqu’elle était devenue veuve.
Telle était celle que le prince voulait absolument connaître.
Tous les moyens furent essayés, employés pour y arriver; mais d’un côté,–pour la veuve, recevoir le meurtrier de son mari;–et de l’autre, pour le prince, se trouver près de la femme de celui qu’il venait de tuer;–c’était pour les deux une situation, presque impossible.
Le prince cependant, avec l’espèce d’entêtement et de volonté que suggère une semblable aventure, n’insista, ne persista que plus.–Par ses amis, par les intermédiaires qu’il trouva, par l’or et l’argent, par tous les moyens plus ou moins permis, il se fit jour, et il arriva.
La comtesse, il faut se hâter de le dire, après la première douleur s’était assez vite consolée.–Comme la veuve de la légende, comme les veuves du royaume de Malabar, elle ne s’était point condamnée au bûcher–elle ne s’était point coupé les cheveux–elle n’avait pas laissé ses beaux yeux se rougir de trop de larmes; tout cela l’aurait enlaidie;–non, sous le grand voile de crêpe dont elle s’était enveloppée, elle restait encore la plus jolie des veuves.
Ce fut donc sous ce voile mystérieux que le prince la connut.
La première entrevue fut difficile– la seconde moins–la troisième presque de l’affection, et de visite en visite, bientôt on ne put se passer l’un de l’autre.
Le veuvage appelle ordinairement la consolation.–Or, il arriva qu’un jour, le consolateur parla d’autre chose–il arriva que l’amour arriva, –et que le prétendu voleur du balcon entrait désormais libre, amoureux et heureux, auprès de celle qui devint un jour sa maîtresse adorée!
Étrange histoire qui commence par un rendez-vous chez une femme galante–se poursuit et se dramatise par la fuite du galant sur un balcon voisin, celui d’une sage inconnue– amène par un duel la mort d’un mari jaloux–et finit par un amour insensé pour la veuve même de celui qu’on a tué!
Cette liaison défendue dura cependant et ne finit qu’avec la mort du prince.–Cette charmante personne fût celle qu’il aima le plus.
Le pauvre coupé avait commencé, un soir de neige, par la porte d’à côté: dorénavant c’était à celle du numéro suivant qu’il passait ses jours et presque ses nuits, attendant fidèlement, à une porte amie, le royal aventurier:
DES DEUX BALCONS.
LE
MANUSCRIT DU GÉNÉRAL
Table des matières
I
Table des matières
Après la mort du prince d’O…, je fus acheté par le général comte X.–Il ne me garda pas longtemps.
–Après une courte saison aux eaux de Bagnères-de-Luchon, il était venu mourir à Nice.
On ne sait jamais à qui on succède, –si avec son nouveau maître, on sera plus ou moins tranquille, plus ou moins heureux qu’avec le premier;– toutefois, lorsqu’on a eu pour maître et seigneur un irrégulier, un coureur de belles comme le prince, on pouvait espérer de meilleurs jours et surtout de meilleures nuits.
Le général (presque anonyme) était, en effet, un de ces maîtres qui, dans leurs suprêmes années, ont rapporté comme l’ordre et la discipline de leurs premières armes.
Son portrait, le voici:
Le général X ne devait guère dépasser ses douze lustres. Sa vie s’était passée toute à la guerre.–On l’avait vu partout où il y avait eu un coup de sabre à donner ou à recevoir.–On l’avait trouvé successivement en Crimée, à Solferino, au Mexique, frappant d’estoc et de taille –il en avait rapporté les blessures qu’il venait soigner aux eaux.
Il était grand, mince, d’une taille élégante et souple–sa tournure était galante–le casque qu’il avait d’abord porté, lorsqu’il était au service d’Espagne, et d’autres fatigues l’avaient fait un peu chauve; c’était mieux, car il avait le front haut, large, ouvert, celui de l’intelligence–tout cela avec de grands yeux, de belles dents, un profil fin et sérieux.
Son caractère était plutôt un peu philosophique, dans la bonne et agréable acception du mot–ses réparties, ses conversations respiraient une sorte d’humour et d’imprévu qui plaisait.
Son cœur, quelque éprouvé qu’il eût été, avait conservé ses émotions les plus tendres.
Amateur passionné du beau sexe, toujours galant, toujours amoureux et toujours inconstant; il papillonnait autour de toutes les fleurs et semblait avoir pris pour sa devise, ce vers:
J’ai l’âge d’un vieillard et le cœur d’un jeune homme.
Tel mon nouveau maître, le général.
