Kitabı oxu: «Vers leipogrammes et autres oeuvres en poésie de S. C. S. D. R»

Şrift:

Salomon Certon

Vers leipogrammes et autres oeuvres en poésie de S. C. S. D. R


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066322267

Table des matières

AU LECTEUR.

LEIPOGRAMMES

LEIPOGRAMMES. VEILLE D’ UNE NVICT.

LEIPOGRAMMES. VOYAGE.

LEIPOGRAMMES. NAVIGAGE.

SESTINES, POUR UNE MARGUERITE.

SESTINE I.

SESTINE II.

SESTINE III.

SESTINE IIII.

SESTINE V.

SESTINE VI.

SESTINE VII.

SESTINE VIII.

SESTINE IX.

SESTINE X.

SESTINE XI.

SESTINE XII.

SESTINE XIII.

SESTINE XIIII.

SESTINE XV.

SESTINE XV.

DIVERS POEMES.

CRAMBE, ou LE CHOV.

ODES EN VERS MESUREZ ET RIMEZ.

EPIGRAMMES EN VERS MESUREZ. A M. Rapin.

PSEAUMES EN VERS MESUREZ.

S. CERTONIS EPIGRAMMATA.

VERS

PROGRAMMES

ET AUTRES OEUVRES

EN POESIE,

De S.C.S.D.R.


A SEDAN,

De l’Imprimerie de JEAN JANNON.

M. DC. XX.

AU LECTEUR.

Table des matières


E n’a jamais esté mon intention de faire imprimer cecy: car il n’a couru &ne court encore que trop de telles fadaises, Que ce ne lait point esté, le long temps qu’il y a que la pluspart en est oubliee du fonds d’un coffre, le peut assez faire enser, y ayant quarante&quatre ans &plus que ces leïpogrammes&la plus-part du reste ont esté batis. Et quelques-uns sans reproche n tesmoigneroient, si le fait estoit l’importance. La raison donc en est, que me trouvant il y a quelque temps touchez deffunct monsieur Estienne avec quatre ou cinq de mes amis, comme on eut tombé sur le propos des vers françois, il dit en avoir d’une sorte qu’on n’avoit point encore veüe,&les vouloit donner au sieur Iannon pour les imprimer,&luy estant demandé quelle il dit que c’estoient vers leïpogrammes. Je dy lors, qu’il y avoit long temps que je m’estois adonné à ceste sorte de vers,&que j’avoy creu que personne ne l’eust essayee que moy,&sur le chap luy en recitay quelques-uns: puis le priant de me monstrer ceux qu’il avoit, je trouvay que d’estoiet les miens mesmes qu’il disoit avoir eus d’un que je ne nommeray pas, pource qu’il est mort, Auquel il me souvint les avoir prestez il y avoit fort long temps. Et combien que je priasse ledict sieur Estienne de ne les publier point, pour le peu de faict que c’estoit, il y persista plus pour la nouveauté, que pour autre raison que il eust (à ce que je croy) de le faire. Je le pressay donc de superceder tant que je les eusse reueus, avec promesse de les luy bailler pour en faire a, sa volonté. Ce que j’eusse fait incontinent après, sans son decés. Depuis, m’ayant ledict sieur Iannon sollicité de ma promesse, je m’y laisse emporter, les hazardant à la mer des humeurs d’un chacun. Mais source que le livre eust esté trop petit, pour le grossir, me servant de la mesme raison de la nouveauté, j’y ay adiousté quelques sestines, tirees par cy par là d’un plus gros ouvrage, dót la structure n’est gueres moins difficile que celle des leïpogrammes. Te priant de ne me blasmer pour le sujet qui est de follies l’amour, qui lors qu’elles furent composees estoit excusable, si excuse y eschet: car c’est seulement pour la rareté du poëme, peu se trouvans qui l’ayent encore tenté en nostre langue. Puis me voyãt si avant en mes nouveautez, pour la troisiesme j’y ay encore cousu la nouvelle façon des vers mesurés, d’aucuns hayë&reprouvee d’autres admiree&non approuvee, mais de fort peu loüee, tentee&essayee. Entre lesquels, après ce peu, mais de très-excellens que nous en ont laissé Jodelle &Passerat, nul ne l’a si heureusement traictee que feu monsieur Rapin. Celuy seul qui m’a le plus incité&enfin persuadé de me remettre à ceste façon de vers. que j’avoy plus de trente cinq ans sont, delaissee. Et pour la fin, pour monstrer que je ne suis pas entierement extravagãt, je te presente quelque chose de la façon accoustumee, que je souhaitte au moins trouver grace envers roy, avec ce peu d’essay d’Epigrammes latins, aussi peu considerables, après tant de si excellés de nostre temps comme les françois, apres ceux de tant de rares esprits. Que si quelcun qui le merite peut estre mieux que moy, me veut donner le nom qu’on donne à ceste heure aux faiseurs de livres, encore qu’il n’en face point; qu’il considere que je l’ay donc sans en avoir eu dessein. Mais pour le moins est-ce contentement à mon esprit, qu’à personne ne nuira ceeste façon d’escrire, qui n’embroüille point les cerveaux de douteuse creance, comme sont tant d’escrits en la Théologie, ne tue&n’estropie point les Corps humains, comme tant en Medecine,&ne ruine point les maisons& les biens, comme tant en droict: des trois sortes desquels la terre est pour le iourd’ huy grandement abusee, infectee, &ravagee. Adieu.

LEIPOGRAMMES

Table des matières

à monsieur de Lomenie

Secretaire d’Estat.


E vous donne ce labeur, fils sans fruict de mon oysiveté inutile. Ce sont vers leïpogrammes, ainsi dicts pource qu’en chaque sonnet une lettre est delaissee. Et bien qu’en tous il y ait une difficulté fort raboteuse, toutesfois en celuy de l’e elle est du tout pierreuse&presque inaccessible, pour la misere& peine qu’il y a de la joindre&surmonter. Dites donc, ô embarassement! o sueur! car certes je confesse que j’ay recerché une chose vaine avec beaucoup de travail, &principalement au premier alphabeth, qui a esté faict en une nuict. Le present est de peu dimportance, l’invention ennuyeuse, &pour sa rudesse rejettable. l’y ay travaillé pourtant, afin qu’il y cust, sinon du fruict&de la delectation, au moins de l’admiration pour sa nouveauté, la necessité de l’observation en ayant recullé& cóme banny toute la beauté poëtique,&le contentement du discours. En somme, il n’y a rien pourquoy vous luy deviez porter affection, mais bien commiseration pour sonc estropîment. Quelle raison donc ay-je de le vous doner? Nulle, sinon que vous l’avez desiré,&que vous me voulés du bien. A dieu

LEIPOGRAMMES.
VEILLE D’UNE NVICT.

Table des matières

A


Sprits qui voletez sur le bruict que bour donne

Le fleuve recourbé qui de son victe cours

Leche presque le tour de ceste ville, où l’ours

Qui fut premier trouvé le redouté nom donne:

Si deuot quelquesfois vostre troupe mignonne

l’honore de mes vers. Et sur les legers tours

Que le soir vous tournez, de mes divers discours

Le son tristé enroüé pour contrebruict t’entonne:

Priez pour moy le Dieu qui qui sied de costé

Sur le moite surion de ce fleuve irrité,

Qu’il cesse un peu le bruict qui trouble mes oreilless

Ores que je vous veux estrener de ces vers,

Puis escoute benin mille discours divers

Que je force sortir d’une nuict de mes veilles.

B

Qui vondroit resister à la puissance tienne

Doux enfat de la nuit, il luy faudroit aux diem

S’esgaler tout a fait, escheler leurs hauts cieux,

Et de leur doux Nectar humer la coupe pleine;

Mais garde le tonnerre au fils de Dindymene

Garde le traittement qu’eurent les factieux

Qui m’ont sur mont monté, (forfaict audacieux)

Rougirent de leur sang la motte Pelienne

Mieux vaut donc faire joug, et ne point resister,

Sommeil, à ton effort, de peur de t’irriter,

Et n’en remporter rien que repentir&peine:

Mais, Sommeil, je te pry ne te courrouce point,

Et dispense mes yeux en ce seul petit poinct,

Car ma douce fureur ceste nuict me demeine.

C

L’Espouvantable plant des pointes de Memphis,

Le tortueux entour de la prison serree

Du fils de Pasiphaë, Et la tour enserree

Que pour ta Danaë rude pere tufis.

L’or, l’azur, et l’email des aislerons du fils,

De la fille à la mer: Et la plaine azuree

Qui prit jadis son nom de la lourde viree

Que sentit le voleur, Phaebus, que tu deffis.

Les Titans guerroyans dessous la troupe haute,

Et le Saturnien qui de foudres n’a faute

Sur leurs testes dardant son soulfre garde-Dieux:

Le fugitif de Troye, Et depuis, le bon homme

Qui la louue seura des batisseurs de Rome,

J’ay veu au peu de temps que j’ay fermé les yeux.

D

SOnge-creux Palinur’ quant ceste forte enuie

T’accabloit sommeillant, il falloit à l’escart

Laissant ton gouvernail te retirer à part,

Et là ronfler ton soul en asseurant ta vie:

Et vivant tu aurois avec ta compagnie

Trouvé les marcassins sous le chesnu fueillart,

Quant mesme il eust fallu sur le Latin rempart

Que l’ame t’eust esté par l’ennemy ravie.

L’honneur t’en fust resté: Puis on eust eu le soin

A te faire inhumer, si les armes au poing

Les Troyens t’eussent veu poursuivre la victoire,

Non, come un gros taureau, tomber la teste en bas:

Va, je ne te plain point. Ne te falloit-il pas

Eschapper eu veillant la mort toute notoire?

E

Il n’y a pas une apostrophe pour sauver l’e

Pour ravir la toison quand Jason courut tant,

Il y parvint pour vray, l’arrachant hors du sort

Aux dragons flamboyãs: mais non par son bras fort,

Non par son bac fatal à Cholios loing flottant.

Car sans ton fort pouvoir qui luy fut assistant

O doux fils à la nuict, par un subtil confort,

Son cas alloit fort mal: Il y sust plustost mort,

Tant grand, tant bon fust-il, tant hardy combatant.

Mais tu luy fus amy, quand ton appast charmoit

Son dragon, qui sans fin son tison allumoit.

Il toüt donc par toy du prix ainsi conquis:

Donc à toy qui luy fis un tant amy support,

Vu tour tant à propos, un tant divin confort,

Soit un los immortel à tout jamais acquis.

F

Si viste par la plaine à l’heritier de Rhee

Le sapin tabourdé d’un Oüest inconstant

Ne galope leger: Et le traict loin-portant

Ne coupe si soudain la campagne aëree:

Si tost ses traits grondans de sa voute atheree

Le mary de Juno ne va point esclatant:

Et l’aigle ravisseur, si tost ne va battant

De son ventre poussé, la colombe esgaree:

Que l’importun Sommeil m’a dardé le rainceau.

Qu’il trempe dans le creux de l’oublieux ruisseau.

Et m’a contraint baisser dessous son coup la teste.

Pardonne moy, Sommeil, Roy de toute la nuict

Sinon aux soucieux, car pour ton seul deduict

Cest estrange discours à ton honneur s’appreste.

G

JE te veux entonner d’une façon nouvelle

Mon doux Bourdó de nuict, dous tyrã de mó cœur.

Je te veux ceste nuict rendre brave vainqueur

Du charme ensorceleur d’une libre cervelle.

Sa force vienne avant qu’elle espanche cruelle

Cent pavots sur me yeux, ny leur morne liqueur,

Ny ses pipeurs efforts ne te vaincront, moqueur,

De son pouvoir charmeur d’une foible femelle.

Passons donc ceste nuict, Bourdon, joyeusement.

Passons-la sans dormir, et veillons bravement,

Vainquons de ces pavots la puissance endormeuse

Mais, Bourdon mon amy, seulement ceste nuict,

Car d’aller plus avant outre que cela nuit,

On en remporte en fin repentance fascheuse,

H

Mignards, doux, gracieux, courtois, avantureux,

Esprits de la nuict sombre, ô demons, si ma ioye

Despend toute de vous, et si je vous desploye

Mes vers, mon passetemps, mon bien plus doucereux,

Esprits mon doux plaisir, mon esbat amoureux,

Si pour vous je me plais à ceste nuict tant coye,

N’engardez qu’à mon gré curieux je ne voye

Le rond de vostre bal dont je suis desireux:

Quelque verue peut estre esclatant de la note

Que fredonne en ces prez la bande qui balote

Me fera mille vers nou ouis entonner:

Car encor que je soy trop bas pour telle gloire,

Estant enflé de vous, j’oseray me donner

Un espoir nourrissier d’une longue memoire.

I

O Somme trop fascheux, tãt long temps combatu,

Te campant à l’entour de mon frót, de ma teste,

Ton charme ensorcelleur à m’attaquer s’appreste:

Va t’en. A quel propos tant outrageux mes tu?

Venez tost mes demons, monstrez vostre vertu,

Courez à mon secours, que vostre force preste

Rompe l’endormeur coup de la morne tempeste

Dont ce fort combatant me veut rendre abatu.

Ne vous emparessez courez à ce forceur,

Arrachez de ses bras son baston terrasseur,

Baston à mon cerveau trop dommageable peste:

Autrement tous ces vers vouëz à vostre nom

s’en vont en grand hazard de perdre le beau reste

Que vont leur promettez d’un eternel renom.

K

Amoureux papillon de ta fatale flamme

Qui deça, qui de la voltiges mille tours

A l’entour du luisant de tes folles amours,

Peu sage batissant de ton tombeau la lame:

si quelque soing te tient de la tendrelette ame

Va tost, suy t’en d’icy: de ton importun cours

Par trop infortuné n’ entreromps les discours

De la douce fureur qui ceste nuict m’emflamme.

Quoy, tu n’en fais donc rien? ô mortelle amitié!

Pauvret, n’auras-tu point de toy mesme pitié?

Chetif te voila mort tu as beu ta folie,

He! que j’en ay regret. Ainsi fait peu de cas

Le soldat esuenté de sa chetifue vie

Tournant tant le rempart qu’il trouve le trespas.

L

Prez verdis de gasons, vous que va fendant Aare

Au cours precipité, prez qui enceinturez

D’un honneur bigarré ces antres retirez

Où mainte Hamadriade et maint Faune s’esgare:

Orrez vous point ma voix en ces nouveautez rare,

Voix dont j’ay vos esprits fantastics honorez?

Vous seray-je ennuyeux, vous que j’ay desirez

Ornemens et sujets dont mes chansons je pare?

Or prez verdement beaux, si hardy j’ay conduict

Dessus vostre toison ait sombre d’une nuict

Une troupe seante au sommet de Permesse,

Endurez je vous pry’ que par ce nouveau son,

(Car mesme vos esprits en ont de moy promesse).

J’entonne dessus vous ma fantasque chanson.

M

Sous ce large peuplier par trois fois trois je tourne,

J’y basty un autel de trois fois trois gazons,

J’y apporte du feu de trois fois trois tisons,

Et trois fois trois grillons pour y brusler s’adjourne:

Par trois fois trois encor y verser je retourne

Trois fois trois pots de laict, trois fois trois poils grisons

Je croise tout autour, trois fois trois oraisons

Par trois fois trois encor barboter j’y contourne.

C’est pour vous bas esprits de ces antres bossus,

C’est pour vous Satyreaux des costaux de là sus,

C’est pour vostre troupeau Dryades forestieres,

C’est pour vous dieux des eaux aux reluisãs talons,

C’est pour vous dieux des bois: cest autel, ces grillons,

Ces pots blanchis de laict, ces poils et ces prieres.

N

Fatigué du travail que j’avoy’ de mes veilles

Je m’estoy resolu quoy qu’il deust m’arriver

De laisser à mes yeux le sommeil esprouver,

Pour ce que sa douceur a fort peu de pareilles:

Mais voicy tout à coup, (gracieuses merveilles)

Dryades et Satyrs pres de moy s’efleuer,

Et de leur bruict meslé du sommeil me priver

Qui sorcier m’avoit pris les yeux et les oreilles.

A l’heure je rougy. Mais pour réparer mieux

La faute qui m’avoit faict abaisser les yeux

Je me mis au millieu de leurs gayes caroles.

Flore me prit le doigt, l’yvoire je saisy

Qui m’avoit pour esclave serviteur choisi,

Et je levay les pieds à leurs balades folles.

O

LUt, aide gracieux à ma plume pesante

Quand le dieu Lethien vient assaillir mes yeux,

Lut le sainct esbat mien, le plaisir gracieux

Quand le fils de la nuict mes paupieres enchante:

Tairay-je à mes escrits le jeu sacré qu’enfante

Afin de m’esveiller ce nerf tien precieux?

Ingrat me diras tu du chant delicieux.

Chãt mignard, chãt plaisant qui mes peines esuente?

Atten, à mes escrits tes chants je mariray,

Aux âges mes escrits: Ainsi je publieray

Eternels mes escrits, et tes chants perdurables.

Si que tant que sera la terre dans la mer,

Et dedans l’air la mer, et dedans les cieux l’air,

Tes chants et mes escrits je rendray admirables.

P

Fier Somme, qui mes sens estourdis de l’ombrage

Dont tu vas ennublant mes yeux tant harassez,

Fascheux, que je te hay. Ne t’est-ce donc assez,

De ce que je t’ay faict en mes vers tout hommage?

Voire: le grand honneur, la gloire, l’advantage

Dont tu te vanteras sur des membres lassez

Membres des chastes sœurs forcez et tracassez,

Et guidez ceste nuict d’une fantasque rage,

Elles me font l’honneur de m’aimer, me chérir,

Elles daignent venir m’entendre discourir,

Ne craignans d’un sorcier la charmeuse cholere.

Elles me font dicter ces sujets hazardeux,

Admirent le nouveau que je delaisse en eux,

Toy, Somme tu seras de ma gloire adversaire

Q

Pour vous mes Satyreaux en la peine je suis (tes

Où vo’ me pouvés voir:&pour vous Nymphelet-

Aus beaus yeux, aus beaus dois, aus tresses blodeletes,

Je n’apprehende point d’endurer ces ennuis:

Pour vous dieux fonteniers aux rafraichissãs muis,

Pour vous sources encor aux eaux argentelettes,

Pour vous prez esmaillez de mille violettes,

Et pour vous belles fleurs je passe ainsi ces nuicts,

C’est pourtant seulement avec vous deviser

Au frais de ceste nuict, c’est pour vous courtiser,

C’est pour de mon pouvoir fouler vos rives nettes,

C’est pour sans nul danger me laver en vos eaux,

Pour vaguer dessus vous, pour m’orner: Satyreaux,

Nymphes, dieux fonteniers .sources, prez&fleurettes.

R

Sans fin les vents esmeus n’agitent pas l’eschine

De l’océan moiteux:&du haut tempestant

N’est l’indignation dans les monts esclatant

Sans fin ses coups, ses feux, sa vengeance divine:

Il n’est pas dit aussi que celle qui domine

Dessus tes passions, en fin naille abatant

Ceste folle hautesse et ce desdain, qui tant

Ta face diminue et ta liesse mine.

Attendant quoy, Amy, vien t’en jusques icy,

Vien avec mes demons,&chasse tout souci:

Au moins tien bonne mine, et ne fay plus l’esclave.

Maint gay demon t’attend fantastik&joyeux,

Et mainte belle Nymphe en chemise se lave,

Afin qu’elle te noye eu l’appast de ses yeux.

S

LE grand contentement, la joye incomparable

que d’honorer le dieu qui cherit le laurier!

Le fortune bon-heur que de luy dedier

Louange meritee en cloge agreable!

L’honneur, la volupté, le bien, l’heur favorable

Qu’avec mainte Nymphete&maint Faune cheurier

Tout le long d’une nuict tuer le mal, meurtrier

De la joye au mortel tant et tant profitable!

O moy content et gay de tel bien recevoir!

O quel heur me ravit privé de moy, de voir

Telle troupe baler le long d’un beau rivage!

Amy, croy moy vien t’en, quitte l’ambition,

Quitte moy de la Cour l’ennuy, la fiction

Un antre, un roc, un pré la vaut et davantage

T

Je ne croy pas qu’on aye aux champs Elysiens

Plus d’heur ny de plaisir: je ne croy pas qu’on aye

Plus de soulas, de bien, de liesse, de joye,

O Venus, ô Amour dans vos champs Paphiens:

Comme s’en ay receu comblé de mille biens

Sur le rivage gay de ce pré qui verdoye,

Sur qui mon nouveau vers, sur qui ma Muse gaye

Exerce sans danger sesieux Parnassiens.

Se voir ensorcelé d’une grace amiable,

Se perdre dans le son d’une lyre agreable,

D’un vers emmielé l’ambrosie succer,

S’esveiller au doux air d’une voix doucereuse,

Se brusler dans les feux d’une œillade amoureuse,

C’est le miel que j’y veux d’un plein aise amasse

V

L’Estoile de Cypris à la face riante

Commençoit à paroistre,&l’orizon doroit,

Et Phœbé crin-doré son chariot tiroit,

Prest de recommencer sa cariere esclairante.

Prest d’Aare le bastif le sommeil se presente

En pieds, à moy songeard, depit il preparoit

Son baston charme-soin, dont semblant il faisoit

De me frapper le front en sa force pesante.

Mais le Latonien, prince benin&fort,

Ayant le soin de moy, paroit à son essort

Le destin non chanté de ma belle entreprise.

Dont malgré ce songeard, ce frere de la mort,

Hardy je parseray, m’aidant de son confort,

Le style delaissé de ma lettre promise.

X

Hanter és enuirons des esmaillez rivages,

Dans l’ombrage d’un bois s’escarter gayement,

Dans l’obscur d’une nuict se fourrer seurement,

Apprivoiser l’horreur des antres plus sauvages:

Voir au travers de l’air mille&mille visages

De demons fantastics crier folastrement,

Et sur le bruict d’une eau sans espouvantement

Entrevoir des esprits les reluisans images.

Voila tout le plaisir, voila tout le deduict

Que tu verrois le long de ceste estrange nuict;

Mais guidé seulement d’une fureur divine:

Car ne pense jamais, Amy, qu’un estranger

Des Muses le peust voir sinon en grand danger

De tomber temeraire en piteuse ruine.

Y

Muse, n’est-ce point là le feu de la Deesse

Qui nasquit autrefois dãs le champ marinier,

Qui d’un bril esclattant ne nous veut denier

Du matin qui s’en vient le jour&la promesse?

Defia, n’est-ce point là l’Aurore qui se dresse,

Vermillonnant les monts de son char saffranier?

Desia, n’est-ce pas là le flambeau journalier,

Qui des plus petits feux faict escarter la presse?

C’est le jour, pour le seur, c’est le poinct asseuré

Qui te delivrera du combat enduré,

Qui t’a toute la nuict faict guerre si cruelle.

Mon œil ne veille plus, tu es en liberté

De t’aller reposer par le jour appresté,

Qui t’annonce le poinct de ceste aube nouvelle.

Z

Par vostre bon secours folastres Satyreaux,

Par vostre bon secours Dryades buissonnieres.

Par vostre bon secours Naiades fontenieres,

Par vostre bon secours joyeux demons des eaux:

Par vostre bon secours Phœbus aux cheveux beaux,

Par vostre bon secours sœurs chastes et entieres,

Par vostre bon secours chansons non coustumieres,

Cotaux, antres, valons, sources, rives et preaux:

Je suis venu au bout de mes lettres laissees,

A vous, par le labeur d’une nuict, addressees:

Et pour n’en estre ingrat, sur ce nouvel autel

l’engrave cest escrit en lettres immortelles,

CERTON, POURAPOLLON ET POUR LES NEVE PUCELLES,

EN L’OBSCUR D’UNE NUICT A FAIT CEST OEUVRE TEL

LEIPOGRAMMES.
VOYAGE.

Table des matières

A


Ieu des chemins Cyllenien Mercure

Qui tout le jour sur le ciel sers les Dieux,

Et toute nuict touches és tristes lieux

Les froids esprits despoüilles de mort dure,

Pren, je te pry, de ces vers quelque cure

Que tout le temps que sous les courbez cieux

Me pren chemin, que j’erre soucieux,

Je te depeins de diverse figure.

Les esprits n’ont mesprisé mon veiller,

Et d’une nuict ne m’ont veu sommeiller: :

Pour Neptune est mon onde designee;

Or doit de toy, si tu luy es benin,

Bon conducteur de telle destinee,

Prendre son heur mon entrepris chemin.

B

Pastres naurez, Pastorelles blessees,

Je veux marcher, car le jour est venu:

Sus, devant moy jettez menu menu,

Fleurs, roses, lys, lavandes et pensees.

Force chansons: Que vos voix soient haussees

Sur mon chemin,&me soit maintenu

Ce train gaillard, jusques au soir chenu,

Et du Soleil les carieres lassees,

Lors taisez-vous, car il faut reposer.

Mais qui seroit si hardy que d’oser

S’armer veillant contre le morne somme?

Il me souvient du contrast qu’une nuict

J’eu contre luy voulant veiller, comme

Le lendemain mon œil s’en repentit

C

Qui va lasser trop superstitieux

Ses pieds poudreux d’un long pelerinage,

Qui se hazarde au danger d’un voyage

Pour des thresors qui ne valent pas mieux:

Qui grand vanteur visitera maints lieux

Pour s’enbraver et valoir davantage;

Qui plein de sang, et guerre,&d’outrage

Au loin ira tout remplir de ses feux:

Or quant à moy, la superstition,

Le gain, la gloire, et moins l’ambition

e suyure Mars, ne m’induit, ne me meine.

Tant seulemeut le desir, qui jadis

Fit voyager Homere et tous les fils

Du Delien, aujourd’huy me promeine

D

Hier au soir sous leur vilaine bouë

Ne firent rien les paisans Lyciens

Que me fascher, plus importuns que chiens,

En mon sommeil par leur bourbeuse mouë:

Prophetes seurs pour l’aube qui se jouë

Et claire et nette ez lieux olympiens,

Car en son ris et poils ambrosiens

Sur mon chemin seraine elle se rouë.

Gente maistresse au grisastre Tithon

Amene-moy le pere à Phaëton

Autant serain que jaunastre est ta tresse

Ainsi au soir retournant en ton lict,

Le puisses-tu, tant longue soit la nuict,

Trouver remis en sa verte jeunesse.

E

SAns ton rayon la nuict au loing chassant,

Ardant Tithon, qui chaud adoucissoit

Son matin frais, ton los qui saisissoit

Mon luth pançu succomboit impuissant:

Car son frimas sur ma main amassant

Un froid cuisant, quand mon doigt surpinçoit

Son doux boyau, qui ton los prononçoit

Nous fit faillir un matin transissant.

Mais tout à coup ton rayon nous a fait

Du chaud hastifiouïr tout à souhait,

Donnant ma main à son plaisir obmis,

Mon doigt au luth confus auparavant.

Ma voix au chant qui la va poursuivant,

Mon pas au train à mon travail promis.

F

Rossignolet, qui sous les pleurs d’Aurore

Vas degoisant tes regrets douloureux,

Sens-tu tousiours de ton fort rigoureux

Le desplaisir qui ton ame devore?

Si tu le sens,&tu te plainds encore

Au souvenir de ce tort malheureux,

Je te supply, lamentons-nous tous deux

Sous ce laurier, qui ce jardin decore.

Tu te plaindras de ton honneur osté,

Je pleureray ma douce liberté:

Tu blasmeras l’iniure violente

De ton tyran je gemiray du tort

Que je reçoy d’un bel œil qui me tente

Si doucement, qu’il me meine à la mort,

G

DEtant de pleurs ces prez raicunissans

Ne moüillent point leur verte couverture,

Que de travaux en ce chemin t’en dure

Pour deux beaux yeux mes yeux esbloüissans.

De tant de vents ces tourbillons croissans,

N’ont point soufflé ceste forest obscure,

Que de souspirs pour une absence dure,

Sont aujourd’huy de mes poulmons issans.

Helas! deceu j’avois quelque esperance,

Pensant, pensant en fuyant sa presence,

Que je fuirois quant&quant sa prison.

Mats à mon mal j’espreuve le contraire,

Sentant, tant plus je fuy pour m’en distraire,

Tant plus en moy s’embraser mon tisou.

H

LE beau pays, qui t’a, muse m’amie,

Donné renom, ores s’en va laissé:

Mais pour avoir tant de pays passé,

Ne sois pourtant lasse ny endormie.

Escoute un peu. Entens-tu bien que crie

Ce bergerot dans ce pré tapissé?

Il se complainct, ainsi que moy blessé

De la rigueur de sa douce ennemie.

Il est tout seul,&nul ne luy respond

Que l’entr’ouvert de ce caverneux fond,

A sa douleur ce luy semble allegeance.

Et qu’ay-je mieux? si ay, car j’ay au moins

Muse, ces vers qui me seront tesmoins

A l’advenir, de ma perseverance.

I

COurons, courons, reste race de verre

Me va, me va par trop espouventant:

Passons-la tost, Muse, Car on n’entend

Pas un seul mot de leur brusque tonnerre.

Ces grands carrous me font par trop la guerre,

Tout leur esbat est d’avaler d’autant:

Les refuser, est presque tout autant

Que ravager l’alteré de leur terre.

Sont bonnes gens, bon leur gouvernement,

Bon leur estat, on ne peut bonnement

Que les loüer, leur façon est fort bonne:

Braves soldats, en la guerre tres-bons:

Sucçans enfans le teton de Bellone;

Et hommes grands, les pots&les flascons.

K

VIença berger, reste bergere belle

Est-ce ta sœur, ou si c’est autrement?

(Il n’entend pas.) Son gentil instrument

S’accorde-il avec ta chalumelle?

Mais, par ta foy, te plais-tu avec elle,

Elle avec toy? vien-ça, dy moy comment

L’heur t’en voulut, lors que premierement

Elle se fit ta compagne fidelle?

Et puis, où fut-ce? Et y a-il long temps?

Et du depuis les gentils passetemps

Des amoureux ont-ils tenté vostre ame?

Il n’entend pas. Va, que tu es heureux,

Pleust au destin que j’eusse icy ma dame,

Pour achever ainsi nos jours tous deux.

L

C’Est bien monté. Ceste sente bizerre

Nous menera, que je croy, jusqu’aux Dieux.

Nous pourrions bien par trop audacieux

Sur nostre teste une infortune acquerre.

Non, Jupiter, ce n’est pour faire guerre

A ton Empire et siege spatieux,

Comme faisoient ces sots, qui de tes cieux

Dessus leur chef tirerent ton tonnerre.

Encore un peu, bien tost nous atteindrons

Ceste cassine, et puis nous descendrons

Continuans nostre entrepris voyage.

Nous y voicy. Or pere Jupiter,

En descendant aussi bien qu’au monter,

Jette sur nous ton gratieux visage.

M

GEnte Progné, qui d’une aiste legere

Coupes le plain de cest air spatieux.

Ne sçais-tu point le lieu où sont les yeux

D’une beauté que j’adore&revere?

Passe au dessus de ceste gent austere,

Qu’on n’entend point; va t’en jusques au creux

Du lict d’où sort le Rosne furieux.

Suy bien ce fleuve&sa viste carriere.

Passe Lyon,&t’en va jusques là,

Où d’autres fois Petrarque distilla

Pour sa Laura le sucre de sa veine.

Le pont passé tost tu la trouveras:

Quel bon recueil, lors que tu luy diras

De son desir nouvelle si soudaine.

N

QUi voudroit voir le pourtraict de la belle

me maistrise, il faudroit voir cela,

Que ce zephir souffle par cy par la,

Pour parer mieux Flora sa plus fidelle.

Cest arbre droit a pris sa taille d’elle;

Voyez ces lys, c’est la couleur qu’elle a:

Ce Philomel, lors qu’elle me parla,

Apprit la voix qui sa bouche emmielle:

Elle a baillé à ces fleurs leur odeur,

Et ce pré vert imita la couleur

Quelle voulut que ce jour je portasse.

Phœbe à ses yeux alluma ses flambeaux,

Et ce lierre accola ses rameaux,

lors qu’elle dit qu’heureux je la baisasse.

O

Las! je ne sçay si durant ceste absence

Quelque autre prend le bien qui me retient,

Vivant ça bas, bien qui seul m’appartient

Digne salaire à ma perseverance.

Certes nenny. Si legere inclemence

Ne git au cœur de celle qui me tient

De celle-la qui vivant me maintient

Heureux du feu que sa beauté m’eslance.

Mais de laisser celuy qui m’a laissé,

N’est-ce bien fait? Et qui m’a dispensé

De m’absenter ainsi de sa presence?

J’ay tres-mal fait. Mais, Maistresse, mercy,

Partes beaux yeux. Les Dieux prennent ainsi

Pitié de ceux qu’abbat la repentance.

P

J’Estois lassé sous un arbre estendu,

Ne songeant rien, Florine, qu’en ta grace;

Le sommeil vient, met sa main sur ma face:

Tout aussi tost j’ay ton ris entendu.

Hé, que de roye et de bien m’a rendu

Ce doux esclat. Je m’esueille, j’embrrasse

Autour de moy: mais je devins tout glace,

Ne trouvant rien de mon bien attendu.

Je cherche en vain, en vain je me tourmente,

En vain en l’air je m’escrie et lamente,

Rien qu’une Echo ne redonne ma voix.

Helas, mon bien n’est donc rien que mensonge!

Helas, mon heur ne me vient donc qu’en songe!

En rien aussi desormais je m’en vais.

Q

Pour avoir veu la pierreuse Savoye,

Et le Suisse en ces monts suspendu;

Pour avoir veu le Grison morfondu.

Et d’où le Rhin ses ondes nous envoye:

Pour avoir veu l’Italie, l’eau gaye

De l’Eridan dessus elle estendu;

Et le marais, où lon a deffendu

Aux chariots de Venise la voye:

Pour avoir veu l’Alleman carrousseur,

Ramer dessus son Danube malheur,

Passé Boheme, Hongrie, et Moravie,

Je n’en suis point pourtant plus satisfaict

Si la beauté, d’où prend vie ma vie,

Ne se souvient de mon amour parfaict.

R

Je l’avoy’ dit, amy, je le confesse,

Et le devoy: mais j’ay esté deceu.

Je le pensoy’, mais qui, que Dieu, asçeu

L’evenement du demain qui nous laisse?

Je le devoy’, le lien qui sans cesse

Me va collant au bien que m’as voulu

Le demandoit: mais, las! je ne l’ay peu?

A ce seul coup sur moy ta plume cesse.

Las! c’est bien peu si ce n’estoit qu’à toy.

J’ay bien failly plus meschamment de soy,

J’en paye aussi la devë penitence.

Si que jamais ny le chemin joyeux,

Ny la beauté de tant de plaisans lieux

N’ont mes ennuys soulagez d’allegeance.

S

Cœur de venin, œil qu’a forgé l’envie,

Langue de chienne à mon mal abbayant,

Bec contre moy ton fiel noir degorgeant,

Ce mien depart ta rage a-il remplie.

Je croy que non. Car tant que j’auray vie

Ton cœur d’enfer n’aura contentement.

Hé, que ta dent mangeroit doucement

De mon cœur vif une bonne partie!

Hé! ne crain point, me voila loing de toy,

Cela devroit te contenter, je croy,

Et mitiger quelque peu ton courage.

Ha! je me trompe, et ton cœur inhumain

Contre ma belle attaquee en ta rage

Aigrit encor’ le fiel de ton venin.

T

PAr mon chemin, ou que la pluye espaisse

Moïülle sans fin, sans fin noye mon dos,

Ou qu’esgaré je me regarde enclos

Deçà de là d’un vallon qui se baisse

Ou de l’hyver, la rigueur, la rudesse

Gele mon sang, mes moëlles, mes os,

Lors que la bize au souffle bien dispos

Le nez, les yeux, les oreilles me fesse:

Ou bien qu’un fleuve à son ravineux cours,

Ou qu’un rocher domicile des ours

Offre à mes pas son passage effroyable:

J’ay mesprisé la pluye le val creux,

Le froid, les eaux le rocher dangereux

Au souvenir d’un visage aggreable.

V

SOrtez brebis, hors du toict brebiettes,

Il en est temps. Sortez, le matin frais

est passé, et le Soleil est prés.

Sortez, tondez ces tendrettes herbetes:

Faites enfler de thin ces mammelettes,

Rongez la robe à ce morne cyprès,

Ne perdez temps ny loisir, et après

Tendez le pis à ces blanches fillettes.

Car le berger le permet,&l’a dit,

Il le commande, elles ont ce credit:

Mais il en a trois baisers de salaire,

O de berger belle condition!

O de berger desirable ordinaire,

Passant des grands la folle ambition!

X

J’Erre bien loing pour fuyr la presence

D’une dont l’œil m’accompagne tousjours;

D’une, de qui les trop vittes amours

Ne meurent point pour une longue absence.

L’esloignement n’y a nulle puissance;

Ce ne sont rien que fantastics discours,

Sots avortons d’entendemens trop lourds,

Car le fuyr n’allege ma souffrance.

S’il estoit vray, n’ay-je assez cheminé,

Ne suis-je pas d’elle assez esloigné?

Or rebroussons maintenant nostre course.

Et puis qu’il faut que necessairement

Nous estanchions nostre altéré tourment.

Il est meilleur de le faire à la source.

Y

MUse, conseil; lequel il me faut prendre

Pour reposer. Le frais, l’ombre ou le vert

Que ce ruisseau, ce bois, ce pré ouvert

Me vent donner, me fournir, et m’estendre.

Son cours, son ombre et son herbage tendre

Est-il trop froid, trop noir, trop descouvert?

Parle bien tost, car la fraischeur se perd,

Le vert fannit, l’ombre ne veut attendre.

Mais quel besoin de reposer si pres,

Et pour si peu consulter, si le frais,

Si l’ombre, ou si la verdure m’est bonne

Vois-tu la ville où nous mettrons à fin,

Sans que ruisseau, ne bois, ne pré, nous donne

Lieu de repos, nostre entrepris chemins?

Z

CA, me voila au bout de ma carriere,

Et si fort haut Phœbus encor nous luit.

Cyllenien, pour m’avoir bien conduit

Comme j’en fy à ta bonté priere,

Je t’appen là bourdon et pannetiere,

Chapeau, manteau, et tout ce qui s’enfuit.

Corde&bouchon, le tout de cuir bien cuit,

Guestres, souliers, et ceinture&rapiere.

Le pelerin, qui les voudra porter

Pour son chemin, ne les puisse emporter

Sans devant toy premierement promettre,

Que de retour les remettant icy,

Pour s’acquit et il chantera aussi

A ton honneur un tout semblable metre.

LEIPOGRAMMES.
NAVIGAGE.

Table des matières

A


Ose glisser sur ton douteux empire

Dieu enionché, pour y dire ton los:

Reçoy moy donc, et repousse les flots

Qui troubleroient ce que je te veux dire.

Si tu m’entends, si comme je desire

Tu me reçoit sur le bleu de ton dos,

Et tiens mon pin en tes doigts si bien clos

Que despecé sous ton onde il ne vire:

Je te promets sur terre de retour

petit temple, et le rens de son tour

el que le pin qui coupe ton eschine:

Et si ne veux qu’on y die pour toy

Service nul que celuy que je doy

Ores sonner sur ton onde divine.

B

N’Ympheletes des eaux, Naiades, Nereïdes,

Oseray-je hardy vos eaux revisiter?

Ouy je le feray: ça donc venez chanter

Autour de mon vaisseau de vos gorges humides.

chantez, toüez, riez,&me servez de guides

Errant de çà delà. Car je veux raconter

Vostre honneur cy dessus, mais le voulant tenter

Preservez mon vaisseau de dangereuses rides.

Vous me ruineriez. Mais Nymphetes d’honneur,

Vous ne gaigneriez rien à la perte, au malheur

Que m’auroit apporté vostre onde courroucee.

Rien que le seul plaisir ne me fait mettre icy,

Car de riches thresors le trop mordant soucy

Pour encores n’a pas assiegé ma pensee.

C

La large mere à la belle amoureuse

Du bas Pluton m’ennuye desormais,

Il faut un peu visiter Thetis, mais

Par fois elle est mutine et dangereuse:

Si faut-il estre et forte hazardeuse,

Si te faut-il esgayer en son frais,

Muse m’amie, afin qu’à tout jamais

Il nom en fait memoire avantageuse.

Quoy, tu pallis?&l’apprehension

T’oste du tout la resolution?

J’en passeray toutesfois mon enuie:

Et le danger ne me fera pas peur.

Au pis aller, si j’y laisse la vie

La mer prendra renom de mon malheur.

D

PAtron, as-tu ton cas? approche un peu l’oreille.

Ce n’est pas tout qu’avoir (je te confesse bien

Que c’est le principal) bon ancre, bon lien,

Bon mast, bon gouvernail, et la force pareille.

Il faut plus que cela. Et quoy? faut la bouteille

Bien rougissante au jus au Semeleïen;

Il nous faut le jambon,&n’oublier le bien

Que Ceres inventa, puis nous serons merveille,

ça, voila tout le faict. Or soigne bien à tout,

Baille la voile au vent,&je vay à ce bout

A l’escumeux Neptune offrir nostre priere:

Afin que si le vent, le courant, ou l’escueil

S’efforçoient à nous faire en l’eau nostre cercueil,

Estans prié par nous il les pousse en arriere.

E

Portun marin, ton flot au loing chassant

Oy mon propos, ma voix, mon oraison,

Conçoy mon cry, car joinct à la raison

Mon palais va son discours prononçant

Sur mon voisin nul abbay ravissant

A mon sapin conduict sur ta maison,

Or, ny lingot, ny son boüillant tison

Moins ont mon bac sur ton dos fait glissant:

Moins labourant sur ton cristal commun

A ton poisson fait-il larcin aucun;

Il luy faudroit baim, ou fil, ou appas.

Mais pour plaisir il court sur toy, pour voir

Luy donnant los ton loin-glissant pouvoir,

Fay-luy aussi sans hazard tout soulas.

F

JE voy, ce m’est avis sur la cime cornuë

De ce rocher prochain une grosse vapeur,

(Regarde un peu Patron, je transy tout de peur)

Maçonner le danger d’une mauvaise nuë.

Voy, comme à mesme instant la voila devenuë

Grosse, et pleine de poix, je presage en mon cœur

Que dedans peu de temps rien ne sera trop seur

(O vieillard Ocean) sur ton onde chenuë

Sus viste mes amis, mariniers, sus avant,

Gaignons ce prochain port avant que le grand vent

Ne saisisse du tout nostre tendre nasselle:

Toy, vien caler ce voile, empoigne ce timon,

Cours desarmer ce mast, couche cest aviron,

Tandis que les Tritons à nostre aide s’appelle.

G

Dieu, que de flots, combien d’ondes ensemble

Viennent sur nom! Hé Dieu, combien de morts

Et de perils par ces bruyans efforts

Ce souffle fier sur nos testes assemble!

Ha! mes amis, ja défia il me semble

Estre arrivé sur les oublieux bords

De l’Acheron, ja au son de ses scors

Nous appellant ma pauvrette ame tremble.

Ha, quel hyver! ha, quel torrent hydeux!

Ce flot cruel m’a couvert les cheveux.

Du coup mortel de sa rude tempeste,

Tourne Patron, cuite cest escueil.

Hé! ce rocher sera nostre cercueil,

Si tost des Dieux l’aide ne nous est preste.

H

PEu s’en faut qui ce coup nostre pauvre nasselle.

N’ait esté submergee au plus profond de l’eau:

Peu s’en faut qu’à ce coup nostre pauvre bateau

Ne soit allé plongé jusqu’où Triton l’appelle.

Dieu! la prouë en va par ceste onde nouvelle,

Dieu! la poupe s’en va par cest assaut nouveau.

Comme tout va craquãt! Ce n’est plus qu’un ruisseau

Du flot, qui sans finir, dessus nous s’amoncelle.

Las! autant que je voy de ces rudes efforts

Combattre contre nous, autant je voy de morts:

En faudroit-il bien tant pour troupe si petite?

Pardonne nous Neptun’,&si une autre foi

Courir si privement dessus toy tu me vois,

N’espargne contre nous ton liquide exercite.

I

Nobles enfans, brave race de Lede,

Helas, secours! courez à ce danger,

De ces grands flots venez nous revanger;

Venez, courez,&nous donnez remede.

Las venez tost! ceste onde nous possede,

Sans vous, sans vous, elle nous veut manger.

Tout nous deffaut, pour d’elle nous vanger,

A ses efforts nostre pauvre bac cede.

Haregardez! descendez promptement,

Abandonnez vostre gouvernement,

L’un Acheron, l’autre la voute astree.

Et vous aurez, de nous tous un autel,

Où sans cesser vostre race sacree

Se chantera par un vers eternel.

K

PAtron, il m’est advis qu’un peu la mer s’oppaise:

Pour vray aussi fait-elle, elle ne bruit plus tant

(Ou je ne voy pas bien qu’elle faisoit devant,

Qu’aux Dieux s’eusse crié contre nostre malaise

Le danger est passé. Mon Dieu, que je suis aise!

Voy comme peu à peu s’abbat, s’abbat le vent;

Voy comme le batteau va les ondes bravant,

Voy comme l’onde encor ses tempestes accoise.

Enfans, n’av’ous pas veu l’esclair du double feu

Sur le haut de la hune? Il faut payer le vœu;

Car je leur en ay fait pour nous tous la promesse.

Vous, vous ferez l’autel, si moy je chanteray

Le vers que cy après je leur composeray,

Du bien qu’ils nous ont fait en nostre grand’detresse.

L

A Vostre nom, deux braves guerriers,

Sacrez bessons. race Tindarienne,

Commencera ceste sainct ode mienne,

Magnifiant vos secours droituriers:

Je vous diray par dessus tout premiers

Au dur esbat de Minerve antienne,

Un pour sur pieds empourprer une arene,

Voyant son frere addonné aux destriers.

Homme jamais n’eschappa vostre choc,

Tesmoin m’en est Amicus du creux roc,

Et vos cousins trop aimans vostre amie.

O vray Patron de non feinte amitié,

Puis que de nom vous avez eu pitié,

Nous vous offrons desormais nostre vie.

M

L’Autel que nous sacros aux braves freres Dieux

Qui du danger des eaux ont sauvé nostre vie,

Ne sera par les ans, par le feu, ny la pluye

Esteint ny despecé. Car ainsi je le veux.

Les vers que j’y diray viendront à nos neveux,

Et aux neveux encor de leur race suivië:

Et si ne pourra rien contre eux la dure enuie,

Si elle ne vouloit faire la guerre aux cieux.

A tousjours on lira d’une lettre eternelle

Dans cest autel sacré le vers que t’y cizelle:

Pelerins à genoux, ostez vostre chapeau.

C’est l’ode que CERTON et une troupe belle

De Poëtes sacrez chanterent eternelle

A castor et Pollux sauveurs de leur batteau.

N

L’Audacieux, qui premier osa suivre

Le trop cruel de ces muables eaux.

Et les charger de ses foibles vaisseaux,

Autour du cœur eut du fer et du cuivre:

Il faut qu’il fust privé d’esprit, ou yure,

Pour regarder la mer&ses assauts

Les yeux sechez,&comme les batteaux

A chasque coup à la mort elle livre.

Helas! pourquoy Dieu a-il mis à part

La terre icy, la mer de l’autre part,

Si le batteau impie et fier la coupe?

C’est l’homme fol, c’est l’homme audacieux.

Qui veut tout faire. A-il pas mesme aux Dieux

Ravy leur feu jusques parmy leur troupe

O

RAmez, ramez enfans, entamez à puissance

Ce muable elemét tandis qu’avez beau temps.

Sans cesse il n’est pas tel. Ramez, ramez enfans,

De peur que derechef Eurus la bac ne tanse.

Il faut gaigner la ville avant que Titan lance

Dans le sein de Tethis ses chevaux haletans:

D’estre la nuict sur mer, c’est maigre passetemps

A ceux qui prennent d’elle à Midy deffiance.

Ramez, ramez enfans. Ha! que le temps est beau,

Et le vent à plaisir enlevant le batteau,

Sans qu’il racle en allant la plaine, ce me semble.

C’est le pair des enfans que Lede eut de Iupin,

Qui recevant à gré mes vers, sur ce sapin

Et l’heur&le beau temps suffisamment assemble.

P

Mon Gemaner, touche ton luth, de grace,

Fay marier à son celeste so

Et doux nectar de la belle chanson

Qui d’Anneton gaigna la bonne grace.

O que cest air aura grande efficace

Contre l’effort de ce rude glaçon.

Tu seras mieux que ne sit Arion

Lancé dedans la Tethienne glace.

Il se fit mettre, à l’ocean baillé

Avec son luth sur le dos escaillé

Qui le sauva. (d’un doux son rare marque.)

Et je suis seur qu’à ton chant, vistement

Il en viendra, non un tant seulement;

Mais mille et mille autour de nostre barq

Pulsuz fraqment bitdi.

Janr və etiketlər

Yaş həddi:
0+
Litresdə buraxılış tarixi:
16 yanvar 2025
Həcm:
144 səh. 25 illustrasiyalar
ISBN:
4064066322267
Naşir:
Müəllif hüququ sahibi:
Bookwire
Yükləmə formatı:

Oxşar kitablar