Kitabı oxu: «Les chasseurs de girafes»
Thomas Mayne Reid
Les chasseurs de girafes

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066327989
Table des matières
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII
CHAPITRE XXIII
CHAPITRE XXIV
CHAPITRE XXV
CHAPITRE XXVI
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE I er
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII
CHAPITRE XXIII
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX.
CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII
CHAPITRE XXIII
CHAPITRE XXIV

PREMIÈRE PARTIE
Table des matières
CHAPITRE I
Table des matières
ARRIVÉE A LA TERRE PROMISE
C’est dans cette contrée que nous connaissons tant et si peu, où la nature prodigue ses plus étonnantes créations, ses plus étranges contrastes, que nous allons errer une fois encore.
Nous retournons en Afrique pour y rencontrer de nouvelles aventures.
Sur les rives du Simpopo brûlait un feu clair, autour duquel le lecteur pourra contempler trois cercles d’êtres animés.
Le plus grand est composé de chevaux, le second de chiens, et le troisième, le moins nombreux, de jeunes gens. Je n’ai qu’à citer les noms de Hans et Hendrick von Bloom, Groot Willem et Arend van Wyk, pour faire connaître les «jeunes yagers» engagés dans l’expédition que nous allons raconter.
Tous ne sont pas inspirés par les mêmes espérances et les mêmes désirs.
Le tranquille et savant Hans von Bloom, ainsi que beaucoup de jeunes gens des colonies, désire visiter la patrie de ses ancêtres, l’Europe, afin d’utiliser les connaissances qu’il a acquises dans des voyages précédents, et la collection florale qu’il a amassée pendant qu’il était «Bush boy».
Mais auparavant il a jugé utile d’élargir ses connaissances en histoire naturelle par une excursion dans le sud de l’Afrique, sachant que ce pays présente une singulière variété de plantes rares, surtout entre les rivières Simpopo et Zambosi.
Son désir de faire ce voyage dans les déserts africains n’était pas plus fort que celui de l’enragé chasseur Groot Willem, qui, depuis son retour de sa dernière expédition, avait toujours été tourmenté du désir d’en entreprendre une autre, à la recherche d’un gibier inconnu.
Les deux jeunes cornettes, Hendrick von Bloom et Arend van Wyk, tous les deux s’efforçant de prendre les apparences de vieux guerriers, sont dans le camp.
Bien que passionnément épris de la vie de chasseur, chacun d’eux, pour certaines raisons, s’était abstenu de faire valoir la nécessité ou l’avantage de la présente expédition.
Ils eussent préféré rester chez eux, se contentant du gibier inférieur que l’on peut trouver près de Graaff-Reinet. — Ce n’est pas qu’ils craignissent le danger ou méritassent en aucune façon le surnom de «cockney sportsmen», mais leur patrie avait pour eux un charme que l’amour des aventures ne pouvait contrebalancer.
Aux émotions de la chasse auxquelles il avait, dans ses voyages précédents, pris tant de plaisir, Hendrick von Bloom préférait les sourires de Wilhemina van Wik, la sœur unique de ses amis Groot Willem et Arend.
Ce dernier, de son côté, ne se fût pas éloigné de la société de Trüey von Bloom, s’il avait été laissé à ses propres inclinations; mais Willem et Hans ayant résolu de pousser une pointe vers le nord, dans des contrées inconnues d’eux, le départ avait été résolu.
La promesse de belles chasses, et surtout la crainte du ridicule s’ils restaient chez eux, avaient décidé Hendrick et Arend à accompagner le grand chasseur et le naturaliste aux rives du Simpopo.
Assis près du feu, sont deux autres individus; l’un est le gros bushman Swartboy, court de taille et lourd d’esprit, à qui il eût été inutile de vouloir persuader de rester au logis, quand ses jeunes maîtres, Hans et Hendrick, allaient au loin courir le monde.
L’autre personnage est Congo le Cafre.
La rivière Simpopo se trouvait trop loin de Graaff-Reinet pour que les jeunes chasseurs pussent songer à l’atteindre avec des voitures et des vaches.
Le voyage dans ces conditions eût été possible, mais trop long, et ils étaient impatients d’arriver à ce que Groot Willem avait coutume d’appeler «la terre promise!»
Les jeunes aventuriers avaient donc pris des chevaux et la route la plus courte. Outre leurs montures, ils emmenaient encore six autres chevaux chargés de leurs bagages, de provisions de bouche, et des différents objets utiles et nécessaires.
Le camp où nous les rencontrons ne doit être qu’une halte temporaire. Ils ont réussi à traverser la rivière du Simpopo, et sont maintenant sur les lisières de cette contrée qui leur a été si souvent citée comme le paradis des chasseurs; ils en ont fini avec les fatigues du voyage, et n’ont plus devant eux que le plaisir, doublement appréciable quand on a fait plusieurs centaines de milles pour en jouir.
Nous avons dit qu’en entreprenant cette expédition les jeunes gens avaient des motifs différents; cela est vrai, bien qu’ils eussent aussi un but commun, outre celui de simple amusement.
Le consul de Hollande ayant été chargé, par son gouvernement, de lui procurer une paire, mâle et femelle, de girafes, pour être envoyée en Europe, où cet étrange quadrupède n’avait jamais été vu vivant, cinq cents pounds avaient été promis pour les deux animaux amenés sains et saufs soit à Cape-Town, soit à Port-Natal. Plusieurs partis de chasseurs avaient tenté l’aventure et tué des caméléopards par vingtaines, mais sans pouvoir jamais en capturer de vivants.
Nos jeunes gens avaient alors formé la résolution de prendre une paire de jeunes girafes, et de payer, avec le prix dévolu, toutes les dépenses de leur expédition. Ils projetaient aussi de vendre les dents des hippopotames qu’ils tueraient. Cette espérance n’était point déraisonnable. Ils savaient que des fortunes avaient été faites par la vente des défenses des éléphants; or les dents de l’hippopotame sont d’un ivoire plus fin et se vendent quatre fois plus cher que les premières sur les marchés européens.
L’intérêt cependant n’était pas le principal mobile de nos chercheurs d’aventures. Groot Willem notamment, en chasseur de profession, souhaitait d’abord de réussir dans ce que tant d’autres avaient tenté sans succès; pour lui, la gloire d’avoir capturé les deux girafes dépassait de beaucoup l’attrait des cinq cents livres sterling de récompense, 12,500 francs, bien que la somme ne fût pas à dédaigner.
CHAPITRE II
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SUR LE SIMPOPO
Durant la première nuit passée sur le Simpopo, nos chasseurs eurent de bonnes raisons pour supposer qu’ils étaient dans le voisinage du gibier qu’ils étaient venus chercher.
Leur repos fut troublé par un mélange de sons dans lesquels ils distinguèrent les rugissements du lion, de l’éléphant, et des voix d’animaux qu’ils n’avaient pas encore entendues.
Plusieurs heures de la journée s’étaient écoulées à chercher un gué dans la rivière, et ils n’avaient pu le trouver que lorsque le soleil était déjà bas à l’horizon. Tous, à l’exception de Congo, désiraient ne pas aller plus loin avant la nuit.
Le Cafre suggéra qu’ils feraient bien d’avancer au moins encore de la moitié d’un mille en montant ou en descendant la rivière, et Groot Willem appuya la proposition, sans autre raison pour cela qu’une profonde confiance dans le jugement de son compagnon.
L’avis de Congo avait fini par être adopté ; les bruits qui troublaient maintenant nos aventuriers se faisaient entendre à quelque distance d’eux, et semblaient provenir de l’endroit où ils avaient traversé la rivière.
«Maintenant, devinez-vous pourquoi Congo nous a conseillé de venir ici? demanda Groot Willem, comme ils écoutaient les cris qui les avaient réveillés.
— Non, fut la réplique de ses compagnons.
— Eh bien, c’est parce que l’endroit où nous étions est celui où tous les animaux des environs viennent s’abreuver.
— C’est cela même, dit Congo, confirmant les conjectures de son maître.
— Mais nous ne sommes pas venus ici pour fuir les animaux, à ce qu’il me semble du moins, observa le chasseur Hendrick.
— Non, répondit Willem, mais nos chevaux ont besoin de repos, si nous pouvons nous-mêmes nous en passer.»
Après ces quelques mots échangés, nos chasseurs, s’habituant au concert des animaux sauvages, tombèrent dans un profond sommeil qui dura toute la nuit.
L’aurore éclaira un spectacle d’une splendide beauté.
Les chercheurs d’aventures se trouvaient dans une large vallée, couverte d’arbres magnifiques, de gigantesques baobabs (adansonia digitata), de dattiers croissant par bouquets, sur un tapis floral regardé par Hans avec une satisfaction particulière.
Il avait trouvé un nouveau champ pour ses études, et de brillants rêves peuplaient ses pensées: il se voyait déjà possesseur de découvertes qui lui donnaient rang parmi les savants de l’Europe.
Ses compagnons dormaient encore, que déjà Groot Willem, accompagné de Congo, se mettait en route pour explorer le pays environnant. Ils dirigèrent leur marche vers la rivière.
En atteignant la place où ils l’avaient traversée, ils furent témoins d’une scène que même un vieux chasseur n’eût pu considérer sans une pénible émotion. Dans un espace de cent yards étaient étendues cinq antilopes mortes, d’une espèce inconnue à Willem.
Plusieurs hyènes se nourrissaient de leurs cadavres; à l’approche des chasseurs, elles se retirèrent lentement, en riant comme des créatures humaines privées de raison, qui viennent de commettre quelque horrible action. Par les fumées laissées sur le rivage, il était évident qu’éléphants et lions avaient visité cet endroit durant la nuit. Pendant qu’il faisait ces reconnaissances, Groot Willem était rejoint par Hans qui, lui aussi, avait déjà commencé ses explorations.
L’attention de Hans se dirigea aussitôt sur les antilopes mutilées, qu’il déclara appartenir à une nouvelle variété de ces animaux; chacune portait en travers du corps de petites bandes blanches, qui, pour cette raison, les faisaient ressembler à des «koo-doos».
Après un court examen des traces, Congo assura qu’une troupe d’élans avait déjà visité l’endroit, et que là, quatre gros éléphants aussi à la recherche de l’eau, étaient tombés sur eux. Trois ou quatre lions s’étaient mis de la partie, et dans la lutte, les élans seuls avaient été victimes.
«le pense que nous ferons bien d’établir ici un kraal en règle, et de nous y arrêter quelques jours, dit Willem à son retour au camp. Il y a grandement de quoi nourrir les chevaux, et il n’y a pas à douter que le gué où nous avons traversé ne soit fréquenté par toutes les espèces de gibier.
— C’est aussi mon opinion, dit Hendrick, mais je ne voudrais pas camper si près du gué. Nous ferons mieux de nous établir à quelque distance, afin de ne pas. empêcher le gibier de venir à l’eau, et afin aussi de dormir. Ne pensez-vous point que nous aurons plus d’avantage à nous éloigner un peu de la rivière?
— Oui, oui,» fut la réponse unanime.
On décida donc que l’on se mettrait à la recherche d’une place propre à l’établissement d’un «kraal» ().
Après avoir pris leur premier repas sur le Simpopo, Groot Willem, Hans et Hendrick montèrent à cheval et longèrent la rivière suivis de tous les chiens, laissant Arend avec Swartboy et Congo pour prendre soin du camp.
Pendant près de trois milles, les jeunes chasseurs coururent sans trouver aucun endroit favorable; les rives étaient à pic et arides, et par conséquent peu visitées par les animaux qu’ils désiraient chasser. Enfin, le paysage changea pour prendre un aspect plus en rapport avec leurs vœux.
Du bois léger, tel qu’il le fallait pour leurs besoins, croissait près de la rivière, qui n’était plus inaccessible, bien que ses bords parussent peu fréquentés par les animaux.
«Je pense que cet endroit conviendra admirablement, dit Groot Willem. Nous ne sommes qu’à un demi-mille du courant, et probablement nous trouverons à faire bonne chasse en remontant la rivière.
— Très-probablement, repartit Hendrick, mais avant de prendre trop de peine à nous bâtir un kraal, nous ferons bien de nous assurer du genre de gibier qui peut être trouvé ici.
— Vous avez raison, répondit Willem, il faut nous assurer si ce sont des hippopotames ou des girafes. Nous ne pouvons reparaître devant nos amis sans avoir pris une paire de ces derniers animaux; quelques-uns, j’en suis persuadé, seraient enchantés de pouvoir se moquer de nous.
— Et vous, entre tous, mériteriez leurs sarcasmes; rappelez-vous combien vous avez plaisanté les chasseurs qui revenaient bredouille.»
Ayant choisi une place pour le kraal, au cas où ils décideraient de rester quelque temps dans le voisinage, les jeunes chasseurs continuèrent leur exploration le long de la rivière.
CHAPITRE III
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UNE DOUBLE TRAPPE
Peu de temps après le départ de Groot Willem et de ses compagnons, Arend aperçut au milieu d’un fourré, à environ un demi-mille de la rivière, un petit troupeau d’antilopes broutant tranquillement les arbustes et les herbes de la prairie. Immédiatement, il monta à cheval avec l’intention d’en tuer une pour leur dîner.
Ayant galopé sous le vent du troupeau, et s’en étant approché, il vit qu’il appartenait à une espèce appelée «plongeurs».
Près d’eux était un bouquet de nerium olander, un arbrisseau d’environ douze pieds de haut, chargé de fleurs magnifiques.
A l’abri de ces buissons, il s’approcha assez près des antilopes, et visant une des plus grosses, il fit feu.
Les animaux, à l’exception d’un seul, se précipitèrent vers la lisière du hallier, firent un grand saut, et disparurent à la vue par-dessus les sommets des buissons, montrant ainsi qu’ils méritaient leur surnom de «plongeurs».
Galopant vers celui qui était resté en arrière, et sur lequel il avait tiré, le jeune chasseur s’assura qu’il était mort.
Il s’en retourna alors au camp, et dépêcha Congo et le bushman pour le rapporter.
Ceux-ci revinrent bientôt avec le gibier, qu’ils se préparaient à dépecer pour le faire rôtir.
Tandis qu’ils étaient ainsi occupés, Swartboy parut remarquer quelque chose dans la plaine.
«Regardez là-bas, baas Arend, dit-il.
— Bien! qu’est-ce que c’est, Swart?
— Vous voyez ce cheval qui pâture? Il est trop loin du camp.»
Arend se tourna dans la direction indiquée par le bushman. Un des chevaux s’était éloigné de ses compagnons, il se trouvait maintenant à plus d’un mille et continuait à courir en avant.
«Soyez tranquille! Swart, continuez votre cuisine. Je vais courir après la bête moi-même, et la faire rentrer.»
Arend, remontant à cheval, se mit à trotter dans la direction qu’avait prise l’animal.
Congo et Swartboy virent la nécessité, pour cuire l’antilope; de se procurer un peu d’eau, et chacun prenant un seau à cette intention, ils se dirigèrent vers le gué, qui se trouvait le point le plus à portée pour leur dessein.
Ils suivaient la rivière, mais au moment d’atteindre la place où ils pouvaient descendre dans l’eau, Congo, qui marchait en avant, disparut tout à coup.
Il était tombé dans une fosse soigneusement construite en vue de prendre des hippopotames ou des éléphants.
La trappe avait environ neuf pieds de profondeur, et lorsque le Cafre, revenu de son étonnement, voulut reconnaître les lieux, il se trouva presque aveuglé par le sable, la poussière et les autres matériaux qui avaient formé la couverture de la fosse.
Congo, au fait des ruses des chasseurs du sud de l’Afrique pour tuer du gros gibier, ne fut aucunement déconcerté par ce qui lui arrivait. Après s’être assuré qu’il ne s’était point blessé dans sa chute, il leva les yeux, espérant que son compagnon lui viendrait en aide.
Le bushman, surpris d’abord par l’incident dont son rival venait d’être victime, eut l’idée bientôt de s’en amuser un peu.
Poussant un éclat de rire sauvage, imitation assez exacte du cri d’une hyène, Swartboy, dans sa joie, se mit à danser et à sauter sur le bord du trou.
Jamais son petit esprit n’avait été si agréablement diverti, mais les manifestations de son plaisir furent aussi vite terminées que commencées; car, lui aussi, il disparut tout à coup, comme s’il venait d’être englouti par un tremblement de terre.
Un malheur semblable à celui de son compagnon lui était arrivé.
C’est l’habitude, dans le sud de l’Afrique, d’établir deux trappes l’une près de l’autre, les animaux qui viennent d’en éviter une pouvant, dans leur hâte et leur effroi, tomber dans l’autre.
La cavité dans laquelle Congo s’était le premier trouvé emprisonné contenait environ deux pieds de boue; les parois en étaient perpendiculaires, et d’une espèce d’argile savonneuse; aussi ses efforts pour grimper et en sortir furent-ils inutiles, au grand chagrin de ce peu philosophique esprit.
Plusieurs minutes qui semblèrent des heures à Congo s’écoulèrent, et cependant point de nouvelles de son compagnon. Swartboy était-il retourné au camp? Mais alors, comment Arend, ayant été averti, ne s’était-il pas empressé d’accourir au secours de son fidèle compagnon?
Pour ajouter aux charmes de l’endroit, la fosse contenait des reptiles et des insectes qui, comme lui, ne pouvaient plus en sortir. Les grenouilles et les crapauds qui la peuplaient (sans compter les grosses fourmis appelées «soldats») n’étaient point une compagnie pour faire passer le temps.
En vain Congo appelait «Swartboy» et «baas Arend», personne ne venait.
L’esprit vindicatif de sa race fut bientôt excité au plus haut point, et il ne désira plus recouvrer sa liberté que dans un seul but, celui de se venger de l’homme qui, au lieu de le délivrer, n’avait songé qu’à se réjouir de son accident.
Quant au bushman Swartboy, il n’avait nullement souffert de sa chute.
Sa première pensée fut de sortir de sa prison sans recourir au compagnon aux dépens duquel il venait de se réjouir. Son orgueil eût été grandement mortifié si le Cafre, parvenu à sortir avant lui de sa fosse, l’eût trouvé pris à son tour dans une autre. C’eût été une revanche trop humiliante.
Il écouta donc en silence les appels «au secours» de Congo, s’efforçant de tout son pouvoir de se dégager seul. Il se mit en conséquence à essayer d’utiliser un pieu aigu qui avait été placé là par les chasseurs, dans le but d’empaler et de tuer les hippopotames ou les éléphants qui tomberaient dans la trappe. Le projet du bushman était de s’aider de ce pieu pour sortir du trou; mais, au milieu de sa tâche, son esprit se tourna vers d’autres idées.
Swartboy fit comme bien des gens: au lieu de s’en prendre à lui-même de ce qui lui arrivait, il accusa son compagnon. N’était-ce pas le malheur du Cafre qui avait attiré le sien? Cependant il prit son mal plus en patience que Congo, parce qu’il avait un espoir de délivrance qui manquait à son camarade.
Il savait qu’Arend allait bientôt revenir au camp arec le cheval égaré, et qu’il s’inquiéterait d’eux; de plus, Arend s’apercevrait de l’absence du seau et se dirigerait vers le gué, la seule place où l’eau pût être puisée, et il passerait nécessairement en vue des fosses.
CHAPITRE IV
Table des matières
DANS LES FOSSES
Cependant Swartboy, voyant le temps s’écouler et les ombres de la nuit descendre du côté de la rivière, commença à perdre espoir. Il ne pouvait se rendre compte des raisons qui empêchaient le jeune chasseur de venir à son secours.
Groot Willem, Hendrick et Hans devaient être de retour: comment ne s’étaient-ils pas mis en quête de leurs serviteurs absents?
Après être resté silencieux, il fut saisi tout à coup du besoin d’exprimer son peu de satisfaction de la manière dont le sort avait conduit les événements.
«Congo! cria-t-il, où êtes-vous? pourquoi ne rentrez-vous pas au camp?»
Le Cafre reconnut immédiatement cette voix. Comme lui, le bushman était dans une tombe vivante. Ceci expliquait sa négligence à apporter l’aide désirée.
«Pourquoi? pourquoi? s’écria Congo, souriant pour la première fois depuis son emprisonnement, je ne veux pas aller au camp et vous laisser derrière moi, je vous attends.
— Vous avez trop bonne opinion de votre amabilité, répliqua le bushman: qui désirerait la compagnie d’un vieux fou de moricaud comme vous? Vous pouvez retourner au camp, et quand vous serez là, dire à baas Hendrick que Swartboy désire le voir. J’ai quelque chose de particulier à lui dire.
— Très-bien, fit le Cafre, de plus en plus réconcilié avec son emprisonnement. Mais ne puis-je dire à baas Hendrick ce que vous désirez sans lui donner la peine de venir ici? Que voulez-vous que je lui demande?»
En réponse à cette question, Swartboy fit un long speech dans lequel le Cafre était requis d’avouer sa maladresse et sa stupidité d’être tombé dans une trappe.
Celui-ci répliqua en demandant comment l’un aurait été plus maladroit que l’autre. Mais rien ne pouvait ôter de l’esprit du bushman que la maladresse de Congo avait causé la sienne.
Cette pensée, bien que consolante pour son orgueil, ne pouvait empêcher qu’il ne fût emprisonné dans un trou noir et sale, en compagnie de peu aimables reptiles.
Peu à peu son imagination s’exalta: qu’adviendrait-il si, par accident, Arend ne retournait point au camp, et si Groot Willem et les autres n’y rentraient pas non plus avant deux ou trois jours?
Et si une tribu des sauvages habitants de cette contrée venait à les découvrir? Ou si un éléphant étourdi lui tombait sur le dos...
Ces conjectures et un millier d’autres remplissaient la cervelle du bushman et le menaient à cette conclusion, que lui et son compagnon avaient pour perspective, après s’être nourris des reptiles qui remplissaient la trappe, de mourir de faim.
Ces désagréables rêveries furent interrompues par un aboiement furieux; levant les yeux jusqu’à l’ouverture par laquelle il était tombé, Swartboy aperçut une sauvage créature, le «wilde houden» des chasseurs hollandais.
A ce premier aboiement en succédèrent plusieurs autres.
Les animaux, par une crainte instinctive de l’homme, se retirèrent à une petite distance, mais ils avaient faim, et eurent le sens de reconnaître que l’ennemi qu’ils avaient aperçu devait se trouver pour quelque raison dans l’impossibilité de leur nuire.
En se rapprochant peu à peu des fosses, ils jugèrent qu’au fond de chacune il y avait de la nourriture pour eux.
La voix et les regards humains avaient perdu leur pouvoir, et les chiens sauvages commencèrent à gratter sur les fosses, envoyant dedans une pluie de poussière, de sable, de gazon qui faillirent suffoquer les deux hommes qui y étaient enfermés.
Les perches qui soutenaient l’écran de terre furent déracinées avec rage, et tout l’échafaudage menaça de s’écrouler. «C’est une avalanche de chiens, pensa Swartboy, j’espère que Congo en a sa part.»
Cet espoir fut bientôt réalisé, car un instant après, il entendit les aboiements d’un de ces animaux évidemment tombé dans le trou voisin.
Le chien était en effet dans la trappe, mais non sans s’être blessé, heureusement pour Congo, de façon à ne pouvoir être dangereux. Il était tombé sur le bâton à bout aigu, planté dans le centre du trou!
Le Cafre ne pouvait tenir son visage éloigné de plus de douze pouces de la gueule du chien, qui se débattait et tournait sur sa pique comme sur un pivot, et Congo dut se serrer contre un côté de la fosse, afin de se tenir hors de l’atteinte de l’animal enragé.
Swartboy pouvait distinguer les cris du chien empalé de ceux de ses compagnons qui étaient au-dessus, et l’interprétation qu’il y trouva fut qu’un terrible combat se livrait entre lui et le Cafre.
La jalousie et la rancune, si souvent témoignées par le bushman, n’étaient pas aussi invétérées qu’il le pensait.
Son intense anxiété pour savoir l’issue du combat lui fit comprendre que son amitié pour le Cafre triomphait de son animosité.
Tout à coup, il lui sembla que le troupeau sauvage s’éloignait. Le seul animal qui parût rester était celui qui aboyait toujours dans la fosse de Congo.
A quelle cause fallait-il attribuer le départ des chiens? Le secours venait-il enfin?
Le bushman écouta en retenant son haleine.
CHAPITRE V
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AREND PERDU
Dans l’après-midi, quand Groot Willem, Hans et Hendrick revinrent au camp, ils le trouvèrent désert.
Plusieurs chacals s’éloignèrent à leur approche, et en arrivant à l’endroit que ces créatures venaient de quitter, ils aperçurent les os bien nettoyés d’un quartier d’antilope.
Le camp devait donc être abandonné depuis plusieurs heures.
«Qu’est-ce que cela veut dire? s’écria Groot Willem. Qu’est devenu Arend?
— Je ne sais pas, répondit Hendrick; il est étrange que Swartboy et Congo ne soient pas ici pour nous le dire.
— Qu’allons-nous faire? demanda Willem d’un ton qui témoignait de quelque inquiétude.
— Attendre,» répondit Hans.
A ce moment deux ou trois objets fixèrent leur attention. C’étaient leurs propres chevaux, au loin, dans la plaine; Hendrick et Groot Willem partirent pour aller les chercher et les ramener au camp.
Environ une heure se passa avant qu’ils eussent réussi à reprendre les chevaux.
En passant près. du gué, sur leur retour, ils galopèrent vers la rivière pour faire boire leurs montures.
Arrivés plus près de la rive, ils aperçurent plusieurs chiens sauvages qui s’enfuyaient.
Les cavaliers continuèrent leur chemin vers la rivière. Pendant que leurs chevaux buvaient, il leur sembla entendre des sons étranges.
«Écoutez, dit Hendrick, ce bruit singulier; qu’est-ce que ce peut être?
— Un des chiens sauvages, sans doute, répondit Willem.
— Où ?»
Cette question resta sans réponse jusqu’à ce que Groot Willem eût aperçu une des fosses.
«Là-bas! s’écria-t-il, une trappe, et il y a un chien qui y est tombé, c’est lui qui aboie. Tirerai-je sur la bête?
— Oui, répliqua Hendrick; je déteste ces animaux, mais il serait cruel de laisser périr de faim un être quelconque.»
Willem trotta vers la trappe et mit pied à terre. Ni lui, ni son compagnon n’avaient encore parlé assez haut pour se faire entendre de ceux qui étaient enfermés dans les fosses.
En se penchant sur le trou, Willem n’aperçut que le malheureux chien pendu sur la pique et aboyant toujours; il le vis à l’œil et fit feu.
L’animal tomba mort; mais le coup de fusil fut suivi de deux cris terribles, poussés par les deux Africains.
«Arend! s’écria Willem inquiet de son frère et ne songeant qu’à lui; Arend, est-ce vous?
— Non, baas Willem, répondit le Cafre, c’est Congo.
— Que diable faites-vous là ? dit Willem.
— Je vous le dirai quand vous m’aurez aidé à en sortir,» repartit Congo.
Willem introduisit par l’ouverture de la trappe le bout de son long rifle, tandis qu’il le tenait fortement serré par la crosse.
Le Cafre prit à deux mains le canon du fusil que Groot Willem tira à lui de toutes ses forces, et le prisonnier se trouva ainsi délivré.
Swartboy, qui avait crié à son tour, sortit de sa fosse de la même manière, et les deux pauvres diables purent se contempler en face l’un de l’autre, chacun fort heureux de revoir son rival. La colère qui avait animé les yeux du Cafre s’était évanouie, et un large sourire éclairait son visage.
«Mais où est Arend? demanda Willem inquiet de l’absence de son frère.
— Je ne sais pas, baas Willem, répondit Congo; je suis ici depuis longtemps.
— Mais quand l’avez-vous vu en dernier lieu?» demanda Hendrick.
Congo se trouva dans l’impossibilité de répondre à cette question; il semblait croire qu’il avait été plusieurs jours enfermé dans le sein de la terre.
Willem et Hendrick apprirent de Swartboy qu’aussitôt après leur départ Arend s’était mis à la poursuite d’un des chevaux égaré dans la plaine.
Le soleil était déjà vers son déclin, et, sans perdre de temps en paroles inutiles, les deux chasseurs remontèrent à cheval et galopèrent vers l’endroit où Arend avait disparu.
Ils atteignirent la lisière du bois, presque à un mille du camp; alors, ne sachant plus que faire, Willem tira un coup de fusil.
Le bruit éveilla les échos de la forêt, et anxieusement ils attendirent une réponse, mais les gémissements des vautours, les caquetages des singes et les rugissements des lions, furent tout ce qu’ils entendirent.
«Que faire, Willem? demanda Hendrick.
— Allons au camp,» répondit Willem en faisant retourner sa monture.
CHAPITRE VI
Table des matières
SPOOR’EM
Le dernier rayon du soleil couchant avait déserté la vallée du Simpopo, quand Willem et Hendrick, munis d’une torche et accompagnés du Cafre et du chien Spoor’em, se remirent à la recherche de leur compagnon perdu.
L’animal répondant au nom de Spoor’em, né dans les établissements portugais et acheté par Groot Willem, avait eu Congo pour parrain. Les privations et les fatigues d’un voyage semblèrent alors fort antipathiques à Spoor’em, qui, plus d’une fois, parut disposé à abandonner ses maîtres. On l’avait néanmoins emmené dans la présente expédition, avec l’espoir qu’il rendrait quelque service en compensation des peines jusqu’alors prises pour lui.
On suivit la lisière de la forêt qui conduisait sur les traces laissées par Arend au moment où il s’était mis à la poursuite du cheval égaré. La piste des deux animaux se continuait dans la forêt, le long d’un chemin bien battu, évidemment par les buffles et autres animaux.
Ce chemin, embarrassé par des branchages épineux, rendait inutile l’aide du chien.
Congo conduisit donc la marche.
«Êtes-vous sûr que les deux chevaux ont passé par ici? demanda Willem en s’adressant au Cafre.
— Oui, baas Willem,» répondit Congo.
Willem, se tournant vers Hendrick, ajouta:
«Je voudrais qu’Arend eût laissé le cheval aller au diable; il ne valait pas qu’il se risquât dans un endroit comme celui-ci.»
Après avoir continué de marcher dans ce fouillis de buissons pendant près d’un demi-mille, ils atteignirent une étendue de plaine, où il n’y avait plus de voie tracée, mais des empreintes allant dans différentes directions.
Les marques des pieds du cheval d’Arend s’y retrouvèrent encore, et le limier fut lancé sur elles.
Contrairement aux autres limiers, Spoor’em ne laissait pas loin derrière lui ceux qui le suivaient. Il parut penser qu’il serait prudent pour tous qu’ils restassent les uns près des autres. Ses maîtres n’eurent donc aucune difficulté à se maintenir au niveau de son allure.
Dans l’espérance d’apprendre bientôt quelque chose de leur compagnon, ils continuèrent de marcher, tandis que de la voix ils encourageaient le limier à une course plus rapide.
Les bruits d’une querelle entre quelques-uns des sauvages habitants de cette forêt furent tout à coup entendus à peu de yards en avant.
C’étaient des bruits familiers aux chasseurs, et qu’ils pouvaient aisément interpréter.
Un lion et une compagnie d’hyènes se querellaient sur le corps d’un gros animal. Il n’y avait pas de combat, car, bien entendu, le roi des animaux était en possession non disputée de l’épave, et les hyènes ne faisaient que se plaindre à leur manière.
Aux rayons de la lune, les chasseurs aperçurent une douzaine d’hyènes rassemblées autour d’une masse sombre.
«On dirait le cadavre d’un cheval, murmura Hendrick.
— Oui, j’en suis certain, répliqua à voix basse aussi Willem, car je puis distinguer le harnais. Mon Dieu! c’est le cheval d’Arend.»
Spoor’em, qui s’était avancé à une quinzaine de pas de l’endroit où le lion était étendu, lança un aboiement de menace, comme une provocation au lion.
Un grognement furieux fut la seule réponse qu’obtint Spoor’em, et le lion resta tranquille.
«Nous pouvons ou le tuer, ou le chasser, dit Willem; lequel des deux ferons-nous?
— Tuons-le, répondit Hendrick: c’est le mieux.»
Se glissant en bas de leurs selles, Willem et Hendrick remirent le soin de leurs chevaux au Cafre. Ils avancèrent doucement, leurs fusils bien chargés et Spoor’em sur leurs talons, jusqu’à cinq pas du lion qui restait toujours à la même place.
Le seul respect qu’il montra pour leur présence fut de cesser de manger, et de s’accroupir, comme s’il s’apprêtait à s’élancer sur eux.
«Maintenant, murmura Hendrick, ferons-nous feu?
— Oui, oui.»
Tous deux pressèrent la détente, et les deux coups ne produisirent qu’une seule détonation.
Instinctivement chacun se jeta hors de la ligne où l’animal devait bondir. Lui, poussant un terrible rugissement, s’élança lourdement au-devant d’eux; mais ce fut pour tomber à leurs pieds, ayant franchi d’un bond une distance d’environ vingt pieds.
Sans se préoccuper plus longtemps de l’animal, les deux chasseurs tournèrent immédiatement leur attention sur le cheval. C’était bien celui d’Arend, mais il n’y avait pas la plus petite trace du cavalier. Quel que fût son sort, rien n’indiquait qu’il eût été tué.
Une espérance restait donc, qu’il avait pu s’échapper.
«Essayons de savoir si le cheval a été tué à l’endroit où il est étendu maintenant, ou s’il a été amené ici par le lion; c’est la meilleure manière pour asseoir nos conjectures et commencer nos recherches sur un terrain un peu solide.»
Après avoir examiné la terre, Congo déclara que le cheval avait été tué sur la place même, et par le lion.
Cela parut assez étrange.
Après un plus minutieux examen, on découvrit qu’une des jambes du cheval était embarrassée dans l’une des brides; cela expliquait, jusqu’à un certain point, le fait. Autrement il eût été difficile d’établir qu’un animal aussi léger et aussi vif qu’un cheval eût pu se laisser atteindre en rase campagne.
«Tant mieux, si les choses sont ainsi, dit Groot Willem; jamais Arend n’est venu jusqu’ici sur son cheval.
— C’est vrai, reprit Hendrick, et notre premier soin doit être de découvrir où il s’est séparé de sa monture.»
Durant cette conversation, les chasseurs avaient rechargé leurs rifles, et étaient remontés à cheval dans l’intention de retourner sur leurs pas.
«Baas Willem, suggéra Congo, laissez Spoor’em chercher encore un peu par ici.»
Cet avis fut adopté, et Congo, partant devant le limier, commença à décrire un long cercle autour de l’endroit.
Après avoir atteint un côté de la plaine, où ils n’avaient pas encore pénétré, le Cafre appela ses compagnons.
Ils galopèrent vers le Cafre, qui leur montra les empreintes du cheval d’Arend, s’éloignant de l’endroit où son corps était étendu, et dans une direction opposée au camp.
Évidemment le cheval était allé plus loin que la place où ses restes se trouvaient maintenant. Ayant perdu son cavalier, il retournait au camp, quand il avait fait la dangereuse rencontre du li on.
De nouveau, Spoor’em s’élança sur la piste, Congo marchant derrière lui, et les deux cavaliers galopant consciencieusement à la suite.
Mais il nous faut retourner au camp, et chercher d’une façon plus sûre, les traces du chasseur absent.
CHAPITRE VII
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LE CHASSEUR PERDU
Quand Arend eut rejoint le cheval qui s’était enfui du camp, l’animal se trouvait sur la lisière d’un grand fourré, et était apparemment déterminé à aller plus loin. A la vue de l’homme, il s’élança à travers les arbres, prenant une voie frayée par les animaux sauvages. Arend le suivit dans ce chemin trop étroit pour lui permettre de prendre la tête. Le jeune homme continua, dans l’espérance d’arriver à une plus large voie, où il pourrait alors dépasser le fuyard et le tourner vers le camp. Cet espoir parut sur le point de se réaliser, lorsque le cheval échappé, émergeant du fourré, entra dans une plaine recouverte d’une bruyère basse (l’erica vestila), chargée de fleurs blanches.
Le chasseur n’était plus obligé de se tenir sur les talons de l’animal, et, éperonnant sa monture, il essaya de dépasser la bête qu’il poursuivait.
Mais celle-ci, peut-être stimulée par le souvenir des bagages qu’elle avait eu à porter, prit le galop. Arend continua sa chasse, en redoublant de vitesse. Quand elle fut presque arrivée à moitié de la plaine, la bête tourna soudain à angle droit, abandonnant la ligne qu’elle avait jusqu’alors tenue. Arend, d’abord extrêmement surpris, comprit la cause de ce revirement, lorsqu’il vit apparaître un énorme rhinocéros, un borelé, qui arrivait droit, à travers la plaine, comme s’il se rendait à la rivière.
Le cavalier se fût bien trouvé d’avoir imité la prudence du cheval. Mais Arend van Wyk, chasseur et officier du cap Militia, à la vue du rhinocéros, ne put résister à la tentation de tirer dessus. Il éperonna donc son cheval, assez rétif à la vue du danger, et fit feu.
Ce fait amena un résultat que ni le cavalier ni sa monture n’avaient prévu.
Le borelé poussa un rugissement terrible et arriva droit sur celui qui l’attaquait.
Arend fut obligé de chercher sa sûreté dans la fuite, tandis que le rhinocéros le poursuivait d’une manière qui indiquait qu’il avait été blessé, mais pas assez grièvement pour l’empêcher de chercher à se venger.
Au début de la chasse, une très-petite distance séparait le poursuivant et le poursuivi; et au lieu de tourner brusquement hors du tracé, afin de laisser le rhinocéros passer à côté de lui, par suite du défaut de vision naturel à cet animal, le jeune chasseur eut le tort de continuer en ligne droite, occupé tout le temps à recharger son rifle.
Son erreur ne fut nullement causée par l’ignorance ou le défaut de présence d’esprit, mais seulement par une trop grande confiance en lui-même et un trop grand dédain pour la ruse du borelé.
Tout à coup il trouva sa course arrêtée par le buisson épineux et touffu, connu en Amérique sous le nom de «whit a bits», et le borelé arriva rapidement sur ses talons.
Il n’avait plus le temps, maintenant, de tourner à droite ou à gauche.
Le rifle se trouvait enfin rechargé ; mais il y avait peu de bonnes chances de tuer l’animal avec un seul coup; surtout étant si mal posé pour le viser. Arend ne vit d’autre ressource que de se jeter à bas de sa selle.
Il avait un double but en agissant ainsi: d’abord celui de tirer plus sûrement, et puis le borelé pouvait se mettre à la poursuite du cheval, oubliant son cavalier et le laissant spectateur de la chasse.
L’œil du rhinocéros ne peut embrasser qu’une très-petite étendue. Malheureusement pour le chasseur, ce fut lui, et non son cheval, qui se trouva dans le centre limité de la vision du borelé.
Levant vivement son rifle, il fit feu sur l’ennemi, puis s’enfuit vers un bouquet d’arbres qui s’élevait heureusement près de là.
Il entendait le lourd galop du rhinocéros qui le suivait. Plus près, et toujours plus près, la bête s’avançait à tel point que l’homme n’osait plus regarder derrière lui. Il sentait le souffle du monstre derrière son épaule!
Une seule chance lui restait; il la tenta en tournant brusquement à droite. Et alors il put voir qu’il avait tout juste échappé au danger d’être enlevé sur les cornes de l’animal!
Cette manœuvre lui permit de gagner un peu d’espace; mais cela ne dura pas longtemps, car le borelé recommença bientôt sa furieuse poursuite, sans montrer aucun signe de fatigue; tandis que le jeune homme, éprouvé par ses efforts, était incapable de continuer encore longtemps sa course.
Il lui restait à peine assez de force pour éviter une rencontre immédiate en faisant encore un tour, quand, heureusement, il vit devant lui le tronc d’un énorme baobab (pain de singe), couché par terre, abattu sans doute par quelque terrible orage, et posé sur ses racines de manière à laisser un espace de deux pieds entre son bois et la terre.
Arend se glissa vivement sous l’arbre, juste à temps pour éviter la longue corne dont la pointe menaçait encore ses reins.
Le chasseur pouvait maintenant respirer; il reprit confiance. Il vit que l’arbre le protégerait, même si le rhinocéros venait de l’autre côté : il n’aurait qu’à tourner encore pour se placer hors de l’atteinte de la terrible corne.
En rampant en avant et en arrière, il pouvait toujours se maintenir en sûreté. Et ce fut justement ce qu’il dut faire, car le monstre enragé, en le voyant de l’autre côté, se mit immédiatement à courir autour des racines et à renouveler l’attaque.
Cette tactique fut répétée plusieurs fois avant que le jeune chasseur eût eu le temps de la réflexion. Il espérait que la brute se fatiguerait de sa manœuvre et s’en irait. Il fut désappointé. L’animal, exaspéré par les blessures qu’il avait reçues, fut implacable, et pendant plus d’une heure, il tourna autour de l’arbre, essayant vainement de frapper son ennemi.
Arend, ayant peu de peine pour éviter l’animal, put donc réfléchir à sa situation. Il songea d’abord à faire usage de son rifle. L’arme était à sa portée sous l’arbre, mais quand il voulut la recharger, il s’aperçut que la crosse manquait.
L’attaque du borelé avait été si soudaine la dernière fois qu’il s’était servi de son arme, que la crosse n’avait pas été remise à sa place, mais laissée derrière lui sur la plaine.
C’était une malheureuse circonstance, et pendant longtemps le jeune chasseur ne trouva rien de mieux que de tourner d’un côté à un autre pour éviter l’assiégeant.
Le borelé sembla enfin se lasser de ses inutiles manœuvres.
Mais le désir de la vengeance n’était nullement éteint en lui, car, restant en faction, il ne fit aucun mouvement pour s’éloigner.
Au contraire, il s’accroupit devant le baobab de façon à ne perdre de vue aucun des côtés du gros tronc, évidemment déterminé à rester là et à attendre la première chance qui se présenterait pour atteindre sa victime.
Se voyant ainsi guetté, le jeune chasseur fit des réflexions assez désagréables, tout en cherchant comment il pourrait se libérer de ce siège obstiné.
CHAPITRE VIII
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DÉLIVRÉ
Le soleil se coucha, la lune monta au-dessus des sommets des arbres environnants, et le borelé semblait toujours dans les mêmes dispositions vindicatives.
Au bout de plusieurs heures, le jeune chasseur espéra que son ennemi quitterait le siège pour aller aux provisions. Chaque fois qu’il faisait un mouvement, l’ennemi l’imitait.
Ne pouvant recharger le rifle à balle, il imagina d’aveugler le borelé par une charge de poudre, ou de l’étonner par la détonation, de manière à lui faire prendre la fuite.
Cette combinaison était si simple que, lorsqu’il l’eut trouvée, Arend s’étonna de n’y avoir pas songé auparavant.
Il réussit sans difficulté à empiler une double charge de poudre dans le canon de son arme, et, afin de la garder ainsi jusqu’à ce que l’occasion d’un bon coup se présentât, il introduisit dans la bouche de l’arme un peu de gazon sec.
L’occasion attendue ne tarda pas: visant un des yeux du borelé, la bouche du fusil n’étant pas à plus de deux pieds de la tête de l’animal, Arend pressa la détente.
Le rhinocéros s’élança vers lui avec un cri de rage et de douleur en faisant des efforts pour atteindre le baobab.
«Encore un coup à l’autre œil, pensa Arend, et je serai libre.»
Il procéda immédiatement à verser une seconde dose de poudre dans le fusil, mais, tandis qu’il était ainsi occupé, un autre danger vint le menacer.
Le gazon sec chassé par le fusil s’était enflammé et avait mis le feu aux feuilles sèches qui jonchaient partout la terre.
En un instant la flamme s’éleva de tous côtés.
Le tronc du baobab ne pouvait plus protéger Arend. Une minute encore et il allait être enveloppé par le feu. Il n’y avait qu’une ressource, se confier à ses jambes pour sauver sa vie.
Sortant de dessous l’arbre, il se leva vivement et se mit à courir de toutes ses forces. Mais la fortune semblait décidément contre lui. A peine avait-il fait vingt pas, que le rhinocéros, guidé par un de ses yeux ou par l’ouïe, bondit derrière lui d’une allure si rapide, que si sa poursuite eût longtemps continué il l’eut certainement atteint.
Le jeune chasseur commençait à désespérer. Encore quelques secondes et il devait être empalé sur la terrible corne. Sans cet instinctif amour de la vie qui nous guide tous, il aurait abandonné la lutte; il était cependant sur le point de tomber de fatigue, quand ses oreilles furent agréablement frappées de sons connus: «Regardez là-bas, disait-on, baas Willem, il y a quelqu’un là-bas!»
Deux secondes après Arend était en sûreté. Le limier Spoor’em dansait autour de la tête du borelé, et, par ses furieux aboiements, détournait son attention.
Groot Willem et Hendrick eux-mêmes arrivaient, et le monstre, frappé d’un double coup de fusil, tombait mort.
Willem et Hendrick sautèrent à bas de leurs chevaux et secouèrent les mains d’Arend avec autant de cordialité que s’ils se rencontraient après des années d’absence.
«Qu’est-ce que cela signifie, Arend? demanda gaiement Hendrick. Cet animal vous a-t-il donc poursuivi depuis douze heures?
— Oui.
— Et combien de temps encore pensez-vous que la chasse aurait pu continuer?
— Environ deux secondes, répliqua Arend d’un ton très-positif.
— Très-bien, dit Hendrick, si heureux de la délivrance de son ami, qu’il éprouvait le besoin de faire de l’esprit. Alors, nous savons combien de temps vous pourrez tenir tête à la course contre un rhinocéros. Vous êtes bon pour douze heures et deux secondes!»
Les regards rayonnants de Groot Willem témoignaient de sa satisfaction. Il ne prononça pas une parole jusqu’à ce qu’ils fussent retournés à la place où le lion avait été tué.
Là ils firent halte, dans le but de recouvrer la selle et la bride du cheval.
Groot Willem proposa de rester en cet endroit jusqu’au lendemain matin; sa raison était qu’en retournant à travers la voie étroite qui menait à la plaine découverte, ils seraient en danger de rencontrer des buffles, des rhinocéros, des éléphants, et d’être attaqués sans pouvoir se défendre dans l’obscurité.
«C’est vrai, répliqua Arend, il serait peut-être mieux de rester ici jusqu’à l’aube, sans deux raisons: la première est que je meurs de faim et que je serais bien aise de manger un rôti de la cuisse de cette antilope que j’ai tuée ce matin.
— Et moi aussi, dit Hendrick, mais les chacals nous ont épargné la peine de manger notre gibier. »
On mit alors Arend au fait des événements arrivés en son absence, et il fut grandement amusé au récit des infortunes de Swartboy et de Congo que lui fit Hendrick.
«Voilà un assez beau début dans la carrière des aventures, dit-il, après avoir raconté ce qui lui était arrivé à lui-même. Mais jusqu’à présent, notre expédition ne nous a guère été profitable.
— Il nous faudra encore descendre la rivière, dit Willem, nous n’avons vu jusqu’ici aucune apparence d’hippopotames ou de girafes.
— Mais quelle est votre seconde raison pour rentrer au camp? demanda Hendrick en s’adressant à Arend.
— Comment! supposez-vous donc que notre ami Hans n’aurait aucune inquiétude à notre sujet? demanda ce dernier.
— Oh! c’est pour cela? Hans est bien distrait. S’il a trouvé des herbes rares, il ne pense guère à nous.
— Vous calomniez la science et le savant. Certainement Hans est à cette heure dans la plus vive anxiété.»
Tous s’accordèrent à dire qu’il valait mieux retourner au camp, et, après avoir transporté la selle et la bride du cheval mort sur les épaules de Congo, ils continuèrent leur marche. Ils arrivèrent au camp très-tard et y trouvèrent Hans fort tourmenté, comme l’avait supposé Arend. Il faut dire que la chasse aux herbes n’avait pas été bonne non plus.
CHAPITRE IX
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UN INCIDENT
Le lendemain matin, ils levèrent le camp et se dirigèrent vers la rivière. Après avoir passé le gué à l’endroit même où ils avaient traversé le Simpopo pour la première fois, Groot Willem, accompagné de Congo, marcha en avant de ses compagnons d’un mille environ.
Son motif, en tenant ainsi la tête de la marche, était de s’assurer de tout gibier digne de son attention, avant qu’il fût effrayé par les autres.
De temps à autre, de petits troupeaux des différentes variétés d’antilopes qui abondent dans le sud de l’Afrique fuyaient devant lui, mais le grand chasseur daignait à peine les remarquer.
Son but étant de trouver une contrée fréquentée par les hippopotames et les girafes, tout ce qui n’était pas cela n’avait pas le don de l’émouvoir.
Sur son chemin il rencontra plusieurs grands panda nus ou pins. Plusieurs étaient couverts de plantes parasites, qui leur donnaient l’apparence de petites tours ou d’obélisques.
Sous un de ces arbres, près de la rivière, et environ à trois cents yards de l’endroit où il passait, il vit un buffle femelle avec son petit.
L’heure avancée rendait fort désirable la prise du petit buffle, car hommes et chiens avaient gagné un bon appétit.
Après avoir commandé à Congo de rester où il était, le chasseur passa sous le vent du petit buffle, et, grâce au couvert de quelques buissons, il commença à se rapprocher.
Sachant qu’un buffle femelle accompagné de son petit s’alarme facilement, il avança avec la plus grande précaution.
N’ignorant pas non plus que cet animal montre une grande bravoure pour défendre sa progéniture, il ne voulait tirer qu’à coup sûr, afin d’éviter une lutte avec le buffle.
Quand il crut être assez près de l’animal, il le visa au cœur. Contrairement à son attente, celui-ci ne tomba ni ne s’enfuit, mais tourna simplement un regard inquisiteur dans la direction d’où le coup était parti.
Cela lui parut un fait assez étrange. Pourquoi la bête restait-elle à la même place? Si elle n’était pas blessée, comment ne la voyait-il pas s’effrayer?
Rechargeant vivement son rifle, il avança hardiment, se croyant désormais bien sûr que la bête ne lui échapperait plus.
Elle ne paraissait aucunement disposée à la retraite; il était arrivé tout près d’elle, lorsque tout à coup elle chargea avec fureur contre lui, et ne fut arrêtée que par la seconde balle, qu’elle reçut au milieu du front. Elle tomba sur les genoux, et mourut comme les buffles, sur le dos, les jambes en l’air au lieu de s’abattre sur le côté.
Une autre balle eut raison du petit.
Congo arriva, et en examinant le petit buffle, il vit qu’une de ses jambes était cassée. Cela expliquait pourquoi la bête n’avait pas essayé de s’enfuir.
Pendant que Willem rechargeait son arme, il entendit un bruit de feuilles au milieu des plantes parasites qui surchargeaient le pandanus sous lequel lui et Congo se tenaient.
«Gare à vous!» cria Willem, en s’élançant de dessous l’arbre et en chargeant son fusil.
Et regardant en même temps autour de lui, il aperçut un homme qui venait d’émerger de dessous les feuilles. Le costume et l’aspect général de cet individu annonçaient un Africain, mais non un individu des races inférieures dont cette contrée abonde.
Il pouvait avoir environ quarante ans. Ses traits, bien formés, exprimaient l’intelligence et le courage. Il était d’un brun bronzé, non pas noir, et ses cheveux semblaient plutôt ceux d’un Européen que d’un Africain.
Ces observations furent faites par le jeune chasseur en six secondes, car le personnage qui venait d’apparaître si soudainement ne lui laissa pas le temps de l’examiner plus à loisir; déjà il s’éloignait, et avec une telle hâte, qu’Arend crut que c’était la peur qui le faisait fuir.
Congo fut le premier à reconnaître le véritable motif de cette course précipitée. L’homme était parti dans la direction de la rivière.
«De l’eau! de l’eau! s’écria le Cafre; il a soif, il veut dé l’eau.»
La vérité de cette remarque fut bientôt évidente. L’étranger se précipita dans la rivière, plongea sa tête dans l’eau, et recommença ses plongeons absolument comme il aurait fait avec une bouteille pour la remplir d’eau.
Hendrick et Arend, ayant entendu la détonation du fusil, avaient craint un accident, et arrivèrent au galop juste au moment où l’Africain, après avoir étanché sa soif, revenait vers l’arbre où le jeune chasseur et Congo étaient restés.
Sans faire la moindre attention aux autres, l’homme alla droit à Groot Willem, et, d’un air de dignité, il commença à lui adresser un speech.
«Le comprenez-vous, Congo? demanda Willem.
— Oui, un peu,» répondit le Cafre. L’Africain remerciait Groot Willem de lui avoir sauvé la vie, et lui disait que n’importe ce que celui-ci lui demanderait, il le lui donnerait.
Groot Willem se demandait comment il avait pu sauver la vie à cet homme sans s’en apercevoir.
«C’est en tout cas être reconnaissant de bien peu et promettre assez! s’écria le sarcastique Hendrick; j’espère que Willem montrera de la retenue et ne demandera pas trop à ce brave homme.»
A ce moment Hans et Swartboy revenaient avec les chevaux de bât. Après avoir choisi pour camper une place près de l’endroit où la bête avait été tuée, les chasseurs s’occupèrent d’allumer un bon feu et de préparer le bivouac.
Toutes les mains se trouvèrent occupées, car il fallut aussi dépecer et faire cuire le petit buffle.
Pendant cette dernière opération, exécutée par le bushman, les autres, ayant Congo pour interprète, écoutèrent le récit de l’étranger.
CHAPITRE X
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MACARA
Il y avait dans les manières de l’Africain une certaine hauteur qui n’avait pas échappé à l’attention de ses auditeurs. Ceci leur fut expliqué. C’était un chef du nom de Macara. Sa tribu appartenait à la grande nation des Makalab, habitant à part dans un «kraal». Il était un chef indépendant.
Le village n’était pas à une grande distance du camp des chasseurs. Le jour précédent le chef était venu à la rivière dans un canot, accompagné de trois de ses sujets, pour se procurer une plante qui croît en cet endroit, et de laquelle on extrait le poison pour les flèches et les lances.
En passant près d’un renfoncement de la rivière, ils avaient essayé de tuer un hippopotame qu’ils apercevaient marchant dans le fond de l’eau, comme un buffle broutant dans la plaine.
Se levant soudain à la surface de l’eau, le monstre culbuta le canot, et Macara se trouva obligé de nager vers le rivage, ayant perdu son fusil, qui lui avait coûté huit défenses d’éléphants.
Il ne savait plus rien de ses compagnons depuis leur naufrage.
En atteignant le rivage, et à quelques yards de la rive, il rencontra un troupeau de buffles mères avec leurs petits, qui se rendait à la rivière. Les animaux se détournèrent brusquement pour l’éviter, mais un petit buffle fut malheureusement attaqué par un de ses compagnons plus âgé, et si sérieusement blessé qu’il ne put suivre les autres dans leur fuite.
La mère, voyant son petit en arrière, revint vers lui, et choisit Macara pour l’objet de son ressentiment. Le chef, chaudement poursuivi par l’animal, qui voulait venger le mal fait à sa progéniture, fit retraite vers l’arbre le plus proche.
Le petit buffle eut beaucoup de peine à gagner l’arbre avec sa mère, et ils n’en bougèrent plus. Cette faction de deux sentinelles fort entêtées obligea Macara de grimper dans les branches supérieures du pandanus et d’y rester prisonnier. Malgré plusieurs tentatives pour quitter ce poste incommode, il avait toujours trouvé le buffle occupé à le guetter et prêt à le recevoir sur ses terribles cornes. Il souffrait, et depuis longtemps, de la soif, quand il entendit le premier coup de fusil tiré par Groot Willem, et comprit que le secours enfin approchait.
Le chef termina en invitant les chasseurs à l’accompagner le lendemain matin à son kraal, où il leur promit de leur offrir toute l’hospitalité qui serait en son pouvoir, en échange du service signalé que Willem venait de lui rendre.
L’invitation fut aussi cordialement acceptée qu’elle avait été cordialement offerte.
«Notre nouvel ami nous a dit une chose qui me plaît beaucoup, remarqua Willem. Nous savons par lui qu’il y a eu, ou qu’il y a des hippopotames dans ces environs, et peut-être ne serons-nous pas longtemps avant de commencer notre guerre contre eux.
— Questionnez-le sur les vaches marines, Congo, dit Hendrick; assurez-vous s’il y en a beaucoup dans ces parages.»
En réponse aux questions du Cafre, le chef répondit qu’on ne voyait pas souvent des hippopotames de ce côté de la rivière, mais qu’à une journée de marche, en aval, se trouvait une grande lagune, à travers laquelle courait le ruisseau; là, les vaches marines étaient aussi nombreuses que les étoiles du ciel.
«Bravo! dit Willem, et maintenant, Congo, questionnez-le sur les girafes.»
Macara ne put leur donner que peu d’espoir d’en rencontrer.
Il avait entendu parler d’un ou deux de ces animaux qui s’étaient montrés parfois, mais encore venaient-ils de loin.
«Demandez-lui s’il sait dans quelle contrée on rencontre ces animaux,» demanda Willem, qui semblait plus intéressé que ses compagnons par ce sujet.
Macara ne put pas, ou ne voulut pas répondre à cette question sans avoir pris son temps.
Il raconta que son véritable pays, celui de sa tribu, était plus éloigné, vers le nord et l’ouest, qu’ils en avaient été chassés par la tyrannie du grand roi Zula Mazelekatse, qui levait des impôts sur tous les petits chefs qui l’entouraient.
Macara ajouta que, ayant perdu aussi l’amitié de Keletu et des autres grands chefs du Makalolo, qui ne se souciaient plus de le protéger contre son formidable ennemi, lui et sa tribu avaient été forcés de quitter leurs maisons et d’émigrer où ils habitaient maintenant.
«Votre récit est plein d’intérêt, mais ce n’est pas tout ce que je voudrais savoir,» dit Groot Willem, qui se souciait assez peu des affaires des autres.
Ainsi ramené à la question, Macara dit qu’il avait tenu à leur donner des preuves de sa compétence à l’égard des girafes, car nulle part elles n’étaient plus abondantes que dans le pays d’où il avait été exilé par la tyrannie du grand roi Zula.
Swartboy interrompit ici la conversation en annonçant une bonne nouvelle: il y avait assez de viande cuite pour le repas, et environ dix livres de côtelettes de buffle furent placées devant les chasseurs et leurs invités.
Macara, qui avait paru attendre patiemment pendant la cuisson des côtelettes, commença à manger avec une certaine timidité, mais l’appétit finissant par l’emporter, toute gêne disparut bientôt, et il fit honneur au festin avec un tel entrain qu’il consomma plus à lui seul que ses quatre compagnons, donnant pour excuse que, depuis deux jours, il était complètement à jeun. L’excuse était valable; un jeûne de quarante-huit heures est certes fait pour allonger les dents du moins vorace des hommes.
Le souper achevé, tous s’étendirent autour du feu et s’endormirent.
La nuit se passa sans que les chasseurs fussent troublés dans leur repos, et, dès l’aube, ils se levèrent; mais ce ne fut pas sans surprise que, cherchant leur convive de la veille, ils constatèrent qu’il avait disparu.
«Ici, vous Swart et Congo,! cria Arend, quand il se fut aperçu de la disparition du chef. — Voyez s’il ne manque point de cheval, car il serait bien possible que nous ayons été volés.
— Par qui? demanda Groot Willem.
— Par votre ami, le Makalab; il s’est dérobé lui-même, s’il n’a dérobé rien autre.
— Je parierais ma vie, s’écria Willem d’un ton positif, que cet homme esthonnête. Bien que je ne puisse expliquer son absence, je crois qu’il nous a dit vrai.
— Que ses assertions soient vraies ou fausses, dit ironiquement Hendrick, il est certain que sa disparition est louche.»
Hans, ne sachant qu’en penser, ne se prononça pas, et Swartboy, après s’être assuré qu’il ne manquait rien, exprima l’opinion que jamais fait ne lui avait paru plus bizarre que le départ clandestin de leur nouvelle connaissance.
Après avoir laissé à leurs chevaux une heure pour pâturer, pendant qu’eux-mêmes déjeunaient des restes du buffle, nos aventuriers prirent le parti de quitter leur bivouac, et continuèrent leur marche vers le bas de la rivière.
CHAPITRE XI
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LE KRAAL DE MACARA
Ayant marché environ trois heures, les jeunes chasseurs arrivèrent à un endroit qui portait des signes évidents qu’il avait dû être habité : de petits palmiers avaient été abattus, les troncs enlevés et les sommets seuls laissés sur la terre.
A un mille de là, on pouvait voir des champs cultivés.
«Attention! s’écria Arend, en s’avançant, voici une grande troupe d’hommes qui vient au devant de nous.»
Tous regardèrent dans la direction indiquée, et aperçurent environ une cinquantaine d’hommes, franchissant d’un bon pas le sommet d’une montagne du côté du nord et se dirigeant de leur côté.
«S’ils ont de mauvaises intentions, quel parti prendre? dit l’un des chasseurs.
— Marchons au-devant d’eux; s’ils viennent en ennemis, ce n’est pas notre faute, nous ne leur avons rien fait,» répondit Willem.
Lorsque les étrangers se trouvèrent plus rapprochés, les chasseurs reconnurent,, avec une surprise mêlée d’inquiétude, leur convive de la veille, monté sur un bœuf. Macara tenait la tête de la troupe.
Son salut, adressé à Groot Willem, fut interprété par Congo.
«Je vous avais invités à venir à mon kraal, élisait-il, et à amener vos amis avec vous; je vous ai quittés de bonne heure ce matin, et je suis allé à mon village pour veiller à ce que les préparatifs nécessaires fussent faits pour recevoir dignement ceux qui ont bien accueilli Macara. Les meilleurs, les plus braves de mes compagnons, sont venus vous saluer.»
Rassurés par la cordialité de ce discours, les jeunes chasseurs se remirent en marche pour le village. de leurs nouveaux amis, qui était à une très-faible distance de là.
Lorsqu’ils y arrivèrent, cent cinquante femmes environ les reçurent avec un chant traînant semblable aux accents monotones et doux par lesquels une mère berce son enfant.
.Les maisons, construites au moyen de hautes perches sur lesquelles s’entrelaçaient de longues racines et du gazon, étaient recouvertes de boue, de terre, de chaume. Les chasseurs furent conduits sous un long hangar où on débarrassa leurs cheveux de leurs selles, pour les laisser paître en liberté.
Bien que les sujets de Macara n’eussent eu que trois heures devant eux pour se préparer à recevoir leurs visiteurs, ils leur offrirent un splendide banquet.
Les jeunes chasseurs s’assirent devant un rôti d’antilope — un étouffé d’hippopotame et de buffle — des poissons cuits au four, des épis de maïs rôtis, puis du miel naturel, des melons, des fumpkins et de l’excellent lait.
Les jeunes chasseurs et leurs serviteurs furent servis avec la plus grande courtoisie; leurs chiens même furent choyés, et Swartboy et Congo traités avec une considération qui les flatta beaucoup.
Dans l’après-midi, Macara apprit à ses invités qu’il voulait leur offrir un divertissement, et, afin qu’ils pussent bien jouir du spectacle, le chef leur expliqua les circonstances dans lesquelles il était exécuté.
Il paraît que les compagnons de Macara, lorsqu’il fut coulé bas avec son canot par l’hippopotame, étaient parvenus à regagne leur village, apportant avec eux la nouvelle de la disparition du chef.
La tribu n’étant point parvenue, après deux jours d’exploration, à un résultat satisfaisant dans ses recherches, on avait conclu que le chef avait été noyé ou tué par la vache marine, et un autre guerrier important, nommé Sindo, s’était fait élire chef à sa place.
Macara, de retour dans sa tribu, avait appris l’élection de Sindo. Ce dernier était encore dans sa hutte, et, avant qu’il eût été averti de la réapparition de son prédécesseur, il était son prisonnier.
Sindo, lié et garrotté, attendait maintenant son exécution, et tel était le spectacle que nos chasseurs étaient appelés à contempler.
Comme on le pense, aucun. ne se souciait d’y assister; mais, cédant aux importunités de leur hôte, ils consentirent cependant à l’accompagner. L’endroit choisi pour l’exécution se trouvait sur la lisière du village, où le prisonnier avait été solidement attaché à un arbre.
Presque tous les habitants du kraal s’étaient rassemblés pour voir fusiller l’usurpateur; — c’est de cette manière que Sindo devait périr.
Le prisonnier, un homme de bonne apparence, ayant environ trente-cinq ans, attendait avec calme sa dernière heure.
Nos héros ne purent s’empêcher de penser qu’il n’était coupable, comme beaucoup d’autres, que d’une ambition un peu trop empressée.
«Si vous pouviez le sauver de ce mauvais pas? dit Hans, en s’adressant à Groot Willem. — Je crois que vous avez quelque influence sur le chef.
— J’y pensais, et je vais essayer,» répondit le jeune homme.
Déjà les projets de vengeance du chef allaient recevoir leur exécution, quand Willem, s’approchant de Macara, intercéda pour le prisonnier.
Il représenta au chef légitime que Sindo n’avait point voulu le dépouiller de son autorité ; mais que, le croyant mort, il avait dû se croire autorisé à se faire élire pour lui succéder.
Les prières de Groot Willem, assaisonnées de raisonnements d’un bon sens évident, furent encore appuyées par l’offre d’un fusil, pour remplacer celui que Macara avait perdu dans la rivière.
Ce dernier resta pendant quelque temps silencieux, et répliqua enfin que jamais il ne se sentirait en sûreté, si l’usurpateur restait dans la tribu.
Groot Willem objecta qu’on pourrait le bannir du kraal.
Macara hésita encore; mais se rappelant qu’il avait promis de se rendre à toute demande que lui adresserait son sauveur, il céda, à la condition que Sindo s’expatrierait.
En accordant ce pardon, le chef désira faire comprendre à tous qu’il n’était déterminé que par sa gratitude pour son ami, le grand chasseur blanc, et non par le désir du cadeau promis.
Tous les sujets de Macara, y compris le condamné lui-même, parurent grandement étonnés d’une décision si contraire aux habitudes de leur nation.
La clémence du chef et le refus qu’il fit du fusil prouvèrent aux chasseurs qu’il y avait en lui les éléments d’une noble nature.
Sindo, relativement satisfait d’un dénoûment qui aurait pu être pire, remercia avec beaucoup d’effusion Groot Willem de son intervention, et ayant rassemblé sa famille, il quitta immédiatement le village, pour se mettre à la recherche d’un autre établissement dans une nouvelle tribu.
Pendant la soirée, Macara offrit à ses hôtes un divertissement de danses et de chants; puis tous se retirèrent pour dormir, après qu’il eut été convenu que le lendemain nos héros seraient conduits à un endroit où les hippopotames foisonnaient.
CHAPITRE XII
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EXPLORATION
De bonne heure, le lendemain matin, après que les chasseurs eurent rendu à Macara son hospitalité, en lui offrant le meilleur dîner que leurs notions culinaires leur permirent de confectionner, tous partirent à la recherche des vaches marines.
Macara, accompagné de quatre des siens, prit le rôle de guide, tandis que cinquante hommes de sa tribu suivaient, pour aider à la chasse.
Ses chevaux de bagage, chargés de tout ce qui appartenait à nos héros, furent emmenés; car ces derniers n’avaient point l’intention de retourner au kraal, malgré les vives instances de leur nouvel ami.
Pendant plus d’un mille, leur chemin les conduisit à travers des plantations de maïs, appartenant aux sujets de Macara, et cultivées par les femmes et les enfants de la tribu.
Nos aventuriers, qui avaient déjà vu plusieurs kraals de Buchanans et aussi des tribus de Bushuanas et de Cafres, furent surpris de trouver là tant de civilisation.
En descendant la rivière, on observa des troupeaux de buffles et aussi de koodoos et de zèbres.
A environ cinq milles du village, on déboucha sur une plaine découverte où croissait un gazon épais. Ce fut là que Macara proposa d’établir le campement, cet endroit, près d’un taillis, étant, selon lui, le rendez-vous de toute espèce de gibier.
L’avis de Macara fut adopté, et aussitôt ses hommes se mirent à l’œuvre. Une palissade fut construite pour protéger le camp.
Pendant que les indigènes travaillaient, les jeunes chasseurs ne restaient pas oisifs. Ayant aperçu quelques antilopes paissant à l’horizon, Arend et Hendrick se dirigèrent de leur côté, dans le but de faire provision de vivres.
Groot Willem, au contraire, préféra marcher tout droit vers le taillis où Macara lui avait dit que le gibier se trouvait en abondance. Il partit, accompagné de Macara et de quatre de ses sujets, laissant Hans, Swartboy et Congo pour prendre soin des chevaux chargés des bagages.
Macara et ses compagnons arrivèrent bientôt en vue d’un troupeau de daims rouges (antilope eleotragus). Ces animaux n’étaient pas à plus de trois cents pas; et à la manière insoucieuse dont ils continuaient de brouter, Groot Willem comprit qu’ils n’avaient jamais été chassés par des Européens. Mais jugeant un tel gibier indigne d’un coup de son fusil, il passa outre, sans les inquiéter.
On arriva bientôt sur une voie où de larges traces témoignaient du passage de gros animaux en route vers la rivière. Willem observa avec plaisir des empreintes d’hippopotames.
Plusieurs de ces énormes animaux avaient évidemment quitté la rivière, deux ou trois heures auparavant, et devaient se trouver dans le voisinage.
Laissant à Macara et à ses hommes le soin de son cheval et de ses trois chiens, le hardi chasseur alla d’abord tout droit vers des buffles qui broutaient tranquillement près de là, puis il essaya de se placer entre eux et la forêt, pour leur intercepter le passage et les tourner, au cas où ils voudraient se mettre à couvert dans le taillis.
Après avoir atteint un poste qui lui parut favorable, il siffla ses chiens, afin d’éveiller l’attention des buffles, de les mettre en fuite, et de pouvoir ainsi les tirer dans leur course. Son signal était à peine lancé qu’il entendit de grands cris poussés par les hommes de Macara, et la détonation du fusil du chef.
Quelque chose de fâcheux avait dû arriver, car il aperçut son propre cheval qui galopait vers la plaine, tandis que les hommes couraient dans toutes les directions, sous l’empire d’une évidente panique.
La vache montée par Macara semblait prise du désir de lutter de vitesse avec le cheval.
Les trois chiens avaient répondu à son appel et arrivaient vers lui.
Ils étaient poursuivis par une masse sombre qui accomplissait sa course au moyen de sauts longs et bas; grâce au temps qu’il lui fallait pour recueillir sa force, après chaque saut, la distance entre elle et les chiens ne diminuait pas beaucoup.
Les buffles étaient partis au grand galop vers le bois, à moins de cinquante pas de Willem. Celui-ci les laissa passer, car un animal méritant enfin toute son attention approchait de l’autre côté.
CHAPITRE XIII
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LE FIDÈLE SMOKE
Les chiens ne semblaient point encore se douter qu’ils fussent poursuivis; ayant vu les buffles s’enfuir, ils ne songeaient qu’à leur donner la chasse, et se précipitèrent sur leurs traces, ne prêtant aucune attention à leur maître qui les rappelait.
Le chasseur fut bientôt autrement occupé.
L’animal cause de la panique générale était un [énorme léopard femelle; et le chasseur comprit tout de suite dans quelles circonstances elle se trouvait. Elle avait sans doute laissé son petit dans sa tanière de la forêt, et s’était mise en route pour la rivière, à la recherche d’eau ou de nourriture. Or, les chiens couraient dans la direction même de sa tanière.
A la vue de Groot Willem, le léopard abandonna la poursuite des chiens, et, s’accroupissant sur la terre, se mit à ramper vers lui avec une incroyable rapidité.
En avançant ainsi, tout le corps du terrible animal était couvert par la tête, et ses yeux, en étant la plus haute partie, se présentaient à la mire du chasseur.
Le léopard n’était plus maintenant qu’à dix yards, et s’approchait toujours. Ce n’était pas l’heure de se croiser les bras. Willem épaula son rifle, et d’une main ferme, d’un œil sûr, stimulé par le danger, il visa le museau de son ennemi et fit feu.
Le léopard tourna sur lui-même deux ou trois fois, comme s’il avait perdu toute conscience de ce qui se passait. Mais ceci ne dura que quelques secondes. Willem, après avoir tiré, courut à environ quinze pas de là et s’occupa de recharger son fusil.
Pendant ce temps, il tenait ses yeux fixés sur l’animal, qui arrivait directement sur lui, non plus avec la prudence qu’il avait précédemment témoignée, mais d’une allure indiquant que l’instinct de la vengeance l’animait tout entier.
Willem n’avait pas encore rechargé son rifle. Il n’y avait pas une minute à perdre.
Saisissant son arme par le canon, il se prépara à se défendre corps à corps s’il le fallait contre son redoutable agresseur.
La bête enragée allait s’élancer sur Willem, quand un secours lui vint d’une manière inespérée.
Un des chiens, un énorme bouledogue, n’avait pas suivi les autres sous le taillis. Il s’appelait «Smoke».
Au moment où le léopard s’accroupissait par terre afin de recueillir ses forces pour son dernier élan, Smoke le saisit par une des jambes de derrière.
Grâce à cette diversion, Willem put recharger son rifle avec la promptitude du soldat le plus exercé, mais quand il eut fini, le pauvre Smoke était étendu sur le gazon.
Déjà la bête avait tourné sur elle-même pour renouveler son attaque; une seconde de plus, et c’en était fait de notre ami.
Willem, avec un sang-froid merveilleux, fit un saut en arrière et pressa la détente de son arme. Un nuage de fumée roula devant ses yeux, et, lorsqu’il eut disparu, il vit le léopard couché par terre à côté du chien, et agitant ses membres dans la dernière convulsion de l’agonie.
Après ce beau coup, Willem regarda autour de lui pour savoir ce qu’étaient devenus ses compagnons; il vit que Macara et ses hommes avaient fait halte à une distance d’environ cinq cents yards et avaient été témoins de sa victoire. Le chef, à pied, et indiquant de la main la vache qui se trouvait errante à un mille de là, essaya de faire comprendre à l’habile tireur que sa singulière monture l’avait emporté loin de son ami, malgré sa volonté.
Le danger passé, les autres accoururent. Le grand chasseur leur montra par signes qu’il désirait conserver la peau du léopard.
Quatre hommes se mirent aussitôt à l’œuvre avec leurs courts assegais, et s’y prirent de manière à lui faire comprendre qu’il n’aurait pas longtemps à attendre le trophée de sa victoire.
Willem tourna alors son attention sur le chien blessé qui continuait à gémir et qui le regardait comme s’il eût voulu lui dire: — Pourquoi ne m’avez-vous pas secouru plus tôt?
Smoke avait sacrifié sa vie pour sauver celle de son maître; il était si grièvement blessé que rien ne pouvait le sauver. Willem en fut vivement affecté.
Se tournant vers Macara, il vit que le chef avait rechargé son rifle.
Willem montra la tête du chien, puis le rifle.
Le chef comprit et leva son arme.
Groot Willem s’éloigna les yeux pleins de larmes.
Smoke était mort.
CHAPITRE XIV
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LES HIPPOPOTAMES
A leur rentrée au camp, les chasseurs apprirent qu’Hendrick et Arend avaient été heureux dans leur chasse aux antilopes; déjà plusieurs de ces animaux rôtissaient devant un grand feu.
Une grande quantité de bois sec avait été rassemblé pour la construction du camp, et déjà on avait commencé à l’établir.
Macara ne voulut accepter pour ses hommes qu’une petite quantité de café, une bouteille de shiedam et un peu de tabac. Dans la soirée, il prit congé de ses amis, les laissant bien en sûreté dans leur camp.
Trois de ses gens restèrent avec les chasseurs, avec l’ordre de leur être dévoués. Cette gracieuseté du chef indien ne laissa point que d’ennuyer beaucoup le bushman. Pour communiquer avec eux, il fallait nécessairement l’aide de Congo. Congo avait donc une supériorité. Aussi l’ombrageux Swartboy était-il fort maussade.
«Il faut que vous et moi nous fassions une action d’éclat aujourd’hui, dit Arend à Hendrick, pendant qu’ils mangeaient leur premier déjeuner.
— Oui, répliqua Hendrick, Willem a eu le pas sur nous au début de nos aventures, mais j’espère que la fortune nous favorisera à notre tour avant peu.
— Elle nous a été propice à tous, ce me semble, repartit Willem. N’avons-nous pas trouvé du gibier et des gens disposés à nous laisser tout le bénéfice de la chasse?»
Cela était bon en soi, assurément, mais l’amour-propre de Willem seul y avait trouvé son compte, et cela n’arrangeait pas tout à fait ses amis.
Les chasseurs ayant donc laissé Swartboy et le Cafre à la garde du camp, ils firent une visite à la lagune, où ils espéraient trouver des hippopotames.
Ils passèrent devant l’endroit où Groot Willem avait tué le léopard et remarquèrent que les os de cet animal, ainsi que ceux de l’infortuné chien, avaient déjà été complètement nettoyés de leur chair par les chacals et les hyènes.
A un demi-mille plus loin ils atteignirent la lagune, et, tandis qu’ils longeaient ses rives, ils furent surpris par un bruit étrange qui semblait provenir de deux sombres objets visibles à fleur d’eau.
C’étaient les têtes de deux vaches marines. Ces animaux se dirigeaient vers eux en poussant de grands cris. Toute tentative pour les tuer n’aurait eu pour résultat qu’une perte de munitions, car tant que les nez et les yeux seulement s’élevaient à la surface de l’eau, il n’y avait aucune chance pour qu’une balle les atteignît mortellement.
Nos jeunes héros n’avaient pas encore fait plusieurs yards qu’ils aperçurent d’autres hippopotames, non dans l’eau, cette fois, mais sur la plaine; ils broutaient insoucieux de l’ennemi qui s’approchait.
«Mettons-nous entre eux et l’eau, suggéra Willem, de cette façon nous serons sûrs de ne pas les manquer.»
Ce conseil fut suivi avec l’approbation générale, et, pendant quelque temps, la retraite des animaux parut impossible, leur instinct ne les portant pas à fuir l’ennemi. Aussi se dirigèrent-ils, comme l’avaient prévu les chasseurs, vers la lagune.
A la première alarme, cependant, les trois hippopotames prirent une allure très-vive pour leur gros corps; comme ils couraient en ligne directe, les chasseurs furent même obligés de s’écarter de leur chemin sous peine d’être renversés.
Hans et Groot Willem étaient ensemble, et, dès que le train de derrière de l’un des hippopotames se trouva bien devant eux, ils tirèrent en même temps, visant derrière l’épaule.
Hendrick et Arend firent feu à leur tour.
Les énormes masses continuèrent au pas accéléré leur course vers la rivière; mais avant de l’avoir atteinte, la bête sur laquelle l’attention de Hans et de Willem avait été plus particulièrement dirigée, ralentit sa marche; arrivée sur le bord de l’eau, elle vacilla violemment et tomba immobile sur le côté.
Les deux autres animaux se jetèrent à l’eau et disparurent, laissant Hendrick et Arend fort chagrinés de n’avoir pu se signaler dans leur première entreprise contre les hippopotames.
Hans et Groot Willem n’avaient aucune prétention aux prouesses militaires; le premier était tout dévoué à ses recherches botaniques, mais il pouvait cependant faire avantageusement sa partie dans une partie de chasse difficile et dangereuse, même à côté de l’habile Willem.
CHAPITRE XV
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HISTOIRE DE L’HIPPOPOTAME
Hérodote, Aristote, Diodore et Pline, ont tous décrit, plus ou moins correctement, l’hippopotame (cheval de rivière ou vache marine).
Cet animal a été peu vu en Europe daus ces derniers temps, aussi la société zoologique de Londres en a-t-elle offert au public, pendant l’exposition de 1851, un spécimen qui ne lui a pas coûté moins de 10,000 livres sterling.
On vit souvent paraître des hippopotames dans les spectacles romains, puis ils disparurent d’Europe.
Selon plusieurs écrivains, ils désertèrent aussi entièrement le Nil.
Quelques siècles après avoir été montrés à Rome et, à Constantinople, les hippopotames passèrent pour ne pouvoir être transportés vivants en pays étranger, mais le progrès de la civilisation a réfuté cette hypothèse erronée, et depuis 1851, les familiers de London Park et du Jardin des Plantes de Paris voient chaque jour ces animaux.
Selon Michael Boyne, on a trouvé des hippopotames dans les rivières de la Chine. Marsden a dit en avoir vu à Sumatra, et d’autres prétendent qu’il y en a beaucoup dans l’Inde; mais ces rapports n’ont jamais été fondés sur des faits bien authentiques, et maintenant il est à peu près avéré que cette race est exclusivement native de l’Afrique.
M. Desmoulins en décrit deux espèces: l’une, l’hippopotamus Capensis (hippopotame du Cap); et l’autre, l’hippopotamus Senegalensis (de la rivière du Sénégal).
L’hippopotame peut mettre ses yeux, son nez, ses oreilles au niveau de l’eau, et ainsi voir, entendre, et respirer avec peu de crainte des chasseurs. Dans l’eau, où il se meut aisément, il est féroce souvent, mais sur terre, où il a conscience de sa maladresse, il est plutôt timide et poltron.
On attribue à ces massifs animaux une utilité, en ce qu’ils déracinent et détruisent de larges-plantes aquatiques, qui pourraient autrement obstruer les courants d’eau, et empêcher leur répartition dans le pays riverain.
Le cuir des hippopotames est souvent employé par les naturels à différents usages. Bien que mou au moment où on l’enlève, il devient si dur quand il a été complètement séché, que les Africains en confectionnent des boucliers et des lances. Beaucoup de colons du Cap sont gourmands de ce qu’ils appellent «leckoe speek», qui est une partie de la chair de l’hippopotame salée et conservée.
La plus grande valeur de ces animaux, aux yeux de l’homme, est dans ses défenses, qui sont du plus bel ivoire, et très-prisées par les dentistes.
Les défenses des hippopotames ont quelquefois dix-huit pouces de longueur, et pèsent une douzaine de livres. Quelques voyageurs ont affirmé en avoir rencontré de vingt-six pouces de long, mais jamais de pareils échantillons n’ont été exposés dans les musées de l’Europe. La peau de ces animaux est plus épaisse que celle des rhinocéros, et les protége contre les flèches empoisonnées des naturels; sans cela, cette race serait bientôt éteinte dans les rivières de l’Afrique, puisque, contrairement aux autres animaux, on peut sans difficulté les approcher à portée de fusil.
Le plan généralement adopté pour les tuer est celui-ci. On creuse des fosses dans les endroits où on sait que les hippopotames ont l’habitude de passer; c’est le plus souvent sur le chemin du rivage, qu’ils prennent pour aller paître dans les plaines avoisinantes. Ces fosses doivent être creusées dans la saison des pluies, car, pendant la sécheresse, la terre devient si dure qu’elle résisterait aux pauvres outils dont les naturels se servent.
Comme des mois peuvent s’écouler sans qu’un hippopotame se trouve pris dans la trappe, on comprend quels efforts de patience et d’habileté sont nécessaires pour capturer un de ces amphibies.
L’usage des armes à feu est maintenant général parmi les naturels de l’Afrique, et comme la valeur des défenses de l’hippopotame récompense amplement de la peiné prise pour se les procurer, il est probable que cet animal sera bientôt fort rare, car il n’est pas probable que les jardins d’acclimatation d’Europe réussissent à propager l’espèce dans nos climats.
CHAPITRE XVI
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LA CHASSE DE L’HIPPOPOTAME
L’hippopotame tué par Groot Willem et Hans était un bel échantillon de l’espèce. Après l’avoir mesuré avec son rifle, Willem déclara qu’il avait seize pieds de longueur, et estima la circonférence de son corps à un pied de moins. On le laissa où il avait été abattu, et nos chasseurs se dirigèrent vers une autre partie de la lagune.
Les cinq hippopotames qu’ils avaient vus leur donnaient pour l’avenir de leurs chasses d’agréables espérances; mais une surprise plus agréable encore les attendait.
A moins d’un demi-mille de l’endroit où le premier de ces animaux avait été tué, ils atteignirent un petit étang d’environ quatre pieds de profondeur. Sept hippopotames s’y vautraient, et d’autres broutaient un long et vert gazon à quelques pas plus loin. Ils avaient été si peu inquiétés encore par l’homme, qu’ils semblaient dans une confiance absolue. Cinq d’entre eux, qui se trouvaient dans l’étang, étaient pleinement à la merci des chasseurs, car l’eau n’avait pas assez de profondeur pour les protéger.
Pendant près d’une demi-heure, les jeunes aventuriers restèrent devant l’étang, occupés à charger leurs fusils, et faisant feu, quand une bonne occasion se présentait. Les sept monstres furent alors laissés morts ou mourants à l’endroit qui leur avait été fatal, et les chasseurs retournèrent à leur kraal.
Macara les attendait. Il amenait aux jeunes gens une vache à lait, présent auquel ils furent fort sensibles.
La vache fut confiée aux soins de Swartboy, avec stricte injonction de ne la point perdre de vue.
«Cette vache doit nous être plus précieuse qu’aucun des chevaux, dit Hendrick au bushman, et je ne voudrais pas la confier à Congo, mais avec vous, j’espère pouvoir être tranquille.»
Swartboy fut ravi de ces paroles.
Lorsque Macara apprit qu’on avait tué ce matin-là huit hippopotames, il en fut extrêmement joyeux, et il envoya deux de ses gens porter à ses sujets la bonne nouvelle que leur nourriture favorite les attendait en grande abondance.
Pensant avoir assez travaillé pour un jour, les chasseurs se reposèrent à l’ombre de leurs tentes, jusqu’à environ deux heures avant le coucher du soleil; ils furent alors réveillés par l’arrivée de près de trois cents personnes, hommes, femmes et enfants, tous de la tribu de Macara et très-impatients d’être conduits auprès des hippopotames.
Groot Willem craignit, en voyant cette affluence de monde, que le gibier du voisinage ne s’éloignât, et qu’il ne devînt ainsi nécessaire de transporter le campement plus loin; mais il comprit que cet argument ne persuaderait point des êtres affamés, et qu’il n’avait pas autre chose à faire que de leur livrer le butin tant convoité.
Groot Willem et Hendrick, escortés de Congo, furent bientôt en selle, prêts pour une nuit de chasse dans la lagune.
Ils partirent, accompagnés de Macara et de tout son peuple, laissant Hans et Arend avec Swartboy, pour veiller sur le kraal.
Quand on atteignit la place où le premier hippopotame avait été tué, une bande de vautours et une compagnie de chacals s’en éloignèrent; aussi, plusieurs naturels restèrent-ils en sentinelle pour empêcher les carnivores de dévorer leur bien. D’après les ordres de Macara, ses gens avaient apporté de longues et fortes cordes, faites de cuir du rhinocéros, et lorsqu’on fut arrivé devant les sept bêtes mortes, le chef ordonna qu’elles fussent hissées à terre, ce qui, en circonstance ordinaire, eùt été impossible; mais le peu d’élévation du terrain et les forces réunies d’une centaine d’hommes rendirent les difficultés médiocres. On se mit ensuite, le hissage opéré, à dépécer et à couper, pendant que les femmes et les enfants allumaient les feux et s’occupaient des préparatifs pour le grand banquet.
Le travail se continua jusque bien avant dans la nuit. Toute la chair qui n’était point destinée à un usage immédiat fut coupée en longues tranches pour être séchée au soleil, et ainsi convertie en biliongue, tandis que toutes les dents étaient réservées comme la propriété exclusive des chasseurs.
Groot Willem et Hendrick, cette-nuit-là, n’eurent pas loin à aller pour se livrer à leur chasse favorite. Attirés par l’odeur de la cuisson, lions, hyènes et chacals vinrent rôder autour de l’étang, exprimant par leurs cris et leurs rugissements leur désapprobation de n’avoir pas été invités à la fête. Malgré la présence d’un si grand nombre d’individus, les hyènes s’approchèrent tout près du camp, et leurs hurlements assourdissants semblaient être précurseurs d’une attaque.
Enfin elles s’éloignèrent, au grand soulagement des chasseurs, qui ne se souciaient point de dépenser leurs munitions sans nul profit.
Ayant quitté l’étang, ils suivirent la rive de la lagune, se dirigeant du côté où ils avaient vu les hippopotames aux premières heures du jour. La nuit étant généralement choisie par ces animaux pour se nourrir, nos jeunes chasseurs espérèrent faire une addition à la liste de leurs prises. A environ un demi-mille de l’endroit où Macara et sa tribu achevaient leur banquet, s’étend une plaine découverte, éclairée par les rayons de la lune. Dix ou quinze sombres masses se mouvaient lentement sur cet espace. En se penchant sur leurs selles, les chasseurs crurent reconnaître des hippopotames; ils trottèrent vers eux. Les animaux, entièrement ignorants du dangereux caractère de ceux qui s’approchaient, ne se dérangèrent en aucune façon tant que les cavaliers ne les eurent pas serrés de très-près.
«Il me semble que voilà le plus gros, murmura Groot Willem, montrant une énorme masse à quelques centaines de pas. Je vais m’assurer de lui; vous, Hendrick, visez à un autre et faisons feu ensemble. »
Willem, en parlant, ajusta son pesant rifle à son épaule, prenant pour but le centre de la tête, et tira.
Un instant après, le monstre s’affaissait pesamment sur le sol.
Hendrick avait tiré de son côté, mais la bête sur laquelle son attention avait été dirigée ne parut point avoir été touchée.
Elle bondit, et rejoignant les autres, toutes s’éloignèrent d’une allure rapide vers la lagune. Hendrick fut péniblement désappointé en voyant encore son rival plus heureux que lui; mais cette impression ne fut pas de longue durée, car, bientôt, l’un des hippopotames ralentit sa marche et tomba.
Le projectile du rifle d’Hendrick avait pénétré dans l’épaule droite, et un autre, de la même arme, ne tarda pas à achever le blessé. Les insatiables chasseurs, non contents encore de ce succès, s’embusquèrent sous un bouquet d’arbres, espérant que les hippopotames voudraient bien leur fournir l’occasion de nouvelles prouesses. Leur attente ne fut pas trompée; de temps à autre, les hurlements des amphibies se faisaient entendre, et bientôt trois énormes animaux arrivèrent de leur côté. Réservant leur feu jusqu’à ce que leurs victimes fussent arrivées à leur portée, nos deux chasseurs n’eurent pas beaucoup à attendre, et tirèrent simultanément.
Avec un cri qui tenait du reniflement du cochon et du hennissement du cheval, le «seekoe» fit volte-face vers la lagune, mais, au lieu de se mettre à courir, il tourna sur lui-même et tomba.
Trois autres hippopotames furent encore tués cette même nuit, ce qui faisait quatorze dans les vingt-quatre heures.
C’était plus, affirma Macara, que n’en avait détruit sa tribu durant les deux précédentes années. Son admiration pour les chasseurs s’en accrut encore.
Pulsuz fraqment bitdi.