II
Table des matières
Le général, paraît-il, avait une étrange habitude; il écrivait chaque jour, le soir, ce qui lui était arrivé dans la journée–c’est ainsi qu’à sa mort et lorsque le baron, mon maître actuel, devint possesseur du fameux coupé, il y trouva ce que nous avons appelé:
Le Manuscrit du Général.
La première chose que fait quelqu’un, lorsqu’il devient possesseur d’un objet quelconque, d’un meuble; c’est de l’examiner, de le retourner, de le fouiller jusque dans ses coins et recoins les plus secrets.
Qui sait ce qu’on trouvera? C’est ce que le baron fit aussitôt.
Tout fut fouillé, interrogé, examiné dans toute ma personne.–Extérieur, intérieur, les coussins moelleux, les stores de soie, la glace, la boîte aux cartes de visite, tout fut reconnu et le baron passant à la petite caisse en acajou qui existait entre les deux glaces, avait déjà ouvert le premier tiroir et s’apprêtait à ouvrir le second; lorsqu’il sentit une résistance.
Ce second tiroir était fermé à clef –la serrure était une serrure de sûreté, la clef manquait, comment faire?–Et puis, que renfermait ce tiroir? des secrets peut-être,– des secrets de femme, ceux qu’on enferme, qu’on cache, qu’on garde et dont on a la clef sur soi, la petite clef d’or attachée à la chaîne de sa montre!
Rien de possible pour avoir, pour retrouver cette clef; il fallut donc faire ouvrir ce tiroir par une main mercenaire, par un ouvrier.–
On l’ouvrit et on y trouva le secret d’une femme.
C’était un manuscrit fort long, écrit jour par jour, c’était l’histoire dernière des dernières amours du pauvre général, l’histoire de tout ce que moi, fidèle coupé, j’avais vu, su, et entendu, et que voici;–le titre était:
L’AMOUR AUX EAUX
Titre étrange qui promettait.
En tête, on lisait cette maxime de La Bruyère:
«Ce roman n’est pas vrai, non, il y manque le vraisemblable!»
Et cependant, ajoutait le général, il a existé!
Il y avait là évidemment un roman, une femme, une histoire d’amour.
La scène s’ouvre:
Le général, son coupé et ses trois chevaux sont installés à Luchon, dans une charmante villa, la villa Diana, celle qui existe au milieu de la verdure et des sapins, au bout du parc, près de l’allée des bains.
Le général est un habitué, un passionné de la délicieuse vallée au milieu de laquelle s’élève la petite cité de Bagnères-de-Luchon.
Il y vient chaque année, depuis25 ans,–il y connaît tout le monde,– fait chaque année des connaissances nouvelles, avec cette société cosmopolite qui apporte, en elle, tous les goûts, toutes les allures, tous les charmes, toutes les faiblesses de celles qui, en moins de30jours, se sont donné pour régime et pour hygiène le don de plaire, d’aimer et de se faire aimer!
Pour une semblable besogne, la journée ne se compose pas, comme ailleurs, dans les villes par exemple, de plus ou moins d’heures perdues.– Dans le monde des villes, l’amour a ses étapes, ses longueurs, ses distances, ses longues attentes, ses longues désillusions, ses longues douleurs;–ici, aux eaux, le jour des amours se compose d’heures, de minutes, de secondes dont pas une n’est à perdre.
Cette vie des eaux, ce monde des eaux est donc un monde propre et particulier–un monde dans lequel chacun apporte sa note, sa couleur, sa personnalité; toutes marquées au coin d’un seul et unique but, d’un seul et unique sentiment:
LE PLAISIR!
Plaisir des yeux, plaisir d’un jour, plaisir d’un mois–amour des eaux, monde des eaux–arrivée de tous et de toutes,–prétentions de tous et de toutes–fautes, chutes, souvenirs et regrets:–C’est ce que le général, –passé maître en cette délicate matière,–peignait dans son curieux manuscrit, en traits si vifs, si colorés et si vrais, qu’on eût dit un peintre arrachant à sa palette toutes les couleurs dont il avait su vivifier son charmant tableau;–qu’on eût dit un livre, un guide, un guide-bijou dont chaque feuillet retraçait quelque chose du riant voyage à travers ce pays des eaux, ce monde des eaux, du plaisir et des amours!
III
Table des matières
Le monde des eaux, selon le général, ne ressemble à nul autre.–Toutes les classes, les situations, les natures, les prétentions, s’y rencontrent et s’y coudoient.
Aller aux eaux, est devenu en France, une mode d’abord, une nécessité de santé ensuite.
On va aux eaux, parce qu’on est jolie, élégante, qu’on veut montrer son joli visage, ses jolies toilettes, courir à pied, à cheval, sur la terre et sur l’onde et se laisser aimer.
La nécessité de santé, entre, à son tour, pour quelque chose dans la saison des eaux.–On est depuis l’hiver, affaiblie, on ne digère plus, l’anémie physique a amené l’anémie morale;– on appelle le médecin, le cher docteur, le complaisant, et sur l’heure, une bonne consultation a ordonné Vichy, Trouville, Luchon, Biarritz et tutti quanti.
Le voyage décidé, il faut qu’on s’y prépare.
Pour une femme, les préparatifs d’une saison d’eaux ne sont pas peu de chose.–On a sa réputation de jolie femme, et, pour la soutenir, que de détails, de conditions et de préparatifs ne faut-il pas?
La couturière, la chapelière, la cordonnière sont mandées, et, à grande vitesse, comme le wagon déjà retenu, tout a été commandé:–robes du matin, du jour, du soir–amazone–bottes et bottines–gants à huit ou douze boutons–bas rayés, brodés de toutes couleurs–bijoux en cas de bals–chapeaux Directoire, Rembrandt toques, et toquets:–En quinze jours, Virot, Laferrière, Worth ont livré leurs trésors.–C’est à se mettre à genoux devant; c’est flambant, pimpant, provoquant:– on part,–on est parti,–on est arrivé.
L’arrivée en toutes choses est le point capital.–Aux eaux l’arrivée est chose importante.
Il en est qui arrivent seules, il en est qui arrivent à deux.
Arriver avec son mari, cela est bien, est mieux pour la première entrée en scène; cependant, beaucoup d’élégantes arrivent seules.–Cela a un certain air qui ne déplaît point.– Qui est-on?–D’où vient-on?–Tout cela est de la chronique des eaux.– Les suppositions, les erreurs, les racontars, les potins, font la joie d’une soirée;–on en parle, on en discute, et discuter quelqu’un, une jolie femme surtout, c’est déjà pour elle une notoriété;–aux eaux, la notoriété est un succès.
Toutefois, arriver n’est pas tout– il faut savoir arriver.
Or, arriver de la gare en calèche, avec des caisses à robes et à chapeaux aussi neuves que gigantesques, à son chiffre, avec un sac de voyage en joli maroquin, une robe du matin et un chapeau simples; c’est une des conditions de la bonne arrivée de l’élégante, c’est une promesse.
Celle qui arriverait avec un méchant chapeau fané, des malles fermées avec des cordes et dessus ces malles des adresses à la main; serait une personne perdue, perdue au moins pour les premiers jours.–Il faudrait pour qu’elle se réhabilitât que le contenu fût en complet désaccord avec le contenant, et encore!
Où va-t-on descendre? toujours au grand hôtel du lieu, car il y a partout un grand hôtel,–ou mieux, dans une villa retenue d’avance.
C’est là qu’on s’est installé et, un matin, le lendemain de l’arrivée ordinairement, on vous apporte un registre sur lequel vous êtes invité ou invitée à mettre vos noms, prénoms, qualités et qui pis est; votre âge,– Impertinence!
Lorsqu’on a un nom et des qualités connues, un trait de plume en fait l’affaire.–Comtesse A. ou B.– 29ans,–jamais plus, souvent moins.
Lorsqu’on est d’un monde moins connu, plus équivoque, cette déclaration a, aux eaux, une importance capitale–comme ce registre est copié par la liste officielle des étrangers, il faut à tout prix y figurer en rang, nom et qualité–en noblesse.
On a connu, aux eaux, une foule de personnes qui n’avaient de particule et de titre que la saison durant–se faire princesse, duchesse ou marquise serait trop fort; mais être, pour deux mois seulement, comtesse ou baronne, baronne surtout, cela se voit partout, –des barons, on ne parle pas, il en foisonne comme du chiendent dans un pré.
Les qualités, c’est bien autre chose. –Aux eaux, tout le monde est de qualité;–rentiers, propriétaires, avocats, licenciés en beaucoup de choses, tout s’y trouve; et puis, il y a la catégorie des anciens:–ancien sénateur,–ancien député,–ancien ministre,–ancien préfet,– ancien receveur-général,–ancien officier; et tout ce qui, en France, accuse l’instabilité des services et des gouvernements passés, présents et futurs. On a compris d’avance que tout ce monde venu d’un peu partout, diffèrent par ses origines, sa situation, ses tendances, ses opinions et surtout ses mœurs; que ce monde soit un monde composé de presque autant de mondes que de personnes.
IV
Table des matières
Et d’abord:
Il y a le monde de Paris–celui-là se divise presqu’à l’infini.–Le faubourg Saint-Germain et le faubourg Saint-Honoré ne vivent pas ensemble. –La haute banque ne vit pas avec la petite finance.–La jeunesse dorée des deux sexes se recrute de toutes les jeunes et jolies Parisiennes, quelles qu’elles soient, c’est le monde où l’on s’amuse.
La société de province est aux eaux ce qu’elle est chez elle, gourmée, divisée de caste, d’opinion, de situation, de prétention; elle fait bande à part. –C’est ainsi qu’aux eaux, on trouve à côté du groupe parisien, le groupe de Marseille, celui de Toulouse, parlant chacun son langage; je devrais dire son patois, très haut, très criard, et regardant d’en haut ou d’en bas, tout ce qui n’est pas de la Cannebière, du Capitole, ou d’autres lieux.
La société étrangère joue de son côté, aux eaux, un rôle très considérable.–Pour elle, venir aux eaux, c’est venir montrer ses jolis visages et ses jolies robes, elle n’y saurait manquer.
Les Espagnoles, les Américaines et les Russes, y figurent en première ligne.
Les Espagnols se mêlent très rarement–à quelque province qu’ils appartiennent (et cela est chez eux un trait caractéristique), de quelque société, de quelque famille qu’ils soient; ils ne se réunissent qu’entre eux, ne dansent qu’entre eux, ne parlent que leur langue.–Les femmes espagnoles sont jolies, aimables, élégantes.–Là où elles sont, elles règnent à peu près, par leurs charmes qui sont grands.–L’amour et la valse sont le régime à elles ordonné par le médecin.–Avec l’amour et la valse, on guérit tous les maux.
Les Américaines sont essentiellement sociables, elles sont de tous les groupes où l’on s’amuse.
Arrivées à Paris pour acheter des robes et des chapeaux, aux eaux pour les montrer;–là où le violon, les parties de campagne, les pique-niques les appellent, elles vont.–Comme elles sont en général, très jolies; elles ne laissent point d’avoir autour d’elles une cour nombreuse.
La société russe joue, aux eaux, comme partout, un rôle à elle.
La femme russe apporte en elle son esprit fin, sa conversation imagée, sa distinction, sa frivolité, son charme.– Elle ne dédaigne pas la galanterie– elle valse, elle polke, elle soupe; elle mène à grandes guides tout ce qui lui tombe sous la main, affection, amitié ou amour–elle est agréable et charmante,–aux eaux, comme partout elle est une ressource, et mieux un plaisir; quelquefois plus, un sentiment.–S’il dure, c’est bien,–s’il ne dure pas, c’est un des bons souvenirs qu’on emporte, mais qu’on ne retrouve pas.–On les accuse d’être un peu inconstantes, mobiles;–mais le ciel n’est pas toujours bleu et puis aussi, l’homme n’est pas parfait.
Il y a, aux eaux, un autre monde douteux, équivoque, qui a pour sobriquet la moitié du vrai monde.–Ce demi-monde s’y présente d’abord sous les dehors les plus discrets,–allure réservée, conversation sérieuse, yeux baissés, toilette noire; c’est le prélude de la comédie, avec les mouchoirs armoriés, les éventails armoriés; les porte-monnaie couronnés, des couronnes partout.
Les cartes de visite sont toutes de comtesse et de baronne, et toutes, par componction, portent des noms de saints ou de saintes: Saint-Georges– Saint-André–Saint-Clair; c’est presque un martyrologe et les martyrs ne manquent jamais dans ce calendrier.
«J’ai connu aux eaux, (dit le général), une certaine comtesse, sur la carte de laquelle j’ai lu:–«La comtesse de M., CHANOINESSE HONORAIRE.» – Honoraire! Il paraît qu’il existe un chapitre où il y a des chanoinesses en exercice et des chanoinesses en retraite.–«Celle dont je parle, ajoutait le général, était d’ailleurs une chanoinesse charmante; blonde, blanche, les yeux bleus, petite bouche, lèvres de grenade, lèvres curieuses.–En vérité, elle ne méritait pas la retraite, et je doute fort qu’elle l’eût prise!»
S’associer à l’un de ces mondes, poursuit le manuscrit, est cependant chose nécessaire, si on ne veut pas vivre comme un ours.
C’est avec l’un de ces mondes, qu’il faut exister, déjeuner, dîner, aller en partie, en voiture, à cheval, luncher sur l’herbe, parler de toutes choses; –d’amitié d’abord, d’amour quelque-fois, vivre enfin deux ou trois mois.
Les parties d’abord:–On sait ce qu’elles sont aux eaux, un nid à querelles ou à sympathies.
Vous projetez une promenade, un déjeuner.–Qui en sera?–Si madame X en est, madame Z n’y veut aller,–Si Monsieur A n’est point invité, madame B n’ira point; et puis, il y a les demoiselles, et puis, il y a les places dans les voitures;–graves questions.
Être, durant deux ou trois heures, nez à nez avec telle ou telle personne, c’est presque aussi grave que de passer une huitaine à la campagne;–il faut donc choisir ses partenaires.
Lorsque l’amour y entre pour quelque chose, tout est bien.–Lorsque seulement il y a sympathie de sentiment ou d’esprit, tout va encore; mais lorsque rien ne lie ces voyageurs de hasard, il y a fort à regarder–alors, le chapitre des déconvenues et des désillusions a commencé, c’est un des chapitres de l’histoire des eaux.
Le chapitre des bals, des valses, des cotillons est presque aussi scabreux, s’il n’est plus.
Danser souvent avec la même personne est, aux eaux, presque un engagement–de part et d’autre, on s’y fait, on s’y plaît, et l’on a vu bien des chagrins plus ou moins vifs, plus ou moins désagréables, naître de ces accouplements fortuits et regrettés.
Tel, ce monde des eaux, si bien crayonné par le général, qui en avait une si grande habitude:–Aussi, chaque année, le voyait-on, un des premiers, aller, tantôt à la gare, tantôt le long de l’allée d’Etigny, attendre les arrivants.
Aux eaux, les arrivants sont un des grands intérêts du jour,–on va à la découverte, comme Christophe Colomb, à celle d’un nouveau monde.– Quel sera ce monde?–Qui arrive?– Qui est arrivé?–C’est la question du jour, celle du moment, quelquefois celle du cœur.
A ce titre, elle intéressait plus que personne le général, qui, en dépit de son âge, sentait encore tout jeune en lui.
En latin: Semper virens!
En français: Toujours vert! toujours vert-galant!
V
Table des matières
«Un jour donc, dit le général, nous étions, mon coupé et moi, arrêtés vers le milieu de l’allée d’Étigny, vis-à-vis du café du célèbre Arnative, le Brébant de l’endroit; lorsque nous vîmes une calèche s’arrêter.
«Deux personnes, deux femmes en descendirent.
L’une d’elles était âgée, la mère, la tante peut-être; l’autre était jeune, la fille ou la nièce;–derrière elles, un omnibus avec deux femmes de chambre et des caisses, des caisses à contenir tout le magasin du Louvre!–C’était correct, neuf, propre–point de ficelles, point de cordes;–c’était aristocratique, cela avait un air distingué, le contenu devait ressembler au contenant,–cela plaisait.»
Le général remarqua, plus peut-être qu’il ne l’eût dû, ces arrivantes qu’il ne connaissait pas, et quelque chose, une de ces choses qui frappent au premier abord, lui avait déjà parlé,–il est ainsi dans la vie certains avertissements, certains pressentiments qui ne trompent point, qui souvent décident d’un sentiment ou d’une aventure!
Puis, quand on cherche, il est rare qu’on ne trouve pas.–Or le général était mieux qu’un chercheur, il était un trouvère.
Lorsqu’on a cette vocation du trouvère, on n’est pas trouvère à demi– on va, on vient, on épie, et on ne s’arrête que lorsqu’on a trouvé–c’est un métier qui n’a pas grande analogie avec les maux qu’on va essayer de guérir, avec les bronchites, les laryngites et tous autres prétextes des eaux; mais c’est un métier qui a son charme, son intérêt, quelquefois il vous mène au bonheur!–Cela s’est vu.
Le général, le plus friand des chercheurs, était donc depuis quelques jours à la recherche des deux personnes qu’il avait vues débarquer à la petite maison de l’allée d’Étigny, lorsqu’une circonstance fortuite, un hasard vint le servir à souhait.
Le hasard!–On en médit beaucoup, on le conteste beaucoup, on en plaisante beaucoup;–c’est lui cependant qui vient, à son heure, nous donner ce que nous cherchons.
En amitié, comme en amour, comme en toutes choses, c’est lui qui, la plupart du temps, est notre maître, notre charmant maître, tenant à la main le fruit qu’il a cueilli à la branche permise ou défendue, et nous l’offrant comme pour le goûter.
C’est ce hasard qui, au jour écrit, entr’ouvrit donc l’horizon de l’aventure amoureuse, dont moi, coupé fidèle, je fus le témoin, presque l’acteur et le complice.
Pulsuz fraqment bitdi